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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Sur tous les fronts

Vie professionnelle

Publié le 10/02/2017

« Votre présence nombreuse témoigne de vos attentes et des questions que se posent les agriculteurs en cette période d’incertitude », constate Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. « Durant cette année, poursuit-il, le réseau a été plus que jamais mobilisé pour protéger les agriculteurs face aux calamités. » Et leur enchaînement révèle la nécessité pour les agriculteurs de se prémunir des aléas : « C’est devenu un enjeu d’avenir. Nous refusons que notre métier soit une loterie, et c’est pourquoi nous avons fait de cette question le thème de notre assemblée générale. »

Des retards de paiement inacceptables

« La FDSEA a été sur tous les fronts pour soutenir les agriculteurs, appuie Joseph Behr, directeur de la FDSEA. Au quotidien, dans l’urgence, pour aider les agriculteurs à faire face à leurs difficultés. Et sur les dossiers de fonds. » La première action des agriculteurs a eu lieu dès le printemps dernier, alors que l’agriculture était montrée du doigt suite à plusieurs épisodes de coulées d’eau boueuse : « Nous sommes intervenus en urgence pour répondre à ces accusations. Et nous avons obtenu la reconnaissance de l’état de calamité agricole pour des cultures non assurables comme les fraises ou les asperges. Et l’État a appliqué un dégrèvement de 30 % de la taxe sur le foncier non bâti. Ce sont plus de 3 M€ qui reviennent sur les exploitations », rappelle Didier Braun, vice-président de la FDSEA.

Et un peu plus tard, c’est le prix du lait qui a provoqué des actions syndicales. Des représentants de la FDSEA ont rencontré la députée européenne Anne Sander, afin de débattre des mesures à prendre au niveau européen pour réguler le prix du lait. Des actions ont été menées pour dénoncer le comportement de Lactalis envers ses producteurs. « Ces actions ont permis de sensibiliser le public et d’obtenir une revalorisation du prix du lait. » Dans le même temps, les aides à la réduction de la production instaurées au niveau européen ont favorisé la régulation de l’offre, donc l’assainissement du marché. « On espère désormais que le redressement des cours va se ressentir sur les exploitations. » Suite au dépôt de bilan de Copvial, « tout a été fait pour ne laisser aucune exploitation sur le bord de la route ». Par contre, Didier Braun a dénoncé « l’amateurisme » avec lequel l’administration a géré une Pac qui se complexifie toujours davantage. Les retards de paiement s’accumulant, les agriculteurs ont fini par se mobiliser pour se rassembler fin novembre devant la DDT.

« Nous devons avoir les moyens de produire »

Outre ces actions ponctuelles, menées en réaction à des événements bien précis, la FDSEA a continué à œuvrer sur des dossiers de fond, comme les niveaux et la régulation des prix agricoles, la compétitivité des entreprises, la gestion du recours aux produits phytosanitaires… « C’est important de prendre du recul, d’analyser la situation pour pouvoir assurer un accompagnement à long terme des entreprises pour qu’elles restent dynamiques et performantes », souligne Fabien Metz, vice-président de la FDSEA. C’est dans cet objectif que la FDSEA a poursuivi son travail de lobbying afin que les décisions qui sont prises, à quelque niveau que ce soit, permettent d’orienter le schéma agricole dans la bonne direction. Une des priorités de la FDSEA, c’est de parvenir à une rémunération plus juste du travail des agriculteurs. « C’est un travail de longue haleine », constate Fabien Metz. Et qui commence à porter ses fruits puisque des avancées ont été obtenues : « La loi Sapin permet de prendre en compte les coûts de production dans la négociation des prix agricoles », illustre Fabien Metz.

Autre cheval de bataille de la FDSEA, l’assouplissement ou du moins l’harmonisation des contraintes de production : « Nous évoluons dans un contexte de plus en plus réglementé et contraint alors que nos produits sont vendus sur un marché libéral, en concurrence avec des produits issus d’autres pays, qui ne sont pas soumis aux mêmes règles de production », analyse Fabien Metz. C’est pourquoi la FDSEA a travaillé sur les règles qui encadrent l’usage des produits phytosanitaires ainsi que sur la taille des élevages et la réglementation afférente. « Nous devons avoir des moyens de produire », poursuit Fabien Metz. C’est pourquoi la FDSEA a défendu le maintien du Plan bâtiment et s’engage pour préserver le foncier agricole et notamment réduire l’impact du GCO. Enfin, dernier cheval de la FDSEA, et non des moindres : la communication. « Aujourd’hui l’information et la désinformation se diffusent très vite. C’est pourquoi nous devons utiliser les réseaux sociaux pour expliquer notre métier aux consommateurs », affirme Fabien Metz.

Filière ovine

Une dynamique à entretenir

Élevage

Publié le 02/02/2017

EAV-PHR : Quelles ont été les conséquences de la réforme territoriale sur la filière ovine ?

Hervé Wendling : Elle s’est traduite par la mise en place d’un Comité d’orientation régional élevage (Corel), spécifique à la filière ovine. Ce comité regroupe les techniciens ovins des Chambres d’agriculture, les organismes de producteurs et les présidents des syndicats de producteurs des dix départements de la nouvelle grande région. L’objectif de ce comité est de travailler sur les demandes et l’avenir de la filière, notamment à travers un contrat de filière. Et puis d’une section ovine au sein du Corel, ce qui fait que nous sommes désormais entendus, ce qui n’était pas forcément le cas avant. L’Alsace représente 1 % du cheptel ovin français, la région Grand Est 10 %.

EAV-PHR : Le contrat de filière vise notamment à améliorer les performances des éleveurs. Par quels leviers ?

HW : Tout d’abord par la mise en place d’un plan génétique, qui permettrait d’améliorer les troupes, pour produire plus d’agneaux. Car dans notre région, l’amélioration de la rémunération passe obligatoirement par l’amélioration de la productivité. Ce plan génétique vise donc à favoriser l’achat d’agnelles qualifiées dans le but d’apporter plus rapidement des améliorations que par la voie mâle. En Alsace plus particulièrement nous allons nous orienter vers l'achat d’agnelles prolifiques et désaisonnalisables, pour pouvoir vendre des agneaux à nos clients toute l’année. De telles agnelles ont un coût, environ 150 € à 5 mois. Et les agnelles classiques se vendent assez bien en ce moment. Donc les éleveurs ont tout intérêt à les vendre et en acheter d’autres, plus prolifiques. Ce plan génétique sera ouvert à tous les éleveurs du Grand Est, mais sera conditionné par la réalisation préalable d’une étude par un technicien ovin, afin d’évaluer les besoins de l’élevage. La priorité sera donnée aux Jeunes Agriculteurs et aux nouveaux installés, puis sera fonction de l’état initial du troupeau. L’évolution des performances de l’élevage sera suivie pendant au minimum trois ans. L’amélioration de la génétique passe aussi par l’achat de bons béliers, issus de sélectionneurs, pour que l’investissement soit fructueux. Le montant de l’enveloppe régionale allouée à ce plan devrait être finalisé dans les jours à venir.

