Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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EM Agriton

Les micro-organismes efficaces créent de la vie dans le sol

Cultures

Publié le 21/02/2023


Ils sont trente salariés à la production et quinze au développement, à Messines, en Belgique, non loin de la frontière française, chez EM Agriton. Mais rien qu’en une poignée de mains, nous échangeons 50 millions de bactéries… c’est dire s’ils en brassent, des micro-organismes ! Le verbe est bien choisi, puisque pour produire des micro-organismes efficaces, la technique utilisée est la même que celle pour fabriquer une bière… « mais c’est une autre recette », plaisante Jürgen Degraeve, le directeur d’EM Agriton. L’entreprise, fournisseur de produits à base de micro-organismes efficaces (EM) et de matières premières naturelles (argiles, fragments de coquillages, etc.), est la seule autorisée par EMRO pour la Belgique, la France et le Luxembourg. EMRO (EM® Research Organization Inc.) est l’organisation mondiale fondée par le Pr. Teruo Higa, en charge de la commercialisation et de la promotion des EM® authentiques. Son principal objectif est de promouvoir une agriculture durable, qui fournit une quantité suffisante d’aliments sains pour la population mondiale, peut-on lire sur le site d’EM Agriton.

Les EM sont des pré- et/ou probiotiques utilisés mondialement, dans les domaines, du bien-être, de l’agriculture, des animaux qui améliorent l’ensemble des processus naturels. Jürgen Degraeve raconte : « Dans le monde des micro-organismes, il existe plusieurs groupes. Il y a un petit groupe de dominants bénéfiques (régénérateurs), un petit groupe (équivalent au premier) de dominants néfastes (destructeurs), et enfin un grand groupe d’opportunistes (90 %). Une lutte pour le pouvoir est continue entre les bénéfiques et les pathogènes. Les opportunistes suivent et imitent le dominant majoritaire. Lorsque les micro-organismes efficaces prédominent, ils exercent une influence positive et peuvent inhiber le développement d’agents pathogènes aussi bien dans le sol, que dans l’air ou dans l’eau. Ce processus profite ainsi aux plantes, et à la santé des hommes et des animaux. « Contrairement aux antibiotiques, les EM ne causent pas la mort, ils stimulent la vie en accroissant la population des micro-organismes favorables. »

Moins de dépenses

Jürgen Degraeve estime que les rendements des récoltes ne s’en trouvent pas forcément augmentés mais que les coûts sont réduits, puisque ces EM font office d’engrais et fortifient les plantes, appliqués pendant ou après le broyage des couverts, ou au printemps, sur un sol humide, ou, pendant ou après la récolte, sur des résidus de culture. C’est le principe de fermentation qui nourrit le sol et les plantes : les micro-organismes rendent l’énergie plus assimilable. Il prend la forêt pour exemple : elle est autofertile. Le but est de tendre à cela, en agriculture. En Alsace, le revendeur d’EM Agriton, un double actif aussi utilisateur depuis 4 ans, Mathieu Rothenflue, vante le prix modéré et ls résultats. «J’utilise le mélange de micro-organismes actifs Microferm pour décomposer la paille de maïs, valoriser au maximum l’azote, le phosphate. Je n’utilise plus de fertilisation PK (trop onéreuse), depuis vingt ans, déjà.» Selon lui, Microferm améliore la photosynthèse, la teneur en protéines des grains et la résistance au stress hydriqueet aux attaques virales. Ainsi que l'assimilation des nutriments. «Les EM agissent sur le sol comme sur les humains », ajoute cet agriculteur  dans le Haut-Rhin, qui cultive 3 ha de grandes cultures, en semis direct. Il calcule que pour 40 euros investis dans les EM, il enlève 100 unités d’azote et réalise, ainsi, une marge supérieure nette entre 500 et 700 euros. Autre gain : il n’y a pas de nettoyage de benne à réaliser, après utilisation des EM. « En matière organique, je suis monté de quatre points, en sept ans. J’irrigue un tiers en moins qu’avant. Mon sol est une éponge. Et au stade 8 feuilles, la dernière feuille de mon maïs mesure deux tiers de plus, sur une parcelle traitée. Il faut recopier la forêt : elle est la plus productive. Je me suis pris des gamelles avec des engrais phosphatés qui ne fonctionnaient pas. Aujourd’hui, avec les EM, je suis satisfait », conclut Mathieu Rothenflue, qui compte une vingtaine d'acheteurs alsaciens des produits EM Agriton. Deux d’entre eux sont viticulteurs. « Il y a un gros potentiel, en vigne, notamment en bio. Quand, ailleurs, c’est cramé, chez les utilisateurs d’EM, c’est vert. Mais le sol doit être prêt pour cela, sinon il faut ajouter un correcteur, ensuite, quand même », nuance Mathieu Rothenflue.

Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin

Simplifier l’installation

Vie professionnelle

Publié le 09/02/2023


« À vos smartphones ! » Pour la première fois, les téléphones portables étaient autorisés, à l’occasion de l’AG ! Les élèves du lycée agricole d’Obernai étaient ravis. Ils ont été encouragés à utiliser l’extension de leurs mains, comme tous les autres invités, au rendez-vous annuel des JA 67 pour répondre, en direct à des questions au sujet de l’installation et de la transmission. Les JA 67, équipe Installation en tête, ont souhaité rendre la table ronde (faisant office de rapport d’orientation), intitulée « Transmission anticipée, installation simplifiée », interactive. Lundi 6 février, dans la salle polyvalente de Berstett, devant une salle comble, composée d’une cinquantaine de futurs exploitants et d’autant de politiques (préfète, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux, maires) et responsables d’organisations professionnelles agricoles (OPA), ainsi que d’une vingtaine de JA actifs, ils ont pris en compte les connaissances et traits d’humour de l’assistance pour alimenter l’exposé.

