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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Joseph Hemmerlé, chercheur, apiculteur, auteur

Donner à voir l’invisible

Vie professionnelle

Publié le 29/07/2022

Joseph Hemmerlé aime l’infiniment petit, ce qui ne se voit pas, mais qui fait la matière : les atomes, leur organisation en cristaux. C’est la trame de son parcours professionnel, débuté par des études dans l’électronique, complétées par une formation en microscopie qui l’emmène aux Pays-Bas. « Mon premier travail a consisté à réparer des microscopes électroniques », se rappelle-t-il. Attiré par la recherche, il retourne sur les bancs de l’université, jusqu’à obtenir un doctorat en biophysique, qui lui permet de travailler avec le Dr Robert Frank, à la faculté dentaire de Strasbourg. Réunis par une passion commune pour l’infiniment petit, les deux hommes étudient la structure des dents, l’émail, la dentine…

« Ce qui m’a le plus passionné, c’est la capacité du corps à fabriquer des cristaux. D’un point de vue atomique, il n’y a pas de différences entre le diamant, le rubis, nos os, nos dents. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation des atomes en cristaux. La cristallographie, l’organisation de la matière en cristaux, n’est pas visible à l’œil nu. Elle n’est pas apparente, mais elle donne leurs caractéristiques et propriétés aux matériaux », explique le scientifique. Pour mieux comprendre l’organisation de la matière dans le corps humain, il se spécialise au gré d’un postdoctorat sur la microscopie électronique en transmission de haute résolution, qui le mène au Royaume-Uni. De retour en France, Joseph Hemmerlé et Robert Frank mènent des travaux remarqués sur l’application de techniques de métallurgie à l’élaboration de prothèses pour le corps humain. « J’ai alors intégré un laboratoire de recherche sur les biomatériaux, ce qui m’a permis de poursuivre mes travaux sur l’élaboration de dispositifs médicaux plus durables et plus pointus. » Des travaux qui, en 2013, ont été récompensés par le prix de l’innovation de l’Inserm.

 

 

Durant l’année de sa thèse, Joseph Hemmerlé prend quelques vacances en Savoie. Lorsqu’un essaim se pose à proximité de son gîte, il appelle, vaguement inquiet, le propriétaire qui se trouve être un apiculteur. « Il est venu en sandales, avec un parapluie dans lequel il a fait tomber cette masse d’abeilles. J’étais subjugué. Pour moi, il était comme un dompteur de bêtes dangereuses », se remémore Joseph Hemmerlé. Il échange avec son sauveur, qui lui met entre les mains un ouvrage sur l’apiculture. « Je l’ai dévoré », sourit-il. Immédiatement, il fait le lien avec sa passion pour les cristaux : « Le monde des abeilles est régi par une organisation hyperstructurée qui n’est pas apparente. » Piqué au vif par la passion des abeilles, Joseph Hemmerlé n’en démordra plus jamais. « Je me suis mis à construire des ruches, à aller cueillir des essaims, et à les enrucher. » En 2007, son jardin de Weyersheim accueille 25 ruches, qui produisent une demi-tonne de miel. « J’avais la chance d’avoir un jardin sans voisins directs, dans un environnement varié, avec des tilleuls, des châtaigniers, des acacias, dans un périmètre suffisamment proche pour pouvoir pratiquer une apiculture sédentaire sans problème. »

Quand la profession sert la passion

En parallèle de ses travaux de recherche, grâce à ses microscopes, Joseph Hemmerlé scrute le monde des abeilles de fond en comble. « Je me suis d’abord intéressé à la nutrition des abeilles, notamment en pollen, qui constitue leur principale source de lipides et de protéines. Je ramenais des pelotes de pollen au laboratoire. Je les pesais, je les observais au microscope… » Se faisant, il a accès à des connaissances qui échappent aux autres apiculteurs. « J’ai donc voulu les partager. C’est ainsi qu’en 2011 j’ai écrit un article sur le pollen dans la revue Abeilles de France, qui a été assez remarqué. Écrit par un scientifique, il avait l’intérêt d’être vulgarisé pour les hommes de terrain. » À partir de là, Joseph Hemmerlé poursuit son œuvre de vulgarisation. En 2013, il est invité à intervenir dans le cadre du congrès national d’apiculture à Colmar. « J’ai construit une conférence, « L’abeille au microscope », dans laquelle j’utilise des images microscopiques pour expliquer des phénomènes macroscopiques aussi variés que la composition du miel, la structure des alvéoles, l’architecture du nid… »

Comme tous ses confrères, Joseph Hemmerlé a été confronté à des problèmes sanitaires dans ses ruches au cours de sa carrière. « Comme trop peu de vétérinaires sont formés à la santé des abeilles, les apiculteurs s’organisent en Groupement de défense sanitaire des abeilles (GDSA), qui forment des agents sanitaires, capables de poser des diagnostics, de donner des conseils de soins… », explique-t-il. Une fois formé à son tour, Joseph Hemmerlé, s’est engagé au sein du GDSA du Bas-Rhin (1 200 à 1 400 apiculteurs) d’abord en tant que trésorier, puis comme vice-président. Il accumule donc des connaissances sur les maladies des abeilles. Toujours pour les partager, il écrit son premier ouvrage « À la santé des abeilles », paru en 2021 aux éditions de Terran. Un ouvrage à la fois académique et teinté d’une certaine ouverture aux techniques apicoles alternatives. L’année suivante, Joseph Hemmerlé réitère l’exercice de l’écriture avec un livre consacré au miel, « Le miel, résurgence d’un remède millénaire », un ouvrage dans lequel il décrit et explique les diverses vertus du miel. Davantage accessible au grand public que le précédent, cet ouvrage a suscité une vague d’intérêt, qui a agréablement surpris le vulgarisateur.

 

 

Aujourd’hui, Joseph Hemmerlé ne travaille plus en laboratoire. Il manage un groupe de chercheurs qui travaillent au sein du Groupe de recherche national (GDR) « Réparer l’humain ». « L’objectif est de fédérer les forces vives de différents instituts de recherche pour éviter les redondances dans les travaux et, au contraire, chercher des complémentarités, fluidifier les échanges de connaissances », décrit le chercheur, devenu organisateur. Un peu comme une abeille au sein d’une colonie très structurée, ou comme un atome dans un cristal bien ordonné.

