Auteur
Image

Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Tour de plaine

Avance perdue

Cultures

Publié le 12/04/2016

Début mars, un coup de froid est venu calmer l'ardeur des cultures, boostées par une sortie d'hiver printanière. Résultat : leur avance a été rattrapée et le stade épi 1 cm du blé a été atteint fin mars. Les précipitations se sont succédé à un rythme assez soutenu, heureusement interrompu par une accalmie qui a permis de semer les betteraves dans de bonnes conditions. En ce début de mois d'avril, les températures repartent à la hausse, mais les sols restent bien mouillés. Il faudra faire preuve de patience et de doigté lors des reprises de labour pour ne pas matraquer les sols.

Raccourcisseurs : impasse risquée

Après avoir rougi sous l'effet du froid, notamment dans les parcelles humides, les blés atteignent le stade épi 1 cm à 1er nœud avec une belle homogénéité. Les premiers apports d'azote ont en général été effectués, contrairement aux désherbages et aux applications de raccourcisseurs car les bonnes conditions ne sont pas réunies. Cependant, les adventices se développent et Patrick Rohrbacher, conseiller à l'Adar d'Alsace du Nord, invite les agriculteurs à intervenir dès que possible - c'est-à-dire surtout quand les amplitudes de températures se seront atténuées - d'abord avec les désherbants, ensuite avec les raccourcisseurs en conditions poussantes. Il sera d'ailleurs rare de pouvoir faire l'impasse sur les derniers cette année, car il y a eu peu de pertes de pied en hiver et les parcelles sont denses, ce qui augmente le risque de verse. La stratégie est à raisonner en fonction de la sensibilité variétale et de la densité de chaque parcelle.

Second apport d'azote sur blé

Le stade épi 1 cm étant en passe d'être dépassé dans la plupart des cas, le second apport doit être réalisé dès que possible, à une dose fonction de la teneur en reliquat. Si le reliquat est faible et que la dose totale d'azote à apporter est importante, Patrick Rohrbacher et Mickaël Haffner, conseiller à l'Adar de l'Alsace du Nord, conseillent de la fractionner en trois apports et de conditionner le troisième apport au résultat d'un test Jubil à effectuer au stade deux nœuds, soit vers fin avril - début mai.

Les maladies sur blé restent embryonnaires : un peu de septoriose, « mais la vague de froid a dégagé les feuilles contaminées », de la rouille brune et de la rouille jaune, un peu plus inquiétante parce que les conditions nécessaires à son développement - températures fraîches, humidité - sont réunies. À signaler aussi un peu de d'oïdium sur les feuilles les plus âgées. Mais tant que le champignon ne se propage pas à la gaine, inutile d'intervenir.

Élevage de poules pondeuses bios

Un vaste poulailler à Surbourg

Élevage

Publié le 08/04/2016

Dans la famille Scharrenberger, la diversification, on connaît. Le Gaec, qui associe Christophe Scharrenberger, ses deux fils, Stéphane et Denis, ainsi que Charles Siegel, est dédié à la polyculture élevage de bovins viande. À cela s'ajoute du maraîchage - pissenlit, asperge, ail, oignon - et une culture spéciale : le raifort. Il y a quelques années, un magasin de vente directe a été mis sur pied, employant pas moins de trois bouchers, deux vendeurs, une préparatrice… Dernière évolution en date, lundi 21 mars, la famille Scharrenberger inaugurait un poulailler dédié à l'élevage de poules pondeuses bios. Un investissement de 1,2 million d'euros (M€) que les Scharrenberger ont consenti, confortés par la croissance du marché de l'œuf bio qui assure un débouché.

C'est en effet Freddy Zacher, président de la coopérative Sica Producteurs Alsaciens et Lorrains, qui, cherchant à développer son approvisionnement local en œufs bios, les a incités à se lancer dans cette production. « Le marché de l'œuf bio se porte bien, avec une croissance du chiffre d'affaires de plus de 7 % par an », confirme Freddy Zacher, qui poursuit : « Nous essayons depuis plusieurs années de produire en Alsace ce que nous vendons en Alsace ». Un pari en passe d'être gagné. En effet, prochainement, Christian Schleiffer, qui produit déjà des œufs bios à Uhrwiller, va développer sa production grâce à un second bâtiment. De 9 000 poules en place, son élevage va donc passer à 18 000 poules. Celui de l'EARL Spiessweg, la société créée pour gérer l'élevage des Scharrenberger, en abritera 15 000. Ces 30 000 poules permettent de couvrir 80 % des besoins en œufs bios de Bureland. La marque souhaite d'ailleurs continuer à développer la filière bio afin de répondre aux 20 % restants et à la future croissance du marché de l’œuf bio.

