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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Chou à choucroute

L’irrigation au goutte-à-goutte donne des résultats prometteurs

Cultures

Publié le 05/06/2022

Dans la cadre du projet Air climat sol énergie (Acse), soutenu par la Région Grand Est et l’Ademe, Planète Légumes teste l’irrigation par goutte-à-goutte du chou à choucroute depuis 2020, et pour trois ans, en Alsace. Les objectifs de ces essais sont multiples. Le premier est de « trouver une solution pour irriguer les choux dans des zones où la capacité d’irrigation est trop faible pour avoir recours à des enrouleurs, souvent parce que le débit autorisé par la ressource est trop faible », indique Robin Sesmat, conseiller choux à Planète Légumes. Pour l’instant, le paysage de l’irrigation du chou en Alsace est assez simple : il y a les producteurs qui irriguent à l’enrouleur, et ceux qui n’irriguent pas. L’objectif des essais est donc de trouver une troisième voie, pour que ceux qui ont un accès à l’eau plus compliqué puissent tout de même bénéficier des atouts de l’irrigation dans un contexte de changement climatique. Robin Sesmat voit même plus loin : « Ce serait aussi une solution alternative pour tous les producteurs si l’accès à l’eau devait être davantage restreint à l’avenir ». En effet, l’irrigation par goutte-à-goutte présente plusieurs attraits. Comme l’eau est apportée au plus près des racines, les pertes par évaporation sont limitées, et l’efficience de l’irrigation est améliorée. La fréquence des apports d’eau peut être augmentée, pour irriguer moins, mais au plus près des besoins de la végétation. Comme le feuillage n’est pas arrosé, il peut y avoir une baisse des contaminations et de la pression en maladies cryptogamiques, avec des économies potentielles de produits phytosanitaires à la clé. Enfin, il est possible de faire abstraction des conditions d’entrée dans les parcelles.

Les essais menés par Planètes Légumes permettent de comparer des situations non irriguées, irriguées à l’enrouleur et irriguées au goutte-à-goutte. En outre, depuis le début des essais, les expérimentateurs ont connu deux années aux bilans hydriques très contrastés. Il y a d’abord eu 2020, au bilan hydrique déficitaire, particulièrement en été. Puis 2021, marquée par des excédents de précipitations, notamment en juin et en juillet. De quoi étudier le comportement des choux selon divers modes d’irrigation et dans différents contextes climatiques.

Des choux dans leur zone de confort hydrique

Les deux premières années d’essai ont notamment permis d’affiner la technique d’irrigation au goutte-à-goutte. Les parcelles étaient équipées de tensiomètres, permettant d’estimer la disponibilité en eau dans le sol, et donc de déclencher l’irrigation à bon escient pour éviter les stress hydriques. Les économies d’eau permises par la technique du goutte-à-goutte n’ont pas encore été précisément chiffrées. Mais, pour Robin Sesmat, il ne fait aucun doute que la consommation en eau est réduite, car avec l’irrigation au goutte-à-goutte, les arrosages sont certes plus fréquents, mais moins abondants, et surtout plus en adéquation avec les besoins des choux.

Les premiers essais ont permis de mettre en évidence que « le développement végétatif des choux irrigués au goutte-à-goutte a été plus rapide que celui des choux non irrigués, en 2020 comme en 2021 », rapporte Robin Sesmat. Une accélération du développement végétatif qui permet une fermeture de l’inter-rang plus rapide, au détriment des adventices. En termes de rendement, l’irrigation au goutte-à-goutte permet de gagner en moyenne 2 kg de poids de pomme par rapport à une situation non irriguée. En 2021, au regard des conditions climatiques, les choux n’ont été irrigués que tardivement, à raison de deux tours d’eau avec les enrouleurs, ou de sept apports d’eau en goutte-à-goutte. « À la date optimale de récolte pour la maturité, soit le 24 septembre, nous avons obtenu des rendements de 5,96 kg/pomme en moyenne en goutte-à-goutte, 5,47 kg/pomme en irrigation à l’enrouleur, et 3,99 kg/pomme en non irrigué. L’irrigation au goutte-à-goutte apporte donc un gain de rendement de 50 % par rapport à une situation irriguée, et de 9 % par rapport à une irrigation à l’enrouleur », précise Robin Sesmat.

En matière d’effet sur la dynamique des maladies cryptogamiques, les observations de 2021 n’ont pas permis de mettre en évidence de différences significatives entre les diverses modalités d’irrigation, probablement parce que la pression était tellement élevée que les autres effets étaient gommés.

Lever le frein des opérations manuelles

En 2022, les essais seront poursuivis, afin de confirmer ces premiers résultats, et enrichis, notamment par des essais de mécanisation de la pose et de l’enlèvement des gaines d’irrigation. « Ce sont des opérations gourmandes en main-d’œuvre, qui constituent un frein au déploiement de la technique sur le terrain », souligne Robin Sesmat. Grâce à la mécanisation, les gaines seront enterrées à 5-10 cm de profondeur, ce qui autorisera les interventions de désherbage mécanique, et devrait permettre de limiter encore davantage l’évaporation. « Nous allons évaluer les économies de temps de travail et comparer les coûts des différentes techniques », conclut le technicien.

Station d’épuration d’Herbsheim

Transmuter les boues en énergie verte et en miel

Technique

Publié le 04/06/2022

La nouvelle station d’épuration d’Herbsheim, commune voisine de Benfeld, est encore en chantier qu’elle fait déjà office de vitrine de ce que pourraient être les stations d’épuration du futur. En effet, non seulement elle collecte et nettoie les eaux usées de quelque 19 000 équivalents habitants répartis dans 11 communes du périmètre de Benfeld et environs. Ce qui est déjà très bien. Mais ce n’est pas tout. Elle produit aussi du biogaz et contribue à préserver la qualité de la ressource en eau et la biodiversité en absorbant de la silphie, une culture très peu exigeante en intrants. Une performance que le SDEA (syndicat des eaux) doit à un montage de projet unique en France, qui a mobilisé de nombreuses compétences en interne, durant les dix années de gestation du projet, souligne Denis Schultz, président de la commission locale qui porte le dossier.

Optimisation des équipements

Point de départ du projet et métier de base du SDEA : le traitement des eaux usées. La nouvelle station est construite sur le même site que l’ancienne. La première version était dimensionnée pour traiter les rejets de 14 000 à 15 000 équivalents habitants. La nouvelle sera capable d’absorber la production de 27 000 équivalents habitants. Le débit maximal admis passe de 325 m3/h à 510 m3/h, et le volume journalier de 7 800 à 12 000 m3/j. Un redimensionnement à l’aune de l’évolution de la démographie dans le secteur. Le traitement des eaux usées suit un schéma assez classique : dégraissage, dessablage, décantation primaire, traitement biologique par des bactéries, clarification. Le SDEA a investi dans des équipements qui permettent d’optimiser le processus pour augmenter sa capacité tout en préservant l’environnement, notamment en maîtrisant mieux la consommation d’énergie : « variateurs de fréquence, automates de surveillance qui permettent de mieux les régler les procédures, pompe à chaleur qui récupère celle issue des eaux traitées pour chauffer le digesteur… », liste Éric Bernhard, du SDEA. À l’issue du processus, la qualité de l’eau purifiée est contrôlée avant qu’elle ne soit retournée à l’Ill. Les boues sont quant à elles épaissies et stockées, avant d’aller alimenter d’autres bactéries.

