Auteur

Anny Haeffelé

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Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F)

« Un outil envié par les autres régions »

Vie professionnelle

Publié le 25/12/2017

« Après plusieurs années très moyennes en termes de poids, de qualité et de rendement par hectare, l’année 2017 est plutôt satisfaisante, voire excellente pour certains planteurs », explique Rémy Losser. Les volumes de production sont en nette hausse, parce que le potentiel de production est supérieur et que les surfaces sinistrées sont très faibles. « C’est bienvenu pour les producteurs, pour la coopérative et pour les marchés qui s’interrogeaient sur le devenir de l’origine France. »

Une qualité globalement meilleure

Près de 4 500 tonnes de virginie ont été livrées en 2017, soit 700 t de plus que l’année précédente. La qualité est globalement bonne, confirme le directeur, Olivier Riedinger. Le rendement du virginie conventionnel s’élève à 3 000 kg/ha, contre 2 426 kg/ha pour le virginie bio et 2 677 kg/ha pour le virginie en conversion. Les livraisons de burley sont en cours mais les premières constatations font état d’une bonne récolte en matière de poids et de qualité. L’occasion, pour Olivier Riedinger, d’annoncer que les attentes en termes de coloration des feuilles évoluent : « On passe du chamois clair au marron chocolat pour occuper un nouveau marché qui s’offre à nous ».

Cependant, les marchés et les prix sont tendus, ce qui explique que le prix d’acompte est en diminution de 10 cts par rapport à l’an dernier pour le virginie. Pour le burley, les prix d’acompte restent stables. « Le paradoxe, explique Rémy Losser, c’est que France Tabac n’a pas assez de tabac pour satisfaire tous les acheteurs. Mais le prix ne va pas augmenter pour autant… » Il faut maintenir, voire améliorer encore la qualité, car les acheteurs sont de plus en plus exigeants.

« La problématique, ce n’est pas de vendre le tabac, mais de le valoriser pour générer une plus-value dégageant un revenu acceptable pour les producteurs, poursuit le président. Tous les marchés ne sont pas porteurs. » La coopérative cherche à se positionner sur les marchés de niche, à haute plus-value. « Nous avons une chance énorme. Certains marchés ont émergé, comme le tabac à chicha ou le PPID (tabac à faibles résidus), sur lesquels nous sommes bien placés. »

Le tabac à chicha, un marché très convoité

Même s’il est en constante augmentation, le marché du tabac à chicha soulève quelques inquiétudes. « Au début, il y avait un seul opérateur, Alliance One. Aujourd’hui, de nombreux acteurs se sont engouffrés dans la brèche. Mais seule la qualité des tabacs français et allemands est reconnue. Il faut assainir ce marché en mettant en place une garantie de traçabilité. » Le tabac PPID rémunère mieux que le tabac conventionnel, souligne Rémy Losser. Ce tabac bénéficie d’une traçabilité qui garantit l’absence de certains produits phytosanitaires et un faible taux de nicotine. « Nous avons deux clients, pour un volume de 1 000 tonnes. Mais nous ne sommes pas sûrs de pouvoir livrer, du fait de la pression de l’orobanche. » Le marché du burley est un paradoxe total. Alors que la coopérative a poussé les planteurs à se reconvertir dans le virginie, elle peine aujourd’hui à fournir les quantités demandées. « La situation s’est retournée et nous cherchons à limiter la baisse du burley. »

Concernant le tabac bio, « nous sommes très déstabilisés par l’arrêt de ce marché de niche. Nous avons encouragé certains producteurs à se lancer dans cette filière, car un acheteur était très intéressé par un développement rapide de cette production en France. » Mais du jour au lendemain, ce débouché s’est fermé, du fait des restructurations en cours dans l’industrie tabacole et, surtout, du lancement de la cigarette électronique Iqos par Philip Morris. Un dispositif révolutionnaire qui chauffe le tabac sans le brûler. C’est la combustion du tabac qui entraîne la production de certains agents toxiques pour l’organisme. Pour éviter cette combustion, les chercheurs de Philip Morris International ont développé un nouveau système qui permet de dégager un aérosol nicotiné à une température relativement basse, réduisant ainsi la production de monoxyde de carbone ou de goudrons… Le groupe américain a construit une usine à Bologne, en Italie, qui emploie 500 personnes. Cette cigarette électronique nouvelle génération est en cours de lancement aux États-Unis et au Japon, sonnant le glas de la filière tabac bio. « Nous devons trouver la meilleure manière de sortir de cette impasse. »

Anticiper le réchauffement climatique

Surtout, il ne faut pas oublier que le tabac est une production agricole très fragile, très sensible aux aléas - grêle, gel, vent, inondation, sans oublier l’excès de chaleur et le rayonnement solaire. « La sélection variétale doit prendre en compte les changements climatiques. » Mais pas seulement : seule la mise au point de variétés résistantes à l’orobanche permettra de venir à bout de ce fléau qui atteint des proportions inquiétantes dans certaines régions. Le centre de recherche de Bergerac a été repris par France Tabac. « Une équipe jeune et compétente y travaille. Une nouvelle dynamique se fait jour, qui prend en compte les attentes de la profession. Nous avons besoin de variétés adaptées à la demande des marchés, notamment en virginie, mais aussi aux préoccupations des planteurs - verse, orobanche, etc. De nouvelles variétés devraient être commercialisées d’ici quelques années. »

La filière a encore d’autres préoccupations. « La convergence des aides est très douloureuse pour le secteur tabacole, qui bénéficiait historiquement de droits à produire plus importants. La nouvelle Pac est en cours d’élaboration. Nous restons à l’affût pour faire entendre notre voix auprès du ministère de l’Agriculture. Nous craignons notamment des excès de zèle, dans le cadre de la renationalisation de la Pac. Qu’il s’agisse de produits phytosanitaires ou de traçabilité, nous n’accepterons pas qu’on nous impose des normes disproportionnées ! »

Enfin, Rémy Losser insiste sur le fait que la réduction des charges est une priorité de la profession, qu’il s’agisse des charges liées aux exploitations ou aux structures - coopératives, usine de transformation, institut de recherche, etc. « Il faut optimiser tous les maillons de la filière. »

Jean-Louis Chandellier, FNSEA

Vers une nouvelle donne fiscale

Vie professionnelle

Publié le 24/12/2017

Le premier budget du gouvernement Philippe introduit des outils pour relancer la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat des actifs, souligne Jean-Louis Chandellier. La loi de finances 2018 contient des mesures touchant l’économie et les entreprises, dont certaines concernent directement l’agriculture. La loi sur la sécurité sociale prévoit des mesures pour les travailleurs indépendants, la création d’entreprise, la maîtrise des dépenses sociales, la réduction du déficit de la sécurité sociale, l’augmentation de la CSG, etc. Et ce n’est pas fini : la FNSEA a recensé six projets qui pourraient impacter la fiscalité des entreprises agricoles. « À la FNSEA, nous allons défendre nos mécanismes agricoles et faire des propositions dans le domaine de la fiscalité et du droit des entreprises. »

