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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Bar Alsace Rocks !

De près et de loin

Vigne

Publié le 28/07/2022

Olivia et Oscar, 32 et 33 ans, infirmière et développeur informatique, à Göteborg en Suède

« C’est notre premier jour en France, s’exclame Olivia, ravie. Nous sommes venus ici tout spécialement pour la Foire aux vins. Nous avons cherché sur Google où est-ce qu’il y avait des festivals autour du vin et c’est le seul qu’on ait trouvé, pour l’instant. Nous sommes des amateurs de vins mais non des professionnels. Le vin est devenu un hobby pour nous, durant les confinements, à cause du Covid-19. » « Nous avons troqué notre table de cuisine pour une cave à vins, ajoute Oscar, rieur. Nous avons investi beaucoup d’argent déjà, pour découvrir les vins. Présentement, nous buvons un pinot gris. Nous aimons le vin sec. Notre préféré reste le gewurztraminer, avec ses notes de litchi et de fleurs. Et ce sont surtout les vins naturels, qui nous attirent. » Pour ces Suédois, les pinots gris et gewurztraminers nature sont donc des blancs secs.

 

Lou et Gaëtan, 20 et 21 ans, étudiants à Clermont-Ferrand

« Nous sommes venus voir Damso et PLK, ce lundi soir, en concert. Mais nous aimons aussi le vin, surtout le blanc moelleux. Nous sommes donc arrivés plus tôt pour découvrir la foire et déguster quelques verres. C’est une très bonne idée ces concerts dans ce cadre : sans cela, nous ne serions pas là. Nous ne sommes pas plus connaisseurs que cela. Nous n’aurions donc jamais parcouru tous ces kilomètres, juste pour goûter du vin, mais là la combinaison est parfaite. Nous sommes heureux de boire un verre avant le concert. Et surpris par le large choix que propose le bar ! Nous ne savions pas du tout que l’Alsace est une aussi grande région vinicole. Nous sommes impressionnés », raconte Lou, épatée aussi par le vignoble alentour et la taille de la Foire aux vins. « On a choisi le bar Alsace Rocks parce qu’il est cool, dans tous les sens du terme, plaisante Gaëtan. La salle est fraîche. Il y a le cabaret en face, de la musique. Et nous avons été très bien conseillés. Nous avons demandé un blanc sucré et fruité. Le barman nous a proposé cette bouteille : un gewurztraminer de 2020, du domaine Ginglinger-Fix, à Voegtlinshoffen. Il est excellent ! C’est exactement ce qu’on recherchait. »

 

Franck, 56 ans, agent général d’assurances, à Colmar

« Je viens à la Foire aux vins depuis que je suis gamin. J’ai été bercé par la FAV ! Ce soir, nous avons amené notre fils au concert de Damso, et nous en profitons pour faire un arrêt aux stands. C’est la première visite de l’année et le bar Alsace Rocks est le premier où l’on déguste. Vu les températures de ces derniers jours, j’ai choisi pour mes convives et moi de commencer par quelque chose de léger mais de gourmand : un crémant rosé de la maison Bott, à Ribeauvillé. C’est rafraîchissant. Le second verre, que l’on boit actuellement, est un classique : un crémant blanc, un chardonnay brut AOC, nommé Égérie, de Dopff et Irion à Riquewihr. C’est leur cuvée vedette. Pour se faire le palais, le crémant, c’est ce qui passe le mieux. Celui-ci a des notes d’agrumes. Après ces bulles, ces vins frais, je goûterai un vin tranquille, un pinot blanc, plus sec, avec le repas », programme ce quinqua, entre deux souvenirs de jeunesse, partagés avec son épouse et ses amis.

Moutarde douce d’Alsace

Des rendements exceptionnels, là où il y avait de l’eau

Cultures

Publié le 27/07/2022

« Cette année est marquée par de bonnes conditions de semis et une levée régulière, commente Fabien Metz, de l’EARL du Relais, à La Wantzenau, qui cultive 14 ha de moutarde. La campagne a été trop sèche pour qu’on soit inquiété par les insectes, notamment les méligèthes. Mais selon les types de sol et la pluviométrie, ou l’irrigation, en termes de rendement, on passe du simple au double car, juste après la floraison, en mai, une période chaude a stressé la moutarde. » La moutarde aime la chaleur et le soleil mais il lui faut un minimum d’eau, jusqu’à la fin de la floraison, pour se développer. Fabien Metz pense ainsi avoir récolté 20 q/ha, sur ses terres irriguées, quand il estime avoir ramassé seulement 10 q/ha, là où il n’y avait pas d’eau. Le rendement moyen se situe entre 12 et 15 q/ha. Cette campagne 2022 a été particulièrement chaude et sèche. Les graines qui sont d’habitude récoltées à 9 % d’humidité ont d’ailleurs été récoltées à 6 % d’humidité, un bon point, et avec presque trois semaines d’avance, mi-juillet, ajoute l’agriculteur.

« Ça devrait être une bonne année »

Le conseiller Pierre Geist, qui suit la culture de moutarde, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), détaille : « La moutarde blanche, qui permet la fabrication de la moutarde douce, est semée fin mars, entre la betterave et le maïs, si les conditions le permettent. Cette année, il a plu de temps en temps, juste ce qu’il faut pour que le désherbage soit efficace, et les températures ont permis une croissance rapide. Les parcelles étaient donc propres. La renouée a été maîtrisée, début mai. Il y avait par ailleurs, très peu d’altises, peu de pression des ravageurs. Les méligèthes ont été traitées là où le stade d’intervention a été atteint, mais un seul traitement a suffi. » Au 10 mai, avec huit jours d’avance, les premières moutardes sont arrivées au stade bouton floral caché. Mi-mai, elles ont fleuri. Fin mai, sur 20 à 30 % des parcelles, les tenthrèdes de la rave qui n’avaient pas été détectées plus tôt, ont été traitées. « Ça devrait être une bonne année, constate Pierre Geist, ni trop sèche, ni trop humide. Les premières récoltes ont eu lieu le 16 juillet. On attend les retours du Comptoir agricole, qui collecte. » La coopérative stocke, trie, nettoie et vend les graines de moutarde à Alélor. Le conseiller de la CAA souligne qu’il n’y a pas eu de verse en 2022, les tiges étant de 10 à 20 cm plus courtes que d’habitude ; il n’y a donc pas eu de pertes de grains.

