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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Mondial des vins blancs 2022

Standing ovation* aux organisateurs

Vigne

Publié le 18/06/2022

« Je suis si heureuse d’être ici aujourd’hui, au Palais de la musique et des congrès, pour le Mondial des vins blancs. Après deux ans d’absence, à cause du Covid, je retrouve enfin les amis, la grande famille, que Christine Collins a créée », s’exclame Yegas Naidoo, juré sud-africaine du concours, qui a jugé pour la première fois les blancs à Strasbourg en 2013, et était confinée dans son pays les deux années passées. « On retrouve enfin, le jury du monde entier qui nous est cher cette année ! L’an dernier, un noyau de juges européens était venu. Aujourd’hui, des États-Unis, du Canada, d’Afrique du Sud, on peut à nouveau, voyager. Ils sont tous là », abonde Christine Collins, la directrice du Mondial, aux anges. Les 63 jurés de 20 nationalités différentes lui ont réservé une standing ovation*, à l’issue du concours, qui s’est déroulé les 11 et 12 juin. Sous un tonnerre d’applaudissements, émue aux larmes, elle les a remerciés. Ce sont de précieux atouts pour la renommée internationale du Mondial et de sacrées pointures, qui font de ces retrouvailles annuelles une rencontre de passionnés avisés, tout ce qu’il y a de plus convivial et érudit. Yegas Naidoo, par exemple, juge régulièrement pour l’International wine challenge (IWC) au Royaume-Uni, et divers autres concours de vin en France, en Allemagne, en Hongrie, en Suisse, au Canada et en Inde. Elle sélectionne les vins pour la compagnie aérienne sud-africaine, South African Airways.

Montée en gamme

« Ce Mondial des vins blancs ne cesse de monter en gamme, ajoute Yegas Naidoo. C’est un gewurztraminer qui m’a le plus surprise cette 24e édition. Il était si goûteux, bien fait ; sa structure était extraordinaire, ainsi que son équilibre, malgré le fait qu’il était si sucré. » 650 échantillons de vin, d’une vingtaine de pays différents, ont été dégustés, notés, samedi et dimanche derniers. Un riesling très sec a été applaudi aussi d’ailleurs, le deuxième jour. Les médailles d’or ont au minimum une note de 93/100. Lundi 20 juin à 18 h, les noms de tous les grands gagnants seront dévoilés. Mais on sait déjà qu’il y a un pinot gris double médaille d’or. « Sa grande complexité aromatique me permet de dire qu’il est issu de botrytis. Marmelade, orange amère, camphre : c’était le plus frais de tous les pinots gris, alors qu’il monte à 200 g en sucre. Son équilibre est fabuleux. Et il est… français ! Nous ne le savons pas quand nous le dégustons. On nous donne l’information ensuite. C’est sûrement un Alsace », raconte avec délectation, Thibaut Perratone, le plus jeune juré de cette édition. Chef sommelier au Château des Comtes de Challes en Savoie, depuis trois ans, le jeune homme de 29 ans participe pour la deuxième fois au concours. Il est toujours séduit par l’ambiance et l’unanimité autour d’un vin, malgré les approches différentes. « L’œnologue va juger le liquide en fonction de ses propriétés physico-chimiques : de l’acidité volatile, entre autres, par exemple ; le sommelier va s’attacher à la sensation, à ce que dégage le vin ; quant au vigneron, il pensera au millésime, à la grêle, au gel. Pourtant, les notes sont très proches à la fin autour de la table, et ce, aussi, quelle que soit la nationalité des jurés », détaille Thibaut Perratone.

Relais de communication

Les agents diplomatiques des États-Unis, du Japon, des Pays-Bas, du Kazakhstan, de l’Équateur et de la Hongrie, ont honoré de leur présence la manifestation, le dimanche 12 juin. Parce que les vins de leur pays concourraient ou/et parce que leurs compatriotes jugeaient, ils ont tenu à rencontrer les experts sur place, mais aussi, ils savent l’importance d’une médaille d’un tel concours pour la notoriété de ces vins, leurs visibilités sur les linéaires, leurs exportations. Les diplomates sont d’importants relais de communication du concours, dans leurs pays respectifs. Takeshi Akamatsu, consul général du Japon, et son épouse Toshiko, sommelière, ont assisté à une master class de Thierry Fritsch du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) en 2021, sur les terroirs. Cette année, ils reviennent pour retrouver des « amis », encourager les vignerons japonais. « J’espère que quelques-uns des vins japonais en lice seront primés cette fois. L’an passé, il n’y en a pas eu. C’est difficile de trouver du vin blanc japonais en France : la compétition est rude. Moi-même, pour mettre en avant nos deux pays, à ma table, je sers du blanc d’Alsace et du rouge japonais. J’aimerais qu’à l’avenir plus de vins alsaciens soient vendus au Japon, et que plus de vins japonais soient importés en France. On espère que ce Mondial permettra aussi cela. »

Baisse du nombre d’échantillons

Thierry Fritsch, œnologue du Civa, a sélectionné 36 grands crus d’Alsace, 24 rieslings, six pinots gris et six gewurztraminers, de 36 producteurs différents, pour les faire déguster aux diplomates et à tous les juges. « J’ai amené la Route des vins d’Alsace au Mondial des vins blancs. S’ils ne peuvent pas aller sur le terrain, ils ont l’occasion d’avoir un condensé de cette route à table, ici », résume-t-il. Le Civa participe depuis plusieurs années au Mondial. « C’est important parce que l’Alsace qui est une référence en blancs, se confronte aux autres pays du monde et inversement, à ce concours. Il y a un engouement », ajoute-t-il. Ainsi, des vins de Chypre, du Chili, du Mexique, de Hongrie, entre autres, sont venus s’affronter à Strasbourg. « L’Ukraine et la Moldavie gagnent à être connus pour leurs vins », assure Frédérique Pierré, de Fécomsi, chargée de la communication du Mondial des vins blancs, organisé par Strasbourg Events. En 2021, un vigneron ukrainien a été médaillé : c’était sa première participation. Il concourt gratuitement cette année avec douze échantillons, au regard des difficultés qu’il éprouve, conséquemment au conflit avec la Russie. Présenter un vin coûte 100 euros : le tarif est dégressif, rappelle Frédérique Pierré.

Le nombre d’échantillons au concours a légèrement baissé, en 2022, mais cette tendance est internationale. Elle a été observée dans toutes les 18 compétitions de Vinofed, la fédération mondiale des grands concours internationaux de vins et spiritueux. En cause : le millésime 2021, une petite production due aux intempéries. Pour la troisième année consécutive d’ailleurs, un prix Vinofed sera décerné au meilleur vin sec (entre 0 et 4 g de sucre résiduel) sur l’ensemble des vins mis en compétition. Ceci est également le cas dans chacun des concours membres de la fédération. « Une médaille compte : c’est une vente aidée. Une récente étude prouve que la majorité des Français y voient un gage de qualité », conclut Thierry Fritsch. Pour la première fois, le concours s’est ouvert cette année aux vins orange.

 

*une ovation, debout

Essai Dige’O, à Obernai

Comment optimiser l’azote du digestat de méthanisation ?

Technique

Publié le 17/06/2022

Le groupe venu assister à la journée technique Partage Tour, le 31 mai, était composé d’une vingtaine de techniciens, de dix étudiants en BTS et d’un agriculteur. Comment optimiser les pratiques d’épandage des digestats, grâce à une meilleure connaissance de leurs qualités fertilisantes, en comparaison à du fumier et de l’engrais minéral, est la question principale à laquelle les ingénieures du lycée agricole du Bas-Rhin, Margaret Johnson et Véronique Stangret, et Jean-Louis Galais, conseiller grandes cultures à la Chambre d’Agriculture Alsace (CAA), ont essayé de répondre, avec l’aide de Margaux Nedelec, technicienne d’expérimentation au lycée d’Obernai. Après la visite du méthaniseur, avec le chef de l’exploitation du lycée, Freddy Merkling, la trentaine de curieux est allée voir les parcelles de l’essai de plein champ Dige’O. Un focus sur le pilotage et la valorisation de l’azote (N), les digestats et l’azote, et les digestats et le sol, a été fait.

