Auteur

Anny Haeffelé

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Finale départementale de labour

La belle victoire de Romain Friess et Valentin Meyer

Vie professionnelle

Publié le 07/09/2017

Dans la catégorie labour en planches, les trois finalistes sont Valentin Meyer de Hohengœft, Georges Staath de Wickersheim et Loïc Fischer de Wangen. Valentin Meyer avait déjà remporté le titre l’an dernier.

Dans la catégorie labour à plat, c’est un tout nouveau trio qui s’est retrouvé sur le podium : Romain Friess, de Rohr, se classe premier devant Xavier Blatz de Heidolsheim et Romain Bideaux de Witternheim. « Cela fait trois ans que je concours dans cette catégorie, explique le laboureur. Il y a deux ans, j’étais arrivé deuxième et j’avais participé à la finale régionale avec Cédric Stoehr, tenant du titre. L’an dernier, je me suis classé à la troisième place. » Sa persévérance s’est donc avérée payante !

Dans la catégorie charrue de ferme, les deux finalistes sont Christophe Jacob, de Berstett, et Arnaud Herrmann. Christophe Jacob avait déjà remporté la coupe l’an dernier.

Trois fermes laitières ouvrent leurs portes

Pratique

Publié le 23/08/2017

Le village de Mietesheim compte six agriculteurs, dont trois producteurs de lait, un éleveur allaitant, un éleveur ovin et un atelier d’engraissement. « Il y a une bonne entente entre nous, au sein du village », indique Jonathan Karcher, le président des JA du canton de Niederbronn-les-Bains. Dans ce canton où l’élevage est prédominant, les Jeunes Agriculteurs ont choisi de montrer le dynamisme de la production laitière, à travers trois exemples.

À commencer par la ferme du président cantonal, Jonathan Karcher. Il est l’un des trois associés du Gaec du Hohrain, avec son frère, Gaétan Karcher, et leur oncle, Gilles Urban. L’exploitation s’étend sur 120 ha, dont 45 ha de surface en herbe. Les 75 ha restants se partagent entre betteraves à sucre, maïs, blé, triticale. Sans oublier 1 ha de raifort. Le troupeau se compose de 80 vaches laitières de race prim’holstein, la production s’élevant à 685 000 l, livrés à la coopérative Alsace Lait. Le Gaec du Hohrain a également une activité d’engraissement : « Nous gardons tous les veaux mâles nés sur l’exploitation. Nous produisons une trentaine de taurillons par an. »

Tendance à l’agrandissement

La deuxième ferme est celle de Marc et Pierre Schnepp, deux frères associés au sein du Gaec Schnepp. Le fils de Pierre, Ludovic, a achevé ses études en 2014, avec un bac pro CGEA Productions animales en poche. Depuis, il travaille sur l’exploitation en tant que salarié, mais il prévoit de s’installer au début de l’année 2018. Le cheptel laitier se compose de 65 vaches, pour une production de 480 000 l. La surface agricole utilise s’élève à 120 ha, dont une cinquantaine de prairies, le reste étant occupé par du blé, du maïs, du triticale et de l’orge. Le raifort a également toute sa place sur cette exploitation : les Schnepp en cultivent 2,2 ha. « À l’occasion de l’installation de Ludovic, nous allons agrandir l’étable et installer un robot de traite. L’objectif est d’augmenter progressivement la production jusqu’à 700 000 l », indique Marc Schnepp.

Affaire de famille également au Gaec Obermatt-Peter, où Annie et Alfred Peter sont aux manettes avec leur fils Alexandre. Ce dernier s’est installé en 2015, avec à la clé une augmentation de la production de 120 000 l. Les Peter sont à la tête d’un cheptel de 100 vaches laitières et leur suite, soit au total 190 animaux, leur production atteignant 900 000 l de lait. Côté cultures, le Gaec exploite 140 ha. 30 % de la surface est dédiée au maïs grain, 21 % au maïs ensilage, 26 % aux céréales à paille (blé, orge, avoine, triticale), les prairies constituant le reste.

« Nous avons profité de l’installation de notre fils pour faire une sortie d’exploitation », explique Annie. Ils ont construit une étable de 130 places avec logettes et matelas sur caillebotis, dont les vaches ont pris possession en mai dernier. L’ancienne étable est désormais occupée par les génisses et les vaches taries. La famille Peter souhaite elle aussi accroître les volumes de lait produit pour optimiser le second robot. Mais bien sûr, tout dépendra de l’évolution du marché laitier…

Fermes en folie ce dimanche à Mietesheim

Le raifort, une histoire pleine de piquant

Pratique

Publié le 22/08/2017

La culture du raifort se concentre dans le nord de l’Alsace, entre Trimbach et Berstett, explique Pierre Geist, conseiller de Planète Légumes, spécialisé dans cette culture atypique. L’Alsace est la seule région française à en produire à une échelle industrielle. Enfin, toutes proportions gardées : 17 agriculteurs en cultivent 21 ha. La filière est très organisée : une coopérative, Alsaraifort, rassemble l’ensemble des producteurs, et un industriel, Alélor-Raifalsa, installé à Mietesheim, se charge de la transformation et de la commercialisation.

« Chaque année, nous interrogeons les dirigeants de l’usine sur la quantité de raifort qu’ils envisagent de transformer. Sur cette base, nous établissons le plan de culture, en nous fondant sur des rendements moyens. » Des rendements qui oscillent de 7 à 7,5 t/ha les bonnes années. « L’an dernier, le rendement était plus proche des 6 t/ha », souligne Pierre Geist.

75 % du tonnage produit sont destinés à l’usine Alélor-Raifalsa. « Les 25 % restants sont vendus à un négociant allemand. » Ce dernier rachète les radicelles, ce qui représente 3,5 à 4 t/ha. « En Allemagne, les racines sont simplement lavées avant d’être broyées et conditionnées en pots. Alélor produit un raifort épluché, plus qualitatif. » Il se distingue par sa couleur blanche.

