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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Tour de plaine

Les semoirs sont dégainés

Cultures

Publié le 06/04/2017

Après un hiver plutôt rigoureux, les cultures se portent plutôt bien. En blé « il n’y a pas eu de pertes, certains blés ont mis du temps à lever, mais finalement les densités sont bonnes, voire élevées. Il faudra alors être vigilant au risque de verse », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les blés atteignent pour la plupart le stade épi 1 cm, sauf les semis les plus tardifs. « On se situe de fin tallage à plus de 1 cm, soit dans les clous pour la saison. »

Le premier apport d’azote a été effectué il y a un mois et, les besoins allant croissants à partir de la montaison, il serait temps d’effecteur le second apport, généralement le plus important. De nombreux agriculteurs l’ont d’ailleurs déjà effectué la semaine dernière, espérant un peu d’eau durant le week-end pour valoriser l’apport, sauf qu’il n’y en a quasiment pas eu. « Il faut 10 mm d’eau pour bien valoriser un apport d’azote », rappelle Laurent Fritzinger. Donc, si le stade optimal est atteint, les conditions ne sont pas réunies pour bien valoriser les apports : « Les températures clémentes et le vent ont asséché le sol en surface, il faudrait plus d’eau pour amener l’engrais jusqu’aux racines ». L’idéal serait donc d’effectuer cet apport, avant une pluie annoncée.

Il est également temps de procéder au désherbage : « La portance est bonne et, plus on attend plus on aura de mal à toucher les adventices qui seront de plus en plus développées ». Puis, il sera temps de procéder aux applications de régulateurs de croissance sur les parcelles à risque, c’est-à-dire avec une densité élevée, une variété sensible… Pour l’instant, les pucerons se font discrets : « Je n’ai rien vu, rien entendu », constate Laurent Fritzinger. Mais, comme les dégâts provoqués par la Jaunisse nanisante de l’orge (JNO), maladie virale transmise par les pucerons, ne sont visibles qu’à partir du moment où la montaison est bien engagée, il n’est pas dit que des contaminations se révèlent dans les jours à venir. Reste que le niveau de risque est plutôt faible.

Maïs : c’est parti pour les semis

Alors que les semis de betteraves s’achèvent, « les plus courageux ont commencé à semer les maïs à la fin de la semaine dernière », indique Laurent Fritzinger. Pourquoi pas ? Puisque, hormis dans les sols lourds, les conditions peuvent être réunies : portance, sols suffisamment ressuyés et réchauffés… « Semer tôt, cela se justifie surtout si on a des variétés tardives », rappelle Laurent Fritzinger. Histoire de sécuriser la fin de cycle. Donc, si les conditions anticycloniques se maintiennent, la cadence devrait s’accélérer dans les prochains jours. Premier constat, positif : grâce au gel hivernal, les conditions de préparation du sol sont bonnes. Pourvu que ça dure !

Colza : la floraison écarte le risque méligèthes

Les colzas se sont « bien retapés » depuis l’hiver. Les premières fleurs sont désormais ouvertes sur les colzas les plus précoces, ce qui éloigne le risque de constater des dégâts liés aux méligèthes. En effet, Laurent Fritzinger rappelle que l’insecte ne cause de dégâts qu’en perçant le bouton floral pour atteindre le pollen qui se trouve à l’intérieur. Une fois que le bouton est ouvert, les méligèthes ont libre accès au pollen. Et comme en plus ils sont attirés par la couleur jaune, ils délaissent les boutons floraux au profit des fleurs, participant alors à leur pollinisation. En outre le conseiller rappelle qu’au stade E (boutons séparés), un colza vigoureux supporte la présence de six à sept méligèthes. Et, de toute façon, la floraison va très vite s’installer.

Prairies : il ne manque qu’un peu d’eau

Malgré un mois de janvier froid, les températures plus clémentes en février et en mars ont permis un redémarrage assez précoce des prairies. Contrairement au blé, les apports d’azote qui ont été effectués au bon moment (lorsque la somme des températures atteint 200 °C depuis le 1er janvier) ont pu être valorisés puisqu’ils ont été suivis de précipitations. « Cependant, les apports d’azote n’ont pas encore été effectués sur toutes les prairies, et risquent alors de manquer d’efficacité », constate Laurent Fritzinger. Déjà, la portance permet de mettre des animaux à la pâture. Pour les premières fauches, il faudra attendre encore un peu : « Certains ray-grass dérobés après céréales pourront être fauchés dans une quinzaine de jours pour bénéficier de bonnes valeurs alimentaires. Sur les prairies naturelles, un peu d’eau ferait vraiment du bien. Sur des sols bien réchauffés comme on a, cela ferait exploser la végétation », projette Laurent Fritzinger.

Gaspillage de foncier agricole, inepties administratives…

Les agriculteurs d’Alsace Bossue veulent bosser

Vie professionnelle

Publié le 30/03/2017

C’est un tract fort écologique. Une demi-feuille de papier A4, imprimée en noir et blanc. Le message essentiel y est : « Liaison A4/Lorentzen, les agriculteurs floués. De nombreuses exploitations menacées. 35 ha d’emprise directe. 400 ha de compensation. Agriculteur = acteur de la biodiversité. » Ce tract, une soixantaine d’agriculteurs d’Alsace Bossue l’ont distribué, samedi 25 mars, au début et à la fin de ce projet de route, à Sarre-Union et à Lorentzen, provoquant de légers ralentissements, dans une ambiance calme.

Du provisoire qui dure

Ce projet est dans les cartons depuis trente ans, constate, amère, Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace et agricultrice bio en Alsace Bossue. Il a déjà provoqué l’ire des agriculteurs, notamment lorsque 400 ha ont été mis sous cloche dans le cadre d’un arrêté préfectoral de protection du biotope (APPB). « On nous avait présenté les règles inscrites dans cet APPB - qui ne prévoit aucune compensation financière - comme transitoires », rappelle-t-elle. Sauf qu’une fois de plus, les règles du jeu semblent avoir été modifiées en cours de la partie. En effet, l’APPB devait s’appliquer le temps des travaux et du remembrement, rappelle la FDSEA. Désormais, le remembrement est achevé, les agriculteurs ont pris possession de leur nouveau parcellaire en automne, mais sont toujours bloqués dans leurs travaux à cause de l’APPB. « À ce jour, nous n’avons toujours pas de confirmation que cette route va se faire, alors pourquoi continuer à appliquer cet arrêté ? Nous ne pouvons plus attendre, nous devons pouvoir travailler », s’insurge Véronique Klein. Patrick Dietrich, président de la FDSEA du canton d’Alsace Bossue, renchérit : « Nous sommes spoliés de notre droit de propriété. Nous payons des impôts fonciers pour des parcelles que nous ne pouvons pas cultiver. En tant que propriétaires, nous avons des droits et des devoirs. Ces mesures sont inacceptables. Nous devons pouvoir faire notre travail ! »