Franck Sander pour le Centre de fiscalité et de gestion Alsace (CFG Alsace), Marc Moser pour la Safer, le Vosgien Xavier Bailly, président des JA Grand Est, et Julien Koegler, ex-président JA 67, pour la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), drivés par Alexis Losser, responsable Installation chez JA 67, et Thomas Lux, secrétaire général de la section syndicale, ont rebondi en beauté sur les réponses de la foule.

L’anticipation d’une transmission démarre-t-elle cinq ans, deux ans ou deux mois avant la date souhaitée ? Si une majorité a opté pour deux ans, les présidents des OPA et les syndicalistes pensent que cinq ans de réflexion et de projets, c’est encore mieux, quand c’est possible. Notamment parce qu’outre la partie économique, celle humaine a son importance. Si le revenu supplémentaire que doit dégager l’exploitation est une condition sine qua non à une installation, il est aussi urgent de se demander si l’on est capable de travailler ensemble, entre transmetteur et repreneur, insiste Franck Sander. Et puis, y aura-t-il à rembourser des frères et sœurs, dans le cas d’une transmission familiale ? « C’est mieux de discuter et de s’organiser bien en amont. Idem sur les statuts de l’entreprise, etc. », pointe le président du CFG Alsace.

 

 

Cœur sur la Safer

Quels organismes sont les mieux placés pour accompagner une transmission, questionne, ensuite Alexis Losser. Les réponses sont ouvertes. Elles sont très diverses mais les JA, la CAA, les OPA, les banques et la Safer sont les plus cités. Un petit malin choisit de se tourner vers sa Mamema. Puisque toutes ces réponses sont bonnes, Julien Koegler intervient pour rappeler ce qu’il est possible de faire, si aucun repreneur n’est identifié par un futur retraité. Il y a le Point Info Transmission (PIT), dit-il, « un guichet unique et gratuit », qui présente les acteurs, oriente, propose formations et répertoire départemental d’installation (RDI), recensant tous les candidats à l’installation en recherche de ferme. « La CAA est un médiateur entre les principaux intéressés et tous les organismes », ajoute le chargé de l’installation à la CAA.

Les animateurs de la table ronde distribuent la parole à Xavier Bailly et Marc Moser, qui pense qu’« une carotte » - comprendre une aide financière - devrait être amenée au cédant. Changement de sujet : quels dispositifs pourraient aider le jeune à s’installer ? Sur l’écran projeté derrière les invités de la table ronde, on peut lire instantanément : « Gagner au loto », « beaucoup d’argent », « prêt à taux 0 » (ce qui sera remémoré au Crédit Agricole, venu signer une nouvelle convention avec les JA 67, à la fin de la séance), « retraite anticipée », mais aussi « un bon suivi » et « tutorat ». Xavier Bailly rebondit : « Il faut vivre ensemble, s’engager dans un stage de parrainage, par exemple. » Marc Moser enchaîne : « Un fond de portage de 40 millions d’euros existe à la Safer. » Pour la transmission du foncier, l’exécutif français aurait même promis d’augmenter ce fond jusqu’à ce qu’il atteigne 400 millions d’euros. 50 % des JA continueraient à se former, après leur installation, apprend-on : une des clés de la réussite, selon Franck Sander.

 

 

Être droit dans ses bottes

À la CAA, un catalogue de formations attend les jeunes. Julien Koegler en profite pour les inciter à proposer les formations qu’ils souhaiteraient y voir figurer. Mais que manque-t-il aux nouveaux chefs d’exploitation pour suivre ces cours ? « Du temps », embraie du tac au tac, le président des JA du Grand Est. Pourtant, grâce au service de remplacement et aux OPA, tout existe pour que l’agriculteur puisse lâcher les rênes de l’exploitation et déléguer, notamment sa comptabilité, encouragent les professionnels, sur l’estrade. Les paysans ont droit à six jours de formation gratuits ! Vivea est leur interlocuteur.

Pour conclure, les intervenants s’expriment librement. « En Alsace, nous sommes les deux seuls départements du Grand Est à ne pas avoir de Groupement foncier agricole (GFA, une société civile, NDLR) », souligne Marc Moser, qui invite les jeunes au portage du foncier, notamment avec des institutionnels. Julien Koegler remarque que la CAA dispose de bons techniciens et disponibles. Franck Sander appelle à ne pas se laisser amadouer par les politiques publiques qui incitent à suivre une production ou une autre. En bon syndicaliste, il place aussi qu’il milite pour le recours à des prêts bonifiés, en haut lieu. Le président du CFG Alsace et de la FDSEA du Bas-Rhin se moque des chiffres de l’installation qui peuvent être pharamineux, ailleurs : « Il n’y a rien de pire que d’accompagner quelqu’un à la perte de son entreprise. Plus on est d’agriculteurs, mieux c’est, mais on ne fait pas de bricolage. »

« Forces vives »

La question ultime porte sur l’accompagnement des cédants et des installés : se déroule-t-il dans de bonnes conditions ? « Principalement », répond massivement l’audience. Éclats de rire, autour de la table. « Dans l’agriculture, nous sommes de bons politiques », lance Julien Koegler, aussi maire de Gerstheim, repris par les animateurs. Ces derniers concluent, amusés, au sujet de plusieurs invités : « Vous auriez pu intervenir avec d’autres casquettes. » Les JA savent mettre l’ambiance et l’ont prouvé, une fois de plus.

