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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Tourisme brassicole

Une fête de la bière d’Alsace et une étude d’image à venir

Pratique

Publié le 09/11/2022


Afin de développer le tourisme brassicole en Alsace, deux projets ont été retenus, fin octobre, à l’issue du forum Alsace Terre brassicole : la création d’une fête de la bière d’Alsace et la mise en place d’un groupe de travail sur l’image de la bière d’Alsace - une réflexion sur l’identité brassicole alsacienne, accompagnée de la conception d’outils concrets de communication, tels que logo, verre, label, etc.

L’Alsace est le premier producteur de bière en France. Mais le patrimoine brassicole alsacien, tout comme la bière d’ici, sont encore trop peu mis en avant à l’échelle locale, nationale et internationale. Aussi, si la bière d’Alsace renvoie à la tradition et à la qualité, elle peut souffrir d’une image ringarde, d’après un sondage réalisé par L’Échappée bière, une agence qui œuvre au développement du tourisme brassicole en France.

Premier bilan fin 2023

Brasseurs d’Alsace, le Comptoir agricole et ADT ont donc pris les devants pour rester dans le coup ! La centaine de participants au forum Alsace Terre brassicole, qui a eu lieu au lycée agricole d’Obernai, a choisi les deux projets à mener (un évènement touristique et une structuration de la filière) parmi treize propositions. Ces brasseurs, microbrasseurs, acteurs du tourisme en Alsace, journalistes spécialisés, houblonniers, universitaires, restaurateurs, bistrotiers, politiques, associatifs, ont voté, après avoir pris connaissance des tenants et aboutissants de chaque suggestion. Ont été relégués à plus tard ou aux oubliettes : le lancement d’une Route de la bière, la construction d’une plateforme au-dessus de la houblonnière expérimentale du lycée d’Obernai, l’établissement d’un groupe favorisant les synergies avec le monde vitivinicole, ou celui d’un groupe travaillant à fédérer la filière brassicole alsacienne, entre syndicats, corporations (comme celle des brasseries artisanales, partenaire du forum) et autres « chapelles », par exemple. Dominique Baudendistel, président de Brasseurs d’Alsace et PDG de la brasserie Licorne, a tout de même bon espoir que les brasseurs se fédèrent plus largement.

Aujourd’hui, rien de concret n’a encore émané de ces choix stratégiques pour l’avenir du tourisme brassicole en Alsace. Seule certitude, les organisateurs souhaitent se retrouver fin 2023, pour suivre l’évolution des projets… Tous les participants au forum se sont engagés à ce qu’ils voient le jour.

 

 

La bière Guth à Saint-Maurice

Charly et la microbrasserie

Pratique

Publié le 26/10/2022


Au cœur de la forêt et à quelques centaines de mètres d’une réserve d’eau de source, Charly Guth brasse de la bière, distille du rhum et du gin. Sa microbrasserie, installée à Saint-Maurice, dans l’ancien garage automobile familial et à côté du restaurant qu’a tenu sa grand-mère jusqu’à ses 89 ans, est entourée de trois distilleries emblématiques du Val de Villé (Massenez, Meyer, Nusbaumer). C’est connu : pour une bonne bière, mais aussi une bonne eau-de-vie, il faut une eau pure.

« Aujourd’hui, je brasse 1 000 l de la future bière de Noël, qui sera disponible dans un mois, après fermentation. Ce sera une bière fraîche, désaltérante, à l’image de toute ma gamme. Le but, quand on boit une de mes bières, est qu’on ait envie d’en reprendre une deuxième. Pour Noël et l’hiver, le côté malté, légèrement torréfié de la bière ressortira, en plus des arômes de mandarine, d’orange et d’épices, dont un peu de cannelle », dit Charly. De deux fûts de 500 l, l’odeur maltée se dégage. Il est 10 h. Charly Guth a lancé le premier brassin à 5 h 45, le second quatre heures plus tard. En parallèle, il désinfecte, entre autres, le matériel destiné à l’embouteillage. Deux de ses quatre cuves de fermentation (de 1 000 l chacune) sont remplies de bière brune, aux notes de chocolat noir, légèrement amères, et de café torréfié. Elle sera mise en bouteille le lendemain.

Processus

« Le brassage consiste à extraire le sucre des céréales maltées : orge et blé, principalement, chez moi. Et avoine, parfois. Le malt est un amidon, un sucre complexe non fermentescible. Le brassage des céréales maltées, dans de l’eau chauffée entre 65 et 69 °C, transforme cet amidon en sucre fermentescible », explique Charly Guth, sommelier de formation (BTS au lycée Alexandre Dumas, à Illkirch) et brasseur par passion, qui a appris la théorie, après la pratique, auprès d’autres microbrasseurs. Après une heure et demie de brassage, le moût (le jus sucré) est séparé des matières solides, les drêches, c’est-à-dire ce qu’il reste des céréales maltées bouillies. Il coule par gravité. Une pompe permet de l’envoyer dans la cuve d’ébullition, à côté. Il y bouillera une heure, jusqu’à stérilisation. C’est à cette étape que le brasseur ajoute le houblon et d’autres épices. Charly aromatise sa bière, pendant l’ébullition et non par infusion, pour être sûr de tuer les bactéries et les levures sauvages indésirables (qui pourraient changer le goût de la bière). « Si j’ajoute du houblon en début d’ébullition, la bière aura plus d’amertume. Si je l’ajoute à la fin, elle sera plus aromatique, plus fruitée », précise Charly. Une fois que le liquide a refroidi, il est mis en cuve un mois, pendant lequel la bière fermente. Les levures mangent le sucre, ce qui produit deux éléments : le gaz (les bulles) et l’alcool. Le produit sous pression est mis en bouteille directement. Les bières de Charly Guth sont ainsi plus légères que si elles fermentaient en bouteille, avec un ajout de sucre. Et il gagne deux semaines sur le processus.