Remembrement vs APPB

Ces derniers temp, le dossier a pris une tournure encore plus ubuesque. En effet, le jeu de chaises musicales lié au remembrement a fait que certains agriculteurs ont perdu des parcelles et en ont récupéré d’autres. L’objectif d’un remembrement étant de répartir le préjudice subi entre les agriculteurs. Sauf qu’à la fin de cet exercice, certains agriculteurs ont perdu des terres labourables et récupéré des prairies permanentes. Pour conserver leur surface arable et garantir l’autonomie de leur exploitation, ces agriculteurs se trouvent dans l’obligation de retourner des prairies, mais l’APPB le leur interdit. C’est dans ce contexte de deux réglementations contradictoires - l’APPB et celle qui encadre les remembrements - qu’un agriculteur a labouré une prairie permanente dont il avait récemment hérité, s’attirant les foudres de l’association Alsace Nature… et la perspective d’une amende salée. « Quand il y a un remembrement, nous devons pouvoir procéder aux travaux que cela implique. C’est du bon sens de pouvoir remettre les parcelles en état pour qu’elles soient cultivables », s’agace Patrick Dietrich. Il rappelle que lors des remembrements, tout est fait pour que l’équilibre soit maintenu entre les prairies et les terres labourables : « Le pourcentage de prairies sera le même. Et si certaines haies sont détruites pour permettre d’exploiter des parcelles dont le remembrement a modifié la configuration, d’autres seront replantées », précise-t-il aussi. C’est pour expliquer tous ces points qu’après la séance de tractage, les agriculteurs sont remontés dans leur tracteur, direction Mackwiller, lieu du délit précédemment évoqué. Laissant leurs tracteurs au bord de la route, c’est en bétaillère qu’ils ont rejoint la prairie incriminée, histoire de ne pas trop matraquer les sols. Et ils ont fini le travail - leur travail - en finissant de préparer le sol, en semant de l’herbe, et en plantant une haie.

Les « bons élèves » sont punis

Mais ce n’est pas tout ! Toujours dans le cadre du remembrement, certains agriculteurs ont perdu des parcelles pour lesquelles ils avaient contracté des MAEC SHP, récupérant d’autres parcelles pour lesquelles aucune MAEC n’avait été contractée. Surprise : les agriculteurs concernés ont reçu un courrier de l’administration leur demandant de rembourser le montant des MAEC perçues en 2015 et 2016, sous prétexte que ces parcelles ne sont plus à eux. Sauf que durant cette période, les agriculteurs ont tenu leurs engagements et devraient donc être rétribués pour cela. « En plus, ces aides, ils ne les avaient de toute manière pas encore perçues », précise Véronique Klein.

Même situation pour certains agriculteurs qui ont entamé une démarche de conversion à l’agriculture biologique durant cette période. Ils ont perdu des parcelles qu’ils avaient passées en bio, et on leur demande de rembourser les aides à la conversion perçues pour ces parcelles. De plus, ils ont récupéré des parcelles jusqu’alors conduites en agriculture conventionnelle, dont la production ne pourra donc pas servir à alimenter un troupeau bio. Une dizaine de producteurs seraient concernés pour les aides bios, un peu moins pour les MAEC SHP, mais pour des montants significatifs : 11 200 € pour un cas, 32 000 € pour un autre (lire en encadré). Autant de répercussions qui alourdissent l’impact économique de l’ouvrage pour les agriculteurs. Plusieurs élus concernés par le projet étaient présents, portant leur écharpe en signe de soutien à la cause des agriculteurs. Patrick Dietrich les a remerciés : « Votre présence nous touche car elle montre que nous sommes dans le vrai. »

Après cette action de communication auprès du grand public et de sensibilisation des pouvoirs publics, les représentants du monde agricole vont reprendre leur bâton de pèlerin : « Nous travaillons pour réduire le périmètre d’application de l’APPB de 400 à 40 ha, mais cela n’a pas encore abouti », indique Véronique Klein. Les agriculteurs, eux, préviennent : s’ils sont obligés de revenir, ils seront moins sympathiques.

Retrouvez cette manifestation en images :

 

Sur son stand et au concours

La vosgienne bien représentée

Élevage

Publié le 14/03/2017

Membre du Collectif des races locales de Massif (Coram), qui a pour but de promouvoir les races locales de montagne, l’Organisme de sélection de la race vosgienne (OS) tenait salon avec ses homologues des races tarentaise, salers, gasconne et autres aubrac. Avec une nouveauté cette année : tous les organismes fédérés au sein du Coram avaient harmonisé leurs stands, conçus en bois du sol aux toitures pour un effet village de chalets garanti. Outre par des représentantes de la race, la vosgienne était représentée par les produits élaborés avec son lait : munster, Cœur de massif, et par des produits dérivés à son effigie (stylos, t-shirt).

Une robustesse salvatrice

Et, chaque jour, les vosgiennes et leurs éleveurs se déplaçaient en procession jusqu’au ring de présentation où les caractéristiques de la race étaient rappelées au public : une race à petit effectif, qui a été sauvée de l’extinction grâce à un plan de sauvegarde et à ses qualités, comme sa robustesse, qui ont conquis un certain nombre d’éleveurs. Ces derniers ne sont pas à court d’initiatives pour promouvoir leur race. La dernière en date, c’est le Cœur de massif, un fromage exclusivement élaboré avec du lait de vosgienne. Aujourd’hui, les éleveurs de vosgiennes empruntent la voie de la génomique. Une évolution encore difficilement envisageable il y a quelques années.

Une race polyvalente

Les quatre animaux présentés lundi 27 février étaient représentatifs des capacités d’adaptation de la vosgienne. Marjorie Juncker, du Val d’Ajol (88), présentait Illusion, une vache dont le lait alimente une laiterie. Mathieu Burger, éleveur à Soultzeren (68), fait partie des éleveurs qui perpétuent la pratique de la transhumance. Louis Ancel, éleveur à Orbey (68), participait au salon pour la première fois (lire en encadré). Il fait partie des éleveurs qui transforment eux-mêmes une part de leur lait en fromages. Florent Campello, éleveur à Mittlach (68) et président de l’OS vosgienne, élève une centaine d’animaux dont 45 vaches laitières dont le lait est transformé en munster, tommes et Cœur de massif. « La vosgienne est une race qui s’en sort malgré les difficultés grâce à la passion des éleveurs. C’est pour moi une fierté d’être ici avec eux », déclare-t-il.