Six poules par mètre carré

Lors de l'inauguration, qui avait lieu en présence de Frédéric Reiss, député, et Pierre Mammosser, président de la Communauté de communes de l'Outre-Forêt, et de l'ensemble des maires de la Communauté de communes, Christophe Scharrenberger, qui est également maire de Surbourg, a rappelé la genèse d'un projet qui a mis trois ans à sortir de terre. En effet, le site est classé Natura 2000 et il a fallu procéder à une modification simplifiée du PLU pour que l'emplacement du futur poulailler passe d'une zone agricole à une zone agricole constructible. Ce qui a nécessité une enquête, financée par la Communauté de communes. Christophe Scharrenberger a remercié ses partenaires dans cette aventure : le Crédit Agricole, la Chambre d'agriculture d'Alsace, Jean-Marc Haegey, l'éleveur qui va le fournir en poulettes prêtes à pondre, et Jean-Marc Frobert, de la société BFC Constructions, conceptrice du bâtiment.

Celui-ci est divisé en deux salles, l'une pouvant accueillir 6 000 poules, l'autre d'une capacité de 9 000 poules, séparées par un local technique dédié à la collecte des œufs et au réglage des nombreux automatismes qui permettent de gérer l'élevage. Sur les 3 000 m2 du bâtiment 2 500 sont consacrés aux animaux, ce qui permet de respecter le critère de six poules par mètre carré inscrit au cahier des charges de l'agriculture biologique. Un cahier des charges qui stipule aussi la mise à disposition d'un vaste parcours extérieur. En effet, les poules pondeuses bios doivent pouvoir passer les deux tiers de leur vie en extérieur. Aussi le poulailler est-il ouvert sur un parcours de 6 hectares, dès que les conditions extérieures le permettent. Et il se referme le soir pour que les poules passent la nuit sur les perchoirs mis à leur disposition, conformément à leur instinct de survie, à raison de 18 cm de perchoir par animal. « Le cahier des charges de l'élevage de poules pondeuses en agriculture biologique est extrêmement strict. Il précise aussi la longueur de mangeoire par poule - 10 cm -, le nombre de poules par surface de pondoir… C'est contraignant mais c'est aussi positif parce que ce cahier des charges est le même pour tous les élevages de poules bios d'Europe. Donc de ce point de vue, pas de distorsions de concurrence, les normes sont les mêmes, quels que soient les pays et les élevages sont contrôlés », note Jean-Marc Frobert.

Enfin, l'investissement de la famille Scharrenberger dans ce poulailler va générer un emploi : un salarié sera dédié à mi-temps au Gaec et à mi-temps au poulailler, puisqu'il faut compter pas moins de 3-4 heures par jour pour collecter et conditionner les œufs.

Verger expérimental d'Alsace (Verexal)

Pierre Barth nouveau président

Cultures

Publié le 08/04/2016

Après neuf années de présidence du Verger expérimental d'Alsace (Verexal), Patrick Bastian a décidé de passer la main. Amené à remplir de nouvelles fonctions, notamment au niveau de la région Grand Est, il était devenu difficile pour lui d'assurer une présence suffisante au Verexal pour mener correctement à bien son mandat de président. À l'issue de l'assemblée générale, le conseil d'administration du Verexal s'est donc réuni pour élire Pierre Barth à ce poste.

Patrick Bastian a dressé le bilan de son mandat qui s'achève sur « des avancées et des choses qui restent à faire ». Les avancées concernent notamment les finances, qui « vont dans le bon sens. » Patrick Bastian avoue s'être posé la question de la nécessité du maintien d'une station d'expérimentation au début de son mandat à la vue de ses finances. Des doutes rapidement balayés : « Sans le Verexal, il n'y aurait pas de données sur l'arboriculture alsacienne ». C'est pourquoi la station a rapidement été régionalisée, et que les adhésions au bulletin technique arboricole et au Verexal ont été unifiées. La station a même été agrandie puisqu'elle comprend désormais 5 hectares en location dans le secteur d'Innenheim et qu'un technicien a été embauché : « Les années difficiles sont derrière nous », a assuré Patrick Bastian dont la plus grande satisfaction est sans conteste celle d'avoir mené à bien la construction du bâtiment qui accueille le Verexal, les Adar du Vignoble et de la Plaine de l'Ill, dans une ville centrale comme Obernai. Son seul et unique regret, c'est qu'il n'y ait pas davantage de jeunes qui se lancent dans l'arboriculture, malgré tout ce qui a été fait pour accompagner la filière, et notamment au Verexal. Enfin, Patrick Bastian n'a pas voulu quitter sa fonction sans souligner la bonne entente qui règne entre les arboriculteurs professionnels et amateurs qui « véhiculent une image positive de l'arboriculture ».

Pierre Barth, le nouveau président du Verexal, a remercié Patrick Bastian pour ce qu'il a fait pour maintenir la station expérimentale : « Il ne nous manque que quelques centimes au prix de vente, sinon, on a tout pour réussir », a-t-il commenté. Hervé Bentz, responsable de la stationa, au nom du personnel, remercié Patrick Bastian « de nous avoir supportés dans tous les sens du terme. Nous savions que nous avions quelqu'un de solide derrière nous. »

Des comptes clarifiés

La présentation des comptes du Verexal a fait apparaître un déficit de 2 878 € sur la partie expérimentation. À cela s'ajoute une régularisation liée à des fonds européens dont les versements ont été différés et inférieurs aux prévisions. Dans les comptes de 2015, ces fonds ont été inscrits en régularisation de subventions, pour 12 006 €, ce qui explique un déficit total de 14 885 €. Le résultat global du Verexal s'avère donc négatif, à - 6 000 € et a été affecté au compte de réserve. Un résultat pondéré par Patrick Bastian : « 2015 est une bonne année au niveau financier, malgré ce qui est affiché. Il a fallu régulariser cette perte de profit liée à des retards de paiement qui sont difficiles à gérer. Mais désormais les comptes sont clarifiés et épurés. »

