Auteur

Anny Haeffelé

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Alsace Lait

Une stratégie de diversification réussie

Élevage

Publié le 24/11/2016

Bizarre. C’est ainsi que Michel Debes, président d’Alsace Lait, qualifie l’année 2016. « Climatiquement, nous avons connu tous les extrêmes », des excès d’eau à la sécheresse. En Alsace, un dicton affirme qu’une année bissextile est une demi-année (« A Schaltjohr esch a Halbjohr »). Il s’est pleinement vérifié cette année… « Alors que le rendement du blé s’élevait à 90 q/ha en 2015, nous avons eu du mal à atteindre 45 q/ha en 2016. Il faut remonter à nos grands-parents pour retrouver de tels chiffres ! »

Sur le marché du lait, le déséquilibre entre l’offre et la demande a créé un marasme sur les prix. « Par rapport à ces prix étriqués, Alsace Lait s’en sort un peu mieux. Les producteurs souffrent aussi chez nous, mais bénéficient d’un des meilleurs prix du lait. C’est le résultat des choix stratégiques que nous avons opérés, mais aussi de la renommée de nos marques, Alsace Lait et Savoie Yaourt. » La stratégie de diversification est une réussite, affirme Michel Debes. « Cette réussite, nous la devons aussi au personnel de l’entreprise », insiste-t-il.

Une embellie se dessine sur les produits industriels, notamment le beurre et la poudre (lire en encadré). « Nous sortons de deux années de crise. Les investissements dans nos outils de transformation sont devenus le bras armé du développement de nos exploitations. » 2017 sera une année passionnante, et pas seulement au niveau politique, annonce Michel Debes. « Que ce soit à Alsace Lait, à Savoie Yaourt ou au Canada, nous voulons continuer sur notre lancée pour être plus présents sur nos marchés, conforter nos entreprises. Ouverts sur le monde, nous voulons tous avancer ensemble. »

« Une performance louable »

Pour Frédéric Madon, directeur général d’Alsace Lait, 2016 est « une année correcte » sur le plan des résultats. « Je suis particulièrement satisfait des résultats de Savoie Yaourt, qui contribuent à la croissance du groupe. C’est une très belle réussite en termes d’intégration. » Les investissements au Canada s’avèrent tout aussi fructueux. « Notre ambition de développer une marque et une offre de produits ultrafrais a réussi. En un peu plus d’un an, l’usine de Sorel a réalisé un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros (M€), l’objectif étant d’atteindre rapidement 30 M€. Notre marque est présente dans toutes les enseignes de la grande distribution. » Avec à la clé trois prix de l’innovation !

« Avec la sortie des quotas, nous sommes entrés sur le marché de l’offre et de la demande, poursuit le directeur général. Ce rapport de force a provoqué une forte volatilité et une baisse significative du prix du lait. Le challenge consiste désormais à s’adapter aux nouvelles règles du jeu, tant pour les producteurs que pour l’usine qui doit investir pour poursuivre son développement et s’adapter au marché mondial. » Pour 2017, Frédéric Madon exhorte ses collaborateurs à faire preuve de « plus d’efficacité, plus de rigueur », bref à viser l’excellence. « Chacun d’entre nous doit contribuer au résultat de l’entreprise, pour nous permettre d’investir et de pérenniser nos outils à Hœrdt, Aix-les-Bains et Sorel. »

En cette période préélectorale, Frédéric Madon souhaite que les candidats aient des projets défendant certaines valeurs comme le travail, « synonyme de liberté, pas seulement matérielle, mais aussi intellectuelle », et le sens de la responsabilité, une valeur à cultiver selon lui. « J’espère que nos futurs dirigeants considéreront que l’entreprise est le socle de la société et qu’ils allégeront nos contraintes, qu’ils réduiront la pression fiscale et sociale pour que nous puissions continuer à être compétitifs, à nous développer et à remplir notre rôle social. »

Un fleuron de l’économie alsacienne

« Cette entreprise est née de la volonté des producteurs, mais elle ne peut être pérenne que grâce à votre travail », souligne Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Dans un marché de moins en moins réglementé, les productions se feront autour d’une entreprise de transformation, affirme-t-il. « C’est vrai pour le sucre, cela l’est aussi pour le lait et la viande. C’est pour cela que nous nous sommes tant battu pour sauver l’abattoir de Holtzheim. »

Après son collègue Étienne Wolf, qui souligne sa fierté d’avoir une entreprise comme Alsace Lait dans son canton, Frédéric Bierry rappelle que le Conseil départemental du Bas-Rhin soutient les entreprises agroalimentaires en développant le manger local dans les restaurants scolaires et le restaurant collectif de l’Hôtel du Département. Il salue le dynamisme et le courage d’Alsace Lait qui s’ouvre sur l’extérieur, avec des investissements en Savoie et au Canada. « Notre volonté est d’être à vos côtés et de faciliter la vie de votre entreprise. »

Maison Georges Bruck à Strasbourg

Foie gras en brioche à Noël

Pratique

Publié le 23/11/2016

Résurgence d’une recette ancestrale, traditionnellement servie sur les tables des restaurants, le foie gras en brioche est désormais accessible à tous les amateurs de foie gras. Conditionné en bocal de verre de 150 g, il peut être dégusté tel quel. Mieux encore, on peut passer le bocal au four à 160 °C durant quelques minutes, pour une texture optimale. « La brioche retrouve ainsi sa souplesse et son moelleux, tandis que le foie gras de canard laisse éclater toutes ses saveurs », explique Vincent Heusch, PDG de la maison Georges Bruck. À noter que le foie gras en brioche se conserve durant deux mois au frais, à une température de 2 à 4 °C. Il est recommandé de le sortir du réfrigérateur 30 minutes avant de le servir.

Dévoilé au Sial 2016, le foie gras de canard mi-cuit en brioche a été sélectionné comme produit innovant, à la grande satisfaction de son créateur, Vincent Heusch. Il est disponible dans la Boutique du gourmet, 26 rue des Orfèvres à Strasbourg, ainsi que dans les épiceries fines et les grands magasins d’Alsace, Île de France, Rhône Alpes et Côte d’Azur.