Salon international de l’agriculture. Concours prim’holstein

Entre espoir et déception

Élevage

Publié le 10/03/2017

Le concours prim’holstein était le temps fort de la journée du 27 février, sur le grand ring du Salon international de l’agriculture. Une vingtaine d’animaux étaient présents pour défendre les couleurs du Grand Est dans cette confrontation très relevée, suivie par un public nombreux.

Salaire fictif pour travail réel

« Les éleveurs qui vont participer à ces deux concours, rouge et noir, sont des producteurs de lait. L’année dernière déjà nous avions crié notre colère face au prix du lait. Aujourd’hui, l’incompréhension s’ajoute à la colère, car alors qu’il y a une pénurie de poudre de lait et de beurre, le prix payé aux producteurs n’évolue pas. Quelle injustice ! », a déclaré Bruno Bechet, président de Prim’Holstein France, avant de lancer l’estocade : « Aujourd’hui, ces éleveurs touchent un salaire fictif pour un travail bien réel ! », récoltant les applaudissements du public. Il a ensuite présenté le juge de ce concours, Anthony Le Trionnaire, fils d’éleveur prim’holstein, morbihanais de 38 ans, et juge depuis 20 ans, rôle qu’il a endossé dans de nombreux pays. Et, avant de laisser ce dernier officier, il a fait un peu de pédagogie auprès du grand public : « Surtout ne croyez pas que les vaches que vous allez voir sont maigres. Simplement elles transforment l’essentiel de leur alimentation en lait, mais les éleveurs en prennent le plus grand soin ! »

Harmonieuse Hanadel

Le concours rouge comprenait une vingtaine d’animaux, classés en deux sections, les femelles en 1re et en 2e lactation, et les femelles en 3e lactation et plus. C’est dans cette section que concourait l’unique participante alsacienne, Hanadel Red, du Gaec Dintinger de Weislingen. Et c’est également cette section qui a servi de support à la finale de concours du meilleur jeune pointeur prim’holstein. Anthony Le Trionnaire a décrit une très belle section, très plaisante à juger, avec des vaches ayant encore de très bons planchers de mamelles et des mamelles très fonctionnelles malgré plusieurs lactations. Il désigne Hanadel Red deuxième de la section : « C’est une vache très harmonieuse, très bien équilibrée, avec une belle ossature. » Ce qui fait la différence avec Fifi, du Gaec Auguste (28), qui remporte la première place de la section, c’est l’attache arrière plus haute de cette dernière.

Découvrez la participation du Gaec Dintinger au concours en images :

Goldblack du Tombuy, une vache en or

La délégation du Grand Est nourrissait quelques espoirs de décrocher une haute récompense, en particulier avec la vache meusienne Goldblack du Tombuy (Lauthority). Cette vache, copropriété du Gaec du Tombuy à Gimécourt et du Gaec derrière la Tour à Mogeville, affiche en effet un palmarès exceptionnel. À Paris, elle a déjà été récompensée à chacune de ses trois précédentes participations, sans parvenir à décrocher le titre de grande championne. Elle a été championne espoir en 2014 et championne jeune en 2015, terminant par deux fois sur la deuxième marche pour le titre de grande championne (en 2015 et 2016). Les espoirs se confirmaient lors du jugement de la section des vaches en 4e lactation, qu’elle remportait brillamment, ainsi que le titre de meilleure mamelle, grâce à « son développement et son caractère laitier, et la solidité de sa mamelle », a décrit Anthony Le Trionnaire.

« Quel spectacle ! »

Alors que les deux premières de chaque section de vaches adultes se retrouvaient confrontées pour décrocher le titre de meilleure mamelle et de championne adulte. La vache meusienne figurait encore parmi les cinq meilleures. « Quel spectacle ! », lançait alors le juge, devant la grande qualité de ces animaux.

Mais le verdict final a plongé le camp meusien dans la déception : la championne des vaches adultes, Du Louvion Harlinda, venue du Nord, est aussi désignée grande championne. Dans les autres sections du concours « noir », une vache des Ardennes, Hillary, du Gaec Taton à Signy l’Abbaye, s’est classée troisième de sa section de vaches en 3e lactation.

Concours général agricole des eaux-de-vie et des bières

De l’exceptionnel et des défauts

Vigne

Publié le 04/03/2017

Sur ces 33 tables, 6 étaient concernées par les productions alsaciennes. « L’Alsace partage avec quelques autres régions la particularité de présélectionner les produits qui vont la représenter au Concours général agricole », rappelle Sylvain Bresson, commissaire adjoint au Concours général agricole (CGA) depuis deux ans. Les échantillons présentés sur les tables, entre cinq et neuf par catégories, doivent donc représenter le fleuron de la production régionale, et sont censés séduire le jury. Celui-ci est idéalement composé de deux consommateurs avertis, parfois formés à la dégustation par les soins des organisateurs du concours, de deux représentants de la filière (technicien, commercial) et d’un producteur, à condition, bien évidemment, qu’il n’ait pas à juger ses propres produits.

Chacun est équipé d’une fiche de notation, comportant les caractéristiques essentielles du produit (couleur, limpidité, impression olfactive, première impression gustative et impression gustative de longueur), à noter d’insuffisant à excellent. La notation comprend une note d’impression générale et un commentaire. « La dégustation passe aussi par une phase de partage des impressions collectives. Chaque table désigne un modérateur qui doit veiller à ce que chaque membre du jury exprime ses impressions. Puis les jurés font la synthèse de ces notes et de leurs impressions respectives pour attribuer des médailles, ou pas », détaille Sylvain Bresson. En effet, il est loin d’être obligatoire d’attribuer des médailles. Au contraire, selon la taille de leur échantillon, les jurés sont limités dans le nombre de médailles qu’ils peuvent décerner.