Bouchons biosourcés

Vers des solutions plus efficaces et naturelles

Vigne

Publié le 13/07/2022

Il y a encore quelques dizaines d’années, les bouchons étaient biosourcés par défaut. Les bouchons en liège étaient la solution unique, biodégradables et renouvelables par nature. Par contre, ils risquaient d’engendrer des déviations organoleptiques, et ne permettaient pas une évolution homogène des vins. Des points faibles très problématiques pour les vins blancs d’Alsace, dont la couleur et la typicité aromatique ne laissent guère de place aux défauts.

« À la fin des années 1990, il y avait vraiment de gros problèmes de goûts de bouchon », rappelle Mireille Thiébaut, responsable du pôle paraoenologique du laboratoire IOC Alsace, situé à Sélestat. Aussi, quand les premiers bouchons synthétiques sont arrivés sur le marché, ils ont été une véritable « bouée de sauvetage » pour de nombreux viticulteurs alsaciens. Ils ont alors délaissé la versatilité du liège pour la constance du plastique. Cependant, le plastique présente aussi des limites. Il n’est pas, à la base, perméable à l’air. Mais il le devient après quelques années. Les vins étant moins exposés aux échanges gazeux, leur vieillissement n’évolue pas comme avec un bouchon en liège naturel. Un obstacle que les fabricants ont su contourner en élaborant des bouchons synthétiques dotés de porosités adaptées aux différents types de vin, à l’image de la gamme Select de Nomacorc.

En parallèle, des techniques permettant de limiter le risque de goût de bouchon des solutions en liège ont été mises au point. Cette déviation organoleptique est en grande partie liée à la molécule 2,4,6-Trichloroanisole (TCA). « Cette molécule est naturellement présente dans le liège, mais normalement à des teneurs indécelables. C’est quand sa concentration augmente qu’elle devient problématique. Pour la maintenir au-dessous des seuils de teneur décelable au nez, les fabricants de bouchons utilisent deux techniques : l’extraction par vapeur qui n’offre pas de garantie à 100 % ; ou le traitement au CO2 supercritique, efficace à 100 % », décrit Mireille Thiébaut. L’extraction par vapeur peut être appliquée aux bouchons en liège pleine masse. « Il n’est pas possible d’aller jusqu’au cœur du bouchon, donc on ne peut pas garantir zéro TCA. Mais en périphérie des bouchons nous arrivons désormais à atteindre des seuils de TCA qui permettent de maîtriser le risque de goût de bouchon, sachant que les échanges gazeux se font beaucoup plus par la périphérie des bouchons que par leur cœur », indique Vincent Passerotte, responsable commercial de la Maison Chaillot. Le traitement au CO2 supercritique, par contre, nécessite que le liège soit réduit en particules fines pour être efficace.

 

Des bouchons en liège, mais sans goût de bouchon

Parce qu’ils se dégradent très lentement et qu’ils polluent de nombreux écosystèmes, parce que l’étau se resserre autour de leurs effets délétères sur la santé des consommateurs, les plastiques, et plus particulièrement les plastiques alimentaires sont de plus en plus dans le viseur des pouvoirs publics. Les fabricants de bouchons développent donc des alternatives. Nomacorc propose par exemple le bouchon Green Line, fabriqué avec des polymères issus de la transformation de la canne à sucre.

 

Autre solution développée pour répondre à la problématique des plastiques alimentaires : les bouchons micro-agglomérés. « Ce sont des bouchons constitués de granulés de liège, plus ou moins fins, de microsphères synthétiques et de colles », décrit Mireille Thiébaut. Problème : les colles sont des polymères qui rendent le bouchon peu élastique et étanche à l’air. Et, plus les granulés sont fins, plus il faut de colle. Pour assurer les transferts de gaz, les fabricants incluent dans leur composition des granulés de liège plus ou moins fins en fonction de l’OTR (taux de transfert d’oxygène) recherché, ainsi que des microsphères synthétiques, qui permettent d’éviter les remontées capillaires et de garantir une performance dans le temps. Selon les différentes formulations, ces bouchons affichent différentes perméabilités et performances. La technique présente des atouts, notamment l’uniformité des bouchons - grâce à un pesage individuel à la fabrication - qui assure l’homogénéité du vieillissement des vins. Elle permet aussi aux liégeurs de valoriser les chutes de liège engendrées par la fabrication des bouchons en liège pleine masse. Par contre, la présence de colles et de particules synthétiques peut gêner les viticulteurs en quête de naturalité dans leur travail.

Pousser le bouchon plus loin

Les bouchonniers ont donc continué à pousser la conception du bouchon un peu plus loin, et certains proposent désormais des solutions biosourcées. Mireille Thiébaut cite les bouchons micro-agglomérés de nouvelle génération Fortis Bio de la société Agglotap. Ils sont composés de particules de liège issu de forêts gérées durablement (certification FSC pour Forest stewardship council), traitées au CO2 super critique et liées avec de la colle végétale. Une composition qui leur vaut d’être catégorisés quatre étoiles bio par l’organisme TUV Autriche. « Ces bouchons existent en trois porosités différentes, qui permettent de garantir des gardes de 5 à 20 ans et même au-delà », indique Mireille Thiébaut, qui précise que le laboratoire IOC Alsace a l’exclusivité de leur distribution en Alsace.

L’entreprise Diam travaille depuis toujours avec les domaines en bio et biodynamie intéressés par la maîtrise technique qu’offrent ses bouchons. « Nos bouchons permettent de réduire le recours aux sulfites de 15 à 20 % tout en assurant l’absence d’oxydation prématurée. C’est notamment vrai pour les rieslings, dont l’oxydation prématurée de composés soufrés engendre un goût de pétrole », explique Alain Schmitt, directeur régional France Est. Conscient des enjeux environnementaux, le bouchonnier propose depuis 2017 une gamme biosourcée, Origine, elle aussi certifiée quatre étoiles par l’organisme TUV Autriche. Pour Alain Schmitt, au-delà du bilan carbone, l’important était pour l’entreprise de proposer une solution de bouchage toute aussi fiable que sa gamme Classique : « L’absence de déviations organoleptiques liées aux bouchons, et la maîtrise des transferts des gaz sont primordiales. » Dans la gamme Classique, les bouchons sont composés à 95 % de liège, auquel s’ajoutent des microsphères et un liant, le tout ayant obtenu une certification alimentaire, en Europe comme aux États-Unis. Pour la gamme Origine, les bouchons sont toujours composés à 95 % de liège, mais cette fois avec une émulsion de cire d’abeille et de l’huile de ricin. Des bouchons qui répondent à la demande de viticulteurs qui souhaitent aller vers des produits toujours plus naturels. Les bouchons Origine reçoivent encore un traitement de surface à base de silicone et de paraffine. « Nous avons essayé de le remplacer par de la cire d’abeille, mais la performance dans le temps de cette alternative n’a pas été satisfaisante. Nous avons donc fait le choix de rester sur un traitement de surface classique tant que nous ne trouvons pas de solution satisfaisante, mais nous y travaillons », explique Alain Schmitt. Il précise que les grands axes de travail du pôle Recherche et Développement de Diam sont « les transferts de gaz et la naturalité », et que « des nouveautés vont arriver dans les prochaines années, notamment en matière d’obturation biosourcée des effervescents ».