Les produits résiduaires organiques (PRO) à l’essai

Les essais ont lieu sur quinze parcelles de 25 ares chacune : trois blocs de cinq, pour répondre aux cinq modalités testées. Sont épandus, chacun seul sur sa parcelle, trois types de digestat, du fumier de taurillons de l’exploitation du lycée et de l’engrais minéral (ammonitrate). Le premier digestat brut provient du méthaniseur d’Obernai (alimenté par 23 % de végétaux, 40 % d’effluents d’élevage et 37 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire). Le même digestat mélangé à un produit fixateur d’azote (à base d’argile et de micro-organismes) est également testé. Un autre type de digestat, issu d’un autre méthaniseur du territoire (alimenté par 38 % de végétaux, 43 % d’effluents d’élevage et 19 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire), correspond à la troisième modalité digestat. L’effet du produit fixateur de l’azote ne semble pas être concluant pour le moment.

Les règles d’apport de ces PRO

Les règles d’épandage des PRO maximisent l’efficience de l’azote fourni par le sol (200 kg d’N/ha) et par le fertilisant (80 % de l’azote des PRO est disponible dans l’année), ce qui fait que les doses épandues sont très faibles, sur l’essai. Ces règles d’apport des PRO ont été retenues suite à des réflexions avec des partenaires techniques et financiers, au début de l’essai. Sur le type de sol lœssique très fertile du site d’Obernai, ces faibles apports suffisent pour atteindre les objectifs de rendement (21 t MS/ha pour le maïs ensilage et 80 q/ha pour le blé tendre d’hiver). Deux ans avant le début des premiers essais, les terres n’avaient pas été amendées en vue de partir de faibles résidus d’azote dans celles-ci.

Pilotage des apports azotés

Le pilotage des apports azotés, pour Dige’O est le suivant : épandage sur végétation au pendillard, un seul apport au printemps, fourniture du sol et coefficient équivalent azote maximisés, et pas de complément minéral sur les modalités organiques. Pour calculer les besoins en azote, Jean-Louis Galais a présenté différentes méthodes, travaillées par la CAA, dont la plus à la pointe : l’utilisation d’images satellites. « On estime grâce à elles, la biomasse et la teneur en chlorophylle des plantes, et donc, l’azote absorbé », dit-il.

Des expériences à reproduire

Les pertes azotées vers l’eau, quelle que soit la modalité, sont faibles (voir graphique, ci-contre). Ces résultats sont fortement liés aux règles d’épandages, sur l’essai. L’azote de l’ammonitrate est moins lixivié que celui des digestats mais la différence se joue à quelques grammes d’azote par hectare. Margaret Johnson prévient : « Si ces résultats préliminaires sont prometteurs, s’ils pèsent en faveur des digestats, en suivant les règles d’épandage, aujourd’hui, sur l’essai, ils proviennent d’une récolte de données sur du court terme » ; trois ans, de 2019 à 2021. Pour être conclusifs, les résultats d’une telle étude doivent être tirés d’analyses de données sur plus de cinq ans, précise-t-elle.

Les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ont un effet positif sur la rétention d’azote, à la surface du sol. Sur cet essai, les Cipan suivent le blé. Après la culture de Cipan, les reliquats azotés sont moins importants qu’après une culture de printemps, a-t-il été observé. Cela peut signifier moins de fuites d’azote vers l’eau souterraine.

Alerte canicule

Sans surprise, c’est le fumier, sur les cinq modalités, qui amène le plus de matière humique et permet aux mottes d’être les plus stables. Ceci est dû, d’une part, à sa composition forte en matières sèches (plus de 30 %, comparé à 10 %, en moyenne, dans les digestats bruts) et, d’autre part, à la quantité de carbone importante apportée par ce PRO. L’écosystème du sol nourri en fumier est plus complexe et plus riche. Les vers de terre sont présents sur toutes les modalités mais sont plus nombreux sur les parcelles recevant du fumier, puis sur celles recevant du digestat, et, enfin, sur celles recevant de l’engrais minéral.

Mauvaise surprise, par contre, sur le bilan carbone dans les sols, pour les digestats. Avec la rotation pratiquée sur l’essai, le bilan humique des parcelles recevant du digestat est négatif, de l’ordre de - 1 t/ha/an d’humus. Seule la modalité fumier présente un bilan humique positif de 4 t/ha/an, dans les conditions météorologiques moyennes des trente dernières années. En prenant en compte le réchauffement climatique récent, même la modalité fumier ne présente pas de bilan positif car le sol consomme davantage de carbone, lors des hivers doux. « C’est comme si on n’avait rien fait », alerte Véronique Stangret, en charge de Dige’O, avec Margaret Johnson, qui prendra sa suite.

La Résidence itinérante 2022

Sur la Route des vins d’Alsace : spectacles !

Pratique

Publié le 15/06/2022

« Passeront-ils, passeront pas ? Passeront-ils, cette fois ? Passeront-ils, passeront pas ? Passeront-ils pour la dernière fois ? »* Ce qui est sûr, c’est qu’ils cheminent sur la Route des vins d’Alsace et qu’ils s’arrêtent, jouent, s’attablent, au gré des rencontres, jusqu’au 29 juillet. Partis d’Ottrott, lundi 13 juin, pour la huitième édition de la Résidence itinérante, les troubadours du XXIe siècle, leurs instruments et nécessaire vital, sur leurs charrettes à bras, ont marché en direction de Barr. Où sont-ils à l’heure où vous lisez ces lignes ? Toujours plus vers le Sud. Pour être fixés, appelez l’infoline : 06 61 53 48 03.

Vivre libre

Didier Christen, du collectif Bal’us’trad, est à l’origine de cette initiative qu’il résume ainsi : « Nous sommes une troupe d’artistes et amis, évoluant au fil des arrivées et départs. Nous cheminons sur un itinéraire se construisant, jour après jour. » Au gré des rencontres, les saltimbanques improvisent chants, musiques, jonglage, tout comme leur parcours. « C’est spontané. On invite chacun à partager son art, ses savoirs, et à se répandre dans les villages, sur les places, sous les fenêtres, mais aussi dans les cours, les granges et les caves, selon les invitations. On peut créer, du jour au lendemain, un cabaret, un bal, un concert », rappelle le musicien, cornemuse dans les bras. Aucun contrat, aucune obligation de résultat. Pendant près de deux mois, les artistes vivent libres. Et de charité ! « La quête à l’ancienne. » Courgettes, pâtes, quilles, billets, monnaies sonnantes et trébuchantes (qu’ils réinjectent directement dans l’économie locale) : tout est accepté. Mais gardez vos enfants ! Ils n’ont pas l’agrément.

 

 

Avec ceux qui font la Route

C’est d’ailleurs au Foyer de charité d’Ottrott, Le Windeck, que l’aventure a commencé, cette année. Ce jardin remarquable, lieu de retraites spirituelles, hébergeant des séquoias géants, a accueilli la troupe (qui dort sous tente), le temps qu’elle se mette en branle, le week-end dernier. « Leurs animations originales valorisent le village et réjouissent », déclare Philippe Poulain, adjoint au maire, se régalant des mélodies. « Comme il n’y a pas d’attentes, de part et d’autre, il n’y a que de bonnes surprises », s’exclame Isabelle du Bois, circassienne belge. Elle se souvient, avec Cyrille - « un frelon asiatique qui fait du kung-fu » et de la guitare - des moments magiques, hors du temps, passés les années précédentes, aux côtés de vignerons, notamment : le concert improvisé chez les Frick de Pfaffenheim, jusque dans leur cave ; l’apéro impromptu chez Patrick Meyer, à Nothalten, et le bœuf avec Armand Landmann au piano à queue ; les échanges avec les Beck-Hartweg de Dambach ; la dégustation festive chez les Durrmann, à Andlau, et bien d’autres coups de foudre (s) ! « Quand on chante notre Ode aux vignerons, certains sont émus aux larmes », confie Didier Christen. Et ils rient aussi à gorge déployée. La Résidence itinérante, c’est une opération à cœur ouvert.