Une marge brute équivalente à celle du maïs

En Alsace, la filière moutarde a été créée en 2008 par Alélor. Elle regroupe, aujourd’hui, une vingtaine d’agriculteurs, qui cultivent, cette campagne, deux fois 40 ha, au total. Puisque les conditions climatiques étaient favorables, fin juin, un second semis de moutarde a été opéré, après l’orge ou le blé, pour récolte en octobre. Cette culture secondaire, en dérobé, qui n’engage que peu de frais, pourra être un complément pour l’exploitation. De 60 à 70 % des besoins d’Alélor sont couverts, grâce à la graine locale, ce qui lui a permis de faire fonctionner l’usine sans arrêt, contrairement à d’autres en 2022. En effet, le Canada et l’Ukraine, les deux plus gros producteurs mondiaux, n’ont pas pu répondre à la demande cette année ; respectivement à cause d’un dôme de chaleur ayant détruit la moitié de la production et de la guerre. Alain Trautmann, le directeur d’Alélor, avait anticipé ce scénario. « On a voulu cette filière locale, 100 % Alsace, pour moins subir les pressions extérieures, moins dépendre des producteurs monopolistiques et éviter les variations de prix. Nous avons aujourd’hui une culture stable, qui ne demande pas de logistique profonde ; une culture française, alsacienne, qui est rémunératrice », énumère Alain Trautmann. Pierre Geist précise : « S’il y a un bon rendement, en moutarde, la marge brute est équivalente aux autres productions : blé, maïs. » « Ça fluctue un peu », admet Fabien Metz. La moutarde n’est donc pas encore l’or jaune, malgré les pénuries mondiales de graines.

Casser le cycle de la fusariose du blé

Mais elle a des atouts indéniables, techniques et agronomiques. « Depuis treize ans, l’itinéraire technique est rôdé », conclut Pierre Geist. « La moutarde revient tous les cinq ans dans ma rotation, enchaîne Fabien Metz, entre le soja et le blé, et deux ans de maïs. En 2009, je cherchais une troisième culture pour allonger ma rotation. J’en suis satisfait. Le blé est mieux protégé de la fusariose. J’ai réduit de moitié les fongicides sur la céréale. Aussi, je travaille moins le sol avant le blé. » L’appui de la CAA et l’organisation locale de la filière le motivent aussi. Six cultivateurs de moutarde d’Alsace sont en bio. Elle ne bénéficie pas d’IGP. Alélor produit 1 000 à 1 200 t de ce condiment, à l’année, soit 1 % du marché français. En 2022, 60 t sont allées à l’entreprise agroalimentaire Daunat.

 

 

Loïc Voinson, champion de bûcheronnage sportif

Il envoie du bois !

Pratique

Publié le 21/07/2022

« Ça se joue à quelques secondes », cadre d’emblée Loïc Voinson. En bûcheronnage sportif, les temps sont ultracourts. Rien qu’au dernier championnat du monde, en mai 2022, quatre records sont tombés, dont le sien, au passe-partout (ou single buck), l’épreuve à la grande scie dentée de 2 m de long et de plus de 10 kg. Loïc détenait depuis avril, le meilleur chrono mondial au passe-partout, dans sa catégorie, les moins de 25 ans qu’on appelle les Rookies : 11,09 secondes pour la coupe d’une rondelle de bois de 40 cm de diamètre. Un Suisse l’a détrôné à 10,36. Peu importe, Loïc Voinson a relevé le défi qu’il s’était lancé à lui-même : il est le cinquième meilleur bûcheron sportif au monde. Le champion français s’est ainsi classé à un point du Néo-Zélandais, dont la patrie est à l’origine, avec l’Australie, des « sports de bois ». Aussi, le record « n’était pas prévu, vu le niveau ». « J’étais très moyen au passe-partout. C’est ce qu’il y a de plus difficile, de plus physique. J’ai mis trois ans à faire une rondelle sans coincer. Mais à force d’entraînement, c’est devenu une de mes épreuves favorites, comme celle de la hache à la verticale ; standing block chop, en anglais », confie Loïc Voinson.

 

 

Fulgurance

Ce pongiste (vice-champion d’Alsace junior en 2015) a commencé le bûcheronnage sportif à 16 ans, encouragé par un collègue, alors qu’il était apprenti bûcheron à Sainte-Marie-aux-Mines. Chez les Voinson, on est bûcheron de génération en génération, mais Loïc est le premier à s’intéresser aux timbersports. « Plus jeune, je regardais toujours le concours amateur de bûcheronnage, à Sainte-Marie. Je me disais : un jour, je ferai ça. Mais je ne pensais pas arriver aux timbersports si vite, ni être aussi bon », confie-t-il. Lors d’un stage en CAP, il travaille avec Julien Meyer, un bûcheron formé par le père de Loïc. Julien pratique le bûcheronnage sportif. Il est senior. Il propose à Loïc d’essayer. « Ça m’a plu », dit simplement le jeune Voinson. Loïc et Julien s’entraînent. « Depuis, on est tout le temps ensemble. On a d’abord été invité dans des concours non-officiels en Savoie, dans le Sud, en Bourgogne. Puis, j’ai participé à deux week-ends préparatoires aux compétitions officielles organisées par Stihl (la référence en tronçonneuses, NDLR). » En 2015, il réalise déjà les meilleurs temps à la hache à la verticale et à l’horizontale, au championnat de France Rookie. Sa carrière sportive est lancée.