Durant le mois de fermentation, le microbrasseur régule la température : il faut qu’elle se situe entre 21 et 23 °C. Il contrôle aussi le taux de sucre. Sa bière n’est jamais filtrée. La recette se termine par une garde au froid de deux semaines, à 3 °C. « Ça va affiner le produit, l’éclaircir, le rendre propre et limpide, sans le filtrer pour autant, car le froid va concentrer les dernières matières solides au fond de la cuve », dévoile Charly. Au brassage, les drêches ont déjà fait office de filtre naturel du moût. « C’est une première belle sélection. On enlève les poussières du malt, lorsque le moût passe par les drêches. À l’ébullition, une deuxième sélection s’opère. La chauffe va colmater les parties solides au fond de la cuve, tout comme le froid, en dernier lieu », développe Charly. Au total, 300 à 400 kg de drêches sont produites, chaque semaine, à la microbrasserie Guth. Pour les valoriser, Charly les donne à un éleveur de poules, vaches, cochons, à Breitenau.

Diversification

Charly a brassé sa première bière en amateur à 18 ans. Il est passé par la restauration gastronomique, jusqu’au service en bar, au début de sa vie active. À 23 ans, il se casse le bras et peaufine son projet de microbrasserie. Il se lance, quelques mois après sa guérison. « Ce que j’aime avec la bière, c’est qu’il n’y a aucune limite ou presque. On peut tout créer : de l’acide au fruité, jusqu’au malté. Et j’ai pu commencer dans ma cuisine ! Faire plein d’essais, avant de démarrer, professionnellement. C’est plus facile et accessible que d’acheter un vignoble ! », ajoute-t-il, rappelant, au passage qu’un sommelier se spécialise dans les boissons, quelles qu’elles soient.

Ce besoin de changement, de variétés, de différences colle à la peau de Charly. Il aime se fournir localement mais il ne trouve pas forcément tout ce qu’il veut. Pour sa IPA, il cherche un houblon américain. « Comme pour la vigne, le houblon a son terroir », sait-il. Le Comptoir agricole est tout de même un gros fournisseur. « Les houblonniers alsaciens font de très belles choses. Il faudrait maintenant que l’on puisse nous, petites brasseries, bénéficier de contrats plus souples : que l’on puisse payer en plusieurs fois, des petites quantités de houblons différents. Je pourrais ainsi m’amuser, tout en m’engageant », propose Charly. Les épices proviennent souvent de Terra Madre, la marque développée par le Jardin de Gaïa. « Une bière 100 % Alsace, ce serait possible, grâce à Maltala (malt bio et local), mais sur une recette particulière, pas sur toute la gamme. Le coût de production serait trop élevé », justifie Charly Guth. Son coût de production a d’ailleurs grimpé d’un tiers, depuis mi-octobre, notamment et surtout à cause du prix des bouteilles de verre, en 33 cl. Charly préfère en changer plutôt que d’infliger une hausse à ses clients.

Juste avant d’aromatiser sa bière, avec la poudre de mandarine, vers midi, Charly reçoit un colis : les potentielles futures bouteilles de rhum et de gin. Il produit 3 000 flacons d’alcools forts à l’année, en plus des bières, quand Nusbaumer en délivre 70 000 environ, compare-t-il, pour donner un ordre d’idée de sa petite production. Charly Guth démarre à peine cette activité. Son rhum, distillé à partir de mélasse, et son gin (élaboré à partir d’alcool neutre à 96 °C) répondent au cahier des charges des breuvages. Ils méritent donc l’appellation. « Je distille (du schnaps, NDLR), depuis l’adolescence avec mon grand-père et les anciens du village », raconte Charly. Au regard des taxes, cet atelier, c’est uniquement son plaisir, pas un business. « Je ne perds pas d’argent non plus. Mais avec mon matériel artisanal, dont l’alambic de 200 l, c’est beaucoup de travail », constate-t-il. Charly est sûrement le premier, le seul et unique producteur de rhum alsacien ! « Je suis pile poil au bon endroit », s’exclame-t-il. Eh oui ! Saint-Maurice, c’est aussi une ville en Martinique. Les arguments de Charly sont tout trouvés pour le marché de Noël de Colmar, où il aura son stand.

 

 

 

Apiculture en Alsace

Une saison plutôt décevante

Élevage

Publié le 18/10/2022


Les apiculteurs alsaciens comptaient sur cette saison pour renflouer les stocks, mis à mal par la saison précédente… Hélas ! Malgré un printemps très prometteur, ce fut une année propice à faire des essaims, plutôt qu’à récolter du miel. Alexis Ballis, conseiller spécialisé en apiculture et animateur de l’Ada Grand Est, résume la campagne 2022 : « Cela a bien démarré au printemps, avec le miel de fleurs. C’était explosif. Nous étions pleins d’espoir : les ruches étaient vigoureuses, fortes. Mais le gel (occasionnellement), puis la sécheresse ont impacté les floraisons. Le vent sec surtout a limité la production de nectar et raccourci la durée de vie des fleurs. Certaines floraisons, comme celle des acacias, ont été très brèves : trois jours seulement. Des fleurs ont flétri sans même avoir donné de nectar. » La situation est similaire ailleurs en France et très peu de miel d’acacia a été produit cette année. Il se négocie donc très cher sur le marché du gros : jusqu’à 12 €/kg, en fûts de 300 kg, quand les autres oscillent entre 4 à 8 €/kg, en conventionnel, et entre 9 à 14 €/kg, en bio - quand les lots trouvent preneurs, la demande en bio étant en baisse.