Une marque née en 1956

Dans les années 1950, Georges Urban et sa sœur, Marguerite Schmitt, exploitants agricoles à Mietesheim, étaient à la recherche d’une source de diversification. Avec la famille Schnepp-Mahler, ils se sont lancés dans l’importation et la transformation de raifort, créant différentes recettes, comme le raifort sauce rémoulade. Ils ont déposé la marque Raifalsa en 1956. D’autres agriculteurs, en particulier les tabaculteurs, ont alors commencé à en produire sur quelques ares. « Chaque producteur livrait directement ses racines à l’usine, à Mietesheim. Ils ont vite senti la nécessité de se fédérer pour négocier un tarif plus avantageux. » La coopérative Alsaraifort a vu le jour le 25 mai 1992, sous la présidence de Joseph Lux. « En 1996, 32 producteurs y adhéraient. »

En 2009, la filière ne comptait plus que 12 producteurs pour 13 ha, et la survie de la coopérative était en jeu. Les nouveaux dirigeants de Raifalsa ont mené un plan de communication innovant pour développer la consommation de raifort, en faisant appel à des chefs de cuisine. « Ils ont également cherché à diversifier la gamme de produits. » À partir de 2013, de nouveaux producteurs ont rejoint la filière. « Mais la consommation ne croît que légèrement. Le produit n’est pas très connu en dehors de l’est de la France. »

Mécaniser la récolte

Grâce à l’adhésion à Planète Légumes, les producteurs ont accès à toutes les prestations - expérimentations, visites d’essais, conseils personnalisés, voyages d’étude -, souligne Pierre Geist. « C’est une filière encadrée qui souhaite aller de l’avant. Cela passe par exemple par la mécanisation de la récolte. » En Allemagne, où le raifort est cultivé sur 300 ha, un producteur a mis au point une machine pour arracher et nettoyer les racines, sans avoir besoin de se baisser. « Il arrive à récolter 1 ha par jour avec deux personnes. Pour une récolte manuelle, il faut compter 50 ares par jour avec sept personnes. » Un agriculteur alsacien a relevé le challenge et construit une machine, mais elle nécessite encore des ajustements. « Les Américains travaillent avec une récolteuse automotrice. Mais ils n’ont pas les mêmes exigences qualitatives. »

Le raifort, souligne Pierre Geist, est une culture qui exige beaucoup de travail manuel : de l'ordre de 600 à 800 h/ha. Mais cela peut constituer une voie de diversification pour les agriculteurs qui ont du temps disponible, notamment en hiver. « L’investissement est minime. Le matériel le plus cher, c’est la machine à arracher le raifort. En général, plusieurs agriculteurs l’achètent en commun. » Le kg de raifort est payé 1,52 € au producteur, précise Pierre Geist. « L’usine Alélor-Raifalsa joue la carte de la production locale. Elle a une volonté affichée de travailler ensemble, dans une relation de confiance. C’est un bon partenaire », conclut-il.

Concours de la race charolaise

La fine fleur de l'élevage bovin alsacien

Élevage

Publié le 21/08/2017

Dimanche prochain à Mietesheim, le concours régional de la race charolaise constituera l’un des temps forts de la finale départementale de labour. Après avoir organisé cette compétition au Parc des expositions de Strasbourg durant des années, le syndicat des éleveurs de la race charolaise d’Alsace a décidé, l’an dernier, de se joindre aux Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin lors de leur grande fête agricole du mois d’août.

« C’est essentiellement pour des raisons de logistique que nous avions pris cette décision, explique Thierry Kolb, président du syndicat. C’est beaucoup plus simple en termes d’organisation et de disponibilité des éleveurs. Il est plus aisé de mobiliser les éleveurs sur une seule journée. » Les animaux arriveront le dimanche matin, avant de subir une séance de lifting et une pesée. Les opérations de jury débuteront à 14 h, sous la houlette de Thierry Lechenault, éleveur en Gaec à Saint-Thibault en Côte-d’Or, le juge stagiaire étant Thomas Samyn, venu des Ardennes. La présentation des animaux primés aura lieu à 17 h, juste avant l’annonce des résultats de la finale de labour. Les animaux quitteront le site vers 19 h.

Création d’une section « Veaux d’automne »

Lors de la réunion de préparation, les éleveurs ont décidé d’apporter quelques modifications au règlement du concours. La première concerne les grands prix d’honneur. « Un animal qui a décroché un grand prix d’honneur l’année précédente ne pourra pas le remporter l’année suivante. » La question était de savoir si, dans ce cas-là, il fallait annuler l’épreuve ou prendre l’animal classé deuxième. « Nous avons finalement choisi de prendre le deuxième de la catégorie. »

L’autre modification concerne les veaux. « Nous avons décidé de créer une section Veaux d’automne », explique Thierry Kolb. Jusqu’ici, pour être considéré comme un veau, il fallait que l’animal soit né après le 1er décembre de l’année N-1. Ce qui excluait d’office les veaux nés quelques jours avant la date butoir. Des veaux qui se retrouvaient dans la section Juniors, en compétition avec des animaux beaucoup plus âgés qu’eux. « La majorité des membres du syndicat n’a pas souhaité modifier la date à partir de laquelle les animaux sont admis dans la section Veaux. Ils ont préféré mettre en place une section Veaux d’automne pour que ces animaux concourent entre eux. » Par contre, ils participeront au championnat Juniors, qui regroupe les animaux âgés de 1 à 3 ans.

Ce concours est pour les éleveurs participants l’occasion de présenter leur savoir-faire, de montrer le haut niveau génétique de leur troupeau et d’être, en quelque sorte, les ambassadeurs de l’élevage alsacien. Un rôle d’autant plus important que, cette année, la finale départementale de labour aura pour vedette une production végétale, le raifort.