 

* D'après les paroles d'une chanson de la Résidence itinérante.

Terrajob

De la bonne graine !

Pratique

Publié le 08/06/2022

Romain Fassel, d’Erstein, 20 ans

« Je n’ai aucune formation initiale mais mes parents sont tous deux exploitants agricoles, à Erstein et à Bolsenheim. Je les aide donc depuis l’enfance et espère, à terme, m’installer. J’avais commencé un apprentissage en couverture et en zinguerie mais j’ai arrêté, car cela ne me plaisait plus. C’est mon père qui a été informé par Alsace Lait, comme tous les éleveurs adhérents à la coopérative, du dispositif mis en place par Terrajob. C’est une formation grâce à laquelle je peux continuer à travailler à la ferme. J’obtiendrai un Certificat de qualification professionnelle (CQP), qui me permettra d’embrayer sur un Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), pour viser l’installation. J’ai été embauché par Terrajob, le 11 avril 2022, et je suis mis à disposition chez mes parents. Ici à Obernai, j’apprends surtout la théorie. Chez mon père, je remplis le mélangeur mais je ne sais pas forcément calculer la ration. Via les cours dispensés au CFPPA d’Obernai pour Terrajob, je m’y mets. »

 

Jonathan Histel, d’Erstein, 28 ans

« J’ai arrêté les cours en classe de cinquième. Puis, j’ai intégré une classe Tremplin au lycée Le Corbusier, à Illkirch-Graffenstaden : on avait deux jours de cours et trois jours de stage. Ça m’a complètement perdu ! (Rires). Je ne savais plus ce que je voulais faire. J’ai enchaîné les travaux d’intérim, ensuite : agent d’entretien, livreur, déménageur, etc. Et j’étais cuisinier en CDI. Je n’avais jamais mis les pieds sur une exploitation agricole avant Terrajob. Mais j’ai une formation d’éleveur d’animaux de compagnie que j’ai validée à Rouffach. Faute de moyens, je n’ai pas encore pu me consacrer à cette véritable passion. J’aime les chats et les chiens, être en contact avec les animaux. C’est pour cela que j’ai postulé à Terrajob, après avoir vu l’offre en ligne. J’ai signé le contrat le 21 avril 2022. Je travaille aujourd’hui à Lipsheim, à la ferme du Mittelegert, chez Arthur Muller. Il a un robot de traite. Je nettoie surtout. Ce n’est pas trop mon truc. Il n’y a pas assez d’interactions avec les animaux à mon goût, dans l’élevage laitier tel que je le pratique actuellement. Après l’obtention du CQP, je me projetterais plutôt dans l’assistanat vétérinaire ou l’insémination. J’ai déjà conduit des engins agricoles ici et ça me plaît, mais je n’étais pas encore dans les champs. »

 

Elsa Kuster, de Steige, 23 ans

« Ouvrière agricole à la ferme Haag, à Saint-Pierre, qui propose ses produits en vente directe notamment, j’ai signé avec Terrajob, le 19 avril. Je ne suis pas issue du monde agricole mais j’ai toujours aimé le contact avec les animaux. J’adore aussi m’occuper de mon jardin et dès que je peux, je complète mon herbier, mets au point des recettes anciennes à base de plantes sauvages. J’aime également entretenir les espaces naturels, débroussailler. Suivant mes passions, je me suis orientée vers un bac professionnel gestion des milieux naturels et de la faune sauvage (GMNF), au lycée agricole de Wintzenheim. Ce diplôme en poche, je suis entrée à l’université de Strasbourg, en filière Staps : je suis footballeuse et le sport est une autre de mes passions. Après un an, j’ai finalement décidé de m’inscrire à une formation sur trois ans, en tant que soigneur animalier. J’ai eu la chance de vivre des expériences extraordinaires, en côtoyant de très près de nombreuses espèces : tigres, ours, girafes, etc. J’ai aussi participé à la sauvegarde du grand hamster d’Alsace. Pour travailler en lien avec les animaux, j’étais deux mois à la ferme Goetz, à Mussig, où j’ai vraiment pu voir que ce métier d’ouvrier agricole me plaisait. Terrajob m’a, par la suite, contactée pour me proposer de faire un CQP en élevage bovin lait : j’ai tout de suite accepté ! Avoir une formation est essentiel pour moi. Cela contribue à la réalisation de mon futur projet professionnel. Je souhaite à terme m’installer, diriger ma propre exploitation laitière, un verger et un parc animalier. Je me plais beaucoup à la ferme Haag, où la traite se fait en salle. »

 

Seifdin Siaba, de Colmar, 27 ans

« Je désirais être enseignant. Je suis titulaire d’un master Métiers de l’enseignement et d’une licence d’histoire. J’ai été surveillant, notamment au lycée agricole du Pflixbourg, et professeur stagiaire au lycée Fustel de Coulanges. C’est là que j’ai compris pourquoi, avant de rencontrer de super professeurs à qui je voulais ressembler, je n’aimais pas l’école. Le monde agricole m’a toujours attiré et, encore plus, depuis mes études d’histoire. Nous vivons dans un monde issu des révolutions industrielles qui nous ont éloignés du rythme des saisons, d’une vie heureuse à la campagne. Aussi, j’espère décrocher un CDI à la fin de cette formation, après des années d’emplois précaires, et pourquoi pas, à terme, m’installer ; en horticulture – ma première passion - et en maraîchage, plutôt. C’est sur le site de Pôle emploi que j’ai trouvé l’annonce de Terrajob. Après le CQP, je resterai attaché à l’exploitation, j’y ferai mes classes, puis j’espère reprendre des études, au lycée agricole d’Obernai et/ou me former à d’autres productions que le lait. Arrivé à Terrajob le 25 avril 2022, je travaille en alternance avec Yannick Fischer, à Gottesheim. Je suis préposé à la traite, actuellement. On s’entend bien lui et moi. Il est pédagogue, comme tous les formateurs ici. »

 

Najibullah Shinwari, de Mulhouse, 26 ans

« J’ai signé mon contrat avec Terrajob le 17 mai 2022. Je travaille avec Sonia Bauer, au Gaec du Schlavary à Hirschland, trois jours par semaine. Elle m’héberge durant ce temps. Pour l’instant, je trais les vaches. Je n’étais pas encore dans les champs. Mais je sais déjà conduire un tracteur. Je viens d’Afghanistan. Avec mes parents, je cultivais et m’occupais des vaches et des chèvres, là-bas. Je ne suis jamais allé à l’école. Cela fait quatre ans que je suis en France maintenant, et deux ans que tous mes papiers sont en règle. J’ai déjà travaillé ici, dans les espaces verts et j’ai vendangé. Avec Terrajob, nous nous renseignons pour que je passe mon permis de conduire, grâce à l’association Mobilex. Tant que je n’ai pas le permis, c’est difficile de me projeter. Je ne parle pas encore le français avec fluidité mais je comprends le vocabulaire de base. J’apprends quand même vite, avec Terrajob, en regardant. Une association d’aide aux réfugiés m’a coaché pour envoyer mon CV et ma lettre de motivation à des agences d’intérim et à Terrajob… qui a répondu plus vite que tous les autres ! »

 

Et ensuite ?

À l’issue de leur formation en alternance de 300 heures, fin 2022, ces cinq jeunes seront titulaires d’un CQP en élevage laitier. Forts de quatre blocs de compétences validés (sécurité au travail, gestes et postures ; soins aux animaux ; rations alimentaires ; traite en salle ou au robot) et de leur mise à disposition dans les fermes, ils continueront à travailler avec leurs tuteurs, dans un premier temps.