Dernière manufacture de foie gras implantée à Strasbourg, la maison Georges Bruck a été fondée en 1852. En dépit des vicissitudes historiques et économiques, elle a su rester indépendante et faire perdurer son savoir-faire durant cinq générations. Depuis l’an 2000, elle est gérée par Vincent Heusch, arrière-arrière-petit-fils de Philippe Schmidt qui avait racheté la société peu après sa création.

Georges Bruck produit chaque année près de 35 t de foies gras, mais aussi de terrines, confits et rillettes. L’entreprise réalise un chiffre d’affaires de près de 4 millions d’euros, dont 40 % à l’international, jusqu’en Russie, au Japon et en Australie.

Restauration scolaire

La ville de Strasbourg lance un nouvel appel d’offres

Pratique

Publié le 22/11/2016

La ville de Strasbourg a décidé de lancer un nouvel appel d’offres pour la restauration scolaire dans les écoles maternelles et primaires de la ville, annonce Françoise Buffet, adjointe au maire de la ville en charge de l’éducation, lors d’une conférence de presse. « Le cahier des charges devrait être prêt d’ici la mi-décembre », indique-t-elle. Le dernier appel d’offres date de 2009 et a été reconduit plusieurs fois. Le contrat du prestataire en place s’achève le 31 août 2017. Le nouvel appel d’offres aura une durée de deux ans, reconductible.

11 000 repas sont servis chaque jour aux élèves des écoles maternelles et primaires de l’agglomération strasbourgeoise. Avec quatre options : standard, végétarien, halal et sans porc. 10 000 d’entre eux sont servis dans les restaurants scolaires, quelques élèves étant orientés vers d’autres structures, comme les Ephad. Pour chaque repas servi, la ville verse 3,90 € au prestataire, le coût total du repas s’élevant à 9,20 €. « Les familles, quant à elles, paient le repas entre 1,30 et 6,70 € selon leur quotient familial », explique Françoise Buffet. En moyenne, deux tiers de ce coût est pris en charge par la collectivité, c’est-à-dire par les contribuables strasbourgeois.

Favoriser les circuits courts

Pour Françoise Buffet, il est essentiel d’assurer aux enfants une alimentation saine et équilibrée, mais aussi de répondre aux enjeux sociétaux, comme la réduction des gaz à effet de serre. C’est pourquoi, dans le précédent appel d’offres, la ville avait instauré l’obligation de servir au moins 20 % d’aliments issus de l’agriculture biologique. Le but était de 40 % de produits bios dans les repas, cet objectif étant atteint dans bon nombre de restaurants scolaires de la ville. Cette obligation étant doublée de l’exigence de s’approvisionner localement aussi souvent que possible. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, explique l’adjointe au maire. Mais aujourd’hui, 60 % des produits bios sont d’origine locale. « Nous aimerions arriver à 100 %, mais la montée en puissance est lente du fait notamment de la période de conversion des exploitations agricoles. De plus, certains produits, comme les bananes, ne poussent pas en Alsace… »

Aujourd’hui, la ville a décidé d’aller plus loin : « Le futur contrat tiendra compte des nouveaux enjeux fixés après concertation avec les élus et les parents d’élèves qui se préoccupent beaucoup de santé publique », indique Françoise Buffet. Faire en sorte que les enfants terminent leur assiette, lutter contre le gaspillage, réduire les déchets sont quelques-unes de ces préoccupations. « Nous avons aussi une démarche éducative : préparer un repas qui se rapproche le plus de ce que l’enfant mange à la maison tout en lui proposant des plats plus élaborés, en lui faisant par exemple découvrir des légumes qu’il ne connaît pas. N’oublions pas que pour de nombreux enfants, le déjeuner est le seul repas équilibré de la journée. »

Quelle alternative aux barquettes ?

Parmi les sujets à l’étude, la substitution des barquettes dans lesquelles sont servis les repas, notamment dans les écoles maternelles où les enfants ne sont pas capables de s’alimenter en self-service. Ces barquettes répondent bien sûr aux normes sanitaires en vigueur, mais de plus en plus de parents demandent leur suppression.

L’appel d’offres fera peut-être émerger des solutions alternatives. Toutefois, la ville de Strasbourg se montre prudente : « Il est hors de question que notre appel d’offres reste infructueux. » La rentrée prochaine risquerait d’être mouvementée…

La bière de Noël est arrivée

Pratique

Publié le 22/11/2016

À Strasbourg, l’arrivée de la bière de Noël marque, avec celle du sapin de Noël sur la Place Kléber, le lancement officiel des festivités de fin d’année. Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg, l’a rappelé lundi 7 novembre, lors de la cérémonie organisée conjointement par le syndicat des brasseurs d’Alsace et le groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin. Une cérémonie toujours très prisée qui réunit bon nombre de personnalités du monde politique, économique et touristique à l’hôtel de ville de Strasbourg.

Tradition, patrimoine, savoir faire, mode de vie, état d’esprit, art culinaire… la bière, c’est tout cela à la fois. C’est aussi, dans notre région, un secteur économique important pourvoyeur d’emplois : près de 10 millions d’hectolitres, soit la moitié de la bière française, sont brassés en Alsace. Les brasseurs d’Alsace, a souligné Alain Fontanel, participent à de nombreuses animations organisées à Strasbourg tout au long de l’année : Au gré de la bière, Fête de la gastronomie, etc. L’an dernier, à l’occasion des festivités du millénaire des fondations de la cathédrale, les brasseurs alsaciens avaient imaginé un brassin spécial, le Brassin du millénaire, une recette élaborée avec des céréales anciennes et des herbes aromatiques employées au Moyen Âge. Le premier adjoint a conclu son intervention en rendant hommage à Marie-Lorraine Muller, présidente de la Brasserie Schutzenberger, décédée quelques jours plus tôt à l’âge de 49 ans.

Un hommage auquel s’est associé Roger Sengel, président du groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de Boissons du Bas-Rhin. Il a rappelé que Schutzenberger a été la première brasserie à renouer avec la tradition de la bière de Noël, il y a plus de trois décennies. Un brassin festif qui se vend très tôt avant Noël et est apprécié sur tout le territoire national. Roger Sengel a salué le dynamisme des brasseurs alsaciens : ils ont été nombreux à participer au Train de la bière qui, cette année, a amené les convives dans le Jura.