Une baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) est programmée dans la loi de finances 2018, pour arriver à une convergence vers les taux européens. « Cela représente un gain de 11 milliards d’euros pour les entreprises. » L’objectif est d’arriver à un taux de 25 % d'ici 2022. « En 2017, le taux est réduit à 28 % pour les PME. Cela développe l’appétence pour l’IS. »

Autre disposition de cette loi, la transformation du CICE en allégement de charges pérennes induit une simplification du dispositif et une diminution du coût du travail. « Les sociétés de personnes pourront bénéficier à 100 % de ces allégements de charges qui ne tomberont plus en non-valeur, sans parler des coopératives agricoles qui ne pouvaient pas prétendre à ce crédit d’impôt. » Mais cette nouveauté fiscale présente un gros inconvénient, la perte de six points de CICE pour les travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi. « Nous sommes clairement défavorisés par rapport à nos concurrents européens. La FNSEA essaie de maintenir cet avantage d’une manière ou d’une autre, car sa suppression risque de causer des difficultés dans beaucoup de productions. »

Dans un tout autre domaine, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) disparaît et est remplacé dès 2018 par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). « L’objectif est de défiscaliser la production pour drainer l’épargne vers les entreprises. » L’IFI ne concernera que les détenteurs de patrimoine immobilier d’une valeur supérieure à 1,30 M€. Certains biens sont exonérés, comme les immeubles affectés à l’exploitation de l’entreprise, les placements financiers immobiliers et les comptes d’associés.

Quid de l’immobilier agricole ? Le projet de loi prévoit une exonération des immeubles affectés à l’exploitation de l’entreprise ou mis à disposition par l’agriculteur, des baux à long terme, des parts de GFA. « Mais la profession demande une exonération totale d’IFI sur les terres agricoles. Les discussions sont en cours avec Bercy. »

Un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital

Autre constat, les revenus du capital sont surimposés dans notre pays. La ponction fiscale varie de 40 à 58 %, contre 20 à 26 % chez nos voisins. Le gouvernement veut mettre en place un prélèvement forfaitaire unique (flat tax) de 30 % sur les revenus du capital - intérêts, dividendes, plus-values mobilières, etc. Cette taxe se compose de 12,8 % d’IR et 17,2 % (au lieu de 15,5 %) de CSG. « C’est plutôt favorable pour les hauts revenus, beaucoup moins pour les petits contribuables. C’est pourquoi il est possible d’opter pour le barème de l’IS, mais c’est une option globale pour l’ensemble des revenus. »

Les produits de l’épargne - intérêts de livrets bancaires, de comptes à terme, de produits d’épargne logement ouverts à partir de 2018, coupons d’obligations - seront amputés « à la source » de 30 %. Quelques cas d’exonérations subsistent : le livret A, le LDD, le LEP et le PEA conservent leur exemption fiscale. L’assurance-vie conserve elle aussi l’essentiel de ses avantages, mais avec quelques modifications. Ainsi, le bénéfice du régime particulier est limité à 150 000 € d’encours pour l’ensemble des contrats d’assurance vie détenus par le contribuable.

S’agissant des plus-values privées, l’imposition est fixée à 30 % sur les parts sociales, mais il est possible d’opter pour le barème de l’IS. Le report des moins-values sur dix ans est maintenu. Par contre, quasiment tous les abattements sont supprimés. Le régime de départ à la retraite des dirigeants est maintenu jusqu’en 2022, avec un abattement fixe de 500 000 €.

Le régime des micro-entreprises est lui aussi modifié : le plafond est porté de 33 200 à 70 000 € pour le BIC et le BNC, celui des BIC autres (achat-revente) passant de 82 800 à 170 000 €. Objectif : faciliter la création d’entreprise. « Nous nous sommes demandé s’il fallait appliquer cette mesure aux entreprises agricoles. Mais nous avons décidé de ne pas bouger car le régime micro-BA est plutôt avantageux… » Parallèlement, la loi de finances 2018 contient une mesure qui, selon Jean-Louis Chandellier, est un véritable coup poignard dans le dos. « Une disposition scélérate supprime le fonds de compensation mis en place lors du passage du forfait au micro-BA pour compenser ceux qui étaient lésés par le nouveau système. 25 M€ sont extirpés de l’agriculture. Cela nous choque beaucoup ! »

Hausse de la CSG au 1er janvier 2018

La hausse de la CSG au 1er janvier 2018 a déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle est portée à 9,2 % pour les actifs et à 8,3 % pour les retraités, soit une augmentation de 1,7 point. Une compensation est prévue pour les salariés, mais pas pour les retraités qui vont subir de plein fouet cette augmentation. « Pour les petites retraites, cela n’aura pas d’impact, mais celles qui sont supérieures à 1 200 € par mois seront affectées par cette hausse. La suppression de la taxe d’habitation devrait compenser cette hausse, selon le gouvernement. »

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour compenser cette augmentation, les commerçants et artisans bénéficient d’une baisse des cotisations allocations familiales et maladie. « En toute logique, les agriculteurs auraient dû bénéficier d’une baisse des cotisations Amexa. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons désormais le même régime que les indépendants : nous abandonnons le taux proportionnel au profit d’un taux progressif, et nous perdons ainsi les dégrèvements obtenus récemment. On se retrouve nettement défavorisé. Pour un revenu professionnel de 40 000 €, cela représente une perte sèche de 1 200 €. » La FNSEA veut continuer à mener ce combat très important, indique Jean-Louis Chandellier.

De nombreux amendements ont été déposés. Parmi eux, la fusion des régimes de rattachement des recettes commerciales aux recettes agricoles. Actuellement, il est possible de rattacher les recettes BIC aux recettes BA réel dans la limite de 30 % des recettes agricoles, ou 50 000 €. Pour les recettes provenant de la production d’électricité photovoltaïque ou éolienne, les seuils sont de 50 % ou 100 000 €. « À l’avenir, les deux seuils seront fusionnés. Pour toute activité commerciale, vous aurez la possibilité de rattacher 50 % des recettes agricoles et 100 000 €. »

Lycée agricole d’Obernai

Josy Tritz sacrée chevalier

Vie professionnelle

Publié le 16/12/2017

Des générations d’élèves du lycée agricole d’Obernai, parmi lesquels de futurs agriculteurs, ont bénéficié de ses enseignements. Ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, Josy Tritz, professeure de zootechnie à la retraite, a fait toute sa carrière au lycée agricole d’Obernai, où elle est arrivée en 1977. Le 24 novembre dernier, elle a reçu les insignes de chevalier du Mérite agricole au lycée agricole d’Obernai, en présence d’une petite centaine d’invités, parmi lesquels le député Antoine Herth, de nombreux élus et représentants de la profession agricole du Bas-Rhin, de l’administration et d’anciens collègues enseignants.