L’équipe Communication avait déjà chauffé la salle, en tout début d’après-midi, avec son bilan des six épisodes de « Oh mon grain », la série qui parle d’agriculture aux néophytes, et le teasing de la nouvelle saison. Celle de 2022 a été suivie par environ 3 500 spectateurs en moyenne par épisode sur YouTube (jusqu’à 6 500 vues pour l’acte 6 de Noël). Une des vidéos relayées sur la page Facebook de l’Agence de développement d’Alsace (Adira) a séduit 75 000 personnes ! Face à un tel succès, comme promis, l’équipe Communication des JA 67 tente de renouveler l’exploit, en 2023.

Le rapport d’activité de 2022 a aussi été l’occasion de rire. Le diaporama photos sur des musiques aussi entraînantes que le hit Ballermann Schatzi schenk mir ein Foto, de Mickie Krause, a réjoui l’assistance. JA 67, ce sont 23 sections cantonales, soit près de 560 adhérents : de quoi relever des défis avec brio. AG 2022, présence au Salon international de l’agriculture (SIA), AG et tournées cantonales, groupes filières, conseils départementaux, bureaux et conseils d’administration, congrès JA national, université d’hiver des JA, mais aussi organisation de la session CAA, journée de l’installation, jeu de piste, stage 21 h, intervention au lycée d’Obernai, réunion transmission, forum dans le Kochersberg pour les jeunes intéressés par l’agriculture, Festival de l’élevage à Brumath, concours départemental de pointage, Fermes ouvertes aux scolaires, Tour de France des femmes, Fermes ouvertes, finales départementales, régionale et nationale de labour, vie festive cantonale, présence sur les réseaux sociaux, participation aux événements des partenaires, dont le plus grand show des fruits et légumes de France, et l’AG de Cristal Union, mobilisation pour le respect d’Egalim, webinaire Pac, visite des ministres européens, échanges avec Christiane Lambert, rencontres législatives, voyage au Cambodge avec l’AFDI : l’année 2022 des JA 67 a été riche, à l’image de l’agriculture alsacienne, dont les jeunes installés sont les « forces vives », dixit Yannis Baltzer, le président des JA 67.

 

 

Frédéric Bierry

Retour vers l’Alsace

Pratique

Publié le 31/01/2023


Le Grand Est freine, Paris pousse. L’Alsace institutionnelle, avec toutes les compétences qui sont passées à la Région aujourd’hui (économiques et sur la formation, notamment) et avec le budget attenant, devrait, au plus tard, être effective en 2028. En résumé, c’est ce que Frédéric Bierry, le président de la CEA, a fait savoir aux journalistes, surtout politiques, présents à sa présentation des vœux à la presse. « Les planètes sont alignées. Ça va dans le sens de l’Histoire », a-t-il martelé. En 2024, la loi de décentralisation devrait être adoptée… Le détricotage des grandes régions sera-t-il alors au rendez-vous ? La majorité présidentielle, assure Frédéric Bierry, et toute l’aile droite politique française, est pour. La CEA et son président sont dans les starting-blocks. Fort du vote « pour » de 154 000 Alsaciens consultés au sujet de la sortie de l’Alsace du Grand Est, Frédéric Bierry veut que l’Alsace soit pionnière et exemplaire, en France.

Côté monde agricole et compétences actuelles de la CEA, on le savait déjà, les agriculteurs seront exonérés de la taxe poids lourds pour livrer leurs coopératives. Ces dernières non, mais elles ne seront pas ou peu impactées, sait Frédéric Bierry. Nouveauté : les PL pesant moins de 7,5 t seront aussi exonérés de la taxe car une directive européenne récente le permet. Le président de la CEA espère que 2023 sera l’année de la consolidation de la contribution citoyenne aux projets politiques. Il souhaite coconstruire avec les habitants du territoire. Si les modalités de ces nouveaux échanges ne sont pas encore connues, l’intention est « d’incarner la démocratie européenne »… en s’inspirant de la Suisse et de ses consultations.

 

 

Ferme Saint-André, à Friedolsheim

Des investissements récents et nécessaires

Technique

Publié le 27/01/2023


« Un million d’euros ont été investis, en deux ans », pose Coralie Tijou, directrice de la fédération de charité Caritas Alsace, arrivée à la tête de l’association gestionnaire de la Ferme Saint-André, en 2020. Entre 55 et 75 % de la somme a été financée par l’État, rappelle-t-elle d’emblée, puisque la Ferme Saint-André est une structure d’insertion. « L’outil initial a trente ans, fait valoir Freddy Mathis, le chef de l’exploitation maraîchère. Les investissements étaient nécessaires. » L’agriculteur a été recruté au moment où le Covid-19 a commencé à sévir. Il a maintenu l’activité, tout en suivant les achats et travaux.

« Le premier chantier a été l’irrigation. Aujourd’hui, 14 ha de SAU sont irrigués, avec un débit faible, certes, car c’est un branchement au réseau contraignant, mais existant, de 10 m3 d’eau par heure. On l’utilise donc pour la mise en place et la levée des cultures, uniquement. Les trois quarts de l’année, on utilise le goutte-à-goutte, pour les cultures d’été. Et, en hiver, l’aspersion sur la mâche, par exemple. Dans les serres, nous avons automatisé l’arrosage, la nuit. Et, en plein champ, nous avons un enrouleur, du même type que ceux qu’on trouve sur les terrains de foot », raconte Freddy. Auparavant, un vieux puits permettait d’irriguer avec un débit de 0,5 m3d’eau par heure. Autant dire qu’il n’y avait pas d’eau, pour l’irrigation, à la ferme.