Nous avons aussi la volonté d’argumenter pour conserver une part de l’enveloppe allouée au Plan bâtiment. Et nous aimerions que des investissements dans un couloir de contention ou une cage de contention puissent être subventionnés d’une manière ou d’une autre. En fait c’est déjà le cas, par la Mutualité sociale agricole ou la Caisse d’assurance-accidents agricole, mais pas dans tous les départements. Il n’existe pas de dispositif au niveau régional. Abaisser le seuil de déclenchement de la subvention dans le cadre du Plan bâtiment sous la barre des 15 000 € pourrait être une solution.

EAV-PHR : Le contrat de filière comprend également une incitation à l’installation de nouveaux éleveurs ovins ? Comment comptez-vous vous y prendre ?

HW : Nous devons parler de notre métier, nous faire voir, nous faire entendre. Nous n’avons pas à rougir par rapport aux autres filières. Nous évoluons actuellement dans un contexte plutôt favorable, qui nous permet de redynamiser la production. Et, personnellement, je suis confiant dans l’avenir puisque l’élevage ovin français ne subvient même pas à 50 % de la consommation française. Il y a donc encore de quoi faire ! La demande est là, même si la consommation de viande d’agneau baisse progressivement. Mais cela relève davantage d’un travail des professionnels de la boucherie sur la consommation de viande d’agneau. Il y a des bouchers qui savent très bien la vendre, qui proposent autre chose que du gigot ou de l’épaule, par exemple des steaks de gigot d’agneau, cuits en quelques minutes, et d’autres pas. Pourquoi pas organiser des dégustations en GMS ? On y réfléchit car c’est le meilleur moyen de donner envie de manger de la viande d’agneau. Mais cela demande de l’implication de la part de tous les éleveurs. En tout cas la communication sur notre produit fait partie intégrante du contrat de filière.

Nous voulons aussi travailler davantage avec l’enseignement agricole. Nous organisons déjà les Ovinpiades des jeunes bergers. C’est une opération qui fonctionne, qui attire des jeunes vers la production ovine, mais ça n’est pas suffisant. Certains départements sont dotés de lycées spécialisés dans l’élevage ovin. Ne serait-il pas envisageable de créer des spécialités ovines dans tous les lycées, et de délocaliser les étudiants pour une partie de leurs études dans ces lycées spécialisés ? Pourquoi pas aussi constituer une petite troupe à Obernai ou à Rouffach, ne serait-ce que pour entretenir les espaces verts et sensibiliser les élèves à cette production. Car l’élevage ovin peut très bien s’envisager comme un atelier complémentaire pour un céréalier alsacien. Il suffit d’avoir un cheptel de 150 à 200 moutons et de leur faire pâturer les engrais verts. Un système qui permet aussi de valoriser la paille, de bénéficier d’une fertilisation organique, et de la plus-value générée par la vente d’agneaux.

EAV-PHR : Tout comme la planification de la production. En quoi consiste-t-elle ?

HW : C’est quelque chose qui existe déjà. En début d’année, chaque éleveur qui déclare ses brebis pour la prime ovine doit aussi déclarer son niveau de production estimé, mois par mois, pour l’année à venir. Ces informations sont centralisées au niveau national et devraient théoriquement servir à gérer le marché. Mais cela ne fonctionne pas très bien car dans certaines régions des éleveurs attendent le dernier moment pour vendre leurs agneaux en espérant une hausse des cours. Au final tous les agneaux sortent en même temps, cela déstabilise les centres d’allotement, plombe le marché et entraîne une baisse du cours de l’agneau. Le dispositif ne portant pas ses fruits, il gagnerait à être amélioré. Car au niveau de l’association Agneau Terroir d’Alsace, le fait de pouvoir fixer en interne le prix de l’agneau à l’année constitue un confort de travail certain.

EAV-PHR : La présence du loup sur le territoire de la région Grand Est peut-elle pénaliser la dynamique actuelle ?

HW : Le loup constitue en effet un sérieux problème, qui est géré au niveau national, avec des mesures qui ne font que repousser le problème sans le résoudre, malgré tout l’argent et le temps qui est injecté dans ce dossier. Et puis je trouve que le préjudice moral infligé aux éleveurs n’est pas suffisamment pris en compte. On dit que le loup ne cause pas de victimes humaines. C’est faux, le loup a déjà conduit des éleveurs au suicide. Pour moi c’est inadmissible. Et c’est incompréhensible que l’on s’évertue à vouloir faire cohabiter loup et élevage ovin. C’est impossible.

EAV-PHR : Vous êtes aussi président du Comité d’orientation ovin régional (C2OR) Nord-Est. Quel est le rôle de cette structure ?

HW : Cette structure, qui existe depuis une dizaine d’années, regroupe à peu près les mêmes acteurs que le Corel, mais son périmètre d’action est le quart nord-est de la France, soit la région Grand Est, plus la Picardie et la Franche-Comté. C’est une émanation de la Fédération nationale ovine (FNO) qui définit notamment les actions mises en place au sein du programme Inn’Ovin de reconquête ovine. Dans ce cadre, les actions menées en 2016 vont être reconduites en 2017. Nos objectifs restent les mêmes : plus 10 % d’agneaux produits à l’horizon 2020, renouveler les générations, organiser les Ovinpiades et trouver des financements pour les actions de la filière

EAV-PHR : Finalement la région Grand Est constitue donc un atout pour l’élevage ovin ?

HW : Je pense qu’il faut mettre en commun les atouts de tous les départements et en faire profiter un maximum de personnes. Il faut prendre la grande région comme un atout, et non comme un frein. Notre objectif est d’être solidaires, de créer une dynamique. La nouvelle grande région nous a permis de bénéficier d’un poste d’administrateur supplémentaire au niveau national. À nous de créer désormais un noyau fort.

Produits laitiers : Promotions indécentes

Vie professionnelle

Publié le 25/01/2017

« C’est complètement inacceptable », lance Nicolas Urban, responsable du groupe lait chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et producteur de lait à Engwiller. Dans les rayons consacrés aux produits laitiers des enseignes Auchan de Schweighouse-sur-Moder et Leclerc de Marmoutier, les affichages promotionnels fluorescents attirent les consommateurs vers de nombreuses « bonnes affaires » : des plaquettes de beurre vendues par lot de six à un prix défiant toute concurrence, un paquet de fromages frais gratuit pour deux achetés… La FDSEA a constaté dans les rayons laitiers des grandes surfaces des remises allant jusqu’à 80 %. « Cette braderie des produits laitiers constitue une perte de valeur ajoutée pour toute la filière qui ne peut que se traduire par une baisse du revenu des agriculteurs », constate Yohann Lecoustey, directeur adjoint de la FDSEA du Bas-Rhin.