Le tourisme brassicole est sur les rails

La bière est un secteur en plein essor, a affirmé Éric Trossat, président des Brasseurs d’Alsace. Un dénombre une quarantaine de brasseries dans la région. Il y a un vrai dynamisme, une créativité foisonnante et un réel engouement du public. « Depuis quelques mois, le syndicat des brasseurs d’Alsace a doublé ses effectifs. » Nombre d’entre eux étaient présents à Strasbourg pour présenter leur brassin de Noël, une boisson chaleureuse, remise au goût du jour il y a quelques années par les brasseurs désireux de présenter une bière spéciale à leurs clients et salariés à l’approche de Noël.

L’année 2016 a été riche en événements pour Brasseurs d’Alsace. Après l’organisation du trophée Billing lors du salon Egast, le 14 mars dernier, le syndicat s’est associé à l’Écomusée d’Alsace pour une exposition sur le thème « Bières d’Alsace, du comptoir à l’assiette » qui s’est tenue du 19 mars au 2 novembre. Des houblonnières à la chope, l’occasion de faire découvrir au grand public le patrimoine et la culture brassicoles alsaciens. Brasseurs d’Alsace compte bien aller plus loin pour promouvoir la culture de la bière : un projet de tourisme brassicole devrait voir le jour prochainement en Alsace. Éric Trossat a annoncé qu’un site internet permettra à tous les acteurs de la bière de présenter leur entreprise et les animations qu’ils organisent. Avec des initiatives comme celle de la brasserie Meteor à Hochfelden, le tourisme brassicole a de beaux jours devant lui dans notre région…

La Nouvelle Douane à Strasbourg

Le magasin de vente directe fait le plein d’idées pour ses 2 ans

Pratique

Publié le 21/11/2016

La Nouvelle Douane, ce magasin de producteurs fermiers implanté à Strasbourg depuis le 12 novembre 2014, fait à nouveau parler de lui. Pour son deuxième anniversaire, il annonce une profusion de bonnes nouvelles. Le chiffre d’affaires est en hausse de 12 % en un an, une réussite dont se félicite Philippe Boehmler, président de la SAS qui regroupe 22 producteurs. Et un nouveau service, le « snacking fermier », vient compléter la palette des produits proposés. Pour célébrer ces bonnes nouvelles, le magasin a organisé deux semaines de fête, avec des paniers garnis à gagner.

Le bilan de ces deux premières années est très positif, estime Philippe Boehmler. « Nous tournons aujourd’hui autour de 650 paniers par jour. » Certes, les débuts ont été difficiles : les producteurs ont dû apprendre à gérer un magasin situé au centre-ville, très bien agencé mais relativement petit pour des produits alimentaires. « Nous avons dû adapter cet outil de manière à répondre au mieux à notre activité et aux attentes des consommateurs qui veulent un panel large, des produits diversifiés, des plats à emporter et à cuisiner rapidement. »

La progression du chiffre d’affaires a permis de recruter, en avril dernier, une responsable de magasin, Fanny Etter. Elle est chargée, entre autres, des relations humaines - avec les salariés comme avec les producteurs -, de la communication, du développement. Depuis, l’équipe s’est encore agrandie : avec l’arrivée de Carine Taesch, qui s’occupe de l’espace « snacking fermier », elle se compose désormais de six membres.

L’offre s’est elle aussi étoffée : aux 22 premiers producteurs se sont ajoutés des dépôt-vendeurs, qui approvisionnent notamment le magasin en légumes bios (les Jardins de Marthe et les Jardins de la Montagne Verte), en fromage de brebis, en légumes secs, etc. Un rayon épicerie fine a fait son apparition, avec des huiles, des pâtes, des limonades, des cornichons, des condiments. L’offre de pain a également évolué, la ferme Friess ayant cédé la place à la boulangerie Turlupain suite au départ à la retraite du producteur.

Philippe Boehmler n’exclut pas que de nouveaux producteurs viennent se joindre au groupe d’associés initial. « Nous nous réunissons toutes les deux semaines entre producteurs pour prendre les décisions importantes. Et, par nos permanences dans le magasin, nous sommes en contact permanent avec les consommateurs. C’est en quelque sorte le prolongement de notre ferme, une continuité valorisante. »

Prêts à être dégustés

Justement, le snacking fermier a été lancé mardi 15 novembre à la demande des clients qui, en même temps que leurs emplettes, souhaitaient emporter des repas tout prêts. C’est ainsi que la Nouvelle Douane propose des salades et sandwichs à composer sur place, le client pouvant choisir les produits qu’il souhaite associer. « Nous proposons des formules déjeuner (une salade ou un sandwich, avec un dessert ou un jus de fruit). Par la suite, nous élargirons l’offre avec des produits chauds, une soupe ou un plat », explique Fanny Etter.

Mais déjà, les producteurs de La Nouvelle Douane ont de nouveaux projets en tête. Ils souhaitent proposer un service de livraison à domicile. « Les possibilités de stationnement au centre de Strasbourg sont très limitées, ce qui fait que le panier moyen oscille entre 15 et 18 €. La livraison à domicile permettrait d’étoffer ce panier moyen », indiquent les producteurs.

Un local réservé à l’agriculture au cœur de la ville, au pied de la cathédrale, c’est un rêve qui est devenu réalité grâce à l’appui de la ville de Strasbourg, propriétaire des lieux. « Nous voulions développer la visibilité des circuits courts en leur offrant une vitrine au cœur de Strasbourg, souligne l’adjointe au maire Françoise Buffet. C’est presque un retour aux sources, puisque les denrées agricoles acheminées à Strasbourg par bateau passaient par le bâtiment de la douane, en particulier le vin d’Alsace. » Elle se réjouit de la réussite de ce projet qu’elle soutient depuis les premiers jours, mais aussi du renforcement de l’offre de produits bios, en phase avec la politique de la ville en matière agricole.