Ce résultat négatif ne doit pas occulter les bonnes performances du magasin de vente directe, dont le chiffre d'affaires progresse grâce à une fréquentation de l'ordre de 500 clients par semaine avec un panier moyen de l'ordre de 10 €. La vente de fruits génère un chiffre d'affaires de 181 000 €, essentiellement imputables aux pommes. « Les cerises, les abricots, les pêches génèrent moins de chiffre d'affaires, mais constituent des produits d'appel, des locomotives pour le reste du magasin », a analysé Hervé Bentz, avant de souligner que le magasin a remporté le premier prix du concours d'étalage en septembre 2015. « Sans le magasin, le Verexal n'existerait peut-être plus, a commenté Patrick Bastian, mais le but premier du Verexal reste l'expérimentation. » Pour maintenir cette activité, le Verexal bénéficie de plusieurs soutiens (FranceAgriMer, Conseil départemental, Conseil régional, Chambre d'agriculture, Casdar, Ville d'Obernai) mais « il faudra faire attention au devenir de ces subventions qui risquent d'évoluer avec région Grand Est, les modifications des compétences du Département… » FranceAgriMer, par la voix de sa représentante à cette assemblée générale, a informé que sa subvention sera maintenue en 2016.

Des investissements en vue

Des soutiens d'autant plus importants que le Verexal envisage de réaliser des investissements en 2016, sous réserve des disponibilités financières, notamment dans une plate-forme de remplissage de pulvérisateur et une extension de l'ancien bâtiment, destiné au stockage du matériel. Cette extension, déjà prévue sous l'ère Bastian, n'a pas encore abouti, mais est devenue nécessaire car ce bâtiment de stockage, partagé avec l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Planète Légumes et l'Adar de la Plaine de l'Ill, est devenu trop exigu.

En 2015, le Verexal a poursuivi ses activités de recherche. Celles-ci se déploient autour de six axes d'expérimentation : compétitivité et performance (essais variétaux, d'optimisation des itinéraires techniques, de la protection des vergers) ; qualité et goût ; eau, environnement et arboriculture biologique ; innovation et développement de la filière ; échanges européens et projets Interreg ; formation. Nous détaillerons ces aspects, ainsi que le bilan de la campagne arboricole 2015, dans un prochain article à paraître dans la rubrique Technique.

Betteraves sucrières

Les semis s'achèvent

Cultures

Publié le 30/03/2016

Les semoirs à betteraves ont commencé à sillonner la plaine d'Alsace le 18 mars. Un chantier qui a rapidement progressé, à la faveur de préparations du lit de semences qui ont pu être effectuées dans de bonnes conditions. La majorité des semis a donc été effectuée en une petite dizaine de jours. Mardi 29 mars, ils étaient achevés à 90 %, et le chantier devrait être clôturé d'ici la fin de la semaine, soit dans la moyenne des années précédentes. « Les quelques précipitations du week-end pascal ont été bénéfiques puisqu'elles vont permettre d'assurer une bonne levée », constate Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein. Et celles qui étaient annoncées d'ici la fin de la semaine devraient elles aussi contribuer à la qualité des levées.

Aussi Michel Butscha et sa collègue, Aline Bardière, s'apprêtent à rencontrer les planteurs lors des premiers rendez-vous de bout de parcelle dès la semaine prochaine. Ce sera l'occasion de préparer la suite des interventions culturales, notamment les désherbages, et de faire le point sur la fertilisation azotée. En effet, les reliquats azotés s'avèrent très hétérogènes, ce qui justifie la gestion des itinéraires techniques à la parcelle que prône la sucrerie. Ce sera aussi l'occasion pour les conseillers de rencontrer les planteurs, les anciens comme la vingtaine de nouveaux qui est venue porter le nombre de planteurs de la sucrerie à 560. « Nous enregistrons une hausse de la surface consacrée aux betteraves sucrières de 6 %, pour atteindre 6 700 ha. C'est une première étape avant une hausse significative des surfaces attendue en 2017 », indique Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie Cristal Union d'Erstein.

Houblon

Une renaissance à consolider

Cultures

Publié le 17/03/2016

Hier les houblonnières étaient démontées, aujourd'hui elles se remontent. Après cinq années passées au creux de la vague, la filière rebondit joliment, portée par l'essor des microbrasseries et le soutien du Comptoir agricole à la filière. « En 2010, pour sortir du marasme, nous avons élaboré un plan marketing à trois ans », rappelle Antoine Wuchner, responsable du groupe houblon au Comptoir agricole. Les nouvelles variétés élaborées dans le cadre de ce plan sont adaptées à la demande des microbrasseries, et les équipes du Comptoir agricole ont su les vendre aux quatre coins du monde : « Le développement des microbrasseries nous porte à rayonner au niveau mondial de manière significative : nous avons 160 ha de contrats en main », résume Antoine Wuchner. Bernard Ingwiller, président du même groupe, confirme l'ampleur de cette lame de fond : « 25 % du houblon consommé aux États-Unis l'est par les microbrasseries. » Les variétés les plus demandées dans ce marché émergent sont les variétés aromatiques. Justement, le Comptoir agricole a dans son catalogue barberouge, aux arômes de fruits rouges, mistral, aux notes de fruits exotiques et triskell, une variété très florale… « Nous sommes en plein dans le cœur de marché », se félicite Antoine Wuchner. Pour ne rien gâcher, ces variétés sont pourvoyeuses de valeur ajoutée pour les planteurs puisqu'elles se commercialisent une fois et demie à deux fois plus cher que les variétés de référence…