Arriver à fabriquer des bouchons biosourcés et performants, c’est très bien. Mais séduisent-ils les viticulteurs ? « Pour l’instant, leur surcoût freine un certain nombre d’entre eux, surtout dans le contexte actuel de hausse des prix des matières premières », rapporte Mireille Thiébaut.

Fertilisation

Des pistes pour du blé

Technique

Publié le 12/07/2022

Non seulement les engrais azotés de synthèse sont chers, mais aussi leur usage peut être associé à des risques de volatilisation, d’émission de Gaz à effet de serre (GES), de lessivage. Pour en utiliser moins, une piste consiste à appliquer en parallèle un biostimulant, censé aider les plantes à absorber l’azote. Pour vérifier les allégations des fabricants, le Comptoir agricole a testé deux produits dans une parcelle située à Ebersheim, sur la variété Filon. Après un maïs grain, dans un sol de limons sableux, la dose d’azote à apporter, calculée par la méthode du bilan, s’élève à 145 uN. L’essai comporte différentes modalités : un témoin, la dose calculée, ainsi que des doses plus importantes, plus faibles, additionnées ou non de biostimulants. Clément Weinsando, technicien de développement au Comptoir agricole souligne : « C’est important de tester ces produits avec différentes doses d’azote car si on sature la culture en fertilisation chimique, on risque de ne pas voir l’effet des biostimulants ». Le premier biostimulant testé est le blueN (Corteva, Symborg), un produit à base de Methylobacterium symbioticum, qui s’applique sur la partie aérienne. En effet, les bactéries doivent pénétrer dans les feuilles par les stomates, pour ensuite nourrir la plante en azote grâce à des échanges gazeux (les bactéries captent l’azote atmosphérique, le transforment en ammonium, qui entre dans la composition des protéines). Ce mode de pénétration implique des conditions d’application strictes : « Le matin, 2 h après le lever du soleil et jusqu’à midi, sur des plantes non stressées, en conditions poussantes, après des températures minimales de 10 °C pendant sept jours, du stade épi 1 cm au stade épi 4 cm ». Or, cette année, au stade épi 1 cm, il faisait encore trop froid. Le produit a donc été appliqué tard, par rapport aux préconisations du protocole. À quelques jours de la moisson, à l’œil nu, difficile de voir un quelconque effet de ce produit, mais les experts du Comptoir agricole pensent qu’un apport de blueN peut faire économiser 15 à 20 unités d’azote.

Un autre produit testé, développé par la société Fertiline, n’a pas encore de nom, mais on sait qu’il contient aussi des bactéries, cette fois Azospirillum brasiliense, plus adaptées aux températures basses, mais dont le facteur limitant est les températures élevées. Son principe d’action est similaire au précédent, puisque les bactéries captent l’azote de l’air pour le restituer aux plantes. Mais, contrairement au précédent, ce produit s’applique au sol. En effet, ces bactéries ont besoin d’exsudats racinaires pour se multiplier. Se faisant, elles captent l’azote atmosphérique, qui passe aux plantes par les racines. Les modalités d’application optimales ne sont pas encore déterminées. A priori plus il est positionné tôt, mieux c’est, ce qui fait pencher pour une application à l’automne. Mais comme ces bactéries sont en compétition avec celles naturellement présentes dans le sol, le risque de les voir disparaître au cours de l’hiver n’est pas négligeable, ce qui fait plutôt pencher pour une application en sortie d’hiver. Dans l’essai d’Ebersheim, ce produit a été testé avec des apports d’azote de 90 et 115 uN, soit inférieurs à la dose calculée. « Nous allons comparer les courbes de réponse pour déterminer si ce produit a un effet sur le rendement et/ou la teneur en protéines », indique Clément Weinsando.

Dernier produit testé, Actiwave, de Valagro, un engrais foliaire qui a été appliqué le 17 mars, après le premier apport d’azote et en complément de diverses doses d’azote inférieures ou égales à la dose cible. Ce produit comporte notamment de la bétaïne, de l’acide alginique et de la caïdrine, un dérivé de la vitamine K1. « Il est censé permettre d’optimiser l’efficience de l’azote », indique Clément Weinsando.

Matières organiques : « Il y a une forte demande, tout le monde achète ».

Autre levier actionné par le Comptoir agricole pour répondre à la problématique des engrais chers : la valorisation de la matière organique. Richard Macé, responsable commercial de la coopérative, pose : « Avec les problématiques sur le gaz et les engrais azotés de synthèse qui découlent du conflit en Ukraine, il y a des difficultés d’approvisionnement en marchandise, y compris organique. L’azote est rare et cher. Mais de nouveaux flux d’approvisionnement se mettent en place ». Devant des tas de fumier de volaille, de porc et de bovin, en provenance, notamment, de Hollande et d’Allemagne stockés au silo d’Ebersheim, il précise : « Nous nous tournons vers un approvisionnement régional en matière organique. Mais pour construire un prix il faut du volume, et le prix change toutes les semaines. Il y a une forte demande, tout le monde achète ».

Une fois la matière organique obtenue, il faut aussi pouvoir l’épandre de manière optimale. Le Comptoir agricole s’est donc rapproché de la société Alsace Épandage. Cette entreprise familiale, gérée par Ludovic Holleville depuis un an, effectue des prestations d’épandage dans le Grand Est. L’entreprise dispose de machines d’épandage Terra Gator, qui permettent de limiter le tassement grâce notamment à trois roues motrices. « Nous sommes équipés pour l’épandage de chaux et nous allons nous équiper pour l’épandage de compost », précise Ludovic Holleville. Bientôt, trois machines de ce type seront en action, ce qui va permettre de décupler les prestations d’épandage de matière organique, en partenariat avec le Comptoir agricole.