Des quetsches exceptionnelles

Après une bonne heure de dégustations et de discussions, les jurés rendent leur copie. À l’une des tables dédiées aux eaux-de-vie de quetsche et de mirabelle, Manou Massenez, PDG de la distillerie Massenez, débriefe : « En quetsche nous avons dégusté quatre échantillons, et nous avons eu des choses vraiment exceptionnelles, d’un très bon niveau, bien balancées, avec de la finesse. Nous avons attribué une médaille d’or et une médaille d’argent. Parmi les quatre échantillons d’eaux-de-vie de mirabelle que nous avons dégustés nous avons par contre eu des choses beaucoup plus passe-partout, moyennes, et même un défaut. Du coup nous n’avons accordé qu’une médaille. »

Des framboises décevantes

Dans la catégorie des eaux-de-vie de framboise, le jury a dégusté neuf échantillons : « Rien d’extraordinaire, voire des distillations mal maîtrisées. Il n’y avait que trois produits satisfaisants sur les neuf. Aussi nous n’avons attribué qu’une médaille, d’or, à un produit qui sortait vraiment du lot, une eau-de-vie fruitée et ronde, avec la typicité de la framboise et un bel équilibre. Le reste ne méritait pas de médaille », juge Patrick Revet, journaliste au Chasseur français, et qui officie au CGA depuis une vingtaine d’années. Il précise : « Ces eaux-de-vie ne viennent pas forcément de l’est de la France. » Et donc elles peuvent ne pas être passées par une phase de présélection…

Trois médailles pour les whiskies Hepp d’Uberach

À la table des whiskies alsaciens, « nous avons beaucoup parlementé », rapporte Christian Pinatel, amateur de whiskies et d’huile d’olive (il est directeur technique du Centre technique de l’olivier et oléologue). « Sur six échantillons, trois étaient vraiment très bons. Nous avons donc attribué deux médailles d’or, et nous aimerions encore en attribuer une, on verra ce que nous disent les organisateurs… » La divulgation du palmarès révèle que ces trois whiskies ont été distillés par la distillerie artisanale Hepp à Uberach.

Le jury consacré aux marcs d’Alsace gewurztraminer AOC s’est attaché à juger neuf échantillons, « globalement très bons, avec deux ou trois éléments un peu moins aromatiques, mais pas de défaut », analyse Pierre-Nicolas Mersiol, distillateur en Alsace. Si bien que trois médailles ont été attribuées dans cette catégorie, une en or, et deux en argent.

Au même moment, quelques rangées de table plus loin, avait lieu la dégustation des bières, par catégorie : brune, blonde, blanche, fermentation haute, basse, aromatisées… Au total, 393 échantillons répartis en 53 tables pour 280 jurés. La brasserie artisanale Matten, la brasserie Meteor, la brasserie Blessing et la brasserie de Saint-Louis ont récolté quelques médailles (lire le palmarès).

Salon international de l’agriculture. Inauguration du stand de la région Grand Est

Une région agricole d’excellence et qui doit le rester

Vie professionnelle

Publié le 03/03/2017

« Grand Est, Terre d’innovation ». Tel est le thème que la région Grand Est et la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage) ont choisi de développer sur leur stand, situé dans le hall 3 du Salon international de l’agriculture. « Ce salon, c’est l’occasion de valoriser toutes les productions agricoles de la région », souligne Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Pour ce faire, le stand réunit plus de 80 producteurs, répartis sur 44 stands, occupant 600 m2. À cela s’ajoute le stand prestige (125 m2), comprenant un accueil touristique commun à l’Agence d’attractivité d’Alsace, au Comité régional du tourisme de Champagne-Ardenne et au Comité régional du tourisme de Lorraine, ainsi qu’un espace de dégustations culinaires animé par des producteurs, des lycées hôteliers et des chefs réputés. Et trois restaurants servant des spécialités régionales. En tout, 1 155 m2 pour représenter les 3 Mha de SAU d’une région grande comme un État. Un sacré défi donc, porté par la profession agricole, et pour lequel la Région a apporté un appui financier, avec un budget de 400 000 €, et organisationnel, précise Philippe Richert, président de la Région Grand Est.

Un acteur économique qui pèse

Chaque jour, l’espace de dégustations culinaires met à l’honneur les produits sous signes officiels de qualité, les produits des exposants, les accords mets et vins, ainsi que les produits sucrés, en partenariat avec le Centre d’études et de documentation du sucre (Cedus). Une manière de mettre en avant le poids de l’économie sucrière dans le Grand Est, où les betteraves couvrent 91 200 ha (24 % de la surface betteravière française), sont plantées par 5 350 planteurs (20 % de l’effectif national) et transformées par cinq sucreries qui produisent 1,3 Mt de sucre, soit le quart de la production française.

Outre ce stand, l’agriculture régionale était représentée au Sia via les concours généraux agricoles des animaux et des produits (lire en encadré) ce qui, pour Philippe Richert, démontre la dynamique de la région : « Le Grand Est est une région agricole d’excellence. Le poids économique de l’agriculture y est important. Et, derrière cela, il y a des hommes et des femmes qui luttent pour l’excellence des produits. »

Une politique agricole régionale en quatre axes

Pour accompagner ces efforts, la Région déploie une série de mesures visant à atteindre plusieurs objectifs que Philippe Mangin, vice-président du Conseil régional, détaille : « Depuis 14 mois que nous sommes élus, nous nous efforçons de tracer les grandes lignes de ce que sera l’agriculture régionale de demain. Nous ne voulons pas d’actions de saupoudrage qui satisferaient le plus grand nombre mais ne donneraient pas d’orientations claires pour une agriculture d’avenir. » L’action du Conseil régional en matière agricole s’organise donc autour de quatre axes. La compétitivité d’abord. Il s’agit là de moderniser tous les maillons de la chaîne alimentaire en soutenant les investissements dans les exploitations agricoles et dans les autres maillons. Dans cet axe, le Conseil régional soutient plus particulièrement l’élevage : 11 M€ ont été attribués aux investissements dans les élevages en 2016. « Le budget primitif était de 5 M€ », rappelle Pascale Gaillot, responsable de la Commission agricole, pour appuyer l’effort consenti par la Région. Le deuxième axe de travail concerne les marchés, et plus particulièrement les mesures qui doivent permettre d’améliorer les performances à l’export de la région, ou, au moins, de faire en sorte qu’elles ne se dégradent pas. Et de favoriser les marchés de proximité, les circuits courts, la création de valeur ajoutée par la montée en gamme et les signes de qualité. Le troisième axe de travail concerne l’innovation : « Dans les cinq prochaines années, l’agriculture va vivre une nouvelle révolution liée à l’arrivée des nouvelles technologies, de la robotique dans les exploitations agricoles. Ces avancées vont nous permettre de gagner la bataille du bien-être animal et de l’écologie car elles vont nous permettre d’être plus précis », estime Philippe Mangin. Encore faut-il que les générations d’agriculteurs se renouvellent. C’est l’objet du quatrième axe de travail que se fixe la Région : l’installation. « Nous devons continuer à soutenir les jeunes qui veulent s’installer en agriculture en étant plus ouverts à la diversité des jeunes candidats et à leurs projets. » En effet, de nouveaux modèles d’installation émergent, exigeant de « sortir des sentiers battus » pour être accompagnés. Pour avancer dans la bonne direction sur tous les axes de travail, Philippe Mangin revendique « un principe de coconstruction » avec les acteurs de la profession.

