Auteur

Anny Haeffelé

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Coulées d’eau boueuse : un rôle de médiation

Vie professionnelle

Publié le 05/08/2018

De violents orages ont frappé le Bas-Rhin en mai et en juin, avec des précipitations d’une rare intensité (60 mm/h). Ces trombes d’eau ont provoqué des inondations, des débordements de fossés et de canalisations, mais aussi des coulées d’eau boueuse un peu partout. « Plus d’une cinquantaine de communes ont été touchées en Alsace du Nord, dans le Kochersberg et l’Eurométropole », indique Rémy Michael, conseiller à l’Adar de l’Alsace du Nord. La réaction des élus ne s’est pas fait attendre : « Il faut des bassins de rétention », « C’est la faute des agriculteurs », etc. La Chambre d'agriculture d'Alsace a mis en place une cellule spécialisée qui est intervenue en urgence, ce printemps, à la demande des communes, des communautés de communes, de l’Eurométropole de Strasbourg, etc. « Dans l’urgence, on identifie l’origine des coulées de boue (présence ou non de céréales à paille…), on cherche des solutions, puis on entame le dialogue. »

Cette cellule mène depuis plusieurs années une action de prévention des coulées de boue. Une démarche en trois étapes, la première consistant à faire un diagnostic de terrain pour déterminer le sens de l’écoulement des eaux, la sensibilité des sols, la topographie, les éléments paysagers. Un dialogue s’engage alors avec les acteurs locaux, élus, agriculteurs, partenaires (collectivités, SDEA), pour valider ce diagnostic et déterminer les solutions à mettre en œuvre.

Privilégier les solutions préventives

Des solutions préventives existent. L’assolement concerté, par exemple. Il consiste à répartir les cultures d’hiver et de printemps à l’échelle du territoire pour limiter les zones non couvertes à la sortie de l’hiver et améliorer la filtration du sol. Le non-labour, aussi. Car les résidus de culture ne sont pas enfouis, mais laissés au sol, ce qui ralentit la circulation de l’eau. Afin de limiter les transferts par ruissellement vers l’aval, des mesures curatives peuvent être déployées, comme les fascines, les bandes enherbées, les haies. « Lorsque l’on implante une haie, il faut sélectionner des espèces drageonnantes, qui font effet de frein hydraulique », précise Rémy Michael.

La Chambre d'agriculture joue un rôle de médiation entre les agriculteurs et les élus locaux. « Souvent, nous sommes confrontés à des situations très tendues. Nous trouvons des solutions grâce au dialogue. » En fonction des propriétés du sol, du diagnostic érosion, des solutions préventives sont proposées. Par exemple, de recréer des ceintures vertes autour des villages, lorsqu’un remembrement est à l’ordre du jour. Mais comment les installer, sur quelle emprise, celle de l’agriculteur ou celle du promoteur ? Autant de problèmes à résoudre. Une participation financière du Conseil départemental serait un plus…

COS : pendant les travaux, l’aménagement foncier continue

Vie professionnelle

Publié le 05/08/2018

Les 150 ha de l’EARL Dollinger sont répartis sur dix communes, les parcelles les plus éloignées étant situées à Schaffhouse sur Zorn. Comme la plupart de ses collègues, il voit d’un bon œil l’aménagement foncier planifié dans le cadre de la construction du Contournement ouest de Strasbourg (COS, alias GCO). La construction de cette autoroute engendre l’une des plus importantes opérations de remembrement de ces dernières années en Alsace.

Plus de 11 000 ha vont être aménagés en quatre ans dans l’ouest et le nord strasbourgeois, soit quelque 30 000 parcelles cadastrales sur 28 bans communaux. Le Conseil départemental pilote l’opération en liaison étroite avec la Chambre d’agriculture d'Alsace et les agriculteurs. Objectif : mutualiser la perte de foncier liée à l’emprise de l’ouvrage entre un grand nombre d’agriculteurs. Mais une opération de cette envergure est très complexe. Aussi le périmètre a-t-il été divisé en cinq zones intercommunales et c’est au sein de ces cinq zones prises séparément que sera réorganisé le parcellaire.

La commune de Hoerdt fait partie de la zone COS nord, qui s’étend de Vendenheim à Weyersheim, en passant par Geudertheim et Bietlenheim, sur une superficie de 3 000 ha. Cet aménagement permettra d’optimiser la gestion des mesures compensatoires environnementales liées au COS et à la Sanef, souligne Dominique Métreau, responsable du service gestion du territoire de la Chambre d'agriculture. Il permettra en outre de restructurer le parcellaire, et donc de moderniser l’agriculture, avec une perte de foncier limitée pour les exploitations : « Plus de 200 agriculteurs vont perdre de l’ordre de 1,4 %, c’est supportable. » Et ce, tout en intégrant des dispositifs de lutte contre les coulées d’eau boueuse à Geudertheim. Dominique Métreau ajoute : « Le remembrement est un outil précieux, puissant et moderne, à condition de le gérer de manière intelligente ».

