Auteur

Anny Haeffelé

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Hervé Massot, directeur général d’Alsace Lait

« Concentrons-nous sur nos marques et nos régions d’origine »

Élevage

Publié le 22/04/2022

En 2021, Alsace Lait pour l’activité vente de produits finis, a réalisé un chiffre d’affaires tout déduit (dit 4 fois net) de 105 M€. Cela correspond à 75 000 tonnes de produits finis vendus. Les marques y contribuent pour un peu plus de 30 %. « Il y a un écart important de valorisation entre nos marques et les marques de distributeur. C’est une piste pour améliorer la rentabilité de notre entreprise. »

Pour 2022, le chiffre d’affaires 4 fois net prévisionnel de produits finis est fixé à 119 M€, pour 79 000 t de ventes. « Avec un grand focus sur les marques : nous souhaitons continuer à augmenter la part des marques de plus de trois points en 2022. Les premiers mois de 2022 confirment ces prévisions : le chiffre d’affaires augmente de 10 %, et nos marques progressent en volume de 12 %. »

Savoie Yaourt est une petite entreprise régionale qui réalise un chiffre d’affaires de 13 M€ pour 6 000 t de produits vendus. La valorisation moyenne est bonne, la part des marques représentant 62 %. « Nous espérons atteindre un chiffre d’affaires de 14,30 M€, dont 10 M€ pour les marques. »

Trois groupes de produits constituent l’essentiel de l’offre d’Alsace Lait, les fromages frais (57 %), la crème fraîche et le lait frais (32 %) et les préparations culinaires et industrielles pour 10 %. « Nous pourrons faire plus et mieux dans des segments mieux valorisés. » Le secteur de la grande distribution est prédominant, suivi par la restauration hors foyer et l’export. Chez Savoie Yaourt, 80 % du chiffre d’affaires est généré par les GMS.

Améliorer la rentabilité

« La rentabilité des entreprises du secteur ultra-frais a baissé de façon drastique ces dernières années (source : Observatoire financier des entreprises agroalimentaires-Crédit Agricole) », a indiqué le directeur. Alsace Lait et surtout Savoie Yaourt tirent leur épingle du jeu, avec une rentabilité (taux d’Ebitda) supérieure à la moyenne des entreprises spécialisées sur ce créneau, mais inférieure à celle d’entreprises multiproduits produisant des produits de grande consommation dans le fromage. Pour améliorer leur rentabilité, le directeur a plusieurs idées. La première étant « d’accélérer le développement de nos marques et de consolider nos positions dans nos régions d’origine, l’Alsace et la Savoie ». Pour autant, il n’exclut pas de s’intéresser aux régions voisines, le Grand Est et les régions frontalières pour Alsace Lait, Rhône-Alpes pour Savoie Yaourt. Comment ? En offrant des produits régionaux de qualité, authentiques et différenciés. Il préconise également « une plus grande mobilisation sur nos sources de profit, avec nos marques, et une plus grande indépendance vis-à-vis des produits les moins bien valorisés ».

Son objectif est d’améliorer et de réduire le parc de machines pour diminuer les coûts de maintenance et les pertes matières, tout en gardant globalement les mêmes capacités de production. « Nous devons investir pour améliorer la fiabilité et la qualité de nos lignes, avoir des outils dédiés qui nous permettent de faire de façon plus rationnelle et plus efficacement de petites séries pour conditionner de nouveaux types de produits, comme les yaourts, les fromages frais salés tartinables, les desserts pour enfants, tout en spécialisant nos lignes à fortes cadences pour les grandes séries. »

 

 

Du beurre et du fromage frais tartinable

Hervé Massot veut aussi faire d’Alsace Lait le n° 1 incontournable du lait de consommation et de la crème fluide dans la région. Mais aussi se positionner sur le secteur de la crème épaisse et se lancer dans le beurre au lait de prairie. « Il n’y a pas de beurre alsacien dans les rayons pour l’instant. La beurrerie sera opérationnelle dès cet été. » Dans le Grand Est, Alsace Lait a globalement 27 % de part de marché sur le fromage frais lisse nature et aromatisé. « C’est un marché de marques de distributeurs (MDD). Il faut être encore plus différenciant pour accroître nos positions. »

Savoie Yaourt joue un rôle important dans le domaine du yaourt de spécialité sur lit de fruits : « Nous avons 40 % de parts de marché dans notre région d’origine et en France, nous sommes passés n° 2 en début d’année, avec 13 % de parts de marché et 14 % au mois de mars (P03 Nielsen). » Pour l’instant, Alsace Lait ne fabrique pas de yaourts en Alsace. Ce sera chose faite dès le premier trimestre 2023. « Dans les investissements lourds pour 2022, nous avons prévu une machine conditionneuse flexible qui nous permettra de passer de petites séries pour focaliser nos conditionneuses grandes séries sur des produits plus basiques et des volumes plus importants. » Il y aura aussi des pâtes fraîches à tartiner, histoire de mettre un pied dans l’univers salé et le secteur du fromage. Enfin, Hervé Massot veut développer les desserts pour enfants, en faisant des produits sans conservateurs et un bon Nutriscore dans un format 50 a 60 g. « C’est en ligne avec notre politique RSE qui s’engage pour faire vivre des savoir-faire régionaux authentiques et durables, fabriquer des produits d’excellence, attestée par les labels et les certifications, et accompagner des pratiques agricoles durables à travers des démarches comme Cap’2ER. »

Un prix moyen de 408 € en mars

Le prix moyen payé en 2021 était de 371 €/1 000 l. « Initialement, nous prévoyions une augmentation de 30 €/1 000 l, avec une répartition par trimestre. Très rapidement, nous avons pris conscience que ce planning ne pourrait pas être respecté. Dès février, nous avons fait une correction à la hausse de 10 €, suivie d’une deuxième correction de 35 € en mars soit une hausse de 50 €/1 000 l par rapport à mars 2021. » Le prix moyen payé en mars 2022 est de 408 €, soit 402 € pour le lait conventionnel, 425 € pour le lait de prairie et 437 € pour le lait bio. « Le prix du lait du mois d’avril sera décidé très prochainement. »

« La répercussion de la hausse des facteurs charges est un enjeu majeur », estime Hervé Massot. La grande distribution a accepté une hausse des prix de vente sur les produits à marques. Par contre, un grand flou artistique règne sur les MDD, qui ne sont pas soumises aux règles d’Egalim 2. « Nous allons remonter au front pour faire passer une nouvelle hausse de prix, sous peine de nous retrouver dans une situation critique. Dans le même temps, nous allons accélérer le plan de rationalisation et d’économies. Ce qui est important, c’est de regarder l’horizon en ne coupant pas les investissements pour améliorer la rentabilité. Bref, de garder le cap malgré la tempête. »

Alsace Lait

Maintenir le cap de la croissance malgré la tempête

Élevage

Publié le 21/04/2022

Après deux années d’assemblées générales en visioconférence, les producteurs de lait se sont retrouvés à la salle polyvalente de Hoerdt, le mardi 19 avril. Un événement que le président Michel Debes a tenu à souligner. Il a salué Anne Sander, députée européenne et élue de la Région Grand Est, Étienne Wolf, conseiller d’Alsace, et Hervé Lejeune, inspecteur général de l’agriculture.

