Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Autoconsommation photovoltaïque

Une histoire de temps

Pratique

Publié le 26/04/2022

Depuis le 6 octobre 2021 - date du nouvel arrêté fixant les conditions d’achat de l’électricité photovoltaïque produite par les installations sur bâtiment - la revente du surplus est au même tarif que la revente totale pour toute installation d’une puissance de 100 (environ 500 m2) à 500 kilowatts crête (kWc), soit à 9,8 centimes d’euros par kWh injecté sur le réseau. En dessous de 100 kWc, la revente du surplus est à un tarif inférieur que la revente totale. Une étude approfondie est donc utile pour trouver le meilleur dimensionnement en fonction des consommations du site. Le tarif de 9,8 c€/kWc est valable jusqu’à fin avril 2022, et il est ensuite soumis à des revalorisations trimestrielles (plutôt à la hausse). Les contrats sont signés pour vingt ans.

L’autoconsommation de l’énergie photovoltaïque, et de revente du surplus, est réellement rentable, s’il y a adéquation entre le moment de la production et celui de la consommation, sinon autant revendre en totalité. Pour l’instant, seuls quelques exploitants alsaciens se sont lancés, dont un volailler qui utilise l’électricité produite sur sa ferme, en journée, pour alimenter les ventilateurs de ses bâtiments. Claude Kieffer, de Niederschaeffolsheim, dans le Bas-Rhin, réfléchit à cette solution. En conversion bio, l’agriculteur espère développer le maraîchage, à l’avenir, et alimenter ses chambres froides, grâce à l’énergie solaire photovoltaïque produite sur sa ferme et autoconsommée. D’ores et déjà, il irrigue l’été, grâce à une station de pompage électrique. Fours de séchage, séchage en grange, pompes à lisier, à eau : ces équipements aussi permettent la consommation en temps réel.

Une subtilité, toutefois : si un agriculteur a souscrit à un « tarif bleu », une installation de plus de 100 kWc en autoconsommation peut poser des problèmes techniques de raccordement, remarque Céline Veit, conseillère énergie à la Chambre d’agriculture Alsace. L’autoconsommation de l’électricité produite par les panneaux solaires est censée doper le business plan.

Sélestat

L’autre ville du maraîchage

Pratique

Publié le 16/04/2022

Hormis son corso fleuri et sa bibliothèque humaniste, Sélestat est connue pour ses fruits et légumes. La Ville compte encore aujourd’hui une douzaine de maraîchers, dont Dominique Bauer (le neveu du maire), Frédéric Geny, Jean-Luc Geny, Denis Digel, André Sengler, les Kobloth, Patrice Schenck, Jean-Philippe Muhr, Gérard Baur, Georges Rebhuhn et son fils. Ils sont installés à l’est de la commune, majoritairement. « En tant que fils de maraîcher, c’est important pour moi de préserver les terres agricoles », dit d’emblée Marcel Bauer, le premier magistrat de la commune.

Toutes les sorties d’exploitation ont eu lieu dans les années 1970, à Sélestat. Quatre céréaliers et éleveurs, dont la jeune Virginie Ebner, présidente du syndicat ovin du Bas-Rhin, occupent encore les alentours de la ville, souvent inondables. Ce sont bien les maraîchers qui, ici, tiennent le haut du pavé. « L’âme de Sélestat, c’est le maraîchage, depuis l’après-guerre au moins », sait Marcel Bauer. La confrérie des « Zewwelatreppler », les « piétineurs » d’oignons, en alsacien, existe toujours (même si elle ne rassemble plus forcément les maraîchers) en mémoire du temps, pas si ancien, où les oignons de Sélestat jouissaient d’un label d’excellence. Trois années de travail étaient nécessaires pour que les bulbilles arrivent à maturité. Plus « professionnelle », la corporation des jardiniers et maraîchers est une des dernières encore en activité à Sélestat. Elle célèbre chaque année son patron, saint Roch. La tradition est vieille de plusieurs siècles. Au Moyen-Âge, déjà, la cité du Centre-Alsace rayonnait grâce à ses productions.

Défense du monde agricole

« On sent un processus d’urbanisation. La ville entre dans la campagne. Tout autour des maraîchers qui sont à la périphérie, ça construit, déplore presque Marcel Bauer. Mais Sélestat a classé des terres « zone agricole » à ses limites. » C’est inscrit dans le PLU. « Il ne faut pas céder à la tentation de revendre ses terrains pour la construction », ajoute l’édile, à l’attention notamment, des agriculteurs propriétaires qui partent à la retraite. Le maire peut agir mais toujours en accord avec la profession, confie-t-il. Ainsi, certaines rues de Sélestat ont été réaménagées pour laisser passer tracteurs et remorques. Lorsque des riverains d’exploitations râlent auprès de la municipalité, à cause du bruit et/ou de l’odeur, voire de l’irrigation, Marcel Bauer, pédagogue, explique les impératifs agricoles. Il ose même se fendre d’un : « vous savez où vous avez construit ! » « Je les remets gentiment à leur place, au risque de perdre des électeurs, assure-t-il. Je tranche toujours, ou presque, en faveur des agriculteurs. »

Si Marcel Bauer n’est pas lui-même maraîcher, c’est que la place manquait sur la ferme familiale. Il a dû trouver une autre voie mais il sait cultiver. « J’aidais », s’exclame-t-il. Avec le syndicat des maraîchers de Sélestat qui compte une dizaine de membres, et Planète Légumes, la Ville a été la première à organiser Saveurs et soleil d’automne, au début des années 2000. Elle a accueilli plusieurs éditions. Aujourd’hui, l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace a pris le relais du syndicat. « J’ai la fibre maraîchère en moi. J’ai toujours défendu le milieu agricole et je continuerai à le défendre », insiste Marcel Bauer.

Composer avec le milieu naturel

Qu’en est-il alors de l’entretien des cours d’eau ? « J’ai représenté le Conseil général à la Chambre d’agriculture Alsace de 2014 à 2020, cadre le maire de Sélestat. J’ai donc défendu la position de L’État et des collectivités. On a trouvé, vers 2008-2010, un arrangement concernant un espace tampon, pour que les cultures ne soient pas inondées, à l’est de la ville. Les agriculteurs étaient montés au créneau et à juste titre. Les services de l’État sont souvent trop rigides. » Aujourd’hui, c’est le syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA) qui gère les cours d’eaux, pour le compte de la commune et de la communauté de communes de Sélestat. « Mais il n’a pas non plus tous les pouvoirs, ni tous les éléments pour intervenir. » Pour excaver le lit du Giessen, par exemple. « C’est un dossier lourd, compliqué. Les services de l’État s’appuient sur la loi sur l’eau. Les problèmes sont réels. Si la neige fond et qu’il pleut, au printemps le Giessen est plein comme un évier et déborde. En mars et en avril, la plaine est inondée », enchaîne Marcel Bauer.

Quant aux dégâts de corbeaux, le maire de Sélestat observe que ça s’est « un peu » calmé. La destruction de nids, en ville, avec l’appui de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) semble porter ses fruits, contrairement à l’épervier effaroucheur, qui n’effrayait plus guère les corvidés. Mais, plus les parcelles sont proches des forêts, plus les dégâts sont importants, remarque Marcel Bauer. Concernant les sangliers et chevreuils, il n’y a pas eu de demande de chasse administrative depuis au moins deux ans. Les quatre lots de chasse autour de Sélestat sont loués : cette présence semble suffire à réguler. 300 chevreuils et daims circulent en moyenne dans l’Illwald, forêt communale. « Quand les agriculteurs ont un problème, ils savent où nous trouver. Un conseiller municipal, Denis Barthel, est dédié aux questions environnementales. Et nous savons aussi trouver les exploitants », conclut le maire de Sélestat. Ainsi, les moutons de Virginie Ebner luttent contre l’envahissante renouée du Japon, aux abords du Giessen, en zone Natura 2 000. Ils seront de retour aux parcs ce printemps.