Assemblées de section d’Élitest

Abaisser le coût de la génétique

Élevage

Publié le 15/11/2016

Avec le mois de novembre, voici revenu le temps des assemblées de section d’Élitest, avant l’assemblée générale qui se déroulera le 15 décembre à Metz. À Mittelhausen, la semaine dernière, Philippe Richert, administrateur d’Élitest, a ouvert celle de la section Alsace Nord. Il a rappelé la conjoncture particulièrement difficile que traversent les éleveurs bovins, qu’ils produisent de la viande ou du lait. « 2015 était une mauvaise année, 2016 est encore pire ! » Du coup, la coopérative d’insémination a décidé de renouveler l’opération de redistribution des résultats, sous forme de doses gratuites, qu’elle avait engagée l’an dernier, a-t-il annoncé. « De même, nous avons décidé de soutenir le dynamisme des Éleveurs Partenaires. »

Élitest compte 4 702 adhérents en 2016, un chiffre en baisse de 15 % depuis 2010. Dans l’intervalle, la taille moyenne des exploitations est passée de 42 à 50 vaches. La coopérative a pratiqué 237 424 inséminations artificielles premières (IAP), une hausse imputable en partie à l’adhésion de nouveaux éleveurs haut-marnais. La bonne tenue de l’activité d’Élitest vient des exploitations les plus importantes : elles sont 579 à pratiquer plus de 100 IAP par an. Elles représentent 12 % des adhérents et réalisent un tiers de l’activité de la coopérative, avec une hausse de près de 80 % en six ans. L’activité est particulièrement soutenue en Alsace, avec 53 528 IAP. « La progression est constante depuis trois ans. Une forte dynamique laitière a impulsé cette croissance. Il faut y voir l’effet Alsace Lait », a expliqué Luc Voidey, directeur technique.

Les génisses laitières représentent l’essentiel des inséminations, avec 240 000 IAP, soit une progression de 8 000 IAP en six ans. Une progression que l’on retrouve aussi chez les femelles allaitantes : + 3,2 %. Sans surprise, la race prim’holstein prédomine chez les taureaux utilisés pour l’insémination : avec 152 000 IAP, elle représente 64 % des IAP de la coopérative, 77 % du cheptel laitier. Mais certaines races ont le vent en poupe, comme la simmental - la croissance de 22 % est là aussi imputable aux nouveaux adhérents haut-marnais -, mais aussi la brune (+ 70 %), la jersiaise (+ 102 %) et la rouge danoise. En races allaitantes, c’est la charolaise qui domine : elle représente 24 863 IAP, soit 10,5 % des IAP de la coopérative, suivie de la limousine. Mais certaines races connaissent un véritable engouement, comme la blanc bleu (+ 155 %, 3 444 IAP), l’aubrac (91 %) et la rouge des prés (+ 57 %). À noter aussi l’utilisation de doses angus sur les vosgiennes. « La percée de ces races entraîne une plus large complexité de l’offre Élitest. » Par ailleurs, 48 917 inséminations porcines ont été réalisées.

Les doses sexées connaissent un engouement croissant. « Tous les mois, la vente de doses sexées est en progression. Nous en sommes aujourd’hui à 29 867. » Bonne nouvelle, la fécondance de ces doses s’améliore sensiblement. Autre élément marquant, l’étalement de l’activité d’insémination : le nombre d’inséminations réalisées de juillet à octobre a tendance à augmenter, ce qui permet d’écrêter le pic traditionnellement observé de novembre à janvier.

113 471 échographies et 37 187 palpers ont été effectués. Nombre d’entre elles ont concerné les 17 728 animaux en suivi reproduction, issus de 187 élevages. « Nous avons formé 37 inséminateurs pour assurer le suivi reproduction. Cette activité va monter en puissance, l’objectif étant d’arriver rapidement à 200 élevages suivis. »

Génotypage : de nouvelles avancées

« Le génotypage arrive de manière importante », a déclaré le directeur général, Philippe Sibille. En race prim’holstein, 2 247 génisses ont été génotypées lors de la dernière campagne. En montbéliarde, l’activité a été multipliée par deux, avec 1 056 génotypages. Et pour la première campagne en race charolaise, 464 mâles ont été génotypés. « En monte naturelle, il est intéressant de génotyper tous les taureaux avant de les commercialiser. » Autre intérêt, cela permet de détecter les gènes létaux, comme l’ataxie progressive (paralysie du train arrière), la DEA (veaux sans poil et sans dent, cas rares) et le Blind (perte progressive de la vision), mais aussi de détecter le gène MH (gène culard).

Le plan sanitaire d’élevage a démarré à l’automne dernier. 44 inséminateurs ont été formés pour la pose d’implants (Crestar) ou de spirales intravaginales (PRID). 124 élevages sont désormais agréés dans la zone Élitest, dont 34 en Alsace. 959 dispositifs ont été posés depuis juillet 2015, le but étant d’induire et de synchroniser les chaleurs des femelles en repos.

Philippe Sibille a annoncé la reconversion de la taurellerie d’Épinal en station de donneuses multiraces, une reconversion achevée fin août. Cette station accueille les génisses à l’âge de 6 mois pour une durée d’un an, à raison de quatre collectes par donneuse. Les génisses sont ensuite rendues pleines à l’éleveur à l’âge de 2 ans. 51 génisses étaient en station début novembre pour une collecte de 582 embryons, dont 353 embryons viables. Par ailleurs, 1 038 embryons ont été collectés en ferme, dont 501 embryons viables. Les taureaux stationnés précédemment à Épinal ont été rapatriés sur le site de Brumath, qui est désormais le pôle mâle, spécialisé dans la production de semences bovines (en race prim’holstein, vosgienne, simmental et charolais) et porcines. Le directeur a annoncé en outre que les bureaux d’Épinal ont fait l’objet d’un agrandissement et que la convention d’entreprise a été finalisée.

Des perspectives d’avenir

Le chiffre d’affaires de la coopérative recule de 7 %, du fait des mises en place gratuites attribuées aux éleveurs suite à la décision prise lors de l’assemblée générale de l’an dernier. De ce fait, le coût de l’insémination par vache est en baisse : la mise en place s’élève à 25,84 €, la génétique à 24,73 €, soit un coût total de 50,57 %, en baisse de 5 %. Une manière, pour la coopérative, de soutenir les éleveurs en crise.