« Deux années marquées par le Covid, qui ont montré les limites de la mondialisation et ses menaces sur la sécurité alimentaire. » Pour une entreprise qui fabrique des produits frais, la situation était très difficile à gérer, entre la fermeture brutale des restaurants et l’explosion de la demande des GMS. « À tel point que, sur certains produits, nous avons connu des pénuries d’emballages, et même des ruptures de stock. Mais la plus grosse problématique était le manque de personnel. Au début de la crise sanitaire, nous avions jusqu’à 30 % de salariés en moins à l’usine. » Compliqué, dans ces conditions, d’assurer la transformation du lait et l’approvisionnement des clients !

 

 

Un nouveau directeur général

Alsace Lait a vécu de grands changements, avec le départ de Frédéric Madon au Canada, suite à la prise de participation majoritaire d’Alsace Lait dans la laiterie Chalifoux. C’est Hervé Massot qui a été nommé directeur général. « Après avoir travaillé durant 22 ans chez Lactalis, il a pris la direction de la laiterie bavaroise Zott. Il a aussi effectué une mission en Chine pour développer la présence de ce groupe à l’international. « Il a porté un regard neuf sur l’entreprise, pour faire en sorte qu’elle avance. » La pandémie n’a pas freiné le développement d’Alsace Lait, bien au contraire. « Nous avons consenti 6 millions d’euros (M€) d’investissements en 2021 et nous en avons programmé 7 M€ en 2022. » L’objectif est de renouveler le parc de machines pour aller vers plus de qualité, de flexibilité. Mais aussi lancer des produits spécifiques à notre marque, comme le beurre, les yaourts et les desserts pour enfants. Nous avons deux belles marques, Alsace Lait et Savoie Yaourt, avec des ventes en progression sur un marché en recul de 4 %. »

2 M€ de résultat pour Alsace Lait, 900 000 € pour Savoie Yaourt, une belle performance vu la conjoncture. « Notre filiale savoyarde a connu en 2021 une perte du chiffre d’affaires de 4 M€ due au Brexit, mais nous avons récupéré plus de 2,50 M€ dans la foulée, et le résultat final est meilleur que nos projections en début d’année. »

Au niveau de la production, Alsace Lait est toujours en quête de nouveaux producteurs pour le lait de pâturage, avec une prime de 20 €/1 000 l. La coopérative a d’ailleurs lancé une crème épaisse au lait de pâturage. « C’est bon pour l’image de l’entreprise, pour celle de la production laitière et pour le bien-être de nos animaux », a souligné Michel Debes. La situation est beaucoup plus compliquée sur le marché du lait bio qui est en souffrance. Trois exploitations bas-rhinoises se sont lancées dans le lait bio, l’une a terminé sa conversion, les deux autres sont en cours de conversion. « Nous avons accompagné ces producteurs mais nous leur avons imposé un cahier des charges plus contraignant que celui du lait bio. »

Tous les coûts explosent

Avec la reprise du Covid, un véritable tsunami s’est abattu sur l’économie européenne. Mais avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce tsunami est en train de monter en puissance : « Sur nos exploitations, tout augmente : le GNR, les engrais, l’électricité, l’alimentation animale… Au niveau de la laiterie, tous les coûts explosent. En 30 ans de présidence, je n’ai jamais connu une telle incertitude face au lendemain. Même après l’incendie de l’usine en 2000, nous pouvions contrôler les décisions que nous prenions. Aujourd’hui, nous ne contrôlons rien, et qui sait où cela s’arrêtera ? »

La souveraineté alimentaire est plus que jamais au cœur des débats. Les équilibres mondiaux, déjà fragiles, sont bousculés. Les cours du blé, du beurre et de la poudre de lait atteignent des sommets inédits. « L’idéologie européenne, + 4 % de jachère, 25 % de bio pour sauver la planète, a été balayée par un revers de main. Les ayatollahs de l’environnement qui tuent le monde paysan doivent revenir à la raison, la souveraineté alimentaire est essentielle pour la paix. Les charges explosent dans nos exploitations et nos entreprises de transformation. Ces hausses doivent être répercutées sur les consommateurs. »

Le ministre de l'Agriculture, Julien de Normandie, a fait avancer les choses, sur le plan de la résilience de l’agriculture. Il a aussi repris une idée émise par la coopération agricole, le chèque alimentaire, une aide financière encadrée et tracée pour les familles les plus démunies.

Faire passer les hausses rapidement

« Nous avions terminé les négociations sur nos marques et une partie des marques de distributeur, mais tout est remis en cause, le travail est à recommencer. Nous sommes en train d’évaluer les hausses, que nous estimons entre 15 et 20 %. Pour nos entreprises, le gros problème est de faire passer ces hausses le plus rapidement possible auprès de la grande distribution », a expliqué le président.

« Le conflit ukrainien remet en cause nos priorités. Grâce au vaccin, nous n’avons plus la peur au ventre, mais nous redécouvrons la puissance de l’arme alimentaire. Avec la volonté politique et l’aide de la technologie, l’agriculture européenne est capable de répondre aux besoins alimentaires, et sans doute en partie énergétiques, tout en respectant la planète. »

La moyenne d’âge du conseil d’administration d’Alsace Lait est de 40 ans. « Nous nous efforçons d’assurer le renouvellement des générations au fur et à mesure du départ des administrateurs », a souligné Michel Debes. Cette année, Mathieu Moog a fait son entrée au conseil en remplacement de Joseph Grimm qui ne souhaitait pas se représenter.

Lors de son conseil de décembre, Alsace Lait a arrêté son budget pour 2022 et fixé le cap à cinq ou dix ans. « Aujourd’hui, ce budget n’est plus qu’un repère, nous ferons évoluer la gestion de l’entreprise au fil des mois. Mais nous ne voulons pas hypothéquer notre avenir. Les investissements prévus seront maintenus. » Et pour permettre aux éleveurs de passer le cap, la coopérative a décidé de remonter 50 % du résultat dans le prix du lait. « Plus d’1,20 M€ seront affectés à l’amélioration du prix du lait de nos éleveurs », a annoncé Michel Debes.