Augmenter la production

L'élaboration de ces nouvelles variétés s'est accompagnée d'une intense activité commerciale. Si les débuts ont été timides, le succès est arrivé « comme un tsunami », compare Antoine Wuchner. Ces clients, ce sont des brasseries américaines, belges, anglaises, avec lesquelles le Comptoir agricole traite en direct ou via des négociants. Et puis le houblon alsacien est référencé chez la plupart des brasseries et microbrasseries françaises, les principaux clients du Comptoir agricole en France étant Kronenbourg, Heineken, Meteor et Licorne. « Aujourd'hui, on ne dépend plus d'un ou deux clients, le business est sécurisé », assure Antoine Wuchner. Tant et si bien que pour honorer ces contrats et les suivants, il faut augmenter la production, ce qui va passer par un plan de production sur cinq ans : « D'ici 2020, il faut augmenter la surface en houblonnières de 130 ha pour atteindre 600 ha », annonce Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole. « Si on devait ne pas respecter ce plan de production, nous devrons confirmer aux brasseurs qui nous ont fait confiance des volumes moins importants, ou délocaliser la production », enchaîne Antoine Wuchner. En effet, le Comptoir agricole vend ses houblons avec des contrats qui courent sur plusieurs années. Il s'agit donc d'anticiper les plantations afin de garantir les volumes, d'autant que le travail de promotion des houblons alsaciens continue.

Le plan de production sur cinq ans est donc le suivant : 60 ha de plus les deux premières années, 20 ha de plus la troisième et 20 ha de plus la quatrième année. Dans un premier temps, priorité au matériel d'occasion, dont la réhabilitation sera soutenue par le Comptoir agricole grâce à une aide de 1 000 €/ha/an pendant cinq ans. Mais le vivier de matériel d'occasion est maigre (de l'ordre de 5 - 6 ha), car une bonne partie du matériel démonté lors des années noires a été revendu en Allemagne. Il va donc falloir rapidement élaborer un système de financement de matériel neuf - compter 20 000 €/ha pour une houblonnière neuve - ce qui passera par un travail conjoint entre les producteurs, la coopérative et la Région. D'ores et déjà, Patrick Bastian, conseiller régional, assure les producteurs du soutien de la Région à cette culture emblématique alsacienne, qui contribue à la diversité de ses paysages. Restent à définir les montants, les modalités d'attribution de ces soutiens. Bernard Ingwiller, président du groupe houblon au Comptoir agricole enfonce le clou : « Des houblonnières vides, cela ne doit plus exister, il faut maintenir l'existant et remettre des houblonnières en place. Et pour que la production reste en Alsace, cela suppose des moyens, de la volonté politique, de la solidarité au sein de l'interprofession entre les producteurs et les brasseurs. »

Inventer de nouveaux schémas de production

Reste qu'on ne se décrète pas cultivateur de houblon du jour au lendemain. Les investissements sont importants : « Entre les récolteuses, les séchoirs, les tracteurs… il faut compter 1 million d'euros d'investissement pour exploiter 20 ha de houblonnière », estime Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole. À terme, pour que les surfaces suivent les engagements commerciaux, il va sans doute falloir imaginer des schémas de production, d'organisation différents : pourquoi pas des Cuma, des structures évolutives pour les jeunes qui se lancent dans la production… Au-delà des investissements, la production de houblon nécessite de savoir gérer un capital et de la technicité. Un aspect renforcé par la diversification variétale : « Passer de deux à une dizaine de variétés, c'est un grand chamboulement dans l'état d'esprit des producteurs », constate Christian Lux. Cela requiert plus d'observation, de souplesse. « Mais, note Bernard Ingwiller, ce spectre de variétés nous permet aussi de cueillir du houblon pendant une plus longue période et donc d'optimiser les investissements. »

