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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Groupama Grand Est

Résultat en baisse mais chiffre d’affaires en hausse

Pratique

Publié le 15/06/2023


« L’impact du dérèglement climatique sur le marché français caractérise 2022. Il n’y a pas eu de tempête mais une succession d’événements. La grêle sur bâtiments et automobiles a coûté très cher. Aussi la sécheresse qui, sur des sols argileux, a ébranlé les bâtiments », contextualise François Schmitt, président de Groupama Grand Est. Dans la région, 15 % des communes ont été reconnues victimes de la sécheresse, presque autant qu’au niveau national. « Le retour de l’inflation, suite à une demande post-Covid plus forte que l’offre, et suite au retour de la guerre en Europe, impacte aussi Groupama Grand Est. Par exemple, le prix des réparations automobiles a augmenté de deux à trois points », indique encore le président.

Au national, Groupama présente certes, des résultats solides avec dans ses caisses, le double de fonds nécessaires aux indemnisations, toutes catastrophes confondues, mais son bilan est en baisse de 7 milliards d’euros (Md€). Il s’élève à 94,70 Md€, tandis que le résultat atteint 454 M€. « Nous sommes rentables sur notre métier… mais peu », admet François Schmitt, lorsqu’il présente le ratio combiné non-vie : 99,4 %. S’il dit Groupama réassuré, il relève encore une fois que l’assurance est impactée par le contexte. Groupama Grand Est est « résiliente ». Avec plus de 392 000 sociétaires en 2022, dont 1 850 de plus qu’en 2021, Groupama Grand Est affiche un chiffre d’affaires de 667 M€, soit + 3,4 % par rapport à 2021. La sinistralité dans le Grand Est, est en forte hausse, comme dans l’ensemble de l’Hexagone, et le résultat net social atteint 4,20 M€ ; un chiffre en baisse de presque 10 M€, par rapport à 2021.

Les sinistres climatiques pèsent

Si l’année 2022 est plus « compliquée » que celles d’avant, plus de 525 M€ ont été dépensés par Groupama Grand Est, « au plus près du territoire », fait valoir le président… dont 106 M€ pour les sinistres climatiques. « Le rapport sinistres/cotisations est légèrement dégradé : 15,6 points à cause de la hausse de 60,9 % des sinistres climatiques et d’une forte hausse de la sinistralité excédentaire avec neuf gros sinistres en 2022, qui ont été indemnisés à hauteur de 62,90 M€, contre 14,20 M€ pour quatre sinistres en 2021 », développe Hubert Roth. Le rapport sinistres/cotisations est égal en 2022, à 83,3 %, contre 67,9 % en 2021. Le ratio combiné non-vie s’élève en Grand Est, à 101,6 %. Mais l’assurance est et reste solvable : à 280 % en 2022.

« Une année normale, Groupama Grand Est indemnise à hauteur de 50 M€ les sinistres climatiques. En 2022, 106 M€ ont été dépensés, soit le double. L’essentiel à cause de la grêle, en bâtiments puis pour les véhicules, puis pour les récoltes, mais côté cultures, ce sont surtout les méfaits de la sécheresse qui ont été dédommagés », détaille Hubert Roth, directeur développement et opérations de Groupama Grand Est. Face à de tels événements, Groupama Grand Est peut compter sur ses élus formés en continu par ses salariés experts en sinistres : 70 % des expertises en 2022 ont été réalisées par 250 élus (sur 260 formés en 2022). « Grâce à eux, et c’est une particularité régionale, Groupama Grand Est va plus vite », précise François Schmitt. Au national, 27 500 élus sont dénombrés : environ 10 % sont dans le Grand Est, soit 2 700 élus. « On a besoin d’eux. Ils sont proches du terrain. Le renouvellement des générations de nos élus est d’ailleurs un défi à relever », note Hubert Roth.