Moulin Burggraf-Becker à Dossenheim-sur-Zinsel

Une affaire de famille depuis cinq générations

Pratique

Publié le 12/07/2021

« Historiquement, nous avons une activité de meunerie », indique Jean-Yves Welsch, directeur général de la société. Rénové en plusieurs étapes, le moulin est équipé pour assurer le nettoyage et la mouture des céréales, et proposer des mélanges spéciaux, l’ensachage et le stockage des farines. « Nous produisons tous types de farines à base de blé et de seigle conventionnels et biologiques. D’autres farines sont commercialisées : sarrasin, grand épeautre, petit épeautre, maïs, quinoa, riz, etc. » Le moulin collecte des céréales auprès d’agriculteurs du Bas-Rhin et de la proche Moselle pour ses propres besoins et un peu de revente. « La limite du département est à une dizaine de kilomètres et le transport est plus aisé : pas de routes encombrées ni de grandes agglomérations. » Dès leur arrivée, toutes les bennes sont analysées pour effectuer un tri qualitatif, précise Jean-Yves Welsch.

Depuis la réception de son agrément EcoCert dans les années 2000, l’entreprise consacre une partie de son activité aux céréales biologiques et encourage les producteurs locaux dans leur démarche de conversion à l’agriculture biologique. Une activité qui lui tient à cœur. « Le bio représente la moitié de la collecte totale qui varie entre 3 000 et 4 000 tonnes. Je tiens à souligner que nous n’avons jamais eu de problèmes de qualité avec les céréales bio. Même en 2016, année très compliquée, nous avons pu utiliser toutes les céréales bios, alors qu’en conventionnel, il y avait beaucoup de tri à faire. »

Une nouvelle activité, le toastage

Dans les années 1960, le moulin s’est lancé dans la fabrication d’aliments du bétail. Aujourd’hui, il propose toujours des produits d’alimentation animale « mais nous nous limitons à la revente et au conseil ». Le moulin Burggraf-Becker s’est ensuite diversifié dans l’activité d’approvisionnement en semences, produits phytosanitaires, amendements, plastiques agricoles. « Nous essayons d’avoir une offre complète à destination des exploitations de polyculture élevage. Nous avons environ 600 agriculteurs dans nos fichiers pour nos différentes activités. » Il a développé le conseil aux agriculteurs. « Nous employons quatre technico-commerciaux pour l’activité agricole et un pour l’activité meunerie. »

L’entreprise familiale s’est également dotée d’un joli magasin de vente qui propose une large gamme de produits locaux, mais aussi de l’alimentation à destination des aviculteurs, des cuniculteurs, des colombophiles. « Nous avons aussi un grand rayon consacré aux aliments pour les chevaux. »

Travaux publics et cours de pâtisserie

Ainsi, le moulin Burggraf Becker a plus d’une corde à son arc. Et ce n’est pas fini. Depuis deux ans, il propose une nouvelle prestation de services : le toastage des protéagineux (soja, féverole, pois, lupin) pour l’alimentation des animaux. Un projet soutenu financièrement par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et la Région Grand Est.

L’an dernier, une nouvelle activité a vu le jour. La famille Welsch s’est en effet lancée dans les travaux d’aménagement et d’entretien de l’environnement. « C’est la passion de notre fils, Christophe. Il travaille pour l’Office national des forêts, les associations foncières et les particuliers », explique Jean-Yves Welsch.

« On ne s’est jamais arrêté de diversifier, en fait, poursuit-il. L’arrivée de notre fille, Sarah, nous permet désormais d’organiser des ateliers de boulangerie, de pâtisserie et de cuisine pour les particuliers et les professionnels. » Les ateliers du Moulin ont été conçus en étroite collaboration avec Christian Boistelle, maître boulanger-pâtissier confiseur, qui apporte son savoir-faire.

 

 

Votation

Les Suisses disent non à l’interdiction des pesticides

Pratique

Publié le 27/06/2021

Le 13 juin dernier, le peuple suisse a voté sur l’initiative populaire « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ». Une deuxième initiative populaire « Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique » était également soumise à votation ce jour-là. Le taux de participation était de 59,7 %, preuve de l’intérêt de ce sujet pour la population helvétique. Comme l’a rappelé le président de la Confédération helvétique, Guy Parmelin, lors d’une conférence de presse, le Conseil fédéral et le Parlement s’étaient prononcés en faveur d’un rejet de ces votations. « Les électeurs ont suivi ces recommandations en déposant un « non » dans les urnes », a-t-il indiqué.

Menaces de mort, insultes, affiches taguées ou incendiées… Rarement une votation populaire a autant agité les esprits dans les campagnes helvétiques. Un climat empoisonné qui traduit le malaise du monde agricole. De nombreuses exploitations suisses sont en effet plongées dans une situation critique et ont beaucoup de mal à tenir le coup sur le plan économique. Elles paniquent à l’idée de subir des baisses de rendement, en cas d’interdiction des produits chimiques. Mais au-delà de l’aspect purement financier, c’est aussi le manque de reconnaissance et l’éternelle accusation du « paysan pollueur » qui les affectent.

Très engagé dans la campagne du « non », le président de la Confédération avait appelé au calme mais cet appel n’a pas été entendu. Jamais le fossé ville-campagne n’a été aussi marqué… Après cette campagne très émotionnelle, il faut espérer que le climat s’apaisera. Un vœu formulé par Guy Parmelin qui veut restaurer une confiance mutuelle entre détracteurs et partisans de l’agriculture pour tracer le chemin de l’agriculture du futur. « Il faut désormais renouer le dialogue. Je m’y emploierai », a-t-il ajouté.

Poursuivre les efforts vers une production plus durable

« Ce non est un choix de la raison et du pragmatisme, qui assure l’avenir de notre agriculture et garantit l’avenir alimentaire de notre pays. » Il confirme également les engagements pris par les autorités fédérales au niveau de l’environnement et de la durabilité, estime Guy Parmelin. « Ce double « non » donne la possibilité au monde agricole de poursuivre ses efforts de transition vers une production plus durable, soutenue par une grande partie de la population. Il montre également l’attachement du peuple suisse à une production régionale transparente et durable. »

Pour Guy Parmelin, une évidence : « L’évolution de l’agriculture et les attentes des citoyens doivent converger. » Les autorités favorisent l’agriculture durable à travers différentes mesures, qu’il faudra poursuivre et renforcer. « L’agriculture doit conserver son rôle de pionnière dans la production intégrée, poursuivre ses efforts pour assurer la production de denrées alimentaires en Suisse tout en réduisant son impact sur l’environnement. » Les efforts investis dans la recherche agronomique et la sélection végétale seront renforcés, a-t-il promis.

L’agriculture est désormais au cœur des discussions dans les foyers. « Du coup, elle se retrouve dans une stratégie qui ne va plus seulement de la fourche à la fourchette, mais aussi en sens inverse, de la fourchette à la fourche. Les vœux des consommateurs et consommatrices seront entendus et feront partie de nos stratégies futures. » Pour le président, il est important de poursuivre le dialogue, de recréer la confiance. Mais pour que ce dialogue puisse avoir lieu, la population doit être à l’écoute du monde agricole et tenir compte des défis auxquels les paysans doivent faire face.