Moulin des Moines

Une floconnerie locale

Pratique

Publié le 11/07/2022

Actuellement, le Moulin des Moines commercialise déjà des flocons d’avoine. Mais l’avoine, cultivée en Lorraine et en Bourgogne, est floconnée en Allemagne, avant de revenir dans le circuit de distribution de l’entreprise. Ces flocons sont donc certes bios, mais leur bilan carbone peut être amélioré. De son côté, le SDEA a la volonté de mettre en place de nouvelles filières afin d’encourager le développement de cultures à Bas niveau d’impact (BNI). Les deux entités se sont donc rapprochées autour du projet de développer la production d’avoine locale. La céréale, en effet, est « très peu exigeante en produits phytosanitaires et en azote », pointe Bernard Nicollet, chef de projet au Moulin des Moines. À l’heure actuelle, le niveau de valorisation de l’avoine n’encourage pas sa culture, face au blé ou au maïs, mais grâce à la construction d’une floconnerie locale et à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, les porteurs du projet veulent assurer un débouché rémunérateur aux producteurs. Dans ces conditions, l’avoine devrait faire son trou dans le paysage agricole alsacien, notamment dans « les terres plus pauvres ».

Le Moulin des Moines va donc investir 6 M€ dans une extension, qui comprendra des silos, une ligne de production de flocons d’avoine, et une autre de couscous. L’avoine brute sera dans un premier temps décortiquée. Une opération qui génère 50 % de déchets, qui seront transformés en biogaz dans l’unité de méthanisation Metachrist à Woellenheim. Le grain décortiqué passe sur une table densimétrique, à raison de 1 t/h, afin de trier les grains selon leur calibre. Ils subissent une phase de vaporisation, qui consiste à augmenter leur teneur en eau pour leur donner davantage d’élasticité. Ensuite, les grains passent entre deux rouleaux qui les écrasent et leur donnent leur forme de flocons. Ils sont séchés, refroidis et retamisés, afin de produire des flocons d’avoine gros, moyen, baby. Le procédé consomme pas mal d’énergie, notamment pour la vaporisation et le séchage. Le moulin, qui veille à rationaliser sa consommation d’énergie (il produit de l’énergie grâce à une turbine alimentée par la Zorn et des installations photovoltaïques), investira donc aussi dans une centrale à vapeur, électrique ou au gaz, précise Bernard Nicollet.

Doubler la production de flocons d'avoine

Actuellement, le Moulin des Moines commercialise quelque 600 t/an de flocons d’avoine. Un volume que les meuniers souhaitent doubler grâce à leur investissement. Pour ce faire, il est prévu de commercialiser des flocons d’avoine nature, et d’élaborer toutes sortes de recettes de muesli à base de flocons d’avoine. Particulièrement nourrissante, avec un goût neutre, l’avoine est intéressante pour différents publics : les personnes âgées, qui ont tendance à perdre l’appétit, les malades du cancer, dont les traitements rendent parfois l’alimentation difficile alors que, pour résister aux traitements, le corps doit être bien soutenu. Mais aussi les bébés, ou encore les sportifs, à la recherche d’aliments riches en énergie à diffusion lente.

Le couscous figure aussi déjà dans la gamme des produits élaborés par le Moulin des Moine. Mais, pour l’instant, il est produit en Italie. Le moulin va donc aussi ancrer cette production localement. « Cela fait partie du métier de meunier. Le savoir-faire et le procédé sont connus », indique Bernard Nicollet. Dans un premier temps, le blé dur ne viendra pas d’Alsace, car les surfaces consacrées à cette production sont trop faibles. Mais, « avec l’évolution de la météo et des coûts de transport, il est possible que cela évolue », pointe Bernard Nicollet. qui mise sur une mise en service des nouvelles infrastructures pour mars 2023.

Toastage de cultures associées

Unies du semis au rumen

Technique

Publié le 06/07/2022

Christophe Diss gère son exploitation, l’EARL du Buebelskraut - certifiée bio depuis avril 2020 - avec pour objectif l’autonomie alimentaire et protéique du troupeau. Un objectif qu’il cherche à atteindre en actionnant des leviers zootechniques (lire en encadré) et agronomiques. Il a notamment introduit les cultures associées dans ses rotations. Elles sont toujours constituées d’une graminée et d’une légumineuse. Soit de l’orge d’hiver deux rangs (Séduction ou Bastille) et du pois protéagineux d’hiver (Balltrap). Ou du triticale et une féverole d’hiver, Diva ou Hiverna. Des associations que Christophe Diss a choisies parce qu’elles sont « simples à gérer, que les maturités sont synchrones, mais aussi pour leur potentiel de rendement et leur facilité de triage. » Les associations reposent toujours sur le même principe : 80 % de la dose pure du protéagineux et 40 % de la dose pure de la céréale. « Le pois protéagineux est très différent du pois fourrager. Son gros intérêt est qu’il ne verse pas la culture, contrairement au pois Arkta, souvent associé au triticale. Idem pour la fèverole avec le triticale : la verse est rare et ne se produit qu’en cas de très fort reliquat azoté », précise Christophe Diss.

Les cultures associées ont été introduites dans trois systèmes rotationnels, gérés en non-labour. Dans les terres à maïs, après deux années de prairie temporaire, viennent deux années de maïs grain avec une interculture de seigle et de pois fourrager. Après le second maïs, l’association féverole-triticale est semée à la volée, avec une fraise, dans les pailles de maïs. Vient ensuite l’association pois-orge, avant le retour de la prairie temporaire, semée en sous couvert de l’association « quand c’est possible », précise l’agriculteur. Toujours dans les bonnes terres, il a construit une autre rotation pour couvrir les besoins de l’élevage avec une ration la plus autonome possible. Cette fois, les deux années de prairie sont suivies par un blé, dans lequel est semé un trèfle incarnat en interculture, suivi par un maïs. L’association féverole triticale est semée dans les pailles du maïs. Elle est suivie par l’association pois orge, avant le retour de la prairie temporaire. Dans les argiles superficielles sur marne, la faible réserve utile n’est pas propice au maïs, qui a donc été abandonné, Christophe Diss avait commencé par une succession blé, association pois-orge puis association féverole-triticale. « Mais cette succession de trois pailles installe le cycle du vulpin. J’ai donc décidé de la casser avec une association entre un sorgho multicoupe BMR, du tournesol, et du trèfle d’Alexandrie, avec un peu de luzerne semée en simultané pour commencer son installation dans les argilo calcaire », décrit Christophe Diss. Ce troisième système est donc le suivant : deux ans de prairie temporaire suivis par un blé, puis l’association pois-orge, suivie d’un trèfle incarnat en interculture, récolté ou pas au printemps. Vient ensuite le sorgho associé au tournesol et à la luzerne, suivi par l’association féverole triticale, et le retour de la prairie temporaire, semée dans la luzerne qui reste en place, quand les conditions de post-récolte le permettent. En semis de prairie tardif, une prairie à base de trèfle violet, RGA, RGH est semée simultanément avec un peu de céréales pour maximiser la première coupe.

