Le Raid, pour Recherche, agronomie, innovation et développement, est le service technique d’Armbruster. Il teste, depuis trois ans, le BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN : une solution à base d’une bactérie se fixant sur les cuticules des feuilles des plantes pour attraper l’azote atmosphérique et le restituer à la plante. Ce soluté permet au maïs et aux céréales à paille de fonctionner comme une légumineuse. L’intérêt est de réduire la fertilisation du sol tout en obtenant le même rendement et la même qualité de production. « On est allé jusqu’à moins 90 unités d’azote, dans nos tests. Mais, actuellement, pour plus de sûreté, puisque chaque sol et climat sont différents, les agriculteurs qui choisissent la solution BlueN enlèvent de 30 à 70 unités d’azote apportées au sol », révèle Aymé Dumas, le responsable du service technique d’Armbruster. En maïs et en céréales à paille, le procédé est validé. En soja, les tests n’ont pas encore abouti car le soja capte déjà naturellement l’azote de l’air. Le Raid cherche à savoir si le BlueN ou UtrishaN boosterait le soja, avant qu’Armbruster ne le commercialise pour cette plante.
Économique et écologique
« La solution permet de réduire les apports d’azote et donc les coûts… puisqu’il y a moins d’achat d’engrais, de logistique, de main-d’œuvre, pour le même rendement et la même qualité », résume Aymé Dumas. Le BlueN ou UtrishaN est aussi écologique, puisque l’azote est fixé dans la plante. « Sur des zones de captages prioritaires, c’est une aberration de s’en passer », pense le responsable du Raid. En 2021, 1 500 ha de cultures alsaciennes avaient été arrosés avec le soluté à base de Methylobacterium symbioticum. Les premiers clients semblent satisfaits, puisqu’en 2022, du BlueN a déjà été vendu pour 1 800 ha. Xavier Gebhard, de l’EARL des Krautlander, à Artzenheim, témoigne : « en 2020, j’avais testé le BlueN, avec Armbruster, en réduisant la dose d’azote de 70 unités. Le rendement était équivalent à ce que je faisais sans la solution, avec la dose d’azote habituelle. On avait essayé sur du maïs grain. » En 2022, il a décidé d’acheter le BlueN pour ses 44 ha de maïs grain. « Quand on voit le prix de l’urée », s’exclame-t-il. Le BlueN coûte actuellement 33 €/ha, soit 17 € de moins que l’an passé.
En pleine croissance
Les meilleures conditions pour appliquer le produit sont à un stade poussant, avec une bonne hydrométrie et une température de l’air comprise entre 10 et 23 °C. Pour le maïs, le stade idéal est plus ou moins six feuilles. Pour le blé, il vaut mieux attendre que le climat soit tempéré. S’il pleut trois heures après l’application du produit, il sera efficace. Par contre, toutes les solutions à base de cuivre ou de chlore sont à proscrire, ainsi que tous les antifongiques : ils nuisent à la stabilité de la bactérie, voire la détruisent. Un kilo de solution est nécessaire pour pulvériser trois hectares de culture.
Au Takaa beer spa, 6 rue Marbach, à Strasbourg, tout n’est que luxe, calme, volupté et convivialité ! Plongés dans un bain bouillonnant à 37 °C, infusé aux principaux ingrédients qui composent la bière – le houblon, la levure et le malt -, les hôtes se tirent des bières artisanales locales, à la pression, et trinquent, à leur santé ! Ils sont là pour un soin de la peau, conféré par le mélange odorant dans lequel ils se prélassent (surtout grâce à la levure de bière et au malt), mais aussi pour déconnecter, grâce aux vertus apaisantes du houblon, dans leur bain et dans leur verre. Pour ceux qui ne boivent pas d’alcool, une limonade au houblon de la microbrasserie Guth est servie. Après une demi-heure ou une heure de bain, selon la formule choisie, les couples, familles ou amis sortent de l’eau avec la peau douce ! Micropeeling et hydratation garantis.
Le spa à la bière
Le concept, venu tout droit de la République tchèque, a été importé, en Alsace, par Naomie Crawshaw et Paul Fruh, deux Strasbourgeois, fraîchement sortis de l’École de management de Strasbourg (EMS). Le couple avait été séduit, durant un voyage à Prague, par les spas à la bière tchèques, qui allient les passions de chacun : le spa pour Noémie, la bière pour Paul.
Dans la capitale alsacienne, les jeunes entrepreneurs proposent un parcours en trois étapes d’une heure à une heure trente : sauna, spa, salle de relaxation. Les quatre baignoires balnéo duo en bois du spa viennent de Tchéquie. Jusqu’à huit personnes peuvent donc profiter, face à face, des bains relaxants, en même temps… et en toute intimité ! Chaque séance est réservée, pour le confort de tous. Qu’on souhaite se délasser au calme ou rigoler, l’espace est dédié ; on peut se lâcher, seul, à deux, en groupe. Bien sûr, l’eau est renouvelée, après chaque client.
L’expérience est personnalisable, à souhait, sur simple demande préalable. Privatisation du lieu pour quelques heures, pétales de roses, plateaux de charcuterie, musiques (les droits sont payés à la Sacem), séances photos : presque tout est possible, sauf consommer de la bière en illimité. Les tireuses « libre-service » sont bridées… mais il y en a tout de même pour un bon litre par personne. Le spa, qui a la licence 4, est interdit aux moins de 16 ans.
Des produits locaux
Taaka beer spa est une entreprise locale qui mise sur le Made in Alsace. Taaka est la traduction de cigogne, en maori. Naomie et Paul désirent mettre en valeur leur région, sa culture, son terroir, à travers leur spa à la bière. Les matières premières sont donc alsaciennes et allemandes. Le houblon vient du Comptoir agricole, à Brumath. Ils ont choisi une variété éminemment fruitée. La levure de bière est achetée au groupe Lesaffre, à Strasbourg. Le malt, à une coopérative allemande, à Lahr : Malzfabrik Eckenstein. Les jeunes entrepreneurs réduisent les pellets de houblon et les céréales germées en poudre eux-mêmes, selon un protocole établi avec un laboratoire. Les ingrédients du spa sont conservés dans des bocaux hermétiques en verre.
La bière elle, est amenée à changer au fur et à mesure des saisons. Pour commencer, le couple, aidé d’amis qui ont dégusté à l’aveugle, a choisi une pils des Brasseurs du Ried, à Muttersholtz : « légère, parce qu’il fait chaud ici », certifie Paul. Environ 30 °C. Aucun contrat d’exclusivité ne le lie à l’une ou l’autre brasserie. Paul est gourmand, il n’a pas fini de tester.
Un parcours de plus d’un an
Les cofondateurs ont travaillé une année et demie, avant de voir leur projet enfin se concrétiser. À cause des retards de chantier, liés à la crise sanitaire, le premier spa à la bière français a ouvert près de trois mois après la date escomptée. « On a eu l’idée à Prague, en 2016. Et on n’a jamais arrêté d’y penser, confie Naomie. En 2021, on s’est dit que c’était le bon moment pour se lancer. On est jeunes, on est hébergé gracieusement à titre privé, on n’a pas d’enfants. Paul venait de finir son master. Moi, j’avais eu une première expérience chez Mars à Haguenau, qui ne débouchait sur aucun CDI. On était confinés ensemble. On avait le temps d’échanger et on avait besoin de nouveauté. » Naomie est titulaire d’un bachelor d’affaires internationales, option gestion de la chaîne logistique. Paul, son « filleul » à l’EMS, a le même diplôme, avec la spécialité négociation et management commercial.
