Le président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry, était de sortie, le jeudi 19 juillet. À l’invitation de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), il a visité deux entreprises de Hœrdt, en compagnie de plusieurs conseillers départementaux. Parmi eux, Christiane Wolfhugel, Étienne Burger, Étienne Wolf, Rémi Bertrand, ainsi que Marcel Bauer, président de la commission agricole du Conseil départemental.
Élus départementaux et responsables agricoles se sont retrouvés à l’entreprise paysagiste René Wolff et fils, spécialisée dans les espaces verts et le service à la personne. Ils y ont été accueillis par Denis Riedinger, maire de Hœrdt, et Denis Ramspacher, 1er vice-président de la CAA. « L’an dernier, nous étions dans la montagne, a indiqué ce dernier. Cette année, nous changeons de décor, l’objectif étant de montrer la diversité de l’agriculture alsacienne. » Une stratégie qui se révèle payante, puisqu’elle a permis d’installer de nombreux jeunes agriculteurs et qu’elle est porteuse d’emplois.
Une affaire de famille
« L’entreprise Espaces Verts René Wolff et fils a été créée en 1966 par mes parents, a indiqué Jacky Wolff. Ma mère s’occupait des champs, mon père des jardins : il produisait du gazon et effectuait des plantations. » Quelques années plus tard, l’entreprise réalise ses premiers travaux de dallage et de pavage. En 1975, la famille Wolff construit son premier hall. « Depuis, nous construisons régulièrement de nouveaux bâtiments pour nous agrandir. » Le dernier projet en date est la construction d’un « show room ». Dans les années 1990 démarrent les premiers chantiers d’aménagement urbain à Strasbourg, les plus emblématiques étant ceux du tram (CTS), menés à titre individuel ou en cotraitance avec d’autres entreprises, comme l’entreprise paysagiste Thierry Muller. « Nous travaillons la terre, le végétal, le fer, le bois, le béton, en hauteur ou à l’horizontale. »
Les pépinières Wolff produisent elles-mêmes une partie des végétaux qu’elles mettent en œuvre. « Cela reste la source de notre métier ». Mais au fil du temps, d’autres activités ont pris le dessus : outre la conception et l’aménagement d’espaces verts pour les collectivités, les entreprises et les particuliers, la famille Wolff a créé une entreprise de services à la personne (entretien de jardins), dirigée par Nicolas Wolff, le fils de Jacky. C’est une affaire de famille : « Ma sœur a longtemps géré la comptabilité, ma belle-fille Magalie a pris la relève. Mon épouse assure le volet administratif. Le moment est venu pour moi de passer la main. C’est Nicolas qui prendra le relais, d’ici quelque temps. Cette succession, nous la préparons depuis dix ans. »
Une trentaine de salariés travaillent dans ces deux structures, dont deux apprentis, le nombre de salariés variant selon les saisons. « L’entreprise n’aurait pas pu en arriver là sans leur implication, et ce quel que soit leur niveau de qualification, employés, agents de maîtrise ou cadres. Nous cultivons le bien-être au travail. » Et ça marche : l’ancienneté moyenne des collaborateurs est de 16 ans. Tous les ans, l’entreprise accueille des stagiaires, notamment des collégiens dans le cadre des stages « Découverte des métiers ».
Faciliter l’insertion des migrants par le travail
Plus original, elle est membre du réseau des « entreprises accueillantes » du parcours immersion des bénéficiaires du RSA. Récemment, elle a accueilli deux réfugiés en période d’observation professionnelle, dans le cadre du dispositif de formation FLAG mis en place conjointement par la CAA, Germa Alsace et le Département du Bas-Rhin. Un dispositif que Sébastien Libbrecht, chef du service formation-emploi de la CAA, et Matthias Lienhart, coordinateur de cette formation, ont présenté aux conseillers départementaux. « Nous projetons de poursuivre, voire d’étendre cette expérimentation à l’avenir. Nous devrions former une cinquantaine de réfugiés en 2018, voire plus en 2019. »
La formation est, pour Jacky Wolff, une priorité. « Nos salariés ont des cursus hétéroclites : nous embauchons du CAP à la Licence pro, parfois de métiers tout à fait différents. Certains de nos salariés ont choisi de se reconvertir dans le paysagisme après une carrière dans l’informatique, la sidérurgie, et même l’imprimerie. » Président du CFA d’Obernai, Jacky Wolff accorde une grande place à l’apprentissage : « Nous avons formé 36 apprentis depuis 1978. Neuf d’entre eux sont toujours membres de l’entreprise. » Celle-ci mène une politique de formation active pour permettre à ses salariés d’entretenir et développer leurs compétences et se forger un patrimoine de connaissances. Ces dernières années, les difficultés de recrutement se sont accrues, a-t-il souligné. « Nous travaillons avec l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) sur ce dossier. »
Le monde imaginaire de Catherine Muller
Catherine Muller, présidente de l’Unep Grand Est, le confirme, « nous manquons de bras. » La profession fait une large place, dans ses entreprises, aux publics en difficulté ou en insertion. « Et nous sommes prêts à accueillir des migrants. » Le secteur du paysage représente 30 000 entreprises en France et emploie 92 000 salariés, pour un chiffre d’affaires de plus de 5 milliards d’euros. Dans le Bas-Rhin, on recense 227 entreprises pour 1 700 salariés. « Nous avons trois cibles : les collectivités, les grands donneurs d’ordre privés (promoteurs immobiliers et bailleurs sociaux) et les particuliers, qui constituent tout de même 40 % de la clientèle. »
« Imaginez une ville sans arbres, sans plantes, sans gazon, une ville grise, sentant la poussière… Un cauchemar ! » Par cet exemple, Catherine Muller a voulu frapper les esprits et souligner la contribution des entreprises du paysage à la lutte contre le réchauffement climatique, par la création d’îlots de fraîcheur dans les villes, par la plantation d’arbres, par la mise en œuvre de trames vertes et bleues.
« Cette approche me plaît bien, a souligné Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Cela prouve qu’à travers l’activité économique, nous sommes en capacité de répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux. Nous avons besoin de personnes qualifiées qui nous secondent dans nos métiers, mais aussi de travailleurs occasionnels. Quand le chômage baisse, il est difficile de trouver des saisonniers et de les fidéliser. Pour la première fois en Alsace, des parcelles d’asperges n’ont pas pu être récoltées, faute de main-d’œuvre. »
Franck Sander a insisté sur le rôle du Département en matière d’aménagement foncier et de valorisation des produits agricoles. « À l’avenir, les appels d’offres devront être formulés de manière à lever les freins qui empêchent les produits locaux de figurer en bonne place dans les assiettes des collégiens. Le low cost ne peut pas être la solution : cela ne nous permettra pas d’améliorer nos revenus, ni la santé de nos enfants. »
Particulièrement sensible à la problématique de l’emploi, Frédéric Bierry a rappelé la stratégie du Département en matière de retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA. « Nous repérons les personnes qui ont du potentiel, nous les formons pour acquérir les bases du savoir être, si nécessaire, et nous les accompagnons pour lever les obstacles à l’employabilité et à la mobilité. Pour ce faire, nous nous appuyons sur le tissu économique local. »