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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Betteraves sucrières

Néonicotinoïdes ou pas : telle est la question

Cultures

Publié le 23/02/2021

L’utilisation de produits phytosanitaires contenant des néonicotinoïdes (NNI), y compris les semences traitées avec ces produits, est interdite en France depuis le 1er septembre 2018. Une mesure qui fait suite à la loi biodiversité de 2016. Mais, à la faveur d’un hiver 2019 et d’un printemps 2020 particulièrement doux, les pucerons vecteurs du virus de la jaunisse de la betterave ont engendré des pertes de rendement plus ou moins importantes, selon les secteurs, ainsi que des traitements insecticides aériens coûteux, à la fois pour les agriculteurs et pour la biodiversité que la loi devait protéger.

Comme le règlement européen l’autorise, une dérogation limitée jusqu’au 1er juillet 2023 à l’utilisation de semences traitées avec des NNI pour la culture de betteraves sucrières a donc été instaurée par la loi du 14 décembre 2020. Un arrêté émanant des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement est ensuite venu préciser les modalités de mise en œuvre de ces dérogations le 6 février. En effet, recourir à des semences traitées aux NNI s’accompagne d’interdictions de planter des cultures mellifères après les betteraves sucrières, avec pour objectif de protéger les insectes pollinisateurs.

Suspendus à un avis de l’Anses

L’arrêté autorise, pour une durée de 120 jours, la mise sur le marché et l’utilisation de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam. Avoine, blé, choux, cultures fourragères non attractives, cultures légumières non attractives, endive, semences de fétuque, moha, oignon, orge, ray-grass, seigle pourront être semés dès 2022. Mais il faudra attendre 2023 pour implanter du chanvre, du maïs, du pavot ou des pommes de terre, et 2024 pour le colza, les cultures fourragères mellifères, les cultures légumières mellifères, la féverole, le lin fibre, la luzerne, la moutarde tardive, la phacélie, le pois, le radis, le tournesol, le trèfle, ou encore la vesce.

En Alsace, l’interdiction de semer du maïs en 2022 peut poser des problèmes dans certains contextes. L’arrêté prévoit des mesures qui peuvent permettre d’anticiper le retour du maïs ou de colza dans la rotation. Il s’agit de mettre en place des mesures d’atténuation, soit de semer 18 rangs de betteraves sans NNI sur le pourtour de la parcelle et d’implanter dès 2021 une surface en couverts mellifères équivalente à 2 % de la surface de betteraves avec NNI. Les objectifs sont d’éviter que les insectes pollinisateurs n’aillent butiner dans les zones ayant reçu des NNI, à la fois grâce à une barrière de sécurité, et à une diversion par une zone plus attractive. Toutefois, ces mesures doivent être précisées par un nouvel arrêté, qui sera publié après avis de l’Anses.

Jouer la carte de la prudence

La sucrerie d’Erstein a donc envoyé un courrier aux planteurs, les invitant à raisonner leur choix de semences de betteraves en fonction de la culture prévue pour 2022. Pour les parcelles prévues en céréales à paille en 2022, il n’existe pas de contre-indication à l’utilisation de semences de betteraves enrobées aux NNI. Si la parcelle est prévue en maïs en 2022, et qu’il est impossible d’implanter une autre culture en cas d’avis négatif de l’Anses, mieux vaut jouer la carte de la prudence et utiliser des semences de betteraves sans NNI. Enfin, si la parcelle est prévue en maïs en 2022 et qu’il est possible d’adapter l’assolement et d’implanter une céréale en cas d’avis négatif de l’Anses, il est alors possible d’anticiper les mesures d’atténuation, c’est-à-dire de semer des betteraves non NNI sur les 18 rangs de pourtour et des betteraves NNI à l’intérieur de la parcelle, et d’implanter en 2021 des couverts mellifères sur une surface équivalente à 2 % de la surface de betteraves avec NNI.

Enfin, rappelons que durant la campagne 2019-2020, l’Alsace a été relativement épargnée par les attaques de pucerons, comparé à d’autres régions françaises ; que d’autres traitements insecticides contre les pucerons restent autorisés ; que le piégeage permet à la fois de dénombrer les insectes mais aussi d’analyser la composition de la population, toutes les espèces de pucerons ne présentant pas la même capacité de transmission du virus, ce qui permet donc de déclencher les traitements et de les cadencer de manière à préserver la faune auxiliaire, dont il ne faut pas négliger les effets ; et que les récentes températures négatives devraient réguler la population de pucerons.

L’après méteil

Une deuxième culture, mais laquelle ?

Technique

Publié le 27/01/2021

Pour acquérir des références sur l’après récolte des méteils précoces, la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) a conduit un essai portant sur l’implantation de plusieurs cultures après un méteil précoce, durant la deuxième quinzaine de mai. Parmi les cultures testées : du maïs précoce, des sorghos monocoupes, multicoupes et un sorgho grain, qui peut aussi s’ensiler même si ce n’est pas sa vocation première. À Mittelhausen, les rendements sont très faibles. Le maïs, grillé sur pied, ne permet pas de dégager plus de 1 tMS/ha. Les sorghos ont fait mieux, notamment les multicoupes qui ont produit entre 3 et 4 tMS/ha, mais dont certains auraient dû être récoltés un peu plus tôt car ils avaient commencé à émettre des panicules. Bien que les techniciens soient déçus par ce résultat, ils le tempèrent : « La levée a été belle et rapide, mais une fois les plantes installées, elles sont tombées dans la zone de sol épuisée par le méteil, et il n’y a pas eu d’eau pour les aider à aller explorer davantage le sol. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette sécheresse a été exceptionnelle : les maïs classiques situés à proximité de la parcelle d’essai n’ont pas non plus obtenu de bons rendements. Alors qu’ailleurs, des orages bien placés ont permis d’obtenir de meilleurs résultats », analyse Laurent Fritzinger, conseiller fourrages à la CAA. Le même essai mené à Hirschland a débouché sur d’autres résultats, avec une très bonne levée pour les maïs, mais catastrophique pour les sorghos. Envahis par les chénopodes, les maïs ont pu être désherbés mais pas les sorghos en l’absence de solution chimique adéquate. Une fauche de nettoyage a donc été réalisée début juillet, mais elle a autant pénalisé les chénopodes que les sorghos qui n’ont pas été récoltés, alors que les maïs ont produit 6-7 tMS/ha. Ces essais mettent en évidence le rôle prépondérant de la météo quant à la réussite de la seconde culture, ainsi que la nécessité d’affiner la technicité pour limiter les risques.