Un non-sens

Des promotions d’autant plus incompréhensibles pour les producteurs qu’elles sont appliquées alors même que le marché laitier frémit de quelques signaux positifs : « Cela fait deux ans que nous subissons une période de prix bas. Alors ce qui devait arriver est arrivé, entre ceux qui ont purement et simplement arrêté de produire et ceux qui ont réduit leur niveau de production, la collecte laitière est à la baisse en Europe et dans le monde. Donc on commence à ressentir un rééquilibrage entre l’offre et la demande, soit une hausse des cours, qu’on espère ressentir au niveau du prix du lait payé au producteur », explique Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin. Alors, pour ne pas casser une dynamique qui aurait pu leur permettre de reprendre un peu du poil de la bête, les producteurs réclament l’arrêt de ces promotions.

Didier Braun insiste sur leur non-sens : « Les promotions sont un bon outil pour booster une consommation défaillante. Mais là on atteint justement un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. Il n’y a donc aucun intérêt à casser cette dynamique qui devrait conduire à une hausse des prix. » D’autant que la baisse de production s’annonce durable. De gros troupeaux ont mis la clé sous la porte en Allemagne. Au Pays-Bas, pour freiner les émissions de phosphore par l’élevage, les éleveurs sont soumis à un quota de phosphore qui devrait limiter les augmentations de taille des cheptels…

Des pratiques toxiques

Et puis ces promotions tombent d’autant plus mal que les acteurs de la filière vont entrer en phase de négociation pour fixer le prix le lait. Et les producteurs espèrent sortir de ces négociations avec une hausse du prix payé aux producteurs : « Produire a un coût, notre produit a une valeur », lance Nicolas Urban. Qui poursuit son raisonnement : « Les GMS doivent comprendre que si elles poursuivent dans cette voie, elles n’auront bientôt plus de produits français à proposer aux consommateurs. Déjà de très nombreuses exploitations sont en très grande difficulté. Si elles devaient se retrouver confrontées à une troisième année difficile, elles ne s’en relèveront pas. Donc si on veut que demain il y ait encore des agriculteurs et des éleveurs français qui font vivre l’économie, il va falloir que ça change. »

 

Sorgho

Un fourrage intéressant pour qui s’en donne la peine

Cultures

Publié le 24/01/2017

Traditionnellement cultivé dans le Ried, parce qu’il se sème plus tard que le maïs, et qu’il est donc moins soumis aux risques d’inondations, le sorgho s’est développé en Alsace suite à l’installation de la chrysomèle des racines du maïs et l’obligation de rotation qui en a découlé. « La Chambre d'agriculture d’Alsace a commencé à mener des essais sur le sorgho en 2004, avec une difficulté principale : l’absence d’équation pour calculer la valeur énergétique de ce fourrage », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Pas un, mais des sorghos

Cinquième céréale la plus cultivée au monde, le sorgho est une plante très hétéroclite. On en distingue trois grandes familles : grain, fourrager et sucrier. Le sorgho grain présente un petit gabarit. Comme son nom l’indique il est généralement cultivé pour ses grains qui sont récoltés à la moissonneuse. « Il peut être ensilé mais il faut alors éclater ses grains pour en valoriser l’amidon », précise Laurent Fritzinger. Au sein de la famille des sorghos fourragers il faut distinguer les monocoupes des multicoupes. Les premiers ne se récoltent qu’une fois. Dans cette catégorie, le plus fréquent est le sorgho sucrier, qui présente une bonne aptitude à l’ensilage, mais dont la teneur en amidon est faible car il n’a quasiment pas de grains. Autre représentant de cette catégorie, le grand sorgho grain, plus riche en amidon. Les sorghos multicoupes ont la faculté de repousser, donc de procurer plusieurs coupes dans la même saison. Le sorgho le plus classique dans cette catégorie, le sudangrass, ressemble à une grande graminée, qui émet une panicule, mais qu’il faut récolter avant l’émission de l’épi car ensuite sa valeur alimentaire diminue. Ce sorgho affiche un démarrage rapide, qui permet de faire une première coupe au bout de huit semaines.

Théoriquement les repousses de sorgho fourrager sont pâturables, « mais il y a un risque de paralysie respiratoire lié à la présence d’acide cyanhydrique si le sorgho est pâturé à un stade trop jeune ». Généralement les coupes sont donc ensilées, et l’acide cyanhydrique disparaît avec la conservation. Dans la famille des sorghos sucriers, il faut faire la distinction entre le type normal et les BMR, identifiables grâce à leur nervure centrale brune, qui sont à la fois plus faciles à ingérer et plus digestibles, et qui constituent donc une bonne source d’énergie avec peu d’amidon, mais qui sont aussi plus sensibles à la verse. Ils peuvent être mono ou multicoupes.

Une culture de la patience

Pour réussir un sorgho, il faut d’abord choisir les parcelles qui se prêtent le mieux à cette culture, c’est-à-dire celles dont les sols se réchauffent vite, qui ne sont pas trop sensibles à la battance, ni trop superficiels, ni trop envahis d’adventices. Les semis doivent être soignés, dans un sol suffisamment chaud, à 2-3 cm de profondeur, à une densité de 220 000 à 300 000 grains/ha, de préférence avec un semoir monograine. Il est en effet important d’obtenir une levée homogène, pour que les plantes atteignent le plus simultanément possible le stade trois feuilles avant lequel aucun désherbage chimique n’est possible au risque de détruire aussi les plantules de sorgho. La culture est peu gourmande en phosphore et en potasse. « Les sorghos monocoupes ne doivent pas recevoir trop d’azote pour éviter la verse. Pour les sorghos multicoupes, il est conseillé d’apporter 30 unités au semis et 30 unités après chaque coupe. »

L’une des principales difficultés de la culture du sorgho, c’est le désherbage. Peu de matières actives sont homologuées pour cet usage : il n’y a que deux produits en prélevée. Ils permettent de limiter le développement des adventives au départ, « mais il faut souvent procéder à un rattrapage car leur spectre d’efficacité n’est pas complet ». Pour faciliter le contrôle des adventices, il est donc aussi conseillé de pratiquer un faux semis, et/ou de choisir un écartement entre les rangs compatible avec le binage.