Ils étaient sept jeunes au départ, à s’engager avec Terrajob, mais un a démissionné et une autre serait aussi contrainte d’abandonner pour raisons médicales.

Quant aux exploitants adhérents au GEIQ, ils sont au nombre de quinze, aujourd’hui. Leur rang peut grossir, à l’envi. Toutes les filières sont attendues. Si Terrajob a ciblé en priorité des élevages laitiers pour démarrer les formations, c’est parce que le secteur est en tension ; la demande du côté de ces éleveurs est forte. Les tuteurs, qui paient les heures de travail des alternants et pour qui Terrajob gère les démarches administratives, sont aussi formés. La prochaine séance de formation pour les agriculteurs qui emploient des salariés Terrajob aura lieu le 21 juin.

Point sur la campagne

La qualité plutôt que la quantité

Technique

Publié le 25/05/2022

« La grosse période de récolte d’ensilage, c’était les dix premiers jours de mai », résume Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), basé dans le Bas-Rhin. Son homologue haut-rhinois, Jean-François Strehler, acquiesce. Cette année 2022, les situations sont quasiment similaires du nord au sud de l’Alsace, avec toujours un temps de retard, en altitude. La pousse de l’herbe, comme celle des méteils, a mis du temps à décoller, en avril, à cause des températures fraîches et du manque de précipitations. « Ça s’est mis à produire, fin avril, début mai, remarque Jean-François Strehler. Mais, dans le Sundgau, il y a quand même eu des ensilages très précoces, début avril. » Dans le Bas-Rhin, les premiers ensilages ont été réalisés mi-avril. Aujourd’hui, tous les ensilages d’herbe ont été opérés, en plaine. Si les rendements sont un peu plus faibles que l’an passé car les tiges plus courtes et la densité moins importante, la qualité est meilleure.

« Puisqu’il n’y a pas eu de pluie, les récoltes ont eu lieu deux à trois semaines plus tôt que l’année dernière, à un stade conforme à ce que l’on recherche. La qualité devrait donc être au rendez-vous », avance Laurent Fritzinger. Rien de plus logique : le soleil a brillé. Il permet la photosynthèse, qui entraîne la production de sucre. « Aux premiers ensilages de ray-grass, mi-avril, les ETA râlaient : l’herbe bouchait les ensileuses. Il y avait trop de sucre, ça collait », enchaîne le technicien. Un bon signe ! « Le bilan serait même plus que positif pour les premières coupes », s’exclame Laurent Fritzinger. Le conseiller pense que l’un ou l’autre agriculteur a osé les premiers foins, cette semaine, dans le Bas-Rhin. « On va vers la floraison, les graminées sont bien épiées. Les stades sont idéaux, maintenant, pour faire du foin », assure-t-il.

Tous les voyants sont au vert, cette année, côté fourrages ! Même si les rendements sont un peu plus bas qu’en 2021, la qualité, en 2022, rattrape le manque à gagner. « Ce qu’on gratte en valeur alimentaire, au départ, on n’a plus à le chercher en complétant la ration », remarque Laurent Fritzinger. Il ajoute : « la qualité est aussi liée à la récolte. » « Les conditions de récolte sont optimales, cette année », lâche, d’ailleurs, Jean-François Strehler. Avec de larges fenêtres, sans pluie, le fourrage est propre, sec. Il se conservera bien. « L’herbe n’est pas souillée par la terre », précise Laurent Fritzinger. Moins mais mieux : c’est ce qui caractérise la production, en 2022. Aucune tension sur la quantité, non plus, car il y a du stock, encore, dans les fermes, qui date de 2021. C’est la pluie qui déterminera la suite de la campagne : s’il y en a suffisamment, la deuxième coupe sera belle, les températures et le soleil étant au rendez-vous.

Pâturage et dégâts de cervidés

Dans la plaine d’Alsace, de plus en plus d’animaux sortent, sur le secteur de collecte Alsace lait, suite à l’incitation à produire du lait de pâturage. « À l’explosion de la pousse de l’herbe, mi-mai, les éleveurs ont constaté une augmentation des volumes et de la qualité du lait produits », rapporte Laurent Fritzinger. Les dégâts de gibier ne sont pas catastrophiques, sur l’herbe, en plaine. En montagne, ils sont moins importants que l’an passé mais ceux de cervidés « persistent, malheureusement », sait Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne, à la CAA. Le « déprimage » censé être amorcé par les bovins est déjà fait par les cerfs, lorsque les vaches sortent ; en avril, cette année, la « date habituelle ». « Les premiers animaux sont sortis, dans les vallées de Munster et de la Weiss, début avril, et les derniers, à Thann, Saint-Amarin, vers le 25 du même mois. Les dernières génisses qui montent, en altitude, ont pris leur quartier d’été, aux alentours du 18 mai », détaille Marie-Joëlle Bellicam. Les premières coupes ont eu lieu, cette semaine, en montagne, avec trois semaines d’avance sur les dates habituelles, sauf dans les vallées de Munster et de la Weiss, où elles ont déjà commencé le 10 mai. Les fortes chaleurs freinent la croissance de l’herbe et la dessèchent. « On accélère la fauche de l’herbe pour ne pas qu’elle se transforme en paille, avant la récolte », constate la technicienne. Elle observe aussi que la qualité sera très bonne et la quantité moindre, par rapport à l’année précédente. En ensilage de méteil, idem, ajoute Jean-François Strehler, par ailleurs.

Concernant les dégâts de gibier, en montagne, Claude Schoeffel, éleveur du Gaec Schoeffel-Pierrel, à Fellering, premier adjoint de sa commune, en charge de la chasse, et élu à la CAA, suit de près le dossier. Sur son exploitation, en 2021, il a constaté 14 ha de dégâts causés par des sangliers et seulement 3 ha, en 2022. Mais la flore d’une de ses parcelles, détruite aux deux tiers, l’an passé, « ne s’est pas remise », souligne-t-il. Il explique la baisse des dégâts causés par les sangliers par l’évolution de l’agrainage, à la baisse aussi, et par l’intervention des lieutenants de louveterie et des chasseurs, à la hausse, conformément aux engagements préfectoraux, notamment, pris suite aux revendications des syndicats agricoles, unis. Quant aux cervidés, les comptages mettent en lumière un pic de population, l’année dernière, dans le parc naturel régional du Ballon des Vosges, atteste-t-il. S’il n’avait pas commencé à faucher, à l’heure de l’interview, il partage ses observations de 2021 : à la première coupe, il avait perdu 23 % d’herbe, en comparaison avec un enclos adjacent « repère », à la deuxième, 49 %, et il n’y en a pas eu de troisième car il ne restait plus « rien », à l’extérieur de l’enclos. « L’aspect plus sournois de la pression des cervidés est le risque sanitaire. Il n’y a aucune gestion sanitaire des cerfs. Aujourd’hui, des vaches avortent, d’autres n’ont pas de chaleur… Et si certaines maladies se transmettaient des cerfs aux bovins ? », questionne Claude Schoeffel.

Restaurant Le Pont tournant, à Strasbourg

Le nouveau chef mise sur les produits locaux

Pratique

Publié le 21/05/2022

Filet de truite des sources du Heimbach, asperges d’Alsace, pigeons de Théo Kieffer, éleveur à Nordhouse, riesling de la cave Fend, à Marlenheim : au menu de ce printemps, Julien Rodriguez, le jeune chef du Pont tournant, restaurant de l’hôtel cinq étoiles Régent Petite France à Strasbourg, ne lésine pas, en accord avec le sommelier, sur les produits locaux. Les agriculteurs et viticulteurs alsaciens sont à l’honneur ici… à condition qu’ils produisent en quantité suffisante et livrent l’établissement. Chaque convive doit retrouver la même qualité de produit, du même terroir, dans son assiette et dans son verre, bien sûr. Qu’on soit le président italien et sa suite et qu’on occupe la moitié des 72 chambres de l’hôtel, comme ce fut le cas mi-avril, ou un jeune couple qui casse sa tirelire, on est nourri ici à la même enseigne.