De l’énergie pour 3 000 habitants grâce à la méthanisation

Une des principales particularités de cette station réside dans l’utilisation des boues pour alimenter un méthaniseur qui produit de l’énergie renouvelable, au moyen d’une ration bien particulière. En effet, elle sera d’abord composée des boues des stations d’Herbsheim et de Rhinau. Il y aura aussi des graisses issues des STEP de Centre Alsace. Et de la silphie, une culture à bas niveau d’impact (BNI) et au pouvoir méthanogène élevé, qui permet de significativement améliorer le rendement du méthaniseur et donc de raccourcir le temps de retour sur investissement. « Sur les 16 500 t de matières brutes qui vont entrer chaque année dans le méthaniseur, la silphie représente 1 500 t, soit 9 %, mais elle représente 45 % du gaz produit », indique Matthieu Bornert, chef de projet au SDEA. Sans la silphie, le projet n’aurait donc probablement pas vu le jour, car le temps de retour sur investissement était beaucoup trop long. Sachant que l’objectif du SDEA est aussi de maintenir le prix de l’eau et de la redevance assainissement, stable depuis 2009.

Le biogaz est purifié en biométhane qui est injecté dans le réseau géré par R-GDS, et racheté par Gaz de Barr dans le cadre de relations contractualisées. La station produit l’énergie équivalente à la consommation de 3 000 habitants par an, soit une recette de 500 000 € de livraison de gaz par an pour le SDEA. Cela peut sembler peu, au regard des 13 millions d’euros (M€) investis par les 11 communes du périmètre de Benfeld et environs pour la construction de la nouvelle installation, mais aussi beaucoup dans un contexte où le prix de l’énergie, devenue arme de guerre, risque de devenir très cher à payer.

Le processus de méthanisation produit aussi un digestat, qui sera déshydraté, contrôlé et stocké, avant d’être épandu dans les champs, où il constituera une alternative aux engrais de synthèse, aux tarifs tout aussi explosifs que ceux de l’énergie.

Une culture pleine de potentiel

Partant du constat que la seule méthanisation des boues et des graisses n’aurait pas été rentable, les agents du SDEA ont cherché avec quels autres gisements ils pourraient alimenter le digesteur, sans entrer en compétition pour la ressource avec les méthaniseurs existants. « En 2015, nous avons expérimenté différentes cultures comme le sorgho, le miscanthus, des mélanges de plantes sauvages… Nous poursuivions différents objectifs : trouver une culture avec un potentiel méthanogène important, et qui soit peu exigeante en intrants pour préserver la ressource en eau », décrit Thierry Willmann, du SDEA. La silphie faisait partie des candidates. Elle a été testée à Sand, dans une parcelle de 30 ares au potentiel limité. Située en lisière de forêt, la parcelle a d’abord été ravagée par des sangliers - qui ont été éloignés à l’aide d’un épandage de cheveux dont l’odeur repousse les animaux sauvages - puis par un orage. « J’avais fait le deuil de voir la silphie se développer cette année-là, mais elle a repris sa croissance de manière impressionnante », se souvient Thierry Willmann. C’est donc cette culture, oubliée depuis que l’Inra l’avait introduite en France après guerre pour la valoriser en fourrage, qui a finalement été retenue.

Pour alimenter le méthaniseur, quelque 65 ha de silphie ont donc été implantés il y a deux ans dans les secteurs de Hilsenheim et Zellwiller par quatorze agriculteurs. La première année, elle est conduite en coculture dans du maïs pour limiter le développement des adventices et pour que les agriculteurs n’aient pas à subir une année blanche en termes de revenu. « Plus récemment, son implantation avec du soja a été testée avec succès », précise Thierry Willmann. La silphie se développe ensuite assez rapidement, mais les trois à quatre premières années, elle requiert tout de même encore du désherbage. Puis, quasiment plus aucune intervention à part la récolte et la fumure pendant une bonne dizaine d’années (lire encadré). Ce sont donc 65 ha situés en zone de captages prioritaires qui ne recevront plus aucun traitement phytosanitaire.

Des contrats bien ficelés pour sécuriser tout le monde

Pour encourager les agriculteurs à les suivre dans ce projet, le SDEA a élaboré un contrat qui lie les deux parties sur quinze ans. L’objectif est à la fois d’assurer l’approvisionnement du méthaniseur, et d’éviter que les agriculteurs aient à faire face à une perte de revenu. Pour rentrer dans le cadre autorisé par la réglementation, un montage particulier a été trouvé : « Le SDEA rachète la prestation du service rendu », résume Coralie Welsch. Les agriculteurs ne sont pas rémunérés à la tonne de silphie récoltée mais à l’hectare mis à disposition, avec un tarif fixe quel que soit le rendement et qui est réévalué chaque année en fonction de l’évolution des coûts des intrants et du prix de vente des autres cultures. Ainsi, pour cette année, le tarif de rachat sera révisé à la hausse. À noter aussi que le contrat qui lie agriculteurs et SDEA comporte des portes de sortie, sous certaines conditions.

Au final, la modernisation de cette STEP a nécessité des investissements plus importants que si le SDEA s’en était tenu à un schéma classique. Mais son coût de fonctionnement est optimisé, et ses externalités sont nombreuses. Aussi, le SDEA envisage déjà de reproduire ce schéma à la STEP de Sélestat, dont l’envergure est plus importante. Anticipant les objections qui pourraient être émises quant à la compétition entre cultures énergétiques et alimentaires, Thierry Willmann, avance : « Dans les zones de captage prioritaire, où la qualité de l’eau est dégradée, les agriculteurs vont être amenés à faire des choix entre des cultures alimentaires conduites avec des pratiques adaptées qui peuvent induire des seuils, et des productions non alimentaires certes, mais qui peuvent permettent de préserver la ressource en eau, elle-même indispensable à la production alimentaire. » En outre, la réglementation encadre l’incorporation dans les digesteurs de cultures principales : leur proportion ne peut pas dépasser 15 %. Enfin, Coralie Welsch glisse que si la silphie ne se mange pas, le miel qui en découle, lui, oui.

Agriculture de conservation des sols (ACS) et gestion de l’eau

Des comportements hydrodynamiques modifiés à prendre en compte

Technique

Publié le 03/06/2022

La comparaison des profils de sols travaillés ou en ACS révèle généralement de nettes évolutions en termes de circulation de l’eau, tant en surface qu’en profondeur. De plus « l’augmentation du taux de matière organique permet de stocker davantage d’eau et le mulch de surface diminue l’évapotranspiration », peut-on lire dans un article écrit par le comité technique de l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) et publié sur son site web. Autre atout de l’ACS mis en avant : le fait d’avoir un sol toujours couvert et jamais travaillé permet d’obtenir une meilleure infiltration de l’eau. Car, en ACS, « la micro et la macroporosité du sol sont connectées grâce au travail des micro-organismes du sol, la circulation de l’eau est optimisée et valorisée par les racines ». En outre, l’humus ayant un potentiel de rétention en eau très important, l’ACS permet d’améliorer la Réserve utile (RU), qui peut aussi être augmentée grâce à un meilleur enracinement, une mycorhization plus développée, ce qui améliore l’exploration racinaire, avancent les auteurs, tout en notant qu’il existe peu d’études sur la RU des systèmes en ACS. D’un autre côté, les agriculteurs qui débutent en ACS formulent souvent une crainte légitime quant à la gestion de l’eau : celle du prélèvement dans la réserve hydrique par les couverts.

