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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Tour de plaine

La fraîcheur printanière entraîne un démarrage lent, mais sans heurts

Technique

Publié le 05/06/2021

En mai, fais ce qu’il te plaît, par exemple remettre un gilet ! Cette année, le printemps a fait mentir les dictons les plus établis, avec des précipitations soutenues et des températures pour le moins frisquettes : « Il manque cent degrés jour avec une température de base de 6 °C pour le maïs par rapport à une année normale, soit une semaine à 10 jours de retard », pose Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace. « C’est déstabilisant car c’est très différent de ce qu’on a connu ces dernières années, mais lorsque l’on considère les moyennes sur les dix dernières années, c’est loin d’être catastrophique », tempère-t-il. Les maïs ont été semés dans de bonnes conditions, entre le 15 et le 20 avril, après une période très froide, et avant une longue période de précipitations. Les levées ont été correctes et, actuellement, les maïs atteignent le stade cinq feuilles, en moyenne. Un retard de croissance surtout lié au froid. Les précipitations soutenues, elles, ont plutôt limité les interventions, comme les désherbages. Résultat : « Dans les parcelles qui n’ont pas été désherbées au moment du semis, les adventices se sont bien développées, et les agriculteurs profitent des quelques jours de beau temps pour intervenir. » La croissance lente des maïs a fait craindre des dégâts de ravageurs du sol. Finalement, ils sont assez limités. « Les dégâts les plus importants sont causés par les corvidés », pointe Jean-Louis Galais. Enfin, parfois, des orages de grêle ont lacéré des feuilles. S’ils affichent un léger retard, les maïs vont aborder l’été avec des sols bien pourvus en eau, ce qui, avec des températures plus estivales, peut permettre de rattraper cette lenteur au démarrage.

Maïs : du retard au démarrage

Les conditions fraîches et humides ont particulièrement impacté le travail des producteurs de maïs semences, qui doivent semer les lignées mâles et femelles avec des décalages précis afin de favoriser la production de semences. « Ça a parfois été très difficile d’arriver aux bons stades, mais les multiplicateurs s’en sont très bien sortis », résume Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole. Autre obstacle à surmonter : les quantités importantes d’eau qui sont tombées ont localement entraîné la formation de croûtes de battance. Résultat, si la levée des femelles s’est globalement déroulée sans encombre, celle des mâles - dont les semis ne sont pas encore achevés - est parfois plus hétérogène. En lien aussi avec le vent du nord, qui « assèche les surfaces ». Mais là aussi, Alain Weissenberger souligne le professionnalisme des agriculteurs qui ont mis en place les mesures correctives qui s’imposaient, comme des passages d’écroûteuse. « C’était stressant, mais ça aurait pu être pire », résume-t-il. Au moins le recours à l’irrigation sera-t-il sans doute un peu plus léger cette année !

Blé : du soleil pour du rendement

Les blés affichent aussi un léger retard. Avec toutes ces précipitations, la crainte de voir les maladies cryptogamiques exploser était vive. Mais finalement, les blés restent sains : « Le froid a aussi freiné le développement des champignons », constate Jean-Louis Galais. Le risque lié à la fusariose n’est pas encore écarté. Les contaminations devraient être ponctuelles, liées aux précipitations orageuses. Ce qui fait le plus défaut aux blés, c’est l’ensoleillement : « Pour faire leur cycle, les plantes ont besoin d’azote, qu’elles trouvent dans le sol, et de carbone, qu’elles assimilent via la photosynthèse. Actuellement, nous arrivons au stade épiaison-floraison, une période délicate, car une fois que la fécondation est terminée, une grande part du rendement est déterminée », rappelle Jean-Louis Galais. Il est donc de bon présage de voir la météo revenir à des journées plus ensoleillées et plus douces afin que les blés puissent passer cette étape cruciale dans les meilleures conditions possible. « Avec davantage d’ensoleillement, les plantes seront plus actives et cela écarte le risque de constater des problèmes de fertilité d’épis. » Si la moisson s’annonce un peu plus tardive cette année, en termes qualitatif et quantitatif, elle devrait être correcte.

Colzas : une floraison dans le froid

Avec une floraison qui s’est déroulée dans le froid, avec peu de rayonnement lumineux, les colzas sont la culture pour laquelle Jean-Louis Galais est le moins optimiste : « Le nombre de siliques risque d’être impacté, et il ne faut pas écarter le risque de voir du sclerotinia se développer. » En effet, cette maladie se propage lorsque, du fait de l’humidité, les pétales restent collés sur les feuilles après être tombés à la fin de la floraison. Une situation qui a été fréquemment observée. Mais, là aussi, le froid a pu avoir un effet protecteur en limitant la croissance du champignon. Par ailleurs, l’année a été marquée par une forte pression en charançons de la tige, et « toutes les parcelles n’ont pas été protégées à la hauteur de la pression constatée », rapporte Jean-Louis Galais.

Betterave : après le gel, c’est reparti de plus belle

Après avoir été semées à la bonne période dans des sols bien évolués, rendus faciles à travailler par des labours d’automne et un hiver rude, les betteraves avaient levé rapidement et de manière homogène. Avant d’être brisées dans leur élan par l’épisode de gel de début avril. « Nous avons posé rapidement les diagnostics et décidé de retourner et de resemer toutes les parcelles où le peuplement était inférieur à 50 000 pieds/ha, soit quelque 200 ha. Pour soutenir les planteurs concernés, Cristal Union a pris en charge une dose de semences par hectare », indique Michel Butscha, technicien au service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein. Dans certaines parcelles, touchées par le gel mais pas resemées, le peuplement reste un peu limité, à 60-70 000 pieds/ha, mais « rien de dramatique », estiment les experts de la sucrerie. En outre, les resemis ont très bien pris et désormais, « le décrochage se voit à peine ». La période fraîche qui a suivi le gel intense n’a pas trop pénalisé les betteraves qui, dès qu’il fait plus de 0 °C, poussent lentement mais sûrement. La fraîcheur printanière se traduit par un retard de 12-13 jours en somme de température, soit 5-6 jours en termes de végétation. Les désherbages ont pu être effectués entre les gouttes et les rafales de vent, « avec une très bonne efficacité des produits racinaires, qui va se traduire, dans la plupart des cas, par une intervention de moins que ne le préconise le calendrier habituel ». En effet, les betteraves vont bientôt fermer les rangs. « Actuellement, certains planteurs effectuent des binages, mais plus pour aérer le sol, qui s’est parfois refermé suite aux précipitations, que pour éliminer des adventices », précise Michel Butscha. Si des croûtes se sont formées, il n’y a par contre eu que très peu de ravinements, de phénomènes de stagnation d’eau : « Comme les sols étaient très secs en profondeur, l’eau s’est bien infiltrée, et c’est de très bon augure pour le rhizoctone. »

La phase de sensibilité à la cercosporiose approche, aussi le modèle de prédiction du risque va bientôt être enclenché, annonce Michel Butscha. Côté ravageurs, les limaces ont fait peu de dégâts malgré les conditions humides. Les ravageurs du sol ont profité de la pousse ralentie des betteraves pour causer plus de dommages que lors des campagnes précédentes, mais rien de catastrophique. Sachant que 59 % des surfaces de betteraves ont été semées avec des graines non traitées aux néonicotinoïdes, les planteurs sont très vigilants quant à l’évolution des populations de pucerons : « Ils étaient présents très tôt, mais la fraîcheur et la pluviométrie ne leur ont pas été favorables », résume Michel Butscha. Ainsi, la moitié de la sole betteravière a été traitée contre les pucerons vers la mi-mai. Et la surveillance se poursuit pour juger de la nécessité d’une nouvelle intervention. Globalement, les responsables de la sucrerie sont donc plutôt optimistes pour la suite de la campagne : « La plaine est homogène, le peuplement est parfois un peu limité, mais le développement racinaire est prometteur », résume Michel Butscha. De quoi séduire de nouveaux producteurs de betteraves sucrières ? Les responsables de la sucrerie l’espèrent, car ils sont toujours en quête de nouveaux producteurs pour optimiser le fonctionnement de la sucrerie d’Erstein.