 

 

La cagette locale, à Gambsheim

Une nouvelle vitrine et un nouveau débouché pour les agris

Pratique

Publié le 13/04/2022

Vingt-cinq agriculteurs, un fromager et un boucher du nord de Strasbourg font confiance à Fabrice Michel pour commercialiser une partie de leurs produits via La cagette locale, un site d’e-commerce créé en septembre 2021. La plateforme, née après une année de réflexion, offre un service de livraison, dans un rayon de 20 km autour de Weitbruch, de produits fermiers essentiellement frais et locaux. « C’est le marché comme si vous y étiez ! », glisse, avec enthousiasme, le jeune quadra.

Il s’occupe de tout : la prise des commandes sur le site, le tour des producteurs pour récupérer les fruits et légumes en vrac et l’ensemble de l’épicerie, et enfin la livraison chez les clients. À produits égaux, il n’est pas plus cher que les supermarchés. Le bonus pour les agriculteurs ? Il leur offre une vitrine, de la visibilité (sur son site, les exploitants et artisans sont présentés, on sait d’où vient chaque produit) et le confort… « Les producteurs restent focalisés sur leur cœur de métier et je m’occupe de la logistique », résume-t-il simplement.

Tranquilles

« Les agriculteurs qui travaillent avec nous, voient La cagette locale comme une aubaine, un canal de vente supplémentaire, et davantage de tranquillité qu’un marché classique. C’est plus facile et ils gagnent en notoriété. Certains ont les yeux qui brillent quand je leur propose nos services. On ne négocie jamais. Le producteur fixe ses prix. Soit il me donne la marge qui a été prévue dans mon business plan, pour que je m’en sorte, soit on ne conclut pas l’affaire. Il faut que tout le monde s’y retrouve », poursuit l’entrepreneur avec pragmatisme.

Il ne se paie pas encore, confie-t-il, mais est sûr de proposer aux agriculteurs de meilleurs prix que les GMS. Il cherche toujours de nouveaux produits mais, par souci de rationaliser sa tournée, qui dure déjà près de trois heures pour 100 km, quasiment chaque matin, il s’en tient à des aliments ou de l’artisanat qu’il ne propose pas encore. Aussi, les producteurs choisis doivent être capables de fournir une assez grande quantité.

 

 

Fraîcheur et livraison à domicile

Plus de 840 produits sont référencés, sur le site d’e-commerce La cagette locale. Celui-ci a été développé par des professionnels, alors même que Fabrice aurait pu « bricoler », puisqu’il était ingénieur d’affaires auparavant, chez Isagri notamment, qui vend des logiciels de gestion pour le monde agricole. « On n’a pas de pas-de-porte. Cette interface, c’est notre seule image. Il fallait que ce soit réussi », justifie-t-il.

Les paniers vont généralement de 7 à 220 euros, puisqu’il n’y a pas de minimum de commande. Mais La cagette locale applique des frais de livraison, en dessous de 60 euros d’achat. Fabrice a réalisé une étude de marché avant de créer ce concept unique au nord de Strasbourg. Lui-même, avec sa compagne et ses enfants ont quelques poules, chez eux, à Gambsheim, un petit potager, et se fournissent de longue date auprès des fermes environnantes pour leurs repas quotidiens. C’est comme ça que Fabrice a eu l’idée d’en faire profiter un grand nombre. Sa conjointe est, d’ailleurs, aujourd’hui, sa meilleure cliente ! Elle passe par le site, pour tous ses achats. La famille insiste sur la souplesse qu’offre La cagette locale aux clients, quant aux choix des produits, leur diversité et leur qualité… mais aussi la fraîcheur (90 % des ventes, environ), en plus du service de livraison, en après-midi ou en soirée, la semaine, le matin et en début d’après-midi, le samedi. « C’est tout ce qui plaît, aujourd’hui, selon les premiers retours des clients », conclut-il.

 

 

Syndicat ovin du Bas-Rhin

Coup de jeune chez les éleveurs de moutons

Vie professionnelle

Publié le 31/03/2022

Un vent de fraîcheur souffle sur le SO 67 : Virginie Ebner, jeune éleveuse des environs de Sélestat, succède à Hervé Wendling, de Kurtzenhouse, à la présidence du syndicat. Les novices Louis Frischinger, Pierre et Yvan Stoffel, et Florian Huchot, notamment, qui avaient déjà intégré le conseil d’administration (CA) l’an passé, lui prêteront main-forte, ainsi que Jeoffrey Frauel, tout nouvel « entrant ».

L’assemblée générale (AG) du vendredi 25 mars 2022 était donc la dernière présidée par Hervé Wendling, qui a assuré cette fonction deux ans durant, à la suite de Stéphane Huchot ; le temps que Virginie soit disponible. Pour ce bilan de 2021 et ces orientations de 2022, le SO 67 a brillé. Sont intervenus, après les rapports d’activité et de direction, dans l’ordre : le Parc naturel régional (PNR) des Vosges du Nord, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) MOS-Laine et la fédération nationale ovine.

De la transformation locale de laine

La coopérative mosellane a particulièrement tenu l’auditoire en haleine, puisqu’elle cherche encore des adhérents ; parmi lesquels le SO 67, qui met en relation les éleveurs et MOS-Laine, en Alsace. Son objectif : valoriser au mieux la laine de mouton locale, en matériaux isolants, articles en feutre et produits dérivés, et ce, localement. Stéphane Ermann, le président de MOS-Laine, a présenté les différents débouchés, outils et actions, qui permettront bientôt à une soixantaine d’éleveurs, entrés au capital de la coop (qu’ils détiendront au moins à 51 %), de gagner jusqu’à 2,50 € HT/kg de laine, assure-t-il, contre 40 ct€ aujourd’hui. En 2023, a priori, les premiers achats-ventes de laine collectée aux adhérents alimenteront le marché de l’isolation des bâtiments et du vrac. En attendant, l’unité de transformation MOS-Laine s’installe à Bataville, au cœur du bassin ovin de la Moselle Sud, près de Sarrebourg, sur un ancien site industriel.

90 t de laine brute devraient être collectés (soit 25 % de la production lorraine) au lancement de l’activité, pour la production de 30 t de feutre et de 20 t de panneaux d’isolation. « Demain, ce seront 250 t de laine qui seront traités par MOS-Laine », espère Stéphane Ermann. Seront créés trois emplois non délocalisables, pour commencer. Le chiffre d’affaires est estimé à 1,4 million d’euros, pour la première année d’activité. À part les éleveurs, sont aussi actionnaires : trois syndicats ovins du Grand Est, la Chambre d’agriculture de la Moselle, l’association des éleveurs Est à laine mérinos, le PNR de Lorraine, les communautés de communes, où est implantée l’usine, et le bailleur social du lieu. La Région Grand Est, l’État et l’Europe financent le projet à hauteur de plus d’un million d’euros. L’investissement total se chiffre à 3,4 millions d’euros ; le capital social à 510 000 €, dont plus de la moitié donc, détenue par les éleveurs.