Exporter le savoir-faire houblonnier alsacien

L'Alsace produit 96 % du houblon alsacien. Et le Comptoir agricole a retroussé ses manches pour maintenir la filière, ne serait-ce qu'en investissant 2 M€ dans la recherche variétale. « Nous avons donc un rôle à jouer au niveau national », en conclut Matthieu Luthier. Des propos qui font rebondir Éric Trossat, président du syndicat des brasseurs d'Alsace. En tant que brasseur, il trouve intéressante l'idée de cultiver du houblon dans d'autres régions françaises, avec d'autres terroirs, d'autres variétés, pour élargir encore le champ des possibles en matière de recettes de bières. « Et puis il y a un marché à prendre dans le bio. » Mais il faudra veiller à ce que le Comptoir agricole reste maître de la dynamique qu'il a engendrée. En effet, pour Matthieu Luthier, la filière se situe à la croisée des chemins : sortie du marasme certes, mais confrontée à la nécessité de transformer l'essai grâce à une vraie stratégie pour la filière. Le France ne pèse qu'1 % sur le marché mondial du houblon. « Mais l'objectif, ce n'est pas de peser plus, de faire plus pour faire plus, mais de fidéliser la clientèle », esquisse Bernard Ingwiller. Le Comptoir agricole a une vraie légitimité pour porter au niveau national un label Houblon France. La coopérative avait assuré la promotion de la culture lors de l’exposition universelle à Milan en septembre en présence de Stéphane Le Foll. Mais pour Antoine Wuchner et Matthieu Luthier, il faut aller plus loin en mettant en place un vrai parcours d’accompagnement pour améliorer les compétences des houblonniers dans la gestion du personnel, le pilotage économique et agronomique pour gagner en productivité et en performance.

Formation professionnelle

Les métiers du grain : polyvalence requise

Pratique

Publié le 14/03/2016

Ils sont douze et les métiers du grain n'ont plus de secrets pour eux. Parmi eux, sept intérimaires demandeurs d'emploi, qui ont déjà travaillé dans des silos ou qui sont susceptibles de le faire, et cinq salariés permanents d'entreprises de collecte, qui sont déjà des professionnels du grain, mais pour qui une remise à niveau sur certains aspects s'imposait. En effet, certains sont issus du milieu agricole, mais d'autres pas. Et puis les métiers du grain font appel à des compétences élargies.

C'est d'ailleurs face à leur difficulté à recruter du personnel disposant de ces compétences, à les faire acquérir par le personnel en place et à fidéliser ce personnel, que l'agence d'intérim Randstad, les organismes stockeurs alsaciens (Coopérative agricole de céréales, Armbruster, Comptoir agricole et Gustave Muller), le Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) d'Obernai et Pôle Emploi Alsace ont créé une formation spécifique aux métiers du grain par le biais du dispositif de formation POEC (Préparation opérationnelle à l'emploi collective). L'agence d'intérim Randstad s'est engagée à déléguer les personnes formées en intérim au sein des entreprises partenaires pour une durée de six mois. Autres parties prenantes de ce dispositif de formation inédit : la Région, qui a pris en charge une partie du financement, et Pôle Emploi Alsace, qui a apporté une contribution financière, a recruté des stagiaires et pris en charge des aides à la mobilité.

Retourner à l'école, un vrai challenge

Le programme de la formation (lire en encadré) était très complet, avec des modules très techniques, à visée professionnelle comme ceux qui concernaient le fonctionnement d'un silo, mais aussi des modules plus théoriques, comme une mise à niveau en mathématiques, une formation à l'accueil du public. C'est d'ailleurs ce module qui a posé le plus de difficultés aux stagiaires, peu rompus à la communication dans l'ensemble ! D'une manière générale, ce qui a été le plus éprouvant pour ces hommes (et une femme) déjà insérés dans le monde professionnel, c'était de retourner sur les bancs de l'école, surtout pour le doyen de la formation.

« Ce projet de formation a été compliqué à monter. Il fallait suffisamment de stagiaires, pouvoir les rassembler sur une même période, élaborer un programme commun qui convienne à tous les participants malgré leur différentiel de compétences », a indiqué Denis Mayer, délégué des formations intérimaires à l'agence d'intérim Randstad. Aussi a-t-il remercié tous les acteurs qui ont fait de cette formation un succès. Un succès que confirment les stagiaires, qui décrivent à l'unisson une formation « complète, utile, gage de polyvalence, avec des formateurs passionnés… » ; et les organismes stockeurs pour qui elle constitue un « starter kit » efficace. Enfin, Nathalie Chappelle, responsable d'une agence d'intérim Randstad, qui a participé à l'élaboration de la formation, a tenu à remercier les stagiaires pour leur implication, soulignant que « certains sont venus de loin chaque jour à Obernai, du Sundgau, d'Alsace Bossue, et certains ont fait le sacrifice de laisser femme et enfants seuls à la maison pendant des semaines entières pour suivre cette formation ».

Concours des jeunes professionnels du vin

L'Alsace frôle un doublé victorieux

Vigne

Publié le 08/03/2016

404. C'est le nombre de candidats français qui s'étaient inscrits cette année au concours des jeunes professionnels du vin. Un premier écrémage s'est effectué sur la base de présentations de projets de communication autour du vin avec une présentation orale. À Paris, le mercredi 2 mars, il ne restait déjà plus que 54 candidats français et 13 candidats européens. Mais il ne peut en rester que six, trois Français, et trois Européens. D'autres épreuves étaient donc au programme. D'abord une épreuve de caractérisation, soit une dégustation de cinq vins à l'aveugle. Dégustation qui doit permettre aux candidats de définir pour chaque vin le cépage, l'appellation, une fourchette de prix, le millésime et le climat. Après une courte pause vient l'épreuve de notation. Cette fois les candidats doivent déguster quatre vins à l'aveugle, des vins qui ont été au préalable dégustés et notés par un jury de professionnels du vin. Ce sont les candidats dont les notes se rapprochent le plus de celles du jury qui récoltent le plus de points à cette épreuve. Le total des notes (projet de communication, caractérisation et notation) conduit à une note globale qui permet de départager les candidats. Les trois meilleurs Français et les trois meilleurs Européens passent alors une série de nouvelles épreuves devant un jury à huis clos. Cette fois, ils ont tous le même vin à déguster, caractériser, noter… Et à répondre aux questions des jurés sur ce vin. Trois heures d'épreuve pour six candidats. Les médailles décernées lors de ce concours sont donc amplement méritées ! Alors, comment s'en sont sortis nos candidats alsaciens ?

