Auteur

Anny Haeffelé

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Niess Agriculture

« Nous embauchons en permanence »

Technique

Publié le 27/08/2018

« Le fer de lance de notre développement, c’est le matériel de vinification. Une activité que nous avons démarrée fin 2017 », indique Olivier Meintzer, directeur commercial de Niess Agriculture. Le stand que l’entreprise tenait à la foire aux vins de Colmar valait le détour. Outre les pressoirs pneumatiques, les égrappoirs et les filtres tangentiels Bucher, elle exposait également les cuves sur mesure BSA-Scheiber et les cuves standards Speidel. Le catalogue de matériel s’est enrichi récemment : « De nouveaux fournisseurs nous ont rejoints ». Parmi eux, Eurochiller, une société basée à Villé et spécialisée dans les thermorégulateurs pour le contrôle de température de la vinification, ainsi que Hanna Instruments à Lingolsheim, qui commercialise du matériel de laboratoire simplifié pour le contrôle du pH, du taux de sucre et de la turbidité du vin. Ou encore les systèmes de nettoyage de cuves et de barriques Moog. « Un procédé très efficace, sans utilisation de produits chimiques. De nombreux clients s’y sont intéressés. » Comme le rappellent Marielle et Manfred Niess, les patrons de Niess Agriculture, « nous proposons une gamme complète de matériel de cave sur nos sites de Dambach-la-Ville et Marlenheim, où nous venons d’ouvrir un espace de vente. Nous avons également le personnel qualifié pour installer ce matériel chez nos clients. » Ils profitent de l’occasion pour souligner que l’entreprise recrute de nouveaux techniciens pour faire face à son développement.

Les viticulteurs qui ont parcouru les allées du parc agricole ont notamment pu découvrir les enjambeurs GRV, conçus pour effectuer tous les travaux d’entretien des vignes, qu’elles soient larges ou étroites. « Nous employons une trentaine de collaborateurs, explique René Grosjean, patron de la société GRV. Nous commercialisons chaque année 30 enjambeurs, et ce dans le monde entier. Nous vendons également 50 à 80 épandeurs spécialisés par an. Ils sont destinés à de nombreux usages, qu’il s’agisse de traiter des sapinières de Noël, des plantations de thé bio en Nouvelle-Zélande ou des pépinières en Russie. Dans une plantation d’eucalyptus au Brésil, New Holland nous a contactés pour développer un prototype qui tourne depuis cinq ans. Nous allons maintenant passer à la phase industrielle. » Trois enjambeurs GRV ont déjà été vendus dans notre région. « Je crois au tracteur enjambeur en Alsace, insiste René Grosjean. Outre une grande sécurité, il apporte précision, facilité de conduite et précision. »

Dans un tout autre domaine, Vinplast proposait des intercalaires pour stocker les bouteilles de vin pleines, permettant une manipulation et un transport insonores et sécurisés. « Il existe un modèle adapté à chaque type de bouteille », explique le fabricant italien. Niess Agriculture est le distributeur de ce produit en Alsace et en Lorraine.

Plan stratégique MSA 2025

La MSA d’Alsace veut apporter sa pierre à l’édifice

Vie professionnelle

Publié le 25/08/2018

« Susciter le débat, faire émerger des suggestions pour apporter notre pierre à l’édifice au niveau national, tel est le but de cette soirée », annonce David Herrscher, avant de présenter les principaux axes du plan stratégique MSA 2025. Un plan qui doit permettre à la MSA de « mieux répondre aux attentes de nos adhérents et de nos partenaires ». La MSA d’Alsace va travailler sur ce plan stratégique avec son conseil d’administration, l’équipe de direction et les partenaires pour mettre en commun expériences, innovations et propositions. « Nous partagerons nos propositions avec les MSA de l’Est pour établir une contribution commune qui aura du poids au niveau national. » Ces contributions seront envoyées à la Caisse Centrale de MSA au plus tard le 15 novembre, pour une validation et une mise en œuvre du plan stratégique en 2019.

L’un des objectifs de ce plan est de moderniser le service rendu aux adhérents et de maintenir sa qualité. Comment gagner en réactivité ? Comment conserver le lien de proximité à l’heure de la digitalisation et du numérique ? Autant de questions auxquelles il faudra apporter des réponses. « Nous avons une force en Alsace, nos bureaux décentralisés », ajoute Christelle Jamot, directrice de la MSA d’Alsace.

Promouvoir la place de la MSA dans la protection sociale de demain est un élément vital, car la pérennité du régime agricole en dépend. « Emmanuel Macron veut faire disparaître les corps intermédiaires. À nous de montrer que nous pouvons proposer une alternative viable », insiste David Herrscher. Mais l’enjeu primordial est, aux yeux du président, d’investir plus fortement les territoires ruraux. « Lors de l’inauguration de la foire aux vins de Colmar, le président du Sénat, Gérard Larcher, a dénoncé la montée du populisme. Nous lui avons expliqué que nous pouvons contribuer à lutter contre ce phénomène. Nous voulons être offensifs, être force de proposition. » Dernier objectif, mettre en œuvre de nouvelles activités. Le président a cité l’exemple du cinquième risque, celui de la dépendance. « La MSA peut être un acteur sur ce sujet. »

« Nos adhérents sont attachés à leur MSA »

Comment les adhérents perçoivent-ils leur régime de protection sociale ? Tous les deux ans, la Caisse centrale de MSA interroge un panel d’adhérents pour établir des statistiques. Le travail des élus - une spécificité du régime agricole -, les actions déployées par les Caisses et le guichet unique sont bien perçus. « La MSA est un régime social professionnel de sécurité sociale, contrairement au régime général, donc elle connaît mieux ses adhérents et leurs besoins, de leur naissance à leur retraite. Nos adhérents sont majoritairement attachés à leur MSA et trouvent sa présence légitime pour intervenir sur les territoires ruraux », souligne le président. Pour autant, des pistes d’amélioration existent. Ils attendent des avancées sur la qualité du service rendu : joignabilité, délai de traitement, et davantage de conseils et d’accompagnement sur leurs droits sociaux, sur les obligations des petits employeurs.