EARL Lortz à Seebach

25 ans de virginie

Cultures

Publié le 19/08/2017

Le tabac est l’une des cultures phares de la ferme Lortz. L’autre est la vigne, dont ils livrent les raisins à la cave vinicole de Cleebourg. Sans oublier le blé et le maïs.

Roland et Mathieu Lortz, les deux associés de l’EARL, décident de se lancer dans la mécanisation de la culture du virginie en 2011. « Lorsque je me suis installé en 2008, mon projet prévoyait la mécanisation de l’atelier tabac, mais sans échéance précise », explique Mathieu Lortz. Ce qui les a décidés à franchir le pas ? La perspective de gagner en main-d’œuvre et en souplesse de travail. « Cela nous a permis de libérer du temps pour d’autres activités, comme l’entretien des vignes et les vendanges. » La vigne et le virginie sont deux cultures qui cohabitent bien au sein de l’exploitation, selon les Lortz. Sauf les rares années où le ban des vendanges est ouvert début septembre. Et cela risque fort d’être le cas cette année !

22 hectares de virginie

En 2010, les associés ont décidé de mécaniser leurs installations. Le tabac occupait alors 14 hectares, récoltés manuellement avec deux porte-cueilleurs. Les surfaces ont augmenté progressivement pour atteindre 22 ha cette année. « Nous voulions prendre le temps de bien connaître nos parcelles et, surtout, nous familiariser avec la mécanisation avant de nous développer. Mais on s’y est vite habitué… » L’avantage, d’après Roland Lortz, c’est que le recours aux travailleurs saisonniers est nettement moindre. « Nous avions besoin de 17 jeunes pour faire tourner le chantier de récolte. Aujourd’hui, nous tournons avec une équipe de cinq personnes pour la récolte et le remplissage des fours et une équipe de sept personnes pour le triage. » Les piliers étant Robert et Mathieu Lortz et leurs épouses, Marie-Odile et Florence, qui travaillent comme salariées à temps plein sur l’exploitation. « Mon père nous donne régulièrement un coup de main dans les vignes », précise Roland Lortz.

Lorsqu’elle a décidé de mécaniser la récolte du tabac, l’EARL Lortz a fait une sortie d’exploitation. En 2010, elle a construit un hangar de 1 800 m2, avec une toiture photovoltaïque. Ce bâtiment abrite les machines ainsi que la chaîne de récolte et de triage. La récolte mécanique se fait à l’aide d’une récolteuse et d’un quai de chargement De Cloet, de six fours et d’une salle de triage Horizon Sud. Sans oublier la récolteuse Spapperi pour les feuilles de tête. « Auparavant, nous étions dans le tabac du lundi au samedi. Maintenant, nous ne récoltons plus que trois jours par semaine. » Le reste du temps étant consacré aux travaux de la vigne (rognage) et du tabac (traitements, écimage inhibition).

La récolte 2017 est prometteuse, souligne Roland Lortz. « Les plants ont bénéficié d’un bon démarrage et d’un bon enracinement. » En l’absence de sinistres climatiques (gel, grêle), on constate une belle homogénéité dans les parcelles. Les premières feuilles ont été cueillies le 27 juillet. La récolte devrait se prolonger jusqu’à début octobre. Le triage jusqu’à la mi-octobre. « Les premiers fours sont de bonne qualité, niveau texture et coloration. » De plus, le rendement en poids par hectare est satisfaisant.

De l’autre côté de la frontière

Bouchers et inconditionnels de l’Hinterwälder

Élevage

Publié le 16/08/2017

Toutes les pièces de bœuf qui trônent dans la vitrine de la boucherie Brunner & Rüdlin proviennent de bovins de la race Hinterwälder élevés dans la vallée de Munster et la région du Belchen. Près de vingt fermes fournissent cette boucherie, certaines sont de très petits élevages qui ne font abattre qu’un ou deux animaux par an. Pour Peter Rüdlin et Dirk Brunner, il est important que les animaux soient élevés dans des prairies verdoyantes et sans concentrés, et que le contact personnel avec l’éleveur soit bon.

À l’âge de 2 ans, un Hinterwälder pèse environ 250 kg. Au même âge, un bovin de race à viande peut atteindre le double de ce poids, pour un coût de production et d’abattage équivalent. Pour cette race mixte, les bouchers de Hügelheim paient un prix plus élevé que le prix habituel. Et ce pour deux raisons : grâce à leur croissance lente, ces animaux donnent une viande plus tendre et plus aromatique, et ce sont d’excellents agents d’entretien des espaces naturels. Dirk Brunner et Peter Rüdlin veulent, par leur démarche, favoriser un système d’élevage qui soit bon pour les animaux et pour les paysages.

Viande séchée

La boucherie Brunner & Rüdlin transforme chaque semaine une Hinterwälder - en général une vache laitière en fin de carrière. Dans la mesure du possible, tous les morceaux de l’animal sont utilisés. Les « Dörrle » sont des morceaux de viande séchée grands comme des chips, dans le style du beef jerky, du pemmican ou du biltong. Ils sont élaborés à partir de la cuisse et du dos de l’animal. Les fines tranches sont mises à tremper dans une marinade maison puis séchées.

Les Dörrle sont très prisés, non seulement par les clients du magasin, mais aussi chez les revendeurs de la région et même dans l’industrie des aliments pour sportifs et de plein air. Il se profile là un marché qui va bien au-delà des capacités de la boucherie. Les Dörrle sont, contrairement aux autres produits, exclusivement fabriqués à base de viande bio. Et, dans la région, le nombre de vaches bios Hinterwälder est limité. De toute façon, il n’y a pas suffisamment de débouchés pour les autres morceaux de viande qui n’entrent pas dans la confection de la viande séchée. Les deux bouchers valorisent les viandes maigres en bocaux de pot-au-feu, les viandes plus grasses sont utilisées pour la fabrication de différentes variétés de charcuterie bio. C’est ainsi que la boucherie Brunner & Rüdlin peut, chaque semaine, transformer une vache entière et la commercialiser. Il y aurait sans doute des débouchés pour une deuxième vache, mais dans la région, les disponibilités ne sont pas suffisantes actuellement.