Une autre difficulté de la culture relève du timing : « Plus on attend pour atteindre le stade de récolte optimal, plus le risque de verse augmente. Il n’est donc pas toujours facile d’atteindre les 28 % de matière sèche recommandés. D’autant que, contrairement à l’aspect du grain pour le maïs fourrage, il n’y a pas de repère qui permette de détecter le stade optimal d’ensilage. » Lorsque ce stade est atteint, le maïs est déjà ensilé depuis un mois environ, ce qui signifie qu’il faut rouvrir le silo, le retasser, le refermer… Et, même si la teneur en matière sèche de 28 - 30 % est atteinte, il est conseillé d’avoir déjà quelque chose dans le silo, sous le sorgho, pour en absorber les jus riches en sucre afin de ne pas les perdre.

En termes de productivité, on peut compter sur 4 à 6 tonnes de MS/ha de potentiel pour une première coupe de sorgho multicoupe. Un sorgho BMR pourra produire 12 t MS/ha. Les rendements des sorghos sucriers sont comparables à ceux des BMR en termes d’UF/ha car le fait qu’ils fassent moins d’UF est rattrapé par le fait qu’ils font plus de rendement.

Maïs fourrage

Choisir des variétés nutritives et digestes

Cultures

Publié le 19/01/2017

En raison des précipitations excédentaires au printemps, les semis de 2016 ont souvent dû être décalés, ce qui a eu tendance à allonger la période d’ensilage. « Les semis tardifs ont eu moins de pluie que les précoces. Ce sont ces maïs issus de semis tardifs qui ont le plus souffert et qui ont perdu le plus de rendement », note Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Sans doute parce qu’après leur implantation dans des conditions humides leur système racinaire est resté en surface, ce qui leur a été préjudiciable lorsque l’eau est venue à manquer.

La fin de cycle sèche, avec quatre semaines sans pluie et des températures élevées en août, a fait augmenter rapidement le taux de matière sèche (MS), « plus par sénescence que par maturité ». Résultats : de bonnes conditions de chantier d’ensilage, mais un déficit à la fois de matière (avec un rendement en baisse de 10 à 30 %) et de valeur alimentaire. Assez étalée, la période d’ensilage s’est néanmoins concentrée mi-septembre, avec une évolution des MS assez similaire à celle de 2014.

Des maïs grillés sur pied

Cette année, la CAA a mené quatre essais comportant des variétés de maïs fourrage, dont un à Bitschhoffen où 21 variétés, de demi-précoces (indice 300-340) à demi-tardives (indice 360-400), ont été semées le 7 mai et récoltées le 14 septembre. Globalement, l’essai a fourni de grands gabarits (de 2,6 à 3,3 mètres), ce que Laurent Fritzinger explique par un semis en jours longs, ce qui a pour effet de rallonger les entre-nœuds et de produire des tiges plus fines. Dans la catégorie des variétés demi-précoces, le rendement moyen était de 21 tonnes de MS/ha. Cet essai a été récolté trop tard, à 40 % de MS, car les maïs ont « grillé en une semaine ». Autres enseignements : des écarts de rendement et de valeur alimentaire importants entre les meilleures et les moins bonnes variétés, et une absence de relation entre hauteur et rendement. La teneur moyenne en amidon était de 36 %, donc assez élevée, mais la valeur énergétique n’était que de 0,89 UFL/kg MS (allant de 0,84 à 0,93 UFL/kg MS). « Les variétés qui présentent les meilleures valeurs alimentaires sont aussi celles qui ont le moins d’amidon, ce qui démontre l’importance de la digestibilité », note Laurent Fritzinger. Pour avoir une bonne valeur d’UF, les variétés doivent en fait combiner une bonne valeur Dinag (digestibilité du non-amidon et non glucides, c’est-à-dire pour schématiser de la matière verte, des tiges et des feuilles) et une bonne teneur en amidon. « Si on a de l’amidon à digérer, mais avec du bois, ça ne va pas », illustre le conseiller. Pour comparer des variétés à destination fourragères, le critère à considérer est le rendement énergétique par hectare, qui combine « le rendement des variétés et ce qu’elles ont dans le ventre, car c’est ce qui permet de faire de la viande ou du lait ».

Sur ce critère, parmi les variétés demi-précoces ES Floreal sort en tête grâce à son bon rendement et sa bonne digestibilité. Kamponi CS, Corioli CS, LG 30.311, Pauleen sont d’autres variétés intéressantes. Concernant les autres composantes de la valeur alimentaire, cette série présentait une MAT (teneur en azote) de 3,8, ce qui est peu comparé aux valeurs de 6-7 généralement enregistrées. La valeur PDIN (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’azote apporté par l’aliment) n’est pas bonne non plus. La DMO (digestibilité moyenne), à 70, est également moyenne, tout comme la Dinag et l’encombrement (UEL). La comparaison de ces valeurs de 2016 à celles de 2015, pour des variétés de précocité similaires, révèle une hausse de la teneur en amidon de 30 %, mais une perte de 3 points de Dinag qui se traduit par une réduction de l’UFL de 3 %.

La digestibilité l’emporte sur l’amidon

Dans la catégorie des variétés demi-tardives, le rendement est le même, à 21 t MS/ha, mais la teneur en matière sèche s’approche davantage de la norme, à 35 % en moyenne. La teneur moyenne en amidon est de 30,5 %, et la valeur énergétique est plus élevée, à 0,95 UFL/kg MS, une moyenne qui masque un écart de 10 points entre les moins bonnes et les meilleures variétés, et qui est en baisse par rapport à 2015. Alors que, par rapport à la série précédente la teneur en amidon baisse, les UF augmentent, ce qui tend à prouver que « dans la formation des UF, le poids de la digestibilité est plus élevé que celui de l’amidon », indique Laurent Fritzinger. Le rendement énergétique par hectare moyen de cette série est de 19 700 UFL/ha. Les meilleures variétés sont Basmati CS, Futurixx, P0319, Mas 49 G, ou encore RGT Luxxida, qui pèche en rendement mais se rattrape avec de bonnes valeurs alimentaires. La teneur en azote (MAT) moyenne de cette série est de 6, les PDIN s’élèvent à 38,8, les PDIE à 69,8, la DMO est meilleure, à 73, la Dinag s’élève à 54,1, et l’encombrement (UEL), à 0,93, est réduit.

Le même essai a été réalisé dans le Sundgau, afin de tester la robustesse des variétés, c’est-à-dire leur capacité à faire des UFL/ha quelles que soient les conditions pédoclimatiques. Résultats : parmi les variétés demi-précoces, ES Floreal et Pauleen affichent de bons résultats sur les deux sites. Parmi les variétés demi-tardives P0319 et Futurixx, apparaissent comme des variétés à la fois performantes et robustes. Enfin les résultats obtenus au cours de cette campagne 2016 très atypique sont à tempérer avec des résultats pluriannuels. C’est la combinaison de tous ces éléments qui a permis l’élaboration des préconisations variétales en maïs fourrage pour les semis 2017, compilées dans le tableau ci-contre.