La MSA, ce sont 35 Caisses régionales, liées par une convention d’objectifs et de gestion signée avec l’État, dans un contexte de réduction drastique des moyens financiers. « La MSA d’Alsace doit diminuer ses effectifs de cinq ETP (équivalent temps plein) par an, soit 25 salariés en cinq ans, alors que de nouvelles missions nous sont confiées. » Une des pistes envisagées est de faire progresser le nombre d’adhérents. Par exemple, en ouvrant les affiliations à d’autres entreprises, comme le négoce des céréales. Mais il est difficile, dans les conditions actuelles, de faire basculer des entreprises du régime général vers le régime agricole. « Nous continuerons aussi à agir auprès de nos partenaires, comme la Carsat, les autres organismes de protection sociale, les collectivités locales. »

Pour réussir son plan stratégique, la MSA veut s’appuyer sur trois forces. Son organisation exemplaire : « Le modèle MSA est unique dans le paysage et la sécurité sociale française, avec son guichet unique et ses 20 000 élus de terrain. La nouvelle organisation territoriale va impliquer une redéfinition des cantons et une réduction du nombre de délégués aux prochaines élections », a annoncé le président. Ses 16 000 collaborateurs, « investis et adaptables » comme ils l’ont parfaitement démontré ces derniers mois. Son savoir-faire - connaissance du milieu agricole, capacité d’innovation, offres sur les territoires pour les maisons de retraite, les crèches, etc.

Quels services faut-il développer pour les populations agricoles ?

La MSA a dégagé cinq axes de travail. Le premier étant de développer les services pour les populations agricoles, les territoires ruraux, les partenaires. Sur ce sujet, les idées fusent : accompagner les employeurs dans l’application du droit du travail, orienter la main-d’œuvre vers les filières agricoles qui recrutent, renforcer la prévention et la préservation de la santé des salariés, améliorer la gestion de la complémentaire santé, renforcer le lien entre la MSA et la complémentaire retraite (Cicas). « Le projet de réforme Delevoye prévoit un opérateur unique sécurité sociale-complémentaire retraite », annonce David Herrscher. D’autres suggestions sont faites : accompagner les seniors dans l’apprentissage des technologies numériques, mettre en place un suivi social pour les salariés des entreprises en difficulté, etc. David Herrscher va plus loin : « Nous étudions la possibilité de gérer des activités administratives, pour vous permettre de vous concentrer sur votre cœur de métier ». Concernant l’action sur les territoires ruraux, les délégués estiment qu’il faut intensifier les services aux jeunes actifs pour maintenir une population dynamique dans ces territoires. Apporter plus de services aux aînés. Prendre en compte les besoins spécifiques des « familles sandwichs », qui éduquent encore leurs enfants mais doivent déjà s’occuper de leurs parents vieillissants.

Concernant l’axe 2, entretenir une relation de service humaine, performante et proactive, Christelle Jamot interpelle les délégués : « Quels sont vos modes de contact préférés ? Souhaitez-vous que la MSA vienne dans votre entreprise pour informer les salariés sur leurs droits et les services qu’ils peuvent attendre de la MSA ? »

Booster le rôle des élus de la MSA constitue l’axe 3. « Dans votre expérience de délégué, quelle a été votre plus grande réussite ? Appréciez-vous la formation délivrée aux délégués ? Souhaitez-vous poursuivre votre engagement ? » Car il faut préparer les élections MSA, prévues en 2020…

Sur l’axe 4, gagner en performance pour développer de nouvelles activités et proposer un meilleur service, les dirigeants de la MSA s’interrogent : sur quelles compétences les équipes peuvent-elles progresser ? Comment gagner de nouveaux adhérents ? Pour David Herrscher, il convient de se rapprocher de Coop de France pour sensibiliser les coopératives : « Lorsqu’elles créent des filiales, elles doivent rédiger les statuts de façon à prévoir une affiliation à la MSA ». Le dernier axe consiste à associer les équipes à la mise en œuvre de ces orientations.

Dans les prochaines semaines, ce plan stratégique MSA 2025 sera présenté à l’ensemble des organisations professionnelles, indique David Herrscher.