Au moins trois doigts d’épaisseur

Une autre spécialité de la boucherie est le « dry aged beef », c’est-à-dire la viande maturée. L’aloyau - généralement prélevé sur un animal de 2 ans de race Hinterwälder - est placé, avec l’os et la graisse qui entoure le morceau, dans une armoire de maturation durant cinq semaines à + 2 °C et 85 % d’humidité. À l’issue de la période de maturation, la viande prend une teinte rouge foncé et une saveur particulière qui rappelle le jambon séché à l’air. Idéalement, pour une grillade, la pièce de « dry aged beef » doit avoir une épaisseur minimum de trois doigts. Les connaisseurs ne jurent que par un T-bone steak bien grillé sur les deux faces et saignant à l’intérieur. Un tel steak peut peser plus de 1 kg. S’il n’a pas au moins trois doigts d’épaisseur, il est surnommé « carpaccio » dans la sphère des barbecuistes. Sel et poivre constituent le seul assaisonnement. « Le goût doit venir de la viande », explique Dirk Brunner. Les deux bouchers sont eux-mêmes des grillardins passionnés qui se livrent à leur art lors de séminaires ou sur les stands qu’ils animent dans les festivals.

Dirk Brunner et Peter Rüdlin ont repris la boucherie à Müllheim-Hügelheim en 201l. Outre la viande maturée et les Dörrle, ils proposent une large gamme de viandes et de charcuteries de qualité, y compris de la viande de porc et des volailles de la région. La plus grande partie passe par l’étal de la boucherie. Mais les deux bouchers commercialisent aussi leurs produits lors de fêtes privées et publiques, où ils débarquent avec leur gril et leur fumoir. Ils assurent également un service traiteur « banal », livrent les entreprises à l’heure du déjeuner et donnent des cours de grillade. Sous le slogan « BarbeKuh - Mit der Kuh per Du », le néophyte peut apprendre comment manipuler correctement une viande de qualité sur le barbecue.

Werner Rützler de Neuenweg est l’un des fournisseurs de la boucherie. Double actif, il est à la tête d’une exploitation de 30 hectares de prairies, des locations de vacances et d’un troupeau de 20 vaches allaitantes. Des Hinterwälder, parce que ce sont des animaux robustes qui s’intègrent bien dans le paysage. Il veut pérenniser la race et est adepte de la monte naturelle - un taureau traîne en liberté au sein du troupeau. Les jeunes mâles sont vendus comme reproducteurs. « Les Hinterwälder ne nécessitent pas de frais de vétérinaire ou de médicament, l’insémination, le vêlage et l’allaitement se déroulent sans souci, à de rares exceptions près, et ils n’ont pas besoin de concentrés », autant d’avantages qui ont séduit l’éleveur.

Le contact avec la boucherie s’est établi à travers l’association de promotion de la race Hinterwälder, dont l’éleveur est le deuxième président. Dirk Brunner enlève ses vaches de réforme, généralement âgées de 15 ans et bien adaptées à l’élaboration de viande séchée. « Je suis heureux que nos vaches locales soient transformées en une spécialité régionale », explique Rützler.

Jusqu’en 2010, Dirk Brunner abattait les animaux dans son propre abattoir. Mais la réglementation de l’Union européenne s’est durcie et pour s’y conformer, le boucher aurait dû investir un demi-million d’euros. C’est le cœur gros que les dirigeants se sont décidés à confier l’abattage à deux collègues voisins. Les animaux arrivent à Hügelheim en demi-carcasses. « Dans le temps, certains collègues nous considéraient comme des fous parce que nous travaillons avec des Hinterwälder », explique Dirk Brunner. Aujourd’hui, la communauté de fans s’est élargie et certains barbecuistes passionnés n’hésitent pas à faire 50 km pour se procurer de la viande de Hinterwälder maturée à 40 €/kg.

« Le meilleur de tout », telle est la devise de la boucherie Brunner & Rüdlin. Cela signifie les meilleurs animaux, le meilleur sel, les meilleurs ingrédients alimentaires, le meilleur process. Et, au-delà, le meilleur pour la région, pour l’environnement. Pour les deux bouchers, il est important de promouvoir la qualité, mais aussi de soutenir des agriculteurs qui partagent leur vision de la durabilité. Un concept qui fait ses preuves depuis quinze ans ! Aucun changement fondamental ne devrait intervenir dans les prochains temps, indique Dirk Brunner. Il conclut : « Nous contribuons à une gestion durable et au bien-être animal. Aussi longtemps que nous pouvons en vivre, nous sommes satisfaits. »

Crédit Agricole Alsace Vosges

Le vignoble alsacien à la sauce bourguignonne

Vigne

Publié le 09/08/2017

« La production de vin ne peut pas faire abstraction de quatre notions : ordre, désordre, croissance et destruction », souligne Serge Wolikow, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Pour illustrer ses propos, il rappelle les ravages causés par la guerre de Trente Ans dans le monde germanique, en particulier en Alsace. Avec pour conséquence une réduction drastique de la population, une destruction du vignoble et une perte de savoir-faire. « Les allers-retours guerre-paix jalonnent l’histoire de l’Alsace. Il faut aborder le passé pour le démystifier. »

Au XVIIIe siècle, le vignoble alsacien est connu en France, mais ne fait pas partie des vignobles de notoriété, précise l’historien. Sans doute parce que ses vins sont vendus dans le monde germanique. À partir de la Révolution, on note une extension des surfaces : au milieu du XIXe siècle, le vignoble s’étend sur plus de 30 000 ha. « Le vin devient une boisson répandue dans la population. »

Dans un vignoble alsacien déjà fragilisé par l’impact du libre-échange, surviennent la crise du phylloxera, puis l’intégration dans le Reich. « Au XIXe siècle, la viticulture alsacienne se caractérise par la diffusion de la propriété, le morcellement parcellaire, l’implication du monde rural dans la viticulture, et une tentation quantitative forte », résume Serge Wolikow.

