Auteur
Image

Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Produits phytosanitaires

Un coût plus élevé qu’il n’y paraît

Cultures

Publié le 23/05/2017

Généticiens des populations, Denis Bourguet et Thomas Guillemaud travaillent sur l’évolution de la résistance aux insecticides des insectes ravageurs des cultures, un des travers du recours excessif aux produits phytosanitaires, parmi d’autres qui ont incité les pouvoirs publics à encourager une réduction de leur utilisation, notamment avec le plan Écophyto. « Nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment eu d’études globales sur les externalités liées à l’utilisation des pesticides. Et nous avons voulu défricher le terrain », expliquent-ils. C’est ainsi que, fin 2013, ils entament un travail de bibliographie, dont ils ont présenté les résultats au lycée agricole d’Obernai, lors d’une conférence qui se tenait dans le cadre de la Semaine des alternatives aux pesticides.

De nombreuses externalités

Le recours aux pesticides s’est envolé suite à la révolution agricole, qui a entraîné une hausse des rendements. De 1960 à 1990, les ventes ont été multipliées par 20 ou 30. Désormais, 2 à 3 millions de tonnes (Mt) de produits phytosanitaires sont vendues chaque année de par le monde, représentant un marché de 40 milliards de dollars (Md$). Les premières études réalisées sur l’impact économique des pesticides aux États-Unis se concluent en faveur de ces derniers : 1 $ investi dans les produits phytosanitaires rapportant 4 $.

« Mais ces études ne prennent en compte que le coût d'achat des pesticides, de leur épandage et le gain économique du rendement procuré. Elles ne prennent pas en compte les externalités liées à l’usage des pesticides, c’est-à-dire le coût payé par la société. » C’est ce qu’ont essayé de faire Denis Bourguet et Thomas Guillemaud, en distinguant quatre catégories d’externalité, soit les coûts liés à l’encadrement de leur usage, à leur impact sur l’environnement, aux stratégies d’évitement mises en place par les agriculteurs et les consommateurs, et à leur impact sur la santé humaine.

Coût de la réglementation et de la dépollution

Dans les coûts liés à l’encadrement de l’usage des produits phytosanitaires, les deux chercheurs ont notamment inclus le coût du contrôle de la qualité de l’eau et de sa dépollution. « C’est le plus gros poste de cette catégorie. En France en 2011, on estime que la dépollution de l’eau a coûté de 640 millions à 1 milliard d’euros, soit une dépense considérable, payée par tous les contribuables. » Dans cette catégorie figurent aussi les actions gouvernementales qui visent à faire respecter la loi, ou encore le coût lié au fonctionnement d’agences gouvernementales qui travaillent sur cette problématique : « Par exemple, à l’Inra, il y a des chercheurs qui étudient les impacts des pesticides, comment les réduire… » Des chercheurs dont le travail mérite salaire ...

Coût de l’impact sur l’environnement

Le coût lié à l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement est assez difficile à chiffrer : « Ils se retrouvent dans l’eau, la terre, l’air, ils affectent les animaux, les plantes, les micro-organismes, qu’ils fragilisent, voire détruisent. » Cet impact est désormais admis par tous. Quant à le chiffrer économiquement, c’est une autre histoire. D’autant qu’il faut y adjoindre le coût indirect d’une moindre pollinisation des cultures par les insectes pollinisateurs lorsque leurs populations sont affectées par des produits phytosanitaires. Les deux chercheurs estiment cette externalité à plusieurs milliards de dollars.

Coût des stratégies d’évitement

La catégorie qui regroupe les stratégies d’évitement est assez vaste. Elle inclut l’achat d’EPI par les agriculteurs, la consommation d’eau en bouteilles plutôt que celle du robinet, la préférence donnée aux produits bios plutôt qu’à ceux issus de l’agriculture conventionnelle… « Ces comportements d’évitement adoptés par une partie de la population ont un coût pour les consommateurs concernés, et pour la société. Notamment via le retraitement des bouteilles en plastique, dont le coût est estimé à 5 M€/an », détaillent les chercheurs qui poursuivent : « Éviter d’être exposé aux pesticides représente environ 50 % des raisons évoquées par les consommateurs de produits issus de l'agriculture biologique, et l’alimentation bio est en moyenne plus chère de 20 % que la conventionnelle dans le monde. »

Quel coût pour une vie humaine ?

Enfin, les pesticides ont des effets délétères sur la santé humaine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait, il y a 30 ans, qu’il y avait environ un million de cas d’empoisonnement par les produits phytosanitaires dans le monde chaque année. Et que leur usage entraînait à cette époque environ 20 000 décès par an, que ce soit suite à un empoisonnement aigu ou chronique. Les premiers sont désormais plutôt rares dans les pays développés, où des mesures de protection des utilisateurs ont été instaurées. Mais ce n’est pas le cas dans les pays en développement. Quant aux intoxications chroniques, il est avéré qu’une exposition à de faibles doses mais de manière prolongée est corrélée au développement de nombreuses maladies. Le coût du traitement de ces maladies chroniques représenterait d’ailleurs le principal poste des externalités des produits phytosanitaires. Mais les chercheurs se sont heurtés à la difficulté de trouver des chiffres pour estimer le coût de ces maladies pour la société. Et notamment la part des maladies chroniques imputables aux produits phytosanitaires. L’étude épidémiologique Agrican a certes conclu à une moindre prévalence moyenne des cancers dans la population agricole que dans la population française totale (due essentiellement à un mode de vie plus sain). Mais, pour certains types de cancers, la prévalence est plus forte. « Il est très compliqué de déterminer les causes d’un cancer, puisqu’ils sont souvent multifactoriels. » Autre difficulté, et non des moindres, pour chiffrer ce type d’externalité : « Quel est le coût d’une vie humaine… ? »

En conclusion, et après avoir égrainé les externalités induites par l’usage des produits phytosanitaires, Denis Bourguet et Thomas Guillemaud, tiennent à préciser : « Nous ne nions pas que les produits phytosanitaires ont une utilité pour l’agriculture, qu’ils apportent un bénéfice en termes de production agricole, mais si on inclut les externalités dans le calcul du rapport coût/bénéfice, on peut facilement, dans certaines situations, passer d’un pour quatre à environ un pour un. Donc, d’un point de vue économique, le recours aux pesticides n’est pas forcément pertinent. On ne dit donc pas qu’il ne faut plus du tout utiliser de pesticides, mais qu’il est possible d’en faire une utilisation plus raisonnée et plus compatible avec l’environnement, la santé humaine… » Ils pointent aussi du doigt les limites de leurs travaux : « Nos calculs sont grossiers, incomplets. Et puis les matières actives autorisées aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’autrefois, il y a eu des interdictions… » Reste que le résultat de leur enquête est sans équivoque : les coûts des externalités induites par les produits phytosanitaires sont essentiellement dus aux coûts liés aux problèmes de santé humaine, et c'est là que les recherches devraient se concentrer dans le futur.