Un outil de modernisation de l’agriculture

Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, « cette stratégie marquera positivement notre paysage sur le plan économique et environnemental ». Selon lui, une exploitation remembrée peut économiser entre 50 et 100 €/ha/an. À cela s’ajoute le gain de temps lié aux déplacements, sans oublier la réduction des volumes de produits phytosanitaires, estimée à 20 %. Emmanuel Dollinger poursuit : « Si je pouvais regrouper plusieurs parcelles, je pourrais électrifier le système d’irrigation, ce qui éviterait de transporter du gazole pour alimenter les pompes. »

Pour Franck Sander, l’aménagement foncier ne doit pas se limiter à la réalisation de grandes infrastructures routières ou ferroviaires. « Le remembrement est de votre ressort. Il faut continuer, même en dehors du COS. » La réponse de Frédéric Bierry fuse : « Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter en cours de route. En matière d’aménagement foncier, nous avons conservé le même niveau d’engagement, soit environ 3 000 ha/an. Le COS vient en plus des autres opérations de remembrement. »

Daniel Ruff, chevalier de l’ordre du Mérite agricole

Un vigneron distingué

Vigne

Publié le 02/08/2018

« Cette distinction est la reconnaissance de l’implication de Daniel Ruff dans le monde viticole », a souligné Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), devant les invités réunis dans le chai du domaine familial. Élu président du syndicat viticole local en 1985, Daniel Ruff est une véritable courroie de transmission entre l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) et les vignerons locaux, a souligné le président du Civa. « Il a été membre du bureau de la sous-région de Barr qui fédère 22 villages viticoles. » Sa passion, il l’a mise aussi au service du développement de l’entreprise familiale, au côté de son épouse Annie. « Ce qui était à l’origine une petite exploitation de quelques hectares est devenu en quelques années un domaine viticole de renom, figurant dans le top 100 des entreprises viticoles alsaciennes », a souligné Didier Pettermann. Dernier investissement en date, l’agrandissement du caveau de dégustation, aménagé en 2015 dans l’ancienne échoppe du cordonnier du village.

Mais le nouveau chevalier restera dans l’histoire pour son combat en faveur de la reconnaissance du klevener de Heiligenstein et de la délimitation de son aire de production. « Il a compris que c’était l’opportunité, pour les vignerons du village, de se démarquer. » Grâce à son opiniâtreté, pour ne pas dire son obstination, ce vin unique au monde, issu du cépage savagnin rose, reçoit ses lettres de noblesse il y a 21 ans. Le décret du 30 juin 1971 introduit la dénomination « klevener de Heiligenstein » au sein de l’appellation Alsace et celui du 4 février 1997 définit son aire de production. Le président du syndicat viticole ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : le village de Heiligenstein a déposé une demande de premier cru.

De 1989 à 2003, le récipiendaire a été membre du conseil municipal de Heiligenstein, « une commune d’un millier d’habitants où il fait bon vivre », selon les propos du maire, Jean Georges Karl. Le village célèbre chaque été ce huitième cépage alsacien. « Daniel Ruff a déjà 33 fêtes du klevener à son actif ! » Un cépage qu’il faut faire connaître dans le monde entier, car chaque bouteille participe à la notoriété de la commune.

« Un engagement au service de l’excellence »

« Vous avez consacré toute votre carrière au klevener de Heiligenstein, a souligné le parrain du récipiendaire, le député Antoine Herth. Vous avez fait montre d’un militantisme constant et persévérant pour faire reconnaître ce cépage qui pousse depuis trois siècles sur les pentes argileuses du Mont Sainte-Odile. » En 1742, un procès oppose Ehrhardt Wantz, bourgmestre de Heiligenstein, et les trois villages voisins à propos de l’appartenance du lieu-dit Auboden. Le procès est gagné par les habitants de Heiligenstein qui sont autorisés à planter leur cépage fétiche sur ces terres… à condition de s’acquitter de la dîme en klevener. « C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le prélèvement à la source ! »

C’est un élément déterminant pour la notoriété de ce cépage qui occupe jusqu’à 114 ha à son apogée. Mais à partir de 1850, il est progressivement supplanté par son cousin, le gewurztraminer, et en 1970, il n’en reste plus que 3 ha. Commence alors un long travail de remise en valeur, qui porte ses fruits. « C’est une véritable résurrection, pour le plus grand bonheur des amateurs de vins rares. » Pour Antoine Herth, cette distinction est « la reconnaissance de la nation pour votre mission de promotion d’un cépage d’exception. Elle marque votre appartenance à une longue lignée d’hommes et de femmes qui mettent leur énergie au service de l’intérêt général. »

« Depuis ma tendre enfance, je me suis impliqué dans la cave et dans la vigne », a révélé Daniel Ruff. Même s’il avoue avoir un faible pour le crémant d’Alsace, il voue une passion immodérée au klevener de Heiligenstein, « un cépage unique venu d’ailleurs qui suscite la convoitise, un grand seigneur qui domine ses vassaux, les vignerons de Heiligenstein. Nous œuvrons toujours dans le sens de sa notoriété : nous espérons atteindre le stade hiérarchique supérieur, le premier cru. »