Méteil immature et culture estivale : une combinaison à travailler

La Chambre d'agriculture a par ailleurs mené un autre essai portant sur la récolte de méteil immature, c’est-à-dire récolté au stade grain laiteux pâteux de la céréale, soit plus tard qu’un méteil précoce, mais toujours avec l’objectif d’implanter une culture estivale à la suite, avec pour objectif de maximiser le rendement en méteil, quitte à perdre de la valeur alimentaire, donc à destiner ce fourrage plutôt à des vaches allaitantes ou des génisses. Cet essai a été mené à Raedersdorf, dans le Jura alsacien, avec sept mélanges différents semés le 12 novembre et récoltés le 30 juin. En moyenne, ces méteils ont permis de produire 9 tMS/ha, allant de 7 à 13 tMS/ha. L’analyse des résultats met en évidence une efficience variable de la fertilisation azotée. Un fil conducteur de l’essai est la part réduite des céréales dans la biomasse finale, sans doute en lien avec une levée difficile, qui a pénalisé le tallage et profité aux protéagineux. La teneur en protéines oscille entre 12 et 16 %, et les UFL entre 0,75 à 0,80 d’UFL, soit des niveaux satisfaisants. Les prix de revient oscillent entre 55 et 87 €/tMS. L’intégration de ce méteil dans une ration permet de réaliser des économies de foin, d’enrubanné et surtout de tourteau de colza, ce qui permet de diminuer le coût de la ration, qui passe de 1,71 €/VA à 1,33 €/VA.

Après la récolte du méteil, diverses cultures ont été testées : un mélange moha et trèfle, du teff-grass, des sorghos fourragers et des maïs précoces. Semés le 13 juillet, leur récolte a été échelonnée en fonction de leur maturité. Les maïs ont permis d’obtenir de 1 à 1,5 tMS/ha, les sorghos autour de 4 tMS/ha et le moha-trèfle et le teff-grass de l’ordre de 3 tMS/ha. Au final, selon les combinaisons de méteil et de post-méteil, le système coûte de 80 à 150 €/t MS, ce qui est proche d’une culture unique. « Pour sécuriser au mieux ces résultats, il s’agira de travailler sur les dates de semis et de récolte, et les modalités de la fertilisation azotée. En effet, de meilleurs résultats sont attendus avec des semis plus précoces, une fertilisation plus adaptée aux besoins, et plus d’eau », conclut Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la CAA.

 

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Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021

 

Méteils

Une piste pour sécuriser le stock fourrager

Technique

Publié le 26/01/2021

Les méteils sont constitués d’un mélange de céréales et de protéagineux et/ou de légumineuses, semés et récoltés simultanément, à des fins d’alimentation du bétail. Depuis plusieurs années, cette pratique tombée en désuétude retrouve sa place dans les assolements. La Chambre d'agriculture Alsace (CAA) mène donc depuis plusieurs années et sur plusieurs sites des essais afin d’acquérir des données techniques. Premier enseignement de ces essais : le choix des espèces implantées doit être réalisé en fonction des objectifs recherchés. « Qu’on cherche une récolte précoce pour faire une deuxième culture, un fourrage qui contient de l’énergie ou surtout des protéines, on ne choisira pas les mêmes espèces », indique Laurent Fritzinger, conseiller fourrages à la CAA. Autre enseignement : ne pas espérer récolter exactement ce qu’on a semé. Car en fonction des conditions climatiques, certaines espèces prendront inévitablement plus ou moins le dessus sur d’autres, et pas toujours les mêmes. « La date de semis est importante : ni trop tôt pour éviter les gels tardifs, ni trop tard pour pouvoir récolter suffisamment tôt et ne pas pénaliser le rendement », poursuit Laurent Fritzinger. Lors du semis, il faut veiller à intervenir sur une surface plane, pour faciliter la récolte et éviter la contamination du méteil par des spores butyriques. Pour cette même raison, les méteils ne doivent pas être fauchés trop bas. Aussi pour faciliter le préfanage, qui est plus long que celui de l’herbe.

Matière sèche ou protéines, il faut choisir

Durant la précédente campagne, la CAA a mené un essai sur huit mélanges de méteils précoces implantés sur trois sites à Hirschland, Mittelhausen et Gommersdorf, avec des semis respectivement au 24 octobre, 30 octobre et 16 octobre. Le premier résultat de cet essai, c’est que les écarts de rendement sont importants, à la fois entre les sites et entre les mélanges. Le meilleur rendement est obtenu avec un mélange de seigle et de pois fourrager, « mais, précise Laurent Fritzinger, le seigle était épié, donc la valeur alimentaire est dégradée. Il aurait gagné à être récolté dix jours plus tôt ». Un mélange de triticale et de pois fourrager s’en sort également bien, et apparaît comme « une bonne option pour se lancer dans les méteils ». Les moins bons rendements sont obtenus par les mélanges riches en protéagineux. Ce qui tend à prouver qu’il est difficile d’obtenir à la fois beaucoup de matière sèche et beaucoup de protéines. L’analyse des teneurs en Matières azotées totales (MAT) des différents mélanges met en évidence des différences - attendues - entre les mélanges, mais aussi entre les sites, qui s’expliquent sans doute en partie par une plus ou moins bonne absorption de l’azote. Comme l’épiaison du seigle le laissait présager, c’est le mélange de seigle et de pois fourrager qui affiche l’Unité fourragère lait (UFL) la plus faible. La plus élevée est obtenue avec un mélange d’avoine et de protéagineux. L’étude de l’intérêt économique des méteils met parfaitement en évidence que plus le méteil est productif, moins le coût de revient est important : il va de 70 €/tMS en moyenne à Mittelhausen, site qui a donné les meilleurs résultats, à 110 €/tMS en moyenne à Hirschland, où les méteils ont souffert de la sécheresse. Pour compléter cette analyse, Laurent Fritzinger a présenté des chiffres issus d’une étude portant sur trois mélanges implantés trois années en différents lieux. Conclusions : le rendement brut est moins élevé avec les mélanges protéiques, par contre on gagne en MAT et en UFL par rapport aux mélanges riches en céréales.