Jusqu’en 1870, l’histoire du vignoble alsacien et celle du vignoble français sont communes. Mais ensuite, ils connaissent des évolutions divergentes. « Dans le reste de la France, la désorganisation du vignoble entraîne une crise majeure qui se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. » Le marché français est secoué par le phylloxéra, mais pas seulement. L’évolution des techniques de transport met en concurrence les vins du sud (Languedoc, Algérie) et ceux du nord. « Le libéralisme total est de mise jusqu’au début du XXe siècle », explique l’historien. Cette situation catastrophique entraîne la révolte des vignerons du Languedoc, de Champagne et de Bourgogne qui réclament la délimitation de leur vignoble. C’est ainsi qu’à partir de 1908 apparaît la notion d’appellation d’origine.

Une production de masse au détriment de la qualité

En Alsace, la situation est différente, souligne l’historien. Jusqu’en 1890, les viticulteurs alsaciens bénéficient du statut de fournisseurs de « vins méridionaux ». La législation allemande de l’époque, plus laxiste, autorise en effet des pratiques comme le coupage et le sucrage-mouillage. Ils vendent de grandes quantités de vin, et la qualité n’est pas leur préoccupation majeure. Mais à partir de 1900, le marché allemand se tourne vers les vins espagnols et algériens pour faire ses assemblages. « Le vignoble alsacien perd sur les deux tableaux, quantitatif et qualitatif. » Les vignerons prennent conscience des risques et fondent les premières coopératives.

La fin de la Première Guerre mondiale marque un tournant. La loi sur les appellations d’origine est publiée en 1919 : elle ne fait pas uniquement référence à une provenance géographique mais définit « les qualités substantielles du vin ». Il faut attendre 1927 pour que la première appellation, liée à un cahier des charges, voie le jour en Champagne. Quelques années plus tard, l’Inao est créée en 1935.

Pendant ce temps, en Alsace, toute une série de tentatives sont menées pour faire évoluer la qualité des vins. « Depuis les années 1930, le vignoble alsacien prend ses marques, réfléchit à la définition de son identité. » Plusieurs documents retrouvés dans les archives de l’Inao en attestent. Comme cette délibération du CNAO de 1939 concernant un projet d’appellation du vignoble alsacien, porté par les représentants du vignoble alsacien. « Une appellation régionale définie par des experts reconnus, avec une liste de six cépages blancs et quatre cépages rouges, un degré minimal de 8 ° et une limitation des rendements à 45 hl/ha. » Le projet est mis en suspens par la Seconde Guerre mondiale. « Entre-temps, le vignoble se réduit d’un tiers et migre de la plaine vers les coteaux. »

Le vignoble français est très abîmé par la crise et l’occupation : manque d’entretien des vignes, carence de main-d’œuvre, réquisition des stocks par l’occupant. Les années d’après-guerre se caractérisent par une montée quantitative des vignobles et une augmentation sensible de la consommation de vin. « On passe de 40 à 60 millions d’hectolitres. » Les vins AOC représentent moins de 5 % de ces volumes. L’Inao cherche à rehausser la qualité des vins de consommation courante en introduisant les VDQS.

Une longue gestation

Dans les années 1960, la France est le premier pays où la consommation de vin quotidien accuse une baisse. Elle coïncide, en Alsace, avec la mise en place de l’AOC régionale. La reconstruction du vignoble se fait sur la base de l’ordonnance du 2 novembre 1945 qui impose de pratiquer une délimitation du territoire viticole. L’AOC vin d’Alsace est officiellement reconnue en 1962. « Il faut attendre 17 ans ! » Pourtant, dès 1952, on commence à discuter de cette appellation régionale, mais les discussions butent sur certains écueils, comme le degré minimum, le rendement à l’hectare, l’enrichissement. Le décret de 1962 est le résultat de longues tractations. « Le texte suscite un gros débat entre les familles professionnelles. »

Une nouvelle avancée est obtenue en 1972, avec la mise en bouteille obligatoire dans la région de production. Vient ensuite la définition de l’AOC grand cru, « alors que dans le reste de la France, le vignoble est étagé depuis longtemps ». De 1975 à 2007, 51 lieux-dits sont définis. L’officialisation de l’AOC crémant d’Alsace remonte, quant à elle, au 24 août 1976. « Aujourd’hui, trois appellations se côtoient dans la région. » L’impact des appellations est considérable : c’est un facteur de montée en qualité du vignoble.

Une conception collective

Dans les années 2010, une nouvelle démarche voit le jour, « qui montre la volonté d’une reconnaissance affirmée des communes et des lieux-dits. » En Alsace, souligne l’historien, il existe un nombre important de vignerons indépendants ou de coopérateurs qui veulent mettre en valeur un terroir. « C’est totalement différent du modèle bordelais des châteaux. » Pour lui, le vignoble est à la pointe de la revendication comme un bien collectif, grâce à la mobilisation et à l’unité syndicale et professionnelle. « L’Alsace a des règles communes. Contrairement à certains vignobles, elle n’est pas fracturée. »

Pour autant, le vignoble alsacien n’a pas perdu ses traits distinctifs historiques, estime Serge Wolikow. Et de citer la diversité exceptionnelle de cépages, de terroirs et de microclimats dont peut s’enorgueillir la région. « Cette diversité peut se combiner et produire quelque chose d’exceptionnel. » Diversité et cohérence sont, de l’avis de l’historien, les caractéristiques de ce vignoble. « C’est l’histoire qui l’explique, ainsi que la volonté de surmonter cette histoire. »

Quelques précisions ont été apportées par différents intervenants, notamment les présidents de l’Association des viticulteurs d’Alsace d’hier et d’aujourd’hui, Raymond Baltenweck, Gérard Boesch et Jérôme Bauer. Ce dernier a insisté sur le fait que l’Alsace est un vignoble qui joue collectif. « Nous sommes soudés et unis et avons toujours refusé d’avoir un vignoble à deux vitesses. »