Chou à choucroute

La récolte vient de démarrer

Cultures

Publié le 29/07/2018

Dans la plaine d’Alsace, les producteurs de chou à choucroute s’activent : la récolte 2018 a officiellement démarré. « Les variétés précoces ont une dizaine de jours d’avance dans certaines communes », indique Laurent Heitz, président du syndicat des producteurs de chou à choucroute. « Cela se présente plutôt bien au niveau des rendements », confirme-t-il. Il prévient : « Pour certains choucroutiers, il faudra commencer à couper plus tôt, pour éviter d’avoir des déchets de surmaturité. »

Une certaine inquiétude plane pour les variétés plus tardives : « Tout le monde attend la pluie ! En cette période de pommaison, il faut absolument de l’eau. » L’état sanitaire des choux est plutôt bon, car les nuits restent relativement fraîches. « Tant que cet écart de température se maintiendra, tout ira bien. Mais s’il fait plus chaud la nuit, cela risque de se gâter… »

En attendant, le marché ne se porte pas trop mal, même si la période estivale n’est pas très propice à la consommation de choucroute. « Nous espérons que l’IGP boostera les ventes. »

Chambre d'agriculture d’Alsace. Sortie agricole

Les conseillers départementaux se mettent au vert

Vie professionnelle

Publié le 27/07/2018

Le président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry, était de sortie, le jeudi 19 juillet. À l’invitation de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), il a visité deux entreprises de Hœrdt, en compagnie de plusieurs conseillers départementaux. Parmi eux, Christiane Wolfhugel, Étienne Burger, Étienne Wolf, Rémi Bertrand, ainsi que Marcel Bauer, président de la commission agricole du Conseil départemental.

Élus départementaux et responsables agricoles se sont retrouvés à l’entreprise paysagiste René Wolff et fils, spécialisée dans les espaces verts et le service à la personne. Ils y ont été accueillis par Denis Riedinger, maire de Hœrdt, et Denis Ramspacher, 1er vice-président de la CAA. « L’an dernier, nous étions dans la montagne, a indiqué ce dernier. Cette année, nous changeons de décor, l’objectif étant de montrer la diversité de l’agriculture alsacienne. » Une stratégie qui se révèle payante, puisqu’elle a permis d’installer de nombreux jeunes agriculteurs et qu’elle est porteuse d’emplois.

Une affaire de famille

« L’entreprise Espaces Verts René Wolff et fils a été créée en 1966 par mes parents, a indiqué Jacky Wolff. Ma mère s’occupait des champs, mon père des jardins : il produisait du gazon et effectuait des plantations. » Quelques années plus tard, l’entreprise réalise ses premiers travaux de dallage et de pavage. En 1975, la famille Wolff construit son premier hall. « Depuis, nous construisons régulièrement de nouveaux bâtiments pour nous agrandir. » Le dernier projet en date est la construction d’un « show room ». Dans les années 1990 démarrent les premiers chantiers d’aménagement urbain à Strasbourg, les plus emblématiques étant ceux du tram (CTS), menés à titre individuel ou en cotraitance avec d’autres entreprises, comme l’entreprise paysagiste Thierry Muller. « Nous travaillons la terre, le végétal, le fer, le bois, le béton, en hauteur ou à l’horizontale. »

Les pépinières Wolff produisent elles-mêmes une partie des végétaux qu’elles mettent en œuvre. « Cela reste la source de notre métier ». Mais au fil du temps, d’autres activités ont pris le dessus : outre la conception et l’aménagement d’espaces verts pour les collectivités, les entreprises et les particuliers, la famille Wolff a créé une entreprise de services à la personne (entretien de jardins), dirigée par Nicolas Wolff, le fils de Jacky. C’est une affaire de famille : « Ma sœur a longtemps géré la comptabilité, ma belle-fille Magalie a pris la relève. Mon épouse assure le volet administratif. Le moment est venu pour moi de passer la main. C’est Nicolas qui prendra le relais, d’ici quelque temps. Cette succession, nous la préparons depuis dix ans. »

Une trentaine de salariés travaillent dans ces deux structures, dont deux apprentis, le nombre de salariés variant selon les saisons. « L’entreprise n’aurait pas pu en arriver là sans leur implication, et ce quel que soit leur niveau de qualification, employés, agents de maîtrise ou cadres. Nous cultivons le bien-être au travail. » Et ça marche : l’ancienneté moyenne des collaborateurs est de 16 ans. Tous les ans, l’entreprise accueille des stagiaires, notamment des collégiens dans le cadre des stages « Découverte des métiers ».