Printemps 1, été 0

Sécheresse, canicule, vent asséchant : l’été a été trop chaud et sec. En Alsace, les miellées de tilleul, de châtaignier ou de forêt ont été limitées. Quant à celle de sapin, issue du miellat des pucerons, elle a été très précoce et extrêmement courte. Les petits insectes ont pullulé en mai, quelques jours ou semaines selon les îlots, puis plus rien, alors qu’ils apparaissent en juillet/août, une année classique. Résultat des courses : il a fallu soutenir les jeunes colonies, qui n’étaient pas en production, en leur apportant du sirop et du pollen ; quant aux ruches en production, certaines ont été mises à l’arrêt et scindées en deux ou en trois pour créer de nouvelles colonies, nourries au sirop… tant le miel qu’elles récoltaient ne suffisait pas à les sustenter. La récolte a donc été amputée. « La saison de miel a duré un mois, un mois et demi… D’habitude, c’est quatre mois », relève Alexis Ballis. Le rendement moyen en 2022, se situe entre 10 et 15 kg par ruche, au lieu de 25 à 30 kg une saison « normale ». Ces chiffres sont cependant, meilleurs que ceux de 2021, historiquement faibles, avec des pertes de production de 80 %. Mais les apiculteurs font face aujourd’hui, à de fortes augmentations de prix pour leurs achats (sirop, pots en verre, couvercles, etc.) : de 30 à 100 %. « On verra en fin d’année 2022 si les prix du miel augmentent à la hauteur de celui des charges », souffle le conseiller de l’Ada Grand Est. Pour l’instant, la marge est abîmée. Forcément. Et en vente directe, les prix n’ont pas ou peu monté : autour de 14 à 16 €/kg, et jusqu’à 20 €/kg pour le miel de sapin.

En Lorraine et en Champagne-Ardenne

De l’autre côté des Vosges, le bilan est bon. Les récoltes ont été satisfaisantes, avec une moyenne de 30 kg par ruche de miel. « Ils ont eu plus de chance avec les aléas climatiques. Chez eux, l’acacia a fleuri une semaine après et dans de bien meilleures conditions. Idem pour le tilleul : il n’a pas fleuri en pleine canicule, comme en Alsace, mais dix jours plus tard, ce qui a permis de belles miellées. Les cultures agricoles mellifères que sont le colza et la luzerne ont également contribué à faire de belles récoltes de miel », développe Alexis Ballis. Par contre, la silphie n’a pas apporté de miel, contrairement aux annonces faites sur cette nouvelle culture. L’Ada Grand Est a suivi six parcelles différentes et constate zéro gramme récolté ! « Nous allons continuer ce suivi l’an prochain. Nous aurons ainsi plus de recul », explique Alexis Ballis.

Choucroute

Ils ont ramené le record à la maison !

Pratique

Publié le 12/10/2022


Plus d’une tonne de chou de Krauterguersheim, 200 kg de pommes de terre, 5 000 knacks et saucisses, 400 kg de viandes : la plus grande choucroute du monde est… alsacienne ! Depuis ce samedi 8 octobre, le record du monde est détenu par La Maison Adam - Les Charcutiers d’Alsace, une filiale du groupe Pierre Schmidt. « En 2019, avec mes deux fils, nous étions à un salon culinaire, à Lyon. Au dîner, à la brasserie Georges, nous avons appris qu’ils étaient recordmen de la plus grande choucroute du monde depuis 1986 : 1,5 t. Dès lors, nous avons tout mis en œuvre pour ramener le record en Alsace », raconte Jean-Michel Kruth, le directeur de La Maison Adam - Les Charcutiers d’Alsace, basée à Hoerdt. Qui d’autre qu’un Kruth pour relever ce défi ? Il a fallu commencer par créer le récipient adéquat pour préparer le plat typique alsacien. « Tout doit cuire dans une seule grande casserole, précise Jean-Michel Kruth. L’usine voisine Sobrima a élaboré l’outil et le premier essai concluant a eu lieu il y a six mois, le Covid-19 ayant tout ralenti. » Dans le plus grand secret, La Maison Adam - Les Charcutiers d’Alsace a ensuite réuni les fournisseurs locaux…

Pour les femmes atteintes de cancer du sein

2,363 t de choucroute garnie ont ainsi été cuisinées et servies, samedi dernier, sur le parking de Cora Haguenau, avec la participation, entre autres, des choucrouteries Meyer-Wagner et Angsthelm & fils, de la cave de Cleebourg, de Météor, Carola, Alélor. Record battu ! À 5 h du matin, démarrait la cuisson, avec plus de 40 kg de graisse. « Les commissaires de justice (huissiers, NDLR) ont tout pesé », souligne Jean-Michel Kruth. À partir de 9 h 30, les premiers convives pouvaient déguster, sous le chapiteau ou ailleurs. Avant 12 h, tout était parti ! Plus de 3 000 belles parts de choucroute garnie alsacienne ont été vendues, pour la modique somme de 3 €. L’intégralité de la somme a été reversée à l’association locale de soutien aux femmes atteintes de cancer du sein, La Fabrique en rose. Outre les 9 000 € et quelques de recette, elle a en plus, récolté 2 000 € de dons. La présidente, Anne Schmitt, en a eu les larmes aux yeux, témoigne le directeur de La Maison Adam - Les Charcutiers d’Alsace, lui aussi ému par l’élan de solidarité.

La présence de la députée Anne Sander, qui a salué l’initiative et la victoire, a été appréciée.

 

 

 

Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace Produit du terroir

Affirmer son soutien aux entreprises et à la production locales

Pratique

Publié le 12/10/2022


« Nous cherchons des producteurs d’oléagineux et de beurre alsacien, surtout pour des industriels de l’agroalimentaire alsacien qui souhaitent dépasser les 80 % de matières premières alsaciennes, dans la confection de leurs produits transformés ; pour aller au-delà de ce qu’impose la marque SAPT, pour laquelle leurs aliments sont déjà certifiés. Le choix est politique. Ces transformateurs défendent totalement le made in Alsace et l’origine 100 % Alsace des produits », partage avec enthousiasme Jean-Luc Parthonneau, chargé de mission développement des filières à l’Association de promotion et de développement des marques alimentaires alsaciennes (APDMAA). Cette dernière soutient les marques Savourez l’Alsace, c’est-à-dire le made in Alsace, et Savourez l’Alsace Produit du terroir, c’est-à-dire les produits élaborés avec 80 % d’ingrédients alsaciens.

L’APDMAA renforce la notoriété des deux marques créées au début des années 2010, organise des opérations commerciales et positionne les produits, autant qu’elle met en relation tous les acteurs des filières, développées via des contractualisations. L’association dispose d’un budget de 500 000 €/an sur trois ans, délivré par la Collectivité européenne d’Alsace. Les adhésions (79 entreprises pour la maque SA, 44 pour SAPT) constituent l’autre source de revenu de l’association, avec les prestations qu’elle vend. Régis Huss est directeur de l’APDMAA. Les coprésidents de l’association sont ceux de l’Aria, Sébastien Muller, et d’Alsace Qualité, Jean-Michel Schaeffer.