« Cette année encore, nous avons décidé de redistribuer la totalité du résultat sous forme de mises en place gratuites, ce qui correspond à 16 650 mises en place. Chaque éleveur a reçu un courrier pour l’informer du nombre d’inséminations gratuites dont il bénéficie. Par ailleurs, une remise de 3,5 % est accordée aux éleveurs qui font leurs mises en place eux-mêmes. Les éleveurs porcins bénéficient eux aussi d’une réduction, a annoncé Damien Tiha, président d’Élitest. Il est du devoir d’une coopérative comme la nôtre de venir en aide aux éleveurs. » Cette décision impactera à nouveau le chiffre d’affaires de la coopérative, qui devrait baisser de 8 % pour la campagne en cours. Par ailleurs, Élitest a décidé de ne pas augmenter les tarifs des mises en place et de la génétique. Des remises fidélité et des primes de testage seront également accordées en simmental, vosgienne et charolaise, ce qui fait une baisse du coût de la génétique de 17 %.

« Notre objectif, pour cette année, est de garder le cap dans un contexte perturbé, d’être encore plus compétents et de vous apporter des réponses concrètes, en veillant au rapport qualité-prix des offres de notre catalogue », a poursuivi Damien Tiha. La coopérative continuera à proposer à ses adhérents une offre segmentée, avec une gamme conventionnelle et sexée, et mettra à leur disposition de nouvelles offres, notamment en matière de génotypage. En effet, la sortie de nouveaux index permet désormais de sélectionner les animaux sur des critères « santé », comme l’acétonémie et la santé du pied.

Officier de la Légion d’honneur

Joseph Daul, un Européen engagé

Vie professionnelle

Publié le 04/11/2016

« Pour ceux qui ont foi en l’Europe, Joseph Daul est une référence élevée », a affirmé son parrain, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Dans un contexte de vacarme politique, il est bon de fêter l’engagement sincère d’un homme au-delà des rivalités conflictuelles et politiciennes, a-t-il souligné avant de retracer le parcours d’un grand Européen, d’un grand Alsacien, d’un grand humaniste qui s’est construit seul dans l’adversité. Il a dressé le portrait « d’un homme simple, direct, d’une franchise absolue, qui regarde lucidement les obstacles et arrive à les surmonter avec sa force de caractère ».

Joseph Daul est aussi « un redoutable négociateur », a ajouté Bernard Cazeneuve. Il le prouve très jeune, au sein du syndicalisme agricole. « Ce sens de l’écoute et du compromis vous permet d’obtenir beaucoup plus que vos prédécesseurs ou successeurs. » Très vite, il s’engage dans sa terre d’élection, l’Alsace. « Né à Strasbourg où vous avez grandi, votre combat est indissociable de votre attachement à cette ville, conscient des héritages multiples qui ont contribué à la fabriquer. Cette fidélité ne vous a pas empêché de rejoindre Pfettisheim, dont vous devenez le maire en 1989. Vous y avez construit votre havre de paix. »

« Vous imposez votre marque sur la question agricole »

Passionnément républicain, Joseph Daul est aussi profondément attaché à l’Europe. C’est ce qui le pousse à se présenter aux élections européennes en 1999. « Votre sens du compromis, du mot juste, fait qu’on vous confie la responsabilité de la commission agricole en 2002. » En 2007, il est élu président du groupe PPE (Parti populaire européen). « Vous faites des miracles lors des négociations de la Pac, au début des années 2000 », un sujet qu’il prend à bras-le-corps pour préserver la dimension européenne de la politique agricole tout en intégrant l’arrivée de nouveaux pays membres. « Ce qui m’a impressionné, c’est que dans cette période d’antagonismes, vous êtes « violemment modéré », selon l’expression du philosophe de Tocqueville. »

Joseph Daul est un inspirateur, un homme qui montre le chemin dans le tumulte, estime le ministre de l’Intérieur. « Vous avez assumé avec les mêmes qualités vos fonctions de président du groupe de travail Horizon 2020, de président du groupe PPE et du PPE. Sur les sujets les plus compliqués, vous avez su prendre le téléphone pour appeler les décideurs européens et obtenir les positions les plus pertinentes. » Toutes ces qualités, on les doit à l’homme privé, au père, à l’époux, a ajouté Bernard Cazeneuve, soulignant l’adéquation entre la sincérité de l’engagement dans la vie publique et dans la vie privée. D’ailleurs, sa famille est venue en nombre. « Sur la question migratoire aussi, vous avez trouvé les mots justes. Car il n’y a pas de solution nationale, mais des solutions européennes », a-t-il déclaré avant de remettre l’étoile d’or à Joseph Daul.

À Martin Schultz, Joseph Daul a déclaré : « Nous avons pris l’habitude de nous concerter sur les grands problèmes européens. Malgré nos différences politiques, nous sommes devenus amis ». À Bernard Cazeneuve, il a rappelé : « C’est sur le terrain de l’Europe que nous nous sommes rencontrés, en 2012, lorsque vous étiez ministre délégué aux Affaires européennes. L’Europe est un grand projet qui nécessite un sens politique, un esprit de compromis et de tolérance. Mes quinze années de parlementaire m’ont appris le sens du compromis. Nul ne se fait seul, ni dans la vie, ni dans le syndicalisme, ni en politique », a affirmé le récipiendaire en mettant en avant le soutien indéfectible de son épouse, Marie-Thérèse, et de toute sa famille.

L’Europe est perfectible, a-t-il concédé. « Il faut lui donner du sens, mettre un terme à l’Europe des marchandages, organiser ensemble notre sécurité et notre défense pour être un facteur de paix. » Son énergie, sa détermination, Joseph Daul les puise dans ses racines alsaciennes et chrétiennes, dans cette région profondément européenne qui ne veut plus jamais la guerre.