Filière céréalière rhénane

La navigabilité du Rhin, un enjeu majeur

Cultures

Publié le 17/05/2017

« Le contrôle du niveau d’eau du Rhin va constituer le défi économique majeur de ces vingt prochaines années », avance Christophe Armbruster, vice-président de la Bourse de commerce de Strasbourg. L’amplification du phénomène s’explique essentiellement par une perturbation de l’hydrographie, liée à de faibles niveaux de précipitations, ou encore à la fonte des glaciers qui entraîne une réduction de la réserve en eau qu’ils constituent. Le problème ne se résoudra pas en un coup de cuillère à pot, il s’agit donc de le prendre à bras-le-corps pour trouver une solution dans un laps de temps acceptable pour les entreprises dont l’activité économique dépend du Rhin.

Hausse du coût du transport

« Cet hiver, la période de basses eaux a duré quatre mois, durant lesquels le transport fluvial a été compliqué et coûteux », indique Jean-Laurent Herrmann, président de la Bourse de commerce de Strasbourg et directeur commercial à Strasbourg de Rhenus Transport. Comme les bateaux ne peuvent pas être chargés complètement, sous peine de rester bloqués par le lit du fleuve, les transporteurs doivent affréter davantage de navires, ce qui vient renchérir le coût du transport. « Pour aller d’Alsace à Rotterdam, il faut compter 10 €/t de frais de transport en temps normal, cette année, en période de basses eaux, nous avons atteint un coût de 20, voire 25 €/t », illustrent les représentants de la Bourse de commerce de Strasbourg.

Un surcoût propre à dissuader la clientèle d’acheter des céréales sur le marché du Rhin. Ainsi, certains clients, par exemple hollandais, qui se fournissent traditionnellement sur ce marché, se sont rabattus sur des céréales ukrainiennes, au tarif plus compétitif. « Même les céréales brésiliennes, qui arrivent par paquebots entiers, deviennent plus attractives. Si bien qu’entre octobre et novembre, nous n’avons pas eu d’acheteurs hollandais », constate Jean-Laurent Herrmann. L’Alsace n’est pas la seule région concernée puisque le phénomène s’étend à l’ensemble du haut bassin du Rhin. En outre, toutes les marchandises sont concernées. Et les centrales hydroélectriques peuvent être perturbées, avec des conséquences pour les populations locales, puisque certaines agglomérations, comme Bâle, fonctionnent avec un mix énergétique qui comporte une part non négligeable d’hydroélectricité.

Stocker l’eau, redimensionner la flotte…

Pour faire avancer le dossier, l’association de la Bourse de commerce de Strasbourg s’attache à sensibiliser les élus locaux à la question. L’association œuvre aussi au sein de la Commission centrale du Rhin, d’où émane la substance des textes de loi qui établissent les règles de circulation sur le Rhin. « Tous les pays qui ont accès au Rhin sont représentés dans cette institution à la présidence tournante entre les pays membres », explique Jean-Laurent Herrmann.

Plusieurs solutions sont évoquées : stocker de l’eau, par exemple dans le lac de Constance, et procéder à des lâchers d’eau lorsque c’est nécessaire, construire des barrages, ou encore construire des bateaux moins profonds mais plus larges afin d’augmenter leur capacité de chargement… Des solutions qui ont toutes des répercussions, financières ou environnementales, et entre lesquelles il s’agira d’arbitrer. Une chose est sûre, il faut anticiper, parce que si en Allemagne la majorité des flux de marchandise que perd le transport fluvial va au transport ferroviaire, en France, c’est le transport routier qui s’engorge un peu plus. Au mépris de toutes les études scientifiques qui concluent à l’origine anthropique du changement climatique.

Life Alister

Le hamster aussi doit manger équilibré pour être en bonne santé

Cultures

Publié le 13/05/2017

Dans le cadre de son master en écophysiologie et en éthologie à l’Université de Strasbourg, Mathilde Tissier avait effectué un stage à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) sur l’effet du stress sur la reproduction des oiseaux. Puis, comme 31 autres personnes, elle a postulé pour effectuer sa thèse sur la conservation du grand hamster au CNRS-Université de Strasbourg. Yves Handrich, l’un de ses directeurs de thèse, la décrit : « Il s’agissait d’étudier d’une part l’effet de la fragmentation de son habitat sur le grand hamster. Et d’autre part d’identifier des éléments de paysage, de culture, donc d’alimentation, qui lui sont favorables. Car, en améliorant l’habitat du hamster, on favorise la faune d’Alsace en général. »

Mathilde Tissier a donc notamment cherché à identifier des cultures favorables à la survie de l’espèce, c’est-à-dire qui conduisent à des portées nombreuses, une hibernation de qualité… « Nous avons par exemple testé le soja, pur ou en association avec du blé, ou encore le tournesol… Il s’est avéré que l’association blé-soja est l’une des plus favorables au hamster. Et, de manière générale, les associations blé-légumineuses. L’association maïs-tournesol, très riche en nutriments, apparaît aussi favorable au hamster, aux oiseaux, aux abeilles… » À l’inverse, d’autres associations, comme maïs-soja, se sont révélées moins bénéfiques.

Des carences délétères

Le 21 avril dernier, Mathilde Tissier a soutenu sa thèse et obtenu les félicitations du jury. « La thèse de Mathilde apporte une réelle nouveauté, constate Yves Handrich. Jusqu’ici, on considérait que ce qui était important, c’était la macronutrition, c’est-à-dire la quantité de protéines, de lipides, de glucides, qui comptait. Mais on a découvert avec ces travaux que c’est une vitamine qui est au cœur de l’inadaptation du maïs au grand hamster. » Mathilde Tissier a en effet démontré que la faible teneur en tryptophane dans le maïs induit une déficience de la synthèse de vitamine B3 chez les hamsters dont l’aliment de base est le maïs, ce qui les amène à adopter des comportements déviants, comme l’infanticide, peu propice à la survie de l’espèce.