 

 

Communiquer sur les salons et dans les médias

En 2022, pour faire rayonner les deux marques, l’APDMAA était présente au Salon de l’agriculture à Paris, et lors des principales manifestations strasbourgeoises et alsaciennes : Egast (salon culinaire), Made in Alsace, le plus grand show des fruits et légumes, les finales de labour, la Foire aux vins de Colmar… Les foies gras Gänzeliesel, des producteurs de fruits et légumes de France, et des apiculteurs, entre autres, sont accrédités pour la marque SAPT. Elle est un signe de qualité d’autant plus important pour ceux qui vendent en grandes et moyennes surfaces (GMS). Des partenariats avec les magasins permettent d’ailleurs de mettre à l’honneur les produits marqués SA et SAPT, de leur donner de la visibilité dans les rayons. Des spots publicitaires dans les grands médias radios, télé et web contribuent encore à leur diffusion. France Bleu et Top Music sont d’ailleurs partenaires.

« OK pour la mondialisation mais ici, on peut presque tout produire. J’ai choisi d’apposer la marque SAPT sur les viandes hachées que je commercialise en direct ou via l’épicerie du village (Koetzingue, dans le Sundgau, NDLR), pour montrer aux consommateurs qu’on produit de bonnes choses en local. La viande, les animaux, leurs nourritures : tout est produit à la ferme, chez nous. La marque SAPT le certifie depuis un an. Les consommateurs, grâce à la communication effectuée sur ce sigle, ont toutes les informations dont ils ont besoin. Dans le secteur de Sierentz, nous ne sommes pas nombreux à être accrédités. Pourtant, les clients sont en demande de l’origine Alsace. C’est une fierté », développe Flavien Bruckert, trentenaire, éleveur de limousines et de vosgiennes, dans le Haut-Rhin. Il sera présent avec des animaux, à la foire Simon et Jude, fin octobre ; l’occasion d’en apprendre plus sur sa stratégie commerciale.

 

 

L’Alsace au Sommet de l’élevage

Julie EX 90, réserve grande championne jersiaise

Élevage

Publié le 12/10/2022


Les éleveurs de l’Est étaient invités à concourir au Sommet de l’élevage, à hauteur de cinq places sur les vingt réservées aux éleveurs de jersiaises. Quatre animaux ont participé en première lactation et une vache en sixième lactation.

Dans la section des animaux en première lactation, l’Est a fini premier, deuxième, troisième et cinquième, avec en prime, le titre de réserve jeune et réserve mamelle jeune pour Romy, appartenant à l’élevage domaine Krust, à Berrwiller dans le Haut-Rhin. Il s’agissait de son premier concours.

Julie a, elle, participé dans la section de vache en cinquième lactation et plus, puisqu’elle est actuellement en sixième lactation et est la grande championne en titre du concours Agrimax (2021). Julie EX 90 (VJ Ramses) termine première de section et meilleure mamelle de section également lors de ce Sommet de l’élevage 2022. Au championnat, elle finit réserve championne adulte, meilleure mamelle adulte et réserve grande championne : de quoi combler de joie Jérémy Guth, du Gaec de Rosen à Dettwiller, son éleveur.

 

 

Labour de compét’

Les quatre champions alsaciens du moment

Pratique

Publié le 11/10/2022


Des cailloux gros comme des rochers, « des menhirs », un temps irlandais avec des trombes d’eau suivant un soleil radieux : Thomas Debes est arrivé « miraculeusement » deuxième, au classement général, du dernier championnat mondial de labour, qui s’est déroulé en République d’Irlande, fin septembre 2022. « Les Irlandais sont des roublards, disait Chirac. Ils n’ont pas failli à leur réputation ! Ils ont pris comme prétexte de n’avoir que cinq mois pour préparer le Mondial (il était prévu en Russie, NDLR), pour nous emmener dans des terres avec des pierres de 50 cm de haut et 20 cm de large. Or leurs charrues sont adaptées aux cailloux. Les nôtres, non. Et des terres caillouteuses, comme celles-ci, à une compétition de cette envergure, c’est impensable, c’est même honteux. On n’aurait pas pu le prévoir », résume Thomas Debes, fâché, puisque les charrues sont réglées « comme des horloges suisses » et que ce terrain les a endommagées, mais heureux de sa prestation « contre toute attente ». En effet, le premier jour, au labour sur chaumes, il était classé huitième : le coup du menhir ! Sa performance sur l’herbe, le lendemain, l’a propulsé à la deuxième place, juste derrière… un Irlandais, bien sûr ! « Pendant les entraînements, sur des parcelles bien moins compliquées qu’à la compétition, il me regardait. Avec une autre terre, à la première épreuve, si je n’avais pas dû casser un caillou coincé dans la charrue, à coups de clé, ni la rafistoler en bout de champ, j’aurais eu une chance de le surclasser », estime Thomas.

 

 

Éternel deuxième

Le trentenaire de Jetterswiller a plaisanté avec Eamonn Tracey, ex-éternel deuxième place ; aujourd’hui, enfin, champion du monde de labour. Parce que Thomas Debes, lui aussi, est abonné à la médaille d’argent : il est deux fois vice-champion du monde de labour, 2018 (Allemagne) et 2022. Suivra-t-il les traces d’Eamonn Tracey, arrivera-t-il premier ? Qui vivra verra. « Ce loisir est extrêmement chronophage. Si on veut être le meilleur, il faut travailler. En sept mois d’hiver, j’ai passé 80 heures à m’entraîner sur prairie, surtout, et chaumes. Il faut s’entraîner toute l’année, d’autant plus que la sécheresse, l’été, complique le labour, en Alsace. Je compte aussi presque 200 heures d’atelier pour préparer le matériel, depuis 2018. J’aime d’ailleurs autant la mécanique que le labour, puisque le labour est une application de la mécanique. L’investissement est financier aussi : 10 000 € pour la charrue. Kuhn (la marque de sa charrue ; une exception dans la compétition) me donne les pièces d’origine mais je la transforme avec un ami. Nous avons monté des plaques de téflon, par exemple, pour un meilleur rendu visuel : des sillons lisses, une terre brillante. Par rapport aux déports et dévers combinés, les charrues master L et M de Kuhn copient, aujourd’hui, nos créations. Elles ont été conçues à partir de nos modifications pour la compét’ », dévoile Thomas Debes.