La cérémonie s’est déroulée en présence d’Eugène Schaeffer et Paul Schiellein, présidents honoraires du conseil d’administration de l’établissement et de Thierry Girodot, actuel directeur. C’est Gilles Collet, médiateur adjoint au ministère de l’Agriculture, qui, après avoir retracé la carrière de Josy Tritz, a rendu un hommage chaleureux à son action et à son dynamisme auprès des jeunes et lui a remis la médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole.

Schillersdorf

Marthe Jacky, chevalier du Mérite agricole

Vie professionnelle

Publié le 14/12/2017

Sérieux, rigueur, discrétion. Ces qualificatifs s’appliquent parfaitement à Marthe Jacky, conseillère au service économie et prospective de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Tous les orateurs l’ont souligné, lors de la cérémonie de remise de la croix de chevalier du Mérite agricole qui s’est déroulée le vendredi 8 décembre à Schillersdorf, la commune où vivent Marthe Jacky et sa famille.

Une famille très impliquée dans la vie associative locale, a souligné le maire de Schillersdorf, Bernard Brumbter. « Conviviale, serviable et pleine de bon sens », Marthe Jacky est bénévole au point-lecture de Schillersdorf et trésorière de l’association Sports et Loisirs (ASL). Elle s’investit également dans l’Association sportive de Schillersdorf au côté de son époux Éric et de leurs fils, Olivier et Matthieu. Par ailleurs, elle est très engagée dans sa paroisse. Ces nombreuses casquettes ne l’empêchent pas de pratiquer de nombreuses activités sportives, d’organiser des matchs, des randonnées. « Chez les Jacky, on bouge beaucoup et on marche parfois à la baguette. Mais on a un cœur en or et on est toujours prêt à donner un coup de main. »

Christian Schott, président de l’Adar de l’Alsace du Nord, a loué le professionnalisme de Marthe Jacky, chargée de l’accompagnement des déclarations Pac dans le nord du département. « Elle a rempli d’innombrables dossiers pour les agriculteurs et a fait en sorte qu’ils fournissent les pièces manquantes. » Par ailleurs, « elle s’occupe avec brio de l’animation du réseau d’échanges transfrontaliers RI2 ». La présidente de RI2, Danièle Bras, a mis en avant les qualités humaines de la récipiendaire. « Lorsqu’on m’a demandé de prendre la relève de Paul Schiellein en novembre 2016, j’ai accepté de relever le défi, parce que je savais que je pouvais m’appuyer sur Marthe Jacky, une collègue engagée et une femme de parole, pour accomplir ma mission. Grâce au binôme efficace que tu as formé avec Paul, et maintenant avec moi, nous avons pu faire entendre la voix du monde agricole du Rhin Supérieur et développer les partenariats avec nos collèges allemands. »

De Neugartheim à Schillersdorf

Marthe Jacky a passé sa jeunesse à Neugartheim, au pied du Kochersberg. « Tu habitais tout près de la ferme d’André Wicker et tu leur donnais souvent un coup de main », a rappelé Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace et parrain de la récipiendaire. Il a fréquenté Marthe Jacky sur les bancs de l’école, plus exactement ceux du lycée agricole d’Obernai où ils poursuivaient les mêmes études. « Elle faisait déjà preuve de rigueur et de sérieux. Plutôt que de nous laisser copier, elle nous expliquait… » Puis est arrivée la saison des examens. C’est là qu’elle a croisé pour la première fois Paul Schiellein, qui faisait partie des membres du jury.

« Ensuite, nos chemins se sont séparés. Marthe est allée vivre la vie de château » : elle a intégré la bergerie nationale de Rambouillet pour y décrocher un BTS Productions animales. De retour en Alsace, elle a été embauchée en 1981 comme conseillère du Syndicat ovin, présidé par Marcel Geistel. C’était l’époque de la structuration de la filière, avec la mise en œuvre du plan national de relance ovine. Il s’agissait notamment de remplir les dossiers de demande d’aides à l’investissement, une tâche que Marthe Jacky a accomplie avec sa rigueur coutumière.

En 1992, Marthe Jacky est entrée comme conseillère à l’Adasea (Association départementale pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles), sous la direction de Pierre Grandadam. Elle y a mis en œuvre les premières mesures agroenvironnementales, celle de l’Ill domaniale, suivies de beaucoup d’autres. Elle a ensuite lancé les contrats territoriaux d’exploitation, puis les contrats d’agriculture durable. Plusieurs présidents se sont succédé à la tête de l’Adasea, Maurice Hamm, Antoine Herth, Jean-Paul Bastian et Paul Schiellein. Denis Ramspacher a repris le flambeau en 2007. « C’est là que l’État nous a abandonnés sur ces mesures », fragilisant l’équilibre financier de l’association. Après le départ à la retraite de Pierre Grandadam, les missions de l’Adasea ont été reprises par la Chambre d'agriculture.

Fin 2008, Marthe Jacky a pris une autre voie : Paul Schiellein lui a proposé d’intégrer l’Adar de l’Alsace du Nord, dont il était le président. Affectée au service économie de la Chambre d'agriculture, elle continue à s’occuper des déclarations Pac et des dossiers réglementaires - conditionnalité, plan bâtiment, outils d’enregistrement, tout en assurant l’animation du réseau RI2. « L’évolution perpétuelle de la réglementation n’est pas évidente », a souligné Marthe Jacky.

Du tabac aux relations transfrontalières

Avec un brin d’émotion, la récipiendaire a partagé quelques souvenirs avec ses invités. « Il y a fort longtemps, en passant devant la grange de la famille Wicker, j’ai aperçu Nicole en train d’enfiler des guirlandes de tabac. Je lui ai proposé de l’aider. Sur la ferme, je croisais régulièrement Christian Keim et Joseph Schneider qui venait voir leur président, André Wicker. C’est ainsi qu’a démarré ma carrière agricole. » Elle a remercié plus particulièrement Paul Schiellein, qui a déposé sa demande de candidature à la préfecture. « Il m’a mise en lumière, et avec moi tous mes collègues au service de l’agriculture ».

AGC-Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin

Toujours mieux répondre aux attentes des adhérents

Vie professionnelle

Publié le 13/12/2017

« Le bilan de notre centre comptable est satisfaisant, de même que l’évolution de nos services. Notre activité est stable malgré la baisse du nombre d’agriculteurs et le renforcement de la concurrence », affirme Jean-Paul Bastian, président de l’AGC-CFG 67.