Faciliter l’insertion des migrants par le travail

Plus original, elle est membre du réseau des « entreprises accueillantes » du parcours immersion des bénéficiaires du RSA. Récemment, elle a accueilli deux réfugiés en période d’observation professionnelle, dans le cadre du dispositif de formation FLAG mis en place conjointement par la CAA, Germa Alsace et le Département du Bas-Rhin. Un dispositif que Sébastien Libbrecht, chef du service formation-emploi de la CAA, et Matthias Lienhart, coordinateur de cette formation, ont présenté aux conseillers départementaux. « Nous projetons de poursuivre, voire d’étendre cette expérimentation à l’avenir. Nous devrions former une cinquantaine de réfugiés en 2018, voire plus en 2019. »

La formation est, pour Jacky Wolff, une priorité. « Nos salariés ont des cursus hétéroclites : nous embauchons du CAP à la Licence pro, parfois de métiers tout à fait différents. Certains de nos salariés ont choisi de se reconvertir dans le paysagisme après une carrière dans l’informatique, la sidérurgie, et même l’imprimerie. » Président du CFA d’Obernai, Jacky Wolff accorde une grande place à l’apprentissage : « Nous avons formé 36 apprentis depuis 1978. Neuf d’entre eux sont toujours membres de l’entreprise. » Celle-ci mène une politique de formation active pour permettre à ses salariés d’entretenir et développer leurs compétences et se forger un patrimoine de connaissances. Ces dernières années, les difficultés de recrutement se sont accrues, a-t-il souligné. « Nous travaillons avec l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) sur ce dossier. »

Le monde imaginaire de Catherine Muller

Catherine Muller, présidente de l’Unep Grand Est, le confirme, « nous manquons de bras. » La profession fait une large place, dans ses entreprises, aux publics en difficulté ou en insertion. « Et nous sommes prêts à accueillir des migrants. » Le secteur du paysage représente 30 000 entreprises en France et emploie 92 000 salariés, pour un chiffre d’affaires de plus de 5 milliards d’euros. Dans le Bas-Rhin, on recense 227 entreprises pour 1 700 salariés. « Nous avons trois cibles : les collectivités, les grands donneurs d’ordre privés (promoteurs immobiliers et bailleurs sociaux) et les particuliers, qui constituent tout de même 40 % de la clientèle. »

« Imaginez une ville sans arbres, sans plantes, sans gazon, une ville grise, sentant la poussière… Un cauchemar ! » Par cet exemple, Catherine Muller a voulu frapper les esprits et souligner la contribution des entreprises du paysage à la lutte contre le réchauffement climatique, par la création d’îlots de fraîcheur dans les villes, par la plantation d’arbres, par la mise en œuvre de trames vertes et bleues.

« Cette approche me plaît bien, a souligné Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Cela prouve qu’à travers l’activité économique, nous sommes en capacité de répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux. Nous avons besoin de personnes qualifiées qui nous secondent dans nos métiers, mais aussi de travailleurs occasionnels. Quand le chômage baisse, il est difficile de trouver des saisonniers et de les fidéliser. Pour la première fois en Alsace, des parcelles d’asperges n’ont pas pu être récoltées, faute de main-d’œuvre. »

Franck Sander a insisté sur le rôle du Département en matière d’aménagement foncier et de valorisation des produits agricoles. « À l’avenir, les appels d’offres devront être formulés de manière à lever les freins qui empêchent les produits locaux de figurer en bonne place dans les assiettes des collégiens. Le low cost ne peut pas être la solution : cela ne nous permettra pas d’améliorer nos revenus, ni la santé de nos enfants. »

Particulièrement sensible à la problématique de l’emploi, Frédéric Bierry a rappelé la stratégie du Département en matière de retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA. « Nous repérons les personnes qui ont du potentiel, nous les formons pour acquérir les bases du savoir être, si nécessaire, et nous les accompagnons pour lever les obstacles à l’employabilité et à la mobilité. Pour ce faire, nous nous appuyons sur le tissu économique local. »

Germa Alsace

« Une agence d’emploi singulière »

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2018

« Le développement de l’emploi en agriculture est un enjeu majeur pour l’avenir de notre secteur d’activité », a souligné Joseph Lechner, président de Germa Alsace, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le mercredi 4 juillet à Sélestat. Il a salué la présence de nombreux partenaires, David Herrscher, président de la MSA d’Alsace, Jean-Luc Galliath, vice-président, René Schotter, administrateur, et Sylviane Fargeon, directrice adjointe de cet organisme, Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, Jean-Michel Baumann, chargé de mission formation emploi à la FNSEA, Sébastien Libbrecht, conseiller formation à la Chambre d'agriculture Alsace, François Otero, responsable de l’insertion par l’activité économique à la Direccte Grand Est, ainsi que les représentants des JA, des CFPPA, etc.

Dans chaque département alsacien, Germa Alsace gère une entreprise de travail temporaire d’insertion (ETTI) et une association intermédiaire (AI). Elles sont administrées par douze permanents, répartis sur les deux agences de Strasbourg et de Colmar, sous la direction de Sylvie Maa. Quatre structures qui conjuguent une activité économique et une finalité sociale. Germa a un savoir-faire reconnu dans la mise à disposition de salariés à titre onéreux ; elle accompagne les entreprises dans leur recrutement et sécurise les mises à disposition, dans l’objectif d’assurer un service de qualité auprès des entreprises clientes. Elle poursuit aussi un but social, l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi.