Des thèses à étayer

Pour mieux caractériser la dynamique de l’eau dans les parcelles en ACS et étayer - ou écarter - ces thèses, un certain nombre d’expérimentations sont mises en place. C’est notamment le cas du programme de recherche Bag’Ages, commandité et financé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, coordonné par l’Unité mixte de recherche Inrae Agir (AGroécologies, Innovations et teRritoires). Débuté en janvier 2016 pour une durée de 5 années, ce programme multi-partenarial réunit agriculteurs, acteurs de la recherche, du développement agricole, de l’enseignement et des organismes économiques. Il a pour objectif d’évaluer les performances de systèmes de culture et de systèmes de production conduits en ACS (non-travail du sol et couverture des sols par des rotations et des couverts végétaux), et, pour quelques situations, en agroforesterie. La gestion quantitative et qualitative de l’eau dans ces systèmes est particulièrement étudiée, afin de déterminer si les pratiques agronomiques mises en œuvre peuvent permettre de mieux valoriser l’eau par une meilleure infiltration et rétention dans les sols, ce qui doit permettre une plus grande valorisation par les cultures en place, tout en limitant les fuites de polluants potentiels comme les nitrates et les résidus de pesticides. « L’évaluation des performances économiques et sociales des systèmes mis en œuvre (et leurs comparaisons avec des systèmes dits « conventionnels ») est également un enjeu majeur de ce programme », précise la page de la Chambre d’agriculture Occitanie qui présente le projet.

Vincent Bustillo, maître de conférences en éco-hydrologie à l’IUT Auch et au Centre d’études spatiales de la biosphère (Cesbio), a présenté quelques résultats issus de ce programme de recherche lors d’un webinaire organisé par l’Association française d’agronomie (Afa). « Le programme de recherche Bag’Ages vise à objectiver le fait que les mesures agroécologiques favorisent l’infiltration et la rétention de l'eau, donc limitent les pertes en eau par ruissellement, donc aussi l’érosion, le transfert de sédiments. Et qu’elles permettent aussi de mieux maîtriser les apports d’eau », a-t-il introduit avant de détailler les modalités pratiques du programme. Celui-ci se fonde sur 16 parcelles réparties sur 11 sites, qui permettent donc de comparer des sols différents, ainsi que trois modalités de pratiques culturales : l’agriculture de conservation avec semis direct, des rotations avec des cultures intermédiaires multiservices, et l’agroforesterie. Les effets de ces pratiques sont étudiés à trois échelles - la parcelle, le bassin versant et l’exploitation agricole - ce qui structure des « groupes de tâches ». À l’échelle de la parcelle, il s’agit d’analyser l’impact des pratiques agroécologiques sur la gestion quantitative et qualitative de l’eau grâce à des mesures permettant de caractériser les propriétés physiques et biologiques des sols, le développement des cultures, afin de suivre l’évolution des bilans hydriques et les dynamiques de transfert des polluants. L’échelle du bassin versant sert à la réalisation de diagnostic par télédétection, notamment pour caractériser l’impact des couverts végétaux sur les transferts d’azote, et à simuler des scénarios de déploiement de ces pratiques sur des bassins versants tests. L’échelle de l’exploitation agricole vise à analyser les performances agro-environnementales et technico-économiques des différents systèmes.

Lors de ce webinaire, Vincent Bustillo s’est concentré sur les résultats obtenus à l’échelle de la parcelle sur la structure du sol. Des résultats obtenus grâce à un suivi de 12 sites dont cinq où il est possible de comparer les résultats avec un système labouré. En parallèle des propriétés physico-chimiques des sols (densité, perméabilité, stabilité structurale mesures infiltrométriques à différentes profondeurs, érosion, teneurs en eau, en gaz…), les scientifiques ont enregistré les données météorologiques, le rayonnement. Parmi les résultats obtenus, Vincent Bustillo cite, sans surprise, des différences de volume macroporale importantes au bénéfice des terres labourées, mais qui ne sont pas durables dans le temps. Par contre, les scientifiques ont mis en évidence une augmentation du volume microporale en ACS, significative, puisqu’il est doublé voire triplé. Les sols conduits en ACS présentent une plus grande capacité à infiltrer l’eau en cas de précipitation de forte intensité. La réserve utile des sols conduits en ACS apparaît supérieure de 10 à 15 % par rapport aux sols labourés dans les horizons de surface (0-10 cm). Un avantage qui n’est cependant pas observé en profondeur (10-50 cm). Les tests pénétrométriques révèlent sans surprise des semelles de labour en système labouré, mais aussi des tassements en ACS, qui peuvent être limitants pour la prospection racinaire. La dynamique de la redistribution de l’eau dans le sol, importante pour connaître comment l’eau en surface est soustraite à l’évaporation, a également été étudiée, notamment via la conductivité hydraulique à saturation. Elle s’avère deux à trois fois plus élevée en ACS qu’en labour, et se caractérise surtout par une stabilité dans le temps. A l’inverse, en labour, cette conductivité peut être très élevée suite à l’opération de travail du sol mais diminue rapidement jusqu’à des niveaux limitants pour l’infiltration de l’eau dans le sol. Autres enseignements de ces essais : les modalités en ACS présentent une meilleure circulation de l’eau, une meilleure résistance à l’érosion, et une moindre évaporation liée au mulch de surface. Du fait de cette moindre évaporation, les besoins en eau pour le maïs sont réduits jusqu’à 20 %.

En conclusion Vincent Bustillo pointe une meilleure connectivité entre les macropores en ACS, même s’ils occupent un volume moins important, ce qui permet à l’eau de mieux circuler, donc, notamment, de limiter le risque érosif. Des phénomènes d’anoxie racinaire peuvent apparaître en labour, du fait d’un manque de connectivité entre la surface et la profondeur, mais également en ACS, notamment dans les parcelles hydromorphes où la forte porosité verticale, caractéristique des sols en ACS, peut favoriser des remontées de nappe. Cette incidence de la structure du sol sur le risque d’anoxie racinaire doit donc encore être étudiée plus finement.

Gaec Untereiner à Baerendorf

Des prairies temporaires à tout faire

Technique

Publié le 02/06/2022

L’herbe est un pilier du fonctionnement du Gaec Untereiner. « Nous avons toujours gardé nos prairies naturelles, parce qu’elles sont idéales pour produire du foin, et pour le pâturage, que nous pratiquons beaucoup », introduit Florian Untereiner. Depuis trois ans, il augmente encore la part d’herbe dans l’assolement et dans l’alimentation des bovins, en implantant des prairies temporaires. Son objectif est double. « Il y a à la fois un intérêt agronomique, de restructuration des sols et de nettoyage des parcelles, qui présentent une pression élevée en vulpin, afin de réaliser des économies de produits phytosanitaires, dit-il. Cela répond aussi à une volonté d’améliorer l’autonomie protéique de l’exploitation, en introduisant une nouvelle sorte de fourrage, dont il est possible de maîtriser la composition, en choisissant les espèces qui composent la prairie temporaire. » En outre, par rapport aux prairies naturelles, les temporaires affichent des rendements et des valeurs alimentaires plus élevés. Enfin, comme leur récolte est fractionnée en plusieurs coupes, elles permettent de mieux répartir les besoins en stockage que le maïs, qui requiert une importante capacité de stockage d’un coup.