« Il accomplit parfaitement sa fonction de papy »

Louis Boime, l’aîné de ses petits-enfants, a rendu hommage à son grand-père. « C’est pour nous un exemple à suivre. » Il a toujours gardé les pieds sur terre. Son endroit préféré, c’est sa ferme de Pfettisheim où il passe aisément du costume cravate au bleu de travail. « Ce qui me fait rire, c’est lorsque je dis qu’il est le pote d’Angela (Merkel) et que personne ne me croit… »

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a établi un parallèle entre la Cachoubie, sa région d’origine, et l’Alsace. « Les Cachoubiens et les Alsaciens sont dévoués à leur région et à leur religion. Ils aiment les traditions et ne recherchent pas la gloire bon marché. Ils aiment aussi les cigognes. Ceux qui aiment les cigognes sont des gens biens. Dans ces temps incertains, nous cherchons des ancres, des rocs, des fondations. Vous l’êtes pour nous ! »

Jean-Claude Juncker, président du Conseil européen, a qualifié Joseph Daul de Pontifex alsatianus. « Tu es un homme de la terre, proche de l’essentiel. Tu as semé à tous vents et nous récoltons aujourd’hui le fruit de ces efforts. J’ai toujours admiré ton sens de l’équilibre, ta faculté d’écoute, ton franc-parler. L’Europe ne décernant pas de médailles, c’est en vertu du principe de subsidiarité que tu as été récompensé par le ministre Cazeneuve. »

Son humanité le définit mieux que tout, a souligné Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement européen. « Nous avons beaucoup à apprendre de Joseph Daul. Il nous enseigne que prendre des décisions, des responsabilités, est primordial ; qu’il n’y a pas d’antagonisme entre être patriote et européen, il l’a amplement démontré ; ensuite, que nous devons reconnaître nos racines chrétiennes, même si nous ne sommes pas tous croyants. Joseph est une motivation pour poursuivre la construction européenne. »

Martin Schultz a conclu cette soirée avec humour, en citant l’expression fétiche du récipiendaire : « Marie-Thérèse dit toujours qu’il faut réfléchir avant d’agir ». Une autre expression favorite étant « Je m’en fous »…

En vente dès le samedi 15 octobre à Krautergersheim

La « choucroute solidaire » est de retour !

Pratique

Publié le 14/10/2016

C’est sous une pluie ininterrompue que les bénévoles ont récolté la parcelle de choux fildor sélectionnée par le choucroutier retraité de Krautergersheim pour la fabrication de la « choucroute solidaire ». Un comble, alors que soleil et sécheresse ont sévi durant tout été… Ce caprice de la météo n’a pas réussi à doucher l’enthousiasme de l’équipe qui a récolté les choux à la main et les a chargés à l’ancienne sur quatre remorques, le tout en un temps record. Dans la foulée a eu lieu la transformation artisanale de cette variété d’une finesse et d’une texture incomparables. « C’est la Rolls Royce de la choucroute », rappelle le choucroutier retraité, à l’origine de cette action humanitaire. Les plus grands chefs de cuisine sont de son avis : « Ce produit du terroir alsacien donne une choucroute fine, longue et blanche, au goût unique », affirmait Michel Husser dans le journal Le Monde. Le chef du restaurant au Cerf à Marlenheim n’a pas hésité à la qualifier de « plus belle choucroute du monde ».

Après avoir achevé sa fermentation, la choucroute solidaire sera disponible dès le samedi 15 octobre à partir de 9 h au 2 rue des Juifs à Krautergersheim, et ce jusqu’à épuisement du stock. Elle est conditionnée en seaux de 5 kg, 10 kg ou 15 kg, au prix de 7,50 €, 15 € et 22 €, les prix restant inchangés. Cette choucroute se conserve pendant plusieurs semaines dans son seau, tant que celui-ci n’a pas été ouvert. Mais elle peut aussi être congelée : il suffit de la conditionner crue en sachets à l’ouverture du seau.

L’opération Choucroute solidaire a démarré en 2004. Cette année-là, le produit de la vente de choucroute était destiné à la restauration de l’église de Krautergersheim. Depuis 2005, l’intégralité des sommes collectées est reversée - sans aucune déduction de frais - à l’association « Une école, un avenir », animée par Daniel Zaepffel et son épouse à Dambach-la-Ville. Cette association humanitaire, qui ne connaît ni intermédiaire ni frais de fonctionnement, s’investit en Thaïlande où elle finance la construction et l’aménagement d’écoles dans les régions les plus difficiles d’accès.

« Aider les enfants à devenir »

Le choucroutier retraité espère que, cette année encore, amateurs de choucroute d’Alsace et généreux donateurs se précipiteront à Krautergersheim dès le 15 octobre pour la vente de choucroute. Il compte cependant sur la participation de tous pour que l’opération Choucroute solidaire 2016 soit une réussite, à l’instar des années précédentes. Une exposition d’images sera visible au 2 rue des Juifs pour témoigner de l’implication des bénévoles dans l’opération « choucroute solidaire » et montrer les réalisations effectuées avec les fonds recueillis. Aider les enfants à devenir, telle est la philosophie qui anime notre choucroutier. Quelle plus belle satisfaction que de constater que, grâce à cet élan de générosité, de plus en plus d’enfants thaïlandais peuvent étudier dans de bonnes conditions !

Relance tabacole

« Il y a une place pour de jeunes producteurs »

Cultures

Publié le 03/10/2016

La coopérative Tabac et Feuilles de France (CT2F) a lancé une campagne de communication pour séduire de nouveaux planteurs. « Elle se déroule en plusieurs phases », explique Olivier Riedinger, directeur de la coopérative CT2F. Tout a commencé par l’envoi à 1 800 agriculteurs sélectionnés dans 26 départements (la coopérative en couvre 61) d’un flyer sur le thème « Cette production sera-t-elle la vôtre demain ? », avec un accès personnalisé au nouveau site internet. Dans les prochains jours, une brochure présentant la CT2F sera envoyée aux prescripteurs de l’agriculture, afin qu’ils soient en mesure de conseiller les agriculteurs lors d’une installation ou d’une diversification. Cette campagne de communication se poursuivra par l’envoi d’un dossier de presse aux journaux agricoles, précise Olivier Riedinger. La mise en ligne du site internet CT2F constituera la quatrième phase de ce plan.