Les agriculteurs ont déjà intégré le changement de paradigme et vont aller de l’avant afin de prendre en compte les attentes des citoyens. « Mais il n’est pas question pour autant de remettre en cause le système des paiements directs, car ce serait dommageable pour toute l’agriculture », a souligné Guy Parmelin. Le parlement a suspendu la politique agricole, mais il a donné une mission au Conseil fédéral, à travers un postulat, d’aller vers une production plus durable. « Nous y travaillons déjà avec les milieux agricoles », a-t-il conclu.

FDSEA et JA du Bas-Rhin

« Nos produits ont de la valeur, respectez le prix conforme »

Vie professionnelle

Publié le 23/04/2021

Avec la loi Egalim, un nouveau concept est apparu, celui de « prix conforme » ? Quésaco ? « Partant des indicateurs de coût de production d’un éleveur, nous avons défini un prix en dessous duquel il n’est pas possible de vendre les produits laitiers en magasin sans qu’un maillon de la filière ne soit perdant… Et, en général, ce sont les agriculteurs qui en font les frais », explique Didier Braun, responsable de la section lait de la FDSEA du Bas-Rhin.

 

 

Cela fait des années que les producteurs de lait se battent pour faire reconnaître leurs coûts de production, explique-t-il. La loi Egalim prévoit que des indicateurs de coûts de production soient intégrés aux conditions générales de vente entre transformateurs et distributeurs. Tous les éléments juridiques semblent donc en place pour permettre une juste rémunération du producteur. Mais c’est sans compter sur l’opacité qui continue à régner dans les relations commerciales… Malgré ces avancées, le prix du lait n’est toujours pas satisfaisant. C’est pourquoi la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) a introduit cette notion de « prix conforme ».

Les indicateurs interprofessionnels qui servent de base au calcul de ce « prix conforme » ont été validés par l’ensemble des membres de la filière (producteurs, transformateurs et distributeurs) au sein de l’interprofession laitière. Si le distributeur ne prend pas suffisamment en compte ces indicateurs, sa responsabilité pour « prix abusivement bas » peut être engagée. « Leur prise en compte n’est pas une option, c’est une obligation imposée par la loi », estime Augustin Wack, responsable lait chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

Ce « prix conforme » a par exemple été évalué à 0,74 € pour un litre de lait UHT, hors promotion. Il s’établit ainsi : 38,8 centimes pour les producteurs de lait, 25 cts pour les transformateurs, 6 cts pour le distributeur et 3,85 cts pour l’État. « Si un produit est vendu en dessous de ce prix, c’est que l’un des acteurs ne respecte pas la réglementation », estime-t-il. « Combien la distribution prend de marge, cela ne nous regarde pas, renchérit Didier Braun. Mais la loi l’oblige à prendre au moins une marge de 10 %, sous peine d’être taxée de revente à perte. »

 

?En direct : La section lait ?et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin sont dans les rayons du Super U ?pour observer l'...

Publiée par FDSEA du Bas-Rhin sur Vendredi 16 avril 2021

 

Loi Egalim : tolérance zéro !

Vendredi 16 avril, une douzaine d’éleveurs, membres de la FDSEA et des JA, sont allés vérifier sur le terrain si la loi était bien respectée. Une action qui les a menés au Super U de Bernolsheim. Après un court briefing à l’entrée du supermarché, ils se sont rendus dans les rayons des produits laitiers et, armés de drapeaux et de stickers, ils ont signalé tous les produits non conformes. C’est-à-dire ceux qui sont vendus à moins de 0,74 € pour le lait UHT, 1,34 €/kg pour le yaourt, 5,80 €/kg pour le camembert, 6,23 €/kg pour l’emmental râpé. « Légalement, on ne devrait pas trouver ces produits dans les rayons », explique Frédéric Bernhard, président du syndicat simmental d'Alsace. Et pourtant, en à peine une heure, un bon nombre de produits étaient couverts de stickers jaunes et rouges.

Les producteurs ont aussi fait acte de pédagogie, en expliquant aux clients du supermarché qu’à ce prix-là, les éleveurs ne sont plus rémunérés correctement. « C’est vrai que, lorsqu’on est une famille nombreuse, c’est intéressant de payer son lait quelques centimes moins cher. Mais il ne faut jamais oublier que, derrière ces briques de lait ou ces pots de yaourt, il y a une famille d’éleveurs qui en vit », a souligné un éleveur.

« C’est l’avenir de la production laitière qui est en jeu, insiste Didier Braun. Sur ce point, nous ne pourrons pas transiger ! Chaque prix abusivement bas sera dénoncé via l’adresse signalement@agriculture.gouv.fr. » Bref, tolérance zéro sur l’application de la loi Egalim ! « Nous encourageons les consommateurs qui sont prêts à soutenir l’agriculture de proximité à signaler ces comportements qui ne respectent pas la loi. » Dans cette démarche, les éleveurs se sentent épaulés par le fait que les premières condamnations sur le non-respect de la loi Egalim viennent d’être prononcées, avec des amendes significatives pour les distributeurs hors-la-loi.

De nouvelles actions concernant d’autres produits agroalimentaires pourraient être organisées dans un avenir proche, selon Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin.

Alsace Lait

Une collecte record de 152 millions de litres

Élevage

Publié le 21/04/2021

En 2020, Alsace Lait a collecté 152 millions de litres de lait, un volume en hausse de 4 %. « Cette évolution est un peu atypique car au niveau national, la croissance est beaucoup plus faible, à peine 0,6 % », explique Philippe Bernhard, vice-président d’Alsace Lait. La coopérative compte désormais 219 points de collecte. « Plusieurs petits producteurs ont arrêté le lait l’an dernier. » Le litrage moyen par point de collecte est de 700 000 l, en progression de 48 000 l en un an. « C’est l’une des plus grosses moyennes françaises. »

Le prix du lait payé au producteur est fonction de sa composition en matière grasse et en matière protéique, mais aussi de sa qualité hygiénique et sanitaire. L’an dernier, 186 producteurs adhéraient au contrôle laitier, pour 92 % du volume collecté. On note une légère diminution du taux de matière grasse (- 0,3 %) et une stabilisation du taux protéique. La qualité progresse : 99,6 % du lait contient moins de 100 000 germes. La quantité de lait de moins de 25 000 germes croît elle aussi, ce qui est encore plus encourageant. En matière de dénombrement cellulaire, l’amélioration est continue sur les cinq dernières années. En termes de butyriques, on note une certaine stabilité. « Mais il reste une marge de progression importante sur nos exploitations. »

48,5 % du litrage collecté remplissent les critères du lait haute qualité. Soit un lait contenant moins de 25 000 germes, moins de 250 000 cellules et moins de 800 spores, et l’absence d’inhibiteurs. 19 producteurs figurent au palmarès du Challenge haute qualité qui distingue les éleveurs ayant livré du lait haute qualité douze mois sur douze. C’est un de moins qu’en 2019.