Une fertilisation adaptée aux besoins

La première prairie temporaire a été implantée en 2019. Florian Untereiner en a semé d’autres chaque année depuis, en suivant peu ou prou le même itinéraire technique. Un premier déchaumage fait office de faux semis après la récolte de la céréale. Puis un deuxième déchaumage est effectué, avant le semis de la prairie temporaire, suivi d’un roulage, en août, voire en septembre. Florian Untereiner soigne particulièrement l’implantation des prairies temporaires. En effet, pour qu’elles remplissent parfaitement leur fonction nettoyante, elles doivent rester trois ans en place. C’est aussi dans cet objectif, et pour garantir leur niveau de production, qu’il pilote attentivement la fertilisation. « J’apporte un engrais 13-9-16, adapté aux espèces implantées, à raison de 550 kg/ha, fin février, lorsque les 200 DJ, après le 1er janvier, sont passés, et que la portance du sol le permet », décrit-il. « Cet engrais apporte 70 unités d’azote, 50 de phosphore et 88 de potasse. Il permet donc de couvrir en un apport les besoins d’une prairie temporaire », commente Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA. La prairie, qui en est à sa troisième année de fauche, a, en outre, reçu un complément d’azote « pour la soutenir ». C’est, donc, grâce à une implantation et une fertilisation soignées que les prairies temporaires affichent une bonne productivité. Si les prairies naturelles présentent une flore de très bonne qualité, avec notamment du ray-grass anglais, du trèfle, de la houlque, « c’est aussi le fruit d’une fertilisation adaptée, pilotée par des analyses foliaires », pointe Philippe Le Stanguennec. Florian Untereiner apporte notamment 95 uN pour booster ses prairies naturelles destinées à l’ensilage. « Cela permet de concilier rendement et qualité du fourrage », commente-t-il.

Associer prairies temporaires et maïs épi

Pour l’instant, Florian Untereiner a réussi à faire de quatre à cinq coupes, chaque année, dans ses prairies temporaires. En 2020, lors de la première année de récolte donc, et malgré le manque d’eau, il a récolté de 10 à 11 tMS/ha, sachant qu’en maïs il a rentré 11,5 tMS/ha. En 2021, année cette fois plutôt humide, les prairies temporaires ont donné en moyenne 14 tMS/ha et le maïs un peu plus de 16 tMS/ha. Des chiffres qui illustrent bien que les prairies temporaires peuvent remplacer une partie du maïs sans forcément dégrader le bilan fourrager d’un élevage. En 2021, 9,5 ha de maïs ont été ensilés en épi. « C’est un aliment riche en énergie qui complète bien les protéines qu’apportent les prairies temporaires. L’association des deux permet de gagner en autonomie, d’être moins dépendant des concentrés, donc de mieux maîtriser le coût de l’alimentation. En outre, ce sont deux ingrédients très digestibles, qui permettent donc de maximiser l’ingestion. Enfin, le maïs épi prend moins de place dans les silos », apprécie Florian Untereiner.

Une production de lait qui répond

Pour ne rien gâcher, la production de lait répond bien à cette stratégie. « Fin décembre, la production de lait était de 33 kg de lait par vache, par jour, en moyenne. Elle est passée à 36, en février et en mars, lorsque le fourrage issu de prairies temporaires a remplacé celui issu des prairies naturelles dans la ration. La prairie temporaire a donc fait gagner 3 kg de lait. Fin mars, alors que l’alimentation allie pâturage et ensilage de prairies naturelles, la production est repassée à 33,6 kg par vache, par jour, en moyenne », rapporte Philippe Le Stanguennec, qui relie ces variations aux valeurs alimentaires des fourrages, elles-mêmes liées à leurs conditions de récolte. Il ajoute : « En 2021, les prairies temporaires ont été récoltées tôt, fin avril, tandis que la première coupe des prairies naturelles a été effectuée un peu tard, le 21 mai, donc la valeur alimentaire était légèrement dégradée. » Du coup, cette année, il a été décidé de récolter toutes les prairies, précocement, afin de maximiser la qualité du fourrage.

Des perspectives d’amélioration

Dans quelque temps, le système de gestion des effluents d’élevage va être modifié. Au lieu de n’avoir que du fumier, qui ne peut que difficilement être apporté sur les prairies temporaires, les éleveurs bénéficieront de fumier et de lisier. « Nous pourrons apporter du lisier, en lieu et place de l’engrais de synthèse, voire après la première coupe, ce qui nous permettra de mieux maîtriser les charges ». Pour l’instant, Florian Untereiner utilise uniquement un mélange composé pour moitié de trèfle violet et pour moitié de ray-grass hybride. « Car c’est l’association la plus sûre pour permettre un bon démarrage de la prairie et maintenir un bon potentiel de production, pendant trois ans, et donc pour étouffer les adventices », sait-il. Mais, à l’avenir, lorsqu’il réimplantera des prairies temporaires après céréales, il a bien l’intention d’adapter la composition des mélanges aux types de sol.

Association de la bourse de commerce de Strasbourg

Antoine Wuchner succède à Jean-Laurent Herrmann à la présidence

Vie professionnelle

Publié le 02/06/2022

L’association de la bourse de commerce de Strasbourg est une institution discrète, mais efficace. Elle regroupe des acteurs de la filière céréalière rhénane, ses adhérents venant aussi bien de France que d’Allemagne, de Suisse, du Luxembourg, de Belgique, ou encore des Pays-Bas. Ce sont des producteurs de semences et de produits phytosanitaires, des organismes stockeurs, des courtiers, des transporteurs, des transformateurs… « La bourse de commerce est une structure nous permettant de travailler sur des sujets transversaux, afin d’adopter des positions communes pour défendre les revenus de chaque maillon de la chaîne », indique le nouveau président Antoine Wuchner. Responsable d’Eurépi et de la filière houblon au Comptoir agricole, il a indiqué vouloir créer des groupes de travail pour capitaliser sur « l’intelligence et la volonté » des membres de l’association afin « d’apporter des réponses concrètes » aux thématiques qui seront portées par ces groupes de travail. Elles restent à affiner mais il sera question de compétitivité, de contraintes environnementales (lire encadré), de logistique, de nouvelles filières, sans oublier la loi Egalim 2…