En Alsace, où les surfaces tabacoles sont en retrait, une autre stratégie s’imposait. Aussi Olivier Riedinger et les les trois techniciens, Philippe Sigrist, Thierry Bonet et Thomas Lux, ont-ils décidé, avec le soutien du président Rémy Losser, de monter une opération d’envergure sur la ferme du Kestlerhof à Weyersheim, lundi 26 septembre. Cette après-midi s’est déroulée en plusieurs temps : après les prescripteurs de l’agriculture alsacienne, la coopérative a accueilli les jeunes agriculteurs et les responsables des organisations professionnelles agricoles. À la fin, les adhérents se sont joints à eux en début de soirée.

Le tabac fait partie depuis toujours du paysage agricole alsacien. Mais peu de gens savent qu’il a opéré une mutation en profondeur ces dernières années, a souligné Rémy Losser. Avec la mécanisation de la récolte, la culture du tabac s’est profondément modernisée, même si, précise-t-il, la récolte manuelle est toujours pratiquée dans certaines exploitations.

Objectif : gagner en compétitivité

Du côté des structures aussi le paysage a changé : après s’être restructurée en profondeur, Alsatabac s’est alliée à Nord et Loire Tabac pour former la CT2F et la fusion avec Poitou Tabac devrait être officialisée lors des assemblées générales de fin d’année. À la clé, un président et un directeur communs, un service administratif centralisé à Schiltigheim, et des frais généraux à la baisse. « Nous avons réussi, en anticipant, à optimiser nos structures dans un contexte de baisse des surfaces. »

Mais surtout, le fait d’avoir réuni les trois services a créé une nouvelle dynamique, grâce aux échanges d’expériences des techniciens de terrain. Le meilleur exemple, souligne Rémy Losser, est celui de l’irrigation au goutte-à-goutte jetable expérimentée depuis deux ans en Alsace, mais couramment pratiquée plus à l’ouest. Mais d’autres expériences pourraient intéresser de nouveaux planteurs, comme le tabac à faible teneur en résidus, et même le tabac bio.

La CT2F réalise un chiffre d’affaires de 16 M€. C’est une coopérative qui a les reins solides : « Nous avons consolidé notre situation financière, avec des fonds propres de 6,50 M€, explique Rémy Losser. Il y a quelques années, on ne donnait pas cher de notre filière, avec la fin des soutiens directs européens. Nous avons anticipé, par une amélioration de notre productivité et une adaptation de notre production aux besoins du marché. Aujourd’hui, nous ne percevons plus aucune aide couplée. »

« Le tabac à chicha français est vraiment très prisé »

C’est donc du côté des marchés qu’il faut se tourner pour expliquer le dynamisme de la filière tabacole. Seule une petite partie de la production est désormais écoulée auprès des grands industriels comme tabac de remplissage, explique Rémy Losser. Environ 15 à 20 %, précise-t-il. « Près de 70 % de notre virginie est commercialisé comme tabac à chicha, annonce Rémy Losser. Le tabac français est vraiment très recherché au Moyen Orient. Nous nous sommes engouffrés dans cette brèche. » De nouveaux clients viennent régulièrement frapper aux portes de France Tabac. « Cela nous a permis de faire monter le prix commercial qui a quasiment triplé en cinq ans. » La création d’une marque pour valoriser la qualité du tabac français est d’ailleurs envisagée.

Comme à son habitude, Rémy Losser a fait preuve d’une grande transparence : « Notre tabac correspond parfaitement à la demande… pour l’instant. Mis à part l’Allemagne, les autres pays n’arrivent pas à produire un tabac de cette qualité. Mais pour combien de temps ? » C’est pourquoi d’autres pistes sont explorées, comme les tabacs spécifiques à faibles résidus. « Un opérateur veut même lancer une cigarette bio. »

Des débouchés à forte valeur ajoutée s’ouvrent donc pour la filière. « Mais pour y accéder, il faut être dans les clous, niveau prix. » L’effort de productivité doit donc se poursuivre sur tous les plans. France Tabac s’est fortement investie pour maintenir la recherche, l’expérimentation, la production de semences - elles aussi en pleine restructuration -, afin de proposer des variétés plus productives, moins sensibles aux maladies (mildiou notamment), et continuer à lutter contre des fléaux comme la verse ou l’orobanche.

Dans les exploitations, des investissements sans précédent ont été consentis pour moderniser les ateliers. « Au cours des dix dernières années, les planteurs ont investi entre 30 et 35 M€ dans la récolte du virginie. » Rémy Losser conclut : « Avoir une perspective de débouchés et de prix à court et moyen terme, c’est encourageant. Il y a donc une place pour de jeunes producteurs. »

Suite à la liquidation judiciaire de Copvial

« Tous les éleveurs qui veulent travailler avec le Comptoir agricole sont les bienvenus »

Élevage

Publié le 28/09/2016

La décision de la Chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg est tombée lundi dernier. Le juge a accepté l’offre de reprise des activités de la coopérative Copvial présentée conjointement par le Comptoir agricole et la Coopérative lorraine d’élevage (Cloé) pour assurer la poursuite des activités de collecte et de commercialisation de bovins et de porcins en Alsace, annonce Marc Moser, président du groupe Comptoir agricole. « J’ai assisté à l’audience au tribunal en compagnie de Denis Fend, notre directeur général, Me Lochert, notre avocat, Bruno Colin, président de Cloé, et de plusieurs responsables agricoles, dont Franck Sander, président de la FDSEA, et Patrick Bastian, conseiller régional. »

L’offre présentée par l’administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weyl, repose sur la reprise, pour l’euro symbolique, des actifs de la coopérative Copvial, ainsi que des titres de la société Copvial Finances, société qui détient le centre d’allotement de Brumath. « Vu les conditions imposées par Bigard pour la reprise de l’abattoir, nous avons posé les mêmes exigences pour le centre de Brumath, un outil essentiel pour permettre à l’union de coopératives Cloé de faire un ramassage et un allotement performants. Nous repartons ainsi sans boulet au pied… et sans investissement à faire. » Par ailleurs, les deux partenaires se sont engagés à reprendre 15 des 21 salariés de la coopérative.