Un entraînement payant

Thomas Meistermann a 19 ans, il est étudiant en BTS Viticulture-Œnologie au Legta de Rouffach, avec pour objectif de s'installer et de reprendre le domaine familial situé à Pfaffenheim. « Cela faisait un certain temps que notre établissement n'avait pas participé au concours et nos professeurs ont pris l'initiative de présenter des candidats. Bryan Marquay et moi avons été présélectionnés sur une trentaine de candidats au sein de l'établissement », raconte Thomas Meistermann. Il a ensuite planché sur son projet de communication, qu'il a choisi de faire sur le thème de l'impact du réchauffement climatique en viticulture. Un sujet qu'il a visiblement bien traité puisqu'il a été retenu pour participer aux épreuves de sélection à Paris. Mais dès l'épreuve de caractérisation, Thomas Meistermann garde peu d'espoir pour la suite : « Nous avons dégusté deux vins blancs, un rosé et deux rouges. C'est très difficile, je n'ai reconnu aucun vin avec certitude », déclare-t-il.

Une rangée plus loin officie son collègue Bryan Marquay, 20 ans, étudiant en seconde année de BTS Technico-commercial vins et spiritueux. Lui n'est pas issu du sérail viticole, mais s'est découvert une véritable passion pour le vin grâce à un stage effectué au bar à vins La Quille à Mulhouse. Plus aguerri aux dégustations que son collègue de par le contenu pédagogique de son option de BTS, Bryan Marquay est plus confiant. Malgré le niveau de la compétition, il est sûr d'avoir identifié correctement « au moins deux vins » à l'issue de l'épreuve de caractérisation.

La suite des événements donne raison aux impressions des deux candidats rencontrés ce jour-là : Bryan Marquay frôle la finale en se classe 4e avec 306 points. Il est talonné de près par Anne-Claire Gertner, étudiante en sommellerie du CFA du lycée Storck de Guebwiller, qui se classe 5e place avec 305 points. Quant à Thomas Meistermann, il se classe 14e.

Élevage de poules pondeuses

Propreté exigée

Élevage

Publié le 07/12/2015

En France, la majorité des TIAC (Toxi-infection alimentaire collective) déclarées sont liées à l’intoxication par Salmonella, en particulier par les sérotypes enteritidis et typhimurium, qui peuvent se trouver dans les œufs, la viande, les produits laitiers… Le consommateur est surtout exposé à ce risque lors de la consommation d’aliments crus ou mal cuits, une cuisson suffisante permettant de détruire les salmonelles. La contamination des denrées alimentaires peut intervenir à tous les maillons de la chaîne alimentaire : élevage, centre de conditionnement, « mais aussi, et surtout dans les frigidaires mal entretenus », note Philippe Bucher, responsable avicole chez Sanders Grand Est. Parmi les participants à cette réunion, un éleveur a témoigné de la contamination de son élevage par Salmonella. Pour lui, elle y a très probablement été ramenée par des oies, qui sont réputées pour être des porteurs sains de l’agent infectieux. « Les salmonelles peuvent aussi être véhiculées par les petits rongeurs », note Philippe Bucher.

Propre, mais pas stérile

Pour éviter de passer à côté de la contamination de leur élevage, les éleveurs de poules pondeuses sont tenus de procéder à un dépistage par des prélèvements de surface (prélèvement chiffonnette) toutes les 15 semaines. Et pour éviter la contamination des élevages, les bâtiments doivent être soigneusement lavés et désinfectés entre chaque lot. En effet « lorsqu’un lot de poules part en réforme, il laisse derrière lui un bâtiment imprégné d’un certain microbisme. L’objectif du nettoyage et de la désinfection du bâtiment d’élevage, c’est d’obtenir un bâtiment propre pour le lot suivant, qui va y apporter son propre microbisme », explique Philippe Bucher. Mais pas question non plus d’obtenir un espace stérile. « En bactériologie, c’est la loi du premier occupant qui règne. L’excès d’hygiène peut donc provoquer l’installation de bactéries pathogènes parce qu’on leur a laissé trop de place en éliminant les autres bactéries », rappelle Philippe Bucher. Henri Villard, responsable commercial du laboratoire Theseo, spécialiste de la prévention par l’hygiène qui commercialise une gamme complète de produits d’hygiène, confirme : « La conduite d’un bon plan d’hygiène permet d’abaisser la pression microbienne ».