Un double engagement pour Germa

L’an dernier, l’ensemblier Germa a employé 460 personnes, pour un total de 96 000 heures de travail, ce qui correspond à 60 équivalents temps plein (ETP). « Nous avons étudié plus de 1 600 candidatures, organisé 445 entretiens de recrutement et embauché 270 nouveaux salariés », a précisé Sylvie Maa. Soit un taux de renouvellement de l’équipe d'intérimaires de 56 %.

« Une mise en relation réussie, ça se prépare du côté des salariés comme des employeurs, a insisté Sylvie Maa. Nous prenons le temps de connaître les salariés que nous recrutons - en effectuant un entretien préalable, deux si nécessaire -, mais aussi de leur présenter les missions et les postes de travail. Nous vérifions la motivation et le projet des salariés. » De son côté, l’entreprise doit faire l’effort d’accueillir le salarié et d’organiser le travail. Germa y veille.

Germa met des salariés à la disposition des entreprises du secteur marchand et non marchand, des collectivités, des associations et des particuliers… « Notre souci, c’est de prendre en compte les besoins des clients, en tenant compte des spécificités du poste de travail. » Et ça marche ! L’ensemblier Germa a travaillé l’an dernier pour le compte de 215 clients, dont 142 entreprises et 73 clients particuliers en services à la personne. Son champ d’activité ne cesse de s’étendre puisqu’elle compte 69 nouveaux clients, dont 38 entreprises, en 2017. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 1,8 million d’euros, en nette augmentation. Le meilleur depuis sa création.

Pourquoi un tel succès ? « Ce qu’on propose au client, c’est une prestation clé en main. Du personnel disponible, prêt à l’emploi, avec les compétences adéquates. » « Nos salariés sont sensibilisés à la santé sécurité au travail. » Mais pas seulement : « À Germa, nous traitons toutes les questions de savoir être : avoir une bonne posture professionnelle, connaître les codes de l’entreprise. Le cas échéant, nous recherchons des solutions à la mobilité, en organisant le covoiturage, voire en proposant des voitures en location via Mobilex. Nous effectuons un travail de préparation et d’accompagnement en amont des missions pour lever les freins. »

« Nous avons su élargir notre champ d’action »

C’est cette recette qui permet à Germa de fidéliser ses clients. Et d’en conquérir de nouveaux. « Nous avons un bon portefeuille d’entreprises partenaires car nous répondons qualitativement à leur demande. Parallèlement, nous développons l’activité de mise à disposition dans de nouveaux secteurs d’activité pour pallier les fortes variations saisonnières des filières de production et de transformation des produits agricoles. »

Le monde agricole (au sens large du terme) représente, et de loin, la part la plus importante de l’activité de Germa : production agricole, viticulture, espaces verts, silos agricoles, y contribuent pour 52 %. Mais elle fournit aussi des salariés pour les entreprises de services (téléconseil, accueil, service à la personne, entretien des locaux), les collectivités locales (entretien des espaces verts). Pour montrer la diversité des missions de Germa, Sylvie Maa indique qu’elle recrute aussi bien des facteurs pour La Poste que des manutentionnaires pour monter les estrades du festival Musica. Elle fournit aussi du personnel pour l’industrie, les collectivités locales et, depuis peu, le secteur du BTP (menuisiers intérieur et extérieur, maçons ferrailleurs…). « Nous savons recruter des profiles différents. »

La plupart du temps, les recrutements se font au premier niveau de qualification. « Nous recherchons des personnes qui sont adaptables et mobilisables rapidement. Nous nous appuyons sur leur expérience, leur projet. Très souvent, nous proposons d’abord des missions courtes aux candidats pour vérifier leur savoir être, leur ponctualité, leur capacité à se mobiliser. Notre force, en termes de sourcing, c’est de nous appuyer sur un large réseau de partenaires qui nous permet de diversifier notre recherche de candidats. Nous sommes aussi en mesure de répondre aux contraintes des entreprises du paysage qui répondent à des marchés avec des clauses sociales. Dans ce cadre, nous sommes un partenaire tout désigné. »

Un important effort de formation complète ce dispositif. Germa a dispensé l’an dernier 3 000 heures de formation à ses salariés intérimaires et permanents. « Si nous investissons autant en termes de formation et d’accompagnement à la prise de poste, c’est pour sécuriser les missions dans les entreprises. Nous plantons le décor : consignes, durée du travail, règles à respecter au travail, etc. » Le cadre d’une relation de travail est posé. « La formation me semble très importante pour augmenter l’employabilité des candidats », souligne Joseph Lechner. « Le client paie dès la première heure. Nos salariés doivent être au top », enchaîne Sylvie Maa.

Un tremplin pour l’avenir

Germa sert souvent de tremplin pour aller vers une formation qualifiante ou trouver un emploi direct. « Leur passage à Germa leur apporte une plus-value. » Sur les 130 personnes qui ont effectué plus de 150 h l’an dernier et sont sorties de Germa, 40 % ont décroché un CDI, un CDD de plus de 6 mois ou une formation qualifiante. 22 % ont un CDD de moins de 6 mois. 17 % retournent à Pôle Emploi, avec des droits ouverts.