Le conseil d’administration souhaite mettre en œuvre un projet stratégique à moyen terme pour mieux répondre aux attentes de ses adhérents, améliorer et développer ses services et répondre à la diversité de ses adhérents. « Ce projet s’appuie sur nos forces : des adhérents nombreux et fidèles, des fonds propres importants, une offre de services large et compétitive, et enfin une équipe de collaborateurs dévoués et proches des adhérents. Mais nous avons aussi des faiblesses : comme nous avons toujours le nez dans le guidon, nous ne sommes pas très réactifs, ni très communicatifs. Nous avons développé peu de partenariats avec les autres centres. »

L’AGC-CFG est une organisation qui a un véritable potentiel, poursuit Jean-Paul Bastian. Mais « il faudra étoffer les équipes, renforcer le conseil aux entreprises, séduire les jeunes agriculteurs qui sont nos futurs adhérents ». Avant d’explorer de nouvelles pistes, les responsables de l’AGC-CFG 67 ont donc décidé de faire le bilan de l’existant. Ils se sont adjoint les services de consultants extérieurs sous l’autorité du président, Jean-Paul Bastian.

Un nombre croissant de sociétés agricoles

Le Centre de fiscalité et de gestion a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires dépassant les 7 millions d’euros, le résultat de l’exercice étant largement positif. « Le service dédié au social a fortement développé son activité, avec la mise en place de la déclaration sociale nominative (DSN) », souligne le directeur, François Anstett. Les prestations juridiques ont, elles aussi, augmenté du fait du nombre important de créations de sociétés en 2016. « Comme l’année agricole était mauvaise, nous avons fait l’effort de ne pas augmenter les tarifs de nos prestations comptables », relève-t-il. Les charges sont en légère augmentation, car l’AGC-CFG 67 a réalisé des investissements informatiques.

Actuellement, l’AGC-CFG 67 gère la comptabilité de 3 497 adhérents, dont 218 au forfait et 3 279 au réel, souligne Rémy Uffler dans son rapport d’activité. Un nombre en légère augmentation par rapport à 2016. Les formules sociétaires occupent une part de plus en plus importante : les 2 009 sociétés (EARL, Gaec, SCEA, SARL, SA, SAS, GFA, SCI, SNC) représentent plus de 57 % des exploitations adhérentes. Au total, le CFG emploie 86 salariés, dont 55 interviennent dans le domaine de la comptabilité.

La réforme des professions comptables a entraîné de profonds bouleversements qui ne vont pas forcément dans le sens d’une simplification. « Depuis 2010, nous faisons partie de l’ordre des experts-comptables, ce qui engendre de nombreuses obligations, comme le compte rendu de fin de mission, la vérification par les signataires, les normes antiblanchiment, le visa fiscal, etc. » L’AGC-CFG 67 propose désormais le service « e-banque », c’est-à-dire la récupération des données des comptes bancaires de l’entreprise pour les intégrer automatiquement dans sa comptabilité.

Une palette toujours plus large de services

Si la mission comptable est au cœur de son métier, le centre de fiscalité et de gestion a développé ses services dans le domaine social et juridique, poursuit Rémy Uffler. Il a établi 35 000 bulletins de paie l’an dernier, assuré la transmission des données dans le cadre de la DSN, apporté son expertise pour la création et la transformation de 75 sociétés et établi 200 actes (cession de parts, procès-verbal d’assemblée générale, etc.) « Vous serez prochainement contactés pour la déclaration des bénéficiaires effectifs, nouvelle obligation pour les sociétés. » Enfin, indique Rémy Uffler, le centre de fiscalité et de gestion avance sur la voie de la transition numérique. « Nous sommes en train de préparer le futur numérique de votre comptabilité - dématérialisation des documents, archivage électronique, inscriptions comptables, etc. »

Rémy Huchelmann, responsable d’équipe, présente les résultats économiques 2016 des exploitations et les perspectives pour 2017. Pascale Remen, responsable du pôle social, dresse un état de lieu du chantier de la DSN. « La déclaration unique mensuelle et dématérialisée par flux informatique remplace désormais une vingtaine de déclarations différentes », rappelle-t-elle. Un gros travail de paramétrage a été nécessaire pour les gestionnaires de paie, et il a fallu mettre en place de nouveaux outils pour améliorer la communication des informations concernant les paies avec les employeurs. « Toutes nos entreprises sont passées en DSN depuis quelques jours. » Désormais, plus de facture trimestrielle envoyée par la Mutualité sociale agricole. « C’est votre gestionnaire de paie qui vous informera du montant des cotisations à payer. Mais attention, vérifiez bien le montant prélevé par la MSA. »

Campagne agricole 2017

Productions végétales : l’heure du bilan a sonné

Cultures

Publié le 09/12/2017

Lors de la session plénière du 27 novembre dernier à Schiltigheim, Yves Jauss, du service économie et prospectives de la Chambre d'agriculture d’Alsace, a fait le bilan de la campagne agricole qui s’achève. Les rendements indiqués sont bien sûr des moyennes, qui cachent parfois d’importantes disparités d’une région agricole à l’autre.

Grandes cultures

  • Blé : retour à la normale après une année 2016 calamiteuse. Avec 76 q/ha, le rendement est légèrement supérieur à la moyenne quinquennale. Les surfaces, elles, sont en nette réduction, passant de 52 500 à 47 100 ha.

  • Orge : avec 72 q/ha, le rendement peut être qualifié de très bon, cette année. Cette céréale à paille a occupé 5 500 ha cette année.

  • Maïs grain : cette céréale constitue la bonne surprise avec de bons, voire très bons rendements et des humidités faibles. La sole est en progression, à 125 500 ha (hors maïs ensilage). Avec 113 q/ha en moyenne, le rendement est légèrement supérieur à la moyenne quinquennale. Ces rendements varient de 105 q/ha en situation non irriguée à 127 q/ha sur les parcelles irriguées. Dans le Bas-Rhin, les rendements atteignent 110 q/ha (contre 96 q/ha en 2016), dans le Haut-Rhin, ils s’établissent à 117 ha (105 ha en 2016). La collecte était plus précoce que l’an passé. Pour le blé comme pour le maïs, les cours restent très faibles, autour de 160 € pour le blé et de 150 € pour le maïs.
  • Colza : à 5 400 ha, les surfaces sont en augmentation (+ 7 %) et le rendement est supérieur à la moyenne quinquennale (36 q/ha).
  • Soja et tournesol : les rendements sont conformes à la moyenne quinquennale (32 q/ha). À noter une belle progression de 7 % de la surface du soja, qui atteint 5 800 ha.

Viticulture

La vigne fait exception à ce tableau, avec une production en retrait de 30 % par rapport à 2016, en raison du gel et de conditions difficiles à la floraison. Alors que la récolte s’élevait à 1,18 million d’hectolitres en 2016, les estimations pour 2017 tablent sur 855 000 hl, soit une baisse de 30 %. Les secteurs les plus touchés se situent au nord de Colmar et dans le sud du Bas-Rhin (secteur de Scherwiller et Dambach-la-Ville).

L’état sanitaire de la vendange est bon. Le millésime s’annonce de grande qualité, grâce à de bons niveaux d’acidité et de sucre à la récolte. Malgré cette situation tendue, on constate une baisse importante, de l’ordre de 13 à 18 %, des mercuriales des vins d’Alsace à la propriété (campagne du 1er décembre 2016 au 30 septembre 2017). Seul le riesling tire son épingle du jeu, la baisse étant limitée à 3 %.