Des coûts de ration équivalents

L’objectif des méteils étant de nourrir le bétail, les études ont été poussées jusqu’à l’impact de l’intégration des méteils dans les rations. Par exemple, l’incorporation de 5 kg de méteil précoce composé de triticale, vesce et trèfle incarnat à 70 €/tMS (contre 80 pour l’ensilage de maïs et 100 pour le foin) permet d’économiser 1,3 kg de correcteur. Mais le méteil étant plus encombrant que le maïs, on perd en ingestion, et il s’avère donc nécessaire de compenser la densité énergétique avec des céréales (4,4 kg au lieu de 0,6 kg). « Au final, les coûts des deux rations sont très proches, à 3,03 €/VL sans méteil contre 3,07 €/VL avec méteil », résume Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la CAA. Pour les taurillons, lorsque 50 % du maïs est remplacé par du méteil précoce dans une ration maïs + pulpe par un méteil (1,5 kg), cela permet d’économiser du tourteau de colza, mais il faut également compléter la ration en y ajoutant des céréales. « Au final, le coût de ration est plus bas avec des méteils, à 1,08 €/JB contre 1,15 €/JB », pointe Philippe Le Stanguennec.

 

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Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021

 

Maïs associé

Céréales et légumineuses au menu

Technique

Publié le 25/01/2021

Bien alimenter les animaux constitue la base d’un élevage performant. Et bien alimenter les sols permet de fournir cette alimentation de qualité. Aussi, de plus en plus de techniques émergent qui visent à laisser les sols couverts le plus souvent possible, si possible avec des espèces différentes, pour combiner leurs effets bénéfiques pour le sol, sa faune et donc son fonctionnement. D’où l’idée de préparer une ration équilibrée au champ, en cultivant conjointement plusieurs espèces, qui représentent autant d’ingrédients différents.

En 2019, un premier suivi avait été effectué à Hoffen, chez Didier Braun, avec du maïs associé à du lablab, une légumineuse tropicale, ressemblant à un haricot grimpant et qui requiert un sol réchauffé pour lever, un peu comme un sorgho. Le maïs devait servir de tuteur au lablab, qui lui devait apporter la teneur en protéines qui fait défaut en maïs. C’est ce qui s’est passé, jusqu’à ce que le lablab prenne le dessus sur le maïs, et qu’un coup de vent fasse plier les cannes de maïs, d'une variété très élancée, et donc verser toute cette biomasse, rendant la récolte du tout extrêmement compliquée.

Des essais plus poussés ont été conduits en 2020 dans le Sundgau, le Piémont et la plaine de l’Ill en situation irriguée. Différentes modalités de semis ont été testées : twin-row (en quinconce, avec les semences en mélange dans la trémie), double semis à lignes rapprochées (avec deux passages guidés au RTK permettant de semer d’abord le maïs puis le lablab juste à côté), et un semis classique en un passage, avec les semences mélangées, à une densité de semis correspondant à celle de l’agriculteur pour le maïs, plus 80 000 grains/ha pour le lablab. Lors de la levée, il y a eu plus de maïs semés que de lablab par rapport aux objectifs, sauf dans la modalité du double semis, ce qui suggère une distribution préférentielle des graines de maïs dans le semoir.

Semer à deux, ça se travaille

La récolte de l’ensemble a été effectuée le 1er septembre 2020, lorsque le premier site avait atteint le stade de maturité du maïs, précise Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture Alsace. Selon les sites et les modalités de semis, les résultats sont très variables puisque, par rapport à un maïs seul, l’association avec du lablab peut aussi bien faire perdre 4 tMS/ha qu’en faire gagner 3. Par contre, l’association engendre toujours un léger gain ou une stabilité en MAT. L’étude économique met en évidence un intérêt économique variable, allant de - 300 à + 500 €/ha : « À rendement identique, il faut parvenir à dégager au minimum 80 kg MAT/ha supplémentaire avec l’association pour compenser les frais de semence et qu’elle soit intéressante économiquement », résume Philippe Le Stanguennec. L’association n’a donc d’intérêt que si le rendement et la MAT augmentent. Autre point d’attention : les chantiers d’ensilage peuvent être ralentis en cas de fort développement du lablab.

Cet essai a donc permis de mettre en évidence la nécessité d’affiner les modes et les densités de semis, d’adapter la précocité du maïs afin de permettre un développement maximum du lablab. Enfin, depuis 2020 un inoculum est agréé en Allemagne. S’il était également homologué en France, il pourrait permettre un meilleur démarrage du lablab, son autonomie azotée et une réduction de la fertilisation azotée du maïs. Donc, peut-être, de passer de la concurrence à la symbiose entre les deux espèces. Autre piste : identifier une espèce de légumineuse dont l’inoculant serait naturellement présent dans les sols locaux.

Vers un mélange équilibré du champ à l’auge

Ajouter des protéines au menu, c’est bien. Mais pourquoi ne pas aller plus loin, et envisager des fibres, des glucides plus variés, voire d’autres types de nutriments encore grâce à un mélange d’espèces plus complexe. C’est ainsi que, dans le Sundgau, un mélange composé de maïs, de sorgho, de lablab, de cowpea, de vesce et de tournesol a été semé au combiné, le 19 mai, après deux coupes de dérobé. Par rapport à un maïs seul, les résultats font apparaître une perte de rendement de 1,6 tMS/ha, un gain de MAT de 382 kg, pas d’effet sur les sucres solubles, ni la cellulose, ni l’encombrement, ni les UFL, mais une digestibilité supérieure. Économiquement, le surcoût en semences et la perte de rendement sont contrebalancés par le gain en protéines, pour un bénéfice final de 285 €/ha et une diminution du coût de la ration.

De cet essai ressort l’intérêt de mieux adapter la précocité du maïs pour permettre le développement des espèces tardives, et identifier des espèces plus adaptées à ce genre de pratique. En effet, le cowpea s’est avéré peu intéressant, la vesce a constitué un frein à l’ensilage, le tournesol n’a pas eu l’effet escompté sur la teneur en cellulose… « Par contre, associer un sorgho sucrier type BMR pourrait s’avérer intéressant », estime Philippe Le Stanguennec.