 

 

Moins de subventions en 2023

Si Stéphane Ermann a apporté de bonnes perspectives pour les syndiqués, il n’en a pas tout à fait été de même du PNR des Vosges du Nord. Les éleveurs retiennent surtout qu’au niveau des Maec « herbe », les aides baissent, en 2023. Pourtant, elles avaient été reconduites à l’identique de 2021, en 2022. La défense de l’herbe nécessite des moyens, a-t-il été déploré. Meilleure nouvelle : pour les projets agro-environnementaux (Paec) 2023-2027, pour le maintien des espèces sauvages et de leur habitat, plus d’un million d’euros seront mobilisés. Le PNR des Vosges du Nord, chef de file dans le Bas-Rhin, avec la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), compte déjà 2 000 ha contractualisés, dont 1 000 ha de six éleveurs ovins. Début juin 2022, les éleveurs seront sollicités pour des réunions publiques, à Lembach, Diemeringen et Ingwiller. Autre information heureuse : un groupe technique d’une dizaine d’éleveurs du PNR se concertera pour la mise en place d’un atelier de transformation de viande collectif, cette année 2022. Il sera multi-espèces et pourra traiter en AB. 30 éleveurs sont concernés. Aussi, des fermes pilotes, dont celle de Manon Schwarz qui est au conseil d’administration du SO 67, travaillent à optimiser la ressource fourragère, avec le PNR. Sébastien Morelle et Lucile Figuière sont les interlocuteurs privilégiés des agriculteurs au pôle « Nature et agriculture » du parc.

Les éleveurs ont retrouvé du mordant, lorsque Patrick Soury, vice-président de la Fédération nationale ovine (FNO) et président de la section ovine d’Interbev, a pris la parole en fin d’AG. Si les modalités d’attribution des aides restent inchangées, l’enveloppe de la Pac 2023-2027 baisse. Comment être sûr qu’en 2027 chaque éleveur touchera encore autant qu’aujourd’hui ? La députée européenne Anne Sander, invitée, est intervenue : « Ce sont les États membres qui ont décidé de baisser le budget. » Les députés se sont battus en vain. La contractualisation obligatoire pour l’amont, qui vise à sécuriser le revenu de l’éleveur, a aussi été abordée. « Même si les charges augmentent depuis quelques mois (l’indice Ipampa ovin viande ayant augmenté de 14,2 % en un an, selon le chiffre de janvier 2022, NDLR), on a un prix de l’agneau qu’on a jamais connu (plus de 8 €/kg carcasse, fin 2021, NDLR). C’est positif », souligne Patrick Soury. En Alsace, la contractualisation a déjà cours, avec plusieurs opérateurs, a rappelé Hervé Wendling. Par ailleurs, la FNO s’interroge : l’agrivoltaïsme ovin serait-il une opportunité ? Une charte « évolutive » est en préparation. Le SO 67 a rebondi sur la question de la prédation, à peine survolée, pour annoncer que cinq nouvelles communes bas-rhinoises, dont Dieffenbach-au-Val, Gommersdorf et Preuschdorf, entraient dans le cercle 2, où les éleveurs seront donc éligibles aux aides pour les chiens, et le matériel de protection des troupeaux.

Le retour de la fête des bergers

En 2021, rares sont les manifestations publiques qui ont été maintenues, a souligné Simon Maier, le secrétaire général du SO 67, dans son rapport d’activité. « Heureusement, à la Foire européenne, le 4 septembre dernier, nous avons mobilisé nos équipes sur une journée spéciale ovins, avec une nocturne. Un menu burger du berger et yaourt de brebis a été proposé toute la journée. Une animation de tonte de mouton a complété notre action. Les animations ont été très appréciées et nous ont permis de faire part au grand public de notre passion qui est l’élevage », a-t-il dit. Le même mois, le SO 67 fêtait le renouvellement de la charte ovine, qui permet de faciliter les installations dans la filière grâce à des partenariats avec : l’association Agneau terroir d’Alsace (Ata) qui s’engage à promouvoir le produit et à assister les nouveaux éleveurs installés dans leur système de commercialisation des agneaux et des brebis de réforme, la CAA pour l’accompagnement technique des élevages, la Safer pour le maintien des surfaces pour la production ovine, le Crédit Mutuel pour un accompagnement financier pour le syndicat, pour les jeunes installés, mais également pour les éleveurs qui souhaitent développer la génétique dans les élevages, la coopérative Cobevim pour la mise en place de cheptel, du matériel ainsi que l’aliment, et les lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach qui s’engagent à promouvoir la filière ovine auprès des élèves. Auparavant, une journée conviviale avait eu lieu chez Manon Schwartz. Ont aussi été évoquées les Ovinpiades des jeunes bergers.

Hervé Wendling a démarré, lui, le rapport d’orientation par une pique à Patrick Soury. « Au niveau de l’aide ovine, où est passée la prime à la productivité ? Alors qu’aujourd’hui, la production française de viande ovine ne permet pas de couvrir les besoins de consommation alimentaire intérieure, qui dépendent, pour moitié des quantités consommées, des importations », a-t-il interrogé. Il espère que, sur l’aide de 400 millions d’euros pour l’élevage, du gouvernement, face à la hausse des charges alimentaires, la filière ovine ne sera pas mise sur le banc de touche. Ces messages passés au national, le président sortant de la section bas-rhinoise a remercié l’association Ata, qui aide à valoriser la viande localement. Il a appelé de ses vœux à des partenariats éleveurs-céréaliers aussi, afin de garantir l’autonomie fourragère des élevages alsaciens. Virginie Ebner a enchaîné. « La prédation est un sujet qui revient sur la table. Après une année sans attaque, en voici deux, en l’espace de deux mois. Le loup, comme le lynx, s’est installé sur notre territoire. Nous allons suivre ce dossier de près, afin que nos élevages ne soient pas la proie incessante de ces prédateurs, qui peuvent mettre à mal nos exploitations », a-t-elle précisé. La jeune nouvelle présidente a conclu sur une note éminemment positive : la fête des bergers. Elle aura lieu le 7 août.

 

 

Service de remplacement du Bas-Rhin

Une demande croissante

Vie professionnelle

Publié le 29/03/2022

Suite aux élections du nouveau bureau des JA 67, l’assemblée générale du SR 67 a démarré vendredi 18 mars, par la présentation du nouveau président JA et SR 67 : Yannis Baltzer. Il succède à Julien Koegler, maire à Gerstheim, qui abandonne ses responsabilités syndicales. Yannis pourra toujours compter sur Christophe Haas, très investi au SR 67 et qui effectue son dernier mandat JA cette année 2022, et sur Guillaume Fuchs, utilisateur du SR fraîchement élu. Anthony Carbiener était aussi là pour son dernier round JA. Autre nouvelle : Marilyn Chardonnet, responsable du SR 67, coordinatrice, quittera son poste le mois prochain, en avril. Les JA recrutent sa remplaçante.