Crédit Agricole Alsace Vosges : dynamiser les placements par la diversification

Pratique

Publié le 18/01/2017

Parmi les placements de trésorerie, le Crédit Agricole Alsace Vosges propose une gamme de Dépôts à terme (DAT) destinée à l’optimisation des excédents. « Pour y souscrire, il suffit de prendre contact avec un conseiller », indique Katia Ebersold, responsable de la filière agricole et professionnelle au Crédit Agricole Alsace Vosges, qui précise qu'« en agriculture, il est possible de sortir des fonds en anticipation sans réduire le taux d’intérêt ». Différents horizons de placement peuvent être envisagés et panachés. Il y a notamment, une offre sur 36 mois, avec des taux progressifs, mais aussi sur 4 mois - l’offre Pac Agri - dont les taux « boostés » sont largement supérieurs à ceux du marché, insiste Katia Ebersold. Ces DAT s’adressent à un très large public, mais ils sont réservés aux comptes professionnels.

À titre privé, les jeunes agriculteurs et leurs familles peuvent souscrire au Livret projet agri. Au départ conçu pour les jeunes agriculteurs, afin de leur donner accès à des prêts bonifiés par la banque, ce livret est en fait accessible à tout le monde. « Cette épargne projet sous forme de livret affiche des taux conformes au marché mais ouvre la possibilité de bénéficier de prêts à taux préférentiels. Les familles et les proches pourront céder leurs droits à prêt au futur jeune agriculteur sur le même principe que l’épargne logement », détaille Katia Ebersold.

L’assurance-vie plébiscitée par les épargnants

Accessibles à tous, les formules d’assurance-vie proposées par le Crédit Agricole Alsace Vosges sont évolutives et s’adaptent aux priorités de chacun : constitution progressive d’une épargne projet, placement d’un capital, préparation de la retraite, organisation de la transmission (une exonération des droits de succession s’applique au bout de huit ans). Et, contrairement à une idée reçue, Katia Ebersold précise que les fonds placés dans une assurance-vie ne sont pas bloqués : « Il est possible de les sortir à tout moment. Certes si le retrait intervient moins de huit ans après le placement, il faudra payer des impôts, mais uniquement sur les intérêts perçus. » Le Crédit Agricole Alsace Vosges propose une large palette de supports de placement dans le cadre de ses contrats d’assurance-vie. Ces derniers se répartissent en deux grandes catégories :

  • les fonds euro, qui procurent une rémunération sous forme d’intérêts évolutifs
  • les fonds unités de compte, c’est-à-dire investis sur des supports diversifiés pour dynamiser les placements, une option intéressante dans un contexte de taux bas.

Les fonds unités de compte apportent globalement de meilleures perspectives de performance à long terme, mais avec une certaine volatilité en contrepartie. « Les perspectives de rendement et le degré de sécurisation sont essentiellement fonction de l’horizon du placement, c’est-à-dire de sa durée », note Katia Ebersold. En fonction de son profil, de sa situation, de ses attentes en matière de rémunération, de son appétence au risque, l’épargnant peut choisir les supports les plus adaptés, sachant qu’ils peuvent être panachés et sécurisés progressivement. « Nous pouvons notamment proposer des fonds thématiques - fonds start-up, senior, développement durable… - qui affichent de bonnes performances, mais qui requièrent une certaine connaissance des marchés financiers, et d’avoir un peu de temps à consacrer à leur gestion », précise Shirley Reeb, chef de produit marketing collecte et protection. Ou alors de faire appel au nouveau service proposé par le Crédit Agricole Alsace Vosges : la « gestion conseillée » des placements.

Un expert vous conseille, vous gardez le pouvoir de décision

Ce nouveau service est né d’une collaboration entre les Caisses régionales de Crédit Agricole du Grand Est, au sein desquelles une équipe d’experts financiers dédiée au conseil et à l’information des épargnants a été montée. Ces cinq experts disposent de toutes les compétences requises pour accompagner les épargnants qui veulent dynamiser leur portefeuille de placements, ce qui passe par une certaine prise de risque. Leur mission consiste donc à prodiguer des conseils en matière de placements, de marchés financiers, que ce soit dans le cadre des contrats d’assurance-vie, compte titre et plan d’épargne en actions (PEA), sur des contrats existants et de nouveaux placements. Ces experts sont également tenus de s’informer afin de pouvoir apporter des conseils personnalisés à chaque client pour une gestion active des investissements ou une diversification du patrimoine dans les valeurs mobilières.

Chaque trimestre, ces experts contactent leurs clients pour leur faire des propositions d’arbitrage argumentées, afin d’augmenter ou de réduire les fonds engagés dans tel ou tel placement, d’en faire de nouveaux… « Le pouvoir de décision revient au client », précise Shirley Reeb. Décision qu’il prendra en fonction de l’horizon, du niveau de risque et de la rentabilité des placements évoqués durant la conversation avec son conseiller financier. Cette dernière étant enregistrée, la traçabilité est totale. Aussi, à l’issue de la conversation, c’est le conseiller qui se charge d’engager les procédures nécessaires aux ajustements convenus. Le client n’a rien à faire. Il peut rappeler son conseiller aussi souvent qu’il le souhaite, et consulter les notes de conjoncture qui lui sont régulièrement envoyées et qui se veulent une mine d’informations : « Dernièrement nos experts y ont détaillé les conséquences du Brexit sur les marchés financiers », note Shirley Reeb.

Contrairement aux autres banques de la place, le Crédit Agricole Alsace Vosges, a tenu à ce que ce service soit accessible à une large clientèle. « C’est pourquoi le montant de placement minimum pour pouvoir bénéficier de ce service est relativement bas », déclare Katia Ebersold. À noter que si le service de « gestion conseillée » s’adresse aux clients désireux de suivre l’évolution de leurs placements, le Crédit Agricole Alsace Vosges propose aussi des mandats de gestion (voir la vidéo ci-dessous) destinés aux clients délégataires, qui préfèrent, après avoir donné quelques consignes de départ, laisser la prise de décision à leurs conseillers.

Salon international de l’agriculture 2017

Des préparatifs tendus

Pratique

Publié le 17/01/2017

L’agriculture, une passion, des ambitions. Tel sera le thème du prochain Salon international de l’agriculture (SIA). Un thème fédérateur et suffisamment vaste pour que chacun puisse se l’approprier à sa façon. Et c’est une petite race blanche et noire… à faible effectif… adaptée à son terroir… qui en sera l’égérie… Mais non ! Il ne s’agira pas de la vosgienne, mais de la bretonne pie noire.