Gérer la crise : dans l’urgence et sur la durée

2016, année de gestation de ce premier stand régional commun au Sia, a été « une année exceptionnelle de désarroi et de détresse pour les agriculteurs », rappelle Jean-Luc Pelletier, qui salue d’autant plus la présence des exposants et, notamment des éleveurs, pour qui venir au salon avec des animaux « représente plusieurs mois de travail et une contrainte supplémentaire ». « Dès le mois d’août, la Région a compris l’ampleur de la situation et a réagi en annonçant des moyens et en déléguant la mission d’accompagnement des agriculteurs aux Chambres d’agriculture qui ont créé les cellules Réagir », rappelle-t-il. Désormais, ces cellules sont opérationnelles, l’enjeu est « de toucher un maximum d’agriculteurs, afin d’éviter le pire », indique le président de la Crage, tout en regrettant qu’il y ait encore des agriculteurs en situation difficile qui ne se fassent pas connaître.

Une crise économique et identitaire

Pour Philippe Mangin, la crise qui frappe actuellement le monde agricole, « sans précédent par son ampleur », est tant économique qu’identitaire : « Les agriculteurs souffrent d’un manque de lisibilité ». La Région s’est rapidement mobilisée pour accompagner les agriculteurs vers une sortie de crise durable. Après la création d’un fond d’urgence de 5 M€, il s’agit désormais de suivre l’évolution de la situation, en collaboration avec les cellules Réagir et de « faire perdurer cette action afin d’aider les filières à se structurer. Nous tiendrons nos engagements car ces difficultés exigent des moyens pour que l’agriculture régionale continue à se développer et à rayonner », affirme Philippe Richert. Mais Philippe Mangin prévient : « La Région ne pourra pas tout toute seule ». Et de dénoncer l’immobilisme de l’État, en particulier du ministre de l'Agriculture. Philippe Mangin dénonce pêle-mêle le manque de crédits pour l’agriculture biologique, d’avancées sur le rééquilibrage des rapports entre l’amont et l’aval des filières… Des difficultés confirmées par Philippe Richert : « Les fonds européens tels que le Feader, le Leader présentent des retards chroniques qui impactent lourdement la gestion des territoires ruraux. » Néanmoins, pour Philippe Richert, la forte progression de l’agriculture biologique sur le territoire en 2015 et en 2016 démontre la capacité de l’agriculture régionale à relever des défis.

Relever le défi de l’innovation

Stéphane Fratacci, préfet de la région Grand Est, a assuré que les services de l’État sont mobilisés face aux difficultés de l’agriculture et le seront encore. Faisant référence au thème choisi pour cette édition du salon, « Grand Est, Terre d’innovation », il a dit sa conviction que l’agriculture régionale saura relever le défi de l’innovation grâce à la mise en œuvre de pratiques agricoles innovantes, à ses fermes de références, à ses stations d’expérimentation qui créent une « dynamique féconde ». Prochaine étape : « Développer de nouvelles façons d’apprendre et d’enseigner ». Pour que les innovations se muent en traditions.

Filière ovine

Une charte pour encourager les installations

Élevage

Publié le 24/02/2017

« Pour être éleveur ovin, il faut être passionné », déclare Théo Heim, éleveur ovin à Mietesheim. Mais la passion ne suffit pas toujours. « En agriculture, tous les coups de pouce qui peuvent aider des projets à se concrétiser sont les bienvenus », affirme Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est tout l’objet de la charte qui a été signée mardi dernier, sur l’exploitation de Théo Heim, dont le parcours (lire en encadré) reflète la vocation et la ténacité dont il faut faire preuve pour s’installer en agriculture lorsque l’on part de pas grand-chose.

Freiner l’érosion du cheptel

Avec la baisse de la consommation de viande ovine, c’est ce problème de renouvellement des générations et d’installation de jeunes éleveurs qui explique que, depuis 2000, le cheptel ovin s’est érodé de 16 % en Alsace et de 18 % dans le Grand Est, ce qui est moins que dans le reste de l’hexagone. Freiner cette érosion en Alsace « a été un travail de longue haleine », souligne Stéphane Huchot, président de l’association Agneau Terroir d’Alsace, créée à cette fin (lire en encadré).

Cinq parties prenantes

Cette charte a pour vocation de poursuivre ce travail en facilitant le processus d’installation ou de création d’un atelier ovin complémentaire sur une exploitation existante. « En proposant quelque chose de stable et de viable aux candidats à l’élevage ovin, elle répond à la demande des éleveurs », indique Hervé Wendling, président du syndicat ovin du Bas-Rhin. Pour ce faire, les cinq parties prenantes ont chacune leur mission. La promotion du métier au syndicat ovin ; la promotion du produit ainsi que l’assurance de débouchés et de prix stables à l’association Agneau Terroir d’Alsace ; l’appui technique des éleveurs ovins dans leur projet d’installation et de développement à la Chambre d'agriculture d’Alsace ; l’accès au foncier à la Safer ; et l’appui financier aux actions du syndicat ovin, aux créations d’ateliers de diversification et à l’installation de jeunes agriculteurs au Crédit Mutuel. Hervé Wendling, président du syndicat ovin du Bas-Rhin, détaille le contenu de cette charte :

Une dynamique à faire perdurer

« La production ovine témoigne que le succès d’une filière repose sur les hommes. C’est pourquoi le Crédit Mutuel, persuadé que ce sont les hommes qui animent les territoires, suit vos initiatives avec bienveillance », affirme Laurent Klein, président de la commission agricole du Crédit Mutuel. Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, fait part de sa volonté de « faire perdurer le dynamisme de la filière ovine, qui présente de nombreux atouts, dont celui de s’adapter à de nombreux territoires ». Pour ce faire, outre la charte, il évoque d’autres leviers : de nouveaux processus d’installation, plus progressifs ; et des partenariats au niveau de la région Grand Est pour étoffer la place de l’élevage dans l’économie locale. « Le foncier est devenu une denrée rare et chère en Alsace, donc un sujet délicat », note quant à lui Marc Moser, président de la Safer Alsace. D’autant que l’environnement, par le truchement des compensations environnementales, vient renforcer ce phénomène en devenant « un acteur majeur de la consommation de foncier ». D’où la nécessité de le gérer efficacement. Avec cette charte, Théo Heim, dont l’exploitation n’atteint pas encore l’autosuffisance alimentaire par manque de surface agricole, sera prioritaire si l’opportunité de récupérer du foncier d’une autre exploitation ovine se présente.