Chou à choucroute

Les producteurs au désespoir

Cultures

Publié le 24/08/2018

Laurent Heitz, président du Syndicat des producteurs de chou à choucroute d’Alsace, est formel : pour les variétés semi-tardives dont la récolte va démarrer dans une quinzaine de jours, les prévisions de rendement sont amputées de 30 %, et même de 50 % dans certains cas. Lorsque la température dépasse 30 °C, les spores se ferment et la végétation s’arrête, explique-t-il. Le chou ne grandit plus. Et cela fait six semaines que cela dure… « Plusieurs producteurs subissent la double peine, poursuit-il. Leurs parcelles étaient inondées au printemps, entraînant une asphyxie des racines. Puis les fortes chaleurs ont entraîné un arrêt végétatif total. Certaines parcelles ne seront même pas récoltables. »

Pour le président des producteurs de chou à choucroute, la situation est pire qu’en 2003 et 2015. « Le plus pénalisant, ce n’est pas le manque d’eau, mais ces températures extrêmes. Pour que la culture soit rentable, il faut que le rendement atteigne 80 t/ha. En dessous, on perd de l’argent. On est loin du compte… »

La saison avait plutôt bien commencé, avec des rendements allant jusqu’à 65 ou 70 t pour les variétés précoces dans les plus belles parcelles. « Mais pour les variétés semi-tardives, c’est une tout autre affaire. D’autant que la pourriture commence à s’installer. » Les parcelles irriguées, en particulier, sont fortement touchées. L’eau stagne dans les feuilles basses, ce qui favorise le développement des champignons. « Nous avons dû réaliser plusieurs traitements fongicides. Un surcoût non négligeable, d’autant que le prix du carburant a flambé. » Le président craint en outre que l’état sanitaire des choux à choucroute ne se détériore très rapidement et « qu’on n’arrive pas à rentrer toute la récolte assez vite ».

Consentir une hausse du prix du chou à choucroute

Comment sortir de ce marasme ? « Nous demandons que la grande distribution limite les promotions sur la choucroute. Et que les choucroutiers acceptent une hausse des prix pour compenser la perte de rendement et le surcoût lié à l’irrigation. Il faudrait atteindre 100 € la tonne, soit 25 € de plus que le prix habituel. »

L’écœurement des producteurs alsaciens est réel, souligne Laurent Heitz. Il redoute que les surfaces ne diminuent encore dans les prochaines années. « Le réchauffement climatique que nous vivons menace l’avenir de cette culture en Alsace. Le chou n’aime pas le chaud. Même en irriguant, on ne peut pas compenser la perte de rendement. »

Dans le Bas-Rhin aussi

Feu vert pour cumuler RSA et vendanges

Vigne

Publié le 24/08/2018

Dans le cadre de la politique d’insertion par l’emploi mise en place par le Conseil départemental du Bas-Rhin, le président Frédéric Bierry a lancé le dispositif « cumul RSA et vendanges » en compagnie de Nathalie Ernst, conseillère départementale du canton d’Obernai, le mercredi 22 août à Barr en présence des représentants de la profession agricole. Des bénéficiaires du RSA étaient présents et ont pu participer à des entretiens d’embauche avec des viticulteurs en quête de main-d’œuvre.

Comme l’a expliqué Frédéric Bierry, cette expérimentation relève d’une double volonté : permettre aux bénéficiaires du RSA de reprendre une activité, même de courte durée, et soutenir les viticulteurs alsaciens en facilitant le recrutement d’une main-d’œuvre locale. Cette expérimentation bénéficie de l’appui de la Caisse d’allocations familiales (CAF) du Bas-Rhin et de la Mutualité sociale agricole (MSA) d’Alsace, et est concertée depuis plusieurs mois avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) et le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira). Si ce dispositif est concluant, il sera reconduit ultérieurement et étendu à d’autres secteurs agricoles en pénurie de main-d’œuvre.

La politique d’insertion du Département du Bas-Rhin

Le Département, porteur de la politique d’insertion, est en charge de l’accompagnement des BRSA. À ce titre, les budgets engagés pour le financement du RSA (plus de 161 millions d’euros) et sa politique en faveur de l’emploi et de l’inclusion (12,60 M€) s’élèvent à 173,60 M€ pour l’année 2018. Depuis deux ans, le nombre de BRSA connaît une baisse de 3,9 % par rapport à décembre 2016. Au total, le Département accompagne 24 460 foyers BRSA.

Dans le cadre de la démarche « circuit court pour l’emploi », le Département souhaite inscrire des actions locales dans une démarche évolutive, en réponse à des besoins exprimés par des entreprises des territoires. Aussi, pour le dispositif « cumul RSA et vendanges », est-il proposé de mettre en œuvre une expérimentation permettant de répondre aux besoins des viticulteurs et de remettre au travail certains BRSA dans une logique d’insertion et de lien social.

Conférence VitiVina

Démêler le vrai du faux

Vigne

Publié le 17/08/2018

« Les faits ne pénètrent pas dans un monde où vivent nos croyances, ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir. Et une avalanche de malheurs ou de maladies se succédant sans interruption dans une famille ne la fera pas douter de la bonté de son Dieu ou du talent de son médecin. » Cette citation de Marcel Proust inspire visiblement Jean de Kervasdoué, professeur émérite du Conservatoire national des arts et métiers. Il jette aux orties, successivement et sans distinction, les horoscopes, l’homéopathie - qu’il compare au dernier souffle de Jules César dilué dans l’atmosphère -, la psychothérapie, et j’en passe…

Alimentation, agriculture… Démêler le vrai du faux, tel est le but assigné à Jean de Kervasdoué. En moins d’une heure, il bat en brèche une foule d’idées reçues. Un constat, pour commencer : « Les écologistes politiques ont gagné l’opinion et sont financés en grande partie par les grands distributeurs ». Une affirmation, ensuite : « On confond le vrai, le juste et l’équitable. Le vrai n’est pas juste et n’est pas nécessairement équitable. Nous sommes dans un monde émotionnel et je vais vous montrer que tout n’est pas affaire d’opinion. »