Mais impossible d’en vivre, même aujourd’hui. S’il gagne des prix d’un montant de 500 à 4 000 € lorsqu’il monte les marches du podium, Loïc Voinson ne peut pas compter uniquement sur cette passion du bois. Son gagne-pain reste son métier de bûcheron, qu’il exerce depuis ses 18 ans, au syndicat des communes forestières de Sélestat et environs (Sivu), sur 6 000 ha de sylve. Il y est d’ailleurs formateur pour les élèves en apprentissage du lycée de Sainte-Marie-aux-Mines. Nul doute que l’aura de Loïc est un plus. « Les timbersports se développent depuis les années 2000. Aujourd’hui, la chaîne de télévision L’Équipe (re) diffuse les compétitions », pointe le jeune homme. Ils seraient moins de 200 à pratiquer comme lui, en France, mais de plus en plus d’adolescents (hommes et femmes) s’intéressent, la médiatisation aidant. Stihl assure la promotion de ses champions : une quinzaine de journalistes ont défilé devant Loïc, depuis ses derniers sacres. Et ce n’est sûrement pas un hasard si l’entreprise allemande a choisi Schirrhein dans le Bas-Rhin, pour ses derniers championnats de France le 2 juillet 2022. Les bonnes volontés locales finissent de populariser le sport. Par exemple, l’association sainte-creuzienne Lumberjack (bûcheron en anglais), créée en 2015 par Julien Meyer et Loïc, organise à domicile les 20 et 21 août, le championnat de France de bûcheronnage sportif de la fédération nationale du sport en milieu rural (FNSMR), fédération à laquelle elle adhère avec quinze autres clubs. Encore une occasion de mettre le sport à l’honneur.

 

 

Ça va couper !

Six épreuves peuvent s’enchaîner dans les championnats Stihl Timbersports : le springboard (hache à la verticale sur tremplin ; après avoir réalisé deux entailles dans un tronc, les concurrents y glissent deux planches, montent dessus et coupent une bille de bois de 27 cm de diamètre), le standing block chop (hache à la verticale ; simulation de l’abattage d’un arbre), le underhand chop (hache à l’horizontale ; découpe d’un arbre abattu), le stock saw (le découpage de deux disques de bois à la tronçonneuse de série), le single buck (le découpage d’un disque de 40 ou 46 cm de diamètre à la scie passe-partout) et le hot saw (le découpage de trois disques à la tronçonneuse de compétition, dont la puissance peut atteindre 80 ch). Les autres concours s’en inspirent. C’est généralement du peuplier qui est découpé en compétition. « Pour m’entraîner je prends ce que je trouve, souvent du pin », observe Loïc Voinson. Mais ce bois est plus abrasif. Loïc possède une dizaine de haches, dont près de la moitié pour l’entraînement, deux passe-partouts et au moins autant de tronçonneuses. Celle dont il a hâte de se resservir est équipée d’un moteur d’ULM (entre 15 à 20 kg, à lui tout seul). « Les tronçonneuses de compétition sont presque deux fois plus rapides que celles de série (mais aussi deux à trois fois plus lourdes, jusqu’à 30 kg, NDLR). Elles permettent de réaliser l’épreuve en cinq à six secondes », précise Loïc. La sienne est particulièrement rare. Il promet : le dimanche matin, il la laisse au garage. Par contre, il est susceptible de « taper un morceau » à la fraîche… enfin, dix ou quinze plutôt ! « Mon coach pense que je serai dans la force de l’âge à 30 ans. J’aurai plus de muscles et plus d’expérience qu’aujourd’hui. C’est un sport très technique. La puissance ne fait pas tout. Il faut visualiser », explique-t-il, tout en traçant des lignes sur le billon qu’il va ensuite cogner de sa hache. « J’ai mis beaucoup d’angle. Le bois est sec ici, il sera plus dur que de l’autre côté », ajoute-t-il, concentré. Sous son futal, des chaussettes « cotte de mailles », pour éviter de se trancher, en cas de loupé. À part des tronçonneuses qui prennent feu, il n’a jamais vu d’accident, durant les compétitions de timbersports. Il a tout de même entièrement conscience du danger. Mais, du haut de son mètre 82 pour 98 kg, il semble qu’il en faille beaucoup pour l’impressionner.

 

 

Rhinau

Favoriser les agriculteurs locaux

Pratique

Publié le 10/07/2022

En 2020, huit agriculteurs étaient répertoriés dans la Ville de Rhinau. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq : Jonathan Ehrhart, Gérard Muller, Philippe Oberlé, Erwin et Jean-Paul Roettelé. Ils œuvrent principalement en grandes cultures : maïs, blé, betterave, colza. Seule l’EARL de la Schmalau s’adonne, en plus, au maraîchage. Elle produit de la mâche, des pissenlits, des asperges et des pommes de terre, qu’elle vend en direct. « Dès qu’il y a un départ à la retraite, les exploitations locales en place s’agrandissent, pointe Marianne Horny-Gonier, la maire de Rhinau. Ces dernières années, il n’y a pas eu d’installation. Soit les agriculteurs cédants étaient célibataires, soit leurs enfants n’étaient pas intéressés et aucun hors cadre familial ne s’est présenté. La commune est le premier propriétaire foncier de terres agricoles. Nous relouons les terres que cultivaient les agriculteurs partis à la retraite uniquement aux cultivateurs rhinois. Nous privilégions les locaux, à qui nous essayons de partager équitablement ces hectares supplémentaires. » La première magistrate de la commune est consciente que Rhinau est modelée par ces paysans. « Les agriculteurs font partie de l’histoire de la commune. Les activités agricoles ont beaucoup de sens ici. Au-delà de l’alimentation humaine et animale, l’agriculture entretient les paysages. Et certains exploitants rhinois sont sapeurs-pompiers volontaires ; l’un d’eux était même chef de corps, il y a peu », ajoute-t-elle, pour mettre aussi en avant leur implication dans la vie sociale.

Des deux côtés du Rhin

Très peu de réclamations de riverains parviennent d’ailleurs aux oreilles de l’élue, quant à d’éventuelles gênes causées par les activités agricoles. Les exploitants, eux, se plaignent parfois d’incivilités : essentiellement des quads qui roulent sur leurs parcelles. Mais Marianne Horny-Gonier souligne qu’elle est rarement interpellée. Aucun agriculteur rhinois ne participe au conseil municipal mais chacun sait qu’il peut s’entretenir avec l’édile ou avec le premier adjoint au maire, Vincent Jaegli, un « autochtone », en charge des « champs, forêts, chemins, environnement, chasse, pêche ». Ce dernier rappelle une spécificité rhinoise : près d’un millier d’hectares de prés, champs, forêts et cours d’eau appartiennent à la Ville de l’autre côté du Rhin. Dans la réserve naturelle du Taubergiessen, en Allemagne, les agriculteurs de Rhinau soignent 40 ha de cultures et 100 ha de prés. Pour y accéder, ils empruntent le bac automoteur transfrontalier, gratuit, qui relie la commune française à Kappel-Graffenhausen. Ils sont prioritaires sur tout autre véhicule. L’enclave rhinoise en territoire allemand est une survivance du XVe siècle, quand l’Alsace appartenait au Saint Empire romain germanique et que le cours du Rhin était variable. Depuis ce temps-là, les paysans de Rhinau cultivent le Taubergiessen.