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Amazone

Toujours plus de finesse de pulvérisation

Technique

Publié le 23/02/2017

Il y a des innovations qui peuvent être à la fois bonnes pour l’écologie et pour le portefeuille. C’est le cas des solutions AmaSwitch et AmaSelect conçues par Amazone. En effet, si elles représentent un investissement de départ, elles permettent à long terme de réduire les quantités de produits phytosanitaires apportés puisqu’elles évitent les chevauchements et les surdosages. Ces deux solutions étaient présentées jeudi 2 février à la concession Heitz située à Schaeffersheim.

Coupure buse par buse

AmaSwitch, c’est une solution de coupure de la pulvérisation buse par buse guidée par GPS grâce au signal Egnos (pour European geostationary navigation overlay service), gratuit et utilisable par tous. « Avant, avec la coupure de tronçon, on ne pouvait couper que six-huit buses à la fois, donc il y avait encore du chevauchement. Grâce à ce système de coupure buse par buse guidé par GPS, les buses se ferment au fur et à mesure et on est donc beaucoup plus précis et plus fin », explique Bernard Heitz. Cette solution est proposée en option sur les pulvérisateurs qui se situent dans le haut de la gamme Amazone.

La bonne buse

AmaSelect, va encore plus loin puisqu’en plus de permettre la coupure de pulvérisation buse par buse, elle comprend également un système de changement de buse automatisé géré électroniquement depuis la cabine, ou manuellement. « Ce système permet de passer d’une buse à une autre, par exemple parce que la vitesse d’avancement du pulvérisateur a augmenté et qu’on est arrivé aux limites du premier type de buse en termes de débit. » En outre, avec cette solution, il est possible, en option, d’opter pour un montage des buses avec un espacement de 25 cm au lieu de 50.

Et, déjà, Amazone teste d’autres innovations en matière de pulvérisation. La prochaine solution, d’ores et déjà baptisée AmaSpot, consiste en « l’équipement des rampes par des détecteurs d’adventices qui vont permettre de ne déclencher l’ouverture des buses qu’en présence de mauvaise herbe », indique Cédric Meintzer, inspecteur commercial Amazone pour l’Est de la France.

 

Caisse d’assurance-accidents agricoles (CAAA) du Bas-Rhin

La sécurité fait partie du job

Pratique

Publié le 20/02/2017

« Nous avons constaté en 2015 et 2016 une recrudescence des accidents liés aux machines en marche. Ce risque concerne tant les salariés que les non-salariés et ces accidents sont souvent assez graves puisqu’en 2016 sept d’entre eux ont engendré l’amputation d’un membre ou encore d’un ou plusieurs doigts. Ces drames sont évitables », introduit Denis Ramspacher, président de la CAAA du Bas-Rhin depuis novembre dernier. « La machine est au cœur de notre métier. Elle est une alliée, elle peut aussi se transformer en ennemi. Un moment d’inattention, une petite négligence et le drame se produit, laissant parfois des séquelles pour la vie », poursuit Thomas Blum, président de la commission de prévention.

Aussi, pour enrayer cette série, les Caisses du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont engagé une série d’actions. Et cette réunion constitue une étape supplémentaire dans ce travail de sensibilisation. Car « une meilleure connaissance des risques permet de les réduire », note Thomas Blum. Sensibiliser les lycéens, lire plus efficacement le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), effectuer les chantiers à plusieurs, bien les préparer et les coordonner, arrêter les machines avant toute intervention sont, pêle-mêle, quelques-unes des actions qui permettraient de réduire les risques d’accidents liés aux machines en mouvement. D’autres pistes ont été évoquées par les différents intervenants invités à cette réunion (à lire en encadrés).

Montant forfaitaire des aides réévalué

Ces quatre dernières années, la Caisse a attribué plus de 400 000 € d’aides financières sur des actions précises ou des contrats de prévention. Bonne nouvelle, le montant forfaitaire de ces aides a été réévalué. Et un nouvel outil est désormais éligible à ces aides, à hauteur de 40 % de l’investissement : le lève-tête pour bovin. En 2017, la CAAA mettra l’accent sur certains outils, parmi les plus efficaces, comme les manchons de protection pour les prises de force, les gants pour l’utilisation de sécateur électrique, les filtres à air pour les cabines de tracteur, qui doivent être renouvelés tous les ans pour être efficaces.

47 interventions dans l’enseignement agricole

En plus d’allouer des aides à l’investissement dans du matériel de sécurité, la CAAA mène aussi des actions de prévention sur le terrain. Sébastien Rohmer, conseiller en prévention, revient sur les actions menées en 2016 : session de formation au bûcheronnage, stands au salon Agriculture de demain, lors des confrontations européennes holstein et lors du concours départemental de labour. « À cette occasion nous avions aussi effectué une évaluation des risques sur l’exploitation qui accueillait la manifestation. Et nous avons disposé des panneaux en divers endroits, afin de pointer les risques, détailler ce qui a été fait pour améliorer la situation, et ce qui pourrait encore être fait. » Les conseillers en prévention sont aussi intervenus dans les établissements scolaires, au gré de 47 interventions auprès d’un maximum de filières et sur des thématiques différentes. « Les élèves de bac pro sont amenés à visiter une exploitation agricole et à en réaliser le DUERP, sur lequel ils sont notés. L’objectif est de les aider à faire le leur plus tard, sur leur propre exploitation. »

Un CHSCT pour les TPE et PME

La CAAA a aussi participé aux réunions trimestrielles des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) des entreprises agricoles de plus de 50 salariés. En outre, la CAAA est membre de la Commission paritaire d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CPHSCT), une nouvelle instance qui agit en faveur des TPE et des PME des secteurs de la production agricole qui n’ont ni délégués du personnel ni CHSCT. Composés de membres salariés, employeurs et consultatifs, elle se réunit une fois par trimestre pour promouvoir la sécurité, améliorer les conditions d’hygiène et de sécurité dans ces entreprises. « En 2016, la thématique abordée au sein de la CPHSCT était les troubles musculosquelettiques (TMS) », précise Sébastien Rohmer. Les actions de prévention de la maladie de Lyme ont été reconduites, avec l’installation de quatre panneaux et l’organisation de trois conférences-débats. La mise en œuvre des Certiphyto se termine : « Pas moins de 12 000 personnes ont été formées en 3 ans. » Et le site internet de la CAAA (www.3caaa.fr) s’étoffe : « Vous y trouverez des documents gratuits d’aide à la rédaction des DUERP, des vidéos, une cartographie des points de rencontre avec les secours en forêt, c’est-à-dire des endroits précis où il faut se rendre en cas d’accidents… »

Six thèmes majeurs

La CAAA est, avec la MSA, partie prenante du Plan santé sécurité au travail (PSST) 2016-2020 dont Denis Litt, conseiller en prévention, rappelle les six thèmes.