Une édition électorale

Réforme territoriale et travaux au Parc des expositions obligent, les régions de France ne seront plus 22 mais 13, et ne seront plus réparties entre le hall 7 (condamné) et le hall 3, mais seront toutes groupées dans les halls 2.3 et 3. Cette édition 2017 correspondant à une année électorale, il faut s’attendre à une médiatisation particulièrement importante du SIA, et notamment des visites des divers candidats à l’élection présidentielle. Et, comme le Salon international du machinisme agricole (Sima) se tiendra en parallèle (du 26 février au 2 mars) à Paris Nord Villepinte, une offre sera dédiée aux professionnels de l’agriculture, avec des accès privilégiés…

En fond de hall l’année dernière, la région Grand Est occupera cette année un emplacement de 1 100 m2 au centre du hall 3, sur le thème « Grand Est, terre d’innovation ». Le stand sera inauguré le 28 février. Celui-ci comprend un espace prestige de 127 m2 où seront regroupés les stands de la Région, des acteurs du tourisme, et ceux dédiés aux animations visant à valoriser les produits des 44 exposants, « sachant qu’il y aura quasiment le double de producteurs car certains stands sont tenus par des marques, et plusieurs producteurs se relaieront au SIA », précise Sandrine Vallin, responsable promotion, communication à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Leurs boutiques occuperont 600 m2, et un stand de 18 m2 sera dédié aux signes officiels de qualité. La répartition des stands tient compte de l’identité des territoires, c’est-à-dire que les stands alsaciens seront regroupés sur 160 m2, idem pour la Lorraine (201 m2) et la Champagne-Ardenne (216 m2). La région Grand Est sera également représentée dans ce hall par trois restaurants couvrant une surface de 430 m2.

Des stands assez standards…

Ce projet d’emplacement commun aux trois régions historiques constituant un marché public, il a été soumis à un appel d’offres qui a été remporté par la société Decorama, créateur d’espaces événementiels, pour l’agencement de l’espace et la conception des stands. La présentation du projet, faite aux exposants alsaciens mardi 10 janvier, a été plutôt mal accueillie. Les exposants ont, pour ceux qui se sont exprimés, trouvé le projet froid, trop épuré, sans identité régionale. La représentante de Decorama a expliqué qu’il était possible de personnaliser les stands, notamment en récupérant les fichiers des visuels qui avaient été conçus l’an dernier. Mais les habillages existants ne pourront pas être réutilisés car les nouveaux et les anciens stands n’ont pas les mêmes cotes.

Il est notamment proposé de mettre en place une signalétique haute, à l’aide de drapeaux d’angle, qui permettraient d’identifier sur une face la région Grand Est et sur l’autre face l’ancien territoire. « Le SIA, c’est dans un mois », ont rappelé les exposants, inquiets de constater l’état d’avancement du projet. Reste la question du coût des stands, qui revient sur le tapis chaque année. « Le coût du stand est le même au mètre carré pour tous les exposants, et il a baissé par rapport à l’édition précédente », assure Sandrine Vallin. Néanmoins, le niveau de subvention varie selon les régions historiques.

Pomme de terre

Sous haute surveillance pour une protection rapprochée

Cultures

Publié le 16/01/2017

La précédente campagne a accumulé les facteurs préjudiciables à la réussite de la culture de la pomme de terre. En conventionnel, les rendements sont inférieurs à ceux des dernières années, et ils sont souvent catastrophiques en bio. L’élément marquant de la campagne a été la pression très forte en mildiou (lire aussi l’article de Denis Jung paru dans notre n° 1 en page 11). Une épidémie d’autant plus difficile à gérer que les feuillages étaient souvent développés, avec une surface foliaire à traiter importante, et que les modèles avaient tendance à plafonner, étant donné l’intensité de la pression. « Outre par les conditions météorologiques propices, celle-ci peut s’expliquer par des recombinaisons de souches de mildiou, ce qui expliquerait les démarrages précoces, ou encore par une contamination des plants », indique Denis Jung, conseiller spécialisé en pomme de terre à Planète Légumes et à la Chambre d'agriculture du Grand Est, lors des réunions techniques des 20 et 21 décembre 2016.

La campagne 2016 restera donc dans les annales comme une année à mildiou. Même si d’autres agents pathogènes se sont attaqués aux champs de pommes de terre : alternaria, jambe noire dans les parcelles inondées, dartrose, doryphore, puceron, taupin… Et puis l’alternance entre l’humidité printanière et la sécheresse estivale a pu entraîner des fissurations des tubercules, préjudiciables à leur commercialisation.

Traitement des plants : Oscar WG évolue

Dans le cadre de la lutte contre la gale argentée, la spécialité Oscar WG n’apporte pas vraiment de gain de rendement, mais améliore la conservation des tubercules. Oscar WG est aussi un peu plus efficace que les autres solutions sur le rhizoctone brun, dont l’inoculum primaire peut provenir des plants ou du sol. En outre, le produit va changer de packaging. Il sera désormais conditionné en bidon de 5 litres ou en sceau de 10 l, dans lesquels il suffira de rajouter de l’eau, d’attendre 15 minutes pour laisser gonfler les granulés, puis de mélanger pour obtenir leur dispersion. Cette nouvelle formulation permet en outre de limiter le volume de bouillie, donc de ne pas trop mouiller les pommes de terre.

La machine Oscar System, renommée Robstar, utilisée pour traiter les plants avec ce produit, a été testée pour évaluer son efficacité. Elle s’avère la solution la plus efficace sur le plus large spectre de maladies. « En février une démonstration avec différentes firmes et produits de traitement des plants, ou des pommes de terre après récolte pour le traitement anti-germination, sera organisée », annonce Denis Jung. « L’acquisition de tels outils de traitement des plants représentant un certain coût, il peut s’avérer intéressant de se regrouper », poursuit-il. À noter aussi que la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA) accorde des aides à l’investissement dans ces outils qui limitent le contact avec les produits phytosanitaires.