Première étape du projet : benchmarker, c’est-à-dire, étudier ce que fait la concurrence, notamment les créateurs d’expériences insolites, à Strasbourg. Le Taaka beer spa est bien le premier spa à la bière de France. C’est un bon point. Les actuels gérants s’intéressent alors au potentiel du spa : qui seront les futurs clients, que cherchent-ils ? L’étude de marché faite, Naomie et Paul font la tournée des microbrasseries alsaciennes. Ils en découvrent une quinzaine. Ils intègrent ensuite l’incubateur à projets de l’EMS, La Ruche à projets, y montent notamment leur business plan, en participant à des ateliers. « Ça permet de récolter de précieux avis extérieurs », assure Naomie. En parallèle, ils démarchent les autres fournisseurs, trouvent leur lieu. Les travaux s’étaleront d’août 2021 à janvier 2022, avec une attention particulière sur la ventilation de la cave, l’assainissement et le chauffage de l’eau.
À 1 000 %
À la sortie de l’incubateur, les jeunes gens ont en main un business plan de 70 pages, à montrer aux différentes structures de financement. Naomie se remémore les propos de sceptiques : « ce sont des jeunes qui sortent d’école de commerce, ils veulent se faire mousser… » Pour démonter les jugements hâtifs, les idées reçues, rien de mieux qu’un dossier bien épais, qui prouve qu’ils sont « à fond », assure-t-elle. En une semaine, ils signent avec la Banque Populaire. « C’est l’humain qui prime », ajoute Naomie. Le conseiller croit en eux et au spa. À la clé, 200 000 euros de prêt bancaire. Ils bénéficient, par ailleurs, d’un prêt d’honneur d’Initiative Strasbourg, de 15 000 euros. La BPI garantit ces emprunts.
Au total, 300 000 euros sont nécessaires pour installer le spa. Les associés à 50/50 mettent 75 000 euros d’apport. La Région Grand Est subventionne le projet à hauteur de 5 000 euros, pour faciliter l’entreprenariat des jeunes. La campagne de financement participatif, contre bons cadeaux, pour acheter les tireuses à bière « bridées », dépasse toutes leurs espérances, puisqu’ils atteignent leur objectif à 1 000 % ! Cette manne permet de boucler le budget et d’avoir un peu de trésorerie, pour débuter.
La question en suspens
Nul doute que le Taaka beer spa, aujourd’hui, est déjà un succès. Après cinq jours d’ouverture, Naomie et Paul, qui n’ont encore aucun salarié, avaient déjà accueilli près de 200 personnes. « Je n’ai jamais autant fait le ménage de ma vie », souffle Paul, courbaturé. Les jeunes pensent à embaucher et rêvent de franchiser. Ils cherchent aussi une solution pour recycler l’eau des bains… riche en protéines, vitamines, antioxydants, elle serait réutilisable si, techniquement, elle pouvait être acheminée ailleurs. Dans le spa, impossible de la stocker. Aujourd’hui, elle s’écoule. Ce sont des milliers de litres d’eau usée perdus, chaque jour. « Ça nous tient à cœur de trouver comment la réutiliser », insiste Naomie. Heureusement, l’énergie de l’eau chaude d’un bain permet de chauffer celle du bain suivant.
Très sollicitée pour développer l’habitat, cette commune respecte SCoT et PLU, et donc les terres agricoles, principalement cultivées par des agriculteurs d’ailleurs, puisqu’il n’y a plus que trois familles d’exploitants à Brumath : les Glasser, les Strohl et les Wenck. « Tous les terrains sont pris », note Étienne Wolf. Sur le ban communal de Brumath, beaucoup d’asperges sont cultivées : vers Hoerdt, la terre est sablonneuse. Le houblon, bien sûr, est aussi emblématique de l’agriculture locale. C’est d’ailleurs à Brumath, au Comptoir agricole, que le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie s’était rendu, fin 2021, pour son dernier déplacement de l’année, afin d’annoncer des aides à la filière houblon française, quasiment totalement alsacienne. Le maire de Brumath était convié à cette visite, pendant laquelle la dernière acquisition de la coopérative, une unité de pelletisation de houblon bio, avait été présentée. Brumath était ainsi devenue « Capitale du houblon » française.
Au conseil municipal de la Ville de Brumath, aucun agriculteur. Les anciens sont partis, les plus jeunes sont sur la liste d’opposition. Les « enfants » Glasser travaillent néanmoins pour la municipalité : l’une au service population et l’autre, au service technique. Service technique assez performant pour se passer de l’aide d’agriculteurs et de leurs machines. « Mais nous retrouvons les agriculteurs dans l’association foncière de la Ville de Brumath », pointe Étienne Wolf. Le maire garantit que, généralement, tous arrivent à s’entendre. « Actuellement, on travaille sur une piste cyclable, entre le stade et le centre-ville. Avec la Safer, on a acquis les têtes de parcelles, sur 4 m de profondeur environ. Si les paysans sont exploitants, ils ne sont souvent pas propriétaires. On essaie d’arranger tout le monde », raconte l’élu.
Étienne Wolf dit avoir souvent Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, au téléphone, « car le monde agricole essaie de conserver un maximum de terres agricoles. » La loi impose, quoi qu’il en soit, des limitations, quant au « bétonnage », comme l’appellent certains. « Nous avons une bonne entente, sinon il n’y aurait plus de Festival de l’Élevage à Brumath ! Il faut répondre aux attentes des uns et des autres, au maximum ; que chacun s’y retrouve, être conciliants », insiste le maire de Brumath. Lors de la création,il y a quelques années, de la plate-forme départementale d’activités (PAD) de la région de Brumath, sur les bans communaux de Mommenheim et Bernolsheim, 120 ha avaient été requis ; des terres agricoles pour lesquelles les propriétaires avaient été rémunérés, bien sûr.
La forêt et les zones humides au service des agriculteurs
La première adjointe de la mairie de Brumath, Sylvie Hanns, est vice-présidente de la communauté d'agglomération de Haguenau (CAH), chargée des scolaires. Si elle essaie d’amener des produits bio et locaux dans les cantines des 149 collèges d’Alsace, Étienne Wolf souligne une évidence : « La production bio locale n’est pas suffisante pour toutes ces assiettes. »
Quant aux projets d’irrigation, les élus de Brumath les soutiennent… tant qu’une démarche de protection de l’environnement est en œuvre, conjointement. La Cuma des cinq chemins, à Bilwisheim, et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), emmenée par le conseiller Patrice Denis, avancent donc « doucement » sur le dossier, d’après ce dernier. En parallèle d’un premier forage de reconnaissance dans la forêt de Brumath, en face de l’Auberge de la forêt, un bureau d’études mesure l’impact environnemental et l’impact sur la nappe d’une potentielle irrigation. Potentielle car le premier sondage n’a pas été concluant. « On est en bordure de nappe, le débit n’est pas top », confie Patrice Denis. Aucun pompage dans le plan d’eau de Brumath n’est à l’ordre du jour. « Ce n’est même pas un plan B. Nous cherchons un projet durable, dans tous les sens du terme. Il faut qu’il y ait du débit, que ce ne soit pas trop loin des parcelles à irriguer et que ce soit sans impact pour la forêt », résume-t-il.