Herbe : des chantiers entre les gouttes

Pour la production d’herbe et de méteil, l’eau tant attendue a fini par devenir gênante. En effet, les créneaux permettant de faucher dans de bonnes conditions ont été rares en mai : « Il y a eu un créneau vers le 8 mai, puis un vers le week-end de la Pentecôte », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace. Pour résumer, les éleveurs ont été confrontés à deux options. Soit récolter du fourrage avec une bonne valeur alimentaire sur pied mais dans de mauvaises conditions donc avec le risque de voir cette valeur alimentaire se dégrader. Soit attendre d’avoir de bonnes conditions pour récolter de l’herbe un peu trop âgée mais dans des conditions permettant un bon préfanage. Entre les deux, Laurent Fritzinger préconise de loin la seconde option : « Au moins le fourrage obtenu est valorisable, il y a moins de refus, donc moins de pertes économiques. » Le beau temps du week-end dernier et du début de la semaine a permis de mener à bien certains chantiers, mais difficile de tout faire en trois jours ! Surtout pour les méteils, qui requièrent trois bonnes journées de préfanage. Les éleveurs qui ont fauché tôt récoltent désormais de très belles secondes coupes. Mais certains n’en sont qu’à la première. En effet, l’herbe a mis du temps à pousser à cause des températures fraîches, qui ont entraîné un retard de pousse de presque deux semaines. En outre, les plantes sont restées courtes assez longtemps. Pour Laurent Fritzinger, les craintes sont désormais levées car l’herbe a poussé, mais « ce ne sera pas une année record, les rendements seront bons, mais pas exceptionnels, et disparates selon la pluviométrie locale », estime-t-il.

Concours général agricole (CGA)

Un condensé d’agriculture française

Vie professionnelle

Publié le 31/05/2021

Assister à la remise des prix du Concours général agricole par visioconférence, c’est un peu comme se trouver face à son péché mignon sans pouvoir y accéder. Très frustrant donc ! Mais c’est aussi l’occasion de faire un tour de France en quelques heures depuis son espace de télétravail. Et ça, c’est une véritable bouffée d’oxygène. Certes, il est impossible de goûter aux produits présentés, mais écouter leurs producteurs en parler suffit à mettre l’eau à la bouche.

Célébrée le jeudi 20 mai, dans le cadre de la Semaine de l’agriculture française, créée pour remplacer le Salon international de l’agriculture (Sia), cette remise des prix du CGA suivait de près la levée de certaines restrictions liées à l’épidémie de coronavirus. Ce que n’ont pas manqué de souligner le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, et le président du Centre national des expositions et concours agricole (Ceneca), Jean-Luc Poulain, au cours de leurs allocutions d’ouverture. « Le Concours général agricole a 70 ans de plus que le Salon de l’agriculture, qui s’est d’ailleurs construit autour de ce concours. Il a vocation à récompenser des femmes, des hommes, des jeunes en apprentissage, à faire primer l’humain, à redonner des lettres de noblesse à ceux qui sont en première ligne pour nous nourrir », a déclaré Jean-Luc Poulain.

 

 

Un concours qui condense les défis agricoles

Le ministre a décrit un concours à la fois « élément de racine et d’identité », mais qui reste « moderne ». Il a insisté sur le « signal fort » que cette cérémonie constitue pour le monde agricole : « De nombreux produits primés aujourd’hui trouvent leurs débouchés dans des espaces qui étaient fermés et qui rouvrent depuis hier. » Pour le ministre, cela doit inciter à « se tourner vers l’avenir même si la prudence doit rester de mise ». Il a évoqué la réforme de la Pac : « Elle doit inscrire notre pays dans sa souveraineté alimentaire, qu’elle a chevillée au corps », a-t-il déclaré. Avant de renchérir : « Le secteur de l’agroalimentaire fait partie de ce qui fait nation. Imposer des standards de protection du consommateur sans dépendre de quiconque, cela relève de notre souveraineté. » Il a aussi évoqué la notion d’identité, liée aux produits du terroir : « Ils font notre renommée internationale, notre fierté. »

Lors de cette cérémonie, les prix de trois concours étaient remis, les prix d’excellence, qui récompensent la qualité des produits, le concours des pratiques agroécologiques, et le trophée international de l’enseignement agricole (TIEA). Pour le ministre, ils illustrent les défis que l’agriculture a à relever à court et moyen terme. Celui du changement climatique pour le concours des pratiques agroécologiques. Et celui du renouvellement des générations, pour le TIEA. « Le juge de paix sera le renouvellement des générations, car il n’y a pas d’agriculture sans agriculteurs. Il faut donc accompagner ce renouvellement par la formation, la rémunération, la protection et la visibilité. » Enfin, les prix d’excellence témoignent « de la qualité de nos produits, qui fait l’ADN de notre agriculture ».

Prairies humides : faire d’une contrainte un atout

Philippe Noyau, président de la Chambre régionale d’agriculture du Centre-Val de Loire et président du comité d’orientation du concours des pratiques agroécologiques, a présenté les deux catégories « Prairies et parcours » et « Agroforesterie », rappelant que ce concours a été créé afin de véhiculer un message en faveur d’une agriculture multiperformante. Huit prix nationaux ont été décernés dans la catégorie Prairies et parcours. Dans la catégorie Pâturage exclusif, le premier prix revient à Jérémy Malot, éleveur en Baie de Somme, dont les agneaux sont commercialisés dans le cadre de l’AOP Agneaux des Prés salés de la Baie de Somme. Les ovins pâturent un domaine public maritime, caractérisé par une végétation particulière qui confère un goût spécifique à la viande.

Dans la catégorie Fauche plaine et piémont, le premier prix est allé à l’EARL Loucheron Farcy dans la vallée de la Somme, où Tanguy Loucheron a renoué avec un système de fauche tardive des prairies, et décrit néanmoins un fourrage « plus riche, plus équilibré ». Dans la catégorie Fauche prioritaire montagne et haute montagne, c’est le Gaec Le Sauvage, situé sur le plateau de l’Aubrac, qui a remporté la plus haute distinction, pour la gestion de ses prairies humides : « Dans un contexte de changement climatique, elles nous permettent d’avoir de l’herbe fraîche, car ce sont des prairies qui restent vertes même quand il fait très sec », décrit Damien Cruez, un associé du Gaec, qui constate : « Les contraintes peuvent devenir des atouts. »

L’élevage Hoeffel, lauréat dans la catégorie Agroforesterie

Dans la catégorie Agroforesterie, cinq prix nationaux ont été délivrés. Le premier prix de la catégorie implantation est allé dans la Somme, chez Sylvain Deraeve, de l’EARL Plaine de Vie, qui a implanté des haies autour de son parcellaire afin de tamponner les aléas climatiques, d’apporter de l’ombrage… Dans la catégorie Gestion, c’est Ernest Hoeffel et Corinne Bloch, éleveurs à Walbourg qui ont été récompensés par le ministre : « Restaurer les haies, c’est une évidence, mais qui nécessite des transformations. Il est donc important d’accompagner, de financer cette évolution mais aussi d’avoir des ambassadeurs qui portent cette vision. » Ernest Hoeffel a décrit un travail de réintroduction des arbres entrepris de longue date, mais qui s’est amplifié avec la récurrence des sécheresses estivales. Désormais, les haies sont « jardinées », afin de nourrir les vaches en été avec le feuillage des arbres, puis de fabriquer de la litière en broyant le bois. Lorsqu’il est sorti de l’étable, le fumier est composté avant d’être remis en terre. Il y a donc un retour du bois au sol, « comme dans une forêt », constate Ernest Hoeffel, qui rapporte les résultats « impeccables » procurés par cet amendement, ainsi que le foisonnement de biodiversité qui accompagne les haies.

Des lycéennes engagées

Les prix du Trophée international de l’enseignement agricole (TIEA), dont c’était la 20e édition, ont été décernés par Hervé Noiret, directeur général du groupe France Agricole. Il en a rappelé le principe : les lycées participant devaient relever deux épreuves : la rédaction d’un article de presse et la présentation d’un animal en vidéo. « Cette année, 26 établissements ont passé la ligne d’arrivée, dont des lycées situés en Chine, en Belgique et en Argentine, avec des prestations de très haut niveau, qui donnent confiance dans le renouvellement des générations. » Dans la section races laitières, c’est le Legta Le Robillard, situé en région Normandie, qui remporte le premier prix. Une annonce suivie d’images de lycéens en liesse retransmises depuis leur établissement. Dans la section races allaitantes, c’est le Legta de Montardon qui remporte la première place, avec pour particularité d’avoir formé une équipe uniquement féminine. Depuis la Nouvelle-Aquitaine, elles ont dit avec émotion leur fierté de voir leur travail récompensé.

Dans la section des établissements étrangers, c’est l’Escuela de Education Secundaria Agraria de la province de Buenos Aires en Argentine qui décroche la première place. S’ensuit un duplex improbable avec l’Argentine, où il est 4 h du matin et où élèves et professeurs ont dû demander une autorisation spéciale pour se retrouver malgré le couvre-feu. Le meilleur article de presse a été rédigé par le Legta de Montardon, ce qui place les « Demoiselles de Montardon » (voir vidéo, ci-dessous) en tête du concours toutes catégories confondues. Heureuses, et fair-play, les lycéennes ont félicité les autres équipes pour leur participation.