Taupins : miser aussi sur la prophylaxie

Une nouvelle espèce de taupin, avec un cycle deux fois plus rapide que l’espèce endémique, et aussi plus vorace qu’elle, se développe, ce qui pourrait accroître les dégâts causés par ce ravageur sur la pomme de terre. Une dérogation pour l’utilisation du Mocap 15G sur pomme de terre a été demandée, ainsi que son homologation pour cet usage. « Un dossier à suivre de près. » Autres solutions : Karate 0,4 GR et Trika Expert, dont une nouvelle formulation est attendue pour 2017. « Un essai a mis évidence une meilleure efficacité de Mocap 15G par rapport aux deux autres solutions », indique Denis Jung. À noter aussi que des produits de biocontrôle sont en cours d’évaluation, comme le Met 52, qui contient un champignon entomopathogène qui infecte le taupin. « À la dose de 50 kg/ha son efficacité s’avère intéressante en conditions humides. » D’autres produits, comme Biofence et Tapis Vers, à base de glucosinolates, devraient être homologués. « Ils peuvent permettre de réduire les attaques de 50 %, mais pèchent par un comportement irrégulier. »

Enfin, certaines mesures prophylactiques permettent d’endiguer le ravageur. Il est en particulier recommandé de privilégier les variétés les moins appétentes. Plus la peau est fine, plus les dégâts sont importants. Et les taupins seraient attirés par les émissions de CO2 en provenance des tubercules. Des émissions qui seraient plus ou moins importantes en fonction des variétés. En raison du manque de rémanence des produits, donc des attaques qui peuvent intervenir tardivement, il convient de ne pas procéder à des récoltes trop tardives. Le travail du sol à l’automne et au printemps permet de réduire le nombre de larves, donc d’avoir davantage de tubercules peu touchés. Les rotations longues (six-sept ans plutôt que quatre), avec une autre protection anti-taupin dans la rotation, par exemple sur maïs, sont également à privilégier.

Désherbage : ne pas lésiner sur le mulch

Planète Légumes a mené un essai pluriannuel visant à tester l’efficacité d’un mulch de luzerne pour couvrir le sol et ainsi éviter à la fois la levée des adventices et le réchauffement trop rapide du sol. L’essai comportait quatre modalités : témoin sans mulch, mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur, mulch épandu en plein sur 10 cm d’épaisseur, mulch épandu entre les buttes sur 20 cm d’épaisseur. Le mulch a été épandu le 10 juin sur la variété Agria. Résultats : un effet sur le rendement, sur le calibre - en augmentation - et sur la gestion des adventices avec 80 % des adventices recouvertes a pu être mis en évidence avec la modalité du mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur.

Côté solutions chimiques, le Proman est une spécialité à base de metobromuron (500 g/l). Ses autres noms commerciaux sont Soleto et Inigo. Son spectre d’action est assez complet. Son efficacité est notamment intéressante sur morelle, qui pose problème en Alsace. Il l’est moins sur gaillet et mercuriale. Mais il est associable à un certain nombre d’autres produits. Il est généralement utilisé en désherbage de prélevée, « mais en 2016 il a été dans des situations limites positionné en post-levée, ce qui a permis de constater l’absence de phytotoxicité ».

De l’azote contre alternaria

Dans un autre essai, c’est l’effet de diverses modalités de fertilisation azotée, notamment sur le développement d’alternaria, qui était étudié. Premier enseignement, le témoin non fertilisé présente moitié moins de feuillage que les autres modalités. Et, plus la dose totale d’azote apporté est importante, plus le feuillage est développé. Autre enseignement : c’est avec la fertilisation fractionnée en trois apports (105 puis 40, puis encore une fois 40 unités) que la résistante à alternaria est la meilleure. Denis Jung insiste sur l’importance de faire des mesures de reliquats azotés, pour apporter la bonne dose, afin d’optimiser à la fois le rendement et la résistance à alternaria. Et, dans les situations à risque alternaria avéré, le fractionnement en deux, voire trois, apports est donc conseillé. Enfin, la localisation de la fertilisation permet de réduire la dose, mais se traduit par un développement du feuillage plus limité.

En matière de solutions chimiques contre alternaria, la spécialité Kix (difénoconazole à 250 g/l) n’apporte pas beaucoup d’efficacité supplémentaire par rapport aux références lorsqu’elle est utilisée seule. Le Revus Top (difénoconazole 250 g/l et mandipropamid 250 g/l) comporte une phrase de risque qui stipule qu’il ne faut pas cumuler plus de 450 g de diféconazole sur trois ans, ce qui peut s’avérer contraignant dans la rotation. Afin de positionner au mieux les traitements, Denis Jung préconise de faire un témoin non fertilisé et de commencer à traiter 15 jours après que les premières taches ont été repérées sur ce témoin, « car les pommes de terre y sont toujours un peu plus sensibles quand elles sont sous-fertilisées ».

Mildiou : un arsenal à déployer

Afin de lutter contre le mildiou, une nouvelle spécialité, Vendetta (fluazinam à 375 g/l et azoxystrobine à 150 g/l), a le mérite d’apporter de l’azoxystrobine. Mais il existe des souches résistantes à cette matière active. « Le produit risque donc de décrocher dans la lutte contre alternaria, et n’apporte pas grand-chose dans la lutte contre le mildiou en situation de risque élevé », constate Denis Jung. L’autorisation de mise sur le marché du mancozèbe doit être renouvelée avant le 30 janvier 2018 pour conserver un usage en vigne et pomme de terre. La spécialité va donc être réévaluée pour être réhomologuée en 2018 avec une nouvelle formulation, procurant des particules plus fines, donc une meilleure répartition et une amélioration du pouvoir couvrant. À venir aussi un nouveau cuivre trisulfate, des nouveautés en matière de biostimulants, « comme des mycorhizes, des produits à base d’algues, de phosphites, qui permettent de réduire les IFT ».

80 % des variétés de pomme de terre sont sensibles au mildiou, mais il en existe tout de même de plus résistantes, comme eden, tentation ou passion. Denis Jung conseille donc d’organiser la culture par parcelle et par variété, en gardant à l’esprit la progression géographique très rapide de la maladie. Autres stratégies à mettre en œuvre : alterner et associer les matières actives, garder de bons produits pour la fin de cycle, utiliser des modes d’action par diffusion, lorsque la pression devient forte, opter pour des produits haut de gamme. Globalement, Denis Jung conseille d’avoir en stock des produits pour la protection durant la croissance active et lorsque la végétation est stabilisée, de tenir une cadence de 14 jours entre deux traitements alternaria et de 7 jours entre deux traitements mildiou.

Un essai mené par Arvalis-Institut du végétal sur les techniques de pulvérisation a permis de démontrer l’absence de risque à réduire les volumes de bouillie, à certaines conditions, notamment d’utiliser des buses adaptées, et une pression qui procure des tailles de gouttes et une couverture adaptée. Par rapport aux buses classiques, les buses à injection d’air permettent de mieux pénétrer le feuillage, « donc ont un effet positif, mais pas exceptionnel ».

Filière semences et plants dans l’est de la France

Un potentiel grainier qui ne demande qu’à essaimer

Cultures

Publié le 14/01/2017

La délégation régionale Est du Gnis couvre la région Grand Est, la région Bourgogne Franche-Comté (à l’exclusion de la Saône-et-Loire), et le département de Seine-et-Marne. La région cultive le tiers des surfaces nationales en production de semences de céréales à paille et de protéagineux, avec 52 700 hectares en céréales et 3 500 ha en protéagineux. Elle couvre également 20 % des surfaces en multiplication de fourragères avec plus de 8 000 ha. Les oléagineux couvrent un peu plus de 1 300 ha. Il s’agit de tournesol en Alsace (476 ha), et plutôt de colza dans les autres départements. Ces surfaces sont à peu près stables depuis cinq ans, sauf dans deux départements où elles augmentent. Le département de la Meuse a augmenté de 20 % ses surfaces en céréales à paille.