La forêt communale, entre Brumath et le Kochersberg, traversée par l’autoroute et le canal, s’étend sur une centaine d’hectares. « Elle est relativement importante, juge Étienne Wolf. Nous l’exploitons, la reconstruisons, la replantons. » Un représentant de l’Office national des forêts (ONF) est d’ailleurs présent à Brumath. La Ville a repris un arboretum à des privés.
Brumath est la première ville à avoir mis en place un partenariat avec les agriculteurs pour la production de miscanthus, pour le chauffage de six bâtiments de la ville, rappelle Étienne Wolf : mairie, crèche, police municipale, médiathèque, la salle d’exposition la Fibule, le bâtiment de la communauté d’agglomération de Haguenau. Depuis dix ans, les agriculteurs du secteur sont incités à produire ce miscanthus qui demande peu d’intrants et peut être cultivé en zone inondable (et il y en a, à Brumath). Cette culture est aussi un refuge pour la faune sauvage locale.
Le défi de l’habitat
« Pour cette mandature, je n’ai pas de projet particulier à destination du monde agricole. Je n’ai pas été sollicité non plus », retient Étienne Wolf. Toutes les sorties d’exploitation ont déjà été réalisées ici. Le maire s’attache à développer le logement, sur sa commune. Et, au regret des agriculteurs, les « dents creuses » du centre-ville ne suffisent pas à loger tous les habitants qui se massent aux portes de l’EMS. Ils peuvent quand même être rassurés : les obligations de non-artificialisation des sols sont restrictives. Tout comme celles liées à la préservation de la flore sauvage. Lorsqu’une espèce rare est trouvée sur le lieu d’une future construction, est mise en place une aire de protection qui touche aussi les terres agricoles, relève le maire. Il fustige la rigidité des directives parisiennes et aimerait plus de libertés de décision pour les élus locaux. « Si une plante rare est trouvée sur notre ban communal, par exemple, même s’il y en a énormément sur le banc voisin, nous devons la préserver », déplore-t-il, arguant un manque de bon sens.
L’édile est aussi obligé de créer encore 600 logements aidés (ou sociaux) à Brumath, puisque la ville compte plus de 5 000 habitants. Ce seront 12 % de l’habitat brumathois. Sinon… la ville écopera d’une amende. Aujourd’hui, sur les 20 % de logements aidés que devrait compter Brumath, seuls 8 % sont en place. Le maire confie ne plus savoir où chercher l’espace. Un autre défi l’attend. « À Brumath, la population augmente mais on ferme des classes dans les écoles élémentaires », lâche Étienne Wolf. Et pour cause, rares sont les jeunes couples avec enfants, ayant les moyens d’acheter à Brumath. L’édile souhaite conclure sur la problématique de la maison alsacienne. « Chaque maire est conscient du patrimoine, sur sa commune, mais les coûts d’une réhabilitation peuvent être si énormes, lorsque la maison n’a pas été entretenue, que la Ville, la CEA n’ont pas les fonds pour sauvegarder tout le patrimoine. Il faut faire des choix », conclut Étienne Wolf, qui affirme souhaiter que Brumath « garde son âme ».
« J’étais timide », confie d’emblée Christophe Metz, 54 ans, céréaliculteur et viticulteur, à Stotzheim. On a du mal à y croire, tant il est loquace aujourd’hui. Christophe est intarissable sur son exploitation, sa rencontre avec Sylvie, leur histoire, leur amour, le fruit de celui-ci : ses bonheurs. Il débite. Mais il parle peu de lui, en effet… C’est sa pétillante compagne qui le raconte le mieux. 22 ans après leur première danse, elle est toujours sous le charme de ce grand gaillard enjoué, au cœur tendre. Complémentaires, espiègles, ils s’accommodent, l’un de l’autre, des compétences de chacun, pour former un couple détonnant, efficace, à la maison comme au champ. Ils y entraînent leurs jumeaux et leur entourage dans un tourbillon de gaieté, de bonne humeur.
« En octobre 2000, je rencontre ma future épouse, dans une boîte de nuit, le Manhattan, à Haguenau », se souvient Christophe. « Il s’est mis à genoux pour m’inviter à danser », le coupe Sylvie, dans un éclat de rire. « Quand il a pris ma main, j’ai à peine osé le regarder », poursuit-elle, avec délectation. La jeune femme de 36 ans, à l’époque, est immédiatement troublée. Christophe aussi : « C’était électrique. » Le coup de foudre, ça existe. « J’avais pris des cours de danse de salon », reprend Christophe. « Et moi, j’adorais danser », complète Sylvie. Au son d’un orchestre local, « elles dansaient entre femmes », déplore l’agriculteur, 32 ans alors. Sylvie est sa préférée : sa beauté, son attitude, sa manière de bouger… et son niveau ! « Il faut quand même pouvoir s’amuser sur le parquet », lâche Christophe. Leurs premiers pas sur la piste et les premières paroles échangées confirment leurs intuitions. Ils sont issus du même milieu social en plus. Malgré la tension, les danseurs restent chastes… longtemps ! Ils se retrouvent, pendant un an, tous les vendredis soir, pour valser, rocker, tanguer, tchatcher mais respectent « leur espace vital » (cf. Dirty dancing).
Ça déménage
Sylvie est mariée et mère de deux enfants (Anne, six ans, et Emmanuel, un ado de quatorze ans), au début de sa relation avec Christophe. Il le sait, attend, patiemment, que la procédure de divorce soit enclenchée… et prépare le terrain. Christophe Metz n’est pas éleveur dans l’âme. En juillet 2001, il vend ses vaches laitières et, s’attelle à développer les cultures du tabac et de la vigne. « L’essentiel, pour moi, était de préserver les enfants », insiste Sylvie. En octobre 2001, les tourtereaux sautent enfin le pas. Après que Christophe a fait la connaissance d’Anne et Emmanuel, le jeune couple se met en ménage… à Seltz, à plus de 80 km de la ferme Metz ! Sylvie est propriétaire d’un magasin d’arts de la table et de cadeaux là-bas. Liquider la société mais aussi gérer la séparation, l’organisation familiale, lui demandent un peu de temps.