Un autre suivi portant sur un mélange de maïs, de tournesol et de lablab a lui été semé le 26 mai. Impacté par le manque de précipitations, il a néanmoins permis de dégager 10 tMS/ha, avec de bonnes valeurs alimentaires, notamment 9,8 % MAT. Mais comme il a été réalisé sans témoin, il est impossible de juger de sa pertinence par rapport à un maïs seul. Un essai à réitérer donc, avec un témoin, et si possible, de meilleures conditions climatiques !

 

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Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021

 

Silphie

« Ne pas vendre du rêve »

Cultures

Publié le 23/11/2020

Comme le chanvre en son temps, la silphie est la nouvelle culture dans le vent. Elle affiche des atouts qui font rêver : elle n’exige a priori aucun traitement phytosanitaire et une fertilisation raisonnable, tout juste un peu de NPK au démarrage pour assurer son développement. Elle se prête au désherbage mécanique. Elle reste en place de 15 à 20 ans, soit autant de temps où le sol est couvert, très peu travaillé, donc avec un risque d’érosion limité. Son système racinaire profond va dans le même sens, tout en lui conférant une certaine tolérance au stress hydrique, un atout en passe de devenir une exigence à l’avenir. En outre, la silphie est une plante mellifère, dont la floraison abondante et étalée peut constituer une ressource nutritive intéressante pour quelques ruches.

Pour les agriculteurs aussi, la silphie n’est pas dénuée d’intérêts. Certes les semences sont chères, donc le coût d’implantation est élevé, mais une fois la culture en place, les interventions se réduisent au strict minimum. Tout au plus quelques tours d’eau et la récolte : c’est à peu près tout.

Une valeur nutritive peu intéressante

Cultiver de la silphie apparaît donc bien séduisant. Mais pour quoi faire ? C’est là que le bât blesse. La silphie ne se mange pas et, à l’heure actuelle, ne trouve aucun débouché industriel. « Actuellement, le seul débouché sérieux, c’est la méthanisation », pose Marielle Stimpfling, conseillère à la Chambre d’agriculture Alsace. La silphie pourrait aussi être utilisée pour alimenter le bétail, mais « la bibliographie et les premières investigations tendent à démontrer qu’elle a la valeur alimentaire d’une paille », poursuit la conseillère. Remplir la panse d’une vache allaitante, passe encore, mais apporter l’énergie nécessaire à la production d’une laitière avec de la silphie apparaît donc peu crédible. D’autant que, contrairement aux insectes pollinisateurs, le bétail semble peu attiré par la silphie. En cause : l’odeur peu appétante qui émane de ses fleurs. Dès cette année, la CAA va procéder à des analyses de fourrage sur de la silphie fraîche et de la silphie ensilée afin d’affiner les connaissances sur les valeurs nutritionnelles de la plante.

Des essais de valorisation en méthanisation

C’est donc bien sur sa possible valorisation en méthanisation que misent le Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace-Moselle et la CAA dans le cadre de leur partenariat. Pour l’heure, des agriculteurs ont été indemnisés pour tester la culture sur quelques hectares en zones de captage dans les secteurs d’Epfig, Muttersholtz, Hilsenheim, Zellwiller ; et plus au sud, des agriculteurs du Sundgau par une étude menée par la communauté de communes Sud Alsace Largue. Dans le secteur Centre Alsace, la silphie produite servirait à alimenter le méthaniseur de la future station d’épuration des eaux usées du SDEA de Benfeld à Ergersheim. Dans le cadre de ce projet, « les producteurs de silphie seraient des fournisseurs de matière première pour le méthaniseur, rémunérés pour cela. Et une partie des travaux pourrait être prise en charge par le SDEA via des prestataires de services », détaille Marielle Stimpfling. Il permettrait ainsi de répondre aux enjeux de la préservation de la qualité de l’eau sur les zones de captage.

Au-delà du manque de débouchés, qui ne rend la silphie économiquement intéressante qu’adossée à un projet de méthanisation, d’autres paramètres freinent son développement. La première année, la silphie ne produit rien, ou très peu. Pour lever ce frein, des essais ont visé à la semer en même temps que du maïs ensilage, afin de récolter celui-ci le temps que la silphie se développe. En 2019, Gérard Lorber, agriculteur à Scherwiller (lire aussi en encadré) a ainsi semé du maïs à 60 000 grains/ha avec un écartement de 75 cm, afin de pouvoir semer de la silphie entre les rangs, et éventuellement de pouvoir la biner par la suite, en prenant soin de choisir des variétés de maïs résistantes à certains herbicides. Mais, en raison du manque d’eau, la silphie a très peu poussé entre les rangs de maïs. Deux hectares de cet essai qui en comprenait trois ont donc été retournés après le maïs.

 

 

Des freins réglementaires

En outre, malgré ses nombreux atouts environnementaux, les surfaces implantées en silphie ne sont pas considérées comme des Surfaces d’intérêt écologique (SIE), contrairement à l’Allemagne. Or les agriculteurs doivent avoir 5 % de SIE dans leur assolement. Donc, si la silphie ne rentre pas dans ce cadre, ils doivent trouver d’autres SIE. Implanter de la silphie, qui est une culture pérenne, les prive de surfaces sur lesquelles ils pourraient cultiver des intercultures, par exemple, qui, elles, rentrent dans le cadre des SIE.

La silphie est considérée comme une culture énergétique ou culture « dédiée ». La réglementation française sur la méthanisation limite les cultures dédiées à 15 % du volume en entrée. Ceci permet de limiter la concurrence avec les cultures alimentaires. Par ailleurs, le potentiel méthanogène de la silphie par ha est 10 à 15 % moins élevé que le maïs ensilage.

La silphie n’est donc pas une panacée mais peut tout de même trouver sa place dans le paysage agricole alsacien, notamment pour implanter des cultures à bas intrants dans les zones à enjeux environnementaux avec une valoration possible en méthanisation, où des financements venus de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse pourraient être débloqués à cette fin. Gérard Lorber résume : « Adossée à un méthaniseur, avec un contrat qui garantit sa valorisation, la silphie a un intérêt. Mais sinon, il ne faut pas vendre du rêve aux agriculteurs, tant qu’elle ne sera pas reconnue comme une SIE, ils n’ont pas d’intérêt à introduire cette culture dans leur assolement. »

 

 

Millésime 2020

Les vendanges sans contact

Vigne

Publié le 28/08/2020

2020 se devait d’être l’année du vin. Effectivement, le millésime se présente plutôt bien, avec des raisins sains, et un bon potentiel. Mais la maturation par températures élevées peut encore réserver des surprises, bonnes ou mauvaises… Quoi qu’il en soit, 2020 sera l’année de vendanges particulières à plus d’un titre : leur précocité et leur contexte, notamment sanitaire. En effet, l’épidémie de Covid-19 sévit toujours et les opérateurs du vignoble doivent donc faire en sorte qu’il ne vire pas au cluster.