Sensibles forêts

La Ville gère les forêts. Toutes celles sur son ban lui appartiennent. « Il n’y a pas de forestier, dans la commune. Aucun privé », note Vincent Jaegli. Malheureusement, la sylviculture est en berne. « On subit », poursuit l’adjoint. La forêt dépérit, à cause de la chalarose du frêne (qui impacte 80 ha de forêt environ) et des sécheresses de plus en plus rapprochées. Pour réussir à vendre le bois visé par la maladie autrement qu’en bois de chauffage, la commune accélère la cadence des coupes. « Sinon les grumes tombent seules, lorsque les arbres ont 30 ou 40 ans. Elles s’effondrent », témoigne Vincent Jaegli. Le changement climatique amplifie le processus. Les chênes, eux aussi, sont sensibles aux coups de chauds, surtout au niveau de leurs hautes frondaisons. Et la nappe phréatique a beau affleurer ici, si une parcelle est un peu surélevée, les racines des arbres souffrent aussi. « La filière bois a des soucis à se faire », pense le premier adjoint de Rhinau. Sur la commune, quand on coupe, on replante. Mais un hectare de plantation coûte 5 000 euros… Les recettes de la forêt sont nulles. La Ville est à peine à l’équilibre dans ce domaine-là. Merisier, noyer, chêne, aulne, érable, pommier et poirier sauvages : les essences choisies pour combler les coupes et les trouées datant de la tempête Lothar il y a vingt ans, sont censées être climato-compatibles. Les sangliers, eux, le sont pour sûr ! Trop même. On constate deux portées par an actuellement. Heureusement, les cinq lots de chasse de Rhinau sont loués, et agriculteurs et chasseurs s’entendent, d’après Vincent Jaegli. Mais les dégâts sont tout de même là. Les chevreuils, eux, s’attaquent plus aux arbres. Aucun cerf ni daim ne sont signalés.

Trame verte et bleue

Le soin apporté à l’environnement, à Rhinau, est d’autant plus grand que la ville est « cernée » de réserves naturelles, celle nationale de l’île de Rhinau, le site alsacien le plus représentatif de ce que l’on appelle la forêt alluviale rhénane, et celle du Taubergiessen. La municipalité s’engage pour la trame verte et bleue ; à mailler les habitats naturels, pour assurer les continuités écologiques terrestres et aquatiques. Elle a répondu à un appel à projet lancé par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, il y a deux ans. Après un état des lieux de la faune et de la flore, notamment des espèces menacées ou en extinction, et des études pour savoir comment recréer les refuges de celles-ci, place aux premières expérimentations. Un terrain communal a ainsi été réensemencé pour devenir une prairie fleurie, à l’occasion de la fin d’un fermage. Le nouveau cultivateur locataire fait le foin sur ces 2 ha. La plantation de haies, sur une autre parcelle, et la vente d’arbres fruitiers à des particuliers à un prix bonifié, sont d’autres actions qui ont déjà été menées. Sur un terrain difficilement exploitable, Rhinau souhaite restaurer une roselière, créer une mare. « Les agriculteurs sont pleinement conscients de l’importance de la biodiversité pour leur activité », sait Marianne Horny-Gonier. L’exploitant Erwin Roettelé les représente au comité de pilotage du projet initié en 2020.

Combler les « dents creuses »

« L’environnement est plutôt préservé. C’est une chance qui explique l’engouement pour notre commune », remarque la maire. Rhinau est attractive. Entre un cadre bucolique et des potentialités d’emploi, dont transfrontalières, mais aussi la proximité de grands axes de communication, la ville est prisée. Les biens en vente partent vite. Marianne Horny-Gonier souhaite avant tout, que se construisent des logements dans les « dents creuses » de sa commune. « À l’avenir, il y aura zéro artificialisation nette. C’est une nouveauté de la loi Climat et résilience. La commune fait déjà en sorte que les terres agricoles le restent », assure-t-elle. Plus aucun élevage n’a cours à Rhinau, sauf à la ferme éducative de l’AGF, où les écoliers peuvent aller à la rencontre des poules, des lapins, des brebis, des cochons, des vaches, chevaux et ânes. Les cultures emblématiques de la plaine d’Alsace centrale s’épanouissent autour de la petite ville, entre bois et rivières. Les silos à grain du négoce Lienhart, le long du Rhin, rappellent encore, à qui croirait s’être perdu dans la nature sauvage, que l’agriculture, ici, a toute sa place et qu’elle est indissociable de ce milieu exubérant.

Chanvr’eel

Après l’huile de chanvre, celle de tournesol, de colza et de cameline

Cultures

Publié le 09/07/2022

« Nous pressons déjà des graines de tournesol de l’année passée. Mais en colza, nous attendons la récolte 2022 qui démarrera sous peu, et les tests de qualité, pour produire les premières huiles de colza en septembre », cadre d’emblée Guillaume Kalms, le créateur de Chanvr’eel, la première entreprise alsacienne spécialisée dans la transformation alimentaire et cosmétique de graines de chanvre bio locales. Guillaume et son frère David ont lancé en mars 2022, la marque Carat’eel pour leur production d’huile de tournesol bio et locale ; un projet germé avant la guerre en Ukraine et les pénuries, mais qui a bénéficié de cette triste conjoncture. « Tout est parti avant le 15 juin (1 t d’huile, pressée à partir de 3 t de graines) », constate David Kalms, qui a dû attendre une réparation de la presse pour reprendre la fabrication, fin juin. S’ils sont les premiers à proposer de l’huile de tournesol bio et alsacienne (de qualité crue, en plus, car les graines sont pressées à 42°C maximum ; le rendement est inférieur mais la qualité est supérieure, les nutriments étant préservés), ils sont conscients que leur frais succès découle de la situation mondiale, autant que de la demande pressante de leurs clients de tester d’autres huiles. Pour éviter les ruptures de stock d’huile de tournesol, ils ont fini par limiter à 18 bouteilles les livraisons à la centaine de magasins spécialisés qui revendent leurs produits. « Le but est qu’il y en ait pour tout le monde. On presse dix jours par mois. Trois jours sont nécessaires à l’embouteillage », détaille Guillaume, qui souhaite embaucher dès que possible, en production, tant la partie commerciale est chronophage. Aussi, il souhaite rentabiliser la presse. En partie automatisée, elle peut tourner en continu. « Nous voulons mettre à profit notre savoir-faire et notre réseau de distribution », résume le créateur de Chanvr’eel.