Tête de vainqueur

L’éleveur laitier remercie sa famille, dont son épouse Élodie, pour son soutien indéfectible, France Labour, son coach Éric Burger (de Rummersheim, sacré deux fois champion de France de labour) et ses sponsors : Kuhn (qui prend en charge le transport du tracteur et de la charrue, aussi) dont le regretté Jean-Paul Moineau, récemment décédé, mais aussi Alsace Lait, la Région Grand Est… Ils étaient cinq, cette année, au championnat du monde de labour : lui et le concurrent ardennais Thierry Bosserelle, leur coach commun Éric, Freddy Bohr, champion du monde en 2001 (à plat) et membre de l’association mondiale de labour, et Philippe Raguet, juge au Mondial. Ils ont passé entre une dizaine et une quinzaine de jours, sur place ; le temps de s’entraîner ; hors compétition, notamment, sur des parcelles louées à leurs frais. S’il y a presque trente concurrents, au Mondial, arriver deuxième, sur le podium, c’est surtout pour la gloire. L’organisation paie l’hôtel et la nourriture (pas les boissons, même au gagnant) et… il n’y a pas de prix. Il faut être vivement motivé ! « Je laboure en compétition depuis 2000. J’avais 17 ans, à l’époque, et je suis arrivé avant-dernier au concours départemental, se souvient Thomas, le sourire aux lèvres. Comme quoi, il ne faut jamais lâcher ! J’y étais allé pour l’ambiance JA (Jeunes agriculteurs, NDLR). Et l’année d’après, je me suis retrouvé troisième au championnat de France. Je ne m’y attendais pas. Je labourais à plat, avec la charrue de Freddy Bohr. J’ai été champion de France, en 2004, puis en 2012, mais, cette fois, en planche. J’ai arrêté le plat, en 2007. » Il compare sa passion à une drogue : « l’amour du travail bien fait », comme le scande France Labour. Et il salue le bienfait de ce sport : l’apprentissage de la gestion du stress, primordial pour les jeunes.

La relève est assurée

Thomas Debes n’est pas avare de conseils. Il est souvent en contact avec la relève, que représentent fièrement Xavier Blatz, ouvrier agricole, et Loïc Fischer, salarié au Comptoir agricole, à Wiwersheim. Les deux JA du Bas-Rhin sont arrivés troisièmes (sur une quinzaine de participants, dans chaque catégorie) au championnat de France de labour, début septembre 2022 : Xavier pour la seconde fois consécutive, à plat, mais Loïc, en planche, était, lui, deuxième, en 2021. « Le terrain était dur, cette année, à Outarville, dans le Loiret : plus dur qu’ici, même ! Ma parcelle, c’était un fond de cuvette, d’où ma troisième place, au National 2022 », confie Loïc Fischer, que Thomas Debes voyait déjà premier. Les deux hommes ont eu un début de carrière similaire, puisque Loïc aussi était avant-dernier, à sa première départementale, en 2014. Ils ont aussi déjà eu l’occasion de concourir, ensemble, lors de cantonales. « Lui et Bertrand Rott (lire ci-dessous) sont très, très forts. On se challenge, on apprend avec eux. Ils sont au top et ils le démontrent encore une fois, cette année », lâche Loïc Fischer, admiratif. Le laboureur de 27 ans cherche à améliorer sa charrue, actuellement. Tout comme Xavier Blatz, qui a laissé sa Kverneland (la même marque que Loïc et que la plupart des compétiteurs), près de l’établi, à son retour de la Nationale. « Une charrue, c’est personnel. Ça ne se copie pas, dit le jeune homme d’Heidolsheim, qui procède à des ajustements. Je vais persévérer, remettre mon titre en jeu, l’an prochain. » « Par chance », Loïc et lui, étaient qualifiés ensemble, en 2022, comme en 2021, ajoute-t-il. Ils se sont donc organisés pour transporter leurs engins. Et vite ! Les JA n’ont eu qu’une semaine de battement entre la finale régionale et la nationale. Jamais deux sans trois ? Loïc est aussi motivé pour 2023.

 

 

Un œil sur le monde

Le double champion de France Bertrand Rott, lui, a un objectif à plus long terme : 2024, et le Mondial, en Estonie, les 16 et 17 août. Le quadragénaire, éleveur de vaches allaitantes à Hatten, vient de se qualifier, à Outarville, en planche. Après cinq championnats du monde, il a arrêté le labour à plat, en 2007, juste après sa consécration nationale, dans cette catégorie. En planche, il avait remporté le titre, en 2000. Et c’est donc avec sa charrue Kverneland catégorie en planche, qu’il s’est classé septième sur plus de 25 candidats, en 2019, aux États-Unis. « J’avais annoncé que j’arrêtais les championnats de labour mais j’ai repris. C’est un hobby. Je maîtrise. Alors, pourquoi ne pas retenter ma chance ? C’est motivant, quand on bat les meilleurs », lance Bertrand, qui se mesurerait bien à Thomas Debes encore, en sélection. Bertrand Rott, qui est aussi jury, jusqu’au National, depuis ses titres, est tombé dans le labour… quand il était petit ! Contrairement aux jeunes qui ont suivi leurs amis, en finales, pour s’amuser, Bertrand a des antécédents familiaux. « Le père, qui a 78 ans aujourd’hui, a semé la graine. Il nous a donné envie à tous de labourer. C’était notre entraîneur », résume le champion. Ses deux frères et sa sœur sont arrivés, avant lui, en finale départementale ou en régionale. Lui est le plus doué. Bertrand Rott aime le labour, « le travail soigné » et la compét’. « En 2000, je suis aussi arrivé troisième aux championnats de France de karaté. Je suis têtu. Je me donne du mal pour y arriver », glisse-t-il. Quel plaisir aussi de retrouver les autres finalistes d’Angleterre, d’Irlande du Nord, de la Suisse, etc. Bertrand garde contact avec tout ce beau monde. Et essaie d’aller au Mondial, même quand il ne concourt pas.