Francis Humann est agriculteur biologique à Ernolsheim-sur-Bruche, où il produit des volailles et des céréales. Les conclusions de la thèse de Mathilde Tissier apportent de l’eau au moulin de cet adhérent de la Cuma de la Plaine : « En bio, ce n’est pas facile d’apporter l’azote au bon moment. Donc l’idéal serait d’associer une légumineuse aux céréales. » Exactement ce que le hamster préfère ! Francis Humann a donc procédé à des essais. D’abord de sous-semis de trèfle dans le blé, mais qui s’est soldé par un échec, le blé ayant pris le dessus sur le trèfle. Puis de semis de pois dans le blé avec un semoir de semis direct. « L’année dernière ça a très bien fonctionné. J’ai eu de meilleurs poids spécifiques pour les blés associés au pois que pour les blés purs », témoigne-t-il. Cette année, l’essai est reconduit, avec cinq variétés de blé différentes, afin d’évaluer leur comportement avec le pois. Et l’essai prévoit également une association blé-soja, ce dernier étant implanté en sous-semis dans le blé. Si la valorisation de l’association blé-pois ne pose pas de problème dans le cas de Francis Humann qui peut utiliser la récolte comme aliment pour les volailles, il en va autrement de l’association blé-soja puisque les périodes de maturité ne sont pas les mêmes. Francis Humann temporise : « On décidera de la valorisation en fonction de la météo et de la qualité de la récolte ». Au pire il restera toujours l’option de la méthanisation. L’agriculteur préfère voir les bénéfices à long terme de telles associations pour « la biodiversité et la fertilité du sol ». D’ailleurs, le hamster ne se nourrit pas que des cultures semées par les agriculteurs, mais aussi d’insectes, d’invertébrés… Mathilde Tissier dévoile le menu préféré du rongeur : « Limaces, pissenlit et coquelicot ». Le hamster est donc aussi un régulateur potentiel d’espèces nuisibles !

Le gîte et le couvert

Les objectifs de ces associations sont aussi de procurer au hamster un couvert protecteur contre les prédateurs, et de lui laisser la possibilité de s’alimenter le plus longtemps possible. C’est aussi pour cela que le sous-semis de pois est intéressant : il a été effectué le 20 mars, soit lorsque les hamsters achèvent leur hibernation, affamés. « Il lui suffit de sortir de son terrier pour déterrer les graines et les manger. On observe pas mal d’enveloppes de graines de pois autour des terriers », désigne Mathilde Tissier. Et, sur cette parcelle, quand le blé et le pois auront été récoltés, il restera du soja pour préparer l’hiver ! Les acteurs du programme Life Alister n’oublient pas que la rentabilité économique des exploitations agricoles doit être préservée. « Il ne s’agit pas d’implanter ces associations partout, mais çà et là, pourquoi pas en bordure de parcelle… », précise Mathilde Tissier.

Ce que confirme Laurent Fischer, président de l’association Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal) : l’objectif n’est pas de refaire du hamster le nuisible qu’il a été par le passé, mais d’arriver à « une population stable », acceptable par les agriculteurs. Il a par ailleurs souligné leur engagement, et leur capacité à accepter le risque que représentent de tels essais. « Nous avons voulu montrer que nous sommes capables de prendre des mesures pour éviter qu’on nous en impose », souligne Francis Humann. Reste à les vulgariser et à les transposer.

Dégâts de sanglier

Incompréhension et exaspération

Technique

Publié le 07/05/2017

« Nous sommes tous concernés dans le secteur », prévient Éric Schwoob, qui se fait le porte-parole des agriculteurs de Geispolsheim, Blaesheim, Hindisheim, Schaeffersheim, Krautergersheim… Mais lui, ces dégâts occasionnés par les sangliers, il a le nez dessus tous les jours. D’une part parce que, poursuivant l’objectif de produire une viande de qualité, il a fait le choix de laisser une grande place à l’herbe dans ses rations et donc dans son assolement. D’autre part parce que, dans le cadre de son ETA, il est amené à effectuer de nombreux chantiers de fauche, d’ensilage, de fenaison…

Le gîte et le couvert

Les dégâts de sangliers, ce n’est pas une nouveauté dans le secteur : « On en a chaque année, mais entre les chasseurs et les autres acteurs de la gestion de la faune sauvage, tout le monde se renvoie la balle. C’est usant », regrette Éric Schwoob. Résultat, celui-ci ne peut que constater : « Cette année, c’est la catastrophe. » Il y a déjà eu des dégâts à l’automne, qui ont pénalisé la récolte des dernières coupes. Et en sortie d’hiver. Si bien qu'il a fait venir un estimateur qui a évalué l’ampleur des dégâts. Verdict : des dégâts ont été constatés sur 41 ha et 448 ares ont été remis en état. L'an dernier, des dégâts avaiet été constatés sur 56 ha et 288 ares avaient été remis en état, soit une progression de 55 % des dégâts. Et certaines prairies sont retournées à 30, voire 40 %. « Ou il y a une réelle surpopulation, ou la question est trop prise à la légère. Mais il y a un problème, c’est sûr. Et il faut faire quelque chose », constate Éric Schwoob, qui suggère de castrer les mâles, de stériliser les laies, d’effectuer davantage de tirs, ou d’organiser une battue administrative. « De mémoire, il n’y en a jamais eu dans le secteur », réfléchit-il. Il serait peut-être temps, car les sangliers prennent de plus en plus leurs aises : « Le secteur est assez boisé et herbager. Mais les sangliers ne se cantonnent plus aux abords des forêts, et semblent se déplacer facilement de village en village, malgré deux autoroutes ». Pour autant, ce n’est pas un bain de sang qu’il demande, mais « une saine régulation de la population ».