Le prix du lait de référence a progressé de 2,45 €/1 000 l en 2020 pour s’établir à 319,84 €/1 000 l. Ce qui donne un prix de base de 329,84 € pour le lait non OGM, de 344,84 pour le lait de prairie non OGM. « Le prix moyen annuel s’élève à 363,75 €/1 000 l, avec la ristourne sur les rétrocessions, le complément de prix que vous avez touché pour le lait d’été (5 €/1 000 l sur les mois de juin, juillet, août et septembre), sans oublier la ristourne (3,5 €/1 000 l sur l’ensemble des volumes collectés) et les intérêts sur les parts sociales qui seront versées après l’assemblée générale. » Soit une augmentation de près de 8 €/1 000 €. « Au total, sur le 1,7 million d’euros de résultat réalisé par Alsace Lait en 2020, près de 900 000 € seront redistribués aux éleveurs après l’assemblée générale », précise Michel Debes, président d’Alsace Lait.

Lait de prairie : appel à candidatures

Pour le lait de prairie, le prix maximum moyen annuel payé au producteur atteint 394,6 €/1 000 l. C’est l’un des meilleurs prix payés par la coopérative, fait remarquer Philippe Bernhard. Alsace Lait collecte 32 millions de litres de lait de prairie auprès de 45 producteurs. Cela représente 86 000 l par jour, sur une collecte journalière de 415 000 l. Un axe fort que la coopérative souhaite développer, indique Gérard Zimmer, en rappelant les règles à respecter. Les vaches doivent pâturer 120 jours par an, 6 h par jour, le pâturage doit démarrer avant le 15 juin et le chargement ne peut excéder 10 vaches à l’hectare. L’éleveur s’engage par ailleurs à tenir un cahier de pâturage (date d’entrée et de sortie, parcelles visitées). À la clé, une incitation financière de 15 €/1 000 l, avec un engagement sur trois ans. « Engagement qui a été renouvelé début 2021. » Les nouveaux engagés touchent une prime de 5 €/1 000 l. Les autres peuvent bénéficier d’une prime de croissance de 2,5 à 5 €/1 000 l, s’ils augmentent leur production en 2021.

Des subventions sont accordées par l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse pour aider les éleveurs à la mise en place des pâturages et des cultures à bas niveau d’impact sur les ressources en eau. « Cette aide sera supprimée en fin d’année. Si vous êtes intéressés, contactez-nous rapidement pour faire un diagnostic de votre exploitation », insiste Gérard Zimmer, du service production.

Philippe Bernhard enchaîne : « D’ici le mois de juin ou de juillet, nous reviendrons vers vous pour savoir si vous êtes intéressés, car c’est à ce moment-là qu’il faudra semer les prairies. Nous nous positionnerons en fonction des souhaits de nos acheteurs - nous ne voulons pas perdre un client parce que nous ne pouvons pas répondre à ses attentes. » Alsace Lait privilégiera les exploitations où la conversion peut démarrer rapidement. « À l’avenir, nous allons déterminer le volume et le prix que le marché peut accepter, afin de fixer les meilleurs prix payés aux producteurs. » Pour l’instant, la demande de lait de prairie n’existe pas en France, indique Michel Debes.

Lait sans OGM : petit rappel des règles

La production de lait sans OGM est elle aussi soumise à des contraintes très précises, que ce soit dans les relations avec les fournisseurs, le broyage des aliments, les changements de ration ou l’achat d’animaux. Par ailleurs, tous les ruminants présents sur l’exploitation, même les bovins viande, doivent être nourris avec des aliments non OGM. « Tous les documents sont à conserver soigneusement. Bureau Veritas effectuera des contrôles à partir du mois de mai », indique Gérard Zimmer.

De son côté, Philippe Bernhard a présenté Terrajob, une association mise en place pour répondre aux besoins de main-d’œuvre qualifiée sur les exploitations agricoles et à laquelle Alsace Lait participe directement. « Une enquête pour connaître les besoins de main-d’œuvre sera transmise prochainement aux producteurs par l’intermédiaire du chauffeur de collecte. Je vous encourage à y répondre pour mieux évaluer vos besoins. Dans le secteur laitier, la demande en main-d’œuvre croît d’année en année ; l’objectif de Terrajob est d’y répondre, qu’il s’agisse d’intérimaires, d’apprentis ou de CDI. »En avant-première, la laiterie a annoncé le lancement de deux nouveaux bibeleskaes, ananas coco et mangue passion.

Brumath

Le Festival de l’élevage tombe à l’eau

Élevage

Publié le 16/04/2021

Le Festival de l’élevage devait se dérouler les 15 et 16 mai, au plan d’eau de Brumath. Les préparatifs étaient bien engagés, mais les organisateurs ont préféré tout arrêter, en raison des nouvelles restrictions sanitaires, annonce Marc Schneider, président du comité d’organisation du festival. « Nous avions déjà été contraints de l’annuler en 2020, lors du premier confinement. Alors, nous tenions absolument à le maintenir cette année. Fin janvier, nous avions bon espoir. Mais avec les nouvelles règles de confinement, ce n’est pas possible. » Les risques sont trop grands, selon les organisateurs. C’est donc la mort dans l’âme que Marc Schneider et son équipe ont pris cette décision. « Nous avons évoqué la possibilité de le reporter à l’été, mais c’est trop compliqué. » Avec les moissons, c’est une période chargée pour les agriculteurs. Et dès le retour des beaux jours, le plan d’eau est envahi par les baigneurs.

« Le festival de Brumath est la plus grande manifestation d’élevage du département », rappelle Marc Schneider. C’est aussi l’occasion de mettre en avant l’agriculture alsacienne, de faire le point sur ses difficultés, ses projets. Ouvert au grand public, il rassemble entre 3 000 et 5 000 personnes, selon les éditions. « C’était un réel plaisir de voir autant de monde. » C’est aussi le rendez-vous incontournable de tous les éleveurs. « Nombre d’entre eux ne se voient qu’à cette occasion. Cela me chagrine qu’ils ne puissent plus se rencontrer et échanger sur leur métier », avoue Marc Schneider. Pour les jeunes éleveurs aussi, c’est un moment de fête. « Nous avions une équipe dynamique de jeunes de 14 à 25 ans qui ne peuvent plus se voir non plus… Je crains qu’ils ne perdent leur motivation. »

« J’espère que tout le monde restera mobilisé »

Marc Schneider espère qu’il arrivera à mobiliser ses troupes l’an prochain. « Certains bénévoles risquent de jeter l’éponge. Mais leur expérience nous est précieuse : le jour J, chacun sait ce qu’il a à faire. J’ai peur que ce savoir-faire se perde. » Deux ans d’arrêt ne doivent pas casser cette belle dynamique, estime-t-il. « À nous de faire le nécessaire, le moment venu, pour relancer la machine. Si nos anciens bénévoles décident de décrocher, il faudra recruter des jeunes, pas seulement pour les concours, mais aussi pour tout le reste, le montage des chapiteaux, la restauration, le nettoyage du site, etc. » Et n’oublions pas les concessionnaires : « J’espère qu’ils seront présents comme les autres années pour faire vivre le festival. Nous, on reste motivé, et au cas où certains se sentent une âme de bénévole, on est preneur… »