La cérémonie s’est poursuivie par la remise des prix aux 36 lauréats du prix d’excellence du Concours général agricole, qui doivent avoir été médaillés trois années de suite pour décrocher un trophée. Au menu de cette échappée gourmande ; du poisson des Dombes, du vin du Jura, du cidre, du safran, du vin corse, des confitures de La Réunion, du champagne, du vin d’Alsace (avec l’EARL Nicollet Gérard et fils), du vin des Côtes de Toul, des produits laitiers, de l’huile de noix, du magret de canard séché, des volailles logées dans des chalets en bois…

Julien Denormandie félicite les lauréats, disant son bonheur de pouvoir se retrouver autour de tablées pour déguster les mets produits par les agriculteurs, et sa frustration de n’avoir pu goûter aucun produit primé. Frustration partagée. L’écran redevient bleu. J’ai faim.

 

 

Relance de la production de pommes de terre dans la vallée de la Bruche

Des producteurs en quête de matériel ancien

Pratique

Publié le 01/05/2021

L’histoire de la réintroduction de la pomme de terre dans la haute vallée de la Bruche est née du constat d’une fragilisation des fermes du territoire, en lien avec le changement climatique, leur spécialisation et le contexte économique. « Souvent, le fait qu’une exploitation agricole tienne le coup ou pas tient à 10 % du chiffre d’affaires. D’où l’idée de trouver une production alternative qui pourrait procurer ces 10 % qui font la différence », indique Jean Vogel, producteur de petits fruits à Saales et ancien maire de la commune. Avec Christian Haessig, ancien gérant de la laiterie du Climont, située à Saales, aujourd’hui retraité, ils se penchent sur la question. Ils commencent par interroger l’histoire, et notamment les pratiques agricoles adoptées par la communauté mennonite, importante sur le territoire. « C’est quelque chose qui a été occulté. Mais, avec des sols riches en fer et en aluminium, qu’il faut régénérer, il n’y avait pas de prairies permanentes, contrairement à ce qui se pratique aujourd’hui. Le système agraire était fondé sur trois piliers : l’herbe, le seigle et la pomme de terre. La rotation classique débutait par de l’avoine, puis de la pomme de terre, du seigle, dans lequel était semé du trèfle pour faire une prairie qui restait plusieurs années en place, avant le retour de la prairie. »

L’idée de réintroduire la culture de la pomme de terre dans la haute vallée de la Bruche fait alors son chemin. « Le climat et les terres y sont propices », souligne Christian Haessig. La preuve : un écrit du pasteur Jean-Frédéric Oberlin, qui affirme que « la meilleure pomme de terre d’Alsace est la pomme de terre de montagne », rapporte Jean Vogel. Reste à retrouver comment cultiver cette fameuse pomme de terre.

Le projet a pris une nouvelle dimension suite à l’organisation d’un « grand débat » en janvier 2019, et à la création d’un groupe haute vallée de la Bruche en transition. Une initiative qui consiste à mettre en place des solutions afin de réduire la consommation d’énergie d’origine fossile et les émissions de CO2, de renforcer la résilience des territoires, notamment par une relocalisation de l’économie… Le tout en impliquant les citoyens du territoire.

« Relancer une production vivrière locale »

Le groupe dédié à l’agriculture a été lui-même divisé en deux sous-groupes, l’un consacré au maraîchage amateur, et l’autre, plus professionnel, dédié à la réintroduction de la pomme de terre. Il comprend notamment Christian Haessig, Jean Vogel, Vincent Peterschmitt, agriculteur à Bourg-Bruche, et la ferme solidaire de Bénaville, située à Saulxures, pilotée par Emmaus Mundo, qui y déploie un chantier d’insertion par le maraîchage. Cette ferme, animée par Éric Mathern, constitue « la pierre angulaire qui manquait à notre projet », estime Jean Vogel. À terme, le groupe souhaite relancer la production d’une pomme de terre, qui pourrait être estampillée « de Saales », et qui serait écoulée localement. Mais avant de convaincre des agriculteurs locaux, il faut tester des variétés, des itinéraires techniques, notamment en matière de dates et de techniques d’implantation, afin de proposer un itinéraire technique robuste avant de le faire essaimer.

Réveiller le matériel ancien qui dort dans les granges

La volonté est là, mais pour mener à bien leur projet, les membres du groupe ont besoin d’outils aux dimensions adaptées à leurs petites parcelles. Non seulement pour les pommes de terre, mais aussi pour les céréales qui entreront dans la rotation. Aussi le groupe est-il à la recherche d’outils anciens (charrues peu profondes, planteuse, buteuse, arracheuse pour les pommes de terre, semoirs et autres petites moissonneuses-batteuses pour les céréales…) qui pourraient dormir dans les granges des agriculteurs et qui pourraient reprendre du service dans le cadre de ce projet alliant agronomie, économie locale et solidarité.

Énergie

Méthaniseur de Sausheim : transmuter la boue en engrais phosphaté

Technique

Publié le 28/04/2021

Les gisements phosphatés ne constituent pas une ressource renouvelable. La demande en engrais phosphatés ne faiblissant pas, le phosphore est amené à devenir une denrée rare, donc un enjeu majeur pour la production agricole, notamment européenne, qui est dépendante du reste du monde pour son approvisionnement en phosphate. « Le phosphore a été déclaré matière première critique par l’Europe, et la filière eau a été questionnée sur sa capacité à produire du phosphore renouvelable », indique Christelle Metral, chef de marché Transition énergétique et économie circulaire chez Suez, également spécialiste de la production d’engrais biosourcés. En effet, les boues issues des stations d’épuration contiennent du phosphore, notamment parce que l’urine et les matières fécales en contiennent. De là à valoriser le phosphore contenu dans les boues, il n’y a qu’un pas qui a déjà été franchi dans plusieurs installations au Danemark, et qui vient d’être franchi en France, sur le site de Sausheim.

Un site multifacette

Cette Station d’épuration des eaux usées (Step) -18e de France par sa taille - traite non seulement les rejets de 490 000 habitants, mais aussi de nombreuses industries et d’un hôpital. Au départ, les boues étaient directement incinérées dans l’usine de valorisation énergétique (UVE) adjacente, au même titre que les ordures ménagères, les résidus infectieux… L’incinération produit de l’énergie, en grande partie autoconsommée par la Step. Depuis le 1er décembre 2020, les boues issues de la station d’épuration sont d’abord méthanisées avant d’être déshydratées et incinérées, les méthaniseurs étant chauffés par de l’eau chaude produite par l’usine d’incinération. Objectif de cette synergie entre sites : produire du biométhane injecté dans le réseau, réduire le volume des boues et, cerise sur le gâteau, produire un engrais phosphaté. Avec un paramètre essentiel à prendre en compte : « L’usine d’incinération est paramétrée pour fonctionner avec des boues, celles qui sortent du méthaniseur doivent donc rester en quantité et en qualité adéquates », pose Jérôme Fritz, ingénieur au Syndicat intercommunal à vocation multiple (Sivom) de la région mulhousienne. N’aurait-il pas été plus simple d’épandre directement les boues ou les digestats ? Non, car même si la méthanisation fait passer le volume des boues de 37 000 à 22 000 t/an, les sols agricoles n’y suffiraient pas. Le Sivom de la région mulhousienne a donc lancé un appel d’offres, remporté par Suez, avec un projet chiffré à 14 millions d’euros.

Les plus grands digesteurs métalliques de France

Plusieurs éléments ont joué en faveur de Suez. Notamment la technologie Digelis Simplex, qui consiste à créer des digesteurs composés d’acier à l’extérieur et d’inox à l’intérieur, plus étanches, plus fiables, plus rapides à construire, et surtout avec une sécurité industrielle accrue par rapport à ceux en béton. Les deux digesteurs d’une capacité de 5 150 m3 chacun fonctionnent en digestion mésophile, à 37 °C. « Les bactéries digèrent la matière organique des boues, réduisant leur volume de 20 à 30 %, en dégageant du biogaz, stocké dans un gazomètre de 2 500 m3 », décrit Jérôme Fritz. Chaque digesteur, entièrement calorifugé, est adossé à plusieurs unités de stockage, correspondant à un volume total de 1 000 m3, accueillant les boues fraîches et les boues digérées. « Les boues fraîches arrivent par le haut du méthaniseur, où elles restent 20 jours, durant lesquels le contenu du méthaniseur est continuellement homogénéisé par un brasseur mécanique à pales », décrit Frédéric Dupont, responsable commercial pour le Grand Est et la Franche-Comté chez Suez. Pour maintenir l’ensemble à 37 °C, les boues fraîches passent par un serpentin alimenté avec de l’eau chauffée à l’usine d’incinération. Au fur et à mesure de l’avancée dans le serpentin, l’eau et les boues échangent des calories, pour qu’au final, les boues entrent réchauffées dans le méthaniseur, et l’eau repart froide vers l’usine d’incinération.