Une perte sèche

Car ces dégâts représentent une perte sèche pour les agriculteurs. Il y a en premier lieu une réduction du volume de fourrage récolté. En, outre, la récolte est compliquée : « Parfois on se trouve dans l’impossibilité de récolter car la terre est si retournée que les faucheuses ne passent pas, même si on a du bon matériel. Au mieux, on abîme le matériel de fenaison pour récolter une herbe souillée de terre qui risque d’engendrer des problèmes de qualité, notamment une hausse de la teneur en butyriques dans le lait. » Puis, il incombe aux agriculteurs de remettre leurs prairies en état. Plus facile à dire qu’à faire ! Cette année, Éric Schwoob a ressemé ses prairies dévastées… un coup d’épée dans l’eau : « Nous n’avons bénéficié d’aucune précipitation significative depuis un mois, donc rien n’a levé. À la place de l’herbe, ce sont les adventices qui vont se développer lorsque les conditions seront à nouveau réunies. » Des frais de semences, de passages, qui sont perdus. Toutes ces répercussions des dégâts de sangliers font dire à Éric Schwoob que « les indemnités que nous percevons ne sont pas à la hauteur du préjudice subi. »

Nungesser Semences

Des semences ? Oui, mais locales !

Technique

Publié le 06/05/2017

Un champ de coquelicots. Qui jouxte un champ de sainfoin. À côté d’un champ de bleuets. Pas loin d’un champ de marguerites… Voilà de quoi laisser les agriculteurs perplexes, eux qui s’attachent le plus souvent à maîtriser le développement des adventices (ce que sont la plupart des plantes sauvages) dans leurs parcelles. Et pourtant, la culture de plantes sauvages existe. Et si ce n’est pas un mythe, c’est bel et bien une niche ! Fabien Binnert, agriculteur à Limersheim, fait partie des cinq agriculteurs multiplicateurs de plantes sauvages qui travaillent sous contrat avec la société Nungesser Semences. Par ailleurs producteur de céréales, de maïs, de colza et de soja sur 90 ha de SAU, Fabien Binnert a commencé à produire des semences locales il y a 5 ans. Depuis, la surface qu’il y consacre a progressivement augmenté pour atteindre 6 ha. « Ce n’est pas évident, rien que pour le semis… », constate-t-il.

Néanmoins, ses surfaces en plantes sauvages pourraient encore augmenter dans les années à venir, tout comme l’effectif des agriculteurs multiplicateurs, portés par l’engouement pour les espèces locales. Un engouement que Bernard Heitz, président de Nungesser Semences, explique en revenant dans le passé : « Il y a quelques années, dans les espaces verts, on plantait du gazon, qu’on entretenait avec de l’irrigation et des traitements chimiques. Mais l’interdiction programmée des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics incite les collectivités, les communes, les administrations à chercher des alternatives. Il y a d’abord eu des mélanges commerciaux de plantes ornementales qui ne se sont pas révélés adaptés à cet usage car ils ne sont pas pérennes, et peu productifs en nectar et en pollen… D’où l’intérêt pour des mélanges d’espèces locales. » De tels mélanges permettent en effet d’éviter d’introduire des espèces exotiques, qui risquent de devenir invasives. Ensuite, la flore sauvage, contrairement à la flore horticole, est riche en pollen, en nectar, et présente donc un réel intérêt pour l’entomofaune. C’est pourquoi, même si ce type de mélanges reste marginal, « on assiste à un retour vers ce type de produits. Dans l’Eurométropole, il ne se sème déjà quasiment plus de gazon », constate Bernard Heitz.

C’est pour légitimer ces productions, promouvoir la filière de production de plantes endémiques, et garantir leur origine locale que le label Végétal local a été créé. Pour y prétendre, non seulement la semence de base doit avoir été récoltée localement, mais elle doit aussi avoir été multipliée localement. Soit dans l’une des 11 régions d’origine, établies sur la base d’une synthèse d’éléments hydrographiques, climatiques, pédologiques… et un travail d’experts. Et puis toutes les espèces du mélange doivent être produites localement. Une contrainte difficile à honorer, mais qui n’empêche pas de grandes entreprises (EDF, GDF, LVMH, Hermès) de faire appel à Nungesser Semences pour élaborer des mélanges destinés à restaurer des sites après travaux. « Pour eux, ce sont des vitrines, même s’ils ne peuvent pas prétendre au label, ils communiquent sur le fait qu’ils utilisent des plantes sauvages », constate Bernard Heitz.

On n’est certes pas très loin du greenwashing, mais pour Bernard Heitz, ce sont des signaux encourageants : « Nous en sommes au début du processus. Mais nous avons la volonté de ramener davantage de flore sauvage et locale sur le marché, donc de développer cette activité sur tout le territoire national ». Si Bernard Heitz estime que « la machine ne reviendra plus en arrière », il constate aussi que « les mentalités évoluent à un rythme de sénateur ». Aussi n’envisage-t-il pas de développer de produits de ce type à destination du grand public, « trop habitué à l’horticole », et qui « manque de patience ».

 

Betteraves à sucre

L’heure est au désherbage

Cultures

Publié le 05/05/2017

Vendredi 28 avril, la sucrerie Cristal Union d’Erstein organisait des réunions de bout de parcelles. Les précipitations bienvenues du 1er mai n’étaient encore qu’annoncées. Aussi Aline Barbière, technicienne au service agro-betteravier, a-t-elle commencé par faire le point sur le manque d’eau : « En moyenne, en un mois, il n’y a eu que 10 mm cumulés. C’est très hétérogène selon les secteurs, parfois il y a eu plus d’eau, mais parfois il n’y a eu que 5 mm ». Pas de quoi faire exploser la végétation. Là-dessus s’est ajouté le gel. Les températures sont descendues jusqu’à -7 °C au plus bas. Certaines betteraves n’y ont pas survécu : « En tout, 80 ha ont été retournés », annonce Aline Barbière. Ça peut sembler beaucoup, mais comparé aux 7 480 ha de betteraves ensemencées en Alsace, cela reste raisonnable. Les experts sont passés constater les dégâts dès le samedi, et les resemis ont eu lieu dans la foulée. « Nous avons vu des cas de betteraves avec les feuilles grillées et le cœur qui repart. Là c’est bon. Mais aussi des cas où les feuilles sont restées vertes mais où le cœur a gelé et noirci. Et là, c’est perdu », rapporte Aline Barbière. Désormais, les dés sont jetés. Mais, les températures restant fraîches, elle conseille de surveiller les bas de parcelle, les cuvettes, les bords de forêt, soit toutes les zones où il peut potentiellement faire plus froid afin de ne pas passer à côté de dégâts localisés.