Raifort et agrumes

Pour savourer l’Alsace et l’ailleurs, Julien Rodriguez sait mettre à l’aise. Simplicité, efficacité, gourmandise, aussi. Le chef magnifie les produits et les harmonies traditionnelles, avec un zeste de modernité. Les hôtes étrangers entrent en matière, les locaux redécouvrent les goûts qui les façonnent, depuis l’enfance. Quelques pincées de raifort assaisonnent le fromage blanc aux fines herbes, la sauce hollandaise qui accompagne les asperges se pare de vinaigre au yuzu et à la mandarine… des morilles rappellent les sous-bois rhénans, en ce moment. C’est croquant, rafraîchissant, tendre, doux et piquant, comme la bise au printemps. Et s’il y a besoin de dépaysement, la chakchouka régalera les amateurs d’épices du Maghreb.

 

 

Sorti de sa coquille

Julien Rodriguez est originaire du Nord-Pas-de-Calais. Il est arrivé fin 2014 au Pont tournant, comme commis, après avoir fait ses classes à l’Auberge du Père Bise, au lac d’Annecy, notamment. Il devient second en 2019 à Strasbourg, et remplace depuis l’été 2021, son ancien chef. Le trentenaire a amené avec lui en cuisine la bienveillance et la chaleur chti, et toutes les inspirations qu’il a glanées durant ses périples. Mais il insiste : « J’ai découvert l’Alsace et j’en suis tombé fou amoureux. » Et parce qu’il faut toujours se surprendre dans un couple, et qu’on ne se connaît jamais assez, Julien est en quête constante de nouveautés. Le trentenaire serait tenté par des escargots locaux… Ses yeux pétillants s’allument d’un feu nouveau. Qui dit mieux ?

 

 

Jean-Philippe Muller, juge simmental au Festival de l'Élevage, à Brumath

Fan de la première heure et amoureux de la race

Élevage

Publié le 16/05/2022

« Je suis très flatté et honoré d’avoir été choisi par le syndicat de la race simmental française d’Alsace pour être juge au concours du Festival de l’élevage de Brumath », débute Jean-Philippe Muller. Le sexagénaire est émotif. Il risque d’écraser une petite larme, prévient-il, s’il prend le micro, le jour J, pour remercier de la confiance qu’on lui témoigne. « C’est l’aboutissement de soixante années de passion - d’amour, même -, de travail de l’ombre. C’est la reconnaissance de mes savoirs », enchaîne le passionné.

Jean-Philippe Muller est fils d’éleveurs d’Alsace Bossue. Il a grandi, entouré de simmentals. À tel point que, lorsque, bébé, ses parents l’emmènent à la Foire européenne de Strasbourg, il pleure sans discontinuer, jusqu’à ce qu’ils l’amènent, près des… vaches ! Bien sûr ! « Je suis un passionné de vaches. Je les aime toutes. Mais je préfère les simmentals. Mes parents les élevaient autant pour leur lait que pour leur viande. Ils les avaient choisies pour la mixité de la race et parce qu’elles valorisent l’herbe. Elles n’ont jamais mangé de maïs, chez eux », raconte Jean-Philippe. Menuisier, l’homme n’a pas repris l’élevage… par amour ! Toujours, son cœur le guide. Son épouse était contre. Mais il n’a eu de cesse d’aider ses parents et n’a jamais perdu le contact avec les éleveurs alsaciens de simmentals. Il est resté dans le bain. D’ailleurs, de 1995 à 2005, il avait son stand « privé », à la fête brumathoise, pour promouvoir la race.

Branché

Depuis deux ans, lui, qui est aussi aviculteur amateur (il a des poules, des canards, des pigeons, des lapins), anime le groupe privé Facebook « Fan de la race simmental ». Avec 2 600 membres, « c’est une porte ouverte sur le monde », constate-t-il. Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Mexique : de partout, des éleveurs suivent les nouvelles publiées sur la page et, plus rarement, commentent. Dans tout l’est de la France, la race simmental est aussi bien représentée, ainsi que dans l’Aveyron, le Puy-de-Dôme, le Cantal. « La simmental plaît de plus en plus, et hors de son berceau d’origine : la Suisse, d’où elle vient ; l’Allemagne, qui la domine sur la productivité, en génétique, aujourd’hui ; les USA, l’Angleterre, l’Autriche », énumère-t-il.

L’expertise de Jean-Philippe est connue et reconnue, à l’international. Il a participé à plusieurs concours français (dont celui organisé par l’organisme de sélection de la race) et allemands, en ligne, ces dernières années, durant lesquels il votait, à distance, pour ses animaux préférés. Les juges commentaient, ensuite, leurs propres notes, aux internautes. Mais le sexagénaire court les concours, en France, depuis déjà la fin des années 1980. « J’étais au premier concours Eurogénétique, à Épinal », se souvient-il.

Vive la mixité !

Les préférences de Jean-Philippe vont aux « animaux mixtes, les plus représentatifs de la race ». « Le 9 mai, j’ai partagé une photo, sur le groupe Facebook des fans de la race simmental, du type de bovins que j’aime voir. Je sais ce que je veux. Et je ne ferai pas de favoritisme, prévient-il, en riant. Je connais les éleveurs mais je resterai neutre, impartial. C’est l’animal qui compte, non la personne qui le mène, s’exclame-t-il. Et c’est la bête telle qu’elle est le jour J. Je n’irai pas, dans les élevages, avant le Festival. Je découvrirai les animaux le jour du concours. Je ne connais ni leur nombre, ni leur âge, ni leurs productions. Rien. » Jean-Philippe sera le seul juge, à Brumath. Il sera assisté d’un ringman, qu’il consultera, mais il aura le dernier mot. « Je serai seul maître et juge », plaisante-t-il.

Il y a fort à parier que le juge Muller préférera les bêtes sans corne… « Mes parents étaient sans doute les premiers éleveurs de France à avoir une vache sans corne, au début des années 1990, quand il n’y avait même pas encore d’importation de paillettes », confie-t-il. Jean-Philippe a poussé à l’innovation. En 2005, il écrit un article sur la génétique sans corne simmental, pour l’Allemagne. Il y a gardé de bons contacts, assure-t-il. Là-bas, la moitié des bêtes n’a plus de cornes, aujourd’hui, quand, en France, seuls 20 à 25 % des animaux présentent cette caractéristique.

Jean-Philippe Muller partage surtout son envie de revoir tous les éleveurs qu’il côtoyait, avant le Covid. « Ce sera un réel grand plaisir de revoir tout le monde, à Brumath », lâche-t-il. En attendant, il dévoile ces quelques vers, de sa composition : « Robe froment ou robe rouge, On m’appelle communément Pie-rouge ; Unies, tachetées ou bien fleuries, On nous trouve toutes jolies. » La suite, peut-être, à l’oral, sur le ring ou dans les allées du Festival… et en encadré, ici.

Solidarité internationale

La première fête de l’Afdi Alsace

Vie professionnelle

Publié le 10/05/2022

La journée festive et solidaire Paysans du monde n’avait pas eu lieu depuis 2019. À la faveur d’une accalmie de Covid et de la fusion des deux Afdi du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en l’Afdi Alsace, l’association renoue avec ce temps de partage et d’informations ludique, ce dimanche 15 mai à la ferme Isner, à Rouffach. Parce qu’une majorité de bénévoles sont haut-rhinois (pour l’instant), la fête a encore lieu dans le sud, cette année. Mais le dynamisme de la toute jeune Afdi Alsace (la fusion date de septembre 2021) en interpellera plus d’un et tendra à équilibrer la donne pour sûr !