Hygiène et distanciation

Viticulteur à Furdenheim, Didier Letz livre les raisins de ses quelque 7 ha de vignes à Arthur Metz. Dès le 24 août, une équipe de vendangeurs arpentait les rangs d’une de ses parcelles de pinot noir, destiné à l’élaboration de crémant : « Nous travaillons avec la même équipe de vendangeurs depuis 10 ans, ce sont des gens du coin, essentiellement des plus ou moins jeunes retraités, qui sont devenus des amis au fil du temps », décrit le viticulteur. Pour les protéger du virus, il a pris des renseignements auprès de la MSA, des collecteurs, des syndicats, pour prendre des mesures adaptées à la configuration de son entreprise. Puis il a convoqué une réunion quinze jours avant le début des vendanges afin d’expliquer les règles à respecter aux vendangeurs. Il s’agit essentiellement de respecter la distanciation : port du masque obligatoire en voiture, conseillé à l’extérieur. Didier Letz veille aussi au grain : « Les binômes restent les mêmes toute la journée, et nous nous assurons qu’il y a une distance suffisante entre les équipes. » La transmission par contact est également surveillée : « Nous demandons aux vendangeurs de se laver les mains avant de monter en voiture et avant chaque repas. Nous avons équipé chaque personne de son propre sécateur pour toute la durée de la saison. » Les repas sont pris en commun, mais à l’extérieur tant que le temps le permet. « L’ambiance reste bonne, constate Didier Letz. Les gens se sont habitués à vivre dans le respect des gestes barrières, ils se sont fait une raison. Et puis comme de nombreuses festivités sont annulées, ils sont contents de pouvoir se voir. »

 

Chaîne de protection

Pour empêcher efficacement la formation d’une chaîne de transmission du virus, les mesures de protection se poursuivent chez les collecteurs qui réceptionnent le fruit de la vendange. « Chez Arthur Metz, le personnel est très vigilant au respect des mesures : une seule personne qui livre le raisin par exploitation, port du masque obligatoire, interdiction de descendre du tracteur… Nous ne recevons plus aucun relevé sur papier, toutes les informations nous sont envoyées par mail… »

Les opérateurs du vignoble veillent à limiter les contacts pour éviter la transmission du virus. Mais tous espèrent que leurs efforts seront récompensés par un beau millésime, vecteur de lien social malgré la distanciation. En effet, pour les viticulteurs, l’épidémie entraîne aussi des conséquences économiques qui vont se traduire par une baisse du chiffre d’affaires dans les exploitations, et donc par un report des investissements pour au moins quelques années.

 

Consulter les préconisations sanitaires à respecter pour ces vendanges 2020

Gaec Cousandier à Roeschwoog

Une dynastie de simmentals

Élevage

Publié le 17/08/2020

Chez les Cousandier à Roeschwoog, près de Haguenau, on ne jure que par la simmental. Et ça fait plusieurs générations que ça dure : « Notre arrière-grand-père participait déjà à des concours », indique Christophe Cousandier, en désignant une affiche de concours de la race, datée de 1909, qui trône dans la salle de réunion située au-dessus de l’étable. Leur grand-père Guillaume a ensuite repris le flambeau de l’élevage. « Mais, pendant la guerre, il a tout perdu. Il a racheté quelques simmentals et tout le troupeau a été bâti sur ces vaches. » Pour ce faire, Guillaume Cousandier a été l’un des pionniers de l’insémination artificielle, « une pratique qui n’était pas bien vue à l’époque », rappelle Christophe Cousandier. Son père, Gérard, poursuit l’œuvre familiale. En 1971, il réalise une des premières sortie d’exploitation du village, avec une vingtaine de vaches. En 1995, lorsque son fils aîné Christophe le rejoint sur la ferme il y en a 40. Et lorsque son fils cadet Benoît les rejoint à son tour, il y en a 60. Désormais, le troupeau compte 150 vaches laitières : « L’effectif a beaucoup augmenté ces trois dernières années, suite à l’investissement dans une nouvelle étable », précise Christophe Cousandier. Et le cheptel n’est toujours constitué que de simmentals.

Une viande appréciée pour la finesse de son grain

Pourtant, en son temps, Gérard Cousandier a vécu des périodes difficiles, car la génétique de la simmental ne suivait pas par rapport à la holstein : « Elle avait la réputation d’avoir une mauvaise mamelle, d’être longue à traire, de donner moins de lait qu’une holstein. Mais nous sommes toujours restés dans les clous économiquement par rapport aux autres », note Christophe Cousandier. Ce qui explique la fidélité des éleveurs à la race. En outre, dans les années 1990, quelques hommes ont contribué au développement de la race en France. Les Cousandier citent Jean Bernhard et Jean-Georges Herr, respectivement président et directeur de Simmental France à cette période, et qui ont mis en œuvre un programme de sélection avec des taureaux autrichiens ou allemands qui porte ses fruits en permettant aux éleveurs français d’avoir accès à des reproducteurs de qualité. Certes, une simmental donne toujours moins de lait qu’une holstein, mais le fossé s’est réduit et, en parallèle, la mixité de la race a été préservée. L’aptitude bouchère reconnue de la race, avec sa viande au grain fin, fait que « les veaux et les réformes sont bien valorisés ». En outre, les simmentals sont appréciées des éleveurs pour « leur calme, leur rusticité, la qualité de leur lait ». Grâce à ce travail, et avec l’évolution des techniques de sélection génétique, alors qu’autrefois les éleveurs avaient le choix entre cinq taureaux, ils sont désormais confrontés à une offre de 20 taureaux, qui change tous les six mois : « Cette variabilité génétique est une très bonne chose, car le risque de consanguinité est minime, mais on a un peu de mal à suivre », sourit Benoît Cousandier.