« La science ne peut pas s’attaquer à l’irrationnel, c’est pourquoi elle n’a pas d’avenir dans ce monde », affirmait Oscar Wilde. Frank Popper, déjà, opposait les scientifiques « qui essaient d’éliminer les théories fausses et de les faire mourir à leur place » et le croyant « qui meurt avec ses fausses croyances ». Si nous sommes ce que nous sommes, c’est parce qu’à la fin du Moyen Âge, une révolution extraordinaire a été initiée par un moine polonais, Copernic, qui a affirmé que la terre tourne autour du soleil. « Il a dit que tout n’est pas religieux et, surtout, il a cru en ses chiffres. »

Les hommes n’ont trouvé que deux manières pacifiques de trancher les conflits : les tribunaux et les méthodes scientifiques. « Considérer que les lois humaines sont inspirées par Dieu, en particulier par Allah, c’est absolument dramatique », poursuit Jean de Kervasdoué.

« Nous transférons aux agriculteurs nos angoisses d’omnivores »

Un fossé s’est créé entre le monde agricole et le reste de la société française. « Quand je suis né, en 1944, 40 % de la population active était agricole. Pendant la guerre, nos parents avaient faim et respectaient les agriculteurs. Aujourd’hui, seulement 3 % de la population est agricole, et les urbains ignorent tout du monde agricole. Les enfants découvrent à 10 ans que pour manger de la viande, il faut tuer un animal… » Cette coupure est dramatique, estime Jean de Kervasdoué. Les urbains ne sont pas reconnaissants de la liberté qu’ils ont obtenue du fait de ne plus avoir de contraintes animales - par exemple traire les vaches deux fois par jour. La productivité de l’agriculture a donné du temps libre et baissé le coût de l’alimentation qui représente moins de 20 % des dépenses des ménages.

Les peurs alimentaires renaissent. Pourquoi ? Comme nous sommes des omnivores, nous nous méfions de ce que nous mangeons, affirme Jean de Kervasdoué. Avant, il y avait des rites et des rythmes alimentaires (manger du poisson le vendredi, se nourrir trois fois par jour). Or rites et rythmes ont disparu. À Paris, 25 % des gens ne préparent plus jamais un repas. « Ce qui se passe, c’est que nous transférons aux agriculteurs nos angoisses d’omnivores. »

Jean de Kervasdoué ne nie pas qu’il existe de réels problèmes écologiques : la surpêche, l’urbanisation sauvage, le lessivage des sols, la déforestation, le tourisme, la conservation du littoral. Mais il y a aussi beaucoup de contre-vérités. Sur la forêt, menacée de disparition : « Entre 1800 et aujourd’hui, la forêt française a été multipliée par trois ». Sur le réchauffement climatique : « Tornades et ouragans ont toujours connu des cycles. Les extrêmes climatiques aux États-Unis ont toujours été la règle. » Les écologistes politiques ne sont pas des écologues. « La légitimité de la politique, elle est sur le bien, pas sur le vrai. »

Quelle place pour l’homme ?

Dès lors, une question se pose : quelle place pour l’homme ? L’homme ne s’est jamais porté aussi bien, affirme l’orateur. « Sous Napoléon, l’espérance de vie était de 35 ans. Quand je suis né, elle était de 61 ans. Aujourd’hui, elle est de 82 ans. Et elle continue à augmenter de quatre mois par an dans le monde, sauf dans les pays en guerre. » Par ailleurs, il n’y a jamais eu aussi peu de pauvres, aussi peu de personnes affamées : elles sont de l’ordre de 700 millions, elles étaient plus d’un milliard au début du XXe siècle. « Le problème de la nourriture n’est pas un problème technique. Cessons de nous faire peur et de croire que nous ne sommes pas capables de nourrir la planète. »

L’agriculture a fait de formidables gains de productivité. « La fin des paysans est liée à toute une série de facteurs scientifiques, sociaux, éducatifs, politiques. » Ce que nous mangeons, ce sont essentiellement des espèces importées (tomates, pommes de terre, maïs, café, par exemple). OGM, pesticides, glyphosates… Là encore, les contre-vérités sont légion. Jean de Kervasdoué l’affirme, « les agriculteurs se portent mieux que tous les Français. » Ils auraient 30 % de cancers et de maladies cardiaques en moins. « On a suspecté le glyphosate sur des cancers très rares, mais une étude américaine montre que ce n’est pas le cas. »

« Sur les OGM, on a tout perdu »

Si on a peur des pesticides, l’alternative, ce sont les OGM. « Vous n’avez aucune raison d’avoir peur des OGM. Vous êtes vous-mêmes des organismes génétiquement modifiés. Sans mutation, pas d’évolution. Cette peur des OGM est totalement irrationnelle. » Dénonçant la destruction des essais OGM et le moratoire sur les cellules-souches, l’orateur affirme : « Détruire les expériences au nom de principes religieux, c’est inadmissible. » Conséquence : « L’aventure humaine de la biologie du XXIe siècle se passe ailleurs, en Chine, aux États Unis. Sur les OGM, on a tout perdu. Et pourtant, nous en importons de grandes quantités. Un laboratoire français a inventé des chèvres transgéniques qui produisent du plasma humain. On les a exportées aux États-Unis pour éviter leur destruction et, maintenant, nous importons du plasma humain. »