 

 

Témoignage

« Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier »

Technique

Publié le 28/09/2022


« Pour tout ce qui concerne le guidage et les coupures de tronçon, la cartographie de parcelles est accessible au plus grand nombre ; du moins, on peut s’y retrouver, assez facilement, estime Rémy Heim, de l’ETA Heim Fils, à Hilsenheim. Mais, concernant la modulation intraparcellaire, qui permet d’apporter ce qu’il faut au sol, à la culture, où il faut et, même, quand il le faut, cela demande plus de compétences à un agriculteur : c’est un autre métier. » Rémy Heim sait de quoi il parle. Depuis plus de 25 ans, il cherche à optimiser son potentiel de production, en prenant en compte les différences de son terroir, et ce, grâce aux nouvelles technologies. Plusieurs prix l’honorent. « Je crée mes propres cartes, moi-même. C’est une compétence, une corde de plus à l’arc d’agriculteur. Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier », assure le passionné.

Rémy Heim trouve un intérêt économique et écologique à utiliser les nouvelles technologies, dans ses pratiques agricoles. « Entre un semoir à maïs avec coupure automatique et un semoir intelligent, sur 18 ha, j’économise une dose et demie de semences », partage Rémy Heim. Après deux ans d’usage de l’adaptation au semoir Precision Planting, il observe aussi une régularité de semis des maïs et une baisse de 20 % de consommation de fioul au semis, a-t-il confié récemment à David Lefebvre, qui l’avait interviewé, en 2020. La cartographie du tassement des sols, sous l’effet du trafic à la parcelle, par la mesure de la résistance à la pression de pénétration des éléments semeurs, permet cette économie. Rémy et Maxime Heim utilisent, ainsi, l’agriculture de précision pour pallier les risques d’irrégularité de rendement, d’hétérogénéités intraparcellaires, liés aux semis directs.

L’importance du renseignement

Et ils en font bénéficier leurs clients. Mais ces derniers sont rarement très curieux des nouvelles technologies, glisse Rémy Heim. Il cite même le cas d’un client qui ne veut pas croire que ses rendements sont impactés par une mauvaise gestion de l’irrigation, alors que la carte de rendement que Rémy a sortie, basée sur des informations factuelles, le montre. S’il regrette que l’engouement pour les nouvelles technologies ne soit pas au rendez-vous, il le comprend. « Le numérique très pointu est très cher et la rentabilité peut être discutable, prévient-il. Sur d’anciennes machines, c’est exorbitant, voire impossible, d’installer les derniers outils intelligents. Sur les nouvelles, il faut penser à demander les options pour ce faire. Ensuite, il faut récolter toutes les informations sur ses parcelles, cultures, rendements, sur son irrigation et sa fertilisation, avant de les entrer dans les logiciels… L’ultra-majorité des agriculteurs n’a pas tous les renseignements précis pour avoir recours à la modulation intraparcellaire. Et, sans la réalité du terrain, la modélisation ne sert à rien. » Aussi, impossible de prédire l’avenir à partir d’une carte de rendement, puisque les aléas, notamment climatiques, de l’année suivante sont inconnus. Savoir, c’est pouvoir, certes, mais il restera toujours une part d’imprévus… ce qui peut être décourageant.

L’entrepreneur de travaux agricoles utilise, par exemple, Farmer Basic, un logiciel américain, mais FieldView lui semble plus abordable. Ce travail de compilation des données (et de création de cartes, dans son cas) est chronophage. Rémy Heim s’y attelle donc l’hiver. En fonction des données météorologiques, durant la campagne, il saura, ensuite, par exemple, à quel moment apporter telle dose d’azote ou passer un fongicide sur du blé. « On a encore beaucoup à apprendre et à inventer, et de bénéfices à tirer de l’agriculture connectée. Moi, j’ai tout appris sur le tas car ça m’a toujours attiré. Mais je souhaite que les jeunes soient formés, dès le lycée », conclut-il.

Niess – Groupe Ackermann

Forte affluence aux portes ouvertes, à Hoffen

Pratique

Publié le 28/09/2022


« Depuis 2020, ce sont les premières portes ouvertes de Niess, sur le site historique de Hoffen, dans le Bas-Rhin. Nous avions participé aux Trois jours du vignoble, à Dambach-la-Ville, et nous avions hâte d’accueillir nos clients et leurs familles ici », résume Justine Rioult, responsable marketing et communication du groupe Ackermann, qui a acquis Niess, fin janvier 2020, juste avant la crise sanitaire liée au Covid-19.

1 500 personnes ont répondu à l’appel : le samedi 24 septembre, surtout des agriculteurs déjà clients, pour des démonstrations techniques, et le dimanche 25, la sortie était familiale. Une grande partie des fournisseurs étaient présents pour l’occasion, d’APV à Rolland, en passant par Amazone et Kverneland, pour ne citer qu’eux. Le tout dernier tracteur New Holland T7 HD était présenté : « forte puissance, cabine silencieuse, confortable », énumère Olivier Meintzer, responsable commercial pour Niess agriculture.

Mais les nouveautés les plus marquantes de 2022 sont les suivantes : le matériel de fenaison Kuhn et SIP, et les pulvérisateurs Chabas. « C’est un gros changement pour nous d’avoir rentré la marque Kuhn. On a commencé en décembre 2021, avec les outils de travail du sol, et depuis septembre 2022, nous avons tout ce qu’il faut pour la fenaison. La deuxième nouvelle marque qu’on distribue est SIP ; du matériel de fenaison haut de gamme, robuste, pour du travail intensif, qui vient de Slovénie. Nous avons l’exclusivité dans le Bas-Rhin. Faucheuse, groupe de fauche, faneur, andaineur : nous proposons tout le nécessaire pour l’herbe », énumère Olivier Meintzer.