Les « sortants » peuvent se targuer d’un bilan excellent. En 2021, près de 8 000 jours de services ont été rendus par le SR 67, tous motifs confondus : accident, hospitalisation, maternité, paternité, congés, complément de main-d’œuvre, formation syndicale. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 % entre 2020 et 2021, mais seulement de 10 % par rapport à une année normale (hors Covid). 2021 enregistre ainsi la plus forte demande de ces dix dernières années : en cause vraisemblablement, les « bébés Covid » (40 % de maternité et paternité en plus en 2021) et les hospitalisations reportées à cause du Covid. Ces remplacements représentent environ 64 000 heures en 2021. Le SR compte 274 agents de remplacement, dont quatre sont en CDI, soit presque quarante ETP. Deux agents supplémentaires devraient être recrutés en CDI dans les mois à venir, pour prendre la place de deux agents en CDI partis depuis peu ; ainsi qu’un CDD (six mois), sachant qu’un CDD de six mois est déjà en poste. Les salariées administratives représentent, elles, 1,5 ETP. Audrey Schmitt, arrivée en 2021, travaille à mi-temps pour le SR 67 et à mi-temps pour les JA 67. Un peu plus de 300 agriculteurs adhèrent au SR 67 : un chiffre stable. Mais ils sont 407 à utiliser le service, dont 44 femmes.

Communiquer

Via le SR Grand Est, le SR a bénéficié d’une belle campagne de communication en 2021 : dix articles dans la presse agricole, des vidéos, une page Facebook dynamisée par ces contenus et les offres d’emploi du Bas-Rhin. Si le SR 67 est intervenu aux stages 21 h pour les futurs installés, malheureusement, la finale de labour n’a pas eu lieu dans le Bas-Rhin en 2021. Encore trop d’agriculteurs ne savent pas ce qu’est le SR, déplore Julien Koegler.

L’ex-président, aujourd’hui, relève surtout une baisse des demandes au SR pour cause de « répit ». « Sur les trois derniers trimestres, il n’y a eu aucune sollicitation du SR 67 pour ce motif », précise-t-il. Charge aux assistantes sociales de la MSA d’Alsace mais aussi à tous les confrères agriculteurs, note Julien Koegler, de guider les exploitants en difficulté morale et/ou financière, pour qu’ils s’octroient grâce au SR 67, un moment de répit, de vacances, loin de la ferme. Tous les bénéficiaires étaient revenus enchantés sur leurs exploitations, à en croire les représentantes de la MSA présentes. L’enveloppe nationale dévolue aux « répits » n’est jamais consommée, rappelle un élu de la MSA. Celle dédiée aux formations syndicales se réduit comme peau de chagrin, déplore Julien Koegler, qui en appelle à la Chambre d’agriculture Alsace pour que ce budget cesse d’être raboté.

 

 

Rationaliser

Si le pic des 8 000 jours de remplacement a été atteint, Julien Koegler met en garde : il doit y avoir adéquation entre l’offre et la demande. « La demande pourrait avoisiner les 10 000 jours mais nous n’avons pas les salariés en face pour y répondre », prévient-il. Christophe Haas poursuit : « Il y a un équilibre économique à trouver : si le salarié rentre à son domicile entre deux traites et qu’il n’a pas d’autre mission, ce n’est pas rentable. On essaie toujours de lui trouver une mission à côté. » La question des frais kilométriques est abordée. Les dépenses sont étonnamment stables entre 2020 et 2021, grâce à cet effort de rationalisation. Mais avec l’augmentation récente du prix de l’essence, une prime ou une augmentation pérenne devrait être consentie aux agents, sachant qu’un agent roule en moyenne, 800 km par mois.

Le compte de résultat 2021 atteint les 1 277 000 euros mais le déficit équivaut à 29 500 euros, alors qu’en 2020, un bénéfice de 31 500 euros était notifié. 2022 devrait voir les comptes se rééquilibrer, d’après Julien Koegler, même si la hausse du prix de l’essence pèsera toujours.

En fin de séance, Groupama a enjoint le SR 67 à faire la promotion de son assurance, puisqu’au-delà de 20 jours, le remplacement pour cause d’accident n’est plus pris en charge par la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace (CAAA). Le SR 67 et Groupama Grand Est ont ensuite signé une convention mise à jour. Pour rappel, l’agriculteur déclare le sinistre au SR, qui remonte à l’assurance. Ce travail du SR est rémunéré, autant que son rôle de prescripteur. Si, depuis les années 1980, l’échange de bons procédés qui simplifie la tâche aux exploitants avait cours, aujourd’hui, la convention le formalise.

 

 

Fruits et légumes d’Alsace

Un show unique en France

Pratique

Publié le 21/03/2022

Fin mars, les premières plates-bandes seront semées d’asperges et de rhubarbe, non loin du centre commercial d’Illkirch-Graffenstaden, sortie Baggersee. « Le défi, ce sera d’avoir des asperges à l’automne », s’exclame Fabien Digel, le directeur de l’Ifla. Sur 40 000 m2 de terrains agricoles appartenant à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), l’Ifla prépare doucement ce qui sera du 22 au 25 septembre, « le plus grand show fruits et légumes de France », avec uniquement des productions alsaciennes. Au centre de l’exposition, une pyramide de 7 m de hauteur. De ce cœur, tel un soleil, partiront des rayons, composés de 46 potagers de 14/17 m, au bout desquels des structures monumentales de 5 m de haut s’élèveront. « Un crocodile, un lion, un poisson et un dragon ont été acquis à la fête du citron, à Menton », précise Pierre Lammert, le président de l’Ifla. Un verger de 300 m2 et deux serres de 200 m2, chacune, compléteront le tableau… qui s’illuminera pour les nocturnes, vendredi et samedi soir.

« L’objectif du show est de sensibiliser les consommateurs alsaciens aux fruits et légumes locaux, afin qu’ils achètent local », cadre Fabien Digel, le 8 mars au Marché-gare de Strasbourg, lors de la première conférence de presse annonçant l’événement automnal. Tout comme l’EMS, le marché d’intérêt national (Min) soutient la manifestation, en mettant à disposition ses infrastructures. Doris Ternoy, présidente du Min de l’EMS, rappelle que la majorité des fruits et légumes de Strasbourg transitent au Marché-gare, d’où cette proximité avec l’Ifla. Autres partenaires : la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), la Région Grand Est, la ville d’Illkirch-Graffenstaden, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), pour ne citer qu’eux. Le budget prévisionnel est de 500 000 €, dont 100 000 € seront dévolus uniquement aux chapiteaux. « On change de dimension par rapport à Saveurs et soleil d’automne, qui avait coûté 300 000 €, dans les années 2010, à Sélestat », souligne Pierre Lammert.

 

 

Dynamisme de la filière locale

Quand en France, les surfaces dédiées aux fruits et légumes baissent, en Alsace, elles augmentent grâce au dynamisme de la filière locale, ajoute le président de l’Ifla. 90 % des productions et 80 % des producteurs de fruits et légumes en Alsace, passent par l’interprofession ; dite « longue », puisqu’elle englobe la commercialisation. Unique en France. Les fruits et légumes en Alsace, ce sont environ 5 000 ha sur 700 exploitations et 4 000 emplois… soit presque un emploi par hectare ! Le chiffre d’affaires global de la filière alsacienne est de 100 millions d’€ par an. Avec son logo Fruits et légumes d’Alsace (décliné pour la bio) qui accroche, une ambassadrice ex-Miss France et des success stories telles la pomme Natti et les pommes de terre bio Popeli’Pop, l’Ifla peut s’enorgueillir d’être active de la fourche à la fourchette. L’événement à venir confirme son engagement auprès des producteurs et de tous les acteurs de la filière.