Stabiliser, hygiéniser, améliorer

Dans ce système, il n’y a plus que le blé qui est vendu. Le reste des cultures sert à alimenter le bétail, ce qui suffit presque à atteindre l’autonomie en fourrage, en énergie et en protéine. La ration typique d’une laitière jersiaise se compose d’un mélange de 4 kg de céréales (2 kg de maïs et 2 kg de cultures associées toastées), auquel s’ajoute de l’ensilage d’herbe. En allant au robot, les vaches reçoivent encore de 1 à 3 kg de ce mélange de céréales, et en moyenne 1 kg/vache/jour de graines de soja toastées, le seul ingrédient qui n’est pas produit sur la ferme. Ainsi nourries, les vaches de Christophe Diss produisent 23 kg de lait brut par jour, avec un TB de 52 et un TP de 39. « On vise à ne pas utiliser de maïs ensilage, sauf si cela devenait nécessaire après plusieurs années de sécheresse. Car, en agriculture biologique, corriger le défaut de protéine de la ration peut coûter cher. Idem en énergie, si le stade de récolte de l’herbe est raté, commente Christophe Diss. D’ailleurs, en bio, comme en conventionnel, la qualité des fourrages et le rendement sont essentiels. »

Depuis 2018, année où il a introduit les cultures associées dans son assolement, Christophe Diss a toujours obtenu 50 q/ha de rendement de produit rendu après toastage. Il y a quelques jours, il a rentré une association pois-orge à 64 q/ha. Mais les associations présentent quelques inconvénients. Par exemple, la proportion entre la céréale et la légumineuse dans le produit fini est très fluctuante. Et il peut y avoir des adventices qui se développent dans le mélange. Le toastage est donc précédé de phases de nettoyage et de tri réalisées au moyen d’un nettoyeur séparateur. « Moins il y a d’impuretés, meilleur est le résultat, car la chaleur circule mieux. D’où l’importance aussi de soigner les rotations afin que les cultures arrivent les plus propres possibles au moulin », indique Jean-Yves Welsch, du moulin Burggraf-Becker, situé à Dossenheim-sur-Zinsel, qui toaste les cultures associées de Christophe Diss. « Le fait de cuire les graines à 70 °C permet de les stabiliser, donc de garantir leur capacité à être conservées. En outre, les valeurs alimentaires sont significativement améliorées », souligne Jean-Yves Welsch. Le toastage augmente notamment les PDIA et PDIE, et améliore l’efficacité énergétique de l’aliment. Le toastage présente d’autres avantages : il hygiénise l’aliment, inhibe les facteurs antinutritionnels et la faculté germinative des graines, notamment d’adventices. L’amidon est gélatinisé, ce qui permet d’augmenter les quantités dans les rations sans risquer l’acidose.

Toastage simultané

Au départ, les grains de la céréale et du protéagineux étaient séparés et seules les graines de protéagineux étaient toastées, ce qui exigeait pas mal de logistique. Jusqu’à l’an dernier, où les conditions météorologiques n’ont pas permis de récolter dans de bonnes circonstances. « J’ai pris la décision de récolter alors que le mélange était encore trop humide, et après concertation avec la minoterie. » Comme en plus les adventices restaient vertes dans le mélange, une opération de sauvetage a été réalisée : tout a été toasté en même temps, avec succès. Pour mener à bien le toastage combiné des deux espèces, « le toasteur est calé sur les protéagineux, tout en vérifiant que les céréales ne brûlent pas, puis il faut maintenir une température maîtrisée et régulière pendant un certain temps », rapporte Jean-Yves Welsch.

Suite au nettoyage et au toastage, environ 8 % du produit livré est perdu (eau, déchets de tri). La prestation du moulin est donc facturée à la quantité de produit sec livré, à raison de 60 €/t de produit rendu. Actuellement, le moulin toaste environ 500 t/an de graines pour une quarantaine de clients. Suite aux bons résultats du toastage combiné de cultures associées, le prestataire souhaite encourager cette technique : « Les cultures associées garantissent de récolter quelque chose, par rapport à un soja seul, dont les rendements sont aléatoires en fonction des années », pointe Jean-Yves Welsch. « Nous élaborons aussi des aliments pour gaver les palmipèdes gras à base de graines toastées, ce qui permet de diminuer le temps de gavage. Ou encore des aliments premier âge pour les porcs, afin de réduire le risque de maladies lorsque les animaux y sont le plus sensibles », ajoute-t-il. À noter encore que le toasteur fonctionne à l’énergie électrique, ce qui bannit le risque de dioxine.

Christophe Diss conclut : « Fournir des solutions de valorisation des aliments fermiers constitue un réel atout et devrait s’imposer aux fournisseurs de solutions pour les élevages, au même titre que le tri et le nettoyage de produits céréaliers complexes. Je constate un défaut de ce type de services et de savoir-faire dans nos filières. C’est un sujet que nous évoquons souvent en Cuma. Car c’est un levier pour favoriser l’innovation agroécologique dans nos fermes, et développer des solutions agronomiques à bas niveau d’intrants. C’est aussi une des conditions pour atteindre l’autonomie en protéine. Enfin, c’est un enjeu de souveraineté alimentaire. »

Alsace Lait - Lidl

Un partenariat et un engagement

Élevage

Publié le 25/06/2022

Alors que la température extérieure n’en finit pas de monter, les vaches de Luc et Laura Winckel vaquent tranquillement à leurs occupations : certaines dégustent leur ration, d’autres vont à la traite dans le robot, il y a celles qui se promènent dans les allées, et celles qui préfèrent se prélasser dans leurs logettes. Mais toutes, sans exception, font le choix de rester dans le bâtiment plutôt que d’aller au pâturage, pourtant accessible. Bien conçue, l’étable est aérée, ombragée, et équipée d’un système de brumisation, alors que les 7,2 ha de terres labourables transformés en prairie pour bénéficier du label Lait de pâturage, sont en plein cagnard. Pas folles, les bêtes.