Egalim 2 : la filière céréalière amère

La filière céréalière est particulièrement impactée par la loi Egalim 2. David Dutruch, courtier au sein de la société alsacienne Bloch & Rehs, spécialisée dans le courtage de céréales dans le bassin rhénan, explique en quoi la loi Egalim 2, telle qu’elle est écrite actuellement, est préjudiciable à sa profession. « Nous sommes des intermédiaires de commerce, indépendants des deux parties. Notre rôle est notamment de rapprocher l’offre des organismes stockeurs, négoces privés et coopératives agricoles ; de la demande des meuniers, semouliers, amidonniers, éthanoliers, fabricants d’aliments du bétail… », présente-t-il. 80 % des flux générés par l’activité de Bloch & Rehs transite en péniche sur le Rhin, dans un marché concurrentiel. David Dutruch replace son activité dans une perspective historique : « Avant d’être dématérialisées, les bourses de commerce étaient des lieux d’échanges physiques entre acheteurs et vendeurs. Leur dématérialisation s’est traduite par une plus grande visibilité des marchés. Aujourd’hui, tout le monde peut suivre comment les prix évoluent sur les marchés à terme, en fonction de l’offre et de la demande. Cela contribue à la grande volatilité des marchés des matières premières, dont les mouvements figurent parmi les plus compliqués à comprendre, car ils sont régis par de très nombreuses variables explicatives : la météo, les taux de change, la géopolitique … « Nous évoluons dans un monde de risques. Aussi des outils ont été mis en place pour transférer les risques. Quand nous établissons un contrat, nous spécifions pour quel produit, quelle quantité, quelle est la période d’exécution, nous fixons des conditions de paiement, un prix… Tout est noté, acté dans les contrats et, s’ils sont signés par les deux parties, c’est qu’ils conviennent à tout le monde. La loi Egalim 2 vient se greffer sur ce système, et dit qu’on peut revenir sur un prix qui avait été acté. Ce qui revient à dire que le contrat ne vaut rien », décrit David Dutruch. Il ne remet pas en question l’utilité de la loi dans d’autres filières, qui pâtissent de relations inégales avec la grande distribution. « Il y a eu des abus, et il faut agir pour mieux encadrer certaines pratiques, comme la vente à perte. Mais il y a le Code du commerce, des lois qui encadrent les relations commerciales et, dans la filière céréalière, des outils et des stratégies de gestion des risques qui existent et qui fonctionnent, comme des assurances, qui couvrent les risques de hausse et de baisse des prix. » Aussi, pour le courtier, dans la filière céréalière, la loi Egalim 2 « ne sert à rien ». Pire, « elle est néfaste car elle casse les contrats et les rapports de confiance en disant qu’il est possible de revenir en arrière ».

La profession s’est donc adaptée, notamment en faisant des contrats pour des périodes d’exécution de trois mois au lieu de six, pour ne pas qu’un prix qui avait été acté puisse être révisé. Mais les courtiers français doivent expliquer cette spécificité française à leurs partenaires étrangers, ce qui complique les échanges. « Nous faisons tout pour ne pas perdre nos clients », indique David Dutruch, qui remarque, que la loi est « compliquée à mettre en place, et présente notamment de nombreuses zones d’ambiguïtés ».

Syndicat betteravier d’Alsace

Un dossier chasse l’autre

Vie professionnelle

Publié le 02/06/2022

« Je suis serein et rassuré quant à l’avenir. Cette année, nous aurons certainement des betteraves payées à 35 €/t, donc pourquoi pas 40 €/t l’année prochaine ? » a lancé Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace et de la Confédération générale des planteurs de betteraves, pour faire la transition entre l’assemblée générale de la section d’Erstein de Cristal Union et celle du syndicat.

« Durant la campagne 2021, la betterave a repris des couleurs », s’est félicité Joseph Behr, directeur du syndicat. À 89,4 t/ha de betterave à 16, le rendement se situe au-dessus du rendement moyen des cinq dernières années, et place la section d’Erstein en deuxième position après l’Aube sur le podium de la productivité. Particulièrement humide, la campagne 2021 s’est traduite par « des économies de tours d’eau » mais aussi une tare terre assez élevée, liée à des sols humides, des durées de stockage au champ courtes, qui n’ont pas permis aux silos de toujours suffisamment ressuyer. La campagne a été riche de quelques rebondissements pour le syndicat, entre l’épisode de gel, qui a donné droit à des indemnisations, l’évolution de la réglementation sur les néonicotinoïdes, avec l’interdiction de semer du maïs après des betteraves protégées avec des NNI, ce qui constitue un handicap certain en Alsace. « Heureusement, il est possible d’implanter du soja », rappelle Joseph Behr.

Il a espéré que les planteurs aient rapidement accès aux variétés rendues tolérantes à des herbicides, car elles doivent permettre de réduire le recours aux produits phytosanitaires, donc les IFT, donc de lever un point de blocage pour l’accès à la certification HVE de certains agriculteurs. Joseph Behr a également évoqué la mise en œuvre des écorégimes à partir de 2023 : « Le syndicalisme a obtenu que la betterave fasse l’objet d’un bloc à part entière et ne soit pas noyée dans les cultures de printemps. Ainsi, avoir 10 % de betteraves dans son assolement permettra de gagner des points. » Autre sujet qui occupe le syndicat : la refonte de l’assurance climatique. À partir de 2023, la gestion des risques reposera sur plusieurs niveaux, dont « des outils d’épargne de précaution qui permettront de lisser la fiscalité tout en constituant une épargne ; une Caisse activable en cas de coup dur… »

Jaunisse, charges : la vigilance s’impose

Pierre Raye, directeur de la CGB, a souligné que la filière contribue à conforter deux souverainetés « alimentaire et énergétique ». S’il estime que « les fondamentaux sont solides pour aller chercher une valorisation renforcée de la betterave », il constate aussi que l’envolée du coût des engrais va constituer un enjeu majeur. « Leur surcoût est estimé à 7 €/t, sous réserve de disponibilité », indique-t-il. Des mesures sont prises, comme « une cellule de suivi et de sécurisation au niveau du ministère de l’Agriculture ». En outre, des « négociations bilatérales engrais contre grains sont engagées entre un certain nombre de pays », rapporte-t-il. Sur le dossier des néonicotinoïdes, qu’il qualifie de « sprint de fond », il indique : « La deuxième année de dérogation a été difficile à obtenir en raison de pressions interministérielles fortes. » Réjouissance en demi-teinte pour cette campagne : « L’arrivée des pucerons s’est faite conformément aux modèles, ce qui prouve qu’ils sont pertinents. » Alors que deux tiers des betteraves ne sont plus protégées par des néonicotinoïdes en Alsace, « il faut être très vigilant », a indiqué Franck Sander.

« L’épidémie de Covid-19 a commencé à reposer la question de la souveraineté alimentaire. Puis la guerre en Ukraine a remis le sujet au centre des débats. Mais, entre les deux crises, les consommateurs avaient oublié leurs craintes. Cela montre qu’il faut faire en sorte que ces sujets restent sur la table même hors temps de crise », a-t-il averti. Autre constat : le marché du bio fléchit, la vente directe aussi. « Cela montre qu’il y a d’autres modèles, territoriaux, comme ceux des filières betteravières et céréalières, qui sont aussi souhaitables et durables que ceux qui nous ont été vendus comme des solutions supérieures, et qui ont été subventionnés », analyse Franck Sander. Qui considère : « Il va falloir produire. Pour assurer la stabilité des pays d’Afrique du Nord. Pour piéger du carbone dans de la biomasse. » Cela passera notamment par le progrès génétique, dont les nouvelles techniques de sélection NBT (New Breeding Techniques). Il a mis en garde contre un possible effet ciseaux si les prix des denrées agricoles venaient à s’écrouler alors que les charges resteraient élevées. « Cela pourrait être fatal à certaines exploitations. »

Cristal Union

Tout va mieux mais…

Vie professionnelle

Publié le 02/06/2022

Dans le bassin de production d’Erstein, la campagne betteravière 2021 s’est soldée par une production de 89,4 t/ha de betterave à 16°S (expression du rendement qui prend en compte la richesse en sucre des betteraves), ce qui place l’Alsace parmi les régions les plus productives de France. Une bonne performance que Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, relie à des conditions météorologiques favorables à la culture, la bonne maîtrise de la cercosporiose, et la faible pression en pucerons vecteurs de la jaunisse de la betterave, alors que 55 % des betteraves n’étaient pas protégées par des néonicotinoïdes (NNI). Le principal accident de parcours a été l’épisode de gel au printemps, qui a entraîné 200 ha de resemis.