Frédéric Bernhard, président du syndicat de la race simmental d’Alsace, regrette lui aussi l’annulation du festival. « En début d’année, nous étions confiants, la situation sanitaire s’améliorait dans notre région. Tout le monde était prêt à y aller, mais dans les conditions actuelles, ce n’est pas possible. Organiser une fête où il faut gérer le nombre de visiteurs, c’est trop risqué. Refouler des personnes à l’entrée aurait été délicat.  »

Un site réaménagé en profondeur

Même son de cloche chez les éleveurs de la race montbéliarde. Pour leur président, Jean-Marie Schoenel, il était difficile de maintenir le festival dans les conditions sanitaires actuelles. « C’est un peu triste !  » Chez les passionnés de concours, on sent une certaine frustration, suite à l’annulation de la plupart des manifestations. « Cette confrontation amicale nous manque, sans parler de la fête qui suivait… »

« Lors de notre réunion de préparation, en janvier, nous étions confiants, indique Jean-François Dintinger, président du syndicat prim’holstein du Bas-Rhin. Mais lorsque nous nous sommes revus fin mars, nous avons dû nous rendre à l’évidence. C’est vraiment dommage de ne pas pouvoir organiser ce festival. C’est l’un des plus grands rassemblements agricoles de l’année, avec la finale de labour. C’est le premier rendez-vous de la saison, et il draine toujours beaucoup de monde de tout le département. » Accessoirement, cette annulation est aussi un manque à gagner pour les syndicats d’élevage qui auront beaucoup de mal à boucler leur budget sans les retombées financières du festival.

« À l’automne 2019, nous avons entièrement réorganisé le site, poursuit Jean-François Dintinger. Nous avons posé de nouvelles canalisations, modifié les allées de circulation, pour déplacer les chapiteaux. Depuis, nous n’avons jamais eu l’occasion de tester cette nouvelle organisation… » Certains prédisent qu’il faudra des années avant de voir le bout du tunnel. « Pourvu que non ! L’avenir nous le dira… Nous espérons vraiment que nous pourrons relancer la machine dès l’an prochain, et que tous, éleveurs, bénévoles, visiteurs, seront au rendez-vous.  »

Alsace Lait

Après le lait de prairie, du lait bio aussi

Élevage

Publié le 09/04/2021

« Une année extrêmement compliquée. » Voilà ce qu’il faut retenir de 2020, selon Michel Debes, président d’Alsace Lait. Pourtant, le secteur laitier n’est pas le plus à plaindre, puisque la demande a continué à progresser de 1,5 % au niveau mondial.

Les difficultés ont commencé dès l’instauration du premier confinement, indique le président : « Avec la fermeture brutale des restaurants et des écoles, nous avons perdu 80 % de notre chiffre d’affaires sur le marché de la restauration hors foyer (RHF). Même lorsque les restaurants ont rouvert l’été dernier, nous n’avons pas retrouvé le niveau d’avant la crise. Aujourd’hui, nous enregistrons une baisse de 40 % sur le chiffre d’affaires RHF.  » L’usine alsacienne a été plus impactée que d’autres, souligne Michel Debes : « Nous sommes un peu atypiques, car la RHF représentait 25 % de notre activité en 2019, contre 6,5 % sur l’ensemble de la métropole. En 2020, ce pourcentage est tombé à 12 %. » Les échanges internationaux ont également souffert : les choses ont pris du retard, avec le télétravail.

Un phénomène vraiment exceptionnel

« Dès que les restaurants ont fermé, les gens se sont rués dans les supermarchés pour faire des provisions massives », rappelle Michel Debes. Cela a duré tout au long du premier confinement. Ce qui fait que les ventes en GMS ont progressé de 6 %. « Cela nous a permis de compenser en grande partie le recul de la RHF. »

Au début du confinement, les commandes étaient vraiment erratiques, une situation difficile à gérer lorsqu’on travaille avec des produits frais. « D’un jour à l’autre, elles pouvaient être divisées ou multipliées par deux. Nous étions dans l’incapacité de satisfaire toutes les demandes. La situation n’est revenue à la normale qu’en juin. » Pourtant, l’entreprise s’est montrée extrêmement réactive.

L’Alsace a été la première région à être classée zone rouge. Des interrogations ont plané sur la continuité de l’activité, entre les salariés malades et ceux qui sont restés à la maison pour garder leurs enfants. « Nous avons tout fait pour éviter la fermeture de l’usine. Fort heureusement, le nombre de personnes contaminées est resté faible et nous avons réussi à gérer la situation. » Dans une entreprise comme Alsace Lait, le port du masque et la désinfection des mains étaient déjà des pratiques courantes. L'entreprise a même pu offrir des masques au Conseil départemental pour les maisons de retraite et les hôpitaux. Mais comment la situation va-t-elle évoluer ? « Nous attendons avec impatience la réouverture des restaurants. »

Michel Debes en est persuadé, « ce qui a sauvé l’année, c’est le comportement de la GMS et la bonne tenue de l’export, grâce à nos produits frais en portions individuelles. Les laiteries qui produisent du fromage à la coupe ont beaucoup souffert lors du premier confinement, car les consommateurs se sont détournés des produits manipulés par l’homme. » L’activité industrielle, quant à elle, s’est maintenue à un bon niveau.

La collecte s’est envolée en 2020 : les producteurs d’Alsace Lait ont livré plus de 152 millions de litres, soit 6 millions de plus en un an. C’est un record historique ! « Nous avions prévu une tolérance de 15 % sur votre volume de production. À un moment donné, nous avons envisagé de réduire ce chiffre, mais nous avons préféré vendre plus de lait sur le marché spot. »

Les négociations commerciales sur les marques se sont terminées le 28 février, annonce Michel Debes. « Le lait s’en sort mieux que d’autres secteurs. » Les négociations sur les marques de distributeur (MDD) viennent de commencer et se prolongeront jusqu’en juillet. Toutes les entreprises laitières poussent la grande distribution à accepter des augmentations, car le prix de l’aliment a connu des hausses drastiques, notamment le soja, et cela risque de continuer.