La dynastie perdure

Au sein du troupeau du Gaec Cousandier, le travail de sélection se poursuit : « Nous nous attachons à améliorer la longévité, les aplombs et la qualité des mamelles », précise Benoît Cousandier. Pour y parvenir, les éleveurs travaillent avec le technicien d’Élitest spécialisé dans la race, Francis Michel, qui leur rend visite deux fois par an pour établir le programme d’accouplements. D’ailleurs, le Gaec participe activement à l’amélioration génétique de la race puisqu’un taureau issu de leur élevage, baptisé Edelmut (Round Up x Rumba, ISU 106), né en 2009, a été inscrit au catalogue de la race. Les éleveurs participent aussi chaque année au festival de l’élevage de Brumath.

La dynastie de la simmental n’est pas près de s’éteindre au Gaec Cousandier. En effet, les trois enfants de Christophe ont embrassé des études dans le secteur agricole : Agathe entre en 1re STAV au lycée agricole d’Obernai, Thomas intègre un BTS en production animal à Besançon, et Claire poursuit son cursus au sein de l’école d’ingénieur agricole UniLaSalle à Beauvais.

 

 

En chiffres

Bas-Rhin

15 élevages comptent plus de 20 simmentals

pour 948 vaches en tout,

soit 63 en moyenne par élevage.

Haut-Rhin

5 comptant plus de 20 simmentals

pour 169 vaches en tout,

soit 34 en moyenne par élevage.

Tracteur électrique Sabi Agri

Le courant passe entre les rangs

Vigne

Publié le 14/08/2020

Le chant des oiseaux, les pneumatiques qui écrasent l’herbe, les dents qui travaillent la terre… C’est à peu près tout ce qu’on entend lorsque le tracteur Alpo 4x4 travaille dans les vignes. Pas de bruit, ni de gaz, c’est le fruit d’une motorisation électrique qui développe une puissance de 50 ch électriques. Mais ce n’est pas le seul atout de la gamme Sabi Agri, conçue par le maraîcher Alexandre Prevault Osmani, qui pratique l’agroécologie, et qui a élaboré un prototype de tracteur électrique répondant à ses besoins en 2016. L’année suivante voit la création de la société Sabi Agri et le début des fabrications en série. Depuis, la gamme s’est développée, et l’entreprise fonctionne désormais avec sa propre usine, située en France.

 

 

Polyvalence

L’un des points forts de ces tracteurs, c’est leur grande polyvalence : « Votre tracteur est réalisable sur mesure, du châssis aux arceaux en passant par la batterie, qui peut développer de 14 à 28 kWatt de puissance électrique, et procurer plus ou moins d’autonomie », décrit Ludovic Demars, commercial démonstrateur chez Sabi Agri. Différents systèmes de relevage sont envisageables. Avec une capacité de relevage avant de 250 à 530 kg, et une capacité de relevage arrière de 500 à 700 kg. Ce qui permet d’atteler un grand nombre d’outils. Il peut être équipé d’une prise de force électrique amovible, d’une centrale hydraulique d’un débit de 30 l/min. Un onduleur procure une prise sur du 220 volts, bien pratique : « En cas de panne d’alimentation d’une chambre froide, il est possible de la brancher sur le tracteur en attendant que le courant soit rétabli », illustre Ludovic Demars.

 

 

Rentabilité

Un autre atout de ce tracteur, c’est son autonomie puisqu’une charge d’1 h 30 procure 4 à 8 h d’autonomie de travail, pour un coût de fonctionnement de 1 à 2 €/h. Les batteries, issues des technologies industrielles, tiennent 4 000 cycles de charge, soit 16 000 heures d’espérance de vie. La sobriété énergétique du tracteur est renforcée par son poids, qui ne dépasse pas une tonne. Du coup, pas besoin de débauche énergétique pour le faire avancer, et pas de matraquage des sols, si tant est que le tracteur est utilisé dans de bonnes conditions.

Confort

Enfin, outre le fait qu’il est silencieux, le tracteur Alpo se caractérise par son confort global pour le conducteur, avec un accès facile au poste de conduite, un siège pneumatique réglable dans tous les sens, une manette de pilotage simple et intuitive, la variation continue, un correcteur de dévers…

Alors que Ludovic Demars achève ses explications sous un soleil de plomb, un viticulteur pointe un inconvénient du tracteur : il n’a pas de toit. Et si ! Il s’agit d’une option, mais le tracteur Alpo peut être équipé d’un toit en panneaux solaires permettant à la fois d’ombrager le conducteur, et de recharger la batterie en roulant.

 

Moisson 2020

L’Alsace tire son épingle du jeu

Cultures

Publié le 03/08/2020

La moisson du blé se termine. Une fin de campagne qui sonne aussi celle d’une année qui s’annonçait compliquée dès le départ. Et il y avait des raisons de s’inquiéter car, entre la crise sanitaire et la sécheresse printanière, beaucoup s’attendaient alors à une année quasi catastrophique. Au final, les premiers résultats montrent des rendements tout à fait corrects sur les 49 000 hectares de blé plantés en Alsace. « Je ne dirai pas forcément que c’est une surprise, il s’agit plutôt d’un heureux dénouement », tempère cependant Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, « les rendements en Alsace se situent cette année autour des 77 quintaux par hectares (q/ha), soit trois de moins que l’année dernière. On observe donc bien un retrait même s’il est léger. C’est tout de même satisfaisant, surtout au vu de l’année que l’on vient d’avoir ». Le bilan est cependant contrasté localement, entre les terres superficielles et non irriguées, où les blés ont été mis en difficulté rapidement par le manque d’eau, et les parcelles dotées d’une meilleure réserve utile, où ils ont été moins amputés dès le départ dans l’élaboration de leur potentiel de rendement.