Planète Légumes

La collection d’été

Cultures

Publié le 07/08/2017

Dimanche 30 juillet, Planète Légumes a convié ses producteurs à une visite des essais de salades et légumes d’été chez Sébastien et Claudia Eschbach à Innenheim. L’EARL La Chapelle est spécialisée dans les salades, indique le maraîcher. « Nous en produisons un million de têtes. » Elle cultive en outre 2 hectares de radis, 4 ha de chou rouge et blanc, ainsi que du maïs grain. « Nous commercialisons nos salades et nos légumes auprès de la grande distribution et des grossistes du marché gare de Strasbourg. » L’entreprise emploie quatre salariés permanents et sept saisonniers, d’avril à octobre.

C’est dans un champ de salades qu’a commencé cette visite d’essais. « Nous avons testé une toute nouvelle gamme de salades d’été, explique Johanna Bodendörfer. Elles sont résistantes à la nouvelle génération de Bremia lactucae (mildiou) apparue l’an dernier. Il fallait trouver de nouvelles solutions variétales car les produits chimiques ne sont pas efficaces, et pas acceptables sur salades, de toute façon. La plupart des producteurs ne veulent pas traiter leurs salades », ajoute la technicienne de Planète Légumes. L’essai mis en place permet de repérer les variétés qui supportent bien la chaleur, qui n’ont pas de bords nécrosés, qui ne montent pas trop vite en graine. « Bien sûr, il faut qu’elles tiennent la route : elles doivent avoir une bonne présentation, être faciles à couper, présenter une croissance homogène et pouvoir attendre au champ, au cas où la récolte doit être différée de quelques jours. »

Le porte-greffe, pour booster les rendements

Les producteurs se sont ensuite dirigés vers la serre où Lilian Boullard leur a présenté les premières conclusions de l’essai de tomates greffées. « C’est la deuxième année que nous mettons en place cet essai. L’an dernier, il avait été perturbé par une forte attaque de mildiou. » Les plants de tomates greffées sont globalement plus vigoureux et plus résistants que les variétés traditionnelles, indique le technicien. « La technique du porte-greffe est très ancienne, souligne Lilian Boullard. Elle est couramment utilisée pour la culture du melon dans le sud de la France. Elle permet de continuer à produire dans des sols fatigués, mais elle déprécie légèrement le goût. » C’est du moins la conclusion des dégustations grand public organisées l’an dernier par Planète Légumes, qui compte bien réitérer l’expérience en 2017, à la Foire aux vins de Colmar, à la Foire européenne de Strasbourg et au salon Saveurs et soleil d’automne à Sélestat.

Sur l’essai mis en place à Holtzwihr, à une densité de 1,8 pied par m2, les variétés paola (Clause) et gloriette (Rijk Zwaan) ont été testées sur différents porte-greffes pour observer le gain apporté par rapport aux témoins non greffés. « Malgré le greffage, on retrouve les particularités des fruits », souligne Lilian Boullard. Paola donne des fruits plus petits et plus foncés, gloriette des fruits plus gros et plus fermes. Conclusion : sur une variété moins productive, comme paola, un porte-greffe performant comme Maxifort ou Balancefort (Deruiter) permet de doubler le rendement et le calibre des fruits. Par contre, certains greffons ne semblent pas apporter de plus-value de rendement.

Tomates et poivrons sous la loupe

Les premiers résultats de l’essai poivrons ont été présentés. Pour déterminer l’intérêt des 18 variétés testées, de nombreux critères sont pris en compte, comme le rendement du plant, le calibre des fruits, le taux de déchets, la vitesse de virage, l’homogénéité de la couleur ou l’aspect visuel. Dans le type carré jaune, la variété twingo (Clause) se distingue par son rendement (3,6 kg/plant), la grosseur de ses fruits et le faible taux de déchets. Yollow wonder séduit par sa très belle présentation, mais elle est sensible à l’oïdium, et donc à réserver à une production de début d’été. Pour les variétés de type carré rouge, on ne constate pas de grande différence en matière de rendement. Quelques variétés de poivrons trois-quarts-longs (lamuyo) ont également été présentées dans cet essai.

Plusieurs partenaires du monde agricole avaient fait le déplacement pour présenter leurs produits. Agrivalor est un réseau d’agriculteurs engagés dans les filières de recyclage agricole des déchets organiques. La société commercialise notamment une gamme de composts, supports de cultures et solutions de paillage adaptée aux cultures de plein champ et sous serre. Un essai est en cours avec Planète Légumes sur tomates.

Jérôme Schlosser, de la société Gustave Muller, a présenté les matériels de serre Toutentub : siège de travail, brouette maraîchère, brouette serre, landau de récolte, landau échelle, chariot manuel ou électrique, toute une gamme de matériel tubulaire de conception et de fabrication française.

Des solutions innovantes

Les maraîchers ont pu se familiariser avec Janny MT, une installation flexible d’atmosphère contrôlée, conçue pour prolonger la durée de conservation des fruits et légumes tout en préservant leurs qualités organoleptiques.

Alors que les phénomènes de grêle s’intensifient et se multiplient - les épisodes orageux ont augmenté de 350 % au cours des dix dernières années -, de plus en plus d’agriculteurs et de viticulteurs sont à la recherche de solutions pour protéger les cultures et en finir avec les conséquences désastreuses sur leurs exploitations. Théara Sieng Yo, chargé d’affaires de la société Selerys, et sa collègue, Marina Langrenez, ont présenté Laïco, une solution innovante de lutte contre la grêle. Issue du partenariat entre Selerys, fournisseur de solutions de détection du risque orageux, et Lacroix, leader des services et solutions pyrotechniques, elle combine un système de détection du risque orageux et une solution de lutte active contre la grêle. Skydetect est une technologie permettant de détecter les risques d’orage par radar, ce qui permet d’alerter l’utilisateur en amont et de déclencher le système de protection au bon moment. Là dessus se greffe un système d’ensemencement des nuages. Il se compose de ballons gonflés à l’hélium sur lesquels sont embarquées des torches chargées de sels hygroscopiques.