Du biométhane pour les bus de l’agglomération

Des digesteurs sortent donc des boues digérées et du biogaz. Ce dernier est principalement composé de CH4, C02, H2S et d’eau. Pour devenir du biométhane, ce gaz est d’abord « compressé, pour évacuer l’humidité par condensation, puis débarrassé de l’H2S par un traitement au charbon actif. Enfin le CH4 et le CO2 sont séparés par un traitement membranaire », décrit Jérôme Fritz. À ce stade, le CO2 rejoint l’atmosphère et le biométhane est testé afin de vérifier sa pureté, qui doit avoisiner les 99,7 %, avant son odorisation et son injection dans le réseau. « Si la qualité du biométhane n’est pas correcte, il est renvoyé vers le gazomètre et il subit une seconde fois l’ensemble des traitements. Et s’il devait ne pas pouvoir être injecté, il serait brûlé par une torchère », complète Jérôme Fritz. Le biométhane est racheté par Engie, dans le cadre d’un contrat d’achat signé pour une durée de 15 ans. Ce contrat inclut des certificats de garantie d’origine, qui permet de valoriser du biométhane localement, en l’occurrence en alimentant la flotte de bus de Mulhouse Alsace agglomération (M2A) en biométhane. Les boues digérées sont déshydratées par centrifugation à 3 000 tours/min, ce qui permet d’obtenir une phase solide, brûlée dans l’usine d’incinération, et un centrât liquide, destiné à rejoindre la Step.

Un engrais phosphaté local et sans métaux lourds

Si Suez a remporté l’appel d’offres, c’est aussi parce que l’entreprise proposait d’installer un process industriel innovant, permettant de piéger l’azote et le phosphore contenus dans le centrât. En effet, s’il est trop chargé en phosphore, il ne peut pas retourner à la Step. D’où l’idée de piéger ce phosphore, pour en faire un engrais phosphaté. C’est ce que rend possible le procédé Phosphogreen, composé d’un réacteur qui permet de faire cristalliser et précipiter le phosphore avec du chlorure de magnésium en milieu basique. À la sortie du réacteur, la struvite est séchée sur une grille, d’où s’écoule l’eau débarrassée de son phosphore. La production de struvite est estimée à 90 t/an.  « En l’absence de ce procédé, on devrait piéger le phosphore avec du chlorure ferrique. Le procédé nous permet donc de réaliser des économies, et d’obtenir un produit de super qualité », se félicite Jérôme Fritz. En effet, la struvite se présente sous forme de granulés de 1 à 3 mm facilement manipulables. Elle est composée de 12 % de phosphore à dissolution lente, de 6 % d’azote et de 10 % de magnésium. En outre, elle est exempte de métaux lourds, contrairement aux engrais phosphatés issus des minerais.

Un flou réglementaire à lever

La struvite de Sausheim est donc un engrais vertueux à plus d’un titre. Problème : son statut réglementaire n’est pas encore fixé en France, ce qui empêche sa commercialisation. « Au Danemark, elle est considérée comme un produit, donc commercialisable », indique Christelle Metral. L’harmonisation de la réglementation européenne sur les matières fertilisantes devrait lui donner un statut de produit ou de déchet. Selon la catégorie dans laquelle elle se situera, elle pourrait alors être intégrée dans des formules d’engrais composés, être commercialisée pure ou encore enrichir des composts. En attendant, l’or de Sausheim s’accumule. Une autre installation est en travaux en région parisienne. Et d’autres suivront car, chez Suez, on est convaincu que ce modèle d’économie circulaire doit s’intégrer aux prochaines constructions et rénovations de sites qui s’y prêtent.

Sylviculture par placeaux

« Un capharnaüm organisé »

Cultures

Publié le 15/04/2021

Fin décembre 1999, alors que la tempête Lothar s’éloigne, les sylviculteurs se réveillent avec la gueule de bois. Des hectares de forêt sont à terre. Une situation inédite, à laquelle il faut faire face dans l’urgence, alors que le temps sylvicole est, d’habitude, bien plus long… Et puis que faire exactement ? Les options sont nombreuses : laisser faire la nature, replanter, mais quoi, et comment ? Chacun a fait comme il a pu, en fonction des situations et des moyens disponibles.

Vingt ans après, la forêt panse toujours ses plaies, mais elle a repris forme. Là où Lothar avait laissé des millions de mètres cubes de chablis poussent désormais de jeunes arbres, mais avec plus ou moins de succès au regard des objectifs sylvicoles qui sont de produire du bois de qualité, et de régénérer les peuplements. Une technique utilisée pour reboiser les forêts après Lothar a été celle de la plantation par placeaux. Celle-ci consiste à ne pas planter des arbres sur toute la surface à reboiser, mais des petits paquets d’arbres, par placeaux, séparés de zones dites de bourrage, où le forestier laisse libre cours à la régénération naturelle.

Concentrer les efforts

Cette technique a notamment été utilisée à Bust, dans la forêt de l’Hinterwald, propriété de la famille Brua, que Jean Braud, président de l’association forestière des Vosges du Nord, gère depuis 1975, au gré de cinq plans de gestion successifs. Dans cette forêt de 30 ha, qui pousse sur des couches de grès et d’argiles alternées, Lothar a mis à terre 10 ha, essentiellement des perchis d’épicéas âgés de 35 ans. « Nous avons sorti 800 m3 de grumes et 1 500 stères de bois cassés, qui ont été vendus en lots aux habitants du village », raconte Jean Braud. Sur une de ces parcelles de 1,5 ha, des plantations ont été effectuées dès 2001, après le broyage des andains de rémanents d’épicéas en un mulch. Des placeaux ont été alignés en lignes perpendiculaires au chemin de traverse. Distants de 12 m, de 6 m de côté chacun, ces placeaux ont été plantés avec chacun 25 plants de chêne sessile soit, à raison de 60 placeaux par hectare, une densité de 4 400 plants/ha au sein des placeaux, mais de 1 700 plants/ha sur l’ensemble de la parcelle.

Des chiffres qui reflètent l’un des intérêts de la méthode, qui est de concentrer les efforts sur des zones bien précises, ce qui permet de ne travailler que sur 25 % de la surface, contre 100 % lors d’une plantation en plein. Autre avantage de la méthode, elle permet de protéger les arbres les plus au centre des dégâts de gibier. Entre les placeaux, la zone de bourrage est désormais recolonisée par des repousses naturelles de feuillus, qui accompagnent les chênes, et qu’il s’agit de contrôler afin qu’ils ne pénalisent pas la pousse des futurs arbres d’avenir. Car l’objectif est de produire un arbre d’avenir par placeau. À cette fin, le bourrage peut d’ailleurs constituer une roue de secours, si les arbres plantés périssent, ou ne se développent pas de façon à produire des grumes. Dans le même ordre d’idée, la lisière a été laissée à l’état naturel, pour constituer un réservoir de graines locales.

Accélérer des processus naturels

« Cinq ans après Lothar, la forêt s’était refermée, c’était déjà la jungle », rapporte Jean Braud, qui insiste sur la nécessité de piqueter pour retrouver les placeaux et pouvoir effectuer le travail de suivi « nécessaire à l’expression de l’investissement qui a été réalisé ». En effet, en plus de planter les arbres, il a fallu les protéger contre le gibier. 846 mètres de grillage ont été posés, puis enlevés pour pouvoir intervenir dans la forêt. « À raison d’environ 14 €/mètre linéaire pour la mise en place et 3 €/ml pour l'enlèvement, l’engrillagement double le coût de la plantation, sans permettre de protéger totalement le peuplement », constate Jean Braud. En outre, 30 % des plants n’ont pas survécu à la sécheresse de 2003. « Nous avons profité d’une subvention pour regarnir les placeaux mais, avec du recul, ça n’aurait pas été forcément nécessaire », poursuit-il.

Désormais, des tiges d’avenir ont été désignées, à raison de 70 voire 150 par hectare, « ce qui est beaucoup », commente Agathe Baechel, conseillère forestière à la Chambre d’agriculture Alsace. Parmi elles, essentiellement du chêne, et aussi, mais dans une moindre mesure, du bouleau, du charme, de l’épicéa. Au sein de ce « capharnaüm organisé », comme le qualifie Jean Braud, il convient d’effectuer un travail de qualification et de développement, c’est-à-dire de travailler autour des arbres d’avenir, pour leur permettre de produire de belles grumes, sans nœuds, idéales pour leur valorisation en scierie. À ce jeu-là, « chaque placeau est unique », constate le forestier. Et les choix sont souvent cornéliens. « Il s’agit d’imiter la Nature et hâter son œuvre », résume Christophe Schilt, ancien chef du service Valorisation du bois et territoire à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, désormais à son compte.