Cultures spéciales

  • Betteraves à sucre : après une année 2016 décevante, les rendements s’annoncent en nette amélioration. Le rendement attendu s’établit à 95 t/ha à 16°. La stratégie de la sucrerie Cristal Union d’Erstein de développer les surfaces s’est avérée gagnante, puisque les emblavements ont progressé de 530 ha pour atteindre 7 250 ha.
  • Tabac : une bonne année, là aussi, avec des volumes en nette hausse, de l’ordre de 2,8 à 3 t/ha. Après plusieurs années tendues, la sinistralité s’est nettement améliorée. La qualité est globalement bonne en virginie. Pour le burley, dont les livraisons viennent de démarrer, on s’attend à de bons poids et à une bonne qualité.
  • Houblon : le rendement est proche de la moyenne quinquennale pour les variétés précoces, supérieure à cette moyenne pour les variétés tardives. Les teneurs en alpha suivent la même tendance. Mais on constate une grande hétérogénéité de rendement d’une parcelle à l’autre, en fonction de la pluviométrie. Le contexte reste dynamique pour cette filière.
  • Pommes de terre : 2017 se caractérise par des volumes importants, mais des prix très bas, du fait de la bonne récolte européenne.

Productions légumières

  • Asperges : début de campagne très précoce (environ trois semaines d’avance). Les conditions de récolte ont été excellentes et le rendement est en forte progression par rapport à 2016 : 4 t/ha au lieu de 2,3 t/ha.
  • Chou à choucroute : la campagne qui s’achève est très hétérogène. Le rendement estimé s’établit à 80 t/ha, à comparer avec les 75 t/ha de l’an dernier.
  • Salades : l’année a été compliquée. Un printemps précoce, suivi d’une période de froid, puis d’une chaleur estivale ont bousculé le calendrier de production. Les cours étaient bas durant la première moitié de la saison, avant une envolée vers la mi-août. Au final, une année moyenne dans un contexte de baisse de production.
  • Tomates : beau rendement des tomates de serre, avec de gros volumes en juillet qui ont connu des difficultés d’écoulement.
  • Oignons : une année moyenne, avec de bonnes conditions de récolte mais des calibres hétérogènes.

Production fruitière

  • Fruits à noyau : sans doute la production la plus impactée par le gel printanier. Les dégâts sont considérables, allant de 40 à 100 % selon les secteurs et les espèces. Conséquence de cette baisse de production, les prix sont supérieurs aux années passées, la plupart du temps. La cerise affiche un bilan globalement positif, avec cependant de fortes disparités selon les secteurs : le rendement est proche de 0 % dans le sud de la région, de 50 % dans le secteur d’Obernai et historique dans le secteur de Westhoffen. Avec une récolte amputée de moins de 40 %, la quetsche est le fruit qui a le mieux passé le gel. Le volume total est estimé à 1 300 t, soit le double de l’année 2016. Pour la deuxième année consécutive, la récolte de mirabelles est nettement inférieure à la moyenne, de l’ordre de 50 %.
  • Fruits à pépins : suite au gel, les pommes ont subi plus de 80 % de pertes dans certains secteurs, et jusqu’à 100 % dans d’autres. Au final, les rendements s’élèvent à 50 % d’une année normale, tirant les cours à la hausse. Encore une mauvaise campagne pour les poires, qui ont subi 50 à 60 % de perte et une qualité en dessous des standards. Dommage, car le marché est demandeur.
  • Fruits rouges : la production de fraises est réduite de 30 à 40 % dans le Haut-Rhin, de 50 % dans le Bas-Rhin. Du coup, la saison de production n’a duré que trois ou quatre semaines. Quant aux petits fruits, la récolte a été littéralement amputée par le gel, avec une diminution des deux tiers dans le Haut-Rhin. Le marché était porteur et les prix intéressants.

Horticulture

  • Bisannuelles : contrairement à 2016, où la campagne avait été très précoce, la commercialisation a eu lieu en temps et en heure.
  • Cultures de printemps : l’Elsass Geranium reste le produit phare. Bon déroulement des ventes, mais difficulté d’ajustement des prix. Le gel a endommagé les pépinières et les productions.
  • Cultures d’automne : les pomponnettes ont connu un beau succès, au détriment des chrysanthèmes grosses fleurs. Les callunes, les pensées et les feuillages d’automne sont en légère baisse. Le panier moyen a tendance à baisser.
  • Pépinières : après un automne 2016 moyen, la saison a démarré tardivement. Sur le marché des professionnels, le nombre d’affaires compense la diminution des grosses commandes, mais engendre un surcroît de travail. Le marché du détail se porte bien.

États généraux de l’alimentation

« Pourvu que ce ne soit pas un mirage ! »

Vie professionnelle

Publié le 07/12/2017

Les États généraux de l’alimentation (EGAlim) sont l’occasion d’instaurer un débat objectif sur le modèle agricole et alimentaire français avec l’ensemble des citoyens, a déclaré Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, le 27 novembre à Schiltigheim. « Nous devons redonner du sens et de la valeur à l’agriculture, à l’alimentation de notre pays. »

Lancés officiellement le 20 juillet, les EGAlim ont pour objectif de permettre aux agriculteurs et à tous les acteurs de la filière de vivre dignement de leur métier, et aux consommateurs d’avoir une alimentation saine, a résumé Marie-Pierre Muller. Les différents ateliers organisés à cette occasion ont impliqué 250 acteurs… et onze ministères.

Rendez-vous mi-décembre

Un bilan d’étape a été dressé le 11 octobre à Rungis par Emmanuel Macron. Le président de la République s’est engagé à légiférer pour mieux rémunérer les agriculteurs. Son ambition ? Modifier les règles de fixation des prix, réviser les seuils de vente à perte et encourager le regroupement des producteurs pour peser sur les négociations avec la grande distribution. La charte d’engagement signée le 14 novembre dernier - non sans mal - entre la production, la coopération agricole, l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, vise à instaurer de bonnes pratiques pour des négociations commerciales loyales, et permettre une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière. La restitution finale des travaux est prévue les 14 et 15 décembre.

Après la présidente de la Chambre de consommation d’Alsace (lire l’encadré), Philippe Grass a livré des informations sur la consommation des ménages, ainsi que l’évolution de leurs attentes. « Après une période de forte réduction des dépenses des ménages, les denrées alimentaires ne représentent plus que 13 % de leur budget total », a-t-il indiqué. Les réformes commerciales successives avaient pour but de défendre le pouvoir d’achat des consommateurs. « Elles ont pleinement réussi, comme le prouve la guerre des prix destructrice que se livrent les grandes enseignes depuis cinq ans. »

« Le discours sur les prix est omniprésent »

« Les comparateurs de prix ont grugé le consommateur, en lui laissant croire qu’il y a de fortes disparités de prix entre les enseignes, a expliqué Philippe Grass. Les promotions sont devenues d’une ampleur inégalée, générant la confusion chez les consommateurs. » À la clé, une diminution des marges, une pression accrue sur le maillon le plus éclaté - la production - et une grande volatilité des prix. L’apparition de nouvelles formes de concurrence, comme Costco ou Amazon Prime Now, ne va pas améliorer la situation… « Le constat des participants aux EGAlim est unanime : cela ne peut plus durer ! Nous militons pour une loi qui fixe de nouvelles règles. Le président de la République s’est engagé à la présenter en 2018 », a indiqué Philippe Grass.