La rémunération des betteraves s’est élevée à 29 €/t, toutes primes confondues. Une embellie qui n’a pas suffi à séduire autant de nouveaux betteraviers qu’escompté. En effet, la campagne de prospection pour trouver 2 000 ha de betteraves supplémentaires s’est soldée par une déception. 700 agriculteurs ont été contactés, 121 ont été rencontrés, mais seuls 27 ont rejoint les rangs de la coopérative : huit dans le Bas-Rhin, six dans le Haut-Rhin, douze en Moselle, et un Allemagne, avec 260 ha en tout. « Ce travail devra se poursuivre pour faire adhérer les indécis, car il y a encore du potentiel », commente Gérard Lorber, pour qui les prix actuellement élevés des céréales peuvent expliquer la frilosité des agriculteurs alsaciens à se (re) lancer dans la culture de la betterave.

« Nous sommes confiants »

Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union, a pris son bâton de pèlerin pour défendre la betterave. En effet, si certains combats - fin des quotas, cercosporiose - sont désormais gagnés, d’autres restent à mener, comme la lutte contre la jaunisse sans NNI. Mais la recherche avance : « Des combinaisons de solutions sont testées dans des fermes pilotes. La principale réponse viendra sans doute de la génétique. Nous sommes confiants ». Autre atout majeur de la betterave, ses coproduits, dont la valorisation constitue « un élément de résilience de la filière ». En effet, les minéraux prélevés au sol par la betterave sont recyclés dans les écumes, les pulpes, la vinasse, et retournent au sol via l’élevage, la méthanisation.

La filière betteravière est très structurée. Ainsi, les chantiers de récoltes sont organisés via une application dédiée. « Actuellement nous testons le transport par camions de 48 t afin de réduire le nombre de voyages », indique Bruno Labilloy qui termine son plaidoyer par l’adaptation de betterave au changement climatique. « Il va y avoir un impact sur les dates de semis, qui seront plus précoces, ce qui va se traduire par une durée de végétation plus longue, donc plus de temps pour faire du sucre. Il y aura aussi plus de jours chauds et secs en été, mais grâce à l’irrigation et au progrès génétique, la betterave a de l’avenir. »

Des propos appuyés par Gérard Lorber, qui évoque aussi la mise au point de variétés rendues tolérantes à des herbicides, qui pourraient faciliter le désherbage. Et l’importance d’avoir des assolements diversifiés en Alsace pour la Pac, mais aussi pour lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Olivier de Bohan, président de Cristal Union, enfonce le clou : « Les semenciers sont en train d’élaborer des solutions pour lutter contre la jaunisse, réduire les besoins en intrants et en eau, afin de stabiliser les rendements. Ces nouvelles variétés qui arrivent sont source d’espoir ».

La rémunération progresse

À 29,37 €/t en 2021, la rémunération de la betterave progresse de 4 €/t par rapport à 2020. Et elle aurait pu être encore plus élevée si des planteurs de Cristal Union n’avaient pas dû détruire des parcelles traitées avec un herbicide défectueux. « Ça a été un préjudice industriel important puisque nous avons perdu l’équivalent de la production d’Erstein, soit autant de sucre dont le fruit de la vente ne figure pas dans nos comptes à un moment où le marché est ascendant », indique Olivier de Bohan. Des discussions sont en cours avec la société Adama pour réparer le préjudice subi. Le fruit de ces négociations devrait être obtenu pour la campagne en cours. « Donc si aujourd’hui nous annonçons un prix de la betterave à 28 €/t pour 2022, c’est que nous sommes prudents. Ce sera plus, forcément », annonce-t-il.

Certes le prix de la betterave augmente. Mais « quand je vois celui des céréales, ça ne me fait pas rêver », pointe Julien Koegler, membre du conseil de section d’Esrtein, qui s’interroge : « Est-ce qu’on ne se trompe pas d’objectif en s’attaquant aux surfaces ? Est-ce qu’il ne serait pas plus efficace de proposer un prix qui fasse que les surfaces augmentent ? » Un argument entendu, mais nuancé, par Olivier de Bohan : « Des betteraves à 60 €/t, on en rêve tous. Mais il faut de la surface pour écraser les charges fixes et variables. » Bruno Labilloy reconnaît de son côté que l’amélioration du prix de la betterave doit se poursuivre, car les coûts de production, notamment des engrais, augmentent en parallèle.

Défis actuels et à venir

« Cristal Union génère 23 000 emplois et 1,60 milliard d’euros de PIB en France », souligne Xavier Astolfi, directeur général de la coopérative, avant de détailler les défis que la coopérative va devoir relever : « La crise géopolitique que nous traversons révèle la fragilité de l’Europe quant à son approvisionnement énergétique. C’est un sujet qui nous préoccupe au quotidien. Avec deux priorités : sécuriser nos approvisionnements en énergie, et nous faire reconnaître comme secteur prioritaire pour l’approvisionnement en énergie. » La guerre en Ukraine fragilise aussi la souveraineté alimentaire européenne. « Les crises entraînent parfois des prises de conscience salutaires. Désormais, plus personne ne remet en question la nécessité d’assurer la souveraineté alimentaire et énergétique de l’Europe. Les agriculteurs et les industriels apparaissent donc comme des solutions », déclare Olivier de Bohan.

C’est pourquoi Cristal Union s’oppose à la décroissance : « Nous sommes capables de transformer la betterave en préservant l’environnement », affirme Xavier Astolfi, qui rappelle la transition énergétique des usines, les investissements pour leur décarbonation, pour généraliser la méthanisation des effluents… Quant à Olivier de Bohan, il fustige les ambitions « hors sols » de la stratégie Farm to Fork. Pour lui, elle reviendrait à « annihiler la puissance agricole de l’Europe pour un résultat environnemental illusoire. » S’il estime que l’autorisation de mise en culture des jachères va dans le bon sens, il souhaite que cette mesure soit inscrite dans le temps. « Nous avons une obligation morale de produire. Il n’est pas possible d’accepter que par dogmatisme, certains peuples risquent la famine, a-t-il lancé, rappelant que la souveraineté alimentaire se joue d’abord dans les champs. » Le contexte actuel génère de nouveaux défis pour la coopérative. Xavier Astolfi pointe « la hausse des besoins en bioéthanol, et la baisse de consommation des produits carnés, ce qui signifie moins de débouchés pour les coproduits de l’industrie sucrière ». « Nous avons la capacité de relever ces défis », a assuré Olivier de Bohan.

Hommages

Cette assemblée générale a été l’occasion de rendre hommage à deux acteurs de la cause betteravière. Antoine Herth, d’une part, qui a décidé de ne pas briguer de nouveau mandat de député. Il a rappelé avoir accompagné la sucrerie d’Erstein lors de la fin des quotas sucriers et lors de son « mariage » avec Cristal Union. « J’ai travaillé avec les pères de ceux qui sont aujourd’hui aux manettes, signe que l’heure de passer le relais est venue. Mais je vais continuer à cultiver des betteraves », a-t-il indiqué. D’autre part, Georges Burger, administrateur à la sucrerie depuis 26 ans, démissionne. Il est remplacé par Thomas Friess, en cours d’installation à Rohr.