Un prix juste

Quant à l’approvisionnement en graines, il augmentera. Pour la prochaine campagne, les frères Kalms souhaitent contractualiser de 30 à 40 ha de tournesol (doubler la surface, puisqu’elle était de 18 ha, en 2021). « Pour le colza, c’est difficile de se projeter, puisqu’on n’a même pas encore commencé », enchaîne Guillaume. Aujourd’hui, David et lui travaillent avec une douzaine d’agriculteurs à 30 km à la ronde de Benfeld, pour le chanvre. Quatre d’entre eux ont fourni le tournesol et vont apporter le colza. Mais les deux frères cherchent encore et toujours de nouveaux partenaires agricoles. D’autant plus que pour la cameline locale, ils n’ont pas encore de contact direct avec des producteurs : « Il nous en faudra peu ; 2 à 5 t de graines », précisent-ils. Le Comptoir agricole devrait ainsi assurer la première livraison. « Nous souhaitons un prix juste pour tous, aussi pour les agriculteurs, et déconnecté du marché mondial. Nous sommes contre la spéculation », ajoute Guillaume.

Des cultures à bas niveau d’impact

Chanvr’eel permet aux producteurs en bio de diversifier leur assolement et donc, le paysage agricole, et de préserver la ressource eau, car chanvre, tournesol, colza et cameline bio sont des cultures à bas niveau d’intrants, donc d’impact. Ludovic Boise, coordinateur mission de protection des eaux souterraines au Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA), rappelle que le SDEA s’est associé à Chanvr’eel pour déposer un dossier d’appel à manifestation d’intérêt (AMI) auprès de l’Agence de l’eau et de la Région Grand Est, pour la promotion, l’émergence et la structuration de la filière oléique locale, « une filière vertueuse ». « À l’heure actuelle, l’aide ne touche pas directement les agriculteurs, mais grâce à nos études et aux investissements de Chanvr’eel, on peut leur assurer qu’il y a un marché pour telle ou telle culture », explique Ludovic Boise. Au total, le projet est chiffré à 120 000 €. « Selon les lignes, les actions peuvent être aidées à hauteur de 40 à 80 % », dévoile le coordinateur. Des essais d’autres plantes oléiques sont en cours. « Ce peut être des micro-niches mais très rémunératrices », lâche Ludovic Boise. Affaire à suivre…

 

 

Diversification

Le colza et le tournesol, des alternatives intéressantes

Cultures

Publié le 08/07/2022

Le tournesol est une bonne alternative au blé, comme le colza, pour diverses raisons. Économiquement, depuis cet hiver, il se vend 700 €/t et rivalise donc, ainsi, avec le colza. Réglementairement, par rapport à la nouvelle Pac 2023-2027, des points d’éco-régimes sont à chercher avec cette culture. Techniquement, il est possible de réduire les apports d’intrants et de désherber sans produits phytosanitaires contenant du S-métolachlore. Aussi, bien implanté, un tournesol résiste au stress hydrique. Pour une récolte la seconde quinzaine de septembre, le semis de tournesol aura lieu du 1er au 20 avril. « Plus on sème tôt, plus on profite de la fraîcheur du sol, pour une levée plus rapide, qui permet d’échapper à certains ravageurs », conseille Bruno Schmitt, du service agronomie et environnement de la CAA. Les variétés précoces ES Idillic, ES Epic, RGT Rivollia sont préconisées. « Semez à une densité plus élevée, c’est-à-dire 80 000 à 85 000 graines/ha, à 3 cm de profondeur », dit encore Bruno Schmitt, pour limiter les dégâts de corvidés et pour homogénéiser la récolte, qui sera plus avancée. Le tournesol est une plante peu « gourmande » en azote et qui, en plus, valorise très bien l’azote provenant du sol. La dose d’azote peut donc se limiter à maximum 40-50 u/ha en sol profond, partage le technicien. Une sur-fertilisation retarde d’ailleurs la maturité. Pour désherber cette culture, une base minimum en prélevée suffit : Mercantor Gold 1 l/ha + Challenge 600 2 l/ha ou Dakota P (interdit d’ici deux années, a priori) 2 l/ha + Inigo 1,5 l/ha, ou uniquement Challenge 600 2-2,5 l/ha, combiné à une gestion des graminées par des anti-graminées foliaires. Le principal ravageur à surveiller est le puceron vert du prunier, « sinon il y a peu de problèmes à signaler », relève Bruno Schmitt. La lutte contre les maladies fongiques passe par la résistance variétale au sclérotinia du capitule. Le conseiller de la CAA conclut sur le tournesol par un calcul (au minimum) de la marge brute : 1 912 €/ha, sans autre intervention que le désherbage, considérant que les travaux auraient été réalisés par une ETA et que le rendement avoisinerait les 35 q/ha.

Des marges proches

Le colza est une autre opportunité pour protéger le sol du soleil, de la chaleur, et saisir les opportunités de pluviométrie, à partir de la mi-août. Une levée rapide et une bonne dynamique de croissance sont ainsi favorisés. En système sans labour, un semis est possible dès le 15 août. La densité est de 25 à 30 grains/m2, en semoir monograine à 50 cm d’écartement, et de 30 à 40 grains/m2, en semoir classique. Mieux vaut semer à 2 ou 3 cm de profondeur, en conditions sèches, pour chercher de la fraîcheur. Face à la sécheresse, une solution de désherbage existe : en post-levée, plutôt qu’en prélevée, le Mozzar s’applique sur des adventices aux stades jeunes. En situation de pression vulpins/ray-grass importante, l’anti-graminées foliaire peut être remplacé par Kerb Flo, à la dose 1,2 l/ha. Le charançon du bourgeon terminal est à surveiller en automne. Le risque d’altises est faible, si la dynamique de croissance est élevée. Sinon, attention. « Le colza est en terre onze mois sur douze. Cette culture est donc sensible aux bioagresseurs du sol, telles les larves d’altises », pointe Bruno Schmitt. Au printemps, le traitement des méligèthes peut être évité si le début de floraison est rapide. Le risque charançon de la tige est présent, en raison des sommes de températures plus élevées à la reprise de végétation. Un seul passage de fongicide est à prévoir dans les secteurs avec des cultures hôtes du sclérotinia, en prévention. « Tous les quatre à six ans, il est techniquement bénéfique d’inclure du colza dans sa rotation », poursuit le technicien. La marge brute, calculée par Bruno Schmitt, en colza d’hiver, est de 1 757 €/ha pour un rendement de 38 q/ha, du désherbage, trois insecticides, un passage de fongicide et des travaux réalisés par une ETA. « Le prix des engrais y est pour quelque chose », constate le conseiller, comparant les marges du tournesol et du colza.