Jusqu’en 2004, Christophe fera les allers-retours entre Seltz et Stotzheim, tous les jours, ou presque… puisque le dimanche, il rejoint le corps de sapeurs pompiers volontaires de son village pour s’entraîner. « Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ! » s’exclame Sylvie… qui avait prévenu son cavalier d’un obstacle plus grand à leur idylle que ces « quelques » kilomètres. Christophe souhaite des enfants de leur union. Or des problèmes gynécologiques empêcheraient Sylvie de tomber enceinte. Qu’à cela ne tienne : si aucun bébé n’arrive, ils adopteront ! Christophe est aussi pragmatique que Sylvie honnête. Un autre chantier les attend. Installé sur la ferme familiale depuis 1991, Christophe avait acheté un terrain adjacent au séchoir à tabac, en prévision de la construction d’une maison. En 2004, Anne, Sylvie et lui emménagent, au centre-ville de Stotzheim, dans un appartement, à l’étage de la maison des parents Metz. Ils se rapprochent du terrain. Anne fait sa rentrée scolaire au CM2, à Stotzheim. « Juste avant le collège, qu’elle ait le temps de lier des amitiés », pointe Sylvie. Deux ans après, Christophe et Sylvie se marient, et commencent l’autoconstruction de leur future demeure.
Tout concilier
Pendant qu’ils bâtissent leur nid d’amour, le désir d’enfant devient plus fort. Mais Sylvie ne peut concevoir sans aide médicale. Malheureusement, en France, Christophe et elle ne sont pas prioritaires. De 2006 à 2007, ils se rendent alors plusieurs fois en Belgique. Sans succès. C’est une procréation médicalement assistée (PMA) à Barcelone qui réussira… en juillet 2007, en pleine récolte du tabac, alors que les conditions n’étaient pas optimales. Christophe a loupé le premier avion pour s’y rendre. Heureusement, il a eu le second. Malgré le coup de stress, Sylvie tombe enceinte. Leur dossier d’adoption, en parallèle, est accepté et mis en attente, le temps d’être sûr que la grossesse sera menée à terme. Sylvie passe quand même six mois sur neuf alitée. En 2008, naissent des jumeaux, Amélie et Romain. Et, en 2009, toute la famille inaugure sa nouvelle maison, pour le premier anniversaire des bébés. À sa grande joie, Anne ira au lycée hôtelier, à l’internat, ce dont elle a toujours rêvé.
« On en a surmonté des épreuves déjà », glisse Christophe, à l’attention de sa compagne. Elle acquiesce. « On apprécie d’autant mieux la vie qu’on a galéré », ajoute-t-il. Depuis 2007, Sylvie travaille avec lui, à mi-temps, essentiellement dans les vignes, et se charge de la comptabilité. À la naissance des jumeaux, les « jeunes » parents ont 40 et 44 ans. « On voulait profiter de nos enfants et les élever », précise Christophe. C’est surtout Sylvie qui s’y colle. Elle s’occupe de l’intérieur ; Christophe de l’extérieur. « Chacun son truc », assume Sylvie. Trois années de grêle sur le tabac permettent à la famille de se reposer, l’été. En 2014, cette culture est arrêtée. « Sur deux ans, j’ai calculé qu’il y avait zéro marge », souligne Sylvie. « On a récupéré des vignes pour compenser », intervient Christophe. Depuis, la famille part en vacances, chaque été. Amélie et Romain sont ravis. Natation, danse, foot, piano : les adolescents s’éclatent toute l’année. « Et ils nous le rendent bien », assure Christophe. « Ils sont parmi les premiers de la classe », abonde Sylvie. Quand est-ce que les parents s’aménagent un moment rien qu’à eux ? « Rarement », admet Sylvie. Mais en août 2022, ils comptent bien se retrouver cinq jours en amoureux. Ce ne sera pas le cas à la Saint-Valentin. Sylvie et les jumeaux ont prévu un apéro dînatoire alléchant : il y en aura pour tous les goûts. « On sera tous ensemble », se réjouit Sylvie.
« Quand ma fille m’a demandé s’ils pouvaient venir ici, j’ai accepté. Il faut bien qu’ils aillent quelque part ! Et puis, je ne me rends sûrement plus compte de certains dangers. Aujourd’hui, grâce aux élèves, je regarde mon exploitation avec un œil neuf », dit Virginie Voelckel, enthousiaste. Jeudi 3 février, la classe de 1ère bac pro CGEA, à laquelle appartient sa fille, a restitué à l’exploitante les résultats de ses travaux sur le Duerp, tirés d’une première visite de l’exploitation, quinze jours auparavant. Trois groupes se sont attachés à lister les risques professionnels sur la ferme de polyculture-élevage du Striegel, à Erstein, idéale pour l’exercice, puisque diversifiée. Elle compte une centaine d’hectares de SAU dont du maïs (40 ha), du blé (15 ha), des betteraves sucrières (16 ha), de la prairie (20 ha), de l’orge (2 ha), du soja (7 ha) ; 85 têtes de montbéliardes (race mixte) et deux bâtiments de volailles Label rouge (4 400 volatiles par bâtiment).
Le groupe d’élèves en charge d’inventorier les risques liés aux bâtiments a été évalué en premier par la professeure Marie-Laure Couvet et les deux conseillers en prévention de la CAAA 67, Diego Wolff et Denis Litt. Elle et Denis travaillent ensemble sur le module « sécurité » spécifique, dispensé par la CAAA 67, au lycée d’Obernai. En 1ère bac pro, une vingtaine d’heures en plus de celles au programme officiel sont dédiées à la prévention des risques. En terminale, les élèves vont plus loin dans l’analyse, puisqu’ils doivent rendre un projet d’amélioration de l’exploitation du lycée : ils consacrent encore plus d’heures au module. À Obernai, les lycéens ont aussi accès à une formation aux premiers secours, de quatorze heures. « Ces jeunes sont formés à la reprise d’exploitation. Et ils vont tous, a priori, travailler sur une exploitation. Le Duerp est obligatoire à partir du moment où on embauche un salarié », rappelle Marie-Laure Couvet.
Des propositions pertinentes
« Ça manque d’isolation », relève le groupe « bâtiments », dans l’atelier. Peut-être, mais Virginie ne tiendra visiblement pas compte de cette remarque. Une autre proposition retient son attention. « On pourrait placer le local phyto dans l’atelier », commence un lycéen. « C’est à l’extrémité de l’exploitation, près du chemin. Il ne perturbera ni le reste de l’exploitation, ni les petits enfants, qui pourraient se promener. C’est aéré, ouvert », constate Denis Litt, ravi. Les élèves ont su utiliser le potentiel du bâtiment. « En plus, ils ont choisi le bon côté », ajoute-t-il. Virginie profite de la délibération des évaluateurs pour questionner les lycéens sur ses silos. Tous sont d’avis de recycler le plus ancien… mais qu’en faire ? « Leur travail est correct, glisse Marie-Laure Couvet, mais on peut toujours approfondir davantage. »
Si les cornadis anti-étranglements des montbéliardes sont appréciés, le groupe « élevage » conseille à Virginie d’installer des passages d’hommes… Petit bémol, quand même : « ça prend de la place », souligne Denis Litt. Les lycéens ont chiffré l’installation à moins de 200 euros. L’éleveuse réfléchit. Elle ne se prononcera pas encore. Un cornadis devrait être réparé ou remplacé mais un neuf reviendrait à près de 1 000 euros. En parallèle, Marie-Laure Couvet évalue le groupe « matériel », qui s’en donne à cœur à joie au milieu des vibroculteur et faucheuse. « Il y a un vérin à changer, là : ça a été réparé mais c’est du fait maison », relève un jeune homme. « Un nouveau panneau réfléchissant coûte environ 23 euros. Il faudrait en renouveler », pointe un autre. La professeure en profite pour les interroger sur la législation qu’ils connaissent par cœur. À l’issue de l’évaluation, chaque lycéen reçoit une tasse avec la photo de sa classe, en souvenir, offerte par la CAAA 67… remplie de sucreries. C’est une surprise. Diego Wolff et Denis Litt sont pédagogues et reconnaissants.