Produire bio, oui mais… « Le problème écologique du bio est simple : comme la productivité est moindre, on a besoin de plus d’espace que l’agriculture conventionnelle. Et des études comparatives entre agriculture biologique et conventionnelle montrent que, dans beaucoup de domaines, du point de vue écologique, cela s’équivaut, avec un léger avantage pour le conventionnel ». Selon le scientifique, « il est démontré qu’il n’y a aucun bienfait à manger bio, aucun. »

« Vous vivez des choses difficiles en France, avec des normes folles sur les nitrates, « or il n’est dangereux à aucune dose, c’est clairement démontré », la quasi-impossibilité de produire des OGM et le bien-être animal. Encore une fausse bonne idée : en 2000, on importait 6 % des poulets consommés en France. Aujourd’hui, on en importe 40 %, et ils viennent de Pologne où les normes de bien-être animal ne s’appliquent pas.

« Il n’y a pas de mauvais aliments, il y a de mauvaises alimentations »

Les gens confondent aliments et alimentation. « Il n’y a pas de mauvais aliments, il y a une mauvaise alimentation. Ce qui est important, c’est le lien entre l’alimentation, la génétique et le mode de vie. Ce qui compte, c’est le microbiote - idem pour les sols. Dans 1 gramme de terre, il y a 1 milliard de bactéries et 100 000 espèces de champignons différentes. Ce qui compte, c’est la faune bactérienne. L’essentiel de la vie sur terre se passe à l’échelle du micron. » Pourquoi, alors, de telles peurs animent-elles notre société ? Par ignorance, martèle Jean de Kervasdoué : « Les urbains ignorent tout du monde agricole ». Par excès de précaution, aussi : « Il y a une grande différence entre facteur de risque et cause de mortalité. La vie est une maladie sexuellement transmissible et 100 % mortelle. »

La confusion entre risque et danger est essentielle, pour Jean de Kervasdoué. « C’est tout le débat sur le glyphosate : selon certaines études, il serait génotoxique sur les rats à des doses très élevées, mais l’Organisation mondiale de la santé montre que le glyphosate n’est dangereux à aucune dose habituelle pour les agriculteurs, et encore moins pour les consommateurs. Si Emmanuel Macron continue à errer dans son interprétation des faits scientifiques, cela conduira à une aberration : on reviendra à la binette et au mal de dos, alors que tous les Européens continueront à utiliser ce produit. » Pour Jean de Kervasdoué, l’inscription du principe de précaution dans la Constitution française est une ineptie. « Qui décide contre quoi nous devons nous protéger ? Ce sont les écologistes. Ce sont eux qui définissent le problème et les normes à appliquer. »

Pourquoi ce débat fait-il rage maintenant ? « Nous avons à gérer l’abondance, et il n’est pas facile de choisir. Incapable de donner des emplois et encore moins un sens, la classe politique promet la protection et son principe. »

MSA et anciens exploitants se rencontrent

« Vous êtes source de projets »

Vie professionnelle

Publié le 11/08/2018

« Notre mission est bien sûr d’accompagner les aînés, mais il nous appartient aussi d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion. Or vous êtes source de projets », indique David Herrscher, président de la Mutualité sociale agricole (MSA) d’Alsace, en ouvrant la réunion.

Paul Schiellein, président de la SDAE du Bas-Rhin, le confirme : « Nous travaillons en parfaite symbiose entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin ». L’an dernier, la section bas-rhinoise a organisé une série de quatre formations pour accompagner les anciens exploitants à la dématérialisation des documents, en partenariat avec les organisations professionnelles agricoles. Cette action a bénéficié du soutien de la MSA qui a participé à l’achat de tablettes numériques, une cinquantaine au total, et mise à disposition des formateurs. La section haut-rhinoise souhaite elle aussi proposer cette formation à ses adhérents, annonce Gabrielle Rolli, membre de la SDAE du Haut-Rhin. Elle a lancé une consultation qui a permis d’identifier une quarantaine de personnes intéressées par une initiation, voire un perfectionnement à l’informatique. Christelle Jamot, directrice de la MSA d’Alsace, indique que la MSA organise deux ateliers informatiques à l’automne 2018, en partenariat avec Atout Âge. « Vous pouvez vous greffer sur ces formations, ou bien nous pouvons en prévoir de nouvelles en 2019. »

Encourager le maintien à domicile

Durant les derniers mois, un autre sujet a mobilisé les anciens exploitants agricoles, celui du veuvage. Un dossier très étoffé a été constitué au niveau national pour guider veufs et veuves dans leurs démarches, après le décès de leur conjoint, à charge pour chaque partenaire de compléter, au niveau local, la fiche le concernant. Une réunion aura lieu en décembre à Strasbourg, en présence de tous les partenaires, pour divulguer ce dossier qui sera également présenté lors des réunions hivernales organisées par la SDAE du Bas-Rhin, annonce Paul Schiellein. « C’est Sylviane Fargeon, notre directrice adjointe, qui est chargée de compléter la fiche de la MSA », indique Christelle Jamot.