Contrat tripartite

L’arrivée d’une vingtaine de personnes ne semble pas les perturber plus que cela. Parmi elles figure Delphine Fournier, responsable commerciale pour Alsace Lait. Elle explique la nature du partenariat pour du lait « engagé » qui lie les parties prenantes. « Lidl est un client d’Alsace Lait depuis 30 ans. L’enseigne nous achète des produits Alsace Lait, et nous élaborons des produits vendus sous leur marque de distributeur », pose-t-elle. À ces deux relations de base s’en ajoute une nouvelle : Alsace Lait a élaboré une brique de lait UHT « engagé », sous la marque Alsace Lait, dans un packaging mis en oeuvre exclusivement pour Lidl, et qui sera commercialisé dans le cadre d’un accord de prix garanti à 425 €/1 000 l. Autre clause du contrat : une exclusivité d’un an avec Lidl pour ce produit. Ensuite, il pourra être décliné pour les autres enseignes de la grande distribution. En effet, Alsace Lait souhaite développer ces contrats tripartites entre producteurs, transformateurs et distributeurs qui permettent de mieux valoriser le lait.

Le contrat concerne 500 000 litres de lait, soit pas grand-chose au regard des 150 Ml de lait collectés par Alsace Lait. Mais c’est un symbole, un signal, qui marque la volonté d’Alsace Lait de développer de tels partenariats pour mieux valoriser le lait de la coopérative, et de certains acteurs de la distribution de commercialiser des produits plus responsables. Les consommateurs, eux, ont la possibilité de choisir un lait collecté localement et qui aboutit à une meilleure paie du lait pour les producteurs.

Le choix d’un lait local et équitable

Michel Biero, patron de Lidl France, se balade avec sa bonne humeur dans les allées de l’étable. Il porte fièrement les couleurs de l’enseigne de distribution, et se présente comme « alsacien et fier de l’être » (il est né à Meistratzheim). Après avoir œuvré à la montée en gamme de l’enseigne, son cheval de bataille est la juste rémunération des producteurs. Une bataille engagée suite au saccage de magasins Lidl par des agriculteurs, en 2014. « J’en ai eu assez d’avoir à payer des réparations. Alors j’ai rencontré des éleveurs de porcs, j’ai travaillé avec eux, et nous avons mis en place des démarches tripartites », explique-t-il.

Déjà, les 700 Ml de lait achetés par Lidl (tout confondu, lait brut mais aussi lait transformé) sont payés au minimum 400 €/1 000 l. « Je me bats pour qu’il n’y ait plus de lait vendu sous 70 cts/l », affirme celui qui a déjà fait en sorte que, dans les 1 600 magasins Lidl, les consommateurs aient la possibilité d’acheter du porc, du bœuf et du lait produits en France, et rémunérés de manière « équitable ». Ce créneau « responsable » représente « 20 à 25 % du business » sur ces segments de marché. « Personnellement, je pense qu’il faut agir pour sauver l’élevage, qui va mal. Lidl se porte bien, même si on paie du lait un peu plus cher. Et je n’ai plus de dégâts dans mes magasins », conclut-il.

Houblon

Portes ouvertes à l’EARL Pfister le 2 juillet

Pratique

Publié le 24/06/2022

L’Association générale des producteur de houblon de France (AGPH) s’est étoffée ces dernières années avec le développement des surfaces de houblon sur tout le territoire. Elle compte parmi ses adhérents les associations historiques (APHA - Alsace, Cophounord) et de nouvelles associations régionales (Houblons de Normandie, la bière de Provence, Houblons du terroir, et Houblon de France). Houblon de France regroupe des planteurs indépendants ainsi que des associations régionales, principalement en houblon bio.

Houblon de France organise depuis quelques années l’opération Hop - journée porte ouverte dans les houblonnières. L’AGPH ouvre cette opération à l’ensemble de ses adhérents, dont l’Association des planteurs de houblons d’Alsace (APHA). Le Comptoir agricole est bien sur partie prenante, pour mettre en avant son savoir-faire et ses variétés de houblons, commercialisées sous la marque « Hop France ».

 

Pour accéder à la carte intéractive, cliquez sur l'image ci-dessus.

 

Dans ce contexte l’EARL Pfister va ouvrir ses portes de 10 h à 17 h pour présenter la culture du houblon aux visiteurs. L’opération est destinée aussi bien au grand public qu’aux professionnels. Les agriculteurs qui s’intéressent à la culture du houblon pourront récolter des renseignements. Les brasseurs alsaciens pourront rencontrer leurs fournisseurs de matière première, échanger avec les producteurs… « Nous voulons montrer ce qui est fait et dynamiser la culture du houblon en Alsace », indique Antoine Wuchner, responsable de la filière au Comptoir agricole, qui collecte et commercialise 90 % des surfaces en houblon de France.

Irriguer pour sécuriser

Avec 38 ha, le houblon représente une part non négligeable de la sole de l’EARL Pfister, complétée par du maïs, blé, colza, tournesol… L’EARL comprend deux associés, Yves et son frère Marc. Elle emploie une vingtaine de saisonniers pour la mise au fil du houblon, et deux ou trois pour la récolte, sans oublier l’aide des parents retraités. Les houblonnières accueillent une douzaine de variétés, des plus précoces, comme fuggle, aux plus tardives, comme aramis, en passant par élixir, barbe rouge, mistral, ou encore la variété strisselspalt, qui couvre près de la moitié de la surface en houblon, avec 15 ha. En 2019, 9 ha de houblon étaient irrigués, un chiffre qui est passé à 30 ha grâce à la construction d’une amenée d’eau de 1,6 km l’an passé. L’accès à l’eau est devenu une priorité pour Yves Pfister qui envisage encore de construire un puits, des bassins de rétention d’eau… Lors de cette porte ouverte, les visiteurs pourront aussi découvrir la microbrasserie que le troisième frère Pfister, Daniel, a créée en 2018, et qui « tourne bien », surtout depuis que la gamme de six bières a été enrichie de limonade et de la possibilité d’acheter la bière en fûts.

Un savoir-faire régional à cultiver

Enfin, dernière nouveauté en date, les houblonniers ont investi dans un vaste hangar, destiné à centraliser et optimiser la récolte du houblon. D’ici la prochaine campagne, il accueillera deux cueilleuses, un séchoir et les installations de séchage. « Nos infrastructures actuelles ont plus de 20 ans. Avec la reprise de 7 ha de houblonnières d’un agriculteur du village, investir était devenu nécessaire », explique Yves Pfister. Les agriculteurs ont profité de la modernisation pour investir dans des équipements permettant d’effectuer des économies d’énergie, notamment au niveau du séchage. Et ce n’est pas tout : il est prévu d’installer des panneaux photovoltaïques qui devraient délivrer une puissance de 300 à 330 kWatt, et des infrastructures permettant de récupérer l’eau de pluie qui ruisselle sur les toits.