Sécurisation et simplification

Quatre serres bi-tunnels de 18 sur 50 m ont été posées, avant l’arrivée du jeune chef d’exploitation. Les systèmes de culture ont été rationalisés : partout, les mêmes planches, pour y passer le même outil. Des bineuses mécaniques et une broyeuse, neufs, soulagent les salariés en insertion des tâches les plus difficiles. 50 % du travail est automatisé, aujourd’hui. Puisque les personnes en insertion ne sont pas des professionnels de l’agriculture et que le sol est argileux, le gain de temps est salutaire. « Au lieu de plusieurs mois, nous avons trois semaines, en avril, pour intervenir », précise Freddy. La flotte de cinq véhicules, pour les livraisons, a aussi été remplacée. « Du matériel plus adapté, pour plus de sécurité », pointe Freddy Mathis. Les bâtiments ont été remis aux normes… « et ce n’est pas fini », ajoute le chef d’exploitation.

600 m3 de chambres froides, arrivées en 2021, permettent, depuis la campagne 2022, de conserver sur palox les récoltes d’automne, tout l’hiver et, ainsi, de faire la jonction, entre deux saisons. Une cellule sera dédiée à la conservation des pommes, quand le verger sera en production, détaille Freddy. Un logiciel de gestion du site Internet et de la caisse entre aussi dans le montant des dépenses. Une nouvelle machine de lavage a été installée, la semaine passée. « Avec les nouveaux circuits de distribution (lire l’encadré), on manque déjà de place au lavage, au tri et au calibrage… Ça fera partie des prochains investissements », espère-t-il. Des chariots élévateurs neufs complètent la mise à niveau et en conformité de la ferme. Diebold à Ringendorf, Agrimat à Hochfelden, Techniques agricoles à Hohengœft, Green’Puls à Obernai et Jost à Molsheim sont les principaux fournisseurs de la Ferme Saint-André, située à la limite du Kochersberg, au nord et à équidistance de Landersheim et Westhouse-Marmoutier.

Le Gaec et les Délices du Chênesire, à Steige

Des laboratoires et un magasin sur-mesure

Technique

Publié le 25/01/2023


« L’incendie, ici, en 2017, au 71 rue principale, à Steige, a tout endommagé. Il n’y avait plus un seul mur debout. Seuls restaient les soubassements et la cave. Nous avions déjà entamé une réflexion sur l’agrandissement des laboratoires de transformation (la fromagerie et l’atelier des glaces) et du magasin de vente directe, avant les dégâts. L’incendie a précipité la remise en question », constate Sébastien Richard, 39 ans, éleveur, fromager et glacier, même si cette dernière casquette n’est portée qu’en période de rush, à Noël. Le fils de Bertrand Richard, avec qui il est associé à 50/50, sur le Gaec du Chênesire (lire l’encadré), à Steige, est multitâche. En plus de ses activités quotidiennes, il a pensé les nouveaux locaux, avec Mélanie, son épouse. Le couple a dû travailler à la transformation, plus de deux ans, dans une location, sur une autre commune, le temps de la conception et des travaux de leurs nouveaux « outils ». « Nous étions limités, physiquement, car les laboratoires et le magasin se situent sur les fondations d’une habitation de 1820. La question principale était la suivante : comment réaménager l’espace, le redimensionner pour qu’il réponde à nos besoins ? », partage Sébastien Richard. Le permis de construire est déposé, fin 2017. Il est accepté au début de l’année suivante. Les travaux, rue principale, à Steige, débutent en septembre 2018. En juillet 2019, les jeunes Richard ouvrent leur nouveau magasin, en lieu et place de l’ancien.

« Puisque c’était un incendie, un architecte nous a accompagnés tout au long du projet. Il a fallu coordonner plusieurs corps de métiers. Moi, j’ai principalement travaillé sur le plan des laboratoires de transformation. Nous avions déjà du matériel, racheté directement après l’incendie, différents meubles, dont certains de 5 m de long, à caser dans les volumes. Nous avons défini les grandes masses et l’architecte a affiné, en prenant en compte les poteaux soutenant le niveau supérieur du bâtiment, par exemple », détaille Sébastien. Au rez-de-chaussée, le magasin peut accueillir une dizaine de clients en même temps, dans un espace de presque 40 m2. Deux vitrines pour les pâtisseries glacées encadrent une vitrine en froid positif pour les fromages, crèmes dessert et charcuteries, et deux congélateurs pour les bacs de glaces. En largeur, un mur est consacré à une étagère de produits du terroir : de l’achat-revente. Trois mange-debouts invitent à la dégustation. À l’arrière du magasin qui a pignon sur rue, se déploient les laboratoires, traversés de part en part, par un long couloir. La première pièce (de 15 m2) est totalement dédiée à la fabrication des glaces artisanales car elles sont pasteurisées. La machine à glace produit entre 35 et 40 l de glace par heure. Le surgélateur les conserve à - 35 °C.