Prébilan de campagne

Le nombre de grains qu’il faut !

Cultures

Publié le 07/07/2022

« Le semis du blé, ici, a eu lieu le 26 septembre 2021, après le maïs, dans une terre motteuse, d’où la densité élevée choisie : 350 grains/m2. La météo du mois d’octobre a été favorable. Les levées ont été rapides et homogènes. Au relevé, 310 plants/m2 ont été comptés », commence Jean-Louis Galais. Les mois de janvier et mars 2022 ont été plus secs que d’habitude (qu’en moyenne, sur les dix dernières années). « Même si, en Alsace, c’est moins marqué qu’ailleurs en France, dit le technicien, l’hiver était sec et doux. » Ces conditions météorologiques ont protégé les plantes des excès d’eau et de gel. Peu de pertes de plantes sont à déplorer, à la sortie de l’hiver 2022.

Les premiers apports d’azote ont été difficiles à valoriser, entre février et début avril, car la pluviométrie cumulée était très moyenne. Mais le deuxième apport (fin mars) l’a mieux été que le premier (février). L’apport principal - le troisième - de la montaison à l’épiaison, a lui été bien valorisé : début mai. Il est arrivé juste avant un épisode pluvieux. À la mi-mai, la floraison a été rapide, à la faveur d’un épisode de températures plus élevées que la normale. « Certaines fleurs ont avorté mais, puisqu’il y avait un excédent en nombre de grains, aujourd’hui il y a ce qu’il faut », relève le conseiller de la CAA.

Irriguer après la mi-juin

Du 23 mai au 16 juin, le coup de chaud a accéléré le remplissage, mais le manque de pluie (seulement 30 à 60 mm) a provoqué la sénescence précoce de certains plants. Les feuilles ont jauni. « Si on atteint la somme de 500 °C, après épiaison, les parcelles grillent et le rendement peut être de moins 30 %, rappelle Jean-Louis Galais, là où il y a de l’irrigation, comme dans le Ried alsacien, ça passe. Mais là où il n’y en a pas, cette chaleur a un gros impact sur le PMG (poids de mille grains). »

Patrice Denis a enchaîné sur l’irrigation du blé. « Aux alentours de Boofzheim, en centre-Alsace, personne n’a irrigué avant mi-juin le long du Rhin », avance-t-il. Il ne compte pas, dans les tours d’eau, les quatre passages de 15 à 20 mm pour solubiliser l’apport d’azote. Le conseiller rappelle que l’irrigation n’est pas rentable avant le stade deux nœuds. Sur des sols superficiels, entre l’épiaison et le stade grain laiteux, entre mi-mai et mi-juin, l’irrigation peut éviter l’échaudage. Mais « c’est compliqué », admet Patrice Denis. Les sondes capacitives que la CAA a installées dans tous les types de sol alsaciens alertent les techniciens : si la zone rouge est passée, après la mi-juin, il faut lancer l’irrigation pour resaturer le sol en eau. Les flashs irrigation donnent l’information. « Cette année, il a plus plu dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin », observe Patrice Denis. Les sols devraient donc être plus assoiffés dans le sud de la collectivité européenne.

Fruits et légumes d’Alsace

Le show se prépare

Pratique

Publié le 29/06/2022

Asperges, rhubarbe, raifort, lentilles, pois chiches, céleris, pommes de terre et choux sont en terre : ça pousse dans les potagers du plus grand show de fruits et légumes proposé en France. Au total, 58 espèces de fruits et légumes, plus d’innombrables variétés, devraient être à maturité du 22 au 25 septembre 2022. Ce jardin éclatant de couleurs ravira les visiteurs, autant que la pyramide et que les structures (lion, poisson, dragon…) qui seront décorées de fruits par les élèves de bac professionnel et de BTS des lycées agricoles d’Obernai, Rouffach et Wintzenheim, quelques heures avant la manifestation. Planète Légumes pilote l’ensemble des plantations de fruits et légumes, et Geoffrey Andna, de l’Ilôt de la Meinau, maraîcher, met en œuvre. La semaine passée, lui et ses salariés plaçaient les patates douces, pissenlits et choux de Milan. « Montrer tout ce qui pousse, en Alsace, aujourd’hui, pour souligner la richesse de l’offre, c’est l’objectif premier du show. La scénographie, la fête participent à cette visée informative, pédagogique sur les produits », résume Dominique Krafft, de Musiconair, chargé de la communication sur l’événement, par l’Ifla.

Chou-fleur et salade en dernier

« Dans une semaine, on va planter du chou kale (frisé). Et après, on aura les grosses séries : chou-fleur, salade. Les dernières plantations, ce sont les cycles les plus courts. Il faut compter six à huit semaines pour les radis, la mâche, le fenouil, pour qu’ils soient à maturité au bon moment. Les cycles longs sont déjà en place. On a commencé semaine 18, mi-avril, et depuis, tous les quinze jours, environ, on a une plantation à faire. On irrigue car ce sont des sols relativement séchants. On a une motopompe, un enrouleur et, dès qu’il faut, on arrose. Comme nous sommes les maraîchers les plus proches, ça tombait sous le sens qu’on s’en occupe. J’ai milité longtemps pour que le salon revienne près de Strasbourg. Naturellement, je me suis engagé à réaliser les travaux, à assurer la logistique », enchaîne Geoffrey Andna. Le verger de 300 m2 et 400 arbres (en pots) provenant du pépiniériste Ledermann-Mutschler, à Krautergersheim, sera soigné par le Verexal (Obernai). Les visiteurs pourront se promener sous les filets paragrêles. Deux serres de 200 m2 sont aussi prévues.