Pour l’année à venir, c’est au dossier de l’autonomie que les retraités veulent s’atteler. « Nous avons rencontré récemment Bénédicte Autier, directrice de la Maison départementale de l’autonomie à Strasbourg, afin d’échanger sur la stratégie du Conseil départemental du Bas-Rhin en matière de maintien à domicile des seniors. Nous voulons sensibiliser les retraités et futurs retraités au fait qu’il faut aménager la maison le plus tôt possible afin de la mettre en adéquation avec les besoins du troisième âge, même s’il n’est pas toujours facile d’aménager un vieux corps de ferme », indique Christiane Bernard, ancienne présidente de la MSA d’Alsace, en charge de ce dossier. Bénédicte Autier a suggéré l’élaboration d’une fiche d’actions avec les partenaires de la SDAE - notamment la MSA d’Alsace, Groupama Grand Est, le Crédit Agricole Alsace Vosges, le Centre de ressources, d’information et de conseil en aides techniques et accessibilité (Cep Cicat), et d’éventuels financeurs - pour accompagner les retraités agricoles. Ce travail s’inscrit parfaitement dans le nouveau Schéma de l’autonomie qui sera soumis au Conseil départemental en janvier 2019. Christiane Bernard représentera la SDAE dans le groupe de travail chargé de la rédaction de la fiche d’action, l’idée directrice étant que « ma maison doit m’accompagner dans le vieillissement ». Dans le Bas-Rhin, 14 000 retraités sont potentiellement concernés.

Le problème des aidants familiaux a également été soulevé. Il est urgent de mettre en place une formation pour leur permettre d’assumer plus facilement leur tâche, souvent fastidieuse au quotidien, mais aussi d’imaginer des dispositifs pour leur donner le droit au répit. Les anciens exploitants veulent, là encore, être force de proposition.

Plan stratégique MSA 2025 : apporter sa pierre à l’édifice

David Herrscher a évoqué le plan de développement stratégique MSA 2025. L’Alsace veut apporter sa pierre à l’édifice. « Dans cette optique, nous avons prévu de rencontrer l’ensemble de nos partenaires. » Après la présentation officielle de ce projet aux délégués de la MSA, le jeudi 2 août à la foire aux vins de Colmar, une journée de rencontre avec les JA et la FDSEA était prévue le mardi 7 août à Schiltigheim.

Les élections à la Chambre d'agriculture, en janvier 2019, focalisent toutes les attentions. Pour René Quintlé, membre de la SDAE du Haut-Rhin, il est indispensable que deux sièges soient réservés aux anciens exploitants agricoles dans la future assemblée régionale, afin de respecter la représentation départementale. Un avis que partagent l’ensemble des membres présents à cette réunion d’information.

Dimanche 19 août à Niederroedern

Le coquelet en fête

Élevage

Publié le 10/08/2018

Après avoir passé son Bepa agriculture élevage au lycée agricole d’Obernai, en 1988, Éric Gallmann travaille sur la ferme paternelle en tant qu’aide familial. « Au départ à la retraite de ma mère, en 1993, j’ai repris l’exploitation, orientée vers le lait. Mais j’ai très vite arrêté la production laitière et je suis parti travailler à l’extérieur, dans l’industrie pharmaceutique. »

L’exploitation compte 38 ha, dont 20 ha de maïs, 8 ha de blé, 6 ha de colza, le reste étant en prairie. « Je travaille en non-labour depuis 2009, pour limiter les coulées de boue », explique l’agriculteur. En 2012, Éric Gallmann réalise une sortie d’exploitation - l’ancien corps de ferme est situé au centre du village - et se spécialise dans l’élevage de coquelets, en partenariat avec la maison Rihn. Il construit deux bâtiments de 400 m2, chacun d’entre eux pouvant accueillir 11 000 poussins, à raison de 7,5 bandes par an. Une décision mûrement réfléchie : durant treize ans, de 1999 à 2012, il avait loué des poulaillers auprès d’autres agriculteurs. L’atelier coquelets entre en production en septembre 2013. « Depuis le 14 juin dernier, les coquelets de la maison Rihn sont nourris exclusivement avec des aliments non OGM et élevés sans antibiotiques », précise Éric Gallmann.

Deux ans plus tard, Éric Gallmann monte un projet d’élevage de poulets pattes jaunes, en partenariat avec les Volailles Siebert, cette fois-ci. Un bâtiment de 700 m2, pouvant accueillir 14 500 animaux, à raison de 5,5 bandes par an. « Lorsque je me suis lancé dans la construction des deux premiers poulaillers, les habitants du lotissement voisin, situé à 500 m en contrebas ont fait une pétition pour s’y opposer. J’ai organisé une réunion d’information à la salle communale pour leur expliquer mon projet, ma façon de travailler, et ils ont très bien accueilli le projet, au final. »

Récemment, l’éleveur a eu l’idée d’organiser une fête du coquelet. « Ce n’est pas tant pour faire connaître le produit, qui bénéficie déjà d’une belle notoriété, mais plutôt pour annoncer l’ouverture prochaine de mon magasin de vente à la ferme. » Ce magasin, explique-t-il, sera l’occasion, pour lui ou son épouse, de passer plus de temps sur l’exploitation. « Nous allons proposer toute la gamme de volailles, coquelets Rihn, poulets, canards, oies, mais aussi des découpes de volaille - rôtis, grillades, brochettes - et des produits transformés, comme le jambon et les saucisses. Nous ne ferons que de l’achat-vente, les animaux étant abattus par nos partenaires, les maisons Rihn et Siebert. »

Le magasin de vente est idéalement situé sur une voie très passante : la rue de la Haute-Vienne. Cerise sur le gâteau, il devrait être opérationnel pour les fêtes de fin d’année. La famille Gallmann projette en outre d’ouvrir un site internet où les clients pourront effectuer leur commande et payer en mode sécurisé, avant de retirer la marchandise le lendemain en boutique. Il faut vivre avec son temps…