 

 

Des laboratoires de 15 m2

Une petite laverie jouxte le labo des glaces. La pièce est linéaire pour assurer la marche en avant, du sale au propre. En face, le vestiaire et les sanitaires permettent aux trois personnes, travaillant aux glaces et à la vente, à temps complet (dont Mélanie), de se changer. Une chambre froide à - 20 °C (de 12 m2) suit la laverie. Puis une chambre en froid positif (de 4 m2). En miroir, une pâtisserie (de 13 m2) pour les montages et finitions des glaces, esquimaux et entremets, et une pièce servant à stocker les emballages, etc. Une porte à côté donne sur la cave d’affinage. Tout au bout du couloir, une petite plonge et une pièce pour l’emballage des fromages côtoient la fromagerie (de 15 m2), où arrive directement le lait de la ferme (lire l’encadré). La fromagerie est la seule pièce chauffée, à 22, voire 23 °C. Ailleurs, une VMC recycle entièrement l’air, pour consommer le moins possible d’énergie. Les Richard et leurs employés œuvrent à 18 ou 19 °C. S’il fait moins de 34 °C dehors, ils n’ont pas besoin d’allumer la climatisation. « Tout a été construit aux normes BBC, basse consommation. Dans la cave, la température pour l’affinage des fromages fluctue entre 11 et 15 °C, selon le mois de l’année », précise Sébastien Richard.

Au total, pour les nouveaux laboratoires et le magasin, l’investissement s’élève à 280 000 euros, en comptant la prime de l’assurance, qui a indemnisé des espaces bien plus petits, puisqu’avant le magasin et les labos mesuraient, additionnés, à peine 40 m2. Pour alimenter en eau chaude, notamment, les laboratoires et la salle de traite, mais aussi la maison d’habitation attenante, une chaufferie à plaquettes de bois a été installée, concomitamment. « Nous avons très bien passé la période d’augmentation des prix de l’énergie, pointe Mélanie Richard. Le bois est le nôtre. Il vient de nos forêts. Nous payons uniquement le déchiquetage : 1 000 euros pour deux ans, en prestation de service (lire l’encadré). Pour stocker les plaquettes, un silo de 12 m sur 6 a été construit, près du bâtiment d’élevage, dans lequel les animaux rentrent de fin novembre à mi-avril, uniquement. « Nous avons bénéficié du soutien financier de la Région pour les ateliers de transformations de glaces et de fromages, grâce à une subvention de 40 000 euros, versée à chaque structure, ainsi que d’une aide, dans le cadre du programme Climaxion, pour le projet de chaufferie (avec silo de stockage), de 35 000 euros », conclut Sébastien Richard, reconnaissant.

Navets salés

Gilles Jaeg reprend le flambeau des Speisser, à la transfo'

Cultures

Publié le 12/01/2023


Toute la presse locale était là... ou presque ! Mardi 10 janvier, la première action de communication des Fruits et légumes d'Alsace a permis de faire la promotion du navet salé, un produit régional de saison, encore trop négligé par les consommateurs et les restaurateurs. Il est pourtant riche en vertues nutritives (fibres, vitamines), hypocalorique, rapide à préparer (d'autant plus qu'il est aussi vendu précuit) et facile à digérer. Un peu plus cher que la choucroute car son rendement est moins important (environ 25 t/ha contre 80 t/ha pour le chou) et qu'il faut 3 kg de navets pour obtenir 1 kg de navets salés, contre 2 kg de chou pour 1 kg de choucroute, le seau d'1 kg et quelques de navets salés est affiché à 5 €, en général, en grandes et moyennes surface. Ce légume hyper local reste donc à la portée de toutes les bourses.

A l'EARL Roland Jaeg, à Bindernheim, on en produit 450 t par an, sur les 850 récoltés chaque campagne par les sept producteurs alsaciens. 300 t partent aux Terres dorées d'Alsace, la SAS de Gilles, le fils Jaeg, qui a repris l'activité de transformation des Speisser, à Geispolsheim, en août 2022. « On en parlait depuis quelques années, de cette transmission, puisque nous livrions Cathy et Constant. Mais j'ai d'abord terminé mes études : un BTS Acse, au lycée d'Obernai, obtenu en 2020. Puis, j'ai été salarié de l'EARL, j'y ai pris une part. J'ai aussi travaillé une semaine, l'an passé, avec les Speisser pour voir si le métier me plaisait. Et oui : ce que je fais à Geispolsheim, c'est dans la continuité de ce que nous créons, ici, à Bindernheim », raconte le jeune homme de 23 ans. L'EARL Jaeg, ce sont 115 ha, dont 38 de navets, cultivés en dérobé (8 à 10 ha pour le navet salé et le reste en légumes, commercialisés via la Coopérative des maraîchers de Sélestat), 75 ha de maïs, 30 ha de blé, 5 ha d'oignons blancs, 2 ha de jachères et prairies, et 80 ares de rhubarbe. Gilles aide ses parents, depuis l'enfance.

Les deux autres transformateurs (Adès et Claude) accueillent avec joie cette nouvelle recrue. Pierre Lammert, le président de l'IFLA, l'interprofession, rappelle que des spots publicitaires seront diffusés à la radio, dès ce week-end, pour que vive la tradition du « sueri ruewe ».

 

 

Vinventions en Belgique

Des bouchons synthétiques qui respirent

Vigne

Publié le 08/12/2022


800 millions des 3,4 milliards d’obturateurs Vinventions sont produits à l’usine de Thimister, en Belgique ; principalement des bouchons synthétiques Nomacorc, en polymères à base végétale ou en plastique polyéthylène recyclé, alimentaires, garantissant un apport d'oxygène au vin, une perméabilité, ainsi qu’une absence totale de goût de bouchon (lire encadré). « Nous sommes des vendeurs de durée de vie du vin, pas de bouchons », résume Romain Thomas, chef de produit chez Vinventions. Il existe six perméabilités différentes de bouchon. Quasiment la même proportion de chaque est vendue, sait Romain Thomas. Selon les objectifs des faiseurs, vignerons et metteurs en bouteille, Vinventions conseille. La qualité technique des bouchons, reconnue depuis une vingtaine d’années, et la proximité du producteur bouchonnier en font un fournisseur rêvé pour les metteurs en marché alsaciens. Le fondateur de Vinventions étant belge, le groupe fabricant des bouchons, quoi de plus logique que d’avoir installé le siège et la plus grande usine, près de Liège ? 220 personnes, dont 150 ouvriers, y travaillent, sur les 550 qu’embauche le groupe, à travers le monde (lire encadré).