Gare aux tipules et aux limaces

Hormis ces betteraves grillées qui ont été resemées, les levées sont désormais achevées. Et force est de constater que « les plus belles sont les premières à avoir été semées. Elles ont désormais quatre vraies feuilles. Les betteraves de semis plus tardifs sont moins belles. Elles ont été semées dans le sec, ont souffert du gel, elles patinent ». Côtés ravageurs, les dégâts de taupins, lièvres et autres mulots restent anecdotiques. Même les limaces sont restées jusqu’à présent discrètes. Mais le retour des précipitations doit conduire à la prudence. Aline Barbière s’est plus longuement attardée sur les tipules (aussi appelés cousins), dont les larves se repaissent de la base des tiges de betteraves. « Les adultes pondent dans la matière organique. Les parcelles en TCS, qui reçoivent du fumier sont donc à risque. ».

Maîtriser les liserons

Le vif du sujet de cette réunion, c’était le désherbage. Aline Barbière a d’emblée abordé le sujet d’actualité : les liserons. « Ils sont arrivés tôt et nombreux. Nous sommes inquiets car les récoltes ont été rendues difficiles par endroits l’an passé parce que les traitements sur chaumes n’avaient pas bien fonctionné », indique-t-elle. Or l’histoire semble se répéter cette année. Elle a donc rappelé quelques stratégies qui fonctionnent. Il est indispensable de lutter contre le liseron dans les autres cultures et plus particulièrement dans le maïs, dès les prochaines semaines. Elle a incité les planteurs à faire preuve de vigilance, parce que des parcelles infestées de liseron sont très difficiles à récolter.

S’adapter à la flore

En l’absence de précipitations significatives et afin de préserver l’efficacité des traitements effectués, Aline Barbière a évoqué quelques leviers : augmenter la quantité d’huile dans la bouillie, raccourcir le délai entre deux traitements… « Si vous appliquez la bonne dose dans le bon timing, le résultat sera au rendez-vous », assure-t-elle. Globalement, les deuxièmes passages ont été effectués. La question du jour était donc : quand réaliser le T3 ? Aline Barbière répond : « En fonction de l’état des betteraves. Si elles ont été cognées par le T2, attendez un peu. Et cela dépend aussi de l’état de salissement de la parcelle. Si les adventices reviennent, n’attendez pas trop. Maximum une semaine après le T2. » Et que mettre dans ce fameux T3 ? « Il faut s’adapter à la flore qui reste », répond Aline Barbière. Une chose est sûre : il faut miser sur des racinaires avant une pluie.

Aline Barbière a également évoqué un produit en particulier, le Centium 36 CS. Pourquoi ? Parce que bien utilisé il présente une bonne persistance d’action sur chénopodes et mercuriales et constitue donc un produit intéressant. Mais, mal utilisé, il peut pénaliser les betteraves, notamment en provoquant un blanchissement. Pour éviter ce genre de déconvenues, Aline Barbière conseille donc de réserver Centium 36 CS aux betteraves de plus de six feuilles, au T4, de ne pas dépasser une dose de 0,150 l/ha et de ne pas pratiquer d’autres mélanges que le seul préconisé par la sucrerie, à savoir Fasnet SC 1 l + Centium 36 CS 0,15 l.

Pomiculture

Une nouvelle variété et un GIE dans les tuyaux

Cultures

Publié le 18/04/2017

Sa chair est sucrée et acidulée, sa robe est d’un rouge ardent, son calibre est régulier, sa tolérance à la tavelure est bonne. Mais elle n’a pas encore de nom. Elle, c’est la variété que les pomiculteurs alsaciens ont choisie pour porte-étendard de la production alsacienne. Les objectifs de l’opération sont multiples : offrir des perspectives intéressantes aux jeunes arboriculteurs, répondre à la demande croissante des consommateurs en produits locaux, en profiter pour capter de la valeur ajoutée.

« En Alsace, seuls 20 % des vergers sont irrigués, le niveau de rendement n’est donc pas comparable à celui atteint dans les grands bassins de production de l’ouest de la France. Il fallait donc trouver d’autres leviers », avance Philippe Jacques, conseiller en arboriculture à la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est ainsi qu’est née l’idée d’élargir la gamme avec une variété locale, à forte valeur ajoutée.

Une pomme précieuse

Lorsqu’ils ont commencé à passer en revue les diverses candidates, en 2009, les arboriculteurs alsaciens avaient établi des critères de sélection bien précis : une vigueur plutôt faible (car les sols alsaciens sont poussants), une bonne régularité de production, une coloration facile, une bonne conservation, une époque de récolte intermédiaire (entre jonagored et braeburn, pour ne pas bousculer les travaux), une forte résistance à la tavelure, peu sensible au chancre, au phytophtora, moyennement aux carpocapses, aux pucerons cendrés et lanigères, un bel aspect, sans oublier une saveur, qui rappellerait le sucré acidulé du fruit emblématique alsacien, la quetsche. Et puis il fallait aussi un metteur en marché alsacien.

Tolérante à la tavelure

Pas facile de trouver la perle rare ! Mais les arboriculteurs ont tout de même trouvé une variété qui leur convient : « Il s’agit d’un croisement entre pink lady et topaz », annonce Philippe Jacques. Topaz, une variété que les producteurs bios connaissent bien pour sa tolérance à la tavelure, l’ennemi numéro un des pommiers. Les producteurs estiment qu’ils vont pouvoir diviser par trois le nombre de traitement contre cette maladie, ce qui va considérablement alléger les IFT.