 

Quand la pression en gibier conduit à la sylviculture de rattrapage

Dans la forêt communale d’Hattmatt, la technique de la plantation par placeaux a aussi été utilisée suite à la tempête Lothar, mais avec moins de succès. Dans cette forêt de 97 ha, dominée par les hêtres, plusieurs parcelles ont été fortement touchées, surtout des hauts perchis d’épicéa. Une fois ce bois sorti, rien n’a été fait durant plusieurs années, pour laisser libre cours à la régénération naturelle : ce sont essentiellement du genêt, des ronces et quelques bouleaux qui se sont installés. Aussi des placeaux de hêtre ou de chênes sessiles ont-ils été plantés en 2006. Entre les placeaux de hêtres pousse essentiellement un bourrage de bouleaux, qui pourrait désormais être éclairci car « les hêtres restent chétifs », constate Camille Almeida Araujo, conseillère forestière à la Chambre d’agriculture Alsace. Elle précise : « Le bouleau n’est pas une essence inintéressante, il y a des marchés en bois énergie et en bois d’ameublement, il s’agit d’une essence pionnière, qui crée une ambiance forestière, mais s’ils sont conservés, il faut les élaguer ». Quelques mètres plus loin, ce sont des chênes sessiles qui ont été plantés en placeaux.

Cette parcelle a dû être entièrement clôturée pour la protéger des cerfs, attirés par un dispositif d’agrainage. Aujourd’hui, l’enclos n’est plus étanche, et les dégâts de cerfs sont visibles, malgré les protections individuelles placées sur les arbres qui ont été prédésignés. « La perte de tiges est assez importante par rapport à la plantation, mais cela ne remet pas en cause l’avenir de la parcelle », analyse Camille Almeida Araujo. Par contre, il y a de quoi démotiver les gestionnaires forestiers. Pour Christophe Schilt, il n’y a pas à tergiverser, le problème c’est l’installation d’agrainage : « On a le restaurant et le gîte côte à côte ». Du coup, « on est dans de la sylviculture de rattrapage », déplore-t-il.

Investir ou cueillir, il faut choisir

Ces deux situations permettent de prendre du recul pour gérer la crise que traverse actuellement la forêt, moins spectaculaire que Lothar, plus insidieuse, mais également préoccupante. Dans la forêt de l’Hinterwald, l’investissement de départ et l’entretien régulier portent leurs fruits. À Hattmatt, les efforts sont gâchés par une pression en gibier trop importante. Face aux changements climatiques, Christophe Schilt incite à se projeter dans l’avenir : « Il faut s’interroger sur le profil de la station dans 50 ans. Si la réserve utile du sol est faible, est-ce que cela vaut encore la peine d’investir ? Ou vaut-il mieux laisser faire la nature et cueillir ce qui vient ? » Il incite les forestiers qui décident de continuer à investir pour produire du bois à s’y tenir, et à ne pas céder à la tentation de petites économies, car elles se paient plus tard : « La forêt ne souffre pas l’économie », campe-t-il. Enfin, il exhorte les forestiers à laisser le petit bois au sol, sans le brûler, le broyer, ni l’andainer, car « c’est la fertilité des sols de demain ».

 

??‍?[FORET] Une réunion forestière dans les Vosges du Nord s'est déroulée avec les sylviculteurs venus découvrir les...

Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 30 mars 2021

 

Gel du 5 au 7 avril

Des dégâts à quantifier

Cultures

Publié le 07/04/2021

Une gelée au mois d’avril, cela n’a rien d’anormal. Ce qui l’est davantage, ce sont les journées où le mercure a avoisiné les 30 °C qui l’ont précédée. En effet, boostée par ces conditions, la végétation avait bien repris, et certains arbres fruitiers étaient en passe d’achever leur floraison. La chute vertigineuse des températures pouvait donc agir comme un couperet. Mercredi 7 avril, après avoir sillonné les bassins de production, Philippe Jacques, conseillé arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace, est mesuré dans ses observations : « L’intensité des dégâts est très corrélée à la chute ou à l’absence de précipitations le lundi soir. Les dégâts sont plus importants là où il a plu, par exemple à Westhoffen, que là où il n’a pas plu, comme à Traenheim ou à Balbronn. » Autre facteur déterminant, le stade atteint par les arbres fruitiers. Pour les pêchers et les abricotiers, qui étaient en fin de floraison, cet épisode de gel aura des conséquences, « à ce stade, ça ne pardonne pas », constate Philippe Jacques. À moins que les arboriculteurs aient mis en place des protections dans leurs vergers. C’est le cas de Daniel Dettling, arboriculteur à Westhoffen, qui a disposé des bougies de paraffine dans 1 ha de vergers de pêchers et d’abricotiers car ce sont à la fois les arbres les plus menacés par cet épisode, et des fruits dont la bonne valeur marchande justifie un investissement dans la protection. Avec 200 à 300 bougies par hectare, à raison de 10 € par bougie, le coût de l’opération n’est pas négligeable. Mais, en faisant gagner 3 à 4 °C, la récolte peut être sauvée. Daniel Dettling a allumé ses bougies dans la nuit de lundi à mardi, « dans la nuit de mardi à mercredi il n’y a pas eu besoin, mais je les laisse en place pour être prêt à intervenir si nécessaire », poursuit-il.

La production arboricole suspendue à la météo d’après gel

Les mirabelliers, les quetschiers étaient en début de floraison lorsque le froid est descendu du nord. Et ça change tout. À ce stade, le gel a même un effet positif, celui de faire le travail des arboriculteurs : « Nous sommes en train de revoir notre programme d’interventions qui visent à réguler la production, notamment à favoriser l’induction florale pour l’année prochaine », explique Philippe Jacques. En effet, en éliminant certains boutons floraux cette année, le gel s’en est chargé. Quant à l’incidence sur la production de cette année, tout va dépendre de la météo des jours à venir. En effet « 30 à 60 % des fleurs ont gelé sur mirabelliers et poiriers, mais on arrive à faire la production avec 10 % de la floraison, donc à ce jour, on n’a pas encore perdu de production ». Par contre, celle-ci risque d’être entamée si les jours qui viennent ne sont pas propices à la pollinisation et à la nouaison. « Nous sommes donc dans l’expectative de la météo. » A priori, avec du vent et des températures fraîches, le temps s’annonce peu favorable aux pollinisateurs. Mais comme les prévisions changent d’heures en heures « nous n’avons pas de visibilité », constate Philippe Jacques. La récolte pourra donc être normale, catastrophique, ou moyenne.

Les petits fruits épargnés

Pour les cerisiers, les conséquences du gel seront variables entre les variétés tardives ou précoces. Si la floraison était presque achevée il y aura des dégâts, sauf si les vergers ont été protégés. Si les cerisiers étaient au stade début de floraison, le constat est le même que plus haut, il faudra attendre la suite des événements. Si elle n’avait pas commencé, la récolte sera probablement normale : « Les bourgeons gelés ne fleuriront pas, mais les autres oui, et ils seront suffisants pour faire la production », indique Philippe Jacques. Les températures ne sont pas descendues suffisamment bas pour impacter les petits fruits, qui résistent à des températures allant jusqu’à - 7 °C. Par contre, les bourgeons des variétés précoces de raisin de table, qui étaient entrés en floraison, ont pu périr.

Certaines premières betteraves touchées

Côté grandes cultures, il est trop tôt pour déterminer si l’épisode de gel a engendré des dégâts significatifs. Pour le colza, Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace, ne constate « pas de dégâts visibles, hormis quelques parcelles avec des tiges un peu courbées, qui peuvent se redresser ». Dans certains secteurs, selon le niveau de températures atteint, les premières betteraves semées, et qui avaient commencé à lever, ont pu être atteintes. « Nous n’avons pas encore de données précises. Les expertises sont en cours », indique Laurent Rudloff, responsable du secteur agro-betteravier à la sucrerie d’Erstein. Impossible de quantifier les dégâts, car certaines parcelles peuvent s’en remettre, d’autres moins.

Dans le vignoble, il va falloir compter

Dans le vignoble, les conseillers viticoles de Chambre d’agriculture Alsace ont observé des dégâts, mais leur gravité reste à estimer. « Ils sont liés au stade végétatif des vignes et à l’intensité du gel », résume Marie-Noëlle Lauer, conseillère viticole. Pierrick Gendron, directeur de Vitivina, rapporte aussi que certains cépages ont été touchés, notamment « des gewurztraminers et plutôt dans les bas-fonds ».