Dimanche 19 août, la ferme avicole Gallmann accueillera les visiteurs dès 11 h. « Ils ne pourront pas pénétrer dans les bâtiments pour voir les animaux, pour des raisons d’hygiène, mais ils pourront sans doute voir des poussins, âgés d’à peine quelques jours » et s’intéresser aux méthodes de production de l’éleveur. À midi, ils pourront déguster des coquelets à la broche, rôtis au feu de bois, avec frites et dessert. Des animations sont prévues, comme un château gonflable pour les enfants et des sculptures de ballons, avec la société hœrdtoise Bulles d’R. L’après-midi, des démonstrations de travail du sol avec un déchaumeur à disques et de semis de couvert végétal seront organisées, en partenariat avec la société Kerner. Des grillades de volaille seront servies tout au long de l’après-midi, tandis que l’orchestre les Strohl’s assurera l’ambiance musicale.

Fruits et légumes : ça va chauffer à Reichstett !

Vie professionnelle

Publié le 05/08/2018

L’Alsace compte 700 producteurs de fruits et légumes, conventionnels et bios, indique Pierre Lammert, président du service fruits et légumes de la Chambre d'agriculture d'Alsace et de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Les surfaces s’étendent sur plus de 5 000 ha : deux tiers dans le Bas-Rhin et un tiers dans le Haut-Rhin.

Analysant les faiblesses de la filière, le président déplore son manque de compétitivité par rapport aux autres pays européen, l’Allemagne en particulier, qu’il attribue au coût et à la pénurie de main-d’œuvre. Il a également pointé du doigt la faible capacité d’investissement des exploitations, la pression foncière, les distorsions de concurrence en matière de produits phytosanitaires et la forte dépendance vis-à-vis du prix du marché européen.

Pour lui, la diversité des circuits de commercialisation est à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce qu’elle permet de maintenir, voire de développer la production de fruits et légumes, alors que celle-ci est en net recul dans d’autres régions françaises. Une faiblesse, parce qu’elle complique la structuration des opérateurs.

Mais la filière a aussi des atouts. Pierre Lammert recense le climat favorable, la disponibilité en eau, la forte diversité des productions, génératrice d’emplois. Il a mis en avant l’organisation de la filière, unique en France, grâce à une interprofession dynamique qui donne une image forte de la filière et à une communication active. Mais aussi le soutien technique aux producteurs avec deux stations expérimentales, Verexal et Planète Légumes. « Planète Légumes compte 500 adhérents », souligne-t-il.

Mais la filière saura-t-elle saisir les opportunités qui s’offrent à elle ? La première consiste à répondre à la demande importante de produits locaux émanant des consommateurs, ainsi que des collectivités locales. « Il reste une marge de progression importante : l’Alsace ne produit que 25 % des fruits et légumes qu’elle consomme. » L’essor des produits bios est lui aussi porteur d’espoir.

Une serre basse température innovante

Et de nouvelles pistes s’offrent aux producteurs alsaciens. À commencer par le projet de géothermie profonde à Reichstett. La société Fonroche a signé une convention avec la Chambre d'agriculture et la société Richel, fabricant de serres professionnelles, pour monter une serre pilote de 5 000 m2 chauffée avec de l’eau de condensation, aussi appelée « chaleur fatale », disponible durant 8 000 h par an, la puissance étant de 200 000 MWh thermique. Cette eau à 30 °C constitue un véritable défi technique, explique Fabien Digel, directeur de Planète Légumes. Car en temps normal, les serres agricoles sont chauffées avec de l’eau à 50 ou 80 °C. L’avantage, c’est que cette énergie sera « quasiment gratuite », le fournisseur en garantissant le prix durant 25 ans. Une économie non négligeable, quand on sait que le chauffage constitue 25 % du coût de production des tomates sous serres.

Le projet allie différents modes de production, hors-sol conventionnel dans une serre de 2 500 m2 et bio plein champ dans une serre multichapelle de 2 500 m2. Ces serres devraient être mises en place en janvier 2020. Autour d’elles, un îlot de 30 ha pourra accueillir des horticulteurs et des maraîchers désireux de développer leur production sous abri. Le président du Conseil départemental, Frédéric Bierry, s’est déclaré prêt à soutenir ce projet, notamment pour l’aménagement du site.

Circuits courts : la Chambre d'agriculture accompagne

Vie professionnelle

Publié le 05/08/2018

La Chambre d'agriculture accompagne les agriculteurs qui envisagent de se lancer dans la vente ou la transformation à la ferme, explique Violette Guillaumé, conseillère circuits courts. C’est le cas d’Emmanuel Dollinger. Il a décidé de construire un atelier de transformation et, en parallèle, d’agrandir son magasin de vente, situé dans le centre de la commune de Hœrdt. « Nous lui avons apporté notre expertise technique, en lien avec les procédés de fabrication et la réglementation sanitaire. Nous l’avons aussi accompagné dans la conception et la réorganisation des locaux, pour optimiser la valorisation des produits, selon les préceptes du marketing, et faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite. Notre but, c’est d’avoir une vision globale du projet », explique la conseillère. Cette prestation a un coût, concède-t-elle : « La facturation est fonction du temps passé, sur la base d’un tarif horaire. S’il est membre du réseau Bienvenue à la ferme, l’agriculteur peut bénéficier d’une subvention au titre de la promotion de la vente directe et de la professionnalisation de la commercialisation. »