Pas de désinfection sans lavage préalable

Première étape de ce plan d’hygiène : une désinsectisation effectuée sur bâtiment chaud. Car dès que la température qui règne dans le bâtiment va diminuer, les insectes vont se mettre à l’abri et seront moins exposés aux matières actives. L’objectif est de lutter contre les ténébrions adultes (bas de mur et litière). Puis, il s’agit d’enlever les restes d’aliments, de dépoussiérer l’ensemble du bâtiment, y compris ventilations, lanterneaux, gaines d’extraction et seulement à ce moment-là d’enlever un maximum de litière. À ce stade, Henri Villard préconise de se concentrer sur le circuit d’abreuvement : rinçage, vidange, lavage avec un détergent alcalin non moussant, détartrage et désinfection, remise en eau et analyse d’eau validant l’efficacité du nettoyage : telles sont les étapes du protocole à respecter.

Place ensuite au lavage du bâtiment, une étape qui conditionne l’efficacité de la désinfection ultérieure. La détergence consiste à éliminer le maximum de résidus gras. Pour qu’elle soit la plus efficace, Henri Villard insiste sur la nécessité de réunir quatre facteurs : une concentration en détergent suffisante, un temps de contact du détergent avec la surface à nettoyer suffisante (30 minutes), une température de l’eau de 60 °C et une pression suffisante lors du décapage à l’aide d’une pompe haute pression (120 bars minimum). Sur ce point, Henri Villard conseille de privilégier le débit d’eau par rapport à la pression : une pression trop élevée risque de dégrader inutilement les surfaces. En outre, si la pression attaque les salissures, c’est le débit qui permet de les emporter.

Une fois les surfaces propres, on peut procéder à la désinfection. Hervé Villard préconise un produit à large spectre (bactéricide, fongicide et virucide), avec une quantité d’eau suffisante (0,3 l/m2) pour atteindre les virus. Vient ensuite l’étape du vide sanitaire, qui permet notamment de laisser sécher le bâtiment. C’est aussi le moment de chauler le parcours si nécessaire, fumiger les silos… À ce stade intervient la mise en place des barrières sanitaires : pédiluve avec un désinfectant, préparation du sas et des équipements (vêtements et bottes propres), dératisation avec des postes d’appâtage équipés de souricide et de raticide, désinfection des bétons extérieurs aux abords des bâtiments. Enfin, la désinfection terminale par nébulisation intervient 48 à 24 heures avant l’arrivée du nouveau lot.

Le lendemain de cette première journée de formation destinée aux éleveurs de poules pondeuses, Sanders est allé à la rencontre d’une trentaine d’éleveurs de poulets de chair à Schiltigheim en leur proposant une journée de formation similaire.

Centrale de cogénération ÉS Biomasse

Inauguration d’un mastodonte vert

Technique

Publié le 03/12/2015

Mercredi 25 novembre, un tapis rouge sillonne le chantier de la centrale de cogénération ÉS Biomasse de l’Esplanade situé au sein du port autonome de Strasbourg. De part et d’autre s’entremêlent boue, gravats, poutrelles métalliques : le chantier bat son plein. Car le planning est serré : les travaux ont démarré il y a cinq mois, et les premiers watts devraient être produits en décembre 2016, soit un peu plus de 16 mois de chantier.

Une société dédiée : ÉS Biomasse

« À quelques jours de la COP21, nous démarrons un grand chantier de production d’énergie renouvelable qui associe collectivités, industriels et usagers », déclare Marc Kugler, directeur général du groupe ÉS. En convertissant un réseau de chaleur aux énergies renouvelables, ce projet vise en effet à en diminuer l’empreinte carbone et les émissions de Gaz à effet de serre (GES), ainsi qu’à produire de l’énergie à un coût plus robuste et durable, avec à la clé une réduction attendue de la facture énergétique des usagers (la TVA sera réduite à 5,5 %). « La production d’énergies renouvelables devient un nouveau pilier important pour ÉS qui s’appuie pour ce faire sur la biomasse et la géothermie profonde », poursuit Marc Kugler. Ainsi, une société dédiée a été créée pour porter ce projet, ÉS Biomasse.

Du bois comme combustible

Cette chaudière sera alimentée en bois venu des Vosges et de Forêt Noire, issu de l’exploitation de parcelles forestières situées dans un rayon de 100 km à la ronde. « Le site comprend trois plateformes de stockage de bois brut », indique Bernard Kempf, directeur chargé des relations extérieures et des énergies renouvelables. Le bois y sera stocké sous forme de grumes qui seront broyées, criblées et déferraillées au fur et à mesure des besoins. « Le bois pourra aussi arriver sous forme déchiquetée et rejoindre le même circuit après avoir été séché », précise Bernard Kempf. Le bois sera ensuite stocké sous abri avant d’alimenter la chaudière. Celle-ci permettra d’une part de produire de l’eau chaude injectée dans le réseau de chaleur du quartier de l’Esplanade, d’autre part de l’électricité, via une turbine, qui sera injectée dans le réseau ÉS. Le site comprend aussi un réservoir pour recueillir les eaux pluviales avant rejet (et analyse au préalable), ainsi qu’un bassin de stockage d’eau qui doit permettre de maîtriser un incendie qui surviendrait sur le site.

