Au centre des congrès du Bischenberg
Labels rouges et indications géographiques en vedette
Au centre des congrès du Bischenberg
Pratique
Publié le 10/07/2016
L’une des missions de la Fédération label rouge, IG et STG (FedeLIS) consiste à suivre l’activité législative et réglementaire au niveau français et européen. « Nous avions un grand espoir avec le projet de loi sur l’ancrage territorial de l’alimentation », a indiqué Henri Baladier, président de FedeLIS. Le but de ce projet, proposé l’an dernier par la parlementaire Brigitte Allain, était d’encourager l’approvisionnement de la restauration collective publique et territoriale en produits issus d’une agriculture durable, notamment ceux bénéficiant d’un signe officiel de qualité. Malheureusement, députés et sénateurs ont fortement affaibli l’intérêt de ce projet de loi en première lecture. « Je suis heureux d’apprendre que le gouvernement reprend à son compte ces préoccupations. »
Des œufs label rouge au Brésil
Autre chantier réglementaire en cours, la Commission européenne a annoncé sa volonté de simplifier la politique qualité de l’Union européenne, en supprimant les différences entre les réglementations sur le vin et les produits agroalimentaires, mais aussi entre les signes de qualité (IGP/AOP).
Mais la mission prioritaire de FedeLIS est la défense des produits bénéficiant d’un label rouge, d’une Indication géographique (IG) ou d’une Spécialité traditionnelle garantie (STG). Cela passe par exemple par des actions sur la protection des Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) ou des actions ponctuelles contre les utilisations abusives ou trompeuses. « Nous sommes intervenus quatre ou cinq fois au cours de l’année écoulée, notamment pour la protection du label rouge, très convoité à l’étranger », ont indiqué les animatrices de FedeLIS, Marie Guyot et Célia Pasquetti. Ainsi une action a été menée sur l’usurpation du label rouge pour des œufs au Brésil. L’Inao a obtenu la protection communautaire du label rouge en 2015. La protection est en cours de finalisation dans quatre pays tiers, le Japon, la Russie, la Chine et Singapour. Une démarche dont FedeLIS se félicite.
La concurrence des marques régionales
La fédération s’inquiète par contre de la multiplication des bannières et marques territoriales. « Ces bannières ne doivent pas empiéter sur les signes de qualité officiels, pour ne pas générer de confusion chez les consommateurs. Les collectivités sont peu réceptives à cette demande, car elles sont en pleine restructuration », a cependant admis Henri Baladier.
FedeLIS est très investie dans les travaux de l’Inao : elle suit de près le processus de simplification des notices techniques, des cahiers des charges et des plans de contrôle, simplification demandée depuis longtemps par les filières pour une plus grande flexibilité. « Demain, il n’y aura plus de notice technique : chaque cahier des charges sera constitué de conditions de productions communes et de conditions de production spécifiques », a indiqué l’animatrice de FedeLIS.
Le ministre de l'Agriculture a annoncé récemment la possibilité d’intégrer dans les cahiers des charges des dispositions concernant les performances agroécologiques des productions sous Siqo, une avancée importante demandée depuis longtemps. La commission environnement de l’Inao est en train de rédiger un cahier de mesures qui pourront être reprises par les Organismes de défense et de gestion (ODG) : préservation de la biodiversité, maîtrise de la fertilisation, réduction des phytosanitaires, meilleure gestion de l’eau. Si elle appuie cette démarche, la FedeLIS estime qu’elle doit rester volontaire.
Un dossier « Évaluation et suivi de la qualité supérieure (ESQS) » doit désormais faire partie du dossier de chaque produit label rouge auprès de l’Inao. Ce dossier n’est pas simple et les ODG ont besoin d’être accompagnés. FedeLIS a mené durant trois ans un projet Casdar sur ce sujet, pour tester des méthodes innovantes d’évaluation et de suivi de la qualité supérieure. Mais, souligne Henri Baladier, « la qualité supérieure ne peut se résumer à des tests organoleptiques comparatifs avec les produits standards, il faut tenir compte du respect de l’environnement, des savoir-faire. »
En attendant, les projets ne manquent pas. FedeLIS a déposé un projet Casdar sur la capacité des Siqo (label rouge et IGP) à générer de la valeur ajoutée pour les agriculteurs et leurs filières en répondant aux enjeux sociétaux et environnementaux. Objectif : renforcer l’attractivité des Siqo, répondre aux attentes sociétales. « Toutes les personnes en phase avec ce projet doivent le soutenir pour qu’il soit parmi les lauréats », a affirmé le président. Par ailleurs, trois fédérations membres de FedeLIS, Fil rouge (viandes label rouge), Sylaporc (porc et charcuteries label rouge) et Synalaf (volailles et œufs label rouge) ont monté un projet de communication ambitieux sur le label rouge au niveau français et européen pour la période 2017-2019. Sept pays sont ciblés (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Danemark), pour un budget total de 3 millions d’euros par an pendant trois ans, avec un cofinancement de l’UE. La réponse de la Commission européenne est attendue pour novembre 2016.
Une boîte à outils pour les collectivités
Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a fait passer quelques messages par vidéo interposée. Il a réaffirmé son engagement pour les filières sous signe officiel de qualité et rappelé qu’un accord a été signé au Salon international de l’agriculture pour intégrer la démarche agroécologique dans les cahiers des charges.
La reconnaissance par la Chine de près de quarante appellations d’origine bordelaises est une avancée importante, selon le ministre. Elle met en lumière l’importance des accords commerciaux entre l’Europe et ses partenaires commerciaux, même si les négociations en cours avec les États-Unis soulèvent de grandes inquiétudes dans le milieu agricole.
« À travers les lois d’avenir et d’ancrage territorial de l’alimentation, nous voulons favoriser une alimentation locale et de qualité. On y reviendra. Dès cet été, nous sortirons une boîte à outils permettant aux collectivités territoriales de choisir des produits locaux ayant une démarche de qualité. » Concernant les marques régionales, le ministre estime qu’il faut cadrer les choses. « J’ai confié à Jean-Luc Dairien, directeur de l’Inao, une mission de prospective pour mieux encadrer les démarches d’origine des produits sans défavoriser les signes de qualité. Les deux sont compatibles. »