Sécurité et confort
Depuis plus de vingt ans, chaque année, la CAAA du Bas-Rhin intervient au lycée agricole d’Obernai pour sensibiliser les élèves aux risques sur les exploitations : un partenariat gagnant-gagnant. « On a choisi cette formule pour intéresser les élèves à la sécurité et plus encore : pour que leur métier soit moins pénible, pour rendre le métier d’agriculteur confortable », précise Denis Litt. Les jeunes se projettent d’autant mieux qu’ils travaillent sur l’exploitation d’un parent d’élève. À l’issue des travaux sur les Duerp, Denis Litt remet systématiquement les observations et propositions d’action des lycéens aux exploitants volontaires pour les accueillir et leurs travaux ; tiercé gagnant !
Élevage de jeunes bovins Boime-Daul, à Pfettisheim
En cette belle journée de fin janvier 2022, les ventilateurs tournent dans les étables d’engraissement, à l’élevage de jeunes bovins montbéliards Boime-Daul, à Pfettisheim. « Ils se déclenchent dès 6 °C », souligne Dominique Daul, l’un des deux associés de la ferme. D’une ventilation statique, ils sont passés à une ventilation dynamique, en 2010. Dominique précise : « les animaux gagnent 100 g de GMQ (gain moyen quotidien), depuis. » Une trentaine de ventilateurs sont disséminés dans tous les bâtiments d’engraissement.
En 2010, toujours, Laurent Boime et Dominique Daul ont construit la nurserie ; le seul bâtiment de l’exploitation à avoir une toiture isolée, des panneaux sandwichs, qui permettent à l’étable de rester plus fraîche de 3 °C, en été. Depuis 2019, qu’ils ont choisi d’abandonner la race charolaise pour les montbéliards - plus rémunérateurs -, ils y accueillent non plus 55 mais 70 veaux de quinze jours - trois semaines, de 55 à 60 kg, tous les deux mois. Cet afflux de bébés est un challenge qui en a amené un autre : la création d’un automate de tri des veaux, lors des deux buvées quotidiennes. « L’objectif est qu’un seul de nous deux s’occupe des veaux, sans aide extérieure, et de se délester du travail physique d’attraper les veaux qui n’ont pas bu », résume Dominique Daul, quant aux hommes. La machine, conçue par Laurent Boime, construite par Dominique et programmée par Wahl Équipements, laisse sortir du box d’attente puis du sas de tétée uniquement les veaux qui ont bu leur litre de lait. Le distributeur automatique de lait (Dal) est relié à l’automate. Les petits, moins manipulés, sont moins stressés et, une fois qu’ils ont bu, ont plus de place, relâchés dans la plus grande partie du box. « On leur laisse le temps. Ils boivent à leur rythme », ajoute Dominique, quant aux veaux. L’amplitude horaire peut frôler les douze heures, pour une buvée. Le matin, la première a lieu de 9 h 30 jusqu’à 16 h, habituellement, et le soir, la seconde s’étend de 18 h 30 à 7 h. Les veaux restent, à la nurserie, de 45 à cinquante jours, jusqu’à leur sevrage ; le temps de prendre entre 800 et 900 g/jour. Pendant les 42 premiers jours, ils ont droit à deux buvées par jour. Ils avalent de 3 à 5 litres de lait, quotidiennement, avant de repasser à 3 litres.
Inédit
« Ça n’existe nulle part ailleurs, en Alsace. On a inventé ça », dit fièrement Dominique Daul, face à leur machine de tri. Le box des veaux est coupé en deux, au début d’une buvée. Chaque petit animal arbore une boucle électronique, qui permet sa détection. La barrière pivote au fur et à mesure. Ceux qui ont bu entièrement leur ration sortent. Les autres restent dans le box d’attente jusqu’à ce qu’ils aient descendu leur quota. Quatre heures après le début d’une buvée, les éleveurs rétrécissent le box d’attente, qui se vide progressivement. « Quand ça fonctionne, c’est très bien », dit malicieusement Marie-Thérèse, la mère de Dominique, retraitée, qui apprécie suivre les veaux, ainsi. Face à sa mine réjouie, aucun doute : dans l’immense majorité des cas, tout roule. Ce qui n’empêche pas un veau de tromper, parfois, la vigilance du robot. Ce 24 janvier, Dominique et sa mère attrapent le 1811. Il n’avait rien pris. Mais un seul veau à saisir, parmi ses pairs repus, c’est facile. « On n’entre quasiment plus dans le bâtiment », relève Dominique, approché par deux veaux curieux. Au sevrage, une vis d’alimentation reliée à un silo, à l’extérieur de la nurserie, amène le mélange de maïs et de protéines jusqu’à l’auge. Pour contrôler la quantité mangée par les veaux, les éleveurs remplissent et déversent des seaux de 13 kg. Mais ils n’ont que quelques pas à faire. « On simplifie le travail au maximum, insiste Dominique Daul. Avec 70 veaux, il faut automatiser le système. » Un râtelier avec de la paille hachée incite les jeunes animaux à commencer la rumination. Tous les matins, elle est renouvelée. Un petit paillage est aussi réalisé tous les jours car la litière n’est changée qu’en fin de cycle. Nettoyée au Kärcher, la nurserie est soumise à un vide sanitaire de dix à quinze jours, après chaque lot de veaux.
Plus de temps, moins de stress
« Les quatre premiers jours, quand les veaux arrivent, il faut leur montrer où entrer pour boire. Certains comprennent très vite. D’autres beaucoup moins mais c’est un plaisir de faire ça », assure Marie-Thérèse Daul. « C’est le principe de la marche avant. On a intégré la logique de l’animal, qui ne fait jamais marche arrière », soulève Dominique. L’éleveur et son associé sont contents. « On gagne largement une demi-heure par jour, parce que, lorsqu’on courrait après les veaux, il fallait s’accrocher », calcule Dominique. De la conception à la mise en service de la machine, une demi-année s’est écoulée. 300 heures de travail ont été nécessaires à Laurent Boime pour penser le robot, établir les plans, les réviser. Pour l’automatisation, Wahl Équipements a œuvré dix à quinze jours. L’idéal aurait été que Foerster, le fabricant du Dal accepte que les informaticiens entrent dans le logiciel du distributeur, afin de changer l’amplitude pour une buvée, passer de quatre à dix heures. Mais les Boime-Daul ont été éconduits. « On triche avec le Dal, maintenant », révèle Dominique. Ferrailleur dans l’âme, il a « soudé, cassé et ressoudé », durant un mois et demi, cinq heures par jour. « On n’a pas compté nos heures. Mais l’investissement a été de 10 000 euros maximum », confie Dominique.