Au programme des festivités, dimanche de 10 h à 17 h, il y aura un parcours animé de 40 minutes, à la découverte des actions de l’association de solidarité internationale, au Cambodge, en République du Congo et au Mali ; des mini-conférences, avec la participation d’un agriculteur congolais expérimenté, Joseph Nkounkou, spécialisé en volailles, à la tête d’une ferme pilote dans le département du Pool ; un marché paysan (avec, bien sûr, des mangues du Mali, commercialisées via le GIE alsacien Mangue solidaire) ; de la restauration alsacienne et africaine ; et des contes africains pour petits et grands, avec Innocent Yapi, à 14 h et à 15 h. Les enfants seront les bienvenus : sur des stands dédiés, ils pourront jouer. Le 15 mai sera dense, à la ferme Isner, qu’on rejoint en suivant les panneaux « Asperges Ferme Isner », depuis la route des Cerisiers, à Rouffach. La fête promet d’être belle. Bénévoles et administrateurs sont impatients de communiquer sur les partenariats entre agriculteurs alsaciens, cambodgiens, congolais et maliens.

 

 

Le manguier qui cache la forêt

« Avec l’Afdi 68, au début des années 2000, on a commencé à communiquer sur les mangues et leur vente. On avait baptisé notre fête annuelle la Fête de la mangue. Le produit était encore peu connu en Alsace. Il fallait le mettre en lumière. Mais on a été victime de notre succès ! On ne nous connaissait plus que pour ça ! Alors que nos actions au Mali et ailleurs, ce sont bien plus que des passerelles économiques, c’est-à-dire des partenariats économiques responsables et des produits d’exportation. C’est pour ça qu’en 2019, on a appelé notre journée de sensibilisation festive Paysans du monde », explique Dominique Haegelen, le président d’Afdi Alsace, agriculteur à Wittelsheim.

Dans le sud du Mali, outre la consolidation de la filière mangue d’exportation, notamment par l’amélioration de la production, l’Afdi Alsace a apporté son expertise technique et son soutien financier à l’installation des jeunes et à la formation dans le maraîchage, l’élevage et la transformation laitière, pour la consommation locale. Au nord de ce pays, l’Afdi a dû abandonner ses actions sur la riziculture entre autres, suite à l’envahissement de la région par des djihadistes en 2012. « L’échelle de valeurs n’est pas la même, ici et là-bas. En Alsace, on se bat syndicalement au sujet des charges trop lourdes, etc. En Afrique, le quotidien c’est souvent trouver à manger, à boire, se vêtir. De manière générale, j’ai pris du recul », confie Laurent Fischer, vice-président d’Afdi Alsace et de la FDSEA du Bas-Rhin, aviculteur et céréalier à Lingolsheim. Le quinquagénaire s’est engagé à l’Afdi lorsqu’il était encore Jeune agriculteur. Aujourd’hui, il est responsable du groupe de travail sur le Congo-Brazzaville. Dans ce vaste pays, où certaines productions sont les mêmes qu’en Alsace (volailles, bovins, maïs, soja), le développement agricole passe par quatre fermes pilotes. La structuration des filières est aussi un enjeu de taille, alors que la majorité des travaux se fait encore à la force du poignet. « En maïs par exemple, sur ces dix dernières années, des agriculteurs se sont regroupés, un bâtiment a été construit, un batteur à moteur mis en place. Avant, ce sont les femmes qui égrenaient », illustre Laurent Fischer.

Être entendus

François Jenny, lui, est responsable du groupe de travail sur le Cambodge. Il est aussi trésorier de l’Afdi Alsace. C’est un ancien salarié de la CAC, la coopérative agricole haut-rhinoise, preuve (s’il en fallait) que l’association est ouverte à tous. « J’étais trois fois au Cambodge. C’est une belle aventure, depuis 2013. Avec peu de moyens, les agriculteurs y font de grandes choses. Mais 80 % des légumes consommés viennent encore du Vietnam voisin. Un des buts est de promouvoir les produits locaux sur les marchés », témoigne François Jenny. Au royaume du Cambodge, la fédération nationale des exploitants agricoles cherche à être mieux représentée dans les instances nationales. L’installation et la formation y sont aussi des chevaux de bataille. Le riz, les fruits et légumes, la volaille, dont le canard, le porc, les bovins sont les principales productions. Un jeune agriculteur cambodgien devrait venir en Alsace en juin, dans le cadre des échanges entre professionnels.

A priori, l’obtention du visa sera plus facile pour lui que pour ses homologues congolais. « Avec nos actions ici, nous espérons que tous comprennent que les agriculteurs du monde entier aiment leur terre, leurs terroirs, leurs cultures. Tous ceux qu’on accueille ici quelques jours, sont heureux de rentrer ensuite, motivés à faire mieux… surtout quand on les reçoit en hiver, plaisante Dominique Haegelen. Les migrants, quels qu’ils soient, ne quittent jamais leur pays par plaisir mais, parce qu’il y a un problème chez eux. La guerre en Ukraine nous le rappelle. »

 

 

Maraîchage de conservation, à l’EARL Terre Activ’

Comment produire des légumes, après prairie ?

Cultures

Publié le 07/05/2022

« Notre base de fonctionnement et de raisonnement, c’est la prairie. Ici, dans les Vosges du Nord, on est dans une zone où l’élevage prime, à 90 %, parce que la prairie est la plus adaptée, globalement, au terroir. À Niederbronn, c’est de la colline, on a très peu de parcelles plates. Là, l’orientation des parcelles est Sud-Est, Nord-Est. L’exposition est pas mal mais le fait que ce ne soit pas plat, c’est aussi un frein à la mécanisation, en plus de la nature argilo-limoneuse du sol. Le travail du sol réduit le potentiel de rétention d’eau de cette terre. Et, là où elle est sableuse, comme à Ingwiller et Wimmenau, elle ne retient que très peu l’eau. À cause du relief et du sol, on ne peut pas homogénéiser facilement la manière d’agir, sur ce territoire. C’est pour ça que les prairies sont majoritaires. Ce sont les plus faciles à exploiter et elles valorisent le mieux le terroir », pose Jean Becker.

Le trentenaire a choisi, lui, le maraîchage, parce qu’il y a de la demande, autour de Niederbronn, pour des fruits et légumes locaux, en vente directe, et qu’il accède difficilement au foncier. Installé depuis 2012, Jean Becker cultive ses parcelles sur trois communes : Ingwiller, le cœur de l’exploitation, Niederbronn et Wimmenau. Au total, il n’a pas plus de 4,5 ha. Et puis, l’homme aime les challenges. « Il y a toujours une solution pour produire des légumes », dit-il. Depuis son installation, il y en a eu d’autres, dans les Vosges du Nord, en maraîchage, mais peu. En dix ans, Jean est passé d’un maraîchage bio classique à un maraîchage bio sans travail du sol, en agriculture de conservation des sols (ACS) et techniques culturales simplifiées (TCS). Confronté à des rendements trop aléatoires et des dégâts de machines, là où les sols sont lourds, il a changé de pratiques, en 2015. « On a trois systèmes différents : le système extensif en plein champ, à Niederbronn ; le système sous abri, intensif, à Ingwiller, qu’on désintensifie, aujourd’hui ; et le système intermédiaire à Wimmenau, en plein champ, entre l’intensif et l’extensif. Les trois systèmes sont indépendants, les uns des autres, mais reposent sur les mêmes bases agronomiques, aujourd’hui », développe Jean Becker. Quelles sont ces bases ? « Les couvertures permamentes de sol, l’humidité tout le temps pour que le sol soit vivant, penser aux légumes, à la production, mais aussi aux plantes régénératrices, et à nourrir le sol », énumère le maraîcher.