Cette journée portes ouvertes sera l’occasion de faire le plein d’informations, d’échanger avec des houblonniers, des commerciaux, des brasseurs… Pour, peut-être, se lancer dans un projet houblonnier ? C’est ce qu’espère le Comptoir agricole, qui cherche encore davantage de volume de houblon à commercialiser : « C’est une belle opportunité de se diversifier, grâce à un savoir-faire régional qui mérite d’être valorisé et de perdurer », conclut Antoine Wuchner.

Prairies naturelles

Une culture précieuse à respecter

Élevage

Publié le 22/06/2022

« L’herbe, c’est une culture méconnue », pose Julie Diette, agricultrice au sein de la ferme Humbert - Gaec Les Aviats, à Urbeis. Pour le grand public, les prairies sont surtout des aires de pique-nique, de promenade et de prélassement. Pour les éleveurs, c’est le socle de leur métier. Et spécialement pour ceux qui, comme la famille Humbert, ont fait le choix de nourrir leurs animaux exclusivement à l’herbe, sans aucune complémentation. Aux beaux jours, les animaux pâturent. Durant la mauvaise saison, ils sont nourris à l’étable avec du foin ou du regain, récoltés mécaniquement. Dans de tels systèmes, les prairies sont capitales pour avoir de l’herbe de qualité en quantité suffisante. D’ailleurs, au fur et à mesure du développement du troupeau, la surface en herbe a également progressé, contribuant à l’ouverture paysagère. Dans une parcelle de 20 ha située juste au-dessus des bâtiments d’élevage, Thierry Froehlicher, responsable du pôle Aménagement du territoire à la communauté de communes du canton de Villé, explique comment cette zone, qui correspond à quelque 70 microparcelles, a été déboisée grâce à la création d’une association foncière pastorale (AFP). Aujourd’hui, elle est entretenue par deux agriculteurs qui apprécient cette ressource fourragère proche de l’exploitation.

Pas de pousse au-delà de 28 °C

Les prairies naturelles ou permanentes couvrent 86 000 ha en Alsace, soit près d’un quart de la SAU. C’est aussi la première ressource fourragère en Alsace. Particularité des prairies naturelles : il n’y en a pas une qui ressemble à une autre. Elles sont toutes composées d’espèces différentes, mais avec une base commune : des graminées (ray-grass…) et des légumineuses (trèfles…), avec parfois aussi, des espèces indésirables qu’il convient donc de contenir.

Une prairie, toute naturelle soit-elle, cela s’entretient. Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace, passe en revue les interventions. Le passage de rabot de prairie, pour émietter les bouses et aplanir les taupinières, afin de garantir la récolte d’un fourrage propre, garant de la bonne santé des animaux et de la qualité des produits. Vient ensuite le temps de la fertilisation, qui vise à maintenir le potentiel de production et la diversité de la flore. Les premières récoltes ont généralement lieu début mai. « Cette première pousse, constituée d’une herbe jeune et riche, est récoltée en ensilage ou en enrubannage, car les conditions ne sont pas réunies pour sécher l’herbe à la parcelle », détaille Laurent Fritzinger. Puis vient le temps de la fenaison, où l’herbe est séchée au soleil. Objectif : passer de 80 à 15 % d’humidité pour garantir la bonne conservation du foin. L’herbe peut aussi tout simplement être pâturée. C’est le mode de récolte le plus économique, mais qui est plus technique qu’il n’y paraît : les éleveurs doivent mettre en place des clôtures, déplacer régulièrement les animaux pour qu’ils aient accès à une herbe de qualité en quantité suffisante…

Cette année, les conditions sèches sont propices à des récoltes d’herbe dans de bonnes conditions. Il y aura donc des fourrages de qualité, à défaut de quantité. Car qui dit temps sec dit aussi pousse de l’herbe réduite. Le coup de chaud des derniers jours n’a pas arrangé les choses puisque, au-delà de 28 °C, l’herbe ne pousse plus.

De 30 à 60 espèces végétales par prairie

Alors que l’élevage est régulièrement décrié pour les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’eau qui y sont liées, Cécile Harry, conseillère à la Chambre d’agriculture Alsace invite à nuancer ces aspects en prenant en compte que les prairies stockent autant de carbone dans le sol que les forêts. « Grâce à leur tissu racinaire dense, elles retiennent les éléments minéraux et contribuent à la protection de la ressource en eau. Elles permettent de limiter le risque érosif. Elles constituent un réservoir de biodiversité, de 30 à 60 espèces dans ce contexte de prairies du massif vosgien. Une diversité végétale qui s’accompagne d’un cortège de faune et d’éléments paysagers. »

Un trésor menacé

Précieuses, les prairies sont néanmoins menacées. D’abord par le gibier, notamment les sangliers qui, s’ils ne trouvent pas suffisamment de nourriture en forêts, sortent retourner les prairies à la recherche de vers et autres insectes. Sur leur passage, ils provoquent des pertes de récolte, et la nécessité de restaurer les prairies. Les ongulés sauvages, quant à eux, prélèvent de l’herbe. Et ce n’est pas anodin. « Une étude menée par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges à l’aide d’enclos/exclos a mis en évidence un prélèvement de 28 % du potentiel fourrager par les ongulés », rapporte Cécile Harry. Ajoutons à cela le changement climatique, qui se traduit par des épisodes de manque d’eau à répétition.

Enfin, les agriculteurs constatent des dégâts liés à l’attrait touristique des prairies : certains promeneurs sortent des sentiers balisés, d’autres laissent leurs animaux de compagnie y déposer leurs déjections, d’autres encore ne prennent pas la peine d’emporter leurs déchets… Aussi les agriculteurs de montagne mènent-ils un travail de sensibilisation, notamment en installant des panneaux pédagogiques dans leurs fermes et sur les lieux de passage. Face à ces menaces, « nous avons besoin de développer notre technicité, de nous former pour optimiser nos pratiques », constate Julie Diette. Une mission qu’a saisie l’Association des producteurs fermiers de montagne (APFM), dont elle est présidente.