Après avoir remercié producteurs et exposants pour leur présence, Pierre Lammert, président de Planète Légumes, a donné rendez-vous les 22, 23 et 24 septembre aux Tanzmatten à Sélestat pour la 8e édition de Saveurs et soleil d’automne.

L’Arev en congrès à Strasbourg

Faire entendre la voix des territoires viticoles

Vigne

Publié le 24/07/2017

À l’invitation de Phillipe Richert, président de la Région Grand Est, l’Arev s’est réunie en congrès à la Maison de la Région de Strasbourg. Cette organisation politico-professionnelle est le porte-parole des vignobles européens au niveau international. 65 régions de 18 pays européens en sont membres actuellement.

Renouvellement des instances, transfert du siège à Bruxelles et réforme de la Pac, avec le vote d’une motion, ont été les principaux temps forts de ces deux journées de congrès. Les régions européennes viticoles ont rappelé le rôle essentiel qu’elles jouent pour l’avenir du secteur et des collectivités territoriales.

Souhaitant être plus proches et davantage entendus des institutions européennes, les délégués de l’Arev ont pris plusieurs décisions importantes. Ils ont élu à l’unanimité un nouveau président, Emiliano García-Page Sánchez, président de la Région espagnole de Castilla-La Mancha. Ce dernier a affiché son ambition de faire entendre la voix des territoires viticoles et réaffirmé l’exigence d’être associé à toutes les réflexions et décisions concernant le secteur qui sont prises à Bruxelles, comme l’ont fait ses prédécesseurs, notamment dans le combat contre la dérégulation des plantations. Pour une meilleure efficacité, le siège administratif de l’association sera prochainement transféré à Bruxelles. Le nouveau secrétaire général, Pascal Bobillier-Monnot, sera en charge de la gestion et de la représentation de l’association auprès des institutions de Bruxelles. La veille, les délégués professionnels du secteur vitivinicole avaient reconduit à l’unanimité le Luxembourgeois Aly Leonardy dans ses fonctions de président du Conseil européen des professionnels du vin (CEPV) et de premier vice-président de l’Arev.

À l’issue d’échanges avec des représentants du Parlement européen, de la Commission et de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), les délégués de l’Arev a adopté à l’unanimité une motion sur la réforme de la Pac. Elle insiste sur l’importance socio-économique du secteur et la place unique qu’occupe la viticulture dans le monde agricole grâce à une réglementation européenne spécifique (régulation, politique de qualité, soutiens orientés vers les investissements) que les Régions souhaitent voir maintenue. L’Arev a aussi plaidé en faveur du maintien du budget de la Pac et des programmes nationaux d’aide. Les représentants des territoires ont appelé la Commission européenne et les ministres de l’Agriculture à améliorer dès maintenant la prochaine réforme de la Pac dont l’application pourrait être retardée, les outils de gestion des risques, notamment l’assurance récolte comme le propose le Parlement européen, et de mettre en place l’Observatoire de la viticulture européenne que l’Arev réclame depuis deux décennies.

Pierre Paul Ritleng tire sa révérence

« La bonne humeur, ta marque de fabrique »

Vie professionnelle

Publié le 12/07/2017

C’est la maison de services Le Trèfle à Truchtersheim qui a accueilli la cérémonie organisée en l’honneur de Pierre Paul Ritleng, le jeudi 6 juillet. Ce n’est pas un hasard : c’est le siège de l’Adar du Kochersberg, antenne décentralisée de la Chambre d'agriculture d’Alsace dont Pierre Paul était le responsable. « Tu as toujours été un partenaire exemplaire. Ton sourire enrichissait notre relation », a indiqué Justin Vogel, président de la communauté de communes du Kochersberg-Ackerland. Il lui a souhaité « une bonne nouvelle vie ».

André Jacob, directeur de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Patrick Bastian, président de l’Adar du Kochersberg, et Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, ont retracé le parcours du jeune retraité. Entré au Comptoir agricole le 3 juillet 1984, il a géré le dépôt de Maennolsheim dès son ouverture. « Les agriculteurs de l’époque gardent de Pierre Paul l’image d’un homme pragmatique, dont les conseils étaient empreints de bon sens et judicieux, même sans N-Tester », a indiqué Patrick Bastian.

« Ce fut un moment fort de nos vies »

Puis Pierre Paul a intégré le service production d’Alsace Lait, où il s’occupait de l’organisation de la collecte des 600 producteurs de la laiterie alsacienne, ainsi que des suivis technico-économiques. Treize ans plus tard, sa fibre militante l’a poussé à rejoindre la FDSEA du Bas-Rhin. Il était chargé des productions animales, ainsi que de l’animation du syndicat ovin et des interprofessions lait et viande. « Le jour où Jean-Paul Bastian a émis l’idée de l’intégrer à l’équipe de la FDSEA, j’ai répondu par un oui enthousiaste », a expliqué Patrick Bastian. Ce fut le début d’une longue collaboration : « Nous avons travaillé ensemble sur le dossier lait, la Pac, les manifs, le plan bâtiment. Ton sens de l’efficacité et de la provocation, tout le monde s’en souviendra ! Tu es aussi un bon vivant, et les assemblées cantonales se terminaient parfois très tard. »

Directeur d’Alsace Élevage - une fonction entièrement bénévole -, Pierre Paul Ritleng a été en première ligne pour le plan bâtiment. Un dossier exemplaire grâce à son savoir-faire et ses talents de négociateur, a expliqué Patrick Bastian. « On en avait bien besoin pour réussir les tractations difficiles avec l’État, la Région et le Département. » Pierre Paul avait coutume de dire : « Trouvez de l’argent, je m’occupe du reste », a poursuivi Jean-Paul Bastian. L’avènement de la Région Grand Est marque la fin de cette épopée : « Alsace Élevage ne te survivra pas. Tu en es le dernier directeur, comme j’en suis le dernier président ».