Aussi un symbole

« La consommation d’énergie de l’Eurométrople, c’est 1 million de tonnes d’équivalent pétrole, 1 milliard d’euros et 2 millions de tonnes équivalent CO2 », indique Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg. La transition énergétique est une « priorité » pour l’Eurométropole qui déploie une politique énergétique « ambitieuse » reposant sur trois piliers : la sobriété, l’efficacité et le changement d’approvisionnement. Robert Herrmann s’est félicité de la durabilité « énergétique » et « économique » de ce projet qui doit permettre de réduire la facture énergétique des usagers de 15 %, « soit 100 € par foyer par an ». Il précise qu’en parallèle, des travaux de rénovation thermique, d’optimisation du réseau de chaleur afin de réduire le gaspillage énergétique vont être menés. Et de conclure : « Cette centrale est emblématique de la place de l’Eurométropole dans la grande région ».

Concours général agricole des prairies fleuries

Belles, productives, vivantes

Cultures

Publié le 16/11/2015

En été, les prairies qui fleurissent en vis-à-vis sur les massifs de la Forêt Noire et des Vosges font le bonheur des promeneurs, des éleveurs et des insectes butineurs. Car les prairies fleuries constituent à la fois un atout touristique, une source de nourriture appétente et nutritive pour le bétail, un habitat privilégié pour une cohorte d’insectes, de plantes rares, de petits animaux…

De bonnes prairies font de bons produits

Ce sont toutes ces richesses qui se cachent derrière d’apparentes étendues herbeuses que le Concours général agricole (CGA) des prairies fleuries souhaite valoriser. Lors de l’édition 2015 du concours du Parc naturel régional (PNR) des Ballons des Vosges et du Naturpark Südschwarzwald, onze parcelles, six côté français et cinq côté allemand, ont été jugées les 8 et 9 juin par un jury franco-allemand. « Seul le PNR Scarpe-Escaut organisait également un concours transfrontalier avec ses voisins belges », a souligné Laurent Seguin, président du PNR des Ballons des Vosges, lors de la cérémonie de remise des prix orchestrée à la ferme du Surcenord. Il a rappelé que la première édition de ce concours, « dont l’objectif est de récompenser les agriculteurs pour la bonne gestion de leurs prairies » avait lieu en 2010 dans une trentaine de PNR. En 2013, le concours a rejoint le giron du CGA, faisant le lien entre le CGA des animaux et le CGA des produits. Dans le même temps, le concours a essaimé puisqu’il est également organisé par des intercommunalités. Si bien que l’organisation du concours a été transférée des PNR aux Chambres d’agriculture. En Alsace, c’est donc la Chambre d’agriculture de région Alsace (Cara) qui coordonne ce concours depuis deux ans.

Un savoir-faire paysan reconnu

Véronique Klein, vice-présidente de la Cara, a salué un concours où « agronomes, écologues, apiculteurs, jugent ensemble de la qualité d’une prairie et de sa valorisation par l’agriculteur ». Ce qui n’est pas une mince affaire : il ne suffit pas de mettre des bêtes dans une pâture, où d’attendre que l’herbe ait poussé pour la faucher : « Il faut savoir gérer le pâturage, adapter les fauches aux dynamiques de végétation… », rappelle Véronique Klein qui poursuit : « Grâce à ce concours, qui remet enfin les herbages au cœur du système de production, les agriculteurs sont reconnus pour ce savoir-faire. Et ils en sont fiers. » Elle souhaite désormais que les concitoyens, les élus prennent conscience de l’importance de l’agriculture, notamment pour l’entretien des paysages. Et pour que l’agriculture continue de rendre ces services, « elle doit rester économiquement viable ».

Holger Wegner, chargé de projet au Naturpark Südschwarzwald, a indiqué que le concours avait été organisé dans le Bade-Wurtemberg pour la première fois en 2005, avec pour objectif de démontrer qu'« il n’y a pas d’incompatibilité entre biodiversité, quantité et qualité de foin ». Depuis 2013 le concours est organisé sur le territoire du Naturpark Südschwarzwald et c’est d’ailleurs ce concours qui a fait l’objet du premier projet de coopération entre ce parc naturel allemand et le PNR des Ballons des Vosges, « des parcs similaires par leur taille et leurs espaces naturels et qui travaillaient déjà ensemble depuis 2003, notamment sur la problématique du grand tétras ». Mais depuis 2013, une convention de partenariat entre les deux parcs est venue officialiser et renforcer cette collaboration transfrontalière.

Les lauréats ont été présentés et récompensés d’une clarine, d’un diplôme et d’une sélection transfrontalière de produits du terroir. Il s’agit de Renaud Duc, de l’EARL ferme du Surcenord à Orbey, qui remporte le premier prix ; Heinrich Till, de la ferme Till, située au Schluchsee en Forêt Noire, qui remporte le 2e prix ; et de Jacques Henry, de la ferme de la Violette au Bonhomme, qui remporte le 3e prix. À noter que les inscriptions pour les structures locales souhaitant organiser le concours en 2016 sont ouvertes depuis le 2 novembre et qu’elles le seront jusqu’au 31 décembre.

Les vidéos