  • les TMS : l’objectif de la CAAA est de toucher un maximum de personnes et de les sensibiliser à ce risque professionnel

  • le risque psychosocial (RPS) : deux actions sont en cours avec la MSA, visant à inciter les agriculteurs à parler de leur travail et de son incidence sur leur vie
  • le risque chimique : la CAAA va utiliser le logiciel Seirich, un outil d’évaluation du risque chimique en ligne
  • le risque animal, avec deux principaux thèmes : la contention des bovins et les comportements avec les chevaux.
  • la lutte contre la désinsertion professionnelle : suite à un accident, la reprise d’activité est parfois difficile. Il faut en être physiquement et psychologiquement capable, parfois il faut adapter le matériel, les installations, ce qui peut s’avérer coûteux.
  • le risque machine : après de nombreuses déclarations d’accident en 2016, la tendance se poursuit en 2017.

Comptoir agricole

Une formation pour devenir expert du houblon

Cultures

Publié le 10/02/2017

Du houblon en Bretagne. Une utopie, une hérésie ? Ou une réalité, dans un avenir plus ou moins proche ? Au regard de la composition de la première promotion issue de la formation houblon expert, la dernière proposition semble la bonne. Peu d’Alsaciens, puisqu’ils n’étaient que six sur tout le contingent, mais faisant preuve d’un bel optimisme et d’une certaine confiance en l’avenir. Le reste de la promotion était constitué de personnes aux origines très diverses. Des Mosellans, un Poitevin, des Bretons, un Nantais, un Alpin, un Francilien, deux Flamands, mais aussi des Belges… Et porteurs de projets aussi divers que des agriculteurs brasseurs, bien installés ou en cours d’installation, qui souhaitent asseoir leur production de houblon, voire la développer, des maraîchers qui envisagent de produire du houblon bio, pourquoi pas associé à des moutons, un futur conseiller agricole spécialisé en houblon, un porteur de projet d’une brasserie associative, un malteur de métier qui souhaite tester la culture du houblon sur l’exploitation familiale, un paysagiste qui envisage de produire du houblon bio pour les microbrasseurs de sa région, deux jeunes qui se sont déjà fixé un objectif bien précis : produire 10 hectares de houblon bio à l’horizon 2020…

De cet inventaire il est possible d’extraire plusieurs tendances : l’engouement pour les microbrasseries ne se dément pas et continue à dynamiser la demande pour des houblons aromatiques, originaux et, de plus en plus, bios. Un intérêt des agriculteurs pour les cultures de diversification, qui peuvent leur permettre d’accroître leur résistance face aux aléas. Et il apparaît que les néoaspirants à la production de houblon sont plutôt jeunes, déjà bien informés sur le sujet, plein d’idées et qu’ils ont une vision moins traditionnelle de la culture du houblon que celle qui est bien ancrée dans les mœurs alsaciennes. Tout en restant néanmoins preneurs du savoir-faire ancestral des houblonniers alsaciens !

Une formation pour une nouvelle ère

Pour transmettre ce savoir-faire, le Comptoir agricole a élaboré une formation dispensée sur deux jours, au fil d’un programme complet : organisation de la filière houblon et marché international, aspects agronomiques de la culture de houblon, économie et gestion des charges en production, process et qualité, gestion des ressources humaines. Pour faire ingurgiter ce programme en deux jours sans dégoûter à jamais les participants du houblon, des sorties sur le terrain étaient également au programme : découverte d’une houblonnière, en l’occurrence adossée à une microbrasserie, celle de Sébastien Holtzmann à Wingersheim, et visite du centre de réception des houblons du Comptoir agricole à Brumath. En guise d’entrée en matière, les attentes des participants à la formation ont été recueillies, et quelques-unes s’avèrent révélatrices d’un changement d’ère pour le houblon : Y a-t-il une altitude limite pour cultiver le houblon ? Quelles sont les techniques de conduite du houblon en bio ? La première transformation est-elle envisageable à petite échelle ?

Des parts de marché à conserver et développer

Antoine Wuchner, responsable commercial pour la filière houblon au Comptoir agricole, a accueilli les participants à cette formation : « La France produit actuellement 440 ha de houblon, dont 95 % en Alsace, et nous sommes persuadés qu’il y a encore de la place sur le marché mondial pour nos variétés alsaciennes ». Et ces dernières peuvent être produites en Alsace, certes, mais aussi dans le reste du monde. Le Comptoir agricole a en effet su adapter son offre de houblon à l’essor des microbrasseries en élaborant une gamme de variétés aromatiques. Et, alors que les prémices d’une réduction de ce marché se font sentir, la coopérative compte bien asseoir la réputation de qualité et de savoir-faire qu’elle a acquise auprès des brasseurs, en France et à l’étranger.

« En Belgique, aux États-Unis, au Canada et au Japon, nous travaillons avec des distributeurs partenaires. Ailleurs nous passons par des négociants. Nos principaux pays cibles pour développer nos ventes de houblon sont l’Allemagne, le Japon, des pays qui ont une tradition brassicole, où le houblon est apprécié et qui pratiquent la contractualisation. En effet, aujourd’hui notre production est commercialisée sous contrat à 85 % et nous avons pour objectif de maintenir, prolonger et développer ces contrats car ils procurent une meilleure visibilité sur les volumes et les prix, tant pour les producteurs que pour les brasseurs. »

55 400 ha dans le monde, 440 ha en France

Actuellement située à 1,933 million d’hectolitres (Mhl), la production mondiale de bière est en baisse pour la troisième année consécutive. Les besoins en alpha suivent la même tendance. La production de houblon, elle, devrait enregistrer une forte hausse en 2016, passant de 51 512 ha en 2015 à quelque 55 400 ha en 2016. L’étude de l’évolution de sa progression depuis 2004 révèle que « le houblon est une culture cyclique, avec des niveaux de production à la hausse puis à la baisse… Et sur lesquels le ralentissement du marché des microbrasseries aura sans doute un impact. » Reste que ces dernières années, les États-Unis ont fortement augmenté leur production, qui atteint désormais 18 478 ha. Ce leader est suivi de près par l’Allemagne (18 478 ha), qui produit surtout des houblons amérisants. La France et ses 440 ha fait donc office de Lilliputien.