Les restaurateurs manquent à l’appel

Un chapiteau européen « Saveurs et soleil d’automne » mettra l’accent sur le chou à choucroute, les quetsches, les pommes et les asperges, emblématiques de l’Alsace, à l’entrée du site. Une cinquantaine de chapiteaux d’exposants, tout autant d’ateliers pour les enfants s’étaleront entre les végétaux. Des médaillés olympiques seront, entre autres, de la partie pour vanter les bienfaits des productions locales. Il y aura des concerts les soirs, outre les illuminations, et bien sûr, le marché des producteurs. Le programme est alléchant. Pierre Lammert, le président de l’Ifla, lance un appel aux restaurateurs. Si des associations d’Illkirch proposeront des petits plats, le show manque encore de professionnels de la restauration.

Promouvoir le développement de la truffe

Les filières agricoles et agroalimentaires, elles, se sont approprié la manifestation, relève Fabien Digel, directeur de l’Ifla. L’association des trufficulteurs du Grand Est profitera du grand show pour signer, de manière très officielle, le contrat de filière « truffes d’automne du Grand Est » 2020-2023, qui a pour but de promouvoir le développement de la truffe dans la région, à travers des actions de formation, de communication, de recherche et développement, et de soutien à la création de truffières. La fédération des boulangers du Bas-Rhin va créer deux pains fruits et légumes : un à la betterave et aux quetsches, et un de petit épeautre, choucroute d’Alsace et oignons. Ces pains seront proposés dans les boulangeries membres de la fédération, durant le show. Le jeudi 22 septembre, lors de la journée des professionnels, l’association nationale des stations d’expérimentation en fruits et légumes, l’Irfel, tiendra son assemblée générale, sur le site de l’événement.

Paiements pour services environnementaux

Quel dispositif sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg ?

Technique

Publié le 25/06/2022

Le système de PSE reconnaît les services rendus par l’agriculteur à l’ensemble de la société de par ses pratiques favorables à l’environnement : protection des ressources en eau, lutte contre l’érosion, préservation de la biodiversité. Le dispositif encourage le maintien ou le développement de ces pratiques, en s’appuyant sur une rémunération. Sur le territoire de l’EMS, la collectivité, porteuse de projet, rémunère l’agriculteur (six mois après la réception du dossier complet), qui gère ses structures paysagères et ses systèmes de production, conditionnant les PSE. L’enveloppe destinée aux PSE est alimentée pour 80 % par l’Agence de l’eau, encadrant le dispositif, sur ordre du Ministère de la transition écologique, et pour 20 % par l’EMS. L'aide est accordée sur cinq ans, pour la période 2023-2027.

Les enjeux ciblés par les PSE sont les enjeux eau, biodiversité et érosion. 4 313 ha de SAU ont été répertoriés, sur le territoire de l’EMS, sur lesquels il est urgent de protéger les ressources en eau. 7 513 ha de SAU (hors mesures grand hamster) ont été inventoriés pour l’enjeu biodiversité, sur lesquels il est possible de favoriser les infrastructures agroécologiques (IAE). Et 1 469 ha de SAU ont été listés pour l’enjeu érosion, sur lesquels prévenir les risques de coulées d’eaux boueuses.

Les critères d’éligibilité des exploitations

Pour être éligible aux PSE, il faut déjà être « au bon endroit », c’est-à-dire, avoir soit 30 % de sa SAU dans le territoire cible, soit 10 % de sa SAU dans une zone à enjeu eau. 283 exploitations, représentant 16 910 ha de SAU totale, sont concernées. 89 % de la SAU du territoire cible est couverte. Les surfaces des parcelles éligibles sont de 4 090 ha, pour l’enjeu eau, 1 328 ha, pour l’enjeu érosion, et 5 059 ha, pour l’enjeu biodiversité. Le listing des numéros de pacages éligibles est disponible, auprès des techniciens de l’EMS et de la CAA (voir coordonnées ci-dessous). Pour bénéficier d’un PSE, il faut aussi être éligible à deux indicateurs du domaine de gestion des systèmes de production agricole. Les trois indicateurs de ce domaine proposés sont les suivants : diversification des cultures, pourcentage de la SAU (hors prairies permanentes) non traitée (herbicides et insecticides) sur l’année, et pourcentage de la SAU de cultures procurant un couvert entre le 15 avril et le 30 juin. Il existe encore un quatrième indicateur, « bonus », du domaine gestion des structures paysagères, celui du pourcentage de surfaces en bandes fleuries.

Pour calculer le niveau de diversification des cultures, les techniciens de l’EMS et de la CAA utilisent le barème de la nouvelle Pac. La rémunération est accordée à partir de six points (un point de plus, au moins que le total nécessaire pour les aides conditionnalité et éco-régimes Pac). Pour calculer la diminution de l’utilisation d’herbicides et d’insecticides (qui doit être de 6 %, au minimum), sont prises en compte des surfaces non traitées, entre la récolte de la culture principale de l’année précédente et la récolte de la culture principale annuelle. Les produits en agriculture biologique (AB) sont autorisés, ainsi que l’utilisation de fongicides. Pour mesurer la protection des sols contre l’érosion, sont prises en compte des cultures considérées comme procurant un couvert végétal entre le 15 avril et le 30 juin. Elles doivent représenter au moins 40 % de la SAU. Pour ce qui est des bandes fleuries, sont prises en compte les surfaces au-delà des surfaces réglementaires ou nécessaires dans le cadre des éco-régimes Pac, et les bandes entre 5 et 20 m, mais les bandes tampon sont exclues.

Plafonds et contrôles

Le plafond financier est de 60 000 euros sur cinq ans, pour une exploitation, mais de 40 000 euros par associé, en cas de Gaec. Le plafond surfacique des PSE est fixé à 120 ha ; 100 ha par associé, en cas de Gaec. Le montant plancher est de 1 000 euros par an mais si un agriculteur passe sous ce seuil, une année, il ne sera pas exclu définitivement du dispositif. Il pourra bénéficier à nouveau de PSE, l’année suivante. « Si un agriculteur traite une fois en trois ans, par exemple, il n’aura pas de malus », précise Bruno Schmitt.