Quelques asperges et fraises perdues

Les cultures spéciales s’en sortent bien. Le houblon, tant qu’il n’était pas mis au fil, est intact. Seules les asperges qui affleuraient sous les bâches de protection ont gelé et ne seront pas récoltées. « La pousse va être ralentie pendant quelques jours, mais elle va redémarrer dès le retour des conditions propices. Et il n’y a pas de casse au niveau végétatif », constate Philippe Sigrist, conseiller à Planète Légumes. Le gel a par ailleurs pu faire périr quelques fleurs de fraisiers, ce qui va retarder leur précocité, mais pas significativement impacter le niveau de production, indique Lilian Boullard, conseiller à Planète Légumes. Le gel printanier peut aussi impacter les céleris-raves implantés fin mars. « Comme la carotte, cette plante bisannuelle remplit son organe de réserve la première année, et monte à graine la deuxième. Mais, confrontée à un coup de gel précoce, elle risque de monter à fleur dès la première année, et donc de devenir inrécoltable », explique le conseiller. Les dégâts de gel ne sont pas visibles avant cette montée à graine, d’où l’intérêt de protéger les céleris en les couvrant afin de prévenir ce risque.

On a eu chaud…

Contrairement à d’autres régions françaises, où les dégâts dans les vergers et les vignobles sont nettement plus marqués, l’Alsace s’en sort bien. Pour cette fois. Mais l’année 2017, où une gelée avait fait suite à une longue période de beau temps, mettant un terme brutal à un début de végétation luxuriant, reste dans les mémoires. Ces événements sont-ils eux aussi une conséquence du changement climatique ? Faut-il s’attendre à l’avenir à voir régulièrement des périodes de douceur printanière s’achever dans la glace ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude, mais ce n’est pas impossible. Dès lors, la protection des productions agricoles contre ce risque mérite d’être envisagée.

Sucrerie d’Erstein

Objectif plus 2 000 ha pour 2022

Cultures

Publié le 29/03/2021

Depuis 2017 et la fin des quotas sucriers, la filière betteravière traverse des années difficiles, affectée par des marchés longtemps atones, des problèmes sanitaires… Résultat, la surface betteravière a baissé en Alsace. Et, alors que la sucrerie a besoin d’au moins 7 000 ha de betteraves pour tourner à plein régime et donc être pleinement rentable, la surface s’est encore réduite cette année passant de 6 000 à… 5 300 ha. Le compte n’y est pas. « Cette situation n’est pas viable pour la sucrerie d’Erstein », explique Olivier de Bohan, président de Cristal Union. L’Alsace est donc confrontée à un véritable enjeu : il faut augmenter la sole betteravière pour pérenniser la filière. « Nous avons pu constater la capacité d’adaptation des planteurs historiques par le passé, mais aussi leur limite. C’est pourquoi nous devons aller chercher au moins 2 000 ha de betteraves supplémentaires auprès de nouveaux producteurs pour 2022. C’est un point majeur car de ces 2 000 hectares supplémentaires se décidera l’avenir du site », annonce Olivier de Bohan. Gérard Lorber, président de la section d'Erstein, est optimiste car la région a la capacité de répondre à cet objectif d’augmentation de 2 000 ha. Pour y parvenir, une équipe de techniciens va être déployée dès ce printemps pour démarcher des agriculteurs sur le terrain et démontrer les forts atouts de la culture de la betterave.

L’associée idéale du maïs

Car la filière betteravière ne manque pas d’atouts. Il y a tout d’abord la sucrerie d’Erstein, dans laquelle Cristal Union a régulièrement investi. Elle traite actuellement quelque 6 500 t de betteraves/j pour produire 1000 t de sucre/j, grâce à une capacité de cristallisation qui a été doublée. Mais elle a les capacités de traiter beaucoup plus. Le site pourrait aller jusqu’à 9 000 hectares ! Si cet outil industriel performant devait être fermé, il serait définitivement perdu et cela signifierait la fin de la culture de la betterave en Alsace. Or la betterave constitue une partenaire idéale du maïs dans les successions culturales. « La diversité des assolements n’est pas seulement rendue obligatoire par la Pac, elle est aussi de plus en plus souvent exigée par nos clients car les consommateurs eux-mêmes sont de plus en plus soucieux des conditions de production de leur alimentation. Pour conserver nos débouchés, nous devons désormais garantir certaines conditions de production. C’est une question de commerce », pointe Olivier de Bohan. En outre, pour contenir la population de chrysomèles des racines du maïs à un niveau acceptable pour la culture phare de la plaine d’Alsace, la rotation culturale constitue la mesure la plus efficace et la plus économique à mettre en œuvre. Se priver de la betterave, c’est donc se priver d’une arme mais aussi d’une source de revenu car la betterave est une culture économiquement très intéressante à produire en Alsace. « En 2020, le bassin d’Erstein affiche le deuxième rendement agricole du groupe », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe, qui avance encore « le potentiel d’irrigation de la plaine d’Alsace confère de la résilience aux cultures ». Gérard Lorber, président de la section d’Erstein, met quant à lui en avant la capacité de la betterave à valoriser les précipitations automnales, surtout après un été sec. Enfin, pour les éleveurs, les pulpes de betterave surpressées représentent un ingrédient riche en énergie, bienvenu dans les rations des vaches laitières.

Une filière sécurisante

La betterave est l'une des seules cultures qui peut être valorisée de trois façons différentes : en sucre, en alcool et en éthanol. Un atout majeur, qui permet à l’industrie betteravière de s’adapter avec agilité, en fonction des besoins du marché, et tout cela au plus proche des consommateurs. Au-delà des atouts agronomiques de la betterave, Olivier de Bohan avance des arguments socio-économiques : « Grâce à l’organisation des producteurs en coopérative, ils sont aussi fournisseurs d’alcool et de sucre, commercialisés en direct par Cristalco, la filiale commerciale du groupe Cristal Union. Un très bon exemple de circuits court », pointe Olivier de Bohan. Il ajoute : « Lorsque l’épidémie de coronavirus a démarré en France, nous avons manqué de masques, nous avons manqué de tests, mais jamais de gel hydro-alcoolique car nous le produisions en direct sur nos territoires avec nos betteraves ! ». L’organisation collective de la filière permet aussi de mutualiser les chantiers, du semis à la récolte, en lien avec un service technique bien rodé, « les nouveaux planteurs n’auront donc pas d’investissements spécifiques à prévoir pour se lancer dans la culture », indique Bruno Labilloy. Enfin, l’Alsace bénéficie d’une position géographique stratégique, et de la marque « Erstein », appréciée par les consommateurs locaux, et qui a « toute sa place dans notre politique d’élargissement de notre gamme », assure Olivier de Bohan.

« La jaunisse est derrière nous »

Tous ces atouts n’ont pas empêché la surface accordée à la betterave dans les assolements de baisser. Plusieurs raisons viennent expliquer ce revers. Tout d’abord l’épisode de jaunisse en 2020, lié à la fois à une forte pression en pucerons, et au retrait des néonicotinoïdes, qui a rendu la maîtrise du ravageur plus difficile, donc la propagation du virus plus aisée. « Ça a été une descente aux enfers avec, au final, une baisse des rendements de 30 %, au niveau national », concède Olivier de Bohan. Mais il préfère regarder l’avenir : « Cette crise sanitaire de la jaunisse est derrière nous. Elle a démontré notre capacité à réagir et celle de notre ministre de l'Agriculture à prendre les décisions qui s’imposaient, en permettant le retour dérogatoire pour trois ans des néonicotinoïdes en enrobage de semences, pour la culture de la betterave, le temps de trouver des alternatives efficaces. » Certes, quelques points restent à éclaircir sur les conditions d’emploi des semences traitées, mais l’Anses devrait apporter des réponses « d’ici septembre ». Au-delà, « il faudra tirer les enseignements de cette crise », analyse Olivier de Bohan. Le principal, c’est qu’il faut intensifier les travaux de recherche, que ce soit en génétique ou en biocontrôle. Mais, plutôt que de se focaliser sur une année 2020 qui a été « exceptionnelle », il appelle à prendre du recul. « Nous avons tous les ingrédients pour produire de la betterave de manière durable. D’autant plus en Alsace, où elles ont été relativement épargnées par l’épidémie de jaunisse. Et puis, aucune production n’est à l’abri d’une crise sanitaire mais je reste confiant car la recherche progresse extrêmement vite… », dit-il.

Vers une meilleure rémunération de la betterave

Un optimisme qui vaut aussi en ce qui concerne les marchés « qui repartent à la hausse, souligne Olivier de Bohan. Il développe : « Nous bénéficions, bien sûr, de l’amélioration progressive des marchés. Mais, surtout, nous avons su prendre les décisions qui s’imposaient, en restructurant notre outil industriel, quand il en était encore temps. Nous savions que nous ne pouvions maintenir tous nos sites de production, sous peine de fragiliser l’ensemble du groupe. Nous avons la preuve, aujourd’hui, de la pertinence de cette stratégie car, alors que certains acteurs ont été très affaiblis par la jaunisse de la betterave, nous allons être en mesure, malgré cette crise, d’afficher de bons résultats et une situation financière totalement saine cette année ». Ce qui permet d’envisager une meilleure rémunération de la betterave. La coopérative a donc de bonnes nouvelles à annoncer à ses planteurs, lors des prochaines assemblées de section, qui auront lieu mi-mai, sous format distanciel.