Près de 300 variétés, dont une centaine de courges et tomates, seront semées, plantées et présentées au show de l’Ifla 2022 : 40 tonnes de fruits et légumes seront mis en scène à Illkirch-Graffenstaden cet automne, et uniquement made in Alsace. Des courges et coloquintes seront notamment produites sur 4 ha en dehors du site, pour servir à la décoration. Cette démonstration de force gargantuesque donnera l’eau à la bouche : trois restaurants, des buvettes et un bar à smoothies régaleront les curieux, qui pourront aussi aller faire leur marché. Outre des ateliers pédagogiques pour tous (dont les écoliers de l’EMS), des spectacles, conférences et démonstrations culinaires rythmeront les quatre jours. Santé et écologie seront, autant que la gastronomie, au centre de l’attention. Le président d’honneur de la manifestation sera le docteur Christian Recchia, spécialisé en science des aliments et dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. « La moitié de l’assiette devrait être composée de légumes, rappelle Fabien Digel. Les chefs et lycéens montreront comment les cuisiner, les mettre en valeur. »

Cohérence

Croquer local et sain, c’est dans l’air du temps. Pour coller à l’injonction « manger, bouger » et réduire encore l’empreinte carbone, « le plus grand show fruits et légumes de France » prend place, stratégiquement, au sud de Strasbourg. L’accès en transports en commun et/ou à vélo est facilité. Les organisateurs essaient d’être cohérents dans leur démarche, en tous points. À la fin de l’événement, les fruits et légumes qui auront émerveillé le public, a priori surtout familial, seront offerts à la Banque alimentaire et aux Restos du cœur. Il est possible, d’ores et déjà, d’acheter son billet : l’entrée est à 5 € en prévente (6 € sur place) pour les plus de treize ans, gratuite avant cet âge. Les demandeurs d’emploi, étudiants et personnes à mobilité restreinte bénéficient d’un tarif réduit à 3 €. Sur le site internet de la manifestation, un moteur de recherche permet de trouver le producteur local, le plus proche de chez soi, par fruit et légume. Les stands, les jours J, seront réservés aux exposants de produits et services « Made in Alsace ». Tout est mis en œuvre pour communiquer sur la valeur ajoutée des produits locaux. Chaque grande étape de la préparation de l’exposition sera relayée sur les réseaux sociaux. « Festif, populaire et conscient », ce show promet d’être « une belle réussite », conclut Doris Ternoy.

Paysage

« Les salariés sont la source du succès »

Vie professionnelle

Publié le 10/03/2022

Le chiffre d’affaires de la pépinière et entreprise du paysage René Wolff et fils, à Hoerdt, évolue à la hausse de 2 à 3 % en moyenne par an, depuis sa création dans les années 1960. Mais les trois dernières années, il a bondi de + 5 à + 15 % annuellement. « C’est dû aux clients particuliers. Nous rénovons beaucoup de jardins, depuis trois ans. Le Covid a accentué cette demande. Les gens étaient chez eux. Le jardin est devenu une pièce de la maison, un lieu de détente, planté de verdure. Surtout en Alsace, où on a la fibre verte, comme les Allemands et les Suisses. Les particuliers veulent aménager leurs extérieurs », explique Jacky Wolff, le président de l’entreprise, qui mise avant tout sur « le vert », pour des jardins qui changent au fil des saisons. Cette dynamique est générale. « On observe une forte hausse de la demande de la part des particuliers, dans tout le Grand Est et en France, depuis le premier confinement et déjà avant », atteste Adeline Visine, déléguée générale Grand Est pour l’Unep. Le chiffre d’affaires des entreprises du paysage dans le Grand Est (de 420 millions d’euros en 2020) a augmenté de 8 % entre 2018 et 2020. En France, il a crû de 6 % sur la même période, pour atteindre 6,25 milliards, fin 2020.

La particularité du Grand Est est que jusqu’à 64 % du chiffre d’affaires résulte de la création de jardins et d’espaces verts, contre 55 % au national. René Wolff et fils a d’ailleurs son propre bureau d’études, propose ses dessins. « On a plus de marchés publics dans le Grand Est qu’ailleurs pour des créations de nouveaux espaces, que les collectivités entretiennent elles-mêmes par la suite », spécifie Adeline Visine. Ceci explique aussi que les 1 580 entreprises du paysage du Grand Est (soit seulement 5 % des 30 050 entreprises françaises) sont de plus grande taille, généralement, qu’ailleurs en France. Elles comptent en moyenne 3,7 actifs, contre 2,7 en France. Jacky Wolff emploie, lui, une trentaine de personnes. Et il recrute encore ! La société cherche deux personnes qualifiées, pour l’aménagement paysager, depuis deux ans.

Priorité au recrutement

« On manque de main-d’œuvre partout », constate Jacky Wolff. La tendance est en effet générale. En France, six entreprises du paysage sur dix ont du mal à recruter. Dans le Grand Est, qui comptait 7 150 actifs fin 2020, si 1 100 emplois ont été créés en deux ans, plus de 1 000 CDI restent encore à pourvoir, tant le secteur est dynamique. Sur ce millier de postes disponibles dans la région, environ 500 sont à doter en Alsace, puisque près de la moitié des entreprises du paysage du Grand Est sont basées en Alsace. Densité démographique et pouvoir d’achat supérieur aux autres départements sont en cause. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin totalisent 622 entreprises du paysage. « On refuse des chantiers depuis deux ans parce qu’on ne trouve pas de jardiniers, et parfois des chantiers importants, confie Jacky Wolff. C’est le cas de la plupart des entreprises alsaciennes. »

« Les problèmes de qualification, le manque de motivation des candidats et surtout l’absence de candidatures sont les trois principaux freins », observe l’Unep. « Beaucoup de chefs d’entreprise sont débordés aussi. Ils ne publient pas d’offres d’emploi et les candidats potentiels ne savent donc pas qui recrute, où aller », détaille Adeline Visine. Jacky Wolff acquiesce : « Il faut réussir à motiver les apprentis, puis à fidéliser les jeunes. » Le dirigeant soigne donc sa politique salariale et les conditions de travail. « Les salariés sont la source du succès. On doit leur faire confiance. Ils mettent en œuvre et adaptent les idées », sait Jacky Wolff. 80 % des employés le sont en CDI et 10 % sont des apprentis. Il y a très peu de CDD dans les professions du paysage. C’est également le cas chez René Wolff et fils, qui compte trois apprentis.

« Nous, on aime les MacGyver. Ils trouvent des solutions sur le terrain, avec le matériel qu’ils ont », résume Jacky Wolff, qui est aussi président du CFA d’Obernai depuis onze ans. Qui dit recrutement dit formation. Actuellement, 270 apprentis en aménagement paysager sont formés au lycée agricole d’Obernai, du CAP au bac pro. À la rentrée prochaine, un BTS Aménagement paysager va s’ouvrir, avec trois pôles de spécialité : génie végétal (environnement), pour les particuliers, pour les collectivités. « Ces diplômés-là seront assistants de la direction. Ils seront formés à la gestion et au dessin », précise Jacky Wolff. À Rouffach, du CAP au BTS, 260 apprentis sont dans les classes et dans les entreprises. Quant au lycée du Pflixbourg, à Wintzenheim, il accueille une centaine d’élèves en formation initiale. Au total, plus de 600 jeunes seront diplômés en Alsace prochainement. L’apprentissage, comme ailleurs en France, est la voie royale. Dans le Grand Est, en 2020 par exemple, 1 600 personnes étaient en formation, dont 1 100 apprentis, 350 en formation initiale et 150 en formation continue. Les entreprises du paysage recrutent à tous niveaux mais avoir le permis B est souvent une condition sine qua non. Les dirigeants sont ouverts aux personnes en reconversion professionnelle. Et pour cause, l’Unep recense quinze métiers du paysage différents, dont élagueur et installateur de piscine. Les maçons sont les bienvenus. « On en forme du monde ! Entre + 10 à + 20 %, chaque année », assure Adeline Visine. Une enquête exclusive, avec le Conseil régional, montre que 63 % des jeunes diplômés sont en CDI dans les deux ans qui suivent la fin de leurs études.