L’heureuse élue a pour autre avantage de correspondre à la demande des consommateurs : « Golden s’est fini, gala est devenue incontournable, et il faut l’avoir toute l’année », décrit Philippe Jacques. Or la variété sélectionnée par les arboriculteurs s’en approche. Elle cumule une bonne conservation, une bonne productivité, une conduite facile des vergers, un calibre très homogène, une période de récolte favorable, c’est une variété peu alternante, facile à éclaircir… Les producteurs concluent : « C’est une très belle et bonne variété qui a sa place en tant que porte-étendard de la pomme dans notre région. »

31 000 €/ha d’implantation

Actuellement, la variété est encore en phase de test au Verexal, afin de déterminer la meilleure densité de plantation, les modes de conduite les plus adaptés… Mais, pour présenter cette variété aux élus, les arboriculteurs les avaient conviés chez Patrick Vogel, arboriculteur à Kriegsheim, qui en a implanté une parcelle de 1 hectare. Soit un investissement de pas moins de 31 000 €, en plants et en structures. Somme à laquelle il faudra ajouter d’autres charges, comme un filet paragrêle. Plantée en novembre 2016, cette parcelle devrait entrer en production en 2019, pour une durée d’environ 15 ans.

Syndicat de la race limousine d’Alsace

Alors que revoilà la FCO…

Élevage

Publié le 18/04/2017

146 €. C’est le bénéfice qui solde les comptes 2016 du syndicat de la race limousine d’Alsace. « C’est un petit budget, mais suffisant pour nous rencontrer de temps en temps », sourit Joseph Steinmetz, président du syndicat, qui ne se lancera pas dans un long discours pour dire à quel point l’année a été mauvaise et les prix toujours aussi bas. Une réalité que les éleveurs ne connaissent que trop bien.

La parole est donc donnée à Céline Chaudron, responsable du service réglementation et qualité à l’Association de production animale de l’Est (Apal), qui regroupe 1 500 éleveurs et 50 commerçants privés en Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine. « Nous proposons la réalisation de plans sanitaires d’élevage, une large gamme de matériels d’élevage et des conseils techniques : nutrition animale, bilan de lot, étude des coûts de production, diagnostic et amélioration des bâtiments… » Depuis peu, l’Apal propose un accompagnement pour l’amélioration de l’autonomie alimentaire, notamment en optimisant l’agrosystème des prairies, mais aussi grâce aux méteils, aux couverts… Le service Clé de sol constitue une aide à la gestion du cahier d’épandage. Mais l’Apal peut faire davantage : calcul du plan de fumure, enregistrement des pratiques phytosanitaires, cartographie des zones épandables, calcul des IFT, accompagnement à la rédaction du DUER… L’autre cœur de métier de l’Apal, c’est de développer différentes filières, avec des cahiers des charges spécifiques, pour répondre aux demandes de l’aval, et de qualifier les exploitations qui approvisionnent ces filières, avec des grilles de prix spécifiques. Exemples (non exhaustifs car la liste est longue) : Bœuf limousin Blason Prestige (label rouge), Bœuf de nos régions, Veau rosé, Hugo Denoyers, Bœuf du Grand Est Alsace (pour des génisses de 340 à 450 kg), Goûter l’Alsace (génisses et vaches de moins de 6 ans de race à viande ou croisées, de 340 à 370 kg pour une plus-value de 13 cts/kg), Cœur de gamme (avec une demande de l’enseigne Lidl pour des génisses limousines).

Les participants sont restés assez circonspects face à la complexité de la gamme, et à son efficacité pour dégager de la plus-value pour les éleveurs : « Pendant 30 ans on nous a demandé de produire des bêtes lourdes et on a sélectionné nos troupeaux en ce sens. Et maintenant on nous demande des carcasses à 400 kg, pour des prix qui ne nous permettent même pas de vivre », constate un éleveur, résumant le sentiment général.

FCO : reprise de l’activité vectorielle

Comme lors des autres assemblées générales de syndicats de race, Céline Zuber, technicienne au GDS Alsace, est intervenue sur l’IBR et la BVD, (lire en page 6 du n° 9 du 3 mars 2017). Mais, à la demande des éleveurs, elle a surtout axé son propos sur la FCO, dont elle a rappelé les signes cliniques : chute de production, atteinte des yeux, nez croûteux, œdèmes… Puis, elle a retracé l’historique de la maladie, apparue en France, d’abord dans le Nord, à l’automne 2006. S’en étaient suivis une campagne de vaccination volontaire, puis deux ans de campagne de vaccination obligatoire. La FCO semblait alors maîtrisée en France, jusqu’à ce que de nouveaux cas soient détectés à l’été 2015 dans le Massif Central.

« Actuellement, environ 110 nouveaux cas par semaine, uniquement du sérotype 8, sont détectés un peu partout en France. L’Alsace est concernée depuis quelques semaines », a indiqué Céline Zuber. Elle a rappelé que les vecteurs de la maladie sont des insectes piqueurs qui subsistent dans les bâtiments en hiver. « On s’attend donc à détecter de nouveaux cas avec la reprise de l’activité vectorielle. »

Anticiper les mouvements d’animaux

Pour l’instant, la maladie tente d’être endiguée par un système de zones : « On distingue la zone réglementée, où la FCO est présente, et la zone indemne. La circulation des animaux peut se faire sans contraintes particulières au sein d’une même zone. Par contre, pour faire passer des animaux de la zone réglementée à la zone indemne, des contraintes sont imposées, comme la vaccination des animaux suffisamment à l’avance pour que l’immunité soit acquise ou la désinsectisation et la réalisation d’une PCR avant le départ », a détaillé Céline Zuber. Des règles qui sont valables pour les mouvements en France comme à l’export. Il s’agit donc « d’anticiper pour ne pas être coincés ». Céline Zuber a rendu les éleveurs attentifs au fait que la vaccination n’est reconnue à l’export que si elle est réalisée et attestée sur le passeport par un vétérinaire. Si le vaccin est gratuit, l’acte est facturé.

En outre, pour lutter contre la FCO, la vaccination est encouragée sur les mâles comme les femelles. Pratiquée en période de reproduction, elle peut provoquer des retours en chaleur. Elle est donc déconseillée à cette période mais, une fois les mères pleines, « il n’y a plus de contre-indication ». La vaccination est possible à partir de deux mois et demi d’âge, une seconde injection doit être réalisée trois semaines après la première. Puis un rappel serait nécessaire tous les ans afin de maintenir l’immunité.