Par extrusion et injection

L’histoire des bouchons Nomacorc débute en 1999. Aujourd’hui, le procédé de fabrication est toujours le même. La première étape est l’extrusion, à l’aide d’une vis sans fin. Les matières premières – les granules de plastique, à raison de 30 t par jour ou 60 t par semaine – sont mélangées dans un blender, puis dans une première extrudeuse. Ainsi, est élaborée la mousse du bouchon. Dans l’extrudeuse secondaire, est créée la peau du bouchon. La matière passe ensuite dans un outil de dosage et d’injection du gaz inerte (de l’azote précisément). C’est grâce à ce gaz (aux bulles d’azote) que le bouchon est, en partie, perméable à l’air : les bulles d'azote définissent la perméabilité à l’oxygène du bouchon. La filière, collée à l’outil d’injection du gaz, conforme le profilé extrudé. Le bouchon est « fini », une fois sorti de la filière. C’est un long jonc de bouchon incassable qui part, alors, dans un premier bain de refroidissement à 6 °C, pour arrêter son expansion, puis dans un second à 9 °C. Le matériel des bouchons étant très isolant, il est long à refroidir. Huit bains refroidissants sont nécessaires. La même eau est réutilisée, recyclée pendant cinq semaines, puis la ligne s’arrête 24 h pour être nettoyée, précise Axel Pirard, le directeur de l’usine, soucieux d’économies et d’écologie. Le contrôle millimétrique de l’épaisseur de la peau, de l’ovalité et du diamètre des joncs est systématique. À la fin de la ligne, le jonc de bouchon est travaillé par une tireuse : il est calibré à 25 mm de diamètre maximum. Il est, finalement, débité par un cutter, pour le transformer en bouchons. Cinq lignes d’extrusion permettent à l’usine de Thimister de produire 5 à 6 millions de bouchons par jour.

Aspect naturel

Après huit heures d’attente, nécessaires à la stabilisation de l’ensemble du bouchon en température, les obturateurs sont chanfreinés, puis embossés, et enfin décorés au bout, pour leur donner un aspect naturel. La technologie d’impression donne aux bouchons synthétiques l’aspect du liège. Quatorze lignes de chanfreinage et d’embossage, qui tournent comme l’extrudeuse 24 h/24, assurent le profilage et la décoration des bouchons : 112 000 bouchons par heure au total. Le bouchon haut de gamme Reserva de la gamme Green line de Nomacorc bénéficie d’une ligne de production dédiée. Il n’est pas embossé mais uniquement décoré, avec trois couleurs. Les bouts sont imprimés par tamponnage. Le bouchon Reserva est ultra-personnalisable. Pour cette gamme, comme pour les autres, Vinventions garantit qu’entre la réception de la commande (pour 3 000 bouchons minimum) et la mise en vente, s’écoulent seulement cinq jours. « Les bouchons sont garantis un an, parce qu’on ne sait pas comment les stockent les clients. Ici, ils pourraient rester cinq ans ou plus », déclare le directeur de l’usine.

Agilité du système

Dans la partie finition, il n’y a pas de stock : on travaille à la demande. Des intérimaires absorbent la charge de production supplémentaire, si besoin. Les bouchons sont personnalisés, grâce à l’impression offset ; la même technique que pour un journal. Une plaque photosensible est fabriquée par commande. Elle ne sert qu’une seule fois, pour éviter toute erreur. 150 plaques sont créées à l’avance, pour les 24 heures de production qui suivent. Axel Pirard vante l’agilité de tout le système. Sur les bouchons, l’encre pour contact alimentaire sèche aux UV. Outre le nom et le décor du client, un numéro de traçabilité identifie les obturateurs. Du silicone alimentaire enrobe les bouchons, pour qu’ils soient lubrifiés. Enfin, ils sont emballés par sacs de 1 000.

Certaines commandes dépassent les 3 millions de bouchons. Un échantillon de trente bouchons de chaque lot est testé et conservé sept ans (quinze ans pour la gamme Reserva) à l’usine de Thimister, soit 15 000 sacs d’échantillons par an. Les nez les plus fins de l’entreprise sont mis à contribution pour détecter les lots impropres à la vente qui auraient, par exemple, une odeur de carton mouillé ou de brûlé. Puis, au laboratoire de contrôle qualité, sont vérifiés l’étanchéité des bouchons, le poids, le diamètre, la longueur, la force d’extraction (qui doit être comprise entre 200 et 700 t), etc.

Bien vivre

Il y a dix mini-usines dans l’usine belge. La salle d’expédition est organisée de telle sorte que les cartons suivent l’ordre de chargement dans le camion : un à deux jours de stock de produits y séjournent, pas plus, alors que dix jours de stock sont entreposés, après l’étape d’extrusion. Les expéditions rapides sont traitées par des services internationaux d’envoi et de logistique. La politique de Vinventions, c’est le management participatif : chaque équipe se gère, pointe les améliorations possibles ou les problèmes rencontrés. Des audits réguliers (une fois par mois) favorisent la remise en question et le progrès, ce qui a permis à l’entreprise de limiter les coûts d’emplois de personnes encadrantes non productives. « On donne plus d’autonomie, de liberté, au personnel. On y trouve tous notre compte, puisque le turn-over n’est que d’1 % par an », souligne Axel Pirard.