Hausse des prix des matières premières

Si les besoins en main-d’œuvre plombent la progression des entreprises du paysage, l’augmentation des prix des matières premières est un nouveau problème. « Les graines coûtent de 10 à 25 % plus cher », lâche Jacky Wolff. La raréfaction des végétaux serait à l’origine de ce bond. « Nous sommes très mécanisés. L’augmentation du gasoil nous touche aussi. Nous consommons entre 37 000 et 40 000 litres de gasoil par an. La hausse des prix nous impacte forcément », enchaîne-t-il.

Depuis trois ans, René Wolff et fils investit dans des véhicules électriques, moins polluants, pour continuer à travailler dans l’Eurométropole de Strasbourg : entre 200 000 et 300 000 euros chaque année. Malheureusement, la pause de bornes pour (re) charger les batteries traîne… Les transformateurs à proximité de l’entreprise ne seraient pas assez puissants actuellement pour ce faire. « Aujourd’hui, soit on chauffe les bâtiments, soit on charge », synthétise Jacky Wolff, sans rire. Il a participé à la commission technique pour la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE). « Nous voulons tous polluer moins mais il faut y aller à petits pas, ne pas mettre la charrue avant les bœufs », conseille-t-il, satisfait que certains de ses outils, tels les camions-bennes, camions-grues et toupies-béton, bénéficient d’une dérogation de trois ans. Quant aux produits phytosanitaires, son entreprise n’utilise que le biocontrôle. « Des produits qui coûtent dix à vingt fois plus que l’intrant type Round up, souligne Jacky Wolff. Malgré cela, en bons gestionnaires, nous sommes en progression. »

 

 

Journée internationale des droits des femmes

Les élèves du lycée agricole d’Obernai s’investissent toute l’année

Pratique

Publié le 08/03/2022

Une jeune femme marche dans la rue. Elle rentre de soirée, seule. Deux hommes la suivent. Elle le remarque et commence à accélérer le pas. Elle prend visiblement peur. Les deux hommes la rattrapent. L’un d’eux saisit son bras. C’est à ce moment-là que la scène se fige. Les trois étudiants de BTS APV, acteurs, arrêtent de jouer. « La scène que vous venez de voir se finit par une agression sexuelle, dit Romain, le narrateur. Il est 2 heures du matin. Vous rentrez de soirée entre amis et vous êtes témoins. » « Que faites-vous ? », interroge Mélodie. Elle motive les 24 élèves de seconde générale, face à eux, à participer. Dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication (Pic), fin janvier, Anna, Romain, Eugène, Léo et elle souhaitent sensibiliser ces lycéens aux violences faites aux femmes, par le biais du théâtre-forum.

Le premier lycéen à se manifester gonfle les muscles : il veut frapper les agresseurs. Des camarades de classe le stoppent. Sa réaction est inappropriée. Ils se lèvent pour improviser la suite de la scène. Ils se confrontent aux hommes, les filment, prennent des photos. Les agresseurs prennent la fuite. Les lycéens les suivent et appellent la police, pendant que d’autres prennent soin de la victime. Répondre à la violence par la dissuasion : telle est la solution. Pour aider les étudiants de BTS à l’initiative des scénarios, et les élèves de 2de qui proposent leurs sorties de crise, Masika Bouquet, éducatrice spécialisée de l’association SOS Femmes solidarité 67, intervient. Elle valide leurs idées (ou pas), partage avec eux des astuces pour se protéger aussi : avoir un sifflet sur soi, qui permet d’alerter les riverains, ou appeler le 3919 (lire encadré), pour être au téléphone avec quelqu’un, quand on marche seule dans la rue, le soir.

Consentement et désir

Les cinq étudiants de BTS questionnent ensuite les lycéens, pour faire avancer leur réflexion… mais ces derniers sont déjà bien avertis. Est-ce que c’est normal d’avoir peur de marcher seule, tard le soir, dans la rue ? Non. Ils sont unanimes. Peu importe l’attitude et la tenue d’une femme, elle doit pouvoir être et se sentir en sécurité. La question du cyberharcèlement est aussi abordée, via la fuite de photos intimes d’une jeune fille sur les réseaux sociaux. Les spectateurs actifs la soutiennent, évidemment. La victime, surtout si elle est mineure, est invitée à s’en remettre à un adulte de confiance pouvant l’accompagner au commissariat ou à la gendarmerie, le cas échéant. Mélodie résume les conseils de Masika Bouquet et ceux trouvés sur internet, quant au partage de photographies à caractère sexuel, via les nouvelles technologies de communication. « On peut tout à fait envoyer des photos intimes si on en a envie, si ce n’est pas une contrainte, mais à quelqu’un qu’on connaît, en qui on a confiance, qu’on a déjà vu. Il faut réfléchir avant de le faire », rappelle-t-elle. La question du consentement et du désir est, en filigrane, posée. Celle ou celui qui envoie la photo sexy ou plus doit y consentir pleinement, tout autant que celle ou celui qui la reçoit.

Quant aux violences conjugales pouvant mener aux féminicides, le drame se joue, comme souvent dans la réalité, à huis clos. Appeler des voisins et sonner à la porte, téléphoner au 17, après avoir situé d’où viennent les cris, prévenir une association sont autant de réactions plébiscitées. « En aucun cas, vous ne rentrez dans l’appartement : c’est interdit par la loi », insistent les étudiants et l’éducatrice, à la fin de l’improvisation. Certains lycéens avaient forcé la porte. Romain, dans le rôle de l’agresseur, les avait alors pris au col. « Sa violence peut se retourner contre vous. Il peut en plus, être armé », pointe Masika Bouquet.

La dernière séquence mise en scène par les étudiants figure un dépôt de plainte… Les forces de l’ordre, masculines, font preuve d’un machisme acharné. La victime répète que rien ne justifie son viol : ni sa tenue, ni la relation entretenue, encore moins son état. À tout moment, elle peut dire stop. Las, les représentants de la loi n’estiment pas forcément que sa plainte est fondée. Cette fois, la scène est exposée. Les lycéens ne sont pas invités à intervenir. « Allez dans un autre poste, si c’est comme ça. C’est notre droit de porter plainte. On est censé être écouté. Plus il y a de plaintes, plus ça évolue », souligne Mélodie, 21 ans. Il est possible d’être accompagné pour déposer plainte, notamment par un salarié d’association, qui est habilité à rester aux côtés de la victime durant toute la procédure. « Et on peut contredire une figure d’autorité », glisse Laurent Bazire, enseignant d’éducation socioculturelle, qui a guidé les étudiants de BTS pour ce Pic. Les lycéens ne se sentent pas forcément à leur aise pour aller jusque-là. Heureusement, de plus en plus de policiers sont formés à recevoir les victimes de viols et violences, a répété l’éducatrice. Pour appuyer tous leurs propos, les étudiants ont profité de vidéos mises à disposition par l’association. Ils ont aussi distribué des violentomètres aux lycéens.