Des conséquences dramatiques

Les éleveurs ont encore en mémoire les conséquences dramatiques que peut avoir la FCO. La fièvre et l’abattement qu’elle provoque sur les animaux pénalisent leurs performances. Si la contamination intervient en cours de gestation, il y a risque d’avortement, de veaux mal formés, « débiles », incapables de se nourrir seuls et qui meurent rapidement. Au vu du rapport bénéfice/risque, Céline Zuber a donc conseillé aux éleveurs de vacciner, d’autant que le vaccin est encore gratuit : « Il faut en profiter, parce que s’il y a des pertes liées à la FCO, elles ne seront pas prises en charge. »

Comment sera gérée la FCO à long terme ? Difficile pour Céline Zuber de se prononcer : « L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estime que l’éradication est possible à condition de mettre en place une campagne de vaccination obligatoire pendant cinq ans et une campagne de surveillance sérologique renforcée. La décision d’éradiquer ou non la maladie devra être prise au niveau européen. Mais, pour l’instant, personne ne se prononce. »

Assemblée générale du syndicat ovin du Bas-Rhin

Dommage que le loup ne soit pas vegan…

Élevage

Publié le 18/04/2017

Le loup est dans la bergerie ! Et le lynx aussi. Le 6 janvier 2017, un promeneur a observé un loup dans les Vosges du Nord. Une observation qui a été expertisée et validée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), chargé du suivi de l’espèce en France. Et un lynx se promène également dans le secteur. Pour ce qui est du loup, « aucun autre indice de présence n’a été relevé ces derniers mois et rien n’atteste actuellement de l’installation de l’espèce dans le département », indique la préfecture.

Mais les éleveurs ovins, particulièrement ceux d'Alsace du Nord, sont inquiets. Et le sujet a été largement évoqué lors de l’assemblée générale du syndicat ovin du Bas-Rhin : « Le risque est réel », a déclaré Hervé Wendling, président du syndicat. Dans le Haut-Rhin, le loup a déjà frappé deux fois, et le lynx une fois. « Nous allons devoir nous équiper de chiens, de filets… Certes des aides existent, mais les paiements devront être plus rapides que ce à quoi l’administration nous a habitués », a-t-il poursuivi. Avant de lâcher que les éleveurs ne sont tout bonnement « pas prêts à accepter la présence du loup », et n’ont qu’un seul regret : « Que le loup ne soit pas vegan. » Patrick Soury, secrétaire général de la FNO, a rejoint Hervé Wendling : « Le loup est incompatible avec l’élevage ovin », a-t-il asséné. En 2016, plus de 10 000 brebis ont succombé à ses attaques en France. Un chiffre « en croissance permanente ».

Filets, chiens, la protection contre le loup s’organise

En cas d’attaque de loup avérée, le Plan d’action national loup 2013-2017 se déploiera en Alsace. « C’est l’ONCFS qui sera en charge de constater les dégâts, qui seront indemnisés selon un barème national en fonction de la valeur des animaux tués », a déclaré Anne Gautier, responsable du pôle agricole à la DDT. D’ores et déjà les autorités ont prévu des mesures, comme la mise à disposition temporaire de filets anti-loups, ou l’acquisition subventionnée de chiens. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a déclaré que le syndicat sera « vigilant » à l’évolution de ce dossier.

Et, si Patrick Soury a « bon espoir de faire évoluer sa qualification d’animal protégé », rappelons que le loup et le lynx sont des espèces protégées en France comme en Europe. En cas d’observation de loup ou d’indices de sa présence, la préfecture invite à contacter l’ONCFS du Bas-Rhin au 03 88 70 48 59 ou à sd67@oncfs.gouv.fr.

MAE : les paiements arrivent

Autre sujet qui a animé les débats de cette assemblée générale, les aides Pac. Et en particulier les retards de paiement : « Le solde des MAE 2015 s’est longtemps fait attendre. Ce sont des mesures volontaires, il est donc inadmissible qu’elles soient les dernières versées », a dénoncé Stéphane Huchot, secrétaire du syndicat ovin du Bas-Rhin. Anne Gautier a fait un point d’étape : « On sort de l’ornière mais il y a encore des étapes à franchir. Les aides découplées du premier pilier sont en grande majorité sur les comptes en banque. Dans le cadre du deuxième pilier, un apport de trésorerie (ATR) pour les MAE et les primes bios de 2015 vient d’être versé. 636 dossiers ont été payés dans le département. »

Une avancée, certes, mais qui risque de laisser un goût amer à certains. En cause : la complexité des MAE. Au niveau national, elles sont légion, et sont toutes différentes. Pour accélérer le paiement, les services de l’État ont passé ce magma à la moulinette, ce qui a conduit à un forfait à l’hectare, de l’ordre de 300 €/ha. « C’est un peu moins que ce que certains attendaient, concède Anne Gautier, mais on a dû procéder ainsi pour accélérer le processus ». En outre « si le montant de l’avance ne dépassait pas 500 €, elle n’a peut-être pas été payée. Il s’agit d’un arbitrage entre le coût du dossier et le montant de l’avance », explique Anne Gautier, qui annonce un paiement du solde des sommes dues pour 2015 cet été, et du paiement du solde des sommes dues pour 2016 en septembre. « Les retards de paiement ne peuvent que se réduire, nous y travaillons », a-t-elle assuré. Heureusement car « ils sont difficiles à accepter sur les exploitations », a regretté Franck Sander.

Déclaration Pac : bon à savoir

Elle a également évoqué la nouvelle campagne de déclaration Pac, qui sera fondée sur des photos satellites datant de 2015. « Nous avons effectué un travail de peignage avec l’IGN pour mettre en évidence les changements. » Si ce que « voit » l’administration avec ce système ne correspond pas à la réalité, les agriculteurs peuvent procéder à des modifications. « Vous devrez alors les justifier, avec la possibilité de joindre des pièces justificatives. » La campagne de déclaration Pac court du 1er avril au 15 mai, mais Anne Gautier a conseillé aux agriculteurs concernés par des MAE et des primes bios d’attendre la mi-avril pour commencer leur déclaration, afin d’être sûr de travailler sur la version actualisée de l’avancement des instructions des dossiers par l’État. Autre conseil : prévoir une petite marge de SIE. Et solliciter l’accueil téléphonique mis en place par la DDT.