 

 

Développer l’offre en matériel arbo’et houblon

SIP est encore peu connue ici, mais la marque, privilégiée par les ETA et les Cuma, se développe rapidement en France depuis cinq ans. La troisième grande nouveauté chez Niess, est la marque Chabas. « Chabas est un nouveau constructeur français, spécialisé en arboriculture et en houblon. Nous vendons ses pulvérisateurs, avec l’ambition de progresser sur ces marchés-là », précise le responsable commercial pour Niess agriculture. Le semoir à maïs Horsch Maestro, en démonstration au printemps dernier, ainsi que l’épandeur à engrais porté ZA-TS d’Amazone étaient aussi exposés. « Le ZA-TS à entraînement des aubes d’épandage hydraulique permet plus de précision sur les coupures de tronçon », relève Olivier Meintzer.

Des offres spéciales avaient cours durant ces deux jours, notamment pour fêter le réaménagement du magasin de Hoffen au concept Promodis P2. « Tous nos magasins sont aménagés sur le même modèle maintenant : celui de notre centrale d’achat. C’est cohérent », remarque Justine Rioult, ajoutant que Philippe Ackermann est président de Promodis, depuis cette année. De nombreuses animations ont rythmé le dimanche : apéro-concert de musique traditionnelle alsacienne avec la cave de Cleebourg, restauration assurée par les Jeunes Agriculteurs du canton de Soultz-sous-Forêts, jeux pour les enfants, vol captif en montgolfière et tombola… avec un vol en montgolfière libre à la clé ! De quoi ravir les passionnés de toutes les machines ; les volantes, aussi.

 

 

Création, sélection et évaluation variétales

Les stations d’expérimentations lèvent le voile

Technique

Publié le 28/09/2022


Après son assemblée générale, jeudi 22 septembre, sur le site du Grand show des fruits et légumes d’Alsace, à Illkirch-Baggersee, l’Irfel a enfoncé le clou sur l’importance de ce réseau de quinze stations d’expérimentations, quant à la création, la sélection et l’évaluation variétales, et à l’accompagnement des agriculteurs. Sa conférence s’intitulait « La recherche variétale en fruits et légumes : levier indispensable pour répondre aux attentes des producteurs et de la société ». Dans l’assistance, parmi les professionnels, l’Union française des semenciers (UFS) et l’interprofession des semences et plants (Semae) étaient présents, ainsi que la presse spécialisée. Une trentaine d’auditeurs ont profité des denses exposés sur la recherche appliquée. Il a été question de création variétale en fraises, de sélection variétale en noix, d’évaluation variétale en quetsches, en tomates et légumineuses, et en choux.

Amener sa fraise

Sébastien Cavaignac, de la station Invenio, en Nouvelle-Aquitaine, a tout d’abord rappelé les spécificités de la fraise, un faux fruit (il y a plusieurs fruits sur une seule fraise), qui se reproduit par reproduction allogame (mode de reproduction sexuée, où les deux gamètes mâle et femelle, proviennent de deux parents différents) ou végétative (mode de reproduction assexué : en bouture, par exemple). Sa sélection débute à partir d’une plante unique issue d’un croisement. Le génome de la fraise est complexe. Quand chez l’être humain, deux gènes déterminent le groupe sanguin des individus, chez la fraise, huit gènes décident de tel ou tel caractère. Aussi, entre le génome et l’environnement, l’interaction est forte ; les dates de floraison par exemple, changent selon le terroir. La multiplication végétative est donc choisie pour le processus de création et de sélection, qui avec le développement de la variété, dure douze ans. Beaucoup d’acteurs sont impliqués, des obtenteurs aux consommateurs, en passant par les multiplicateurs, les cultivateurs et les metteurs en marché. Tout l’enjeu est de confier aujourd’hui le pilotage d’une création variétale aux producteurs, afin qu’ils définissent leurs attentes et deviennent co-obtenteurs. Sébastien Cavaignac clot son intervention sur l’importance du goût pour les consommateurs ; goût dont on ne sait pas encore quels gènes sont responsables, puisque 350 molécules composent les arômes de la charlotte par exemple, cette fraise en forme de cœur.

Une sélection pas à la noix

Marie-Neige Hébrard, de la station de Creysse en Dordogne, a elle, parlé de la sélection de matériel végétal en vergers de noyers. Les enjeux pour les producteurs sont les suivants : augmenter la productivité́, conserver la qualité́ des noix, limiter le risque de gel (pour les variétés tardives) et étaler le chantier de la récolte. Quant aux enjeux sociétaux de la sélection variétale des noix, ils sont doubles : limiter le recours aux produits phytosanitaires et avoir une noix dont la coquille est adaptée au cassage mécanique, pour récupérer les cerneaux. La noix en France, c’est 20 000 ha, soit 40 000 t de fruits produits principalement dans le Sud-Est et le Sud-Ouest.

La sélection variétale s’effectue d’abord sur des critères simples, puis sur des caractérisations précises. De mars à mai, sont observés le débourrement, la floraison, la nouaison, puis de mai à septembre, la sensibilité à la bactériose, aux anthracnoses, à la mouche du brou, entre autres, ainsi que la fructification : latérale (comme aux Amériques) ou terminale (comme pour les espèces européennes). À la récolte, en septembre et en octobre, la maturité et le rendement sont scrutés. Puis, en novembre et décembre, le calibre, la couleur et la saveur des cerneaux sont analysés. De novembre à janvier, l’aspect, la soudure des valves, l’épaisseur de la coquille et sa forme sont relevés. Et enfin, de novembre à février, il est question du port et de la vigueur des arbres.

Mais la sélection variétale est longue… Pour la variété Fernor créée en 1978, quinze années de sélection ont été nécessaires. Elle n’a été inscrite qu’en 1995. Il a ensuite fallu attendre dix ans, jusqu’à sa commercialisation… pour qu’elle prenne son essor en 2012 ! Marie-Neige Hébrard (tout comme Sébastien, quelques minutes avant elle, au sujet de la création) pointe la nécessité de réduire le temps de sélection variétale. En effet, il faut encore environ quinze ans pour que les producteurs s’approprient une variété suite à sa sélection, et il est extrêmement difficile de prévoir quels seront les bioagresseurs par exemple, trente ans après une création. Un nouveau programme de création devrait d’ailleurs voir le jour, puisque les dernières variétés de noix inscrites, créées en 2004, seront commercialisées en 2034.