Après une présentation d’un projet de formation de réfugiés (lire l’encadré), les participants ont débattu du projet de création d’un groupement départemental d’employeurs, dans les tuyaux depuis quelque temps. « Les travailleurs de pays de l’Est se font de plus en plus rares. Il est temps de mettre en place une structure pour mutualiser les moyens et proposer des services à un coût raisonnable pour les agriculteurs », a déclaré David Herrscher, président de la MSA d’Alsace. Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, a confirmé : « L’agriculture va manquer de bras à l’avenir, si elle veut poursuivre sa stratégie de diversification. Demain, les exploitations qui ont de gros besoins de main-d’œuvre risquent de disparaître, d’autant que les travailleurs qualifiés pourront trouver rapidement un emploi mieux payé. Le groupement d’employeurs constituerait une solution pour permettre aux salariés d’enchaîner les missions. »

Stotzheim : c’est la fête !

Pratique

Publié le 19/07/2018

Pour organiser cette fête, les bénévoles se sont structurés au sein d’une nouvelle association, « Moissons et Métiers d’Antan », présidée par Bernard Bessot. Dimanche prochain, ils revêtiront leurs habits d’antan pour faire revivre les moissons à l’ancienne. Les festivités commenceront dès 11 h près du stade de Stotzheim, au lieu-dit Waldele. Les vieilles machines, soigneusement entretenues, seront prêtes à entrer en action. Les vieux métiers seront de la partie. Et les plus jeunes pourront s’essayer aux diverses animations préparées spécialement pour eux.

À 14 h, les moissonneurs se rendront en cortège dans les champs. Certains faucheront les blés à la faux, d’autres actionneront la faucheuse ou la javeleuse. Pendant ce temps, les dames lieront les gerbes pour en faire des bottes. Ce sera également l’occasion de voir à l’œuvre les premières moissonneuses-batteuses.

Un peu plus loin, les visiteurs pourront assister au battage stationnaire, avec toute une panoplie de batteuses, dont l’une est mue par un manège à chevaux, et voir le tarare en action, cette machine actionnée par une manivelle qui permet la séparation du grain des multiples indésirables (poussières, mauvaises graines…) Les visiteurs pourront s’exercer au fléau, pour battre le blé. De vieux tracteurs et des chevaux de trait seront également de la fête.

Tout au long de la journée, les organisateurs assureront une buvette et un service de petite restauration. Ambiance champêtre garantie.

Station régionale d’expérimentation fruitière Verexal à Obernai

Arboriculture fruitière : désherber autrement

Cultures

Publié le 18/07/2018

Pourquoi désherber ? Le désherbage du rang a pour but de limiter la concurrence alimentaire entre les adventices et les arbres dans la zone de sol à proximité des troncs. La concurrence des adventices perturbe le bon déroulement des travaux sur le verger et diminue l’efficience du système d’irrigation. De plus, elle est consommatrice d’eau et d’éléments nutritifs, ce qui peut être préjudiciable à la pousse des arbres.

Susciter des avancées techniques en matière d’alternative au désherbage chimique pour fournir des références aux exploitants qui envisagent de réduire les traitements phytosanitaires, telle est la mission de Verexal, indique son président, Pierre Barth. C’est pourquoi la station teste depuis plusieurs années des techniques pertinentes pouvant se substituer - ou se combiner - à l’utilisation d’herbicides chimiques, en tenant compte notamment de l’âge du verger. Sachant que ces techniques doivent certes être plus respectueuses de l’environnement, mais aussi avoir une efficacité et un coût acceptables.

Certaines machines exercent une pression assez défavorable sur les racines. Un travail mécanique trop intensif peut détruire les racines superficielles des arbres et entraîner une perte de vigueur. Sur d’autres modèles, le passage de l’outil a tendance à creuser le rang. Sur jeunes vergers, cette technique provoque un retard de croissance et pénalise la production. Par ailleurs, les effets étant moins persistants que pour un désherbage chimique, les interventions sont plus nombreuses et augmentent la dépense énergétique. En effet, l’entretien mécanique du rang nécessite en moyenne cinq passages, contre deux passages en chimique, ce qui entraîne une consommation accrue de carburant, pas vraiment opportune en cette période de flambée des prix de l’énergie. Ce qui explique que, pour l’instant, les professionnels sont assez mitigés sur ces techniques alternatives.

Depuis l’annonce de la suppression du glyphosate dans trois ans, les constructeurs mettent les bouchées doubles pour proposer aux arboriculteurs des matériels mieux adaptés à leurs attentes. Lors de la journée technique organisée le mardi 10 juillet à Verexal, les professionnels ont pu comparer différentes techniques pour éliminer les adventices : par thermisation, par travail mécanique sur le rang avec des outils à lames, à disques, à dents, etc. La vitesse d’exécution pouvant varier de 2 à 10 km/h, selon la machine.