 

 

Lecture

« Petit traité de la choucroute », grandes découvertes

Pratique

Publié le 16/11/2022


S’ils n’ont pu se passer de la recette de la choucroute garnie à l’alsacienne, les deux épicuriens que sont l’auteur Pierre-Brice Lebrun et le maître restaurateur alsacien Martin Fache, ont ratissé large. Leur ouvrage est… gargantuesque, tant les formules s’enchaînent et regorgent d’ingrédients divers et variés, issus de terroirs différents. Facile de rêver de montagnes de choucroutes, toutes plus savoureuses les unes que les autres, ainsi que de petits mets plus que raffinés : gougères à la choucroute, choucroute au champagne, choucroute en parmentier de canard (avec supplément foie gras), choucroute au combawa et carpaccio de noix de Saint-Jacques, galette croustillante de choucroute au céleri risotto, tartelette briochée et choucroute confite au miel, mirabelles et estragon…

Un régal

En parallèle, dure le suspense. Mais d’où vient la choucroute ? D’Attila le Hun ? Après avoir suivi ses traces (facile… derrière lui, l’herbe ne repousse pas !), on se perd. Pour mieux se retrouver. Les Celtes seraient à l’origine de la préparation : du chou cabus (ou chou pommé), râpé et saumuré, disposé en couches alternant sel et chou, bien tassées, qui fermente un mois durant, jusqu’à obtention de la choucroute crue ; choucroute crue dont on fait… ce que l’on veut, comme le démontrent les recettes ! Riche en vitamine C et en acide lactique, la choucroute permettait aux grands navigateurs, dont James Cook, de lutter contre le scorbut qui pouvait toucher l’équipage, pendant les longues traversées. Les auteurs en profitent aussi pour renseigner leurs lecteurs sur l’invention de la bière pils, au milieu du XIXe siècle, en Tchéquie, ou l’origine des brasseries parisiennes, une vingtaine d’années plus tard. L’érudition peut paraître rébarbative, d’entrée de jeu, mais les surprises et les anecdotes, les bons plans et les astuces, ainsi que d’humoristiques découvertes dopent le plaisir de lire. L’appétit vient en mangeant. Ainsi, apprend-on que la très longue saucisse fumée alsacienne s’appelle männerstolz… littéralement fierté de l’homme. Sur ces bonnes paroles, e Güeter !

Truffes d’Alsace

Un défi pour Jean-Luc Halter

Cultures

Publié le 16/11/2022


« J’ai investi pour ma retraite », plaisante à peine Jean-Luc Halter, exploitant à Wasselonne sur 110 ha, diversifié en lait de prairie, asperges, fraises, rhubarbe et depuis peu, en truffes ! Il en faut de la patience sur ce dernier coup, ainsi qu’une bonne dose de courage, voire de témérité. En effet, une fois les arbres mycorhizés plantés, plusieurs années sont nécessaires à leur pousse et au développement de leurs racines, sur lesquelles naissent les truffes… lorsque le climat le permet ! Les sécheresses d’été peuvent être fatales. Jean-Luc Halter a pris le pari (un peu fou) de produire des truffes d’automne en Alsace, il y a plus de sept ans maintenant.

Des veines calcaires propices

« Historiquement, trois secteurs sont propices à la truffe en Alsace, dont le mien. Ici, nous sommes sur une veine calcaire qui peut produire », déclare Jean-Luc, au milieu de ses lignes d’arbres truffiers, en hauteur de Wasselonne. Fin gourmet, amateur de truffes et déjà fournisseur de restaurants en asperges, fraises et rhubarbe, le quadragénaire a planté des noisetiers, des charmes, des pins noirs d’Autriche, des bouleaux, des tilleuls, des chênes verts et des cèdres, mycorhizés, dans ses prairies et terres labourables, en 2015. Les trois premières années de vie de ces arbres truffiers, Jean-Luc a biné manuellement autour des pieds. Le but de la manœuvre ? Maintenir propre autour de l’arbre, pour éviter la concurrence des autres champignons. Cinq ou six ans après la plantation, il a effectué une taille, pour restimuler la pousse mais aussi pour que sa petite chienne d’un an et demi, Mira, ne se pique pas le museau. Si elle est dressée à la détection de truffes - à « caver », comme on dit dans le milieu -, elle se préserve des aiguilles de pin.

« Je tente, je teste, j’essaie. C’est expérimental. Aujourd’hui, nous ne savons rien de la production de truffes en Alsace, car je suis le seul à m’être lancé professionnellement. Les grosses plantations sont dans l’Aube et la Marne, en Champagne. Mais même là-bas, il y a très peu de techniciens et encore moins de littérature scientifique. Un hectare de mes truffières est d’ailleurs dédié à la recherche (lire l’encadré sur les aides régionales). L’Inra de Nancy me suit sur celui-ci. De moi-même, j’ai planté et soigné différemment les parcelles : enherbées, désherbées, etc. Je ne saurais dire, pour l’instant, ce qui fonctionne le mieux. J’ai travaillé six ans sans aucun résultat. On n’est entré en production que maintenant, à l’automne 2022 ! », s’exclame-t-il.