Libérer la parole

Le choix de sensibiliser aux violences subies par les femmes et à leurs droits, via le théâtre-forum, était ambitieux mais cette technique a semblé la plus pertinente aux étudiants de BTS. « Pour impliquer les lycéens, les captiver », justifie Mélodie. « Et rompre avec un discours très vertical. C’est une action de libération de la parole des jeunes », assure Laurent Bazire. « La preuve : ce projet a fait avancer les choses », rebondit Mélodie. « Ça a permis à une élève, victime, de s’exprimer ; de parler à un adulte », atteste Louis Sigrist, élève de 2de qui a participé au théâtre-forum. « À la fin de l’intervention, elle a eu un déclic, abonde Morgane Lambert, leur camarade. On lui disait que ce n’était pas normal la façon dont elle était traitée, mais de l’entendre dans ce cadre, ça l’a fait réagir. On ne savait pas forcément comment lui parler, non plus. Maintenant, on utilise des mots plus précis, moins forts, moins choquants pour elle. On reste objectifs. Surtout, on ne juge pas. Et on continue à poser des questions. On s’inquiète. » « Elle ne s’est pas encore éloignée de la personne toxique mais elle parle », précise Louis, 15 ans.

Il aura fallu plus de trois heures de mises en situation et de discussions à l’adolescente victime d’abus, pour se décider. « On a évoqué les droits des femmes, avant et après le théâtre-forum, avec Madame Rayou, notre professeure », indique encore Louis. Au collège, Morgane et lui ont déjà été sensibilisés à ces questions mais ils sont effarés par les chiffres (146 féminicides en 2019, par exemple) que leur ont exposés leurs aînés, et ils sont reconnaissants pour ce qu’ils ont appris ou revu. « On connaît le cyberharcèlement mais on a détaillé ce que c’est et on a pu expérimenter ce que ça peut faire quand on ne l’a pas vécu », témoigne Morgane. Le dispositif théâtral, inclusif, sans « quatrième mur », sans frontière entre la scène et le public, a permis aux lycéens de facilement prendre part au jeu et de « se lâcher », de tester tous les champs des possibles, avant de retenir les bons réflexes à adopter, s’ils sont témoins ou victimes.

« Les agressions sexuelles, c’est tous les jours et on n’en a même pas forcément conscience », constate Mélodie. Des amies d’Anna, 19 ans, ont déjà été victimes. Romain, Eugène, Léo et les deux jeunes femmes se sont engagés dans ce Pic, parce qu’ils veulent informer, que ce ne soit pas tabou. Un dernier conseil pour la route ? « Dans les bars, il faut commander un cocktail Mademoiselle, pour être mise en sécurité. Et, à la pharmacie, demander un masque 19, si l’on est victime de violences conjugales : on prend votre adresse et on l’envoie aux forces de l’ordre. »

Concours général brunes des Alpes au SIA 2022

« Participer, c’est déjà gagner ! »

Élevage

Publié le 01/03/2022

Ils ont les yeux qui pétillent. La fête et l’entraide entre éleveurs, la rencontre avec les politiques, l’effervescence du salon, la performance d’Odessa et surtout, leur connivence : les associés de l’EARL de la Marguerite, à Stotzheim, Sébastien Baur et Jean-Charles Wurry, savourent d’avance leur aventure parisienne, début mars. « Participer, c’est déjà gagner ! », s’exclame Sébastien, heureux de ce saut dans l’inconnu, qu’il peut aisément fantasmer grâce à tous les reportages qui abreuvent les Français, chaque année. « Je ne cherche ni à ce qu’Odessa devienne la grande championne de Paris, ni un gain financier. Des embryons ont déjà été collectés ici. Le but du concours n’est pas de faire notre renommée mais de vivre un moment complice avec la génisse », affirme Sébastien Baur.

Caprice de star

Fin janvier, Jean-Charles et lui ont reçu la confirmation qu’Odessa, 3 ans, est retenue pour le concours général agricole (CGA) brunes des Alpes, vaches en première lactation, qui aura lieu le vendredi 4 mars 2022 au Salon international de l’agriculture (SIA). Sa suppléante s’appelle Pétula. Depuis, Sébastien qui est responsable du troupeau laitier, entraîne les animaux à marcher à la longe. « Surtout Odessa », admet-il. La belle n'était sortie à peine six fois mi-février (musique à fond dans les oreilles, pour l’habituer) qu’elle fait déjà sa star.

Ce lundi, elle n’est pas d’humeur. Sébastien la cherche dans le troupeau et l’amène dans le box assez rapidement, grâce à Jean-Charles qui joue le rabatteur. Il lui passe le licol. Facile. « Une fois qu’elles ont compris, ça va », glisse Sébastien. Mais dehors, Odessa piétine. La génisse vient de manger. Les granulés ne suffisent pas à la faire marcher.  « Tourne-lui la queue », lance Sébastien à Jean-Charles, pour la faire avancer. L’astuce fonctionne. La vache cherche le contact avec ses éleveurs. Elle est amicale mais capricieuse ce 14 février, alors que deux jours avant, elle allait sans peine. Le fort vent froid du lundi matin n’aide peut-être pas au tour de piste ; qui dure une demi-heure maximum à chaque fois, pour que la balade reste agréable.

 

 

« Feeling »

« Il faut trouver le juste milieu entre douceur et fermeté, explique Sébastien. C’est elle la plus forte mais, heureusement, elle ne le sait pas. Pour éviter qu’elle me tracte, je la mets en inconfort : je lui tourne la tête. Je lui dis : allez, on danse la valse ! On fait un tour sur nous-mêmes. Puis je la remets en confort. À un moment, il faut y aller. C’est moi qui la promène et non l’inverse. C’est toujours nous qui avons le dernier mot, jamais elle. Et tout ça, sans jamais la brusquer ! Un animal n’oublie pas. Si on fait une erreur, cela peut se corriger mais il va falloir remettre la bête en confiance. » Odessa pèse entre 600 et 650 kg.

« J’ai créé de la complicité, un lien avec elle. C’est du feeling. Les animaux sentent nos émotions avant même qu’on ne les exprime. Pour qu’elle avance, a priori, je lui tape juste sur les fesses. Au SIA, son seul repère ce sera nous. Elle sera dans un environnement qu’elle ne connaît pas. Elle va forcément nous suivre », prédit le passionné de brunes. Si les granulés attirent peu l’attention d’Odessa, le carré d’herbe devant la ferme semble l’intéresser. Elle est gourmande. « C’est de famille », plaisante Sébastien Baur. Les clients du magasin de vente directe de Jean-Charles, qui cultive des plants, fruits et légumes, profitent de l’animation.

Une vitrine pour la race

Odessa et Pétula n’ont pas de traitement de faveur, à part ça. Elles vivent avec le troupeau, comme les autres vaches. Une seule partira : a priori, Odessa. Elle sera tondue avant le départ et passera entre les mains de l’ostéopathe, avant de monter dans le van de Sébastien et Jean-Charles, mardi 1er mars. Le soir, au SIA, ce sera douche, traite et contrôle sanitaire obligatoire à partir de 20 h, après la fermeture du salon aux visiteurs. Le 9 février, Odessa a déjà eu droit à des prises de sang. Elle fait partie des seize brunes sélectionnées à travers toute la France, pour le CGA 2022. En Alsace, c’est l’EARL de la Marguerite qui compte le plus de brunes : une cinquantaine, dont vingt laitières et la suite. Odessa participe au CGA sous l’impulsion du syndicat de la race, BGS, et de son technicien Thomas Gerouville.