Satisfaction des clients et salariés

39 % des sociétaires s’affirment très satisfaits de la qualité de services offerte par Groupama Grand Est. Neuf clients sur dix sont satisfaits. Et l’indice net de recommandation s’élève à 40 points : un de plus que l’an passé. Ces bons retours d’enquête sont d’autant plus éloquents que les prix des cotisations ont augmenté pour suivre l’inflation, voire un peu plus. Groupama Grand Est a maintenu ses 174 agences sur le territoire, insiste François Schmitt. Fin décembre 2022, 1 667 collaborateurs étaient embauchés : 35 de plus qu’en 2021. « Je suis un DRH heureux. On crée de l’emploi », pointe Jean-Jacques Desprès, DRH et communication de Groupama Grand Est. 192 nouveaux collaborateurs ont été recrutés l’an passé, pour renouveler les départs à la retraite et les autres mobilités. 129 salariés ont changé de poste au sein du groupe. Groupama Grand Est est certifié par le label Top employer 2023 : « Pour assurer une qualité de services aux clients, les collaborateurs doivent être bien dans leurs baskets, motivés, engagés », relève Jean-Jacques Desprès. Ils ont droit à dix jours de télétravail par mois, par exemple : « plus d’autonomie et de flexibilité » sont visées.

Près de 50 000 sociétaires de Groupama Grand Est sont des agriculteurs. Ils représentent 27 % environ du chiffre d’affaires de Groupama Grand Est. « De la diversité naît la richesse et la complémentarité », dit le président, lui-même exploitant agricole. Fin juin 2023, il pense que le ministère de l’Agriculture annoncera les dernières mesures concernant la réforme de l’assurance climatique. Aujourd’hui, on sait que les souscripteurs de l’assurance multirisques climatiques sont dédommagés à 100 % pour les pertes au-dessus du plafond d’indemnisation des calamités agricoles (« aléas exceptionnels »). Les non-assurés, eux, seront indemnisés à 45 % des pertes au-delà du seuil en 2023 ; à 40 % en 2024, et à 35 % en 2025. Les assurés ont droit à une expertise individuelle. Le sort des non-assurés n’est pas encore tranché mais l’État ne voulant pas prendre en charge le manque à gagner pour les assurances, elles devraient a priori fournir une expertise forfaitaire locale globale. Si la réforme incite à s’assurer, et peut donc rebuter certains, elle est censée préserver le système assurantiel, rappellent les professionnels, qui parient sur une multiplication des événements climatiques extrêmes.

 

Bergbieten

Un dynamisme digne du vignoble

Pratique

Publié le 11/06/2023


Albert Goetz est maire de Bergbieten depuis les dernières élections municipales de 2020. Il a effectué avant quatre mandats d’adjoint. Originaire du village, c’est dire s’il connaît le terrain et combien est grand son attachement ! Mais ce sont les habitants, bénévoles, qu’il souhaite avant tout mettre à l’honneur, puisque sans eux le village serait moins beau, moins attractif.

Sur la Route des vins d’Alsace, le village héberge un seul vinificateur, le domaine Roland Schmitt. Les 18 autres vignerons (source : Civa, 2022) apportent leurs raisins à la coopérative du Roi Dagobert à Traenheim ou à Arthur Metz à Marlenheim. Ces derniers profitent donc du tourisme mais indirectement. Cinq gîtes accueillent des touristes tout au long de l’année, dans ce village qui compte 735 habitants.

Albert Goetz, ébéniste de métier et bon photographe amateur (sa photo illustre cet article) a le sens de l’esthétique. Des vignes ont été plantées, aux entrées du village, pour rappeler l’appartenance de Bergbieten à la Couronne d’or et le classement de l’Altenberg en Grand cru. Cinq anciens pressoirs et une charrette fleurie remplie de tonneaux complètent le tableau aux beaux jours. Le maire tient spécialement à remercier le viticulteur Simon Tharsis, qui a récemment taillé les vignes décoratives, et Marie-Hélène Schmitt qui les a arquées… jusqu’à ses 90 ans !

Grand cru et non grande crue

L’Altenberg, précise Albert Goetz, un des premiers Grands crus d’Alsace classé en 1978, s’étend sur les hauteurs de Bergbieten. Son riesling était connu de l’Empereur allemand au début du XXe siècle. Aujourd’hui encore, « sur ce terroir de gypse, les vignerons élaborent de grands riesling secs », peut-on lire sur le site des Vins d’Alsace. Un autre terroir se démarque : le Glintzberg. « