Auteur

Anny Haeffelé

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Section des anciens exploitants de la FDSEA du Bas-Rhin

« Comment pouvons-nous vivre avec seulement 716 €/mois ? »

Pratique

Publié le 14/03/2017

Le président Paul Schiellein remercie les retraités pour leur présence nombreuse à l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. « Cela montre que nous sommes solidaires avec les préoccupations des actifs. » Le début de l’année 2017 a été terni par le décès de Xavier Beulin, le président de la FNSEA. « Pour l’avoir rencontré très souvent, je peux dire que c’était un homme extraordinaire. » L’élection d’un nouveau président interviendra le 13 avril prochain. « Difficile de dire qui succédera à Xavier Beulin. » Le congrès des anciens exploitants se déroulait les 7 et 8 mars à Paris, avant l’élection du président national le 15 mars. « À 75 ans, Jean-Paul Bizien a décidé de ne plus se représenter. Nous aurons donc un nouveau président. »

La section des anciens de la FDSEA du Bas-Rhin compte 958 membres. « Nous sommes en tête des départements du Grand Est », souligne Paul Schiellein, avant d’aborder le dossier des retraites. « L’État nous avait promis de faire grimper nos retraites à 75 % du Smic en trois ans, en nous attribuant des points gratuits de RCO (Retraite complémentaire obligatoire). » La RCO est gérée par la Mutualité sociale agricole (MSA) qui a tiré la sonnette d’alarme dès le mois d’août 2016 : « La trésorerie qui devait permettre de payer l’augmentation des retraites diminuait drastiquement, les réserves de la MSA avaient été pompées par l’État, la taxe sur l’huile de palme n’a pas été votée par le Sénat. »

Plus d’équité pour les retraites

Il était hors de question que les actifs agricoles supportent cette mesure, estime Paul Schiellein. « En 2016, les actifs ont versé 3 % de cotisation RCO. L’État voulait l’augmenter à 5 %, ce que nous ne pouvions pas accepter. Début décembre, Stéphane Le Foll a convoqué une conférence sociale pour trouver une solution à ce problème. » Ni lui ni Marisol Touraine n’ayant assisté à cette réunion, aucune avancée concrète n’a été obtenue.

Xavier Beulin et Jean-Paul Bizien ont rencontré le ministre de l'Agriculture lors d’une cérémonie dans le Finistère. Ils en ont profité pour lui dire qu’une augmentation de 2 % de la cotisation RCO n’était pas acceptable. Ils ont eu gain de cause : le 30 décembre, un décret limitait la hausse de la cotisation à 0,5 % en 2017 et 2018, ce qui la portera à 4 % en 2018. Cela représente 110 millions d’euros par an, l’État s’engageant à verser le même montant. Il sera financé par une augmentation de la taxe farine, de la taxe tabac et de la CSG globale.

« Grâce à ce compromis, nos retraites arriveront à 75 % du Smic. Mais nous souhaitons aller plus loin, indique Paul Schiellein. Alors que la moyenne des retraites est de 1 320 € par mois en France, comment pouvons-nous vivre avec seulement 716 €/mois ? Nous nous battons pour obtenir 85 % du Smic et le calcul du montant de la retraite sur les 25 meilleures années, au lieu d’une carrière complète. Le moment est idéal pour négocier cette mesure : 2017 est la 25e année du passage du revenu cadastral au revenu économique de l’exploitation. Nous préparons un argumentaire pour les candidats à la présidence et pour le futur président. »

Bientôt une carte Moisson spécial « retraités »

Les responsables de la section des anciens exploitants du Bas-Rhin n’ont pas chômé, ces derniers mois : « En décembre et en janvier, nous avons rencontré toutes les organisations agricoles pour valider les accords conclus, en particulier le Crédit Agricole Alsace Vosges qui a un nouveau président et un nouveau directeur. Nous avons également eu de longues discussions avec Groupama Grand Est. » « Avec Mutualia, nous avions négocié un contrat collectif. » Suite à la fusion opérée au niveau national, il ne reste plus que trois Caisses Mutualia en France, dont une dans le Grand Est. « Ma crainte était que le contrat négocié auparavant soit caduc. Je suis rassuré : malgré la fusion, nous conservons nos acquis. »

La carte d’adhérent a été envoyée avec l’invitation à l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. Elle doit être conservée car elle permet d’obtenir les tarifs négociés dans les différents organismes. Mais d’ici le mois d’avril, elle sera remplacée par la carte Moisson, annonce Paul Schiellein. Il s’agit d’une carte plastifiée comportant un n° d’adhérent qui permettra de bénéficier de réductions négociées auprès des différents organismes, mais aussi auprès de partenaires locaux, explique Julien Moureau. « La FDSEA du Bas-Rhin est en train de négocier avec les commerçants et les prestataires de services de la région pour obtenir des offres privilégiées pour les agriculteurs et les retraités. » L’objectif est toujours le même, explique Paul Schiellein, « maîtriser les charges et essayer d’apporter des services aux adhérents ».

Accompagner la dématérialisation des données MSA

« L’an dernier, je vous ai annoncé que la MSA souhaite dématérialiser la transmission de documents. Nous sommes montés au créneau pour négocier un support papier trimestriel. De notre côté, nous avons décidé d’organiser des formations pour que les retraités puissent apprendre à accéder à ces documents informatiques. » Une première session a eu lieu à Schiltigheim. Elle a réuni dix stagiaires. Philippe Wolff et Julien Moureau, animateur de la SDAE, ont animé cette réunion, en partenariat avec Groupama, le Crédit Agricole et la MSA.

Les prochaines sessions de formation seront organisées à Haguenau, Sélestat et Strasbourg, voire en Alsace Bossue selon le lieu de résidence des candidats. Lors des prochaines réunions territoriales, la section des anciens exploitants lancera un questionnaire pour repérer les éventuels candidats et leur niveau en informatique, annonce Paul Schiellein.

Des réunions territoriales qui se tiendront à Traenheim le 14 mars, Batzendorf le 16 mars, Boofzheim le 21 mars et Drulingen le 28 mars (lire en encadré). Ces réunions territoriales seront centrées sur les enjeux de la transmission de l’exploitation et seront animées par Philippe Wolff, Marilène Bellot (FDSEA67), Thomas Gillig (JA67), Sophie Goehry (Odasea 67), Anne Pfemmert (MSA d’Alsace) et François Anstett (CFG67). « Nous comptons sur vous pour mobiliser les retraités qui vous entourent afin qu’ils assistent à ces réunions, même s’ils ne sont pas encore membres. Une plaquette a été réalisée pour sensibiliser le plus grand nombre de retraités à ce thème qui concerne toutes les générations. »

Après ces réunions territoriales, Paul Schiellein propose aux membres du conseil départemental des anciens exploitants de se retrouver le 31 mai pour une réunion décentralisée. « Je vous propose de visiter l’Ephad de Dorlisheim qui réunit une maison de retraite, une unité spécifique pour les personnes psychiquement dépendantes et un accueil de jour, pour découvrir comment ce genre d’établissement est géré. »

Assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin

« Fondamentalement engagés pour notre avenir »

Vie professionnelle

Publié le 14/03/2017

« Ensemble, engageons-nous pour l’avenir ». Si les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont choisi ce thème, c’est pour prendre de la hauteur et replacer l’homme au cœur du dispositif, affirme Thomas Gillig. « L’agriculture est faite d’hommes et de femmes passionnés, malgré les critiques. Oui, il en faut, de la passion, en cette période d’incertitude. La volatilité des prix est devenue habituelle et prévoir notre revenu sur quatre ans dans le cadre du parcours à l’installation est difficile. Nous voulons des engagements de la part de nos partenaires : nous proposons la négociation d’un prix plancher garanti sur les quatre premières années d’installation pour avoir de la visibilité et redynamiser les filières. »

Le renouvellement des générations est un enjeu de taille pour l’avenir de l’agriculture, poursuit le président. « Nous avons besoin de l’engagement de la Région Grand Est. « Les délais de versement des DJA sont restés dans des limites acceptables », souligne-t-il.

« L’engagement, nous l’exigeons aussi pour la quatrième modulation des aides JA qui remplace les prêts JA, obsolètes. La Draaf doit accélérer le mouvement. Pourquoi cela tarde-t-il tant, alors qu’ailleurs le dispositif est déjà opérationnel, comme dans les Pays de Loire. L’Union européenne a déjà validé le cadre de ces aides. Du côté de l’administration française, on ne peut pas en dire autant. » Le travail sur la quatrième modulation n’empêche pas une harmonisation des aides au niveau du Grand Est.

« Nous demandons une Pac ambitieuse »

« Nous avons aussi besoin d’engagement sur la défense de l’agriculture française. Pour cela, nous demandons une Pac ambitieuse, avec davantage d’outils pour sécuriser le revenu, davantage de protection pour l’agriculture afin qu’elle ne soit pas considérée comme un bien marchand », explique Thomas Gillig. Évoquant la contribution de l’agriculture dans le domaine de l’environnement, le président insiste sur la nécessité de préserver les outils de production, d’éviter la surconsommation de terres agricoles dans le cadre des compensations environnementales, de mettre en place une politique fiscale adaptée.

Les mois à venir seront marqués par les décisions politiques importantes, poursuit-il. « Sachons réfléchir nos choix pour que l’agriculture bas-rhinoise perdure. » Tous les candidats se bousculent au portillon du salon international de l’agriculture, mais ils restent peu diserts sur leur programme agricole. « Nous avons besoin de retrouver de l’ambition pour que le secteur soit dynamique, tourné vers l’avenir, qu’il reste le socle des territoires. »

2016 était éprouvante à bien des égards, conclut Thomas Gillig. « Je préfère me tourner vers 2017, annonciatrice d’espoirs et de projets. Soyons fiers de nourrir les hommes. La défense de nos intérêts, à tous les niveaux, reste notre première motivation. Nous restons fondamentalement engagés pour notre avenir. »

Pour répondre à la demande mondiale de protéines

Tereos lance le « Sauté végétal »

Technique

Publié le 05/03/2017

Présenté sous le nom de « GenVie » durant sa phase de conception, le projet d’élaborer des aliments à base de protéines végétales a démarré en 2013 dans le laboratoire R & D de l’usine Tereos de Marckolsheim. Ce projet a été récompensé lors du Concours mondial de l’innovation en avril 2015. Le développement en laboratoire s’est poursuivi tout au long de l’année dernière pour aboutir à la construction du pilote R & D permettant de fabriquer ce « Sauté végétal » à une cadence de 24 000 portions de 100 g par jour. « Notre objectif est de produire 8 millions de portions par an », indique Alexis Duval, président du directoire de Tereos.

« Jusqu’ici, ce sauté végétal était vendu à la restauration hors domicile pour le tester. Dans les prochaines semaines, nous allons le commercialiser à des volumes plus importants, précise Michel Flambeau, directeur du centre R & D de Marckolsheim. Son développement futur dépendra de l’accueil du produit par les cuisiniers et les consommateurs. » Sa commercialisation dans les cantines scolaires, les restaurants d’entreprise, les hôpitaux et les maisons de retraite, en France et en Allemagne, permettra de valider son développement à l’échelle industrielle.

Des bouchées faciles à accommoder

Confectionné sous forme d’émincés, « le Sauté végétal » se distingue par sa composition 100 % végétale à base de protéines de blé et de farine de pois chiche, issues de matières premières agricoles françaises. « Le blé est produit dans l’est de la France et en Allemagne, le pois chiche dans le Languedoc Roussillon. » Après trois ans de développement et le dépôt de plusieurs brevets industriels, les chercheurs de Tereos ont réussi à mettre au point un produit sain, savoureux et facile à cuisiner.

Qu’est-ce qui est différent ? Son goût, sa texture et sa conservation. « C’est un produit assez neutre en termes de goût, ce qui permet aux cuisiniers de l’accommoder facilement à tous types de recettes, explique Michel Flambeau, directeur du centre R & D de Marckolsheim. Grâce aux propriétés spécifiques des protéines de blé et à notre procédé unique, nous avons obtenu une texture relativement ferme, au-delà de la moyenne des produits sur le marché. Le produit subit une opération de stérilisation qui lui donne une durée d’utilisation très longue, de l’ordre de quatre mois. Par ailleurs, les sachets sous vide sont faciles à transporter et ne nécessitent pas une chaîne du froid. »

Une fabrication en six étapes

Six étapes sont nécessaires pour l’élaboration de ce « Sauté végétal ». Le pétrissage consiste à mélanger les protéines de blé et la farine de pois chiche pour obtenir une pâte homogène. « À ce stade, il est possible d’ajouter des épices pour adapter la formule aux différents goûts », explique Alexis Duval. Ce mélange pâteux est ensuite extrudé à travers une filière, comme pour les pâtes alimentaires classiques, pour former de longs écheveaux qui sont ensuite découpés en bouchées. « Le procédé est extrêmement flexible : il est possible de couper des morceaux de différentes tailles, voire des pièces plus grandes à découper dans l’assiette. Nous avons choisi de commercialiser des petites bouchées à griller à la poêle ou à ajouter à une sauce. »

Les bouchées sont ensuite saisies à l’huile de tournesol pour stabiliser le réseau de protéines et leur conférer une texture agréable. « Le produit final contient 8 % de matières grasses. » Une deuxième cuisson lente dans un bain d’eau chaude permet de rendre les bouchées moelleuses et juteuses. Vient ensuite la phase d’emballage dans des sachets sous vide de 500 g ou 2 kg, avant l’étiquetage et l’expédition.

Même s’il se positionne comme un produit prémium, le « Sauté végétal » reste intéressant en termes de prix par rapport à une viande, explique Alexis Duval. Des chefs cuisiniers de la région ont été associés au développement du produit. « Notre cible, ce sont clairement les flexitariens », ces consommateurs qui mangent de la viande mais privilégient les menus végétariens ou végétaliens.

Insistant sur la nécessité d’organiser la production de protéines végétales pour répondre aux enjeux nutritionnels de demain et créer des filières végétales à haute valeur ajoutée, Alexis Duval a salué le soutien que l’État a apporté à ce projet, à travers Bpifrance (Banque publique d’investissement) et le Commissariat général à l’investissement.

Les protéines végétales constituent l’une des « Sept ambitions technologiques et industrielles pour la France à l’horizon 2030 », a rappelé le secrétaire d’État, Christophe Sirugue. Tereos a choisi de répondre à l’appel d’offres lancé par l’État avec le projet GenVie, faisant le choix stratégique d’aller jusqu’à un produit livrable aux cuisiniers de la restauration hors domicile. C’est un projet d’innovation de rupture à portée internationale, a-t-il ajouté.

Chambre régionale d’agriculture Grand Est

Transfert de personnel et débouchés régionaux

Vie professionnelle

Publié le 04/03/2017

« Les circonstances nous privent d’un homme exceptionnel, souligne Gérard Renouard, président de d’Agriculteurs français et développement international (Afdi). Xavier Beulin avait une profonde connaissance de tous les dossiers et de tous les satellites de la FNSEA, une immense compétence sur les dossiers nationaux, européens et internationaux. Il était capable d’emmagasiner une multitude d’informations, avait de très nombreux contacts. Ceux qui ont lu son livre ont mieux découvert l’homme qui a souvent fait l’objet de critiques à cause de ses responsabilités à la tête de la filière oléagineuse, des critiques dont il a souffert. Il a lutté contre de nombreux problèmes de santé sans jamais en faire part à personne, tant il avait le souci de faire fonctionner la FNSEA. Cette bagarre personnelle qu’il a menée contre la maladie force l’admiration. » Le conseil d’administration de la FNSEA a confié la présidence à Christiane Lambert jusqu’à l’élection du nouveau bureau, le 13 avril. Elle est secondée par Jérôme Despey, Daniel Prieur et Henri Brichart.

« Le scénario du pire »

Pour le président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage), Jean-Luc Pelletier, la publication des Comptes de l’agriculture nationale par l’Insee confirme la gravité de la crise de l’agriculture française en 2016, avec une baisse de 26 % du revenu net agricole par actif non salarié. Une crise sans précédent pour les systèmes de polyculture élevage du Grand Est, avec à la clé une perte de chiffre d’affaires estimée à 760 millions d’euros (M€), soit une baisse de 23 % par rapport à 2015. Elle serait de 660 M€ pour les grandes cultures et de 100 M€ pour l’élevage. Cette crise fragilise de nombreuses exploitations : plus de la moitié d’entre elles ont une trésorerie négative, et ces difficultés sont encore avivées par les retards de paiement des aides du premier et du second pilier, souligne Jean-Luc Pelletier.

15 % des exploitations doivent faire face à des difficultés structurelles qui remettent en cause leur pérennité. « 3 à 5 % sont aujourd’hui contraintes au dépôt de bilan et à la liquidation et 10 à 12 % devront changer leur système pour poursuivre leur activité. » Les dix départements du Grand Est ont déployé le dispositif Réagir pour accompagner au mieux les exploitations les plus fragilisées, rappelle Jean-Luc Pelletier.

Les dossiers internationaux, en particulier le Brexit, les négociations commerciales avec les États-Unis et le Canada, accentuent le malaise des agriculteurs. « Le Brexit devrait avoir un impact sur la Pac et les fonds structurels de cohésion. » Il pose aussi la question du financement du budget de l’Union européenne, sans oublier la perte des débouchés pour les exportations françaises. « La ratification du Ceta par le Parlement européen, le 15 février dernier est un autre sujet de préoccupation. Les 38 parlements nationaux et régionaux doivent maintenant s’exprimer. Une occasion pour les élus de faire part des inquiétudes que soulève ce traité dans le secteur agricole, notamment pour la filière bovine. »

Assurer le transfert des personnels vers la Chambre régionale

C’est le décret du 13 mai relatif au réseau des Chambres d’agriculture qui définit l’organisation et les missions de la Crage. Et notamment le transfert des personnels des Chambres départementales aux Chambres régionales. « Ces dispositions doivent entrer en vigueur dans un délai d’un an après la parution du décret, soit le 16 mai 2017. Ce qui entraîne le transfert du contrat de travail de plus de 60 collaborateurs vers la Chambre régionale. » Les fonctions support sont les premières concernées : ressources humaines, systèmes d’information, administration et finances seront désormais pilotés au niveau régional.

Le président de la Crage a attiré l’attention du préfet sur le contexte particulier du Grand Est, résultat de la fusion de trois régions historiques. Il a fallu prendre en compte le cas particulier de l’Alsace : la transformation de la Chambre d’agriculture de région Alsace en Chambre interdépartementale a nécessité un délai supplémentaire. C’est pourquoi une motion demande le report de l’échéance de l’application du décret du 16 mai au 30 juin 2017. « Ce délai supplémentaire nous permettra d’assurer dans les meilleures conditions possible le transfert du personnel concerné par cette régionalisation. » Une motion approuvée à l’unanimité.

Augmenter les parts de marché des produits régionaux

L’une des priorités du Plan régional pour l’agriculture présenté en novembre dernier par Philippe Richert, président de la Région Grand Est, est d’accroître les parts de marché des productions régionales dans l’ensemble des circuits de distribution du territoire. La Crage a été missionnée pour renforcer et développer ces débouchés dans ce bassin de 5,5 millions de consommateurs. Elle a ainsi été chargée d’identifier les besoins de tous les acteurs de la chaîne de valeur régionale pour lever les éventuels blocages, structurer les débouchés régionaux pour les productions agricoles locales, développer l’économie circulaire, favoriser l’adaptation des produits régionaux aux différents marchés.

Cette mission s’articule autour de deux axes : dresser un état des lieux des filières alimentaires du Grand Est, organiser six assises de filières et trois assises pour les circuits de commercialisation (GMS, RHD et vente directe) afin d’identifier les leviers potentiels et les actions à mettre en œuvre par la région pour atteindre les buts fixés. Deux assises ont déjà eu lieu : les assises des fruits et légumes du 2 février à Strasbourg, avec 120 participants, et les assises viande bovine du 9 février à Pont-à-Mousson. Les assises de la GMS auront lieu le 7 mars à Metz.

Retards de paiement des aides Pac

Les dysfonctionnements que connaît le logiciel de traitement des dossiers Pac mis en place par l’Agence de services et de paiement (ASP) en 2015 ont entraîné « une incapacité à instruire les demandes du deuxième pilier », indique Jean-Luc Pelletier. De ce fait, les aides MAE et bios ont pris un énorme retard : celles de 2015 et 2016 ne sont toujours pas payées… Pour les aides bios 2015, une avance de trésorerie a certes été versée. Pour celles de 2016, une avance de trésorerie est prévue en avril 2017. Mais dans tous les cas, ces avances ne couvrent que 30 à 70 % du montant éligible. « On ne sait toujours pas quand le solde sera payé ! » Et les exploitations sous contrat MAE n’ont même pas touché d’avance, ce qui entraîne des difficultés financières non négligeables pour toutes les exploitations concernées.

Comme l’instruction des dossiers 2015 est en cours, il est impossible de connaître la masse financière nécessaire pour répondre aux demandes. « Notre crainte est que l’enveloppe bio soit consommée par les nombreuses conversions de 2015 et 2016. » Cette question se pose aussi pour les MAE : « Il est possible que certaines ne puissent être financées faute de crédits suffisants. »

Pour Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, ces difficultés de paiement risquent de freiner, voire d’arrêter les conversions bios dans les années à venir dans le Grand Est. « Les Chambres doivent se positionner pour soutenir les agriculteurs qui s’engagent dans le bio et les former. La dynamique va retomber si on ne fait rien. » Hervé Lapie poursuit : « Nous sommes confrontés à des retards de paiement, mais aussi à des erreurs de déclarations Pac, du fait du retard dans le traitement des dossiers Pac 2015. » Il y a des problèmes dans tous les départements, avec parfois des montants importants. « Les agriculteurs sont en attente d’une solution. »

Le préfet ne le nie pas, la mise en œuvre de la nouvelle Pac a entraîné d’importants retards dans la gestion des campagnes Pac 2015 et 2016. « La situation est en train d’être régularisée. » Si les avances de trésorerie ont permis le versement de la majorité des financements attendus au titre des aides Pac du premier pilier, la situation pour les aides du deuxième pilier est plus compliquée. « L’instruction des dossiers des campagnes 2015 et 2016 est en cours. Les paiements s’opéreront de manière échelonnée au fil des instructions pour mieux alimenter les trésoreries. Tout sera mis en œuvre pour permettre ce traitement dans les meilleurs délais possible. »

Une filière sous la loupe

« Le Grand Est est fier de son élevage »

Élevage

Publié le 03/03/2017

Demain, les exploitations d’élevage devront faire preuve de résilience, explique Daniel Roguet, président de la commission élevage de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Elles devront mener une stratégie, ne pas vivre au jour le jour. « Nous avons un rôle d’accompagnement. »

Le nouveau règlement zootechnique fait souffler un vent de libéralisme sur la génétique. Daniel Roguet s’interroge : « Comment les Chambres d’agriculture vont-elles se positionner ? Il y a un réel savoir-faire français en matière de génétique, il ne faut pas le brader. Essayons d’avoir une position unique. Nous avons jusqu’à novembre 2018 pour décider. »

La dématérialisation des passeports et des Asda est en route, poursuit-il. Elle passe par le bouclage électronique des animaux. « Il est incontournable, mais il coûte plus cher : de 80 à 300 € par élevage selon la taille. » Dès le 1er janvier 2018, il sera obligatoire pour les veaux. « D’ici là, il faudra trouver des financements. C’est une échéance qu’il ne faut pas rater et c’est une avancée au niveau sanitaire. »

« La dynamisation de notre élevage est en marche »

Laurent Wendlinger, président de la commission élevage (Comel) de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, ajoute : « Oui à l’identification bovine électronique et à la dématérialisation, à condition qu’elles soient accompagnées financièrement. » Il en est persuadé, « des choix stratégiques devront être pris dans les mois à venir dans le cadre du règlement zootechnique ».

Pour lui, le défi est de créer de la valeur ajoutée dans les exploitations et les filières, de renouveler les générations, de consolider les systèmes de production sur l’ensemble du territoire, de mettre en œuvre des pratiques agricoles innovantes et de répondre aux attentes des marchés. Un tiers des exploitations agricoles du Grand Est sont à dominante élevage, soit 17 500 éleveurs et 27 000 actifs. Elles entretiennent un quart de la surface agricole utile de la région et génèrent 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires. « C’est une filière incontournable, une véritable richesse. Le Grand Est est fier de son élevage, de ses filières viande, de ses filières laitières, de ses sept fromages AOP et IGP », poursuit Laurent Wendlinger.

« Rétablir les vérités »

« La dynamisation de notre élevage est en marche, malgré les contraintes. » Pour le président de la Comel, l’avenir repose sur la compétitivité des élevages et une dynamique forte de transformation. « Nous souhaitons accompagner nos entreprises sur la voie de la modernisation. » Il estime que le plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE) est un outil essentiel de maintien de l’élevage dans nos territoires, à condition de l’associer à une bonne politique d’installation.

Laurent Wendlinger explore quelques pistes : accentuer l’innovation, en s’appuyant sur les unités de recherche présentes sur le territoire, répondre aux attentes des filières, accentuer la communication : « Nous voulons impulser un plan de communication sur le thème : « Le Grand Est est fier de son élevage », un plan qui sera décliné auprès des éleveurs, des décideurs, du grand public et des scolaires, pour rétablir les vérités ».

Laurent Wendlinger veut « développer une vision stratégique au sein du Grand Est. « Une véritable réflexion s’impose : toutes les familles de l’élevage de notre région doivent se réunir rapidement afin de répondre aux attentes de nos élevages et créer une véritable dynamique Grand Est. »

« Écrire une nouvelle page »

Éleveur laitier dans les Ardennes, Bruno Faucheron est le président du comité élevage (Corel) de la Crage, qui se compose de membres de la Comel, de représentants du syndicalisme production et des filières. Son objectif est de favoriser l’émergence d’une politique élevage régionale partagée entre partenaires, d’établir une prospective à moyen et long terme. Au sein du Corel, sept comités de filière se sont constitués : lait, bovins viande, ovins, porcs, équins, aviculture, apiculture. « Nous avons déjà réuni cinq comités de filières, une centaine d’éleveurs au total. »

La mission du Corel est de bâtir un projet stratégique basé sur six axes : reconquête de la compétitivité, création et partage de la valeur ajoutée, renouvellement générationnel, organisation du travail en élevage, communication, recherche et développement. « Nous avons rencontré la Région pour lui faire part de notre stratégie. Les conseillers régionaux ont été réceptifs à nos propositions et nous ont proposé de bâtir ensemble un contrat de filière 2017-2020, en y associant l’État pour écrire une vraie stratégie d’accompagnement financier basée sur des objectifs partagés. »

Aux yeux du préfet de région, Stéphane Fratacci, « l’élevage est un secteur important dans l’espace régional, sur le plan des volumes produits et de l’environnement. Il faut le conforter. L’expérience montre qu’il n’y a jamais de retour en arrière. » La réforme de la Pac a permis de réorienter une partie des aides vers l’élevage : les programmes de développement rural ont renforcé les capacités d’accompagnement des éleveurs (revalorisation de l’ICHN, extension du Plan bâtiment). « Le contexte régional offre des opportunités de développement, poursuit le préfet. Il faut rechercher la valeur ajoutée pour offrir une visibilité dans la durée aux exploitations agricoles. »

Gaec Strohm à Domfessel

L’oncle et ses neveux

Cultures

Publié le 01/03/2017

Au Gaec Strohm, tout le monde est polyvalent. Mais Frédéric s’occupe essentiellement de la traite, des travaux des champs et de la comptabilité. Matthieu se charge la conduite du troupeau, de l’alimentation, des travaux des champs et des tâches administratives. Thomas et sa compagne se partagent les travaux avec Matthieu.

L’aventure démarre en 1982, avec la construction d’une étable en stabulation libre avec logettes pour 50 vaches laitières, en bordure du village. La SAU était à l’époque de 100 hectares, la référence laitière de 300 000 litres. Dix ans plus tard, c’est le début de la conversion bio et l’adhésion à la Cuma des Prairies. La SAU est alors de 150 ha, la référence laitière de 400 000 l.

Première livraison de lait bio le 1er décembre 1994

En 1994, la ferme obtient le label AB. La première livraison de lait bio intervient le 1er décembre. Matthieu s’installe en 1997. Deux ans plus tard, les deux éleveurs s’associent avec un autre agriculteur du village. La SAU s’élève alors à 270 000 ha, pour une référence laitière de 685 000 l. En 2000, Frédéric et son neveu font une sortie d’exploitation et construisent une nouvelle étable en logettes paillées pour 120 vaches laitières avec salle de traite par l’arrière 2 x 8 postes, et mettent aux normes la fosse fumière. Les génisses sont logées dans l’ancienne étable du village.

2007 marque la construction d’une nursery pour les veaux, ouverte sur deux côtés. « Elle est assez aérée, mais nous rencontrons très peu de problèmes pulmonaires. Nous n’envisageons pas de la fermer », expliquent les éleveurs. L’année suivante, ils se lancent dans la construction d’un bâtiment pour effectuer du séchage en grange. « À l’époque, la conduite en agriculture biologique permettait d’intégrer au maximum 50 % d’ensilage d’herbe dans la ration. Nous voulions arriver à faire une meilleure qualité de fourrage en sec. Entre-temps, la réglementation a changé mais nous avons maintenu notre projet. »

Thomas Strohm s’installe en 2009. Depuis, le Gaec a construit un bâtiment de stockage des machines, équipé d’une toiture photovoltaïque, installé un Dac et construit des silos pour garantir l’approvisionnement en maïs tout au long de l’année. Actuellement, l’exploitation compte 310 ha et produit plus d’1 million de litres de lait.

Les veaux sont élevés au lait entier, avec un sevrage à 12 semaines minimum. Les génisses sortent au pâturage à l’âge de 1 an, de juin en octobre. En hiver, elles reçoivent du foin et les refus des vaches laitières. « Cette année, vu la mauvaise qualité du foin, leur croissance est moins bonne, mais elles se rattraperont vite lorsqu’elles sortiront. » L’éleveur compte sur l’effet compensateur au printemps, à condition que l’herbe soit de bonne qualité… La ration moyenne des vaches laitières en hiver se compose de 5,5 kg MS d’ensilage de maïs, 2,5 kg MS d’enrubanné, 8 kg MS de foin. Une ration complétée par la distribution, au pic de lactation, de 3,5 kg VL et 3 kg céréales.

Résultats technico-économiques

Les résultats technico-économiques de l’atelier laitier ont été présentés par Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace. L’effectif de vaches présentes s’élève à 141, avec un rang moyen de lactation de 2,7. L’âge au premier vêlage est de 35 mois en moyenne. La production moyenne de lait brut est de 7 743 kg par VL. Le Gaec distribue 1 580 kg de concentrés par vache, soit un coût de 68 €/1 000 l. Le prix du lait « laiterie » est de 467 €/1 000 l, pour un taux butyreux de 40,3 et un taux protéique de 31,2. Le niveau cellulaire s’affiche à 221 000 cellules.

Le bilan de fécondité révèle un intervalle vêlage-insémination fécondante de 135 jours, un nombre d’IA/Insémination fécondante de 2,1. « L’objectif est d’arriver à moins de 2. ». L’intervalle vêlage-vêlage est de 418 jours. « Depuis que l’exploitation s’est équipée d’un outil d’aide à la détection des chaleurs, les résultats se sont améliorés de manière significative », indique le conseiller élevage.

Une certaine vision de la génétique

« Le Gaec Strohm adhère depuis 1991 à Prim’Holstein France, association nationale qui regroupe 6 400 adhérents », explique Perrine Ludwig, technicienne à PHF. Parmi ses missions figurent le pointage des animaux, la collecte de la morphologie, l’amélioration du troupeau et les conseils aux éleveurs. « Le troupeau affiche un rang moyen de lactation de 2,7, très au-dessus de la moyenne nationale qui s’élève à 1,9. »

Au niveau génétique, le Gaec Strohm travaille plus particulièrement des points comme la mamelle (attache, distance plancher-jarret, implantations des trayons), les membres (locomotion, pied, qualité ossature et parallélisme), la santé de la mamelle et la reproduction. Les éleveurs sont particulièrement attentifs à la qualité du lait (taux, bonne mamelle et critères fonctionnels) et à l’aptitude des vaches à pâturer. « D’où l’importance des aplombs et de l’état corporel. » Ils recherchent également des systèmes économes (cellules, reproduction, longévité). « Je passe une fois par an pour contrôler les premiers veaux, nous choisissons les taureaux et j’établis le planning d’accouplement », indique la technicienne.

Syndicat de la race prim’holstein du Bas-Rhin

Au pays du lait bio

Élevage

Publié le 24/02/2017

« Nous n’avons pas tous les mêmes objectifs de sélection - production de lait bio, rusticité, productivité, concours - mais nous partageons la même passion. » C’est par cette formule choc que Jean-François Dintinger, président des éleveurs prim’holstein du Bas-Rhin, a ouvert l’assemblée générale du syndicat de la race, le mercredi 15 février à Domfessel.

L’année 2016 n’a pas été de tout repos pour les éleveurs, entre un prix du lait en berne et une météo capricieuse qui a compliqué la récolte de l’herbe et les semis du maïs. Mais elle n’a pas apporté que du négatif, estime Jean-François Dintinger. De nombreux événements ont jalonné l’année. « L’école des jeunes, organisée en partenariat avec le syndicat haut-rhinois, a rassemblé vingt jeunes à Dachstein. Nous avons présenté 70 génisses au festival de l’élevage de Brumath. À l’occasion de la confrontation européenne holstein à Colmar, trois fermes bas-rhinoises ont ouvert leurs portes. Ensuite, nous avons participé au concours régional holstein à Habsheim, pour finir l’année avec un voyage d’étude en Haute-Marne, avec la visite de deux fermes laitières. »

Après la présentation du procès-verbal de l’année écoulée par la secrétaire, Laure Fritsch, le trésorier a présenté les comptes du syndicat qui compte 74 membres. Les élections ont permis de renouveler le conseil d’administration. Sébastien Bauer, vacher de l’EARL Meyer à Westhouse, a pris le relais de Bertrand Rott qui ne souhaitait pas se représenter.

Festival de l’élevage : un nouvel élan

Plusieurs événements sont au programme de 2017. À commencer par une sortie en bus au Sima à Paris Nord Villepinte, le 27 février prochain. Puis, le salon Eurogénétique, qui se tiendra du 6 au 8 avril à Épinal (lire l’encadré).

Quant au festival de l’élevage de Brumath, il aura lieu les samedi 20 et dimanche 21 mai au plan d’eau. Les changements introduits en 2016 ont permis de redynamiser cette manifestation, souligne Jean-François Dintinger. « 24 éleveurs ont exposé 51 bêtes. » La formule sera donc reconduite cette année avec, le samedi soir, le concours de présentation de génisses et des sketches libres, et le dimanche, le concours de génisses prim’holstein suivi du concours de la race simmental et des animations habituelles. « Les prises de sang sont prises en charge par l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin », précise Jean-François Dintinger.

« Les innovations que vous avez apportées l’an dernier ont donné un nouvel élan à cet événement », souligne Jean Bernhard, président de l’Union des syndicats d’élevage du Bas-Rhin, organisatrice du festival. Il remercie les éleveurs prim’holstein pour leur implication dans cette manifestation, à la fois professionnelle et populaire, qui attire un public de plus en plus nombreux. « Nous avons la chance d’avoir de nombreux partenaires et sponsors présents à nos côtés et de pouvoir compter sur les élèves du lycée agricole d’Obernai pour le montage des chapiteaux. » Jean Bernhard a lancé un appel à tous les éleveurs, pour qu’ils s’impliquent à fond dans l’organisation de ce festival. « Nous voulons continuer à écrire le mot solidaire en lettres majuscules ! »

Le concours interraces d’Alsace Bossue aura lieu le dimanche 25 juin à Lorentzen, annonce encore Jean-François Dintinger. Ceux qui souhaitent participer à l’École des jeunes devront se rendre en Moselle, la dernière semaine d’août. « Il reste des places disponibles », indique le président qui souhaite aussi organiser un voyage d’étude en automne. Programme à suivre…

Le lait bio en Alsace Bossue

L’Alsace Bossue compte une forte proportion de producteurs de lait bio, explique Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Cette filière a été lancée en 1991 par un noyau de huit éleveurs, sous l’impulsion d’Unicoolait. Le début des années 2000 a été marqué par une forte vague de conversions, avec les Contrats territoriaux d’exploitation (CTE). En 2009-2010, s’est produite une seconde vague de conversions. L’an dernier, 24 millions de litres de lait bio ont été collectés par Unicoolait, dont 60 % en Alsace Bossue et 40 % en Moselle.

Deux systèmes se côtoient dans cette région : un système 100 % herbe ou avec 1,5 tonne MS de maïs par vache laitière. La prim’holstein reste la race la plus productive en bio. La production moyenne par vache atteint 6 800 kg de lait par an. En 2016, du fait de la mauvaise qualité des fourrages, elle est tombée à 6 620 l. La production moyenne par hectare de SFP est de 3 500 l, mais peut aller jusqu’à 4 500 l. Le chargement est en général de 0,9 UGB/ha, mais peut aller jusqu’à 1,1 UGB/ha. En système 100 % herbe, les éleveurs privilégient généralement des rotations prairies temporaires, suivies de deux ou trois ans de céréales. « Ce type de système permet de produire jusqu’à 8 500 kg de lait par vache laitière sans achat extérieur », explique le conseiller.

Le rendement espéré est de 4 t pour les prairies naturelles, 6,5 t pour les prairies temporaires et de 30 à 35 q pour les céréales. « L’implantation d’une association graminées-légumineuses sur les prairies temporaires permet de garantir l’autonomie protéique de l’exploitation, mais aussi d’apporter de l’azote dans les cultures suivantes. On sécurise davantage le système fourrager et on étale la production sur l’année. »

Priorité à l’autonomie alimentaire

Le conseiller a donné quelques exemples d’implantation. Sur une prairie temporaire de type « fauche avec luzerne », on trouve généralement 6 kg de dactyle, 4 kg de fétuque élevée, 15 kg de luzerne, 3 kg de trèfle violet, 2 kg de trèfle blanc. « Les éleveurs commencent à chercher des alternatives à la luzerne car ils rencontrent des problèmes de longévité sur certaines parcelles. » Sur une prairie temporaire de type « fauche avec trèfle », on utilise 5 kg de dactyle, 9 kg de fétuque des prés, 3 kg de fétuque élevée, 4 kg de RGA, 6 kg de trèfle violet et 3 kg de trèfle blanc. Enfin, pour une prairie de type « pâture », on s’orientera vers 5 kg de RGA diploïde, 7 kg de RGA tétraploïde, 3 kg de dactyle, 3 kg de fétuque élevée, 4 kg de fétuque des prés et 5 kg de trèfle blanc. « L’objectif est d’avoir une ration équilibrée toute l’année. La pâture est la valorisation la plus intéressante, car elle apporte le plus de protéines par kg de MS. »

« La MAT est plus importante sur les coupes réalisées en été et en automne », explique Philippe Le Stanguennec. Il prend pour exemple une luzerne en cinquième coupe réalisée en 2014, qui affiche 21,9 % de MAT, avec 0,80 UFL, 131 PDIN et 76 PDIE. « Un tel fourrage permet de maintenir les vaches en état. »

Le stade de la récolte est primordial, insiste-t-il. Récoltée début mai, une prairie temporaire de première coupe affichait de 13 à 17 % MAT en 2014 et 2015, permettant de produire 26 kg de lait. Récoltée début juin en 2013, fin mai en 2016, elle n’affichait que 10 à 11 % de MAT et n’a permis de produire que 23 kg de lait. « Même de la concentration ne permet pas de rattraper ce différentiel. D’où l’importance de récolter le fourrage au bon stade et d’accepter qu’on n’arrivera pas toujours à atteindre la production maximale visée. »

Concernant le choix des concentrés, Philippe Le Stanguennec suggère d’augmenter les protéines avec du pois. « Il faut semer 15 kg de pois avec du triticale, à raison de 200 kg/ha. » Il insiste sur l’importance de limiter les achats, pour limiter les coûts de production : le tourteau de soja 42 coûte 900 €/t, le VL 35, 700 à 750 €/t, le VL 18, 500 à 550 €/t.

Explorer de nouvelles pistes

Pour améliorer l’autonomie fourragère de l’exploitation, on peut introduire du maïs, distribué en quantité limitée (5 kg MS). Il sera implanté en premier année de rotation. On peut aussi implanter des mélanges plus riches en légumineuses, pour viser 16 et 17 % de MAT en première coupe. « Mais il est difficile de ne pas recourir à un correcteur azoté avec ce type de ration. » Une ration avec maïs permet de viser une production de 25 kg de lait. Elle se compose de 5 kg MS d’ensilage de maïs, de 9,1 kg MS d’ensilage d’herbe, de 2 kg MS de foin de luzerne, de 2 kg de céréales et de 1,5 kg de VL 35.

Conclusion de Philippe Le Stanguennec : « Pour intensifier le système, il faut explorer de nouvelles pistes. Certains privilégient le maïs, mais de nouveaux schémas se mettent en place pour produire plus. »

Cérémonie des vœux de la Mutualité sociale agricole d’Alsace

L’ère des mutualisations

Vie professionnelle

Publié le 14/02/2017

Quoi de mieux que l’humour pour détendre l’atmosphère ? Afin d'animer la cérémonie de vœux du personnel, la Mutualité sociale agricole d’Alsace a fait appel à la Compagnie Inédit Théâtre, qui a fait de l’improvisation son fer de lance. Une série d’interviews très « punchy » ont permis d’évoquer les dossiers d’actualité - la crise agricole et ses répercussions sociales, la mise en place de la cellule Réagir. Puis les deux comédiens, Marko Mayerl et Camille Comparon, ont exploré à leur manière différentes facettes de la mutualisation. Une façon originale d’éclairer les salariés sur l’avenir de leur entreprise !

Le nouveau chapitre que s’apprête à écrire la MSA d’Alsace a pour titre « Mutualisations », mais il a bien failli s’appeler « Fusions ». Les pouvoirs publics ont en effet sommé la MSA, comme d'ailleurs tous les régimes de protection sociale, de regrouper ses forces dans le but de réduire ses coûts de gestion qui sont pourtant très compétitifs : 4 € pour 100 € de cotisations versées. Ses dirigeants, le président Pascal Cormery et le directeur général Michel Brault, n’ont pas voulu de ce scénario tout tracé. Sous l’impulsion d’une poignée de directeurs, dont l’Alsacienne Christelle Jamot, ils ont proposé une alternative, la mutualisation des moyens.

Garder la proximité du terrain

Face à la baisse du nombre d’adhérents, une réorganisation des caisses de MSA était devenue nécessaire, explique Christelle Jamot, les plus petites caisses risquant de passer en dessous du seuil de viabilité. « Nous avons préféré la mutualisation à la fusion, afin de garder la proximité du terrain. » Concrètement, la vie de l’adhérent ne s’en trouvera pas modifiée. Car les activités de « front-office », c’est-à-dire les services qui sont en contact direct avec le public, ne subiront pas de changement : les antennes décentralisées, la médecine du travail, les conseillers sociaux. Ce sont les tâches de « back-office », calcul des prestations, liquidation des dossiers de retraite, etc., qui seront réparties entre les trois caisses travaillant désormais de concert, la MSA Alsace, la MSA Lorraine et la MSA Sud Champagne (Haute-Marne et Aube).

« 40 % de nos activités vont être mutualisées », indique Christelle Jamot. L’Alsace va développer son service santé (prestations en nature), tandis que les prestations en espèces iront chez les voisins lorrains. Elle gardera également la gestion pour compte de tiers des mutuelles et des compagnies d’assurances, ainsi que les activités supports - c’est elle qui établira l’ensemble des fiches de paie pour les trois Caisses. La Lorraine reprend une partie des dossiers retraite, avec Sud Champagne qui reprend aussi les prestations familiales. « Nous avons décidé de ne pas mutualiser les cotisations, même si Sud Champagne a finalement décidé de nous confier une partie de la gestion de ses cotisations. »

Les sites de production maintenus

Ces mutualisations présentent un avantage non négligeable pour les salariés : « Les trois équipes de direction ont décidé de maintenir les sept sites de production, ajoute David Herrscher. Ce n’était pas acquis d’avance. Quoi qu’il en soit, la mutualisation nous permet de démontrer que nous sommes capables de nous organiser en étant plus performants. »

Et la MSA Alsace, dans tout cela ? « Nous pourrons étoffer nos équipes dans certains services, annonce Christelle Jamot. Avoir des équipes de taille suffisante permet de garantir la qualité du service. Nous mettrons aussi nos savoir-faire en commun : nous adopterons les meilleurs processus pour le back-office. Mais, répète-t-elle, la relation avec les assurés ne changera pas. Nous assurerons la même relation de proximité. »

Par contre, les modalités de travail risquent de changer. « Nous serons sans doute tous impactés. Mais nous voulons que ce changement soit transparent pour l’adhérent. Nous voulons aussi garder notre tissu d’élus - administrateurs et délégués cantonaux. Ces élus sont des valeurs sûres, ce sont nos messagers sur le terrain et nos lanceurs d’alerte. C’est un rôle capital », estime la directrice générale.

Cette réorganisation s’est faite en étroite collaboration avec les présidents et les directeurs des deux autres caisses, Éric Petit et Stéphane Antigny pour Sud Champagne, Bernard Helluy et Gilles Chandumont pour la Lorraine. « Nous travaillons en toute confiance et avec sérénité pour pérenniser la structure MSA, assure Christelle Jamot. C’est un mode de fonctionnement et une organisation que nous envient les autres régimes de sécurité sociale. »

« Nous devrons réussir d’ici fin 2018 ! »

Pour mener à bien cette réforme, une réflexion approfondie a été menée, d’abord au sein des groupes de travail, puis des conseils exécutifs pour voir comment se projeter dans l’avenir, choisir les solutions les plus pertinentes sans supprimer de sites, explique David Herrscher. « Nous avons été attentifs, tout au long du processus, à ce que tout le monde y trouve son compte. Nous devons réussir d’ici fin 2018 ! »

Sur le plan administratif, poursuit Christelle Jamot, « nous avons travaillé de janvier à juin 2016 pour poser les axes de notre plan de mutualisation, proposer les scénarios les plus pertinents ». En septembre, les équipes de direction des trois Caisses se sont réunies pour finaliser le projet. « Ce n’est qu’après la quatrième réunion que nous sommes tombés d’accord. » Le plan final a été arrêté fin septembre. S’est engagée ensuite une phase de concertation avec les instances représentatives du personnel qui ont émis « des avis favorables avec des recommandations que nous nous sommes engagés à respecter ».

Communiquer en direction des adhérents

Reste à présent à faire passer le message auprès des adhérents. « Nous n’avons pas encore eu ce débat en conseil d’administration, précise David Herrscher. À nous de réfléchir à la meilleure communication possible pour éviter les rumeurs. Car j’insiste sur le fait que ces mutualisations seront indolores pour les adhérents. » Ainsi, chaque caisse aura son propre numéro de téléphone, avec un système d’orientation des appels plus efficace. « L’idée, c’est que l’impact soit minime, explique Léa Raimbault, responsable de l'accueil téléphonique. Nous allons tout faire pour que l’adhérent puisse joindre le bon correspondant dans les meilleurs délais. Nous allons conserver la polyvalence de nos salariés en accueil physique pour le meilleur service à nos adhérents. Nous allons créer un groupe de réflexion spécifique pour organiser au mieux ce service qui n’entre pas dans le champ de la mutualisation.»

Au niveau interne, les salariés de la MSA d’Alsace seront informés tous les trois mois de l’état d’avancement du chantier à travers une Newsletter, Cap Mutualisation. « Notre objectif est d’être le plus transparent possible sur l’avancée du projet », indique Annabelle Francisi Ebener, directrice financière de la MSA, qui a été chargée de la communication interne.

« Certains salariés vont changer de métier »

Certains salariés devront changer de métier, ce qui va nécessiter un effort de formation, prévient Christelle Jamot. « Nous ferons tout pour les accompagner dans leur évolution professionnelle, afin qu’ils soient à l’aise dans leur nouveau poste de travail. » Une première formation, intitulée « Accompagnement au changement », a déjà été lancée. Quinze salariés se sont inscrits pour cette formation qui aura lieu en février. « Il y aura bien sûr des formations techniques pour apprendre les nouveaux métiers. Nous allons solliciter des collègues expérimentés pour assurer le tutorat des salariés qui auront un nouveau métier, afin qu’ils ne soient pas seuls lorsqu’ils monteront en charge. »

Ces mutualisations augmenteront la masse des dossiers à gérer dans certains services. Comment absorber ce flux tout en assurant la formation des nouveaux collègues ? « Nous embaucherons des CDD et nous ferons appel aux volontaires pour des heures supplémentaires le samedi. Et pour certains services, comme la retraite, des heures supplémentaires imposées seront instaurées, si nécessaire. Après la clôture des comptes de 2016, la Caisse centrale négociera un report des crédits non utilisés sur 2017 pour financer les CDD et les heures supplémentaires. »

Le plan de mutualisation ressemble beaucoup à l’opération de spécialisation des sites menée il y a quelques années. « Un défi que nous avons relevé avec succès », rappelle la directrice générale. « Nous avons réussi le tour de force d’imposer notre vision aux pouvoirs publics », se félicite le président.

Liseron

Un souci majeur

Cultures

Publié le 13/02/2017

« Les entrepreneurs n’en peuvent plus », préviennent Aline Barbière et Michel Butscha, du service agrobetteravier de l’usine d’Erstein. Récolter une parcelle de betteraves propre de 5 ha nécessite en moyenne 6,25 heures, à raison de 80 ares par heure. Mais dans les parcelles infestées de liseron, la cadence descend à 50 ares/heure, et il faut donc 10 heures, sans compter le temps de nettoyage, 1 heure environ. Cela fait un surplus de 4,75 h pour l’entreprise d’arrachage, soit des frais de machine, de chauffeur et gazole supplémentaires. À cela s’ajoutent les pièces d’usure, le temps d’entretien à l’atelier, le surcoût au déterrage et les problèmes à l’usine… ainsi que la perte de rendement pour le planteur. Quelles solutions pour le liseron ? En cas de précédent blé, il est possible de traiter sur les chaumes avec du Roundup ou du 2,4D. Néanmoins, ce traitement n’est pas la panacée : « Les conditions climatiques des étés 2015 et 2016 ont été peu favorables à l’efficacité du glyphosate ».

La solution la plus efficace, c’est le traitement dirigé en maïs, insistent les techniciens. « Cela règle le problème du liseron pour plusieurs années et cela ne coûte pas cher : le produit coûte entre 10 et 15 €/ha, auquel s’ajoute le coût de la prestation de l’entrepreneur. » Il préconise de prévoir un premier contrôle pas trop agressif dans le programme de désherbage, puis de laisser repousser le liseron et d’effectuer un traitement dirigé au Banvel. Cette stratégie présente une meilleure efficacité que le traitement des chaumes de blé, permettant ainsi une gestion plus durable du liseron.

Michel Butscha met en garde contre les bordures non entretenues : « Il ne faut pas laisser la place aux mauvaises herbes en broyant régulièrement les bordures. Les premiers rangs du champ et les chemins d’irrigation doivent également faire l’objet d’un suivi strict des graminées estivales, qui profitent de la lumière pour faire la semence et envahir progressivement toute la parcelle. »

Betteraves à sucre

Cercosporiose : un développement fulgurant

Cultures

Publié le 11/02/2017

Après un hiver marqué par l’absence de gel, un début de printemps correct malgré quelques sueurs froides pour gérer les repousses de couverts, la préparation des sols s’effectue dans de bonnes conditions à partir du 15 mars. Les semis débutent le 18 mars, dans la plus pure tradition betteravière. Entrecoupés par des périodes de pluies, ils s’achèvent finalement le 15 avril. Malgré une structure des sols grossière, les pluies d’avril favorisent un peuplement régulier, mais dans certains cas, l’abondance des précipitations entraîne l’apparition de croûtes. Si elle est propice à la prolifération des insectes du sol, dont les limaces et les scutigerelles - on constate aussi des dégâts de lièvres -, l’humidité favorise l’efficacité du désherbage.

À partir de la fin avril, les choses se gâtent. Les violents orages de mai provoquent des inondations et des coulées de boue et l’on déplore un épisode de grêle dans le Kochersberg. L’humidité des sols persiste durant le mois de juin, et dans de nombreuses parcelles, on constate des stagnations d’eau. Conséquence : fin juin, les betteraves accusent un fort retard végétatif. « Il a plu », rappelle Aline Barbière, technicienne du service agrobetteravier de l’usine Cristal Union d’Erstein. Durant les six premiers mois de l’année, plus de 540 mm de pluie sont tombés. Il faut remonter en 1983 pour retrouver pareille situation, avec 519 mm. « La répartition de cette pluviométrie est rédhibitoire », ajoute-t-elle.

« En raison de l’asphyxie des sols, du lessivage et du manque de disponibilité en azote et en soufre, les betteraves sont en état de faiblesse début juillet. » C’est un terrain extrêmement propice au développement des maladies, en particulier celui du rhizoctone brun. On constate une présence importante d’aphanomyces dans les limons blancs et les terres qui drainent mal. C’est ce qui explique le pourcentage important de betteraves malades à l’usine (environ 3 000 t). La bactériose fait son apparition en juin, suivi par la cercosporiose le 20 juin. « Le feu prend très vite malgré les traitements successifs et la réactivité des planteurs. » La situation est encore plus critique dans les terres légères. L’irrigation n’a pas permis de rattraper le retard végétatif des betteraves dans les situations de stress où la cercosporiose est apparue précocement.

Pourquoi autant de cercosporiose ? La modélisation de la maladie a été mise à mal par ces conditions climatiques exceptionnelles, explique Aline Barbière : le déclenchement du premier traitement est calculé sur la base d’une somme de températures, la pluviométrie et l’humidité du feuillage n’étant prises en compte qu’à partir de la deuxième intervention (lire l’encadré). « Quand les traitements ont été déclenchés, il était déjà trop tard dans les zones sensibles. » La résistance récente de ce champignon aux strobilurines n’a rien arrangé…

À la sortie du printemps, le sol est froid et trempé. Le retour de l’air chaud en juillet favorise l’évaporation et la formation d’humidité sur les feuilles, ce qui fragilise les plantes. Les températures élevées, la sécheresse et la cercosporiose de début septembre bloquent toute possibilité de croissance compensatrice des betteraves en automne. Alors que les parcelles saines enregistrent une baisse de 8 à 9 %, les parcelles touchées par la cercosporiose voient leur rendement chuter 15 à 18 %. « Les planteurs qui ont 20 à 35 % de rendement en moins cumulent toujours plusieurs facteurs, la cercosporiose ne faisant qu’aggraver les dégâts. »

La cercosporiose complique également la récolte, car elle provoque le dessèchement des feuilles au sol. « Les feuilles mortes bourrent à l’arrachage et se retrouvent dans les tas de betteraves. » Ce qui explique le taux de tare plus élevé.

Trouver des stratégies efficaces

« Vous avez connu de grosses déceptions, voire des échecs, poursuit son collègue, Michel Butscha. Aussi devons-nous vous proposer des solutions. » Des solutions testées dans le réseau des plates-formes d’expérimentation du groupe Cristal Union. « Il y a quatre à cinq planteurs expérimentateurs réguliers en Alsace, que nous tenons à remercier. »

Le premier critère de choix variétal est la tolérance à la cercosporiose. « En Alsace, cette maladie nous donne du fil à retordre, indique Michel Butscha. Il y a vraiment une répartition géographique de cette maladie, il faut en tenir compte au niveau variétal. » Ce fléau fait aussi des ravages dans d’autres pays européens, en particulier l’Autriche et l’Allemagne du côté de la Bavière, dont les méthodes de lutte sont très proches de celles préconisées dans la région. Le deuxième critère de choix est le barème de paiement qui récompense les fortes teneurs en sucre. « Nous allons dans ce sens en privilégiant le choix de variétés riches en sucre. Nous prenons également en compte la tolérance au rhizoctone brun, aux nématodes, à la rhizomanie. »

Certaines variétés voient augmenter progressivement leur tolérance à la cercosporiose. Les semenciers utilisent plusieurs leviers pour faire progresser leurs variétés, indique Michel Butscha. « On le voit sur des variétés comme okapi, libellule ou papillon, dont la note de tolérance s’est améliorée. » Une nouvelle variété, auckland, s’est fait remarquer dans les essais par son bon comportement : « Elle est restée beaucoup plus verte et saine ». Le service agrobetteravier testera cette année d’autres variétés, très prometteuses. « Linotte et auckland se détachent nettement du lot. Linotte a un avantage, elle est très tolérante à la rhizomanie, même si elle est un peu juste en richesse. Les essais effectués en Limagne confirment ces affirmations. »

Très logiquement, les variétés mises en avant cette année dans la brochure « Orientations agronomiques 2017 » sont samuela, auckland et linotte ans les zones à forte pression de cercosporiose (zones rouges), papillon et vulkania dans les zones orange avec une protection fongicide normale. Ces deux variétés peuvent également être plantées en zone rouge avec une protection fongicide renforcée. Dans les zones où la pression est moindre, des variétés comme tisserin et origan peuvent parfaitement convenir, précise encore Michel Butscha.

« Selon la zone où vous vous trouvez, vous aurez deux choix de programme, en fonction de la pression des maladies. En clair, la protection dont vous avez besoin dépend de votre zone géographique et des variétés choisies (protection renforcée ou protection normale). »

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