FCO : vacciner

L’assemblée générale a également été l’occasion de faire un point sur la FCO. Éric Oesterlé, directeur du Groupement de défense sanitaire Alsace, a incité les éleveurs à vacciner car le risque se rapproche : « Un premier cas ayant été détecté fin février-début mars dans le Haut-Rhin sur un bovin, l’Alsace est désormais en zone réglementée. » En France, il n’y a que le sérotype 8 qui circule. Éric Oesterlé a rappelé les règles de circulation des animaux : « Dans une même zone, il n’y a pas de restriction de mouvements. Mais pour faire sortir des animaux de la zone réglementée, ils doivent être vaccinés. Et, pour l’export, la vaccination doit être effectuée par un vétérinaire car elle doit être certifiée. » L’État prend en charge le coût du vaccin jusqu’à épuisement des stocks (soit quelque 11 millions de doses à ce jour), mais les frais de vaccination sont fixés par les vétérinaires. Les actes de vaccination doivent être inscrits au registre d’élevage.

D’un point de vue pratique, il est conseillé d’attendre que les animaux aient dépassé l’âge de 2 mois et demi pour les vacciner, puis de leur administrer deux doses à trois semaines d’intervalle. « L’immunité est acquise 20 jours après la seconde injection. Il faut ensuite procéder à un rappel annuel pour garantir une immunité totale », a précisé Éric Oesterlé. La vaccination peut avoir des effets indésirables, surtout si elle est pratiquée durant la période de reproduction, ce qui est donc déconseillé. « Les réactions ne sont pas liées à la vaccination seule, mais bien à la vaccination lorsqu’elle est concomitante avec le stade physiologique de la reproduction », a insisté Éric Oesterlé. Soit durant les deux mois de la spermatogénèse chez les mâles, et durant une quinzaine de jours autour de la mise à la lutte des femelles.

Hervé Wendling a également incité les éleveurs à vacciner leurs animaux contre la maladie : « C’est gratuit et c’est mieux que d’être touché par la FCO ». Par ailleurs, comme les éleveurs peuvent vacciner eux-mêmes, il leur est plus facile d’éviter de vacciner pendant les périodes de reproduction, et de procéder « au fil de l’eau ». Il s’agit aussi d’anticiper l’évolution de la maladie : « Si on devait être confronté à un autre sérotype, plus virulent, sans que les vaccins mis gratuitement à disposition par l’État n’aient été utilisés, on aurait du mal à en obtenir d’autres. » Et ses conséquences sur l’ensemble de la filière : « Notre revenu est lié au nombre d’agneaux produits et, dans le cadre de l’association Agneau Terroir d’Alsace, nous devons fournir nos bouchers partenaires. On ne peut donc pas se permettre d’avoir des brebis improductives et de la casse, donc il faut y aller », a souligné Jean-Pierre Saulet-Moes, conseiller ovin à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Jeunes Agriculteurs

La quête de l’origine perdue

Vie professionnelle

Publié le 18/04/2017

Mercredi 12 avril, des consommateurs un peu particuliers ont investi les rayons laitages et charcuteries de plusieurs supermarchés bas-rhinois. Ils prenaient le temps de retourner les paquets de jambon, de yaourts, de décrypter la liste des ingrédients, même ceux qui sont écrits tout petits. En cela, ils dénotaient du reste de la clientèle, pour la plupart des gens pressés, qui font leur choix rapidement, en fonction de leurs priorités : un prix, une marque, un label… Ces consommateurs étaient en fait des agriculteurs venus vérifier l’application d’un décret portant sur l’étiquetage de l’origine des ingrédients dans les produits transformés.

Ce n’était pas un poisson d’avril

Ce décret est né d’un combat porté par la profession agricole et des associations de consommateurs pour garantir une transparence totale tout au long de la chaîne alimentaire. Un combat qui a porté ses fruits puisque le Gouvernement français a notifié un projet de décret en mars dernier à la Commission européenne, qui ne s’est pas opposée à l’expérimentation. Le décret « relatif à l’indication de l’origine du lait ainsi que des viandes utilisés en tant qu’ingrédients » est donc paru le 21 août 2016, et entré en vigueur le 1er janvier 2017 pour une période de deux ans, avec une tolérance pour écouler les produits et étiquettes en stock jusqu’au 31 mars 2017. À partir du 1er avril, chaque transformateur doit donc avoir adapté son étiquetage. Théoriquement. Et c’est ce que les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin sont allés vérifier dans quatre grandes surfaces, répondant ainsi à un mot d’ordre national intitulé Opération « origine connue ».

Les GMS jouent le jeu

Une opération qui se voulait plutôt pédagogique que vindicative. En effet, ce ne sont pas les produits qui ne respectaient pas la réglementation qui ont été stigmatisés, mais les produits en conformité qui ont été valorisés grâce à des stickers jaune fluo portant la mention « Origine France » et « Ce produit soutient l’agriculture française ». Par contre, les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont répertorié tous les contrevenants, et feront remonter leur récolte au niveau national, qui en transférera une liste exhaustive à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Le décret prévoit en effet des sanctions en cas de non-respect de la réglementation. De leur enquête menée dans les rayons de l’enseigne Auchan à Schweighouse, les JA tirent plusieurs conclusions à la louche : l’origine du lait n’est pas mentionnée dans à peu près la moitié de la gamme de produits laitiers. En ce qui concerne les charcuteries, elles sont élaborées pour à peu près un tiers avec de la viande française, pour le reste l’origine est surtout européenne, lorsqu’elle est précisée. « Il ne s’agit pas d’une action contre les GMS », précisent les Jeunes Agriculteurs. D’autant que c’est l’autre enseignement majeur de leur enquête : les marques de distributeurs jouent beaucoup plus le jeu que les marques nationales. Les premières en font même un atout marketing, affichant bien en évidence des drapeaux français, des mentions comme « lait de France »… Les marques nationales, dans leur grande majorité, n’affichent… rien du tout. De là à en déduire qu’elles utilisent des ingrédients étrangers et sont réticentes à l’afficher il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. En tout cas, l’amende prévue par le décret ne semble pas grandement impressionner ces marques, fortes de l’image qualitative qu’elles véhiculent auprès des consommateurs.

À bientôt !

Les JA l’annoncent sur le tract qu’ils distribuaient au cours de l’opération : ils organiseront des contrôles en magasin pour s’assurer de l’application de la réglementation pendant toute la durée de l’expérimentation. Leurs objectifs : que le décret soit pérennisé, et qu’il soit étendu à d’autres produits que le lait et la viande.

Retrouvez cette opération en images :

 

Les vidéos