Un premier essai en lait bio

Michel Debes a fait le point sur le lait de prairie. « C’était la condition sine qua non pour nous maintenir sur le marché hollandais. Vous avez massivement joué le jeu et, en 2020, nous avons collecté 32 millions de litres. » C’est un marché porteur : Alsace Lait a ouvert des négociations avec d’autres distributeurs. « Mais cela prendra du temps car ils doivent s’engager sur la durée et accepter une variabilité du prix du lait. D’ici l’automne, nous connaîtrons la demande de nos clients et pourrons prévoir une montée en charge de la production. » Cette année, quatre adhérents ont rejoint le club des producteurs de lait de prairie. Le potentiel de croissance est réel, la coopérative a identifié d’autres producteurs pouvant se convertir au lait de prairie. Le prix est majoré de 2 €/1 000 l, et au niveau des volumes, c’est « open bar ».

« Comme vous le voyez, nous préparons stratégiquement 2022. » La laiterie a longuement réfléchi à l’opportunité d’entrer sur le marché du bio, ne serait-ce que pour son image de marque. « Nous avons contacté les producteurs qui s’intéressent au bio et ont des surfaces de pâturage adéquates. Le bio, il faut le faire en mode extensif et être capable de produire assez de fourrages. Ce n’est pas évident pour toutes les fermes. » Michel Debes annonce qu’un producteur est en cours de conversion. Trois autres sont en train de le suivre. « Nous avons deux ans devant nous pour trouver une solution pour collecter ce lait et le transformer. »

La filiale Savoie Yaourt a réalisé un très bel exercice 2020. Elle affiche plus d’1 million d'euro de résultat, après un amortissement exceptionnel sur une machine de conditionnement de gourdes destinées au marché britannique. « Depuis l’entrée en vigueur du Brexit, nous avons perdu ce marché et nous avons fait le nécessaire pour prendre en compte cet aléa. »

La famille qui possédait l’usine Chalifoux de Sorel-Tracy, au Québec, a émis le souhait de se retirer, et donc de vendre ses actions. « Nous étions déjà actionnaires de la société à hauteur de 40 %. Lors de la vente de l’entreprise, nous avons fait le choix de devenir actionnaires majoritaires, autour de 52 ou 53 %. » Le reste de l’actionnariat sera constitué d’entreprises bancaires ou financières canadiennes.

Frédéric Madon a pris la direction de la laiterie canadienne dont le chiffre d’affaires est en forte progression. Depuis le mois de juillet, il a procédé à une réorganisation de l’entreprise, ce qui a un impact extrêmement favorable sur les ventes de produits frais. « Lors de notre implantation au Canada, il y a cinq ans, nous avons lancé une gamme de produits laitiers ultra-frais. Depuis un an, nous avons développé des yaourts végétaux. » Commercialisés sous la marque Maison Riviera, ces yaourts à base de lait de coco, font un tabac. La société Chalifoux est devenue le deuxième intervenant canadien sur ce secteur innovant. L’aventure canadienne est donc un pari gagnant. « Nous dépassons les 30 M$ de chiffre d’affaires sur les produits frais, à comparer avec les 15 à 16 M€ de Savoie Yaourt. »

Un petit regret, pour le président : « La fête du 40e anniversaire est tombée à l’eau, l’an dernier. Je ne sais pas s’il sera possible de le fêter cette année, mais ce n’est que partie remise.  » Cette année encore, l’assemblée générale aura lieu par correspondance, au début du mois de juin.

Le Québec, une affaire qui marche

Le groupe, qui comprend désormais quatre entités, Alsace Lait, Savoie Yaourt, Chalifoux et Maison Riviera, a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 125,60 M€, indique Frédéric Madon, directeur général. « Le chiffre d’affaires s’est légèrement amélioré, malgré la déconsommation dans certains secteurs. » Le résultat net consolidé s’établit à 2,50 M€, en amélioration par rapport à l’an passé.  « Les quatre sociétés du groupe contribuent à ce résultat bénéficiaire. » Les fonds propres s’améliorent d’une année à l’autre. La dette financière du groupe continue à baisser sous l’effet de la consolidation de la trésorerie qui atteint 6,30 M€ sur l’ensemble du groupe.

La coopérative Alsace Lait contribue largement au bénéfice réalisé par le groupe en 2020, souligne Frédéric Madon. À 111 M€, son chiffre d’affaires est en légère augmentation, avec des résultats contrastés selon les réseaux. « La RHF a chuté de 29 % ; fort heureusement, la GMS a pris le relais, avec une progression de plus de 5 %. » Le poids de la GMS est de 80 %, contre 75 % en 2020. Celui de la RHF, par contre, a reculé de 25 % à 12 % en un an.

La marge globale de l’entreprise continue à progresser pour s’établir à 39,60 M€. « La GMS n’a pas facturé de pénalités l’an dernier, compte tenu de la situation chaotique, ce qui nous a permis d’améliorer notre marge. » Conséquence, la valeur ajoutée est aussi en progression, d’autant que les charges externes - transport, intérim, fluides et énergie - sont en baisse.

L’excédent brut d’exploitation s’établit à 6,60 M€, le résultat d’exploitation à 2,20 M€, en très nette amélioration. Les charges salariales augmentent, sous l’effet de l’intéressement, de l’embauche de nouveaux agents, de la prime Covid et des négociations salariales (+ 1 M€ au total). Les résultats financiers sont déficitaires. Au final, le résultat net comptable s’élève à 1,7 million d’euros.

Une nouvelle ligne de fabrication de lait UHT

En 2020, la coopérative a consenti des investissements limités. De l’ordre de 1,70 M€, ils ont porté essentiellement sur l’aménagement des infrastructures pour réorganiser les services. Cette année, Alsace Lait prévoit d’investir 4,70 M€. « Nous installons une nouvelle machine pour l’élaboration du lait UHT pour être en capacité de produire plus. » L’ancienne machine UHT est à l’arrêt, la nouvelle machine entrera en fabrication début mai. Une augmentation de la production de lait UHT permettra à la coopérative de réduire la vente de lait spot et de gagner des marchés supplémentaires dans la région, mais aussi en Asie. Sur ce marché export, la demande de crème UHT est également très forte.

Alsace Lait produit environ 8 millions de litres de lait UHT, entre sa propre marque et les marques de distributeurs. « Cela nous permet d’écrêter nos excédents, surtout en hiver où il y a beaucoup de lait sur le marché et où les prix sont bas. Avec cette machine nous pourrons faire d’autres produits UHT, comme la crème chantilly vanillée, le tiramisu, la crème anglaise, pour avoir des dates de péremption plus longues et nous développer à l’export », annonce le directeur général.

Entreprise de travaux agricoles CM Prestations

Enrubannage : quand c'est carré, ça tourne rond !