La première machine en démonstration ce jour-là était la bineuse à étoile Freilauber (photo 1). Elle ameublit le sol sur la rangée de troncs, en fonction du réglage de l’angle de travail et de la coupe inférieure des disques. La terre est ensuite éjectée dans la zone du tronc, ensevelissant les mauvaises herbes. Différentes possibilités de réglage permettent d’ajuster l’angle de travail et la coupe inférieure, et donc l’éjection, aux besoins des professionnels et à l’état du sol. Cette bineuse à étoile a suscité l’intérêt des arboriculteurs par la qualité du travail effectué, qui se mesure à la propreté du sol entre les ceps et au fait que les racines ne sont pas touchées, mais aussi par la vitesse d’avancement avoisinant 10 km/h.

Le porte-outil avant double Arbocep de la société Chabas (photos 2 et 3) peut accueillir toute une gamme d’outils : lame interceps, tête à fil, tête de broyage, fraise rotative, disque à chausser ou à déchausser, etc. Son châssis pouvant supporter deux outils, à droite et à gauche, il est possible de travailler simultanément deux demi-rangs. En version tondeuse à fil, il détruit les mauvaises herbes et les galeries creusées par les rongeurs. Le débit de chantier est de 12 ha/jour, selon le technicien.

Basée en Côte d’Or, l’entreprise Boisselet (photos 4 et 5) a développé un système d’outils interceps basé sur le principe d’amplificateur de couple. Attelé sur le relevage 3 points, le porte-outil peut être tiré ou poussé. Le mouvement du servomoteur est activé par commande hydraulique ou hydroélectrique (en option) afin de faire effacer l’outil en action. La correction de dévers est elle aussi en option. Cet appareil polyvalent permet de mettre en œuvre différents outils, comme l’outil de binage rotatif à dents Pétalmatic +, l’outil rotatif à axe vertical Starmatic ou le pulvériseur à disque. Une brosse mécanique est disponible pour l’entretien des vergers plus âgés. « Elle permet de maintenir le sol propre sans travailler le sol », indique le technicien.

Dernier matériel en démonstration, le désherbeur mécanique interceps Ladurner (photos 6 et 7) est équipé d’un palpeur hydraulique de chaque côté, ce qui permet un travail très proche du tronc en toute sécurité. Une centrale hydraulique assure l’animation des différents moteurs. La conception de la machine permet son adaptation à des distances de plantation variables et aux terrains plats comme aux vergers sur buttes. La vitesse d’avancement est réglable de 2,5 à 4 km/h en fonction du travail à réaliser - tonte ou travail du sol - et de la densité de plantation.

Retrouvez cette démonstration en vidéo :

 

Salon « Passion de nos terroirs »

Roland Schweitz à Duttlenheim : « L’opportunité de rencontrer de nouveaux clients »

Vie professionnelle

Publié le 15/07/2018

« Ce salon vise les grossistes et les distributeurs, explique Roland Schweitz. Ce qui m’intéresse, c’est de communiquer sur nos produits. C’est dans l’objectif de les faire connaître que j’ai lancé la marque La Bruchoise, il y a cinq ans. Ces salons me permettront de garder le contact avec mes clients et, je l’espère, de nouer de nouveaux contacts commerciaux, notamment en dehors de l’Alsace. Mais cela ne sera pas forcément évident, car la Champagne est un gros producteur de pommes de terre »

L’enterprise a été créée par Roland Schweitz, avec son épouse Catherine. Son neveu, Jérémie, le seconde dans tout le process, de la production jusqu’au conditionnement. Sa fille, Lucie, ayant fait des études en gestion et commerce, l’a rejoint en 2016. Son autre fille, Clara, continue ses études d’agronomie afin de pouvoir, un jour, intégrer la société. Les 110 ha de pommes de terre sont répartis sur deux secteurs, la plaine de la Bruche et la plaine d’Erstein, « un terroir très propice à la culture de la pomme de terre ». Cette culture exige une rotation de cinq ans. Même si elle complique l’assolement, cette précaution est indispensable pour produire une pomme de terre d’une qualité irréprochable et préserver le bon état sanitaire des terres. « Nous procédons par échanges avec les agriculteurs des communes avoisinantes. »

Roland Schweitz a récolté ses premières pommes de terre primeur début juillet - il en produit une dizaine d’hectares. La campagne se prolongera jusqu’au 15 août. « C’est à ce moment-là que démarre la saison des pommes de terre de conservation, des variétés demi-précoces. C’est le grand boom ! Il faut stocker 4 000 t de pommes de terre en cinq ou six semaines. Nous fonctionnons en deux équipes : l’une s’occupe de la récolte et du stockage, l’autre du conditionnement et de la commercialisation. C’est en septembre-octobre que nous écoulons les plus gros volumes. C’est à la fois le pic de travail et le pic de consommation. »

Les atouts de La Bruchoise ? « Nous sommes très exigeants vis-à-vis de la qualité culinaire et gustative, mais aussi de l’aspect des tubercules. Nous tâchons d’être compétitifs tant au niveau du prix que des volumes. Et nous commercialisons toutes nos pommes de terre sous l’emblème des Fruits et légumes d’Alsace et de la marque collective Savourez l’Alsace Produit du terroir, ce qui nous permet de valoriser un produit dont l’image n’est pas toujours très porteuse. »

IGP choucroute d’Alsace

Une IGP européenne à savourer !