Mais aujourd’hui, la demande des consommateurs évolue : « Pour la génération actuelle, la qualité sanitaire et environnementale est primordiale ». La réponse passera, selon Philippe Grass, par une segmentation du marché. « On est à la fin d’un système. »

« Il faut revoir le système ! »

Franck Sander, président de la FDSEA 67, va dans son sens : « Nous perdons de la valeur ajoutée à tous les échelons. Il faut revoir le système, revenir à un fonctionnement normal et transparent. Je crois que les EGAlim peuvent faire bouger les choses. » LA FNSEA revendique le droit de pouvoir négocier les prix au sein des interprofessions, a-t-il indiqué.

Paul Fritsch, président de la Coordination rurale Grand Est, l’a affirmé, « il faut changer de modèle agricole, aller d’un modèle linéaire vers un modèle circulaire - produire, consommer et recycler. » En clair, construire une politique agricole basée sur les circuits courts. Daniel Starck, porte-parole de la Confédération paysanne d’Alsace, suggère pour sa part de « développer l’agroforesterie et l’agriculture de conservation pour aller plus vite dans le changement de modèle ».

Denis Naas, président de la FDSEA du Haut-Rhin, s’inquiète de l’avenir de la filière lait alsacienne : « Un éleveur sur deux est âgé de 50 ans. Il faut offrir des perspectives sérieuses aux jeunes pour qu’ils aient envie de s’installer et donc d’en vivre. C’est pour cela qu’il faut un contrat d’engagement durable. Les agriculteurs doivent être payés à la juste valeur des efforts effectués au quotidien. » Pour le président de la FDSEA 68, les EGAlim ne régleront rien si on continue à multiplier les traités internationaux, comme le Ceta. Des négociations commerciales qui préoccupent également Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

Un élément imprévu, la pénurie de beurre, s’est invité dans les débats, a souligné Michel Debes, président d’Alsace Lait. « Cette problématique est venue à point nommé pour remettre les pendules à l’heure. Les EGAlim sont trop focalisés sur l’actualité, et ne tiennent pas compte de ce qui se passera dans dix ou quinze ans. » Quant à Marc Moser, président du Comptoir agricole, il s’est étonné de l’absence d’un invité de marque, la compétitivité. Il craint que les EGAlim restent un mirage et légitiment les associations de consommateurs dans leur volonté d’imposer de nouvelles réglementations aux agriculteurs.

Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, en est persuadé, « les EGA permettront de renforcer le rôle des interprofessions ». Il a salué la démarche de contractualisation, sur les volumes et les prix, engagée avec Système U. « La marque régionale que nous avons développée, Savourez l’Alsace Produit du terroir, est la réponse légitime aux aspirations des agriculteurs de vivre dignement de leur métier », estime Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité.

« Espérons que les États généraux de l’alimentation débouchent sur des solutions pérennes pour les agriculteurs sur nos territoires, tout en maintenant la compétitivité au cœur de nos préoccupations », a conclu le président Laurent Wendlinger.

Coopérative Tabac Feuilles de France

2016, l’année de la fusion avec le Poitou

Vie professionnelle

Publié le 07/12/2017

Ces derniers mois, plusieurs événements se sont produits au sein de la coopérative, comme la mise en place du site internet grand public, la réorganisation du service technique et la reprise de Tritab, un atelier de triage à façon qui appartenait à la coopérative du Poitou. Sans oublier le lancement d’un plan de communication sur la filière pour attirer de nouveaux producteurs dans les régions à fort potentiel de développement.

2016 a été marquée par l’arrêt de 14 producteurs (- 6 %). Leur nombre s’élevait à 200, pour une superficie de 1 787 ha, dont 1 700 ha de virginie et 87 ha de burley. En 2015, la superficie totale s’élevait à 1 937 ha, dont 1 824 ha de virginie et 113 ha de burley. « Nous avons perdu un quart des surfaces de burley, suite à l’arrêt annoncé d’un acheteur », a déclaré le directeur, Olivier Riedinger. Les planteurs de virginie bio sont eux aussi confrontés à la défection de leur acheteur.

Les planteurs de virginie ont une pléthore de variétés à leur disposition, mais l’ITB 683 occupe une position hégémonique. « Nous avons un très intéressant panel de variétés, dont certaines ont des caractéristiques spécifiques, comme la résistance à différentes maladies, et qui donnent satisfaction aux acheteurs. » Les surfaces de burley se répartissent, elles aussi, en différentes variétés, mais dans des proportions très voisines. « Un gros effort de sélection variétale a été fait ces dernières années sur le burley, car l’institut de recherche de Bergerac était propriété d’Imperial Tobacco. Aujourd’hui, la filière a repris en main la recherche et les efforts portent essentiellement sur le virginie pour avoir des variétés adaptées. »

Un rendement moyen assez faible

La coopérative a vendu près de 4 200 tonnes de tabac en 2016, dont 212 t de burley, 3 723 t de virginie conventionnel et 256 t de virginie bio. Le rendement moyen était relativement faible, de l’ordre de 2 345 t/ha. Les pertes totales se sont élevées à 780 t. En burley, le prix net payé aux producteurs non sinistrés a légèrement augmenté, la différence de prix s’expliquant par la qualité des tabacs récoltés. En virginie, il est resté pratiquement stable.

Le total des actifs de la coopérative se monte à 7,40 millions d’euros (M€). « L’actif circulant s’élève à 6 M€. Il constitue les ressources dont dispose la coopérative pour injecter dans les comptes des coopérateurs. » Les capitaux propres atteignent 6,30 M€, les dettes 1 M€. Quant à la production vendue, elle se chiffre à 15,80 M€. L’exercice se solde par un résultat net comptable de 184 000 €.

Un taux de perte de 6 %

De son côté, la Caisse d’assurance mutuelle agricole Tabac Feuilles de France (Cama T2F) a engrangé l’an dernier 1,20 M€ de cotisations, pour un capital assuré de 16,30 M€. En 2015, les cotisations avaient dépassé 1,30 M€. « La différence provient de la baisse des surfaces et de l’ajustement des rendements », indique le directeur, Olivier Riedinger. Le montant des indemnités versées aux planteurs s’élève à 1 M€, contre 732 000 € en 2015. 52 % de ces indemnités ont été versées par la mutuelle, le reste par la caisse de réassurance qui, en contrepartie, perçoit 40 % des cotisations versées par les adhérents.