Jean rode sa technique depuis sept ans, à Niederbronn et à Wimmenau, en plein champ, et depuis deux ans, à Ingwiller, sous tunnel. Mais son étalon, c’est Niederbronn. C’est là qu’il n’y a plus aucun travail du sol, quand, dans les sols sableux, un coup d’outils à dent (dents vibrantes, buteuses, bineuses), au printemps, puis de herse étrille, permet de réchauffer le sol et de faire des cultures sur buttes. « Comme on est sur des sols peu fertiles, en sable, on n’aura jamais une fertilité terrible mais on la maintient au mieux, et tout le temps, pour que ça bosse bien. On intervient, tout le temps, mais peu ; on fractionne en engrais (3/4/4 et 5/8/10) et on irrigue tous les jours ou deux jours, par aspersion, pour humidifier toute la surface et, ainsi, favoriser l’enracinement ; alors qu’à Niederbronn, ce sont des sols qu’on n’amende pas, lorsque la culture est implantée, et qui ont de la réserve hydrique (supérieure à 100 mm). À Niederbronn, si on travaille les sols, à la moindre précipitation, ça ravine, ça s’écoule. Mais il y a plein de cultures qu’on ne fera pas, là-bas, aussi parce qu’il n’y a pas d’irrigation », différencie le maraîcher. Si Jean est arrivé au bout de la démarche d’ACS et de TCS, à Nierderbronn, il n’y plante que des courges (douze variétés) et, des oignons et échalotes de conservation. Ce sont ses parcelles les plus éloignées : il a tout intérêt à y intervenir le moins possible, en dehors des contraintes agronomiques pures.

Un système abouti en plein champ

Concrètement, à Niederbronn, la rotation dure quatre à cinq ans : trois à quatre années de prairie pour une année de courges, parfois suivies d’une année d’alliacés (oignons et échalotes de conservation). Les toiles tissées (en plastique, perméables) sont posées sur la prairie, idéalement, dix semaines avant plantation. En 2022, « on est à la bourre, à cause des pluies », confie Jean. Pour que le processus de dessèchement, de fermentation, de décomposition, de la matière (de l’herbe et des racines) soit en phase avec la minéralisation, pour nourrir, à l’implantation, la culture, le mieux est d’occulter la prairie un peu plus de deux mois avant. « Les végétaux dessèchent sous la toile et ça forme un tapis de biomasse », témoigne Jean Becker. Les courges sont plantées en mai (un pied tous les 1,5 m2), dans les trous de la toile tissée. Jean ne désherbe plus du tout car ce qui reste d’herbe, à cet endroit ne concurrence pas les courges. Au contraire, cet apport d’humidité, les étés secs, aide les fruits à se développer, encore mieux. Idem, après plusieurs tests d’apport de 50 à 60 unités d’azote, sur les courges, Jean n’amende plus car il n’a observé aucune différence significative. Le rendement en courge est moyen : de 15 à 20 t/ha. Mais 90 % de la production sont valorisés, affirme Jean Becker. Et, entre la plantation et la récolte, il ne fait… rien ! « On attend », plaisante le maraîcher… qui décale, finalement, les périodes de travail. La pose des toiles a cours en période creuse, en hiver, quand il n’est pas surchargé. « Alors que si tu bines, ce n’est pas possible de décaler le binage », donne-t-il, pour exemple. Au printemps, son maraîchage de conservation des sols, via la technique d’occultation, lui permet d’être présent sur ses autres parcelles. « Et, lorsqu’on soulève la toile, après la récolte, la terre est restée très humide et très structurée, très grumeleuse », plaide-t-il, en faveur de sa technique. Si le sol a une mémoire, il peut être reconnaissant.

« Par contre, ces sols-là, dès qu’ils sont nus, le vent les assèche et ça croûte. Il se forme une croûte de battance. Le profil va alors s’assécher, au fur et à mesure. Donc il ne faut jamais les laisser découverts trop longtemps. Que ce soit par des bâches ou par de la végétation, il faut toujours que le sol soit couvert, pour que ça puisse rester humide », spécifie Jean Becker. Des tapis de turricules de vers de terre (plus concentrées en fertilisants) prouvent que le sol est bien vivant et habité. L’inconvénient est que l’humidité permanente amène des limaces sur ces parcelles de 8 à 10 m de large mais très longues, jusqu’à 180 m. La plus grande, à Niederbronn, mesure 80 ares. « On essaie d’imiter le fonctionnement de la prairie, puisqu’ici, elle produit, tout le temps », insiste Jean Becker. En été et début d’automne, la végétation qui est repartie, après une année de production de courges est broyée pour que la parcelle redevienne une prairie de fauche, les années d’après. « On travaille comme ça, avec les éleveurs. C’est un échange de service : fourrage-fumier. Avec leurs broyeurs, ils passent, jusque sous les arbres, ils ramassent et ils apportent des déjections animales. Je ne vends pas d’herbe sur pied, pour l’instant », enchaîne Jean. Il convient que la rotation est longue. Améliorer le sol et produire : Jean réfléchit vraiment aux deux tableaux. La vision annuelle, c’est la production, qui permet de tourner, économiquement, et l’objectif, à moyen, long terme, qui permet d’améliorer les conditions du sol. « Ça fait beaucoup de temps sans production, sans légume, mais ça fait une année très productive, sans intrant, et sans autre travail que poser les toiles, planter et récolter », constate-t-il.

Approfondissement sous tunnels

Outre l’intérêt de nourrir le sol et les plantes, et d’éviter le désherbage, la toile tissée permet d’obtenir des fruits propres à la récolte. « On n’a pas besoin de les laver avant la vente, ni pendant l’automne, ni l’hiver », remarque Jean Becker. Il rappelle, au passage, qu’un fruit ou un légume qui se conserve bien est un fruit récolté mûr. Il y a deux ans, il a exporté à Ingwiller, la technique, éprouvée à Niederbronn, dont sous tunnel. Mais il l’a adaptée. « Cet itinéraire-là fonctionne sur tous types de sol. À 70 % de sable, aussi. Les rotations sont plus courtes, à Ingwiller, sous abri, car nous n’en avons que 2 000 m2 mais, dès que l’on s’agrandira, en tomates, je compte passer à une rotation de quatre à cinq ans », prévoit Jean. Aujourd’hui, il produit des légumes une année sur deux, en plein champ, à Ingwiller. Le rendement, en tomates, est de 60 à 80 t/ha. L’année sans légume est aussi une année de couvert végétal, comme à Niederbronn, et qui est souvent pâturé par des animaux, sur place. Les analyses de sol réalisées, à Ingwiller, sont formelles : la terre est passée d’un peu plus d’1 % à un peu plus de 2 % de matière organique entre 2017 et 2021.

Sous abri, Jean Becker tend à se spécialiser en légumes primeurs. « Actuellement, on est en récolte pour les bottes de radis. On fait de l’ail nouveau, aussi. Et, dans les prochaines semaines, on récoltera des choux-raves et des fenouils. Les navets aussi vont arriver. Puis, en été, on produit beaucoup de tomates, aubergines, concombres », détaille Jean. Les légumes de cycle court, qu’il récolte, après occultation de prairie, à Ingwiller, sont magnifiques, selon lui : rutabagas, choux-raves, fenouils. « Ils poussent de manière très homogène et avec des rendements très bons. Les calibres sont moyens à gros, très corrects », assure-t-il. Jean récupère les déchets de légumes de cuisines collectives et les cendres d’une chaudière à plaquette. Ils sont épandus sur les parcelles restées en herbe. « On fait de l’amendement, de la fertilité, avant légumes, mais sur prairie », paraphrase-t-il.