Vie professionnelle

Publié le 13/07/2018

C’est officiel : la choucroute d’Alsace a son IGP. Après l’homologation du cahier des charges par les autorités françaises en 2012, elle vient d’obtenir le précieux sésame européen, ce qui protège cette dénomination dans toute l’Union européenne. Désormais, une choucroute d’Alsace est une choucroute 100 % alsacienne.

Pour les producteurs et transformateurs alsaciens, la quête du Graal a démarré dès 1996, avec le dépôt de la demande d’IGP européenne. « Ce dossier est l’un des premiers qu’Alsace Qualité a appuyés lors de sa création en 2018 », indique son président, Jean-François Vierling. Pourquoi la filière a-t-elle dû patienter si longtemps pour voir sa démarche de qualité récompensée ? « Les autorités chargées de donner leur avis faisaient la confusion entre le plat cuisiné et le légume », explique Bernard Muller, de la choucrouterie Le Pic à Meistratzheim. Il a donc fallu démontrer les spécificités de la choucroute made in Alsace.

Longue, fine et blanche

Le monde entier connaît la choucroute garnie, plat emblématique de notre territoire. Mais ce que l’on sait moins, c’est que le chou à choucroute alsacien est cultivé selon un cahier des charges très strict, avec des variétés sélectionnées et récoltées à maturité optimale, ce qui permet d’obtenir cette couleur blanche ou jaune pâle si caractéristique. « Le chou à choucroute s’est engagé très tôt dans une démarche de certification. Il a obtenu le signe CQC en 1992 », précise Catherine Wibert, animatrice de l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace (AVCA) à Alsace Qualité.

Lors de la préparation du chou, on enlève les feuilles vertes et le trognon - ce qui permet d’éviter les « mouchoirs » - et on coupe le chou en fines et longues lanières qui doivent mesurer au moins 15 cm. Une fois râpé, le chou est placé dans les cuves de fermentation, sans autre ajout que le sel. Démarre alors une fermentation anaérobie à température ambiante qui dure de deux semaines à deux mois, en fonction de la météo. À l’ouverture des cuves, la choucroute est conditionnée en seau ou en sachet, cuite ou crue.

C’est ce savoir-faire ancestral qui a permis d’obtenir l’IGP. « Les méthodes d’élaboration diffèrent selon les pays, explique Bernard Muller. Les Allemands ajoutent de la levure dans les cuves et la fermentation se fait sous contrôle de température. Dans les pays de l’Est, ils ajoutent du citron, du laurier et du cumin. Quant aux Italiens, ils plongent le chou dans de l’eau salée avant de démarrer la fermentation », indique-t-il.

« Nous nous sommes battus, nous n’avons rien lâché et au final, nous avons remporté le combat, souligne Jean-François Vierling. C’est une chance inouïe ! Car une IGP permet de maintenir la production sur le territoire. »

Désormais, la choucroute d’Alsace ne pourra être produite qu’avec du chou certifié, poursuit Laurent Heitz, président du syndicat des producteurs de choux à choucroute. « Les années où la production ne suffira pas à couvrir les besoins des transformateurs, les choux importés d’Allemagne ou de Pologne ne pourront pas bénéficier de l’appellation choucroute d’Alsace. » Laurent Heitz espère que cette reconnaissance européenne permettra d’insuffler un nouveau dynamisme dans la production. Ces dernières années, plusieurs agriculteurs se sont détournés de cette production, en raison de sa pénibilité et de sa valorisation insuffisante, indique-t-il. « Nous avons perdu une centaine d’hectares en dix ans. »

« Toute la chaîne de valeur est certifiée. Seuls les membres de l’AVCA, engagés dans la démarche de certification, pourront prétendre à cette dénomination », indique Jean-François Vierling. Cette association, rappelons-le, rassemble 48 producteurs de chou à choucroute et 11 choucroutiers, dont une entreprise haut-rhinoise. Cela représente environ 60 000 tonnes de chou à choucroute et 25 000 à 30 000 t de choucroute, soit 95 % de la production.

« Désormais, les transformateurs qui n’ont pas souhaité s’engager dans cette démarche ne pourront plus apposer sur leur produit la mention Alsace, ni utiliser des signes de référence à notre territoire, comme la maison à colombage, le costume alsacien ou la cigogne », insiste pour sa part Bernard Muller. Pour les consommateurs, cette IGP est un atout majeur : la certitude d’avoir une choucroute 100 % Alsace, un produit de qualité, proche de chez eux, dont la production et l’élaboration sont certifiées par un organisme extérieur.

C’est grâce à l’opiniâtreté d’Anne Sander, députée européenne, et au soutien de Laurent Gomez, secrétaire général de l’Association des régions européennes des produits d’origine, que les autorités européennes ont fini par admettre le bien-fondé de la démarche alsacienne, soulignent les responsables de la filière qui les remercient pour leur engagement sans faille dans ce dossier.

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