Quantité et qualité au rendez-vous

D’une manière générale, les blés donnent des résultats « plus élevés que ce qu’on attendait, souligne Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, nous avons eu une année sèche et précoce, ce qui est toujours mieux qu’une année humide. En plus, les pluies sont revenues en mai, donc, dans certains cas, il pourrait même y avoir des records ! » C’est vrai, en particulier dans le sud de l’Alsace, qui a eu plus d’eau que le Nord. Or, plus il y a eu d’eau par la suite, mieux les blés ont pu récupérer des conditions sèches du début de printemps. Ce sont notamment les poids de mille grains (PMG) qui sont très bons cette année, pointe Jean-Louis Galais. « Cela montre qu’il y a eu une très bonne compensation, aussi bien sur la fertilité, grâce à des conditions météorologiques favorables à la méiose, ce qui se traduit par un nombre élevé de grains par épis, que par le remplissage, qui s’est déroulé dans de bonnes conditions, avec suffisamment d’eau ». La météo n’a d’ailleurs pas été le seul élément à contribuer à un tel résultat. On peut, en effet, ajouter l’absence de maladies ainsi que des températures de fin de cycle optimales, nécessaires au bon développement des cultures. Si les quantités devraient donc être correctes, tout indique que la qualité devrait suivre aussi dans ce sens. « La qualité sanitaire est elle aussi au rendez-vous puisqu’il n’y a pas eu ou quasiment pas eu de pluie au moment de la floraison », affirme Didier Lasserre. Beaucoup de grains bien remplis, ça fait inévitablement un bon rendement. Encore faut-il qu’il y ait des épis pour porter les grains. Et c’est ce qui fait la différence entre les terres à bonne réserve hydrique et les autres, où le potentiel de rendement a été amputé de manière trop importante dès le départ pour que cela puisse être rattrapé par la suite. S’il reste prudent, Jean-Louis Galais aurait donc tendance à qualifier la récolte de blé 2020 de « plutôt bonne », avec même quelques résultats « exceptionnels ».

Un fort contraste avec les résultats nationaux

Un dénouement qui dénote avec bon nombre d’échos de campagnes des autres régions françaises, sur les réseaux sociaux, où les agriculteurs déplorent une moisson « mauvaise à moyenne ». Une différence avec la situation alsacienne que Jean-Louis Galais explique par un recours plus fréquent à l’irrigation, et la proportion importante de « bonnes terres » dans notre région. Ainsi, de nombreux départements rapportent des rendements globalement insatisfaisants mais surtout très hétérogènes. À l’origine de l’effondrement de la production : la succession de deux phénomènes climatiques extrêmes. Le premier, des précipitations excessives à l’automne qui ont compliqué les semis, les rendant parfois même impossibles. Résultat : les surfaces sont en recul de 14,38 % par rapport à 2019, avec 4,28 millions d’hectares emblavés, selon les estimations du cabinet Agritel. La sécheresse s’est ensuite installée au printemps et le déficit hydrique a empêché les cultures de se développer dans de bonnes conditions. « Le rendement des blés tendres au niveau national est proche de 68 q/ha, soit une baisse de 13,65 % par rapport à la campagne précédente et un repli de 7,95 % comparé à la moyenne olympique quinquennale », indique le cabinet. Des chiffres parfois inférieurs à la collecte de 2016, surtout dans le Sud où on note une moyenne de 40 à 50 q/ha. En Bourgogne et Rhône-Alpes, les résultats seraient plus proches des 60 q/ha. La seule note optimiste venant pour le moment de la Champagne où, certes, les rendements les plus bas avoisinent les 60 q/ha mais où quelques pointes à 135 q/ha ont aussi été observées. Du côté de la qualité, la moisson ne devrait pas non plus être un grand cru mais une année normale, voire bonne, au niveau national. La récolte de blé tendre devrait donc atteindre les 29,22 millions de tonnes (Mt) soit un recul de 26 % par rapport à l’année passée.

 

 

Lire aussi : La moisson alsacienne s’annonce moyenne, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

 

Épandage des boues de station d’épuration

Traitements, mesures et contrôles face au Covid-19

Pratique

Publié le 19/07/2020

D’une station d’épuration sortent deux produits : les eaux traitées, qui rejoignent le milieu naturel, et des boues, qui sont valorisées essentiellement en agriculture. « C’est même 100 % des boues issues des stations gérées par le Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace-Moselle qui sont valorisées en agriculture », souligne Thierry Willmann, responsable de la valorisation des boues au SDEA. 70 % le sont directement en sortie de station, après stockage, soit sous forme liquide, brute, ou après traitement. Les 30 % restants sont issus de stations d’épuration situées dans des secteurs où le potentiel d’épandage agricole est trop restreint pour les accueillir (zones de montagne…). Ces boues partent alors vers des filières de compostage, dont le produit sera aussi épandu sur des champs.

Mais il existe une exception à cette valorisation agricole des boues de station d’épuration : leur non-conformité. « Lorsque la qualité des boues les rend impropres à l’épandage, elles sont incinérées ou enfouies », précise Thierry Willmann, qui ajoute que ce cas de figure n’a pas été rencontré depuis plusieurs années, « grâce à la sensibilisation des usagers à la nécessité de préserver la qualité de la ressource en eau ».

Mais ça, c’était avant le Covid-19. Lorsque l’épidémie s’est propagée à travers la population, « la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), à laquelle adhère le SDEA, a suivi l’évolution de la maladie de près. Il fallait prendre les mesures qui s’imposent en matière de gestion du cycle de l’eau », rembobine Thierry Willmann. Une veille qui a conduit le SDEA à prendre la décision d’arrêter l’épandage de boues non hygiénisées à partir du 16 mars 2020, soit avant que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) n’émette cette recommandation, le 2 avril 2020. « Cette décision a été prise pour ne pas prendre le risque d’exposer au virus notre quarantaine de prestataires d’épandage, essentiellement des Entreprises de travaux agricoles (ETA) », souligne Thierry Willmann. Cette mesure a été « plutôt bien accueillie » par les prestataires, même si cela représente pour eux une baisse d’activité, donc de revenu.

Hygiéniser les boues : le faire et le vérifier

Le risque de voir le virus se propager à la population via les épandages de boues est très faible. Plusieurs raisons sont avancées : ces épandages sont interdits à proximité des habitations, afin de réduire les nuisances olfactives, il y a obligation de retourner ou d’enfouir les boues dans la foulée de leur épandage, et toutes les boues épandues doivent à l’heure actuelle être hygiénisées. En outre, si le génome du virus a bel et bien été détecté dans les eaux usées, il est encore impossible de savoir s’il reste actif, donc infectieux, dans ce milieu. Il est en fait très probable qu’il soit inactivé par les traitements classiques des eaux usées, mais en l’absence de preuve, la prudence s’impose : « En acceptant de prendre en charge les boues issues des stations d’épuration, les agriculteurs rendent un service à la société. Se faisant, ils nous font confiance. Nous avons donc envers eux des obligations réglementaires et morales qui nous obligent à sécuriser la qualité sanitaire des boues », explique le responsable de leur valorisation au SDEA.