Une production structurée

Ce qui ne l’empêche pas d’être bien structurée, au niveau de deux organisations économiques (le Comptoir agricole en Alsace et la Coophounord dans les Flandres), d’une interprofession (l’association générale des producteurs de houblon de France - AGPH), d’instituts techniques et de partenaires techniques, notamment l’Association pour la coopération technique agricole (Acta), des pouvoirs publics et les partenaires institutionnels, notamment FranceAgriMer, et d’instances internationales. À l’heure actuelle, l’adhésion à l’AGPH se fait automatiquement en adhérant à l’une des deux coopératives. Mais l’interprofession pourrait à l’avenir faire évoluer ses statuts pour permettre l’adhésion en direct des producteurs. Au sein de l’Acta, afin de favoriser la mobilisation des ressources génétiques, une banque variétale regroupant différentes collections issues de la population strisselspalt, ainsi que d’autres variétés, étrangères ou anciennes, ont été créées en plusieurs endroits à titre d’observation, des travaux sont également menés sur la maîtrise des bioagresseurs, sachant qu’en tant que culture mineure, le houblon peine à attirer l’attention des firmes phytosanitaires et dispose donc de peu de solutions chimiques.

Enfin des travaux sont menés sur la fertilisation azotée, l’amélioration des équipements de récolte et de séchage afin de limiter les charges et d’obtenir des houblons de qualité, de déterminer la date optimale de récolte… FranceAgriMer a pour mission la mise en œuvre de la certification de la production française de houblon. Une certification obligatoire en cas de vente de houblon, afin de garantir à l’acheteur que le houblon respecte un certain nombre de critères de qualité (pourcentage de déchet, humidité, pureté variétale, taux de graines). La DDT quant à elle s’occupe notamment du versement d’une aide Pac couplée à la surface de production de houblon. En 2015, l’enveloppe de 300 000 € était attribuée au prorata des hectares produits. L’aide devrait être reconduite jusqu’en 2020.

Une plante volubile et dioïque

Dans un autre module de la formation, consacré aux aspects agronomiques de la culture de houblon, Michèle Dauger et Bernadette Laugel, qui travaillent sur les aspects techniques et agronomiques de la culture du houblon au Comptoir agricole, ont commencé par présenter les caractéristiques de la plante, « volubile », c’est-à-dire qu’elle tourne autour d’un support grâce à ses lianes munies de crochet, et « dioïque », c’est-à-dire qu’elle présente des plantes mâles et des plantes femelles bien distinctes. Seules les fleurs femelles se transforment en cônes et les cônes grainés, donc fécondés par des plants mâles, ne sont pas marchands. Le houblon est principalement cultivé pour son cône, riche en lupuline, utilisée en brasserie et en herboristerie.

Mais la plante a d’autres ressources : les jeunes pousses, ou jets de houblon, peuvent être consommées en légumes, les lianes peuvent servir en vannerie, le reste en fourrage, à condition d’en extraire au préalable les éventuels débris métalliques. La lupuline se compose d’huiles essentielles et de résines dont les acides alpha, qui confèrent de l’amertume à la bière, des acides bêta, qui sont utilisés dans la lutte contre le varroa dans les ruches bios et du xanthohumol, aux propriétés anticancéreuses. Le houblon est une plante pérenne qui stocke des éléments nutritifs (mais parfois aussi des maladies) dans une souche souterraine permanente. C’est de cette souche que les bourgeons dormants, formés en fin d’été, se développeront en liane au printemps suivant. La multiplication du houblon se fait généralement par bouturage. Les boutures, les boutures racinées ou les plants horticoles doivent être implantés dans des parcelles où ils seront à l’abri à la fois des excès d’eau qui les font pourrir, des chaleurs excessives en été, qui font chuter la teneur en alpha, et du vent qui risque de décrocher les lianes. En Alsace la densité de plantation va de 2 500 à 3 500 pieds par hectare selon la vigueur des variétés. « La densité doit permettre à la lumière de pénétrer pour favoriser la floraison et la conaison », indique Michèle Dauger. En effet, le développement des inflorescences requiert 16 à 18 heures de lumière par jour, et a donc lieu courant juillet - août.

Soigner l’installation

L’installation des plants la première année sera le gage de réussite de la culture les années suivantes. Elle doit donc être soignée afin de garantir la régularité, la vigueur des plants, l’absence de manquants… « Il est particulièrement important d’avoir des lignes bien droites », prévient Michèle Dauger. Une fois que la houblonnière entre en production, plusieurs opérations culturales se succèdent. Le déchaussage consiste à enlever de la terre de part et d’autre de la ligne de plantation. Réalisé en automne et en hiver il permet notamment au gel d’agir sur l’oïdium. Au printemps, la taille consiste à enlever la base des lianes de l’année précédente. S’ensuivent la mise en place des fils tuteurs et l’ébroussage, qui permet d’enlever mécaniquement une grande partie des lianes superflues pour préparer la mise au fil car « sur quelque 100 lianes émises par souche, seules trois ou quatre seront mises au fil ». Une fois mises au fil, ces lianes doivent régulièrement être raccrochées jusqu’à ce qu’elles atteignent le haut de l’échafaudage. Le buttage, souvent réalisé en deux fois, consiste à apporter de la terre meuble sur les souches afin de favoriser le développement des racines estivales. Le défanage consiste à nettoyer la base des lianes afin de faciliter la récolte. Celle-ci a lieu avant la maturité du houblon, alors qu’il est encore vert, mais qu’il contient un maximum d’acide alpha et d’arôme.

La plante entière est exportée du champ à l’aide d’une remorque arracheuse, puis les cônes sont séparés du reste de la plante, séchés et conditionnés. « Le séchage doit être rapide pour ne pas que le houblon parte en fermentation. Il se fait à 60 °C pendant 4 à 6 h, le temps que le houblon qui arrive à 80 % d’humidité atteigne 8 à 9 % d’humidité. Puis le houblon est laissé deux jours en tas, pour reprendre en humidité et garantir un séchage plus homogène, le rachis séchant plus lentement que les folioles. Le houblon doit atteindre 11 % d’humidité pour être commercialisé. C’est donc en général le débit au séchage qui régule le débit de la cueillette », indique Michèle Dauger.

 

Culture mineure

Pour finir ce module, Bernadette Laugel a présenté les diverses maladies et ravageurs du houblon (mildiou, oïdium, charançon, acarien, puceron, altise, virus). Le houblon étant une culture mineure (moins de 20 000 ha et production annuelle inférieure à 400 000 t), la profession a la possibilité de demander des extensions pour usage mineur de produits phytopharmaceutiques. Reste que la gamme de solutions chimiques autorisées est réduite. Dès lors, la meilleure des protections reste le respect des mesures prophylactiques (nettoyage des houblonnières, fertilisation raisonnée, et en particulier pas avec des résidus de houblonnières) et la lutte raisonnée grâce à l’observation, la protection des auxiliaires…

Preuve de l’avenir des variétés alsaciennes : certains participants ont profité de leur séjour dans le berceau du houblon pour acquérir auprès du Comptoir agricole quelques kg du précieux or vert, qu’ils s’empresseront d’ajouter à leurs brassins !

Les vidéos