L’ambiance est agréable, dans la nurserie. Y participe aussi la ventilation, modifiée il y a déjà quelques années. Exit le rideau à ouvrir et fermer par les éleveurs. Depuis 2017, un tube d’aération troué permet une ventilation par suppression, dans la nurserie. Un ventilateur envoie de l’air frais qui va pousser l’ancien, par les claires-voies. Mi-janvier, il faisait un peu plus de 10 °C dans le bâtiment, quand il en faisait 6, à l’extérieur. Le bâtiment des veaux paraît très récent. Et pour cause : l’auge en plastique dur - un tube d’assainissement de 300 mm de diamètre, coupé à 25 % - est facile à nettoyer au Kärcher. Idem pour les parois du bâtiment, « des tôles en galva’ » du Comptoir agricole, qui sont dédiées à la contention porcine, habituellement.
« Le bâtiment (béton, bois, charpente métallique et panneaux fibro, NDLR) a été construit en 1984. La salle de traite (2x6), toujours en fonction, date de 1985. En 2012, quand je me suis installé, on a opté pour des logettes creuses et, un mélange chaux et paille, en guise de litière. On a posé de nouveaux cornadis, en 2015, et plus récemment, de nouveaux abreuvoirs. Mais les dernières améliorations majeures sont de décembre 2020 et mai 2021, respectivement un repousse-fourrage automatique Moov 2.0 de la marque Joz et un ramasse-lisier Barn-E, de Joz aussi », résume Denis Frintz. L’éleveur de Lochwiller, qui livre à Unicoolait, bénéficiera, a priori, d’une aide du plan Bâtiment. Sa philosophie : investir petit, progressivement, « par palier », pour rester libre et être à l’aise. De petits investissements qui n’ont lieu, en plus, que « si le prix du lait est correct », souligne-t-il. Il vise avant tout le bien-être des animaux et le confort de travail.
Le Moov 2.0 de Joz se déplace grâce à une quarantaine de transpondeurs, dans le sol. « Il passe où et quand on veut », précise Mathieu Wahl, de Wahl Équipements, à Sarrebourg, qui a fourni Denis. Le robot se rapproche des cornadis, en saccade. « Le premier passage est à 70 cm des cornadis et, au fur et à mesure, il va s’approcher », poursuit l’éleveur. En un quart d’heure, la machine a avalé les 85 m de longueur du bâtiment. « Elle va quasiment deux fois plus vite que l’ancien modèle », pointe Mathieu. Denis est insensible à cette performance-là. « C’est une tâche en moins. J’économise entre vingt et trente minutes de travail par jour et je pense qu’on a gagné en productivité, en lait, même si je ne peux pas le quantifier. Le robot travaille la nuit : tout est poussé à l’auge. Quand j’arrive le matin, pour nourrir les animaux, c’est propre. Et c’est bien fait ! Le fourrage ne chauffe pas. La machine n’enroule pas le maïs », argumente-t-il, en faveur du Moov 2.0. Avec le transport et l’installation, l’éleveur a payé environ 17 000 euros. Son modèle ne comporte pas les deux options suivantes : la montée de dévers à 6 ou 7° ni l’ouverture des portes d’un bâtiment. Chez Denis, le robot officie, à plat, uniquement chez les vaches en production. L’éleveur apprécie le peu d’entretien qu’il a à pourvoir à ce système mécanique.
Gain de temps
Idem pour le robot à lisier Barn-E de Joz. « Je le nettoie une fois tous les quinze jours. Ça prend un quart d’heure », note Denis Frintz. « Ces deux automates ont de dix à quinze ans de vie. Ici, on n’a pas signé de contrat d’entretien. C’est possible d’en avoir un. Mais, si le client assure un minimum, il n’y en a pas besoin », estime Mathieu Wahl. Grâce à une liaison Internet, le concessionnaire « sait tout, en temps réel. » « Si le robot se perd et s’arrête, on saura ce qu’il s’est passé », ajoute Mathieu. Pour le ramasse-lisier, il y a une cinquantaine de transpondeurs, dans le bâtiment : autant de mouchards. C’est ce qui demande le plus de travail, à l’installation des machines : une demi-journée, pour les mesures. « On a juste mis un couloir de passage à plat, pour que le robot puisse faire une boucle : de la petite maçonnerie », lâche Denis, pour sa part. « On a cartographié l’espace, au centimètre près, on a choisi un itinéraire et on a inséré le programme dans le robot. On ne se sert pas des murs, comme repères », insiste Mathieu Wahl. Le Barn-E de Joz est le seul robot sur le marché capable de ramasser la paille broyée. Plus silencieux qu’un aspirateur, il ramasse grâce à un système de rabatteurs et stocke avant de se rendre à la décharge. On évite aussi la « vague » de lisier, qui arrive avec un racleur. « L’environnement de travail est plus agréable depuis qu’on l’a, pour les hommes et les vaches », constate Denis Frintz. Avant, il raclait au tracteur. « On a gagné 45 minutes à une heure de travail par jour, avec Barn-E », dit-il. Si l’éleveur est ravi de la santé des pieds de ses animaux, les vaches arrivent aussi plus propres à la salle de traite. « On ne fait plus de pédiluves et, à la traite, on gagne du temps et en confort », précise Denis. Avec l’installation, l’éleveur a dépensé 35 000 euros, soit 10 000 de plus que pour un racleur classique. Mais il ne s’en plaint pas, d’autant plus que, puisque le local de traite est face aux couloirs de marche, il aurait été difficile de poser un racleur à corde ou à chaîne.
L’investissement le plus récent remonte à début janvier, à l’EARL Frintz : un taxi-lait Urban, à 8 000 euros. « Pour faciliter le travail », répète Denis. Même sa mère donne volontiers le lait aux veaux, depuis qu’ils ont le robot. « C’est beaucoup moins pénible qu’avant », relève Denis Frintz. La machine avance comme un tire-palettes électrique. En dix jours, les petits, élevés au lait entier uniquement, l’ont aussi adoptée. Denis règle la température, qui est constante, dans la cuve à lait, et le nombre de litres exact qu’il souhaite envoyer dans les abreuvoirs, d’un coup de gâchette. « La distribution est régulière. C’est un autre avantage », avance-t-il.
« Elle sort soixante balles rondes à l’heure, quand d’autres trente. C’est le double ! Alors que je l’utilise dans le vert, l’herbe fraîche, humide. Et ce qui fonctionne dans le vert va encore mieux dans le sec, paille et foin », témoigne d’emblée un éleveur de vaches laitières, de Duntzenheim. Ce quinqua’ utilise une enrubanneuse McHale 991 BE depuis quinze ans déjà. Sa machine a enrubanné plus de 30 000 balles et elle tourne toujours, sur ses 30 ha d’herbe et luzerne, quatre à six fois par an. Il apprécie aussi la presse McHale. « Elle presse dense. C’est un atout pour la conservation et aussi pour économiser du film plastique », précise-t-il. L’homme, qui investit aujourd’hui dans une presse à chambre variable, pourrait être à l’origine de l’intérêt de Francis Conrath, le dirigeant de Bas-Rhin Motoculture, pour le constructeur irlandais. Francis travaille avec Sterenn équipements qui vend McHale en France, depuis quatre ans.