Comme l’a souligné Serge Janus, président de la communauté de communes du Val de Villé, le mode de gestion des prairies est différent selon leur contexte pédoclimatique et leur utilisation. « Les éleveurs doivent sans cesse s’adapter. » Ainsi, la surface en herbe du Gaec Les Aviats compte aussi bien des prairies productives que des landes à faible potentiel qu’il convient d’entretenir. « Les fertiliser, les récolter, cela peut représenter un coût pour les éleveurs. D’où l’importance d’avoir des outils comme les MAE qui permettent de valoriser des pratiques comme la fertilisation raisonnée, la fauche tardive… », pointe Julie Diette. À noter que le pilotage des MAE ne dépend plus de la Région mais de l’État. « Des démarches sont engagées pour que le système perdure », a informé Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, bien conscient que « pour avoir des produits fermiers à vendre en circuits courts, il faut des prairies ».

Pour valoriser le patrimoine universel que constituent les prairies naturelles, des initiatives émergent. Comme le Concours général agricole des pratiques agroécologiques prairies et parcours. L’année dernière, la ferme Humbert a participé et a gagné le premier prix national dans la catégorie prairie humide de montagne. CQFD.

Ferme-auberge du Bambois

Le cabaret s’invite à la ferme

Pratique

Publié le 17/06/2022

C’est l’été. Les vaches sont au pâturage. Les étables sont vides… à quelques exceptions près. À la ferme-auberge du Bambois, à Plaine, Isabelle et Walter Huber, les maîtres des lieux, ont pris pour habitude de donner une autre fonctionnalité à leurs bâtiments agricoles durant l’été : ils en font des lieux d’expression d’art et de culture. En 2019 déjà, ils avaient accueilli une formule cabaret, qui avait eu un succès retentissant. Cette année, ils remettent le couvert avec de nouveaux invités, rameutés par MissLiLi, la meneuse de revue. « Il y aura trois transformistes, une trapéziste, une danseuse burlesque, une chanteuse, et les danseuses de la troupe de Barembach », dévoile Isabelle Huber. Un beau plateau d’artistes, qui devrait aboutir à deux bonnes heures de spectacle. Le temps de profiter pleinement de l’autre plateau de la soirée, composé des mets de la ferme, celui-là. « Il y aura des charcuteries, des crudités, des mauricettes, des tomates farcies, et une assiette gourmande en dessert », annonce Isabelle Huber.

D’un point de vue logistique, tout est quasiment prêt. Il reste à aménager un peu les prairies qui bordent la ferme, qui feront office de parking. À disposer les tables et la scène, qui accueilleront convives et artistes. À se mettre aux fourneaux. Et à préparer la tombola qui agrémentera la soirée. Si la formule vous tente, sachez que le tarif de 55 €/personne inclut le dîner et le spectacle. Les boissons, servies à la buvette, seront en sus. Et il reste des places disponibles : réservation au 06 17 04 76 17.

 

Syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA)

Des filières pour protéger la ressource en eau

Technique

Publié le 16/06/2022

Sans eau, pas de vie. Sans eau, pas d’agriculture. Et l’eau entre aussi dans l’alimentation. À ce titre, sa potabilité doit être préservée. C’est pourquoi le SDEA, dont les missions principales sont l’adduction et l’assainissement de l’eau, se préoccupe aussi d’agriculture. En effet, « dans certains secteurs, la potabilité de l’eau ne va plus de soi », pointe Patrick Barbier, maire de Muttersholtz et vice-président du SDEA. « Non seulement parce qu’elle est davantage contrôlée, mais aussi parce que les pratiques agricoles ont évolué avec la nécessité de nourrir une population croissante ». L’emploi de « nouvelles technologies » (les produits phytosanitaires pour ne pas les nommer), rend le lien entre eau et agriculture, « plus délicat ».

Face à ce constat, le SDEA se veut « efficace » en concentrant ses efforts sur les secteurs qui posent déjà problème, soit les zones de captage prioritaires, définies comme telles par l’État, sur la base des concentrations en azote et résidus de produits phytosanitaires qui y sont mesurées. « Notre première stratégie a été d’inciter à une utilisation raisonnée des intrants, à l’implantation de Cipan. Et ça a marché », se félicite Patrick Barbier. Les teneurs en nitrate, notamment, se sont stabilisées. Mais pour les résidus de produits phytosanitaires, la situation reste « fragile », notamment parce que certaines molécules restent longtemps dans les sols avant de rejoindre la nappe phréatique.

Afin d’aller plus loin, le SDEA a donc engagé une nouvelle stratégie, à partir de 2002, celle de la « bonne culture au bon endroit ». La démarche est aussi économique, car il ne peut être question de cultiver sans valoriser. Ce qui implique de créer des filières de valorisation de ces cultures dites à Bas niveau d’impact (BNI) car elles requièrent peu d’intrants et peu d’eau. En effet, avec le changement climatique, la question de la disponibilité de la ressource en eau pose de plus en plus question, même lorsque la nappe est généreuse et accessible. Reste que « son niveau baisse, en lien notamment avec la disparition des glaciers, dont la fonte alimente le Rhin ».

De nombreux projets dans les filières d’élevage

Pour que les filières créées soient pertinentes et durables, le SDEA est allé à la rencontre des acteurs du territoire, a intégré les contraintes des agriculteurs en termes de gestion du foncier, de revenu, s’est attaché à améliorer les connaissances en hydrogéologie, sur les potentiels agronomiques… Grâce aux financements de l’Agence de l’eau Rhin Meuse (AERM) et de la Région Grand Est, dix filières ont été créées, qu’elles soient à destination de l’alimentation humaine, animale, de la production d’énergie ou de la préservation de la biodiversité. Elles ont vu le jour dans le cadre d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en 2018 par la Région Grand Est, baptisé « soutien aux filières favorables à la ressource en eau », et renouvelé chaque année depuis.

« Il existait déjà des outils pour encourager des pratiques raisonnées, les Maec, mais elles consistent essentiellement à compenser des contraintes. Dans le cadre de cet AMI, nous avons voulu passer à un outil qui permette d’inciter les agriculteurs à aller vers des cultures qui ont un marché, un débouché qui permet de les rémunérer », a souligné Pascale Gaillot, conseillère régionale. Cet AMI a été déployé dans les trois agences de l’eau qui interviennent en Grand Est, en partenariat avec les chambres d’agriculture et Bio en Grand Est. 137 projets ont été déposés, 94 ont été lancés, avec un montant de soutien accordé de près de 10 M€. « De nombreux projets concernent le maintien des prairies, ce qui tend à démontrer l’intérêt des filières d’élevage pour faire en sorte que le château d’eau de l’Europe le reste », a souligné Pascale Gaillot.

Les vidéos