À partir du 2 avril donc, les acteurs de l’épuration et de l’assainissement ont dû suivre la recommandation de l’Anses, à savoir respecter les critères d’hygiénisation pour l’intégralité des boues destinées à l’épandage. Mais Céline Veit, du service Gestion du territoire de la Chambre d'agriculture Alsace, pointe le problème : « ces exigences ne devaient être respectées que pour pouvoir épandre près des habitations ou dans des cultures maraîchères, de manière dérogatoire, ce qui n’était jamais recherché. Du coup, même si une part importante des boues étaient déjà chaulées ou compostées - donc théoriquement hygiénisées - avant le Covid-19, on ne sait pas si les traitements appliqués aux boues permettent effectivement de répondre aux exigences d’hygiénisation ».

Plus d’analyses, donc plus de moyens

Les traitements permettant d’hygiéniser des boues sont le compostage, le séchage thermique, le chaulage et la méthanisation thermophile. Cette dernière n’étant pas pratiquée dans la région, et le chauffage thermique n’étant que très peu développé, les boues ont donc essentiellement été hygiénisées par compostage et chaulage. De fait, celles qui l’étaient déjà ont continué à l’être. Et un certain volume, notamment les boues liquides, a subi des traitements complémentaires, à commencer par une déshydratation. Enfin, les volumes qui n’ont pas pu être hygiénisés ont été dirigés vers d’autres exutoires, à savoir essentiellement l’incinération, sachant que la capacité d’absorption de cette filière est restreinte, surtout pour des boues humides, donc peu intéressantes d’un point de vue calorigène. Au final, « dans le Bas-Rhin, 19 % des boues devront subir un traitement complémentaire, soit 3 400 tonnes de matière sèche (tMS). Dans le Haut-Rhin, cela concerne 7 % des boues, soit 450 tMS, la majorité des boues étant compostée », précise Céline Veit.

Afin d’atteindre l’hygiénisation, il est recommandé de « maintenir le pH à 12 sur au moins dix jours, la température à 55 °C pendant quatorze jours ou à 65 °C pendant trois jours consécutifs pour les traitements thermiques », détaille Céline Veit. Au SDEA, le respect de ces critères a été vérifié selon un protocole d’analyses. Au-delà du suivi de ces paramètres, d’autres analyses sont mises en œuvre, qui visent cette fois à vérifier l’efficacité des pratiques d’hygiénisation. À l’heure actuelle, il n’existe pas de protocole validé pour détecter le SARS-CoV-2 dans les boues d’épuration, ni pour mesurer sa teneur. Aussi, ce sont d’autres micro-organismes, dits d’intérêt sanitaire, qui sont tracés (salmonelles, E. coli, entérovirus…), partant du postulat que si les mesures d’hygiénisation ont permis de réduire leur concentration, elles doivent aussi avoir permis de réduire celle du SARS-CoV-2. Le SDEA effectue une partie de ces analyses. Cependant, « afin de pouvoir justifier de l’efficacité des mesures mises en œuvre en toute transparence », une partie des analyses est confiée à un laboratoire indépendant accrédité Cofrac. Et cela a un coût : par rapport à l’épandage en conditions « normales », la facture va être multipliée par quatre, estime Thierry Willmann. Un surcoût qui sera pris en charge par les collectivités, aidées en cela, mais seulement en partie, par l’Agence de l’eau Rhin Meuse.

Peu de changements pour les agriculteurs

Les conditions d’épandage ayant été peu favorables au mois de mars, aucunes boues issues de la période épidémique n’ont encore été épandues. Elles vont commencer à l’être dans quelque temps, après la moisson. Pour l’heure, les analyses se poursuivent : « Dans deux à trois semaines, nous saurons si les mesures d’hygiénisation mises en œuvre ont été efficaces, et quelle est la proportion de boue qui a été correctement hygiénisée », indique Thierry Willmann. S’il est plutôt confiant en ce qui concerne l’efficacité du compostage, dont le process est bien maîtrisé, il n’écarte pas le risque de recevoir des résultats d’analyses non conformes sur les boues chaulées ou séchées thermiquement. Dans ce cas, « soit l’hygiénisation sera complétée, soit les boues seront incinérées ».

Au-delà de la discrimination des boues épandables et non-épandables, le SDEA expertise l’efficacité des différents traitements, afin d’identifier les protocoles les plus efficaces : « Nous mesurons notamment les niveaux d’abattement entre la charge en entrée et la charge en sortie en certains micro-organismes », détaille Thierry Willmann. En outre, « peut-être que ces analyses vont permettre de démontrer que les traitements classiques des eaux usées sont suffisants, et donc que l’hygiénisation ne s’impose pas forcément, mais cela reste à prouver ». Concrètement, pour les agriculteurs, peu de changements à prévoir : « Il n’y aura pas d’épandage de boue liquide, et peut-être moins de boues à épandre, s’il s’avère qu’une partie du volume n’est pas correctement hygiénisée. Mais il n’y aura pas de surcoût pour eux », résume Céline Veit.

 

 

19 % des boues dans le Bas-Rhin et 7 % dans le Haut-Rhin doivent subir un traitement complémentaire

À l’avenir, il est probable que ce système de traitements complémentaires et de contrôles renforcés perdure tant que le virus SARS-CoV-2 circule. Par contre, le protocole devrait évoluer à partir du moment où les analyses seront assez élaborées pour discriminer les formes actives des formes inactives du virus, et qu’un protocole d’analyse adapté aux eaux usées et aux boues permette de n’appliquer de traitement spécifique qu’aux effluents où la présence du virus est avérée. Une pérennisation de la circulation du virus s’accompagnera aussi sans doute de la mise en place de contrôles et de contre-analyses par les autorités sanitaires, ce qui n’est pas le cas actuellement. Quoi qu’il en soit, l’épidémie a permis de mettre en lumière la nécessité de sécuriser la filière d’épandage, et de gagner en connaissances scientifiques sur le comportement des boues face aux différents traitements, et ça, « ce sera bénéfique pour tout le monde », conclut Thierry Willmann.

 

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