Point de campagne

Le manque d’eau aura des impacts

Cultures

Publié le 02/06/2022

Du premier janvier à la mi-mai, la station d’Entzheim enregistre, en moyenne depuis 10 ans, une pluviométrie de 200 mm. Cette année, sur la même période, le réseau de stations météorologiques Sencrop suivi par le Comptoir agricole, dans le Bas-Rhin, a enregistré des pluviométries de 240 à 120 mm en fonction des secteurs avec, schématiquement, un gradient de précipitations qui va du Nord au Sud. « Nous enregistrons jusque 80 mm de déficit, notamment dans les secteurs d’Erstein, l’Ackerland, l’arrière Kochersberg », rapporte Christian Lux, responsable du service Agronomie et environnement au Comptoir agricole. Cela aura forcément des conséquences sur la productivité du blé et des orges. « Dans les sols superficiels, les limons sableux, les réserves utiles se vident, et le manque d’eau commence à se voir, avec une sénescence précoce des orges, des blés qui dessèchent par zone. Dans les terres profondes, ce n’est pas encore le cas ». En lien aussi avec la chaleur, notamment le coup de chaud enregistré à la mi-main, le cycle des céréales est avancé : « L’épiaison et la floraison sont en avance d’environ huit jours, ce qui n’est jamais très bon pour le rendement ». Certes les précipitations annoncées vont permettre d’assurer un certain niveau de rendement, mais le déficit hydrique enregistré jusqu’à présent aura un impact, plus ou moins important en fonction du type de sol, de la réserve utile, de la possibilité d’irriguer…

Les colzas résistent bien

Les colzas sont très beaux, cette année, avec un bon potentiel. « Jusqu’à présent, ils ont été moins impactés par le manque d’eau, grâce à leur système racinaire pivotant bien développé », indique Christian Lux. Mais ils peuvent commencer à souffrir du manque d’eau actuellement, alors qu’ils sont en phase de remplissage. Pour les colzas aussi, les pluies annoncées sont donc plus que bienvenues, elles sont nécessaires.

Les cultures de printemps souffrent moins du manque d’eau. Les tournesols ont surtout été affectés par des attaques de pucerons verts, qui se traduisent par des crispations de feuilles qui prennent un aspect gaufré. Les sojas ont profité des quelques précipitations de début mai pour lever de manière homogène. Ils suivent leur bonhomme de chemin et atteignent le stade deux feuilles trifoliées.

Manque d’efficacité des désherbages en maïs et betterave

Actuellement, les maïs vont vers leur neuvième feuille pointante. Ils ne souffrent pas (encore) du manque d’eau car leurs besoins ne sont pas encore élevés, mais l’irrigation se prépare. « Ils sont plus ou moins grands et beaux selon que les conséquences des récoltes dans de mauvaises conditions et du manque de gel hivernal sont marquées », indique Christian Lux. Pas mal de sols ont été compactés. Une dégradation de la structure du sol qui se traduit par des jaunissements de feuilles, notamment dans les traces de passages de roues. Dans les maïs, l’impact majeur de la rareté des précipitations a été un manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai, alors que les sols étaient trop secs, l’hygrométrie trop faible et les températures trop élevées pour que l’efficacité des herbicides, foliaires comme racinaires, puisse être optimale. « Heureusement, les binages ont permis de rattraper la situation ».

Michel Butscha, technicien agrobetteravier à la sucrerie d’Erstein, rapporte le même manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai. « Heureusement, les premiers traitements ont pu être effectués dans de bonnes conditions, et il a été possible de rattraper la situation avec des binages ». Pour l’instant, la betterave ne souffre pas du manque d’eau. Elle affiche plutôt une avance végétative, en lien avec l’ensoleillement et les températures, ce qui assure une couverture précoce des inter-rangs. Néanmoins, la betterave va consommer beaucoup d’eau dans les semaines à venir. Et c’est durant le mois de juin, lorsque les jours sont longs, qu’elle est le plus profitable à la culture. Les précipitations annoncées sont donc bienvenues. Sinon, l’irrigation devra rapidement prendre le relais, notamment en terre légère. La priorité est donc au déclenchement à bon escient de l’irrigation mais les planteurs sont également invités à surveiller de près l’évolution de la cercosporiose, car les traitements pourraient être déclenchés très prochainement.

 

 

Fraises d’Alsace

Démarrage sur les chapeaux de roues

Cultures

Publié le 01/06/2022

C’est en fin de matinée et sous un soleil déjà brûlant qu’a eu lieu le lancement de la saison de la fraise d’Alsace, aux abords des rangées de fraisiers qui composent la libre cueillette de la famille Krieger. « Cette année, les fraises sont beaucoup plus précoces que d’habitude », pointe Olivier Grinner, président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace. Une précocité liée aux conditions météorologiques, qui pourraient hâter aussi le reste de la campagne : « Les températures élevées font que la maturation avance vite. Si ces conditions perdurent, dans trois semaines, le plus gros du volume sera passé. Donc c’est vraiment le moment d’en profiter », encourage-t-il. D’autant que, quelle que soit la météo, la saison des fraises n’est jamais très longue, de l’ordre de quatre à six semaines.

Ce n’est donc pas le moment de remettre à demain une sortie dans l’une des 21 libres cueillettes qui émaillent le territoire alsacien. D’autant que ces sorties gourmandes sont aussi bénéfiques pour le pouvoir d’achat des consommateurs, mis à mal par la conjoncture actuelle. Autres atouts des libres cueillettes : elles limitent les frais de conditionnement, de transport, de conservations. Mais que les consommateurs plus fortunés et/ou occupés se rassurent : ils trouveront aussi des fraises d’Alsace fraîchement cueillies dans de nombreux points de vente. Enfin, n’oublions pas la façon la plus gourmande de profiter de la douce saveur des fraises d’Alsace : lorsqu’elles sont incorporées dans les œuvres des pâtissiers alsaciens. Depuis 2019, un partenariat lie l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et la corporation des pâtissiers du Bas-Rhin, représentée lors de ce lancement par Éric Haushalter, pâtissier à Saverne : « Nous sommes friands des circuits courts qui nous permettent de valoriser les produits locaux. Nous savons d’où ils viennent, comment ils sont produits. Cela nous permet de travailler la main dans la main avec les producteurs, donc de mieux cibler nos besoins. La tendance est en effet à des pâtisseries moins sucrées, mais nous avons aussi besoin de fraises bien sucrées pour nos glaces », explique Éric Haushalter.

Une surface qui progresse

Des propos qui illustrent bien la complémentarité entre les producteurs et les entreprises locales. « Nous cherchons à identifier quels sont les cultivars les plus adaptés à cette valorisation locale en termes de goût et de fraîcheur », confirme Lilian Boullard, agronome à Planète Légumes. Autre défi pour les producteurs : adapter leur itinéraire technique aux conditions météorologiques. L’an dernier, la culture de la fraise a pâti d’un excès d’eau. Cette année, la tendance est inverse. Pour lisser le risque, de plus en plus de producteurs investissent dans des techniques d’irrigation innovantes, « comme le goutte-à-goutte installé dans les buttes, au plus près des besoins des plantes », indique le conseiller. La libre cueillette de la famille Krieger démontre aussi les efforts qui sont faits pour aménager les cueillettes : les buttes bâchées rendent les fraises accessibles sans trop de contorsions !