La nouvelle organisation entrera en vigueur à partir du 10 octobre, après une période de transition de cinq mois durant laquelle Cloé a assuré la mise en marché des animaux des adhérents de Copvial. « Les techniciens et les commerciaux, que nous avons repris assureront les missions d’accompagnement et de conseil au nom du Comptoir agricole. »

Qu’est-ce qui va changer pour les producteurs ?

« Le Comptoir agricole sera l’interface entre les éleveurs et Cloé dont le rôle est de collecter et de commercialiser auprès de différents abattoirs du Grand Est les animaux des éleveurs qui travailleront avec nous. » En interne, la structuration est la même que pour le houblon ou la pomme de terre : un groupe spécialisé élevage a été créé. Il sera animé par une commission composée d’éleveurs. « Cette nouvelle filière du Comptoir agricole travaillera avec Cloé en viande bovine afin de proposer une stratégie claire et dynamique pour l’élevage alsacien. »

Le grand changement, par rapport à la situation antérieure, c’est que les prix seront connus quelques jours à l’avance, explique Marc Moser. Et dans la nouvelle configuration, le Comptoir agricole n’aura plus d’abattoir à gérer. « Les charges seront beaucoup moins importantes car nous n’aurons pas à gérer de gros volumes pour rentabiliser l’outil. »

Concrètement, un éleveur ayant des animaux à vendre préviendra le centre d’allotement de Brumath. Son interlocuteur missionnera Cloé pour collecter et vendre les animaux. Celle-ci les orientera vers les cinq abattoirs avec lesquels elle travaille, en fonction de la typologie des animaux et des besoins des clients. L’adhésion du Comptoir agricole à l’union de coopératives Cloé a été acceptée. « Nous pourrons donc bénéficier du savoir-faire de cette structure qui a plus de dix ans d’existence. » Marc Moser indique que Cloé a repris à sa charge une partie du personnel de Copvial pour le transport des animaux.

« C’est une chance que le Comptoir agricole offre aux éleveurs une solution coopérative, avec la garantie de paiement, la transparence et la solidité de notre groupe », souligne le président. Cette structure pourra profiter des fonctions support du Comptoir agricole (informatique, qualité, etc.). « Tous les éleveurs qui veulent travailler avec le Comptoir agricole et Cloé sont les bienvenus, qu’ils adhèrent ou non au Comptoir agricole pour la collecte de céréales. Ils n’ont aucune obligation de travailler en exclusivité avec le Comptoir agricole pour l’ensemble de leurs productions. » Mais, prévient-il, la nouvelle filière devra être autonome financièrement. « Notre comptabilité analytique permet de séparer les différentes filières sur le plan financier et donc d’agir sur la maîtrise des coûts, en toute transparence. »

Apporter une plus-value à la production alsacienne

Et pour les éleveurs porcins ? Cloé n’ayant plus d’activité porcine en Lorraine, c’est le Comptoir agricole qui reprendra intégralement cette activité, de l’achat des animaux en ferme à leur vente à l’abattoir. Les porcs de boucherie seront vendus directement au groupe Bigard qui gère l’abattoir de Holtzheim. Les référentiels de qualité, notamment pour les porcs bios, se mettront en place progressivement, en partenariat avec le Comptoir agricole, l’abatteur et les distributeurs. « Je suis persuadé que Bigard saura valoriser la qualité alsacienne en s’appuyant sur notre bassin de consommation et nos spécificités culinaires. Cela ne peut que tirer la production vers le haut. »

« Si le Comptoir agricole s’est engagé dans cette voie, c’est surtout pour assurer la pérennité des filières d’élevage et offrir aux éleveurs des opportunités de développement dans les filières porcine et bovine, avec un partenaire reconnu », insiste Marc Moser. Grâce à cette nouvelle structuration, les éleveurs continueront à bénéficier des mêmes services, que ce soit sur le plan du conseil technique, de la fourniture d’agroéquipements spécifiques ou des prestations vétérinaires, sur le site de Brumath. « Une des spécificités du Comptoir agricole, c’est de fabriquer des aliments pour le bétail. Cela permettra aux techniciens spécialisés d’avoir une approche plus globale de la partie élevage. »

S’appuyer sur la puissance du groupe

La mise en place des ateliers devra se faire en concertation avec le Comptoir agricole et Cloé, afin de répondre aux attentes des différents abattoirs. « Cela aussi, c’est un changement majeur. Auparavant, les adhérents de Copvial travaillaient pour un seul client, l’abattoir de Holtzheim. Aujourd’hui, ils devront répondre à la demande des cinq abattoirs et l’offre à fournir ne sera pas la même. La performance viendra à travers le prix. »

Marc Moser est convaincu de la pertinence de la nouvelle organisation. Cloé commercialise 50 000 bovins avec une équipe de 15 personnes. De son côté, le Comptoir agricole emploie 8 personnes dédiées. Soit deux structures légères, souples et réactives. « La problématique est totalement différente de celle de Copvial SA qui employait 250 personnes », explique-t-il.

« Les éleveurs doivent comprendre que la situation est radicalement différente. La nouvelle structuration du Comptoir agricole n’a rien à voir avec celle de Copvial, car nous ne gérons pas d’abattoir. L’éventail de débouchés est beaucoup plus large, car Cloé travaille avec cinq abattoirs dans le Grand Est. Bigard ne représente que 50 % de ces débouchés. Enfin, le Comptoir agricole sera le premier maillon de la chaîne. Avec l’abatteur et le distributeur, nous essayerons d’apporter une valorisation à la production, afin de dégager un maximum de revenus dans nos élevages. »

Marc Moser conclut : « Notre cheval de bataille, c’est la performance économique. Cependant, nous sommes conscients que, tant que la problématique de la dette n’est pas soldée, certains éleveurs hésiteront à travailler avec nous. Mais avec cette nouvelle organisation, qui s’appuie sur une structure légère, la puissance et le savoir-faire du Comptoir agricole, nous offrons les mêmes capacités de paiement que nos concurrents ! »

Les vidéos