Malgré les épidémies - de coronavirus et de jaunisse - qui ont perturbé 2020, annus horribilis de la filière betteravière, « nous avons su résister, grâce aux décisions qui ont été prises. Notre restructuration nous confère davantage de flexibilité. Elle nous permet de résister, lorsque les cours sont bas, et d’être performants, lorsqu’ils repartent à la hausse, comme c’est le cas actuellement ». Les marchés se portent mieux, les solutions agronomiques aux problèmes sanitaires arrivent. Il faut aller de l’avant. Le moment est donc essentiel pour l’Alsace : augmenter significativement les surfaces emblavées de 2 000 ha pour ne pas laisser s’éteindre la sucrerie

Projet AgroHoublon

L’agroécologie s’arrime dans les houblonnières

Technique

Publié le 21/03/2021

Le houblon n’en finit pas de surfer sur la crête de la vague. Malgré ce succès, et parce que le houblon reste, avec ses quelques 500 ha de production en France, une culture mineure, sa transition agroécologique n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est face à ce constat qu’est né le projet collectif AgroHoublon, regroupant le lycée agricole d’Obernai, une dizaine de producteurs émanant de l’Association des producteurs de houblon d’Alsace (Apha), la fondation Kronenbourg et l’association Pour une agriculture du vivant (PADV). Son objectif : « Accompagner les houblonniers dans la transition agroécologique », pose Véronique Stangret, du lycée agricole d’Obernai, animatrice du projet AgroHoublon.

L’initiative a été engagée en septembre 2019, « parce que plusieurs acteurs voulaient faire bouger les lignes, et parce que l’agroécologie nous intéresse par ses valeurs. Nous avons donc voulu encourager des planteurs à s’engager dans cette voie », se remémore Agnès d’Anthonay, administratrice de la Fondation Kronenbourg. « Nous sommes partis d’une feuille blanche, et avec une certaine humilité, car il n’y a pas de définition unique de l’agroécologie. Dans un premier temps, il a fallu impulser la dynamique, en sensibilisant les acteurs, en créant un référentiel, en montant des petits groupes », poursuit-elle.

 

 

 

 

S’inspirer de la viticulture

Pour se former et comme il n’existe pas de spécialistes à la fois du houblon et de l’agroécologie, le lycée agricole d’Obernai, qui anime le projet, se rapproche d’acteurs du monde viticole, car vignes et houblonnières présentent des similitudes, en tant que monocultures pérennes, tant au niveau des itinéraires techniques que des problématiques sanitaires. « Suite à ces échanges, il nous revient de nous appuyer sur les connaissances existantes, pour tester des choses en houblonnière, et observer comment le houblon réagit, afin de créer des itinéraires techniques qui soient adaptés à la fois au couvert et au houblon », détaille Véronique Stangret.

Deux enjeux majeurs ont été identifiés : le sol et son maintien en bon état de fonctionnement afin de profiter durablement de sa capacité de production, ainsi que l’introduction d’arbres dans les houblonnières, avec pour objectifs de bénéficier de leur impact positif sur la biodiversité, l’ombrage… Des protocoles techniques ont ensuite été élaborés, identifiant notamment les indicateurs utilisés pour discriminer les expérimentations, « sachant que les observations peuvent être effectuées à travers différents prismes, qui ne sont pas exclusifs les uns des autres », pointe Agnès d’Anthonay. Trois éléments seront particulièrement surveillés : la capacité des systèmes à être économes en eau, à séquestrer du carbone et à préserver la biodiversité.

Des couverts adaptés

Dans un premier temps, des essais de paillage des houblonnières ont été effectués, avec succès puisqu’il a été prouvé que « la couverture végétale permet de maintenir l’humidité du sol », rapporte Véronique Stangret. Les maladies et les ravageurs sont observés sur un des sites paillés, afin de déterminer si le maintien de l’humidité a pour effet secondaire de favoriser leur émergence. À l’avenir, des essais seront menés afin de tester l’effet de l’implantation de couverts vivants dans la paille, avec comme hypothèse que l’amélioration de la vie du sol, induite par les couverts vivants, constitue un levier pour concurrencer les organismes pathogènes. À terme, l’objectif est de garder le sol couvert, pourquoi pas avec un enherbement permanent, mais a priori au départ plutôt avec des couverts qui seront roulés. En effet, les interventions au printemps sont nombreuses dans les houblonnières, ce qui nécessite de trouver un compromis entre biomasse des couverts, et passages de tracteurs : « On peut rouler des céréales, mais pas de la féverole, par exemple », illustre Véronique Stangret.

Des moutons, mais par touches

Par ailleurs, le lycée agricole teste l’introduction de moutons dans les houblonnières. « Ces derniers broutent le feuillage bas des lianes, une opération de défanage qui sinon se réalise thermiquement ou chimiquement, afin d’assurer la circulation de l’air au sein de la houblonnière », explique Véronique Stangret. L’introduction du pâturage présente des avantages : économie d’un traitement, fertilisation par les déjections animales, source de fourrage supplémentaire, mais aussi des inconvénients, puisque les moutons s’attaqueront aussi aux couverts, et que les moutons doivent être absents des houblonnières avant et après chaque traitement. « La solution résidera sans doute dans des touches de pâturage », présage Véronique Stangret.

 

 

À l’ombre des arbres

Suite à des rencontres qui ont eu lieu au printemps dernier avec l’association Haies vives d’Alsace (HVA), quatre agriculteurs ont planté des haies cet hiver aux abords de houblonnières. Il s’agit d’Adrien Harter à Duntzenheim, Francis Woehl à Seebach, Jean-Noël Burg à Batzendorf et Félix Meyer à Mittelschaeffolsheim, auxquels s’ajoute la ferme du lycée agricole d’Obernai. « Dans un écosystème naturel, le houblon est une liane, qui utilise les arbres comme tuteurs pour se déployer », note Véronique Stangret. En outre, houblon et arbre peuvent développer des mycorhizes, sources d’échanges d’eau et de minéraux entre les espèces végétales via les filaments mycéliens.

La question de la compétition pour l’eau entre le houblon et les arbres est évidemment prégnante. « Si les arbres entrent en compétition pour la ressource en eau avec le houblon lorsqu’elle n’est que partiellement limitante, ils peuvent devenir un atout lorsque l’aridité est très rude, en redistribuant l’eau puisée profondément par leurs racines, en créant des zones de condensation, et en créant un effet d’ombrage qui va protéger les houblons du rayonnement auquel il est sensible. En outre, si on se projette dans un futur aride, mieux vaut planter des arbres maintenant, car à terme, des jeunes arbres peuvent peiner à s’enraciner », estime l’animatrice du projet. Aussi, la présence d’arbres pourrait avantageusement compléter l’irrigation au goutte-à-goutte, qui équipe de plus en plus de houblonnières, mais qui étanche la demande hydrique du houblon sans contrer les températures élevées, ni le rayonnement.

Néanmoins, les houblonniers avancent avec prudence. Pour l’instant, les arbres ont été plantés au bord des houblonnières, ou dans les zones d’ancrage, mais pas encore au sein des échafaudages. Non seulement parce que cela nécessite d’enlever des plants de houblon, mais aussi parce que cela peut endommager les structures existantes. D’autres interrogations concernent les essences d’arbres à privilégier, et celles à éviter : « Parmi les ravageurs des prunus et du houblon figure une même espèce de puceron. Une donnée qui peut être appréhendée de deux manières : ne pas mettre de prunus pour ne pas attirer de puceron dans les houblonnières, ou, dans une approche plus écosystémique, planter des prunus, au risque d’attirer le puceron, mais aussi ses auxiliaires », illustre Véronique Stangret. Les plantations ont été effectuées en partenariat avec l’association HVA, qui a fourni des plants labellisés Végétal local, a assuré la logistique des chantiers, qui ont été réalisés avec des apprenants de l’Établissement public local d’enseignement (EPL) et de formation professionnelle agricoles du Bas-Rhin.

Un projet de filière

Les premières plantations ont été financées à 80 % par des subventions de la Région Grand Est via HVA et à 20 % par la Fondation Kronenbourg. « Nous nous sommes engagés à soutenir le projet durant 3,5 ans, mais les montants que nous allouons au projet ne sont pas fixés », précise Agnès d’Anthonay. Pour la première année, ils s’élèvent à 50 000 €. En s’engageant dans ce projet, « la Fondation Kronenbourg se positionne en tant qu’émanation d’une activité brassicole qui a vocation à transformer des matières premières agricoles », précise Agnès d’Anthonay. « Notre production est dépendante de l’agriculture, qui a de nombreux défis à relever, il est donc cohérent d’apporter notre pierre à l’édifice… D’ailleurs, nous sommes tous dépendants de l’agriculture », conclut-elle.