La Chambre d'agriculture a aussi pour mission de valoriser les produits locaux dans la restauration hors domicile. À commencer par les cantines scolaires. « Nous avons monté un projet avec les collèges du Bas-Rhin, sur la base de neuf engagements, portant sur la qualité des produits, la lutte contre le gaspillage alimentaire, la gestion durable de la cuisine, etc. Les collèges choisissent les engagements qu’ils veulent mettre en avant et nous les accompagnons dans cette démarche. » Le collège Baldung Grien de Hœrdt, qui sert 270 couverts par jour, s’est fixé pour mot d’ordre « Mangeons sain, bio, local et jetons moins ». Il a notamment investi dans un outil de gestion de commande et de suivi performant, ainsi que dans un salade bar qui permet de servir chaque jour une dizaine de salades différentes. « Pas forcément des légumes de saison, car il faut d’abord changer les habitudes alimentaires », précise le chef de restauration du collège, Laurent Geib.

« Des producteurs du coin »

Pour son approvisionnement local, Laurent Geib s’adresse à la plateforme ApproAlsace, gérée par Jean-Luc Parthonneau. Une plateforme virtuelle qui permet aux professionnels de la restauration hors foyer d’accéder à une gamme complète de produits, fruits et légumes de saison, œufs, volailles élevées en plein air, charcuteries, produits laitiers, épicerie, qui leur sont ensuite livrés. « ApproAlsace nous a permis de découvrir des producteurs du coin, que nous n’aurions jamais connus autrement, à des prix très compétitifs », souligne le chef. Mais ce système a ses limites. « Nous n’avons pas le droit de dépasser une certaine somme en achats directs. Au-delà, il faut impérativement passer par des appels d’offres », indique-t-il. À l’avenir, les cahiers des charges devront intégrer des objectifs de qualité, pour sortir du carcan du moins-disant. « Nous allons faire ce travail et vous le soumettre », ajoute Violette Guillaumé.

Denis Digel, président de la section fruits et légumes de la FRSEA, veut aller plus loin. Il propose de créer une légumerie qui transformerait les produits locaux, centraliserait les achats et s’occuperait de la logistique. Il veut également sensibiliser les producteurs au don alimentaire. Pourquoi ne pas mettre en place un guide du don entre les agriculteurs, les Restos du cœur et les épiceries solidaires, « avec un crédit d’impôt à la clé » ?

Coulées d’eau boueuse : un rôle de médiation

Vie professionnelle

Publié le 05/08/2018

De violents orages ont frappé le Bas-Rhin en mai et en juin, avec des précipitations d’une rare intensité (60 mm/h). Ces trombes d’eau ont provoqué des inondations, des débordements de fossés et de canalisations, mais aussi des coulées d’eau boueuse un peu partout. « Plus d’une cinquantaine de communes ont été touchées en Alsace du Nord, dans le Kochersberg et l’Eurométropole », indique Rémy Michael, conseiller à l’Adar de l’Alsace du Nord. La réaction des élus ne s’est pas fait attendre : « Il faut des bassins de rétention », « C’est la faute des agriculteurs », etc. La Chambre d'agriculture d'Alsace a mis en place une cellule spécialisée qui est intervenue en urgence, ce printemps, à la demande des communes, des communautés de communes, de l’Eurométropole de Strasbourg, etc. « Dans l’urgence, on identifie l’origine des coulées de boue (présence ou non de céréales à paille…), on cherche des solutions, puis on entame le dialogue. »

Cette cellule mène depuis plusieurs années une action de prévention des coulées de boue. Une démarche en trois étapes, la première consistant à faire un diagnostic de terrain pour déterminer le sens de l’écoulement des eaux, la sensibilité des sols, la topographie, les éléments paysagers. Un dialogue s’engage alors avec les acteurs locaux, élus, agriculteurs, partenaires (collectivités, SDEA), pour valider ce diagnostic et déterminer les solutions à mettre en œuvre.

Privilégier les solutions préventives

Des solutions préventives existent. L’assolement concerté, par exemple. Il consiste à répartir les cultures d’hiver et de printemps à l’échelle du territoire pour limiter les zones non couvertes à la sortie de l’hiver et améliorer la filtration du sol. Le non-labour, aussi. Car les résidus de culture ne sont pas enfouis, mais laissés au sol, ce qui ralentit la circulation de l’eau. Afin de limiter les transferts par ruissellement vers l’aval, des mesures curatives peuvent être déployées, comme les fascines, les bandes enherbées, les haies. « Lorsque l’on implante une haie, il faut sélectionner des espèces drageonnantes, qui font effet de frein hydraulique », précise Rémy Michael.

La Chambre d'agriculture joue un rôle de médiation entre les agriculteurs et les élus locaux. « Souvent, nous sommes confrontés à des situations très tendues. Nous trouvons des solutions grâce au dialogue. » En fonction des propriétés du sol, du diagnostic érosion, des solutions préventives sont proposées. Par exemple, de recréer des ceintures vertes autour des villages, lorsqu’un remembrement est à l’ordre du jour. Mais comment les installer, sur quelle emprise, celle de l’agriculteur ou celle du promoteur ? Autant de problèmes à résoudre. Une participation financière du Conseil départemental serait un plus…

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