Malgré le montant des indemnités versées, la caisse dégage un résultat total de 272 000 €, grâce notamment à la rémunération des placements. « Ce résultat est important, car nous pourrons renflouer nos réserves, mises à mal par plusieurs campagnes fortement sinistrées. » Celles-ci atteignent désormais 4,80 M€. « Pour combler toutes les réserves, il manque encore 400 000 €, mais nous sommes sur la bonne voie. » Comme les années précédentes, le conseil d’administration a pris la décision d’attribuer des subventions de prévention pour l’achat de butteuses et d’enjambeurs, ainsi que des aides pour pieds relevés dans le Poitou. Il a également prolongé la date d’arrêt de la campagne, fixée officiellement au 8 octobre, pour permettre l’indemnisation des sinistres de gel survenus en Alsace les 10 et 12 octobre 2016.

Un nouveau président pour la Caisse d’assurance

Daniel Mérigot a succédé à Bruno Paulus à la présidence de la Cama T2F. Agriculteur dans le Poitou, il cultive 44 hectares de tabac, auxquels s’ajoutent 7 ha en prestation, élève des porcs et produit de l’électricité. Il a rappelé les aléas climatiques qui ont frappé la campagne tabacole écoulée. « Cela a commencé par des pluies importantes dans l’Est, entraînant stagnation des eaux et inondations. L’ouest de la France a ensuite été touché par des attaques de mildiou conséquentes. Puis le sclérotinia s’est développé dans toutes les zones. En fin de campagne, deux épisodes de gel ont été déplorés en Alsace. Autre fait important relevé par le président, l’augmentation de l’orobanche, une plante herbacée envahissante. L’ouest de la France est particulièrement touché. C’est un fléau majeur de la production tabacole. Les rares solutions techniques existantes viennent en contradiction avec la commercialisation. » Tous les espoirs se tournent vers la recherche : « La meilleure solution, c’est la résistance à l’orobanche. Quelques variétés tolérantes apparaissent sur le marché. »

2017 est la première année de fonctionnement de la coopérative élargie. « Malgré les défis, c’est une belle réussite », a affirmé le président, Rémy Losser. La nouvelle configuration est très satisfaisante, sur le plan du fonctionnement comme de l’équilibre bilanciel. « C’est un atout de pouvoir payer des avances parce que nous avons les fonds propres nécessaires. Cela nous permet d’avoir une politique de rémunération sans tensions, tout en optimisant les charges. Il faut maintenir et conforter ces équilibres, c’est ce qui nous permettra d’affronter l’avenir. À l’heure où nous sommes confrontés de plein fouet au marché, il faut être solide. La fusion nous permet d’avoir un outil envié par les autres régions. Il faut continuer à consolider nos fonds propres », a déclaré Rémy Losser.

Chambre d'agriculture interdépartementale d’Alsace (CAIA)

EGAlim : « Traduire les ambitions dans les faits »

Vie professionnelle

Publié le 29/11/2017

C’est par un hommage à Joseph Ehrhart, décédé samedi 18 novembre, que s’est ouverte la session plénière de la Chambre d'agriculture interdépartementale d’Alsace (CAIA, nouvelle dénomination), le lundi 27 novembre à Schiltigheim. Ce vigneron de Wettolsheim, ancien président du groupe Wolfberger, vice-président de Groupama Grand Est, a été membre de la Chambre d’agriculture du Haut-Rhin, puis de la Chambre régionale.

2017 a été marquée par le transfert des personnels des fonctions support vers la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage), a rappelé le président de la CAIA, Laurent Wendlinger. Onze salariés de la Chambre alsacienne ont ainsi rejoint la Chambre régionale le 1er juillet dans l’administration, les finances, les ressources humaines et l’informatique. « L’objectif, à terme, est de rationaliser ces fonctions support, mais pour l’heure un gros travail d’organisation, de cohésion, est nécessaire. »

Un pas supplémentaire va être fait dans cette voie, avec la création d’un service commun « IRD » (Innovation recherche-développement) et « Forêt ». Les membres de la CAIA ont approuvé cette décision. Pour autant, « cette nouvelle organisation ne doit pas générer de surcoûts pour nos budgets respectifs », a insisté Laurent Wendlinger.

Une situation budgétaire de plus en plus tendue

La transition vers le premier point de l’ordre du jour, le budget, était toute trouvée. « Depuis quelques années, la situation est de plus en plus tendue au niveau de notre budget. Avec des recettes en baisse notamment au niveau des subventions publiques, avec des risques importants sur la fiscalité forestière, nous devons plus que jamais être rigoureux dans nos dépenses. Nous devons aussi travailler sur nos prestations pour répondre encore mieux aux besoins des agriculteurs et des collectivités locales. »

Après plusieurs années difficiles pour les agriculteurs alsaciens, la campagne 2017 se caractérise par de bons rendements pour la plupart des productions, hormis la vigne et les fruits. La qualité est au rendez-vous mais les prix restent bas pour la plupart des productions.

Le blé et le maïs reprennent des couleurs

La récolte de blé a retrouvé des niveaux corrects après une année 2016 catastrophique. Le maïs constitue la bonne surprise avec de bons, voire très bons rendements, et des humidités faibles. La viticulture fait malheureusement exception à ce tableau avec une production en retrait de quelque 30 % par rapport à 2016 en raison du gel et de conditions difficiles à la floraison. Heureusement, la qualité est excellente ! Les fruits aussi ont connu une année très difficile en raison du gel de printemps. Pour les betteraves, les productions spéciales et les légumes, l’année 2017 sera finalement très correcte.

Dans le domaine de l’élevage, la situation s’est quelque peu améliorée après des années particulièrement difficiles. Le prix du lait et de la viande s’est redressé, mais la conjoncture reste fragile. Yves Jauss a présenté plus en détail ce bilan de campagne.

« Après plusieurs années difficiles, 2017 se présente donc comme une année de transition avec des résultats en amélioration, mais les trésoreries auront bien du mal à se reconstituer », a déploré Laurent Wendlinger. Pour les exploitations les plus fragiles, les cellules Réagir poursuivent leur travail. « Ces démarches ont permis d’accompagner plus d’une centaine d’agriculteurs alsaciens en 2017 pour essayer de redresser l’équilibre de leur exploitation. »

Une nouvelle répartition de la valeur ajoutée

Après plusieurs années difficiles, l’agriculture doit retrouver des perspectives en termes de production et de prix, estime Laurent Wendlinger. C’est une des ambitions des États généraux de l’alimentation (EGAlim), lancés par Emmanuel Macron dès cet été. « Les bonnes intentions affirmées par le président de la République le 11 octobre à Rungis sur le partage de la valeur ajoutée et l’annonce d’un vaste programme d’investissement de 5 milliards d’euros doivent maintenant se concrétiser. » Pour Laurent Wendlinger, ces États généraux doivent ouvrir le débat sur le modèle agricole et alimentaire français, afin de « redonner du sens et de la valeur à l’agriculture, à l’alimentation de notre pays ». La charte d’engagement, finalement signée au bout de la 35e version, doit garantir « une répartition équitable de la valeur ajoutée entre tous les acteurs de la filière ». Le président de la CAIA souhaite qu’une loi, voire une ordonnance, valide cette répartition de valeur afin de redonner un peu de sérénité aux agriculteurs et des perspectives aux jeunes qui s’installent.