 

 

 

Belle après midi de restitution pour nos APV 1, dans le cadre du projet AgroHoublon, où ils ont présenté leurs calculs...

Publiée par BTS APV Lycée agricole d'Obernai sur Lundi 15 février 2021

 

 

Tour de plaine

Après le gel…

Cultures

Publié le 04/03/2021

Si, visuellement, la plaine a pris une teinte jaunâtre, liée à des brûlures foliaires sur blé, les observations des spécialistes sont plutôt rassurantes. « Il n’y a pas de dégât de gel sur les céréales d’hiver », résume Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis - Institut du végétal. Généralement, la couche de neige était suffisante pour protéger les plants et, certes, le froid a été intense mais il avait été précédé de conditions propices à l’endurcissement des céréales.

Les colzas aussi font quelquefois grise mine mais, selon l’hydromorphie, la présence de neige, la variété, la pression des ravageurs, ils peuvent se remettre. Et, parfois, rapidement, avec le retour du beau temps. La fertilisation azotée peut alors être ajustée à la défoliation et à la biomasse mesurée. En outre, avec le retour du soleil et de températures clémentes, les ravageurs sont à surveiller de près car, d’après les observations de terrain de Terres Inovia, relayées sur les réseaux sociaux, il y a déjà du monde dans les cuvettes…

 

[Actu Nord&Est] Un épisode de #gel a sévi sur la zone nord-est du 12 au 14 février avec des températures minimales qui...

Publiée par Terres Inovia sur Jeudi 25 février 2021

 

Comptoir agricole

Une vague bio

Vie professionnelle

Publié le 25/02/2021

L’assemblée générale du Comptoir agricole s’est déroulée cette année le 19 février, à huis clos, en présence des délégués de chaque secteur, préalablement désignés en assemblées de section, qui s’étaient déroulées auparavant… par correspondance.

« Cette récolte 2019 a été très bonne en blé, tant en termes qualitatifs que quantitatifs », rappelle Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. En maïs, suite à un été sec, les rendements ont été pénalisés, avec un rendement moyen de 95-96 q/ha. Au final, la coopérative a collecté 480 000 t de céréales, soit 780 t de plus que l’an passé, avec une répartition qui évolue entre le maïs (323 000 t) et le blé (140 000 t), au profit du second. La vente des céréales a généré un chiffre d’affaires de 93 millions d’euros (M€) (+2,10 M€), à comparer aux 41 M€ générés par la vente d’agrofournitures, un chiffre assez stable, essentiellement constitué par les ventes d’engrais (42 %), suivies des semences (26 %) et des produits phytosanitaires (25 %).

Un centre bio à Marlenheim

Cette campagne 2019 a été marquée par une nette hausse des ventes de céréales bio, avec 1 400 t vendues, soit une hausse de 525 t. « Ça reste peu, concède Denis Fend, mais il s’agit d’une progression de + 40 %, qui ramène de la valeur ajoutée. » Si le blé domine largement (570 t), la gamme des céréales bio commercialisées par la coopérative est très variée. Une évolution que le Comptoir agricole accompagne avec des investissements spécifiques. En effet, la gestion des céréales bio nécessite davantage de traitements et de manipulations : « Nous recevons des lots très variables, avec davantage de produits indésirables, de contaminants potentiels, il y a aussi plus de travail de conditionnement », illustre Denis Fend. Aussi, un site a-t-il été dédié au traitement des céréales bio, à Marlenheim. « Nous sommes en train de valider les différents itinéraires nécessaires à mettre en place pour correspondre aux attentes de nos clients », poursuit le directeur.

Installer la bio à Marlenheim a été accompagné par le déménagement du laboratoire qualité sur ce site. Une évolution qui était dans les cartons, et que l’essor de la bio a entérinée : « Gérer des céréales bio requiert d’effectuer énormément d’analyses, notamment sur les mycotoxines, mais aussi d’assurer la traçabilité de petits lots. Cela pèse sur la logistique et il devenait indispensable d’investir dans de nouveaux locaux. »

Le houblon impacté par les sécheresses estivales

Le houblon affiche une baisse de la collecte de - 5 %, à 768 t, contre 806 t lors de l’exercice précédent, ce qui reste raisonnable au regard des trois années de sécheresse, qui plus est pour une culture qui est encore peu irriguée. Les étés secs et caniculaires ont davantage impacté les teneurs en acides alpha. La surface de production a légèrement augmenté, passant de 465 à 472 ha, dont 20 ha en bio, alors que la demande en houblon bio français est forte, portée par l’essor des brasseries artisanales. Cette hausse de surface concerne cependant uniquement des producteurs historiques, il n’y a pas encore de jeunes qui se lancent dans la culture du houblon. Le Comptoir agricole poursuit sa politique de création variétale : « De nouvelles variétés arrivent encore sur le marché », indique Denis Fend. Pour l’instant, le chiffre d’affaires généré par la vente de houblon est encore en hausse de + 0,20 M€, à 6,60 M€, mais cette dynamique pourrait être ralentie à plus ou moins long terme par l’épidémie de coronavirus (lire encadré).

Plus de 200 000 doses de semences de maïs produites

Autre filière qui se porte bien, celle du maïs semences, qui a vu sa surface progresser de 24 %, à 904 ha, après une année de stagnation. Une hausse rendue possible par une conjoncture favorable : « La production de semences de maïs n’a pas été bonne dans les autres régions productrices, et il y a eu une progression des ventes des doses de semences. » Cette hausse des surfaces s’est traduite par une augmentation du nombre de doses produites, qui passe la barre des 200 000. Une tendance qui devrait se confirmer dans les années à venir, car la demande émanant de KWS, client historique du Comptoir agricole, est « très forte », et car la coopérative a étoffé son portefeuille de clients. D’autres semenciers vont-ils encore être approchés ? Par forcément : « Ils ont tous des exigences qui sont différentes. Et si travailler avec un nouveau semencier nécessite de devoir investir dans une nouvelle ligne de fabrication, ce n’est pas nécessairement intéressant », indique Denis Fend. Depuis 2018, toutes les surfaces consacrées à la production de semences de maïs doivent être irriguées. Une sécurité que le Comptoir agricole encourage d’étendre à toutes les cultures à valeur ajoutée, tout en travaillant sur les modes d’irrigation afin de gagner en efficience.

Porcs et bovins, des dynamiques différentes

L’activité de vente d’animaux d’élevage a généré un chiffre d’affaires de 34,50 M€, en hausse de 3,20 M€, constitué à 50 % des ventes de porcins, à 47 % de celles de bovins et à 3 % des ventes de fournitures et des prestations vétérinaires. Il faut ici distinguer l’activité porcine, qui se porte plutôt bien, avec des prix corrects et une hausse du nombre d’animaux collectés (+ 9 %), de l’activité bovine, qui est confrontée à des prix très bas depuis deux ans. « La collecte augmente aussi, en nombre de têtes, mais il s’agit surtout d’animaux de réforme », note Denis Fend. Mieux valoriser la viande bovine collectée en Alsace via une marque locale, « c’est très compliqué », car il faut arriver à valoriser par cette voie tous les morceaux d’une carcasse, les « nobles » comme les « bas », alors que ces derniers ont de plus en plus tendance à servir de base à la fabrication de viande hachée. Mais « nous ne baissons pas les bras ! », affirme Denis Fend. À noter aussi que si le Comptoir agricole travaille toujours avec la coopérative Cloé pour la commercialisation des bovins, celle des porcins est entièrement gérée en interne, grâce notamment à une équipe et une flotte de camions dédiée.

L’activité viticole est marquée par l’essor de la bio, qui a conduit à nommer un référent dédié à la conduite biologique de la vigne au sein de la filière VitiVina (née de la fusion, en 2017, des coopératives d’Appro du Piémont, Alsace Appro et de la filiale Viti.com du Comptoir agricole). Le chiffre d’affaires est stable, à 18,50 M€ ; il est constitué à près de 50 % par les ventes de fournitures de packaging.

Du côté des filiales, Nicolas Koenig a pris la direction de Gustave Muller. Eurépi a expédié près de 935 000 t de céréales durant l’exercice 2019-2020, engendrant un chiffre d’affaires de 169 M€. « Actuellement, les cours des céréales sont en hausse. Mais impossible de savoir si cela va durer, on a vu de tout par le passé », indique Denis Fend. À l’échelle locale en tout cas, les étés secs ont tendance à faire fluctuer la collecte, et plutôt à la baisse, car il y a davantage de maïs qui est ensilé pour nourrir le bétail, et les méthaniseurs.

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