Créée le 10 octobre 1946, l’association des maires du Bas-Rhin est présidée durant treize ans par Désiré Brumbt, maire de Haguenau. Au lendemain de la guerre, les préoccupations majeures sont les dommages de guerre, la reconstruction des habitations et des infrastructures, le ravitaillement. Aux difficultés du « retour à la vie normale » s’ajoutent, pour les maires du Bas-Rhin, le changement de législation, le retour des milliers de « Malgré Nous » et l’usage du dialecte dans les mairies, l’État voulant imposer la langue française. « On est loin du slogan de l’Office pour la langue et la culture d’Alsace, Elsässichischbombisch ! »
Au cours de la décennie suivante (1956-1965), les revendications des maires portent sur la fiscalité et les finances locales. Le statut des élus locaux fait débat, les maires réclamant une revalorisation de leurs indemnités face à la complexité croissante de leur mandat.
Les maires et la construction européenne
« Je ne serais pas complet si je n’évoquais pas l’action des maires dans la construction européenne, a poursuivi Claude Kern. Ils ont été les acteurs du rapprochement des peuples, des cultures et des échanges », grâce aux nombreux jumelages.
En 1960, Pierre Pflimlin, maire de Strasbourg, est élu à la présidence de l’association. Il affirme : « C’est en regardant par la lunette des maires que l’on arrive à mieux connaître la réalité locale ». L’intercommunalité est à l’ordre du jour : dans la foulée de l’État, le bureau de l’AMBR incite à la création de syndicats intercommunaux dans le domaine de l’eau, de l’assainissement, de la gestion des forêts.
Sujet d’actualité à la fin des années 1960, les rythmes scolaires. Les maires discutent de la modification de la semaine scolaire, avec la suppression des cours le samedi après-midi, mais aussi de la création d’équipements sportifs et de l’organisation de garderies.
La loi Marcellin de juillet 1971 sur les fusions et les regroupements de communes provoque un tollé général. « Cette loi échoue en raison de sa nature autoritaire, a constaté Claude Kern. Au contraire, le processus de création d’une commune nouvelle issue de la loi Pelissard de mars 2015 respecte davantage l’identité de chaque commune et l’élaboration d’un projet territorial supra communal. » Quatre nouvelles communes ont ainsi été créées récemment dans le Bas-Rhin et une cinquième, la nouvelle commune de Hochfelden, verra le jour en 2017.
Si les finances locales sont un thème récurrent dans les années 1970, la sécurité, l’urbanisme (multiplication des lotissements), l’environnement (pollution du Rhin, élimination des déchets) mobilisent l’attention des maires. « Il est recommandé aux maires de souscrire une assurance de responsabilité personnelle. » En 1975, le bureau de l’association se prononce favorablement sur le projet de premier code des communes car il prend en compte les spécificités de l’Alsace et de la Moselle.
Une nouvelle fois, la concentration des communes est à l’ordre du jour : la commission Guichard veut réorganiser administrativement la France, créer 5 000 grosses intercommunalités et signer la fin des petites communes…
En 1983, la loi de décentralisation donne lieu à un vaste débat. Cette année-là, Daniel Hoeffel accède à la présidence de l’association des maires, poste qu’il occupe jusqu’en 2004. Il cède la place à Joseph Ostermann qui préside l’association pendant dix ans. Parmi les dossiers phares, ce dernier a évoqué le partenariat avec l’Université Robert Schuman pour la formation des élus locaux, la sauvegarde du grand hamster d’Alsace et la refonte de la carte intercommunale du Bas-Rhin : « En quelques années, le nombre d’EPCI est passé de 34 à 23 », a-t-il indiqué. Par ailleurs, il a regretté l’échec du projet de conseil unique d’Alsace.
Pour l’avenir, les chantiers sont nombreux, a souligné Claude Kern. À commencer par celui des intercommunalités. « Des projets de fusion menés tambour battant, des transferts de compétence décidés par la loi NOTRe… Notre association réclame une pause dans les réformes », a-t-il indiqué. En matière de sécurité, la donne a changé avec la montée du terrorisme : « Chaque maire doit prendre conscience que les écoles, les manifestations organisées dans sa commune peuvent être une cible ». Le chantier de la simplification des normes avance péniblement. Enfin, le président a annoncé que les statuts de l’association sont en cours de modernisation. Le projet sera soumis lors de l’assemblée générale du 2 décembre.
« Nous avons besoin de votre expertise »
« Nous avons besoin de votre expertise du terrain, de votre connaissance de la réalité de nos concitoyens, a déclaré Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin. Vous êtes ceux qui inspirent confiance à nos concitoyens. » Selon certains élus, le Département ne sert plus à rien. « Ce sont des propos ingrats, a affirmé le président. Le Département est le partenaire privilégié des communes au quotidien. » Mais, fortement impacté par la baisse des dotations comme toutes les collectivités, il a recherché des sources d’économie afin de dégager des marges de manœuvre permettant de financer les besoins dans les territoires, développer une dynamique nouvelle. Pour construire ensemble cette politique dans les territoires, le Département organise, le 19 novembre prochain, l’événement « Faire équipe pour nos territoires ». « À ceux qui veulent la querelle des collectivités, j’opposerai l’alliance des territoires. Travaillons collectivement pour faire vivre l’excellence alsacienne. »
Évoquant la réforme territoriale, Frédéric Bierry a ajouté : « Cette réforme tend à faire de l’Alsace une périphérie française, alors que nous sommes le cœur européen de la France. Il n’est pas possible de se satisfaire de cette situation. Il faut tout faire pour que l’Alsace redevienne une réalité institutionnelle. »
Recentrer le débat
« Les opposants d’hier au Conseil d’Alsace sont ceux qui le réclament aujourd’hui, a fait remarquer Philippe Richert, président de la Région Grand Est. La décision de créer la Région Grand Est est venue du niveau national, le Parlement en a décidé ainsi. Je suis fier d’être le président de cette grande région et je ferai tout pour qu’elle puisse continuer à se développer. » 75 % des chefs d’entreprise pensent que c’est une bonne chose, a-t-il souligné. « Depuis le 1er janvier 2016, nous avons intégré de nouvelles compétences et mis en place une organisation territoriale sur une région qui fait deux fois la Belgique, en faisant tout pour que Strasbourg soit reconnue capitale de cette nouvelle région. » L’une de ces compétences nouvelles est le transport interurbain et scolaire. « Nous avons décidé de transférer les deux au 1er janvier 2017, avec le transfert des moyens correspondants. Nous allons mettre en place un système reprenant la situation actuelle avant d’harmoniser les pratiques. »
Le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin, Stéphane Fratacci, a insisté sur « la responsabilité écrasante des maires, essentielle dans la proximité de la construction de la République ». Pour lui, il faut aller plus loin dans l’information sur la réalité de la délinquance et les enjeux de la radicalisation. « Lors de l’organisation d’événements attirant un large public, il faut bien évaluer les risques et les dispositifs de prévention et de sécurité à mettre en place. » De gros efforts ont été consentis pour rendre la rentrée scolaire la plus sûre possible, a-t-il ajouté.