Produit de niche mais pas de luxe

De septembre à aujourd’hui, Jean-Luc Halter a cueilli des truffes de Bourgogne à nervure brune ; à partir de novembre, il a enchaîné avec les truffes mésentériques, les seules qu’on peut chauffer sans qu’elles perdent leurs arômes, et à partir de décembre, il récoltera la truffe noire melanosporum, la même que dans le sud de la France, la plus connue. « Une bonne truffe est mûre à 100 %. Elle se déguste avec un vin blanc fruité mais pas sucré, surtout pas acide non plus, ou avec des bulles », précise Jean-Luc, qui est vice-président de l’association des trufficulteurs du Grand Est (ATGE), chapeautant toutes les associations locales. Si des investisseurs sont prêts à financer des truffières en Champagne, ce n’est pas encore le cas en Alsace. Se lancer seul est forcément risqué, au regard du coût, de l’attente et de l’incertitude. Mais Jean-Luc est convaincu par son projet. « La truffe est un produit de niche mais pas de luxe. Avec une patate de 100 g, à 70 €, on peut préparer un bon repas pour six personnes », dit-il. Il a eu la chance d’en découvrir une de 360 g chez lui déjà… mais c’est rare !

Local et sans pesticide

Aussi, Jean-Luc Halter a d’autres idées pour valoriser son nouveau produit et ce qu’il a déjà mis en place. Propriétaire du gîte de Brechlingerthal, non loin de l’étable des vaches laitières, l’agriculteur souhaite proposer des week-ends de découverte et de dégustation de truffes… d’Alsace ! Si les plus gros négociants européens sont les Italiens, les plus gros producteurs sont les Espagnols ; ils répondent à la majeure partie de la demande française. Jean-Luc Halter mise donc sur l’argument local. « Et le champignon peut se targuer de se passer de tout produit phytosanitaire », remarque-t-il. Le chef d’entreprise travaille avec l’équivalent de deux salariés à temps plein et une trentaine, voire une quarantaine de saisonniers, toutes productions confondues ; les deux désherbages annuels des truffières sont prenants, par exemple. Mais même si la truffe est friande en ressources humaines, elle semble promise à un bel avenir tant les arguments marketing correspondent aux goûts du moment… « Le plus gros enjeu, c’est le changement climatique. La météo fera qu’on va produire ou pas », conclut le trufficulteur.

 

 

Tourisme d’été en Alsace

Un peu plus de visiteurs qu’en 2019

Pratique

Publié le 09/11/2022


Les visiteurs (touristes* et excursionnistes**) étrangers en Alsace, l’été 2022, sont presque trois fois plus nombreux que les visiteurs français : ils sont 13,9 millions à avoir sillonné la région, quand les Français ne sont « que » 4,8 millions. Les touristes mosellans (226 000 nuitées), du Nord (149 000 nuitées) et les Parisiens (144 000 nuitées) sont les plus nombreux parmi les Français (3,2 millions de nuitées et 1,1 million de touristes) à venir en Alsace. Quant aux touristes étrangers (7 millions de nuitées et 3,7 millions de touristes), les Allemands arrivent loin devant toutes les nationalités, avec 2,4 millions de nuitées (plus du tiers des nuitées étrangères) en juillet-août 2022 ; mais cela représente moins 12 % par rapport à 2019. Derrière eux, les Hollandais (Pays-Bas) passent 550 000 nuitées en Alsace : plus 18 % qu’en 2019. Ils devancent les Suisses (520 000 nuitées, soit 5 % de moins qu’en 2019). Les Belges et les Américains (États-Unis) viennent aussi moins qu’il y a deux ans, mais ils totalisent toujours plus de 330 000 nuitées. Les Italiens, les Anglais et les Espagnols dorment 230 000 nuits et plus… à noter une hausse de 11 % pour les Italiens par rapport à 2019, quand une baisse de 12 % est enregistrée pour les Anglais.

Les voisins Allemands, les plus accrocs à l’Alsace

Les excursionnistes français sont 3,7 millions à être venus en Alsace l’été 2022, soit 14 % de plus qu’en 2019. Les Mosellans (764 000) et les Vosgiens (363 000) sont les plus nombreux, suivis par les Belfortains, les Meurthe-et-Mosellans et les habitants du Doubs (entre 228 000 et 264 000 excursionnistes comptabilisés). Les excursionnistes étrangers sont 10,2 millions : plus 20 % par rapport à l’été 2019. Les Allemands sont à nouveau et sans surprise, en tête : près de 5,4 millions d’excursionnistes, soit la moitié de tous les excursionnistes étrangers. Ils sont 36 % de plus en 2022 qu’en 2019. Nos voisins sont donc plus prompts à passer une journée en Alsace, quitte à y revenir, qu’à y séjourner. Idem pour les Suisses. Les excursionnistes suisses sont plus de deux fois plus nombreux qu’en 2019 à l’été 2022 : près de 1,3 million. Viennent ensuite les Hollandais et les Belges, respectivement 660 000 et 590 000. Les Hollandais sont presque deux fois plus nombreux qu’en 2019. Les Belges et les Italiens sont 10 % de plus environ. Touristes et excursionnistes, hollandais et italiens, sont donc toujours plus nombreux, en Alsace. Les Belges, à l’instar des Allemands et des Suisses sont eux, de plus en plus enclins aux passages éclair qu’aux escapades comprenant une nuit ou plus. Quant aux Anglais, ils sont 16 % de moins qu’en 2019 : 260 000 au total en 2022. Touristes et excursionnistes, ils sont de moins en moins nombreux à visiter l’Alsace. Conséquences du Brexit ? Peur du Covid ? La question reste ouverte.

Dans le calcul des touristes et excursionnistes français, selon Alsace Destination Tourisme, les locaux, c’est-à-dire les Alsaciens, ont été exclus.

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