La surface consacrée à la production de fraises a progressé en Alsace. « Il y a sept ans, elle était de 200 ha, aujourd’hui, elle est de 230 ha, soit une progression de l’ordre de 10 % tous les cinq ans, similaire à la tendance française », décrit Lilian Boullard. Ce sont surtout les surfaces destinées à la vente en gros qui ont progressé, plutôt que les libres cueillettes et les fraiseraies destinées à la vente directe. La progression des surfaces allouées aux fraiseraies pourrait ralentir ces prochaines années. « Il va probablement y avoir une stabilisation du marché de la fraise, qui n’est pas qu’un produit alimentaire, mais aussi un produit plaisir. Il est possible que nous ayons atteint le haut de la crête », note Lilian Boullard.

Reste que 230 ha de fraises, « ce n’est pas neutre », constate Pierre Lammert, président de l’Ifla. « Cela fait une certaine quantité de fraises à consommer. Or c’est un fruit très sensible au transport, aux aléas, qui gagne donc à être consommé localement », encourage-t-il. Mission acceptée !

Techniques agricoles - Kuhn - Pioneer

Du bon usage des semoirs et des semences

Technique

Publié le 06/05/2022

Sur les hauteurs de Uhrwiller, au pied du château d’eau, les sociétés Techniques agricoles, Kuhn et Pioneer ont implanté un essai consacré au semis de maïs. Il est accueilli sur des terres de Sébastien Pfeiffer, conduites en Agriculture de conservation des sols, qui avaient été préparées au strip-tiller, avant le semis du maïs. L’essai comprend plusieurs blocs. « Une partie est consacrée à des variétés Pioneer semées à des densités différentes. Un bloc est consacré à la vitesse de semis, avec des semis à 5, 7, 9 et 13 km/h réalisés avec les semoirs Kosma et Maxima 3 à entraînements électriques de Kuhn. Une partie est destinée à tester l’effet de la profondeur de semis. Les semoirs Maxima 3 et Kosma ont été utilisés pour semer à des profondeurs de 2,5 ; 4 et 5,5 cm », décrit Manon Meyer, agent technique terrain chez Pioneer Corteva.

L’observation des différentes modalités a permis de mettre en évidence qu’avec le semoir Kosma, si la répartition et la profondeur d’implantation des graines sont bonnes à 5 et 7 km/h, elle commence à se dégrader à partir de 9 km/h. À 13 km/h, la profondeur de semis est irrégulière, reflet d’un manque de force de terrage. Denis Delcey, inspecteur commercial chez Kuhn, explique : « Le Kosma est le semoir le plus léger de la gamme des semoirs de précision, or la masse est importante pour garantir la stabilité des semoirs lors des semis à grande vitesse. Le Kosma n’est pas un semoir fait pour aller très vite, il est conçu pour aller à 7-8 km/h ». L'inspecteur commercial souligne : « La vitesse de semis est souvent avancée comme un argument commercial. Mais, au final, les semis à grande vitesse sont peu pratiqués, sur le terrain. Donc mieux vaut peut-être privilégier un semoir dont les atouts seront la facilité et le confort des réglages, qui font aussi gagner du temps, plutôt qu’une potentielle vitesse de semis élevée, qui ne sera pas valorisée. »

L’inspection des modalités concernant les profondeurs de semis a mis en évidence un décalage entre la profondeur théorique et réelle, liée à la masse de l’élément semeur, qui est plus importante pour le Maxima 3 (120 kg sans option) que pour le Kosma (95 kg sans option). En outre, si la profondeur de 5,5 cm semble un peu exagérée, celle de 2,5 apparaît trop superficielle car toutes les graines ne sont pas dans l’humidité.

Modulation de semis avec P9889 et le semoir Kosma

Une dernière partie de l’essai est consacrée à la modulation de semis. « Nous avons utilisé la variété Aquamax P9889, dont les semences sont issues de lots Premium, bénéficiant d’un traitement de semences Lumigen, associant un biofertilisant et un insecticide », précise Manon Meyer. La carte de modulation de la densité de semis a été au préalable obtenue grâce à l’outil de cartographie Granular Link, développé par Corteva Pioneer, qui se fonde sur 32 années d’acquisition de la quantité de biomasse sur les parcelles, une donnée qui est très lié au potentiel de rendement des parcelles, notamment à la capacité de la réserve utile du sol. La cartographie de la parcelle permet de mettre en évidence l’hétérogénéité de son potentiel de rendement, avec quatre zones différentes. « En orange, figurent les zones avec les moins bons potentiels de rendement, correspondant notamment aux fourrières. En vert foncé, figurent les zones, où le potentiel de rendement est le plus élevé, notamment la cuvette située en fond de parcelle », décrit Manon Meyer. Entre les deux, l’outil Granular Link a identifié des zones à potentiels de rendement intermédiaires. Pour s’adapter à ces différences de potentiel, le maïs a été semé à quatre densités différentes, 80 000, 85 000, 89 000 ou 92 000 grains/ha, en injectant la carte dans le semoir Kosma, et en mettant à profit l'entraînement de sa distribution électrique, qui permet de moduler la dose de semis. Une partie de la parcelle a également été semée sans moduler la dose de semis afin de servir de témoin. « La parcelle sera suivie, jusqu’à la récolte, et les résultats obtenus seront analysés, jusqu’aux calculs de marges et de retours sur investissement », précise Sébastien Henry, animateur de zone Pioneer Corteva.

Miser sur la facilité de réglage pour gagner du temps

« Nous sommes présents sur le segment des semoirs de précision, depuis 25 ans, ce qui nous permet aujourd’hui de proposer des machines très abouties, adaptées aux différents segments du marché », introduit Denis Delcey, chargé de présenter les deux semoirs de la gamme Kuhn à l’honneur. « L’Alsace reste une terre à maïs mais les agriculteurs sont amenés à semer de plus en plus d’espèces différentes. Les facilités de réglage, et notamment de changement des écartements, deviennent une priorité », poursuit-il. C’est une des caractéristiques du Maxima 3, qui peut passer très facilement de 37,5 jusqu’à 80 cm d’écartement en quelques minutes. En effet, l’écartement se règle directement sur la poutre, en positionnant une butée à l’écartement souhaité pour chaque élément semeur. Différentes poutres coulissent hydrauliquement pour venir contre la butée choisie et positionner automatiquement les éléments semeurs depuis la cabine grâce aux distributeurs hydrauliques du tracteur. La profondeur de semis, les disques, les chasses débris se changent tout aussi facilement, sans oublier les roulettes de rappui. Le microgranulateur pneumatique de dernière génération permet de passer très facilement d’un produit à l’autre. « Le Maxima 3 est un semoir lourd et stable, capable d’aller plus vite que le Kosma, et qui fera donc gagner du temps, à la fois lors de la préparation des semis et de leur réalisation. C’est un semoir qui allie confort de travail et performances », résume Denis Delcey.

Huit semoirs « de un rang » grâce à l’entraînement électrique

Le semoir Kosma était présenté avec une distribution à entraînement électrique : « Tout l’intérêt de cette technologie est d’aller vers la modulation de dose, qui n’est pas possible avec un entraînement mécanique », pose Denis Delcey. En effet, ainsi équipé, le semoir Kosma se pilote « comme huit semoirs de un rang ». Pour cela, le tracteur et le semoir doivent communiquer via un terminal Isobus, comme le CCI 1200, à même de traduire la carte de préconisations en consignes pour le semoir. « C’est un écran de contrôle très intuitif, qui permet par exemple, aussi, de couper manuellement les rangs », précise Guillaume Urban, formateur digital et technico-commercial chez Kuhn. Bien sûr, l’ensemble doit être guidé par signal GPS RTK.

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