Ce sujet a fait l’objet d’un vaste débat lors de cette session plénière, avec des invités quelque peu inattendus. Outre Marie-Pierre Muller, directrice régionale adjointe de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, Marie-José Fignier, présidente de la Chambre de consommation d’Alsace, et Philippe Grass, représentant la grande distribution, ont présenté leur façon de voir les choses. Ce fut ensuite au tour des membres de la Chambre d'agriculture de faire part de leur ressenti.

À l’international aussi, de nombreux défis attendent l’agriculture française. Les traités internationaux comme le Ceta ou le Mercosur, la COP 23 ou la future Pac risquent d’impacter gravement l’agriculture française. Mais Laurent Wendlinger reste confiant : « L’agriculture a de tout temps su s’adapter et relever les nombreux défis, qu’ils soient techniques ou environnementaux, afin de répondre aux aspirations du marché et aux attentes de la société. » Pour le président, le piège serait d’opposer les modèles agricoles, voire les agriculteurs entre eux. « Nous pouvons développer le bio sans dénigrer le conventionnel. Nous pouvons développer la vente directe, tout en continuant d’alimenter nos filières et industries agroalimentaires qui sont structurées pour approvisionner les GMS mais aussi la RHD et d’autres circuits de proximité. De vraies opportunités de développement existent dans les filières longues ou courtes, dans le bio et le conventionnel. »

Domaine Brand et fils à Ergersheim

À contre-courant, focus sur les vins nature

Vigne

Publié le 15/11/2017

Le dimanche, la manifestation était ouverte au grand public, qui n’a pas boudé son plaisir : plus de 200 personnes ont répondu à l’invitation. La journée de lundi était réservée aux professionnels, cavistes, journalistes, sommeliers, etc. « Pour s’affranchir du carcan des cahiers des charges AOP et IGP, ils sont de plus en plus nombreux à jouer la carte Vins de France, qui leur laisse une liberté créatrice », indique Charles Brand, qui vient de céder les rênes du domaine, créé en 1956, à son fils.

Cette manifestation était l’occasion de belles rencontres, comme celle d’Olivier Horiot, venu tout droit des Riceys. Située au sud du vignoble champenois, cette région est célèbre pour ses vins rosés de macération. Des vins tranquilles : tantôt bourguignonne, tantôt champenoise, la commune des Riceys est la seule où se côtoient trois appellations - rosé des Riceys, champagne et coteaux champenois. Des champagnes, Olivier Horiot en propose plusieurs cuvées, pleines d’énergie. Dans la série Sève, des champagnes issus d’une seule vigne, d’un seul cépage, d’une seule année, comme ce champagne brut 2011, une révélation. Le champagne Métisse 2011, lui, allie deux cépages (pinot noir et pinot blanc) auxquels s’ajoutent 20 % de vins de réserve. Pour le 5 Sens, un champagne millésime 2011, « cinq vignes, cinq cuves, cinq cépages » (pinot noir, pinot blanc, pinot meunier, chardonnay, arbanne). L’assemblage se fait à la mise en bouteille, précise le vigneron. Et enfin l’étonnant Solera 7 (sept cépages complantés dans une même vigne) : « C’est une vision espagnole de la vinification : les millésimes s’empilent et, à chaque soutirage, on ajoute une partie du millésime de l’année au vin résiduel précédent. »

Des vins sans artifices

En Ardèche, Rémi et Patricia Bonneton, du domaine l’Alezan à Tournon-sur-Rhône, ont une manière originale de dire « Merci ». C’est le nom qu’ils ont donné, entre autres, à une cuvée de vin pétillant nature, issu de muscat petits grains. Une vinification naturelle, sans artifices, précise Rémi. Ils proposent également des vins tranquilles, comme La Micale. En version rouge, il se compose de 80 % de syrah, 10 % de merlot et 10 % de gamay, issu d’un terroir granitique orienté plein sud et vieilli durant huit mois en demi-muids. En version blanc, il est élaboré à partir de muscat petits grains.

Géraud Fromont, du domaine les Marnes Blanches à Sainte Agnès, présentait une belle palette de vins du Jura, depuis le trousseau rouge - une belle découverte gustative - jusqu’au vin jaune élevé durant sept ans sous voile. Là aussi, l’imagination est au pouvoir, avec le chardonnay En Levrette, le savagnin En Quatre Vis, ou encore le savagnin Empreinte, un vin oxydatif élevé quatre ans sous voile.

Petit tour dans le Beaujolais, avec le Château Grand Pré à Fleurie, un domaine certifié AB où officient Claude, Romain et Christine Zordan. À noter tout particulièrement ce fleurie cuvée Spaciale, vinifié dans une cuve baptisée Spoutnik en raison de sa forme tronconique.

Autre rencontre inattendue, celle de Saskia Van der Horst, du domaine Les Arabesques. Après avoir été sommelière à Beaune, elle a souhaité s’installer. Après avoir rendu visite aux vignerons de la région de Perpignan, elle s’est inscrite au CFPPA de Beaune, son maître d’apprentissage étant Jean-Claude Rateau, vigneron bio à Beaune. Après avoir travaillé en Provence et en Afrique du Sud, elle s’est installée à 30 km de Perpignan, dans la vallée de l’Agly, où elle a racheté une cave ancienne et de très vieilles vignes complantées (grenache, macabeu, carignan).

Et n’oublions pas le local de l’étape, à l’origine de cette sympathique initiative. Philippe Brand s’est inspiré des calligrammes d’Apollinaire - des poèmes-dessins - pour nommer ses cuvées et illustrer ses étiquettes, comme le très romantique « l’Oiseau et le Bouquet ». La surprise est au rendez-vous dès le début de la dégustation, avec « Retenez son nom », un sylvaner qui a vieilli quinze mois en barrique, avec à la clé une grande complexité. « La matière permet de le faire… » Puis vient « Fleurs », un assemblage de 80 % de pinot gris et de 20 % de riesling, avec élevage sur lies fines en foudre durant quinze mois. Ou encore Apollinaire, un assemblage de chardonnay et de pinot blanc, vinifié en barrique, « plus typé bourguignon ». Et enfin, la série Macération, avec notamment « Fleurs », 80 % de pinot gris et 20 % de pinot noir assemblés à la cuve, macération en cuve durant quinze jours avec deux remontées par jour pour extraire le tanin et les arômes.

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