Erstein
Juste équilibre entre nature et urbanité
Erstein
Pratique
Publié le 19/04/2023
« Les agriculteurs sont essentiels. Leur nombre diminue et ce n’est pas facile pour eux. Je suis outré d’ailleurs, lorsque les prix augmentent en magasin, mais pas pour eux. Heureusement, il y a des reprises d’exploitations par des jeunes ici : chez les Voelckel et les Wetterwald, par exemple », partage Benoît Dintrich, le maire d’Erstein. Petit-fils d’éleveurs laitiers du côté de son père, le sexagénaire, natif de Benfeld, est retourné aux sources à Erstein, la ville de sa mère, il y a plus de trente ans. Cet ancien cadre supérieur de santé est d’autant plus sensible à la cause agricole qu’à Erstein est installée la sucrerie de Cristal Union qui porte le nom de la ville. 55 ha de terres agricoles sont dédiés à la culture de la betterave. « Nous avons quatre planteurs de betteraves sur la commune d’Erstein, y compris Erstein Krafft », dénombre Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine. Et 32 salariés en CDI travaillant à la sucrerie, habitent Erstein. Pour inciter les agriculteurs à planter de la betterave et faire tourner l’usine, la commune exonère les betteraviers de taxe foncière. Benoît Dintrich recense « beaucoup de maïs et du blé, de l’orge, des fruits et légumes » aussi sur le ban communal, mais seulement trois élevages.
Forêt patrimoniale
Erstein est une des plus grandes communes forestières du Bas-Rhin, comptant près de 1 000 ha de forêts, dont elle est propriétaire pour plus de la moitié. Elle en confie la gestion à l’Office national des forêts (ONF). Réserve naturelle, polder, cours d’eau, plan d’eau de Plobsheim : la valeur patrimoniale de la sylve et de la trame bleue est aussi riche que la forêt est pauvre… « Aujourd’hui, on ne gagne plus d’argent avec notre forêt. Elle coûte plus cher qu’elle ne rapporte, notamment à cause de la chalarose du frêne et du changement climatique. Mais même si on ne sera a priori plus bénéficiaire, il y a des choses importantes à faire pour une exploitation raisonnée. Vers Krafft par exemple, en forêt du Krittwald, 4 000 copalmes d’Amérique (ou liquidambars) seront plantés sur environ deux hectares, pour remplacer peut-être à terme l’érable sycomore, qui a du mal à s’adapter aux nouvelles températures. Cette espèce représente aujourd’hui 90 % de la régénération naturelle de la forêt », développe Benoît Dintrich. Le maire ajoute que le manque à gagner lié à la diminution des ventes de bois d’œuvre, impacte peu le budget de la ville.
Attractivité
Toujours en lien avec le changement climatique, la commune d’Erstein a troqué certaines espèces ornementales dans ses espaces verts, contre des plantes plus résistantes. « On essaie d’abaisser notre consommation d’eau, mais aussi de récupérer les eaux de pluie, dans des cuves enterrées notamment, sur deux sites : elles peuvent contenir jusqu’à 80 m3 », précise Benoît Dintrich.
La ville d’Erstein est attractive. « Il y a quelques années, le quartier de la Filature, à peine créé, s’est rempli de 2 000 habitants. Entre 700 et 800 personnes sont attendues prochainement à la zone d’aménagement concerté (Zac) Europe, avenue de la Gare. C’est la dernière extension urbaine d’Erstein et la seule prévue », confie le maire. La municipalité est en phase d’acquisition des terrains. L’édile rappelle que le Schéma de cohérence territoriale (Scot) de Strasbourg impose trente logements à l’hectare en termes de densité, lorsqu’une zone d’habitation est créée. « On a changé d’époque. Une commune qui ne grandit pas n’évolue pas. Mais notre souhait est de ne pas prendre sur le terrain agricole », insiste le maire d’Erstein, qui relève tout de même le paradoxe entre le Scot et la démarche Zéro artificialisation nette des sols, qui est un objectif national pour 2050. Pour laisser la terre aux agriculteurs, le plan local d’urbanisme (PLU) d’Erstein prévoit de densifier la partie déjà urbanisée de la ville prioritairement ; comme l’avenue de la Gare, précitée. « Les terres sont riches, fertiles, très productives ici. Nous sommes dans une zone inondable, où certains espaces sont sanctuarisés. À Krafft, il n’y a plus aucun terrain constructible », souligne Benoît Dintrich. Mais il y a beaucoup moins d’inondations à Erstein depuis la mise en route du canal en 1870, souligne-t-il, soucieux de rendre compte de la réalité.
Concertation
L’agribashing ne serait pas un problème ici, selon le maire, qui veille à faciliter le travail des agriculteurs en leur permettant de circuler un maximum hors de la ville ; une action réalisée avec l’association foncière dont il est le président de droit, en tant qu’élu. « Je ne vois que peu les agriculteurs », admet Benoît Dintrich, qui met un point d’honneur à ne pas s’immiscer dans ce qui fonctionne. Ainsi, qu’il s’agisse de réaffectation des terres, quand une location touche à sa fin, de tailles de haies ou de chemins à entretenir, l’édile n’est jamais sollicité directement en sa qualité de maire. Au sujet des terres, les agriculteurs semblent s’entendre, laisse-t-il filer. À propos des dégâts de gibier, les discussions avec les chasseurs ont l’air tout aussi fructueuses. Aucune plainte ne lui a été remontée. « En 2022, dans la forêt du Rhin, 46 sangliers dont quatre laies ont été tirés, pour un seul lot de chasse, se souvient le maire. Vers Gerstheim, des clôtures ont été mises en place entre les champs et la forêt. » À Erstein, huit lots de chasse seront renouvelés en 2024.
D’autres espèces sauvages moins problématiques que les sangliers, abondent dans les parages. Animales et végétales, elles gagneraient à être recensées, pense le conseil municipal. Une maison de l’environnement et du développement durable verra donc bientôt le jour à Erstein Krafft. Outre un atlas de la biodiversité ambiante, les énergies nouvelles y auraient une belle place. Le projet n’en est qu’à ses débuts. Il devrait aboutir dans quatre ans. Avec ses trois fleurs et ses trois libellules, l’industrielle Erstein est une commune ancrée dans son terroir, qui tente de trouver le plus juste équilibre entre espaces naturels sauvages et cultivés, et urbanité.