20 % de parts de marché en Alsace
En cette froide et ensoleillée journée de janvier, il accueille avec un grand plaisir Martial Colin, technico-commercial sur le quart Nord-est du pays pour McHale, et Jean-Eudes Simon, responsable France. « De plus en plus de clients, dont des Cumas, font confiance à la marque. Elle est fiable », répète-t-il. Ce jour-là, McHale proposait un financement à taux 0, une prise en charge des intérêts. Francis a beau être « autonome », selon les « affaires », Martial vient huit à dix fois par an, à Mommenheim. Depuis un an et demi, il va aussi à Alsaterr, distributeur McHale dans le Haut-Rhin. En Alsace, la marque a pris 20 % de parts de marché, en 2021 : dix machines y sont déjà répertoriées. McHale est leader sur le marché de l’enrubanneuse et de la presse enrubanneuse dans le monde, et c’est l’un des cinq plus gros faiseurs de presse « balles rondes » à chambre variable, rappelle Martial. Et pour cause, les utilisateurs ne tarissent pas d’éloges.
Simple et rapide
« J’ai encore pressé au 15 décembre, l’an dernier. Il n’y a pas de limite. Elle prend tout, comme ça vient. En deux ans et demi, plus de 6 000 rouleaux ont été pressés », commence Mathieu Trautmann, 36 ans, éleveur de vaches laitières, à Batzendorf. Il impressionne tous ses petits camarades, là-bas. « C’est la plus simple d’entretien et d’utilisation, et pour le même prix que les marques concurrentes. Si vous savez vous servir d’un téléphone portable, vous savez utiliser le boîtier. Et, en deux minutes, je change le filet », enchaîne-t-il. Francis Conrath compare le changement de filet de l’enrubanneuse à un changement de roues en formule 1. « Par rapport aux autres marques, c’est hyper rapide », dit-il, admiratif. Mathieu ne trouve aucun défaut au matériel « tout terrain, toute météo ». Et s’il a une question, BRM et McHale sont là. « Ils répondent même les samedis », souligne-t-il.
« Nous cultivions des céréales, sur cette parcelle enclavée, montre Jean-Luc Rott, derrière la ferme familiale, au cœur de Seebach. C’était acrobatique. En tournant, on écrasait plus de plantes qu’autre chose. Y implanter des fruitiers, c’était hors de question : nous sommes trop près des maisons. » Jusqu’à ce qu’il entende parler du kiwi, par un confrère, qui avait étudié à Montauban. « À part du cuivre à l’automne, il n’y a pas de traitement à appliquer sur le kiwi chez nous », relève Jean-Luc. Et, encore, ce n’est pas systématique. Cela dépend de la présence ou non d’une bactérie. Par contre, gare au vent du Nord : le kiwi gèle. L’an passé, lorsque le mercure est descendu à -15 °C, en février, il a glacé, même à l’abri de la bise. « Seuls les pieds les plus près du village ont bien résisté. Quand le kiwi gèle, il meurt, petit à petit. Le pied se fend et éclate. C’est pour cela qu’on remonte des drageons… mais pas du porte-greffe », développe l’aîné des deux frères Rott. Sur 220 plants mis en terre, il y a trois ans, sur 30 ares, 10 % ont gelé à l’hiver 2021, calcule Jean-Luc. La liane est très fragile lorsqu’elle est jeune. Au fur et à mesure, du liège va se former autour du tronc. L’arboriculteur compare le kiwi au figuier. « Adulte, il ne gèle plus », sait-il. C’est grâce au changement climatique que le kiwi s’installe chez nous… timidement !
Peu de charge pour une première
Seulement trois agriculteurs, du nord au sud de l’Alsace, expérimentent la culture du kiwi, d’après Lilian Boullard, conseiller à Planète Légumes. « En majeure partie, ça ne produit pas encore. On en est au lancement de la culture. Il y a des projets de création », confie-t-il. Le Verexal, à Obernai, teste aussi. Il a implanté les lianes début 2021. Elles mettent entre deux et trois ans à produire des fruits. Chez les Rott, à Seebach, la première cueillette a eu lieu le 8 novembre 2021. Damien et Jean-Luc ont récolté 130 kg de fruits. « On s’y attendait. Il n’y avait quasiment pas de charge. Beaucoup de fruits étaient trop petits. On n’a même pas éclairci. Mais ceux qui sont commercialisables sont gros… Par contre, ils ne sont pas tous commercialisables. Certains sont bons, d’autres non. C’est aléatoire. Il y en a des bruns et mous. On essaie de trouver d’où ça vient. On cherche les meilleures conditions de stockage et d’affinage. C’est un chantier d’étude supplémentaire pour avoir des kiwis locaux de bonne qualité à l’avenir », partage Jean-Luc. Mi-janvier 2022, les deux frères en sauront déjà un peu plus. Peut-être aussi ont-ils récolté certains fruits trop mûrs ? Aucune hypothèse n’est écartée.
Le kiwi est récolté vert. Sa maturation est progressive et s’accélère, comme pour les poires, en présence d’éthylène… donc de pommes. Ça tombe bien ! Les frères Rott disposent d’une chambre froide pour leurs pommes, poires et, maintenant, kiwis. Tous les kiwis du Gaec Rott sont vendus en direct, à la ferme, en self-service, en cette année « test ». À l’avenir, la grande majorité, espèrent-ils, partira aux grossistes, comme 90 % des pommes et poires. Avant de planter du kiwi, les Rott se sont renseignés auprès de leurs acheteurs habituels. « Pour des kiwis locaux non traités, il y a de la demande », dit Jean-Luc. Leurs clients particuliers les interrogeaient déjà depuis octobre, quand les ovales pendaient encore aux lianes : quand goûter les fruits ? Pas avant fin novembre. Le kiwi alsacien est plus cher que celui du Sud, dégâts de gel ou non, puisqu’il n’a pas le même rendement, le soleil manquant. La qualité gustative peut aussi être impactée par le manque de soleil. En kiwi, c’est le sucre qui compte, qui fait sa qualité. « Nos épouses apprécient les kiwis. Mais mon frère et moi, nous n’en mangeons pas », admet Jean-Luc, qui s’en réfère donc aux goûteuses. La deuxième série de kiwis était « toute bonne ».
Pompe à eau
Les Rott se sont fournis en plants de kiwi chez un pépiniériste du Lot-et-Garonne, le berceau et le leader de la production nationale. Ils ont complété leurs achats chez Ledermann-Mutschler, pépiniériste à Krautergersheim. Il y a huit femelles pour un mâle. « On a planté trop serré… ça va se fermer, pense Jean-Luc, avec le recul. On aura du mal à passer le tracteur. » Quand il a mis en terre, en avril 2019, il n’avait pas encore le livre du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), qui vient d’être réédité, avec les dernières nouveautés sur le kiwi. Aujourd’hui, outre la documentation et l’expérience, il bénéficie des conseils de Lilian Boullard qui, par intérêt personnel, s’informe aussi. « Le kiwi est une pompe à eau, enchaîne Jean-Luc Rott. Cette année, il a été bien arrosé. Il a bien progressé. Le kiwi a besoin d’eau et d’éléments nutritifs. C’est pourquoi on l’a branché sur la fertigation des petits fruits, cet été, pour réguler, d’après la pousse. Mais on n’a pas amendé. Dans nos terres, nous avons presque le problème inverse : ça pousse trop ! Il y a trop de vigueur. » À la sortie de l’hiver, début 2022, les Rott amèneront tout de même un peu d’engrais au sol, aux kiwis, en même temps qu’aux pommiers. Au printemps et tout au long de l’année, ils procèdent au désherbage. En mai et juin, c’est la taille de formation : au même moment que pour une autre liane, la vigne. « Quand les charpentières seront formées, d’ici quelques années, il y aura aussi une taille en hiver », précise Jean-Luc. Les frères Rott attachent la liane au fur et à mesure qu’elle pousse.