Tout candidat éligible aux PSE sera accompagné sur son exploitation pour un diagnostic initial ; des simulations sont possibles sur la plateforme dédiée. Si 100 % des exploitations seront contrôlées sur cinq ans, chacune ne le sera qu’une seule fois, à l’aide de documents administratifs, et sur le terrain, si besoin. « Il faut être opportuniste, conclut Bruno Schmitt. Si, sans trop de contraintes, vous êtes éligibles aux PSE, lancez-vous ! » L’assolement se réfléchissant dès début août, il est encore temps de se renseigner.

Alsace-Moselle

Le nouveau-né Conseil représentatif pour le droit local « recrute »

Vie professionnelle

Publié le 22/06/2022

Que perdrait-on si on perdait le droit local en Alsace-Moselle ? Pour répondre à cette question, pour protéger ce droit national d’application territoriale et pour qu’il évolue, la Collectivité européenne d’Alsace et l’eurodépartement de la Moselle, avec l’Institut du droit local alsacien-mosellan, ont installé, mercredi 15 juin 2022, le Conseil représentatif pour le droit local. La signature de l’accord a eu lieu à la mairie de Saverne, sous le regard de l’édile Jean-Claude Buffa. Gilbert Schuh, le vice-président de l’eurodépartement de la Moselle, Frédéric Bierry, le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), et Éric Sander, le secrétaire général de l’Institut du droit local Alsace Moselle, ont apposé leur griffe. André Reichardt, sénateur du Bas-Rhin, « gaulliste » et fervent défenseur du droit local, a été élu président de l’instance nouvellement créée. Celle-ci réunira aussi souvent que nécessaire tous les parlementaires d’Alsace et de Moselle, les présidents de la CEA et du département mosellan, les représentants des communes, délégués par les associations des maires, et de tous les secteurs concernés par le droit local : les cultes statutaires, l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, via les élus de leurs Chambres ; les syndicats professionnels, les régimes locaux d’assurance maladie, les fédérations des chasseurs, les organisations judiciaires et de procédure civile (avocats, notaires…), les publicités foncières, les associations.

Parler d’une seule voix

« L’objectif est de parler d’une seule voix, de présenter un front uni à Paris », résume André Reichardt. Face aux tentatives de remise en cause des acquis légaux alsaciens-mosellans - par exemple celle, récente, sur les deux jours fériés locaux (le Vendredi saint et la Saint-Étienne) qui a visé la fonction publique territoriale, à l’occasion du débat sur l’harmonisation du temps de travail -, le président du Conseil représentatif pour le droit local souhaite « s’accorder sur ce que veulent les Alsaciens et les Mosellans ».

En effet, ces derniers ne seront plus représentés par leurs parlementaires, au sein de la Commission du droit local, dont une réunion est attendue depuis 2018, précise André Reichardt. La Commission nationale comprendra bien les acteurs des secteurs sociaux, économiques et culturels, les collectivités territoriales et les juridictions administratives et judiciaires d’Alsace et de Moselle, mais ce seront des représentants des administrations de l’État et non plus les élus du peuple, qui compléteront le comité. Que les énarques et hauts fonctionnaires soient déconnectés du terrain, des aspirations des populations locales, est une crainte unanimement partagée par les créateurs et membres du Conseil représentatif pour le droit local. Sa vocation est bien d’exprimer, au plan politique et social, les attentes des habitants des territoires quant aux orientations souhaitées pour l’avenir du droit local.

Des dossiers brûlants

André Reichardt veut aller vite. Dès que les représentants des acteurs du droit local (d’un nombre non restrictif) seront enregistrés, une réunion plénière aura lieu : « avant les vacances, début juillet 2022 », cadre-t-il. La question des jours fériés supplémentaires sera évoquée, d’autant plus que l’attaque à cette spécificité locale, dans le public, pourrait être ensuite, lancée sur le privé. « Il y a le feu au sujet de la refonte du code de l’artisanat, ajoute le président, et de celle de la chambre interrégionale disciplinaire des notaires. » Voire sur le maintien de l’organisation juridique spécifique à l’Alsace et à la Moselle. « L’informatisation du registre des associations, qui devrait être terminée au 1er janvier 2023, est aussi une urgence. Il faut y aller », conclut André Reichardt. « Lorsqu’on connaîtra l’avis du Conseil représentatif, ce sera plus difficile de passer outre et de hâter le débat », juge la sénatrice mosellane Catherine Belrhiti, venue soutenir l’initiative.

Mais avant de défendre leurs concitoyens, de transmettre leurs avis, les parlementaires le reconnaissent : encore faut-il que les Alsaciens et Mosellans soient informés de leurs droits, du droit local. Le court micro-trottoir réalisé, dans les rues de Saverne, par la CEA, diffusé en préambule de la création du Conseil représentatif pour le droit local, est révélateur. Outre les deux jours fériés supplémentaires, le régime local d’assurance maladie (qui assure un complément de remboursement, en plus de ce que le régime de base de la Sécurité sociale prend en charge) et le « Concordat » (qui reconnaît et organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite, et permet à l’État de salarier les ministres de ces cultes), le commun des mortels n’a aucune idée de toutes les singularités du droit local. Frédéric Bierry a donc annoncé une campagne de communication.

Des particularismes qui intéressent Harvard

Les représentants des cultes statutaires ont salué, à l’instar de ceux des barreaux, la création du Conseil car « le droit local à tendance à se rapprocher du droit national » ces dernières années, et, si à certains égards, cela peut être une volonté des Alsaciens et des Mosellans, à d’autres égards, non. « Nos particularismes intéressent jusqu’à Harvard, souligne Harold Abraham Weill, grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, qui avait reçu une étudiante, la veille, pour un entretien. Je suis heureux d’encourager cette initiative. Le Conseil représentatif pour le droit local va lui donner un nouveau souffle. » « Ce n’est pas un combat pour un pré carré que l’on va mener, mais l’Alsace et la Moselle veulent être considérées dans leurs particularités. Une transformation du droit local est possible pour satisfaire les besoins des populations, conclut André Reichardt. Qu’attendent les agriculteurs et viticulteurs, par exemple ? Nous sommes impatients de les entendre par le biais de leurs représentants, volontaires, des Chambres d’agriculture. »

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