Quelle quetsche !

Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai, le plus âgé des intervenants, a résumé quarante ans de sélection et d’évaluation variétale en quetsche d’Alsace, de 1981 à 2021… avec l’humour qu’on lui connaît. « Si un Alsacien n’a pas au moins une tarte aux quetsches dans l’année, il est de mauvaise humeur… et c’est mauvais pour la santé », démarre-t-il. La quetsche est donc un enjeu de santé publique ici. Blague à part, nombreux sont les enjeux pour les producteurs : maintien et développement des surfaces d’une culture rustique, avec des variétés tolérantes aux bioagresseurs tels que la maladie virale sharka, résistance aux stress hydriques, amélioration de la rentabilité… Ce fruit est emblématique de la région : parmi les enjeux sociétaux, celui de la préservation de la culture alsacienne est cité d’emblée, ainsi que celui de la réduction des traitements phytosanitaires.

En parallèle à la création du Verexal, un appel aux producteurs familiaux est lancé, début des années 1980, pour signaler des types de quetsches d’Alsace jugés d’un intérêt particulier. L’objectif est de faire mieux que le standard type 2910. Au bout de six années, seuls vingt types approchent ou dépassent la référence (le type 2910). En 1992, les dix quetsches les plus performantes sont plantées, à Obernai. Un nouveau cultivar, originaire du Sundgau à la frontière suisse, le type 3066 se démarque au fil des ans. En 2005, les cinq meilleures variétés sont mises en comparaison au Verexal. And the winner is ? 3066, le Haut-Rhinois, s’exclame Hervé Bentz, sans trop faire durer le suspense. Meilleur en rendement, en calibre, le type 3066 est en plus parfait sur le plan gustatif. Pour l’instant, les variétés étrangères sont dépourvues d’intérêt en ce qui concerne le marché alsacien ; les allemandes sont grosses et moins goûteuses, notamment. Les essais de variétés tardives et précoces ne sont pas concluants, non plus.

Le Verexal a presque testé tous les porte-greffes possibles et le calibre du fruit sera à l’image de la vigueur de celui choisit, conclut Hervé Bentz. Et comment voit-il l’avenir ? « La quetsche d’Alsace déteste avoir soif… comme tout bon Alsacien », plaisante-t-il. L’irrigation est donc envisagée, au Verexal. Si le virus de la sharka est un obstacle aux plantations et aux replantations, le Verexal se bat pour cette petite production, historique, très importante pour les locaux de l’étape. Ils déplorent au passage, que les financements nationaux deviennent difficiles d’accès du fait de l’exigence d’une bibliographie scientifique internationale, qui n’existe pas pour cette culture régionale.

 

 

De succulentes tomates… chiche ?

Lilian Boullard, l’autre Alsacien de la conférence, conseiller à Planète Légumes, s’est chargé de l’évaluation variétale sur tomates et légumineuses. L’adaptation au changement climatique, la souveraineté alimentaire et l’innovation ont guidé celle-ci. La diversité et l’amélioration gustative sont au cœur des enjeux aussi. Pour s’affranchir des problèmes de sol, le greffage sur tomates apparaît comme une nouvelle solution. La Tronus 2T est particulièrement bien réceptive au greffage, puisque son rendement s’améliore au fil des mois d’été avec cette technique. Quant aux tomates noires, la variété Ebeno concentre toutes les qualités gustatives.

En pois chiche et lentille, les enjeux sont plus nombreux : rotation vertueuse, intérêts agronomiques, nouveau débouché stockable, du côté des producteurs ; mais aussi réduction de l’apport d’engrais, économie en autres intrants et en eau, adaptation au changement climatique et préservation des sols, des enjeux partagés avec la société, dans son ensemble ; avec les consommateurs qui s’intéressent de plus en plus aux protéines végétales. De nouvelles variétés de pois chiches sont ainsi en test depuis deux ans, et ce, dans toute la France. Pour fixer l’azote de l’air (et utiliser ainsi moins d’engrais), le pois chiche réalise une symbiose avec une bactérie : reste à trouver laquelle ! L’évaluation variétale sur lentilles quant à elle, a permis de retenir la variété Anicia, en vertes. Des tests d’association pour limiter la verse (jusqu’à̀ la récolte et au tri) sont aussi réalisés, avec l’orge ou l’avoine et la cameline ; à différentes doses et selon différentes modalités de semis.

Feuille de chou

Damien Penguilly, de la station de Caté en Bretagne, a présenté l’évaluation variétale en choux comme une source d’innovation. Plus de 100 variétés de choux sont toujours disponibles, dont une trentaine de nouvelles, chaque année. Le matériel génétique détermine l’itinéraire technique, la performance agronomique, la qualité́ au champ… mais il peut être la source de litiges entre tous les acteurs jusqu’au point de vente, a-t-il précisé. Les objectifs de l’évaluation sont donc de proposer, en conventionnel et en agriculture biologique (AB), une gamme de variétés adaptées au marché́ (qualité́, conservation…), adaptées aux conditions climatiques, tolérantes aux maladies et s’affranchissant de l’utilisation de fongicides pour diminuer l’indice de fréquence de traitement (IFT) fongicide de 100 %, en chou-fleur… et ainsi constituer des références robustes et fiables, pour des démarches sans pesticide, zéro résidu de pesticides, AB ; des données transférables à l’ensemble de la filière, en lien avec les dispositifs Dephy Expe, Fermes et Groupes 30 000.

Dix variétés de choux-fleurs, trente variétés de choux pommés et une variété de brocolis ont ainsi été testées durant un an sur deux sites, et durant deux ans sur quinze à 18 sites. La variété pour réduire la pénibilité au ramassage est aussi dans le collimateur, puisque la récolte équivaut à 50 % du coût de production. Une plus longue et meilleure conservation post-récolte est encore étudiée. Dans la revue Aujourd’hui et demain, éditée par le Caté, un tableau permet de comparer les variétés retenues, afin de faire son choix. Les résultats des évaluations variétales sont encore valorisés, à travers un maximum de publications spécialisées.

 

 

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