L’EARL Ohlmann, à Ohlungen, était, historiquement, une exploitation tabacole. Mais, « ces dernières années, je ne m’y retrouvais plus », déclare Arnaud Ohlmann, 45 ans. L’agriculteur pense à l’avenir et notamment à son fils, Mathieu, élève au lycée agricole d’Obernai. « Je me suis dit : dès que je trouve une culture à forte valeur ajoutée, j’arrête le tabac », raconte-t-il. En 2019, son filleul, Anthony Carbiener, exploitant à Printzheim, lui signale qu’il y a un petit marché à prendre pour la patate douce, qu’il ne faut pas attendre. « Tu fais de la patate douce. Moi je te les vends. » Arnaud résume ainsi les propos de son filleul. Le quadragénaire a, en plus, du matériel qu’il pourrait utiliser en patate douce. Il visite à l’automne 2019, deux exploitations vers Angers, qui en cultivent plusieurs hectares. En décembre, la décision est prise : en 2020, la patate douce remplace le tabac sur l’exploitation Ohlmann. Les plants sont commandés à Graines Voltz. Le débouché, ce sont des grandes et moyennes surfaces (GMS) de plusieurs groupes, en Alsace et en Lorraine.
Pas de traitement
En 2020, Arnaud plante 4 ha de patates douces à chair orange, la variété la plus répandue sous nos latitudes. L’herbacée, vivace, est originaire des tropiques, et vraisemblablement d’Amérique. Elle aime la chaleur, l’humidité, et craint les nuits fraîches. Si la culture réussit, cette année-là, on lui en avait promis plus : plus de rendement. Il en sort entre 20 et 25 t/ha. Heureusement, « ça se vend plus cher que la carotte » : 1,10 €/kg, les plus petits calibres, et 1,40 €/kg, les plus beaux. Les siens sont beaux aux deux tiers. Arnaud vend toute sa production. Sauvé ! D’autres avantages sont relevés, dès la première année.
« Quel bonheur de ne pas sortir chaque semaine avec le pulvé ! À chaque fois, on vous regarde de travers », s’exclame Arnaud. Le désherbage en patate douce est manuel et mécanique. Aucun produit de traitement n’est homologué pour la culture. À part de l’anti-limace, Arnaud ne traite donc pas. « Pour l’instant, la patate douce est résistante aux maladies d’ici », relève l’agriculteur. En 2021, il plante sur la même parcelle la même variété. Il commande aussi des plants à Prosem car il augmente la surface cultivée : 7,5 ha sont requis. Le cultivateur a besoin de 33 000 plants par hectare. Le rendement de 2021 est identique à celui de la première année. « On est encore novices », admet Arnaud. Les températures basses de l’été passé n’ont pas aidé. La récolte qui devrait avoir lieu en août est systématiquement plus tardive, en Alsace, en septembre voire en octobre.
Mais beaucoup de main-d’œuvre
Arnaud passe commande des plants tôt, en décembre ou en janvier, pour un coût de 12 000 à 14 000 €/ha. Il plante la seconde quinzaine de mai, sur buttes, car « il faut de la place à la patate douce pour se développer », précise le chef d’exploitation. 50 heures par hectare sont nécessaires pour cette opération, avec une machine deux rangs : une planteuse de son filleul Anthony, que ce dernier utilise pour la salade. Pour faire les buttes, Arnaud possédait déjà une fraise butteuse, puisqu’il cultive d’autres légumes (lire en encadré). « Il faut de l’eau tout de suite, pour que les plants prennent, souligne-t-il. Puis, tout au long du développement de la patate douce. Elle demande beaucoup d’eau. » Juin, juillet et août, c’est le temps du désherbage, essentiellement manuel. « C’est long : 100 h/ha, environ, voire plus », témoigne Arnaud Ohlmann. Il fait donc appel à de la main-d’œuvre saisonnière, qu’il emploie ensuite pour la récolte, fin de l’été, début de l’automne. « Quatre saisonniers, plus Anthony et moi, étaient au nettoyage, en 2021. Pour la récolte, sur trois semaines, ils étaient quinze saisonniers et nous avons aussi participé », compte-t-il.
La patate douce s’abîme facilement. Elle est délicate. « Il faut de la main-d’œuvre : c’est clair. Il n’existe pas de machine qui ramasse automatiquement », insiste l’agriculteur. Il a acheté en 2020, une arracheuse/aligneuse deux rangs, à pommes de terre, qui sort les patates douces de la terre, pour 14 000 €. « Mais, après, il faut les chercher. On les met sur un tapis et on trie directement les différents calibres. » En 2021, il a acquis d’occasion une remorque avec un tapis. « Tout de suite après la récolte, il faut sécher les patates douces. J’ai gardé une partie de mes anciens fours à tabac, pour ça. C’est le curing. Les tubercules restent dans les fours pendant une semaine, à 28 °C », explique Arnaud Ohlmann. Puis, elles partent dans des chambres chaudes ventilées à 13 °C. Ainsi, Arnaud peut les conserver jusqu’à mars. « Le curing est une étape très importante pour la conservation. Sans, elles vieillissent beaucoup moins bien », ajoute-t-il, prévenant.
Peu de références
L’exploitant chiffre l’investissement total déjà réalisé pour la patate douce à 150 000 €: arracheuse, remorque, chambre chaude, travaux d’électricité et en 2021, Arnaud a encore acheté une bineuse sur butte, pour aider au désherbage, et un broyeur. Le retour sur investissement s’élève à 6 000 €/ha, mais en déduisant ces frais, il n’est plus que de 3 000 €/ha. L’exploitant s’y retrouve aussi, parce qu’il lave et conditionne (en cartons ou en cagettes en plastique) les tubercules chez Anthony Carbiener, « avec le même matériel que pour les butternuts, qu’on a bricolé un peu », dit-il. Ensemble, ils ont créé la SAS Les saveurs du potager, pour commercialiser les patates douces, qui sont étiquetées afin d’être différenciées. « On travaille aussi un peu avec la Sapam, au marché gare à Strasbourg », livre Arnaud. Il est le seul en Alsace, à sa connaissance et à celle de Lilian Boullard, de Planète Légumes, qui le conseille, à cultiver autant de patates douces. « Cela ne fait que deux ans que je me suis lancé. On n’a pas encore vraiment de références. Dans ces proportions-là, la culture de la patate douce, ici, c’est nouveau », répète Arnaud Ohlmann, prudent.