« En ACS et TCS, il n’y a pas de recette. Ce sont des stratégies à adapter pour améliorer la rentabilité de l’exploitation, à long terme », conclut Jean Becker. Le même itinéraire est utilisé pour les courgettes, à Ingwiller, que pour les courges, à Niederbronn, par exemple. Jean Becker pense être arrivé au bout de la démarche. « Mais l’échange avec les collègues reste très important. De rotation en rotation, on affine. L’objectif, sous abri, est aussi de tester de nouvelles cultures, de se diversifier, puisque la surface le permettra, bientôt, avec, notamment, des cultures plus tropicales, qui émergent : manioc et igname, qui peuvent fonctionner sous nos latitudes. On a déjà testé la patate douce. Sans bouleverser le système, on va encore innover », planifie-t-il. L’élevage peut être une autre piste de développement. Un atelier volaille ou petits ruminants, comme des ovins, porté avec un (e) confrère, plutôt pour de la vente directe, serait le bienvenu, « agronomiquement » parlant, bien sûr.

 

Le parcours de Jean Becker

Des choix stratégiques qui servent sa vocation

Comme ses itinéraires culturaux, le parcours de Jean Becker a été pensé… et ce, dès le lycée !

Jean Becker, 38 ans, a « toujours » voulu s’installer. Enfant et adolescent, il a passé beaucoup de temps dans des fermes de polyculture élevage du secteur de Niederbronn et au Pays de Bitche. Ses grands-parents étaient éleveurs de bovins lait et viande. « Le virus m’a attaqué et ne m’a plus quitté », dit-il. Après un bac général scientifique, à Haguenau, et un DUT Génie biologique, option agronomie, à l’IUT de Colmar, Jean a poursuivi en licence professionnelle, en apprentissage, à l’université Jules Verne, à Amiens : Agriculture, agronomie et développement durable. Il a ainsi travaillé pour une union de coopératives céréalières, dans la Somme et dans toute la Picardie. « Je m’occupais de sols. On utilisait un logiciel qui permettait de faire du conseil à la fertilisation, à partir des analyses de sol, avec la prise en compte des objectifs de production et de beaucoup d’autres critères, parce qu’on était en zone fragile, réglementée par la Directive nitrates. C’était du conseil adapté à la parcelle. En parallèle, avec Thierry Tétu, responsable de la licence, agriculteur et chercheur, nous avons abordé les prémisses de l’agriculture de conservation », se souvient Jean Becker. Il acquiert un œil de technicien pour améliorer et développer les systèmes.

Sa licence en poche, le jeune homme remplace l’animateur d’Afdi 68, en 2005. Il se rend au Mali, où il participe au développement de la filière mangue ; entre autres expériences enrichissantes. Puis, il devient ouvrier agricole, trois ans durant, dans des fermes bas-rhinoises qui produisent des légumes et des fruits, pour se spécialiser. « Le maraîchage, c’était une passion, autour des jardins familiaux, des potagers, dans lesquels je travaillais beaucoup, plus jeune. J’avais envie d’acquérir de l’expérience auprès de professionnels », précise-t-il. Jean expérimente, ainsi, les limites des techniques très interventionnistes, en bio, confie-t-il, et découvre les TCS en céréales. De 2008 à 2012, il devient formateur, pour adultes, en maraîchage.

Si l’élevage l’intéresse aussi, s’installer en maraîchage est plus facile, « en partant de zéro ou presque », par rapport aux surfaces nécessaires. « Mais, quand je vous parle des pratiques prairiales pour produire des légumes, ça ne vient pas de nulle part », souligne-t-il. Jean Becker s’installe en 2012, à Wimmenau. Il est en location. Puis, il rachète des terres familiales, à Niederbronn, et, en 2013, loue des parcelles à Ingwiller. Son DUT vaut capacité agricole. En bio, dès l’installation, Jean commence les TCS et l’ACS en maraîchage, en 2015, après avoir constaté l’aléatoire de sa production, lorsqu’il travaillait les sols. Dans un groupe Dephy, cinq ans durant, sur la fertilité des sols en maraîchage, il intervient, toujours, en formation adulte, au CFPPA d’Obernai, fort de ses observations.

Vita-Compost, à Bischwiller et Dettwiller

« Tous les matériaux naturels pour le jardin et l’agriculture »

Pratique

Publié le 05/05/2022

L’activité principale de Vita-Compost est le retraitement des végétaux du Smitom de Haguenau-Saverne, le syndicat mixte de traitement des ordures ménagères du secteur sur lequel sont implantées les deux plateformes de compostage de l’entreprise : Bischwiller et Dettwiller. De 30 000 à 35 000 t de végétaux y sont broyés et « criblés », chaque année, avant d’être retournés, puis triés à nouveau, jusqu’à devenir, entre autres, des amendements ; parfois, une très fine terre, mélangée, à la demande, à du fumier ou de la corne. « Aucune boue d’épuration n’est acceptée. Notre compost convient donc aux agriculteurs et maraîchers en bio », précise Jean-Noël Graf, 35 ans, dirigeant de Vita-Compost, depuis un an, avec son épouse Jennifer. Le père de famille est aussi céréalier et entrepreneur à Niederroedern.

Amender et aménager

Entreprises et particuliers peuvent aussi décharger leurs déchets verts et gravats, sur les plateformes. Ils ne repartent généralement pas la remorque vide, puisque « tous les matériaux naturels pour le jardin et l’agriculture sont disponibles, en gros volume, immédiatement », chez Vita-Compost, à Bischwiller, Dettwiller et, sous forme de drive, à Niederroedern. Jean-Noël Graf met un point d’honneur à avoir du stock et à être réactif. Outre les mélanges spéciaux d’amendements personnalisés, Vita-Compost propose de charger ou de livrer à domicile, en un temps record. « Les clients ne restent jamais garés plus de dix minutes », assure le dynamique trentenaire. Auprès des agriculteurs, les mulchs frais, très accessibles, ont toujours la côte, mais aussi le compost réalisé à partir de végétaux présélectionnés (sans conifères) et le bois énergie. 5 000 à 10 000 t de plaquettes d’élagage sont vendues à des chaufferies de la région, chaque année, précise d’ailleurs Jean-Noël Graf. Les exploitants agricoles trouvent aussi tout ce qu’il faut pour aménager l’extérieur de la ferme, chez Vita-Compost : pierres naturelles, écorces, etc. Et les maraîchers se tournent vers des produits plus avancés, comme du compost à base végétale, avec ajout de différents types de fumiers, de farine de roche et de terre argileuse. Autre partenaire : le Comptoir agricole, pour qui Vita-Compost a élaboré un compost végétal criblé, avec une granulométrie à 0/20 mm. Analyses à la clé, le compost jeune de végétaux est indemne d’indésirables adventices et apporte jusqu’à 7/4/4 d’apport NPK par tonne.

 

 

Service clé en main

Le point fort de Jean-Noël Graf est sa proximité avec le monde agricole. Il compte une cinquantaine de clients agriculteurs réguliers, dont une dizaine de maraîchers. Jean-Noël a ainsi développé l’offre de services de Vita-Compost. Transport et épandage de compost figurent au menu des prestations, aujourd’hui. Une vingtaine de fidèles font appel à lui pour le « rendu racine ». Il loue aussi des bennes pour collecter les végétaux et les gravats. À la coopérative agricole de Hoerdt, par exemple, Vita-Compost ramasse les déchets de légumes. Aux jardins d’Altaïr, à Oberhoffen-sur-Moder, elle composte sur place les rebuts verts des légumes (mélange du mulch frais avec les légumes, ainsi que du fumier) et épand le fertilisant, ensuite. La boucle est bouclée ! « J’achète des grumes d’aulne aux agriculteurs pour faire des plaquettes, pour les particuliers, confie encore Jean-Noël Graf. Mais aussi du fumier. Je loue des parcelles aux voisins pour y stocker du compost. On crée de belles synergies. » Il embauche aussi des fils d’agriculteurs, heureux de la diversité des tâches à accomplir, ici, et du parc matériel impressionnant, provenant essentiellement de Hantsch, à Marlenheim. Ils sont douze, au total, à œuvrer sur les plateformes de Bischwiller et Dettwiller, au grand air, et aux alentours, à la faveur des prestations.

 

 

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