« Elle est arrivée en mars dernier dans l’exploitation, pleine, raconte Sébastien. Elle a été acheminée par camion, de Côte-d’Or, là où il y a le plus de brunes en France. » Mais Thomas ne l’a découverte que fin octobre 2021. « On a une mère à taureau brune que Thomas voulait voir. Il est venu cet automne. C’est là qu’il a repéré Odessa et Pétula, issues de pères français. Odessa lui a tapé dans l’œil. On a inscrit les deux génisses au concours, en décembre. » Elles correspondent au standard de la race. « Odessa a une note générale de 84 points, attribuée par Pierre Gigant, le technicien pointeur d’Elitest et BGS », ajoute Sébastien. Pour le syndicat, le concours à Paris est une vitrine. Les éleveurs rentreront du SIA le 6 mars. Sébastien et Jean-Charles remercient d’ores et déjà la dizaine de sponsors qui leur permettra de voir « l’envers du décor » du Salon de l’agriculture 2022, à Paris.

 

 

Soigner les arbres par les plantes

Une école de l’observation et de la tolérance

Cultures

Publié le 28/02/2022

Sur 20 ha de SAU, à Balbronn, Corinne Diemunsch cultive environ 12 ha de céréales, 5 ha de vignes (pour la cave du Roi Dagobert, dont des raisins de table), 3 ha de verger et 20 à 30 ares de plantes aromatiques. Ces dernières lui servent à soigner ou plus exactement à « stimuler les défenses naturelles » de ses cultures, bio depuis 2011. Elle vend le surplus, sec, à une poignée d’agriculteurs et d’amateurs. 90 % des traitements qu’elle applique à ses productions sont à base de plantes. Les 10 % restants sont constitués de cuivre et de soufre. Habituée des rendez-vous du Mois de la bio, en 2021, Corinne Diemunsch a orienté sa présentation sur le soin apporté aux arbres fruitiers. Chez elle, on trouve essentiellement des mirabelliers, des pommiers (pommes à jus), des poiriers et des quetsches, dans des sols argilo-calcaires. Il y a aussi des  noyers, des figuiers, des néfliers, des lauriers, un olivier, des baies de Goji et même… des poivriers. Cet hiver, s’établissent noisetiers, amandiers et châtaigniers.

Passionnée de plantes aromatiques, depuis l’enfance, Corinne Diemunsch s’est installée sur la ferme familiale, en 2001. Elle insiste : si elle a passé le cap du soin par les plantes, pour les plantes, dans les années 2010, cela demande : « beaucoup d’observation au départ, du temps, de l’organisation et, plus on essaie de comprendre et d’avancer, plus c’est complexe. » « Il faut être organisé… Au minimum, la veille du traitement. La clé, c’est l’observation, sur le terrain. Car il faut guider la plante, qui compartimente ; élimine souvent d’elle-même ses parties fragiles, malades. Et il ne faut pas attendre un résultat parfait », résume l’arboricultrice. Elle compte aussi sur ses variétés résistantes, rustiques, et la préservation de la biodiversité, pour protéger ses cultures. Des nichoirs et des hôtels à insectes parsèment son verger. Entre deux rangées d’arbres fruitiers productifs, seront semés des légumineuses et crucifères, qui fixeront l’azote dans le sol, pour limiter les apports d’engrais et décompacter les sols. Ses formateurs ou inspirateurs sont le permaculteur Stéfan Sobkowiak, l’arboriculteur Eric Petiot, l’agronome Claude Bourguignon et le biodynamiste Pierre Masson. Corinne recommande les ouvrages des éditions Artémis, Terran et Terre vivante.

Sauvages et cultivées

Grâce à ses connaissances, l’agricultrice s’est lancée dans la culture (sur paillage de chanvre ou toile de jute), le séchage et la préparation d’absinthe, d’achillée millefeuille, de lavande, de mélisse, d’origan, de rue officinale, de santoline petit-cyprès, de saponaire et de sauge, principalement. Elle cueille, avec l’autorisation des communes ou des particuliers, les plantes sauvages : consoudes, tanaisies, orties (qu’elle fauche surtout chez elle), prêles et reines des prés (de plus en plus difficiles à trouver et à remplacer, et, auxquelles elle substitue des feuilles et bois de saule, en attendant de trouver la bonne stratégie). « Je veux connaître l’emplacement des plantes, en partie parce que je bénéficie du label Ecocert sur l’ensemble de ma production », précise Corinne Diemunsch. La cueillette se fait au ciseau. Elle laisse toujours, au champ, quelques fleurs, pour le réensemencement naturel des plantes cultivées et surtout des plantes sauvages, mais aussi pour assurer la survie des insectes.

Pour lutter contre les maladies, rien de tel que l’achillée millefeuille, l’origan, l’ortie, la prêle ou le saule, la reine des prés, la tanaisie. A priori, le bouleau serait efficace contre la tavelure mais Corinne ne l’a pas encore expérimenté. Le jus de consoude, macéré à froid, est idéal pour cicatriser les plaies de taille. Les plantes à effet répulsif, « insectifuges », sont l’ail (que Corinne utilise peu, tant une macération d’ail à base d’huile peut brûler la peau et la plante, surtout par journée ensoleillée), l’absinthe, la camomille romaine, la fougère aigle, le raifort, la rue et la tanaisie. « J’utilise ces plantes en alternance, selon l’objectif que je souhaite atteindre », dit Corinne, sans trop s’étendre. Il ne s’agit pas de tuer les insectes mais de les disperser et de les éloigner. L’application des préparations répulsives à la tombée du jour est donc souhaitable, « pour que les animaux cherchent refuge ailleurs », souligne l’agricultrice.

Extraits, décoctions et tisanes

Corinne Diemunsch utilise diverses préparations, qu’elle garde parfois d’une année sur l’autre, comme celles à l’ortie, puisqu’elle en a besoin, dès le début du printemps, quand la plante est encore trop jeune pour être riche en oligo-éléments et autres nutriments. Corinne crée des extraits de plantes (macérations à froid, entre trois et huit jours), des décoctions (macérations à froid, 24 heures, puis portées à ébullition) et des infusions (les plantes sont plongées dans de l’eau chaude de 60 à 80°C, en maintenant la température entre vingt et trente minutes). Il est important de couvrir les récipients pour que les parties volatiles des principes actifs retombent dans l’eau. « Même l'extrait d’orties est couvert, jusqu’à la fin de la préparation », conseille Corinne Diemunsch.

Pour les préparations, elle se sert surtout des plantes séchées (dans sa grange), très rarement du frais. « Les plantes fraîches, par temps humide, sont contre-indiquées », partage-t-elle. Les plantes séchées se gardent deux à trois ans, maximum. Corinne les stocke dans de grandes caisses en bois, aérées. Les végétaux, une fois séchés, sont broyés grossièrement, afin de faciliter le stockage l’utilisation et l’efficacité, avant utilisation. Pour préparer 1 kg de plantes fraîches, il faudra 10 l d’eau, puis diluer plus ou moins, avant pulvérisation.

Le PH d’une plante étant de 6, les tisanes et toutes autres préparations sont mieux assimilées si le PH est identique. Après les transformations et avant le stockage des liquides, il faut bien sûr, bien filtrer. Corinne a recours à des pulvérisateurs classiques pour administrer ses préparations. Petit à petit, elle se diversifie. Un laboratoire et une pharmacie la sollicitent pour s’approvisionner en plantes aromatiques. Régulièrement, elle accueille les élèves du lycée de Rouffach ou un petit groupe de seniors, pour partager ses connaissances.

Les vidéos