Technique

Publié le 22/03/2021

Après un bac pro au lycée agricole de Rouffach, Corentin Meppiel a décidé de passer son BTS Acse au lycée agricole de Besançon, histoire d’élargir son horizon. « C’est lors d’un stage effectué dans le cadre de mes études que j’ai découvert l’enrubannage de balles carrées. » Très répandue dans le Nord-Pas-de-Calais, cette technique commence à se développer en Alsace. Elle présente de nombreux avantages selon lui. « Elle répond à la triple performance de l’exploitation agricole : sociale, environnementale et économique. »

Comme leur nom ne l’indique pas, les balles carrées sont en fait des parallélépipèdes rectangles mesurant 120 x 90 x 200 cm. Elles sont plus denses que les balles rondes. « La pénibilité du travail est bien moindre. » Une balle carrée se compose de plusieurs tranches, explique Corentin Meppiel. « Lors de l’affouragement des animaux, il suffit de prendre une tranche et de distribuer le fourrage avec un chargeur ou un godet. » La manipulation est donc plus aisée, par rapport à une balle ronde qu’il faut dérouler pour réaliser l’affouragement. « Ce qui est pratique, aussi, c’est qu’on peut l’ouvrir à moitié et utiliser le reste le lendemain. » Le risque d’échauffement est réduit et le stockage facilité car on peut les empiler en briques, ce qui limite le risque d’effondrement des piles…

 

Prestation d'enrubannage de bottes rondes et carrées à la ferme? Possibilité de prestation avec pressage de bottes ?

Publiée par CM Prestation sur Lundi 23 novembre 2020

 

Que des avantages

Une balle carrée est plus économique qu’une balle ronde, explique Corentin Meppiel. La première affiche un volume de 2,16 m3, contre 1,37 m3 pour la seconde. Soit un gain de 57 %. Or le coût de la prestation est supérieur de 42 %. La balle carrée est donc 16 % moins chère que la balle ronde. « Il faut moins de film pour le même volume. De plus, nous utilisons de la ficelle pour maintenir la balle, au lieu du filet pour les balles rondes. La ficelle est moins chère et plus facile à enlever. » Sur le plan environnemental aussi, les avantages sont notoires. « On peut empiler plus de balles carrées sur le plateau à paille, et donc optimiser le transport. »

Herbe, luzerne, couverts végétaux, CM Prestation enrubanne tous types de fourrages humides. « Nous faisons aussi de l’enrubannage industriel, pour le stockage de cartons. » Du pressage à l’enrubannage, l’entreprise offre une prestation complète. Elle peut également s’occuper du chantier de récolte, si l’éleveur le souhaite. « Les balles sont enrubannées à la ferme du client ou en bout de champ, selon le mode de stockage désiré. Cela limite le risque de perforation durant la manipulation. Et, si je vois un trou, je le referme immédiatement. » Un tapis est installé en fin de machine pour empêcher que les bottes tombent directement sur le sol et se cassent. « Dans le prix de la prestation, tout est compris, y compris le film et la ficelle. »

CM Prestation offre une grande flexibilité : « Je m’adapte aux attentes des clients. Si le client est content, je le suis aussi. » L’entreprise intervient dans tout le Bas-Rhin et n’hésite pas à se déplacer au-delà, pour des chantiers importants.

Investissements pour la modernisation des bâtiments d’élevage

Plan bâtiment : 2020, une année vraiment atypique

Pratique

Publié le 17/03/2021

« En 2020, pour la première fois, la DRAAF et la Région Grand Est nous ont imposé une période unique de dépôt des dossiers de candidature alors que, depuis 2015, il y avait toujours deux périodes de dépôt, l’une en février-mars, l’autre en juin-juillet », explique Daniel Brua, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, responsable du dossier Plan bâtiment. À l’origine, cette période s’étalait du 15 janvier au 29 avril 2020, sauf pour les jeunes agriculteurs qui avaient jusqu’au 28 mai 2020 pour déposer leur dossier. L’accord du permis de construire pouvait être envoyé jusqu’au 30 juillet 2020.

Entre-temps est arrivé le confinement, ce qui a quelque peu chamboulé ce calendrier. La date de clôture de dépôt des dossiers a été prolongée jusqu’au 30 juin (jusqu’au 30 juillet pour les jeunes agriculteurs), afin de tenir compte des deux mois de confinement, les éleveurs ayant jusqu’au 30 septembre pour présenter l’accord de permis de construire. Les éleveurs ont massivement saisi l’opportunité que leur offrait ce délai supplémentaire. « Nous avons explosé le nombre de dossiers », souligne Daniel Brua.

Le conseiller avance un autre facteur pour expliquer cet engouement : « L’an dernier, nous avions des craintes sur l’avenir du Plan bâtiment. Cette incertitude a accéléré les dépôts de dossiers. » 121 dossiers ont ainsi été instruits, en Alsace, dont 28 impliquant un jeune agriculteur. Du jamais vu ! Rappelons que 2019 avait déjà été marquée par une activité soutenue, avec 87 dossiers déposés.

Avec 72 dossiers, c’est toujours la production laitière qui investit le plus pour se moderniser et améliorer l’organisation du travail, ainsi que le bien-être animal, notamment en installant des robots de traite. Mais les autres filières ne sont pas en reste : 20 dossiers concernent la production de bovins viande, 14 le secteur avicole et 11 le secteur ovin.

Ces 121 dossiers représentent un montant prévisionnel de dépenses de 38 millions d’euros, soit une moyenne de 315 000 € par dossier, ce qui constitue un investissement conséquent. Le montant prévisionnel des aides s’élève, quant à lui, à 7,4 millions d’euros, soit 61 000 € par dossier.

La Région Grand Est sauve le Plan

Le 20 novembre, s’est tenue la réunion du comité technique chargé de la validation des dossiers. « Seuls 71 dossiers sont validés, dans un premier temps. 50 sont placés sur une liste d’attente par manque de financement », indique Daniel Brua. Comment les dossiers ont-ils été sélectionnés ? « Chaque financeur a choisi en fonction de ses orientations stratégiques - stockage du fourrage, gestion des effluents, agriculture biologique – les jeunes agriculteurs étant prioritaires dans tous les cas. » Une pilule difficile à avaler pour les candidats non retenus…

La session de la Chambre d'agriculture Alsace qui a eu lieu le 4 décembre a été l’occasion, pour les représentants du monde agricole, de monter au créneau. Avec succès ! Patrick Bastian, vice-président du Conseil régional du Grand Est, est intervenu pour mettre l’État devant ses responsabilités. Dans la foulée, il a annoncé que la Région étudiait la possibilité de financer les dossiers en attente. « Très tôt, devant l’afflux des dossiers, nous avions alerté les financeurs », précise Daniel Brua.

La sentence est tombée le 21 janvier 2021 : la Région Grand Est a validé l’ensemble des dossiers. Une décision bienvenue car elle donne le déclic pour activer les financements européens… « Nous n’étions pas les seuls dans ce cas : la Lorraine et Champagne-Ardenne étaient dans la même situation ! », s’exclame Daniel Brua. Dans un article paru dans nos colonnes, le vendredi 12 février, la FDSEA du Bas-Rhin, par l’intermédiaire de Didier Braun, a remercié officiellement la Région pour cette décision exemplaire qui permet de satisfaire l’ensemble des demandes.

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