Le Bas-Rhin a démarré la production de semences de maïs avec 27 ha en 2013, pour atteindre 1 102 ha à la récolte 2016. Désormais, 1 538 ha sont consacrés à la production de semences en Alsace (776 dans le Bas-Rhin et 762 dans le Haut-Rhin). Une belle progression, mais cela reste peu par rapport aux deux départements qui produisent le plus de semences au sein de la délégation : la Marne arrive en tête avec 18 806 ha, suivie par la Seine-et-Marne, avec 11 044 ha. « Dans ces deux départements, les agriculteurs ont l’habitude de produire des semences. Jusqu’à récemment ce n’était pas le cas en Alsace. Mais depuis quatre ans le Comptoir agricole a investi dans la production de semences de maïs, qui représente une diversification à haute valeur ajoutée pour les agriculteurs », commente Yves Amiet, délégué régional du Gnis pour la région Est. Autre évolution à venir au sein de la délégation, le Jura, département où la production de lait AOC est importante, est engagé dans une dynamique de production de semences fourragères adaptées au terroir afin de faciliter l’entretien, la restauration, ou le remplacement des prairies. « La production de semences fourragères est assez tributaire du climat, mais les règles d’isolement, et les besoins en main-d’œuvre sont peu contraignants », note Yves Amiet.

Opération communication

En 2017, le Gnis Est va poursuivre sa mission de mise en œuvre de la convention phytosanitaire qui consiste, pour le compte du Service régional de l’alimentation (Sral), à contrôler et émettre les passeports phytosanitaires des semences et plants qui partent à l’export et qui certifient que les marchandises sont exemptes de maladies ou d’organismes nuisibles. Le Gnis Est se fixe également pour objectif d’intensifier ses actions de communication sur la filière semences et plants auprès des agriculteurs, de l’enseignement, des Organisations professionnelles agricoles, des collectivités locales et du grand public. Il sera présent à la foire de Châlons-en-Champagne et à celle de Sedan, ainsi qu’au Salon Agrimax à Metz.

Le Gnis va aussi poursuivre son partenariat avec les établissements agricoles, auxquels il fournit les semences nécessaires à l’installation de collections fourragères qui permettent aux élèves d’observer ces espèces à différents stades de développement dans les conditions pédoclimatiques locales. Le Gnis organise également un concours sur le thème des prairies à destination des élèves des établissements agricoles. Le jury du concours prairies se tiendra cette année le 20 juin à Reims.

Un projet de rénovation des prairies permanentes

Le Gnis Est va poursuivre son projet de rénovation des prairies permanentes en Lorraine, en Franche-Comté et dans la partie montagne vosgienne d’Alsace. Un projet né du constat d’une certaine dégradation de ces prairies, donc de l’intérêt de les rénover pour des éleveurs qui ont par ailleurs investi dans le potentiel génétique de leur troupeau, et qui ont donc tout intérêt à valoriser des prairies à potentiel alimentaire élevé. Ce qui passe par du sursemis ou la rénovation avec des mélanges fourragers de qualité. Ce projet, bâti en partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, les Chambres d’agriculture du Jura, du Doubs, des Vosges et de la Moselle, donnera notamment lieu à une journée sur le thème « Mieux connaître les prairies pour mieux vendre des semences » le 2 février à Mirecourt.

Le navet salé d’Alsace, un légume qui a tout bon

Cultures

Publié le 12/01/2017

Le navet salé, encore une spécialité alsacienne qui gagne à être connue ! Les premières descriptions de fabrication de navets salés en Alsace remontent à 1539. Comme pour la choucroute, la mise en fermentation anaérobie en saumure de lanières de navets visait alors à accroître leur durée de conservation. Se faisant, le légume se charge en micro-organismes bénéfiques à la digestion.

Mais attention, tous les navets ne sont pas dignes d’accompagner palette fumée et autres jambonneaux dans la traditionnelle recette de la potée colmarienne. Il doit impérativement s’agir du Stupfelruewe, le navet blanc globe à collet violet, une souche locale dont les semences n’existent pas dans le commerce - marché de niche oblige - et qu’il revient donc aux producteurs de multiplier pour maintenir vivace cette tradition locale.

Des saveurs et des textures à explorer

Si jusqu’au siècle dernier le navet salé avait encore une place de choix sur les tables alsaciennes, il a été peu à peu oublié, occulté par le succès de sa consœur la choucroute, mais aussi et surtout par la mondialisation de notre alimentation. Aujourd’hui, une dizaine d’agriculteurs cultivent une quarantaine d’hectares de navets salés, avec un rendement moyen de 25 t/ha, soit 850 t de navets produits chaque année, qui donneront 300 t de produit fini. Seules trois entreprises familiales perpétuent le savoir-faire de la transformation du navet en navet salé : la choucrouterie Adès et fils à Krautergersheim, la choucrouterie Speisser et fils à Geispolsheim et la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Étang. Les navets arrivent dans ces entreprises bruts, ils sont ensuite épluchés, coupés en lanières, mis en cuve où ils sont salés et laissés dix jours à fermenter avant d’être conditionnés.

En 2014, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les producteurs ont d’ailleurs lancé un nouveau packaging destiné à donner un coup de jeune à ce produit historique. Ce petit seau carré, pratique à transporter avec son anse, contient 1 kg de navet salé, une quantité adaptée à une petite famille, et comporte au dos la recette traditionnelle, ne requérant que 20 minutes de préparation, 7 minutes de cuisson, mais 2 h 30 d’attente, le temps de laisser tous les ingrédients confire doucement ! Mais le navet salé se décline à l’envi. Lors du lancement officiel de la campagne, mardi 10 janvier à Bindernheim au sein de l’EARL Roland Jaeg (lire en encadré), Olivier Paclet, expert culinaire à Sodexo, en a fait la démonstration avec un velouté de navet et son écume de lard virtuel, des samoussas de navet salé, du navet salé façon spaghetti carbonara, une tourte au navet salé végétale, des navets salés façon céleri rémoulade… Cette année, Sodexo s’engage à servir des navets salés dans ses restaurants alsaciens. Une demi-tonne en a été précommandée, et n’attend plus qu’à être accommodée afin de donner envie aux consommateurs d’en acheter eux-mêmes. Autre outil de communication : l’image de Delphine Wespiser, utilisée tant sur les réseaux sociaux, que sur les affiches ou au moyen de spots radio.

 

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