De nombreuses cordes à son arc

En 2009, Pierre Paul a intégré la Chambre d'agriculture comme responsable de l’Adar du Kochersberg et de l’équipe économique. Durant cette période, il a géré de nombreux dossiers, comme la Pac, le plan bâtiment, les projets d’investissement, les calamités agricoles et, plus récemment, la cellule Réagir. À ce titre, il était l’interlocuteur privilégié des organisations professionnelles agricoles et de l’administration. « Tu as de nombreuses cordes à ton arc, a souligné Patrick Bastian. Tu connais l’agriculture bas-rhinoise mieux que quiconque. »

Lorsque la cellule Réagir a été mise en place, Pierre Paul s’y est investi à fond. « Tu as su fédérer tout le monde, même les banquiers », a relevé Patrick Bastian. Mais peu de temps après, il a annoncé son départ à la retraite. « Après la fusion des Chambres d’agriculture alsaciennes, tu n’as pas trouvé ta place. Le changement hiérarchique nous a tous bouleversés », a avoué Patrick Bastian, avant de le remercier pour son engagement, son humour, son pragmatisme. C’est Philippe Sigrist qui prend le relais à la tête de l’Adar du Kochersberg. « Mais les paysans auront encore besoin de toi, Pierre Paul. »

À présent, Pierre Paul a décidé de se consacrer à la Ferme de Louise, un projet d’hébergement touristique monté avec son épouse Audrey il y a cinq ans. « Nous pourrons venir chez toi pour refaire le monde, commenter les petits potins du Kochersberg », a déclaré Jean-Paul Bastian

Un brin nostalgique, Patrick Bastian a souligné l’exemplarité du parcours de Pierre Paul. « Cette cérémonie marque la fin d’une longue histoire professionnelle… et un nouveau chapitre d’une amitié qui remonte à l’enfance, d’abord au collège de Wasselonne puis au lycée agricole d’Obernai. » « Il fallait bien deux Bastian pour fêter ton départ », a enchaîné Jean-Paul Bastian. En arrivant au bout de sa carrière, l’essentiel est d’être satisfait de ce que l’on a fait, d’avoir été à la hauteur des talents que l’on a reçus, d’avoir fait le maximum, quel que soit le poste de responsabilité que l’on a occupé, estime-t-il.

Ses meilleurs souvenirs ? Les manifs !

Pour une fois, j’ai le dernier mot, a déclaré Pierre Paul Ritleng. Prendre sa retraite à 55 ans, ce n’est pas courant. Mais « il paraît que j’ai assez travaillé… » Il se souvient de ses premiers pas au dépôt de Maennolsheim. « Les premières années, j’ai chargé à la main des sacs d’engrais de 50 kg ! C’est avec fierté que je revendique ce début de carrière. » La deuxième étape était aussi la plus longue. « Le lait, je suis tombé dedans quand j’étais petit ! » Il se souvient : « Le service production d’Alsace Lait cherchait un conseiller. Entre le suivi technico-économique et le ramassage du lait, j’ai conforté mes armes techniques. Puis j’ai eu envie de voir autre chose. Les deux Bastian sont entrés en jeu et c’est ainsi qu’à 39 ans, je suis entré dans l’univers du syndicalisme. Je me suis familiarisé avec la section lait, la section viande, la section ovine et la section porcine. Puis je suis devenu responsable d’Alsace Élevage à la suite de Philippe Wolff. La richesse et la diversité des dossiers m’ont comblé. » Ses meilleurs souvenirs ? « L’organisation des grandes manifestations syndicales. » Ses moments les plus difficiles ? « La rédaction des articles pour l’Est Agricole et Viticole. » Avec sa bonne humeur légendaire, Pierre Paul a émaillé son discours d’anecdotes qui ont rappelé de bons souvenirs à tous les invités.

Pour terminer, Pierre Paul a évoqué sa carrière à la Chambre d’agriculture, en tant que responsable de l’Adar du Kochersberg et de l’équipe économique. « J’ai intégré les magnifiques locaux du Trèfle. Je suis le seul à avoir eu trois bureaux à la Chambre… » Il a remercié ses collègues, qui forment une équipe soudée et efficace. « Je fais entière confiance à mon successeur pour qu’elle reste aussi efficace. Ma franchise de parole était parfois dure à accepter, mais c’était pour votre bien. J’ai fait preuve de la même franchise avec l’administration. » Il a rendu hommage à « la grande famille des agriculteurs, où je me sentais comme un poisson dans l’eau. C’est chez eux que je prenais la température avant de prendre les décisions. »

Il ne pouvait pas finir son intervention sans évoquer « les deux Bastian ». « Patrick vient de commencer sa carrière, je termine la mienne. Nous avons tous les deux la même passion de l’élevage. » Il lui a exprimé sa reconnaissance pour son soutien indéfectible et son amitié. « L’autre Bastian a joué un rôle prépondérant dans ma carrière. Dès notre première rencontre, en 2001, cela a tout de suite fonctionné. Il m’a appris à prendre de la hauteur et à attacher de l’importance même aux petits dossiers. À force de nous côtoyer j’ai appris à le comprendre sans parler. Je me suis épanoui dans toutes nos missions. » Aujourd’hui, Pierre Paul veut se consacrer à sa famille. « Elle a toujours été ma priorité. » Certains se demandent ce qu’il va faire de son temps libre. « Mes yeux pétillent de projets ! »

À l’issue de ce discours émouvant, le jeune retraité a reçu de nombreux cadeaux. « Une page se tourne, mais notre amitié continuera », a souligné Pascale Remen, du Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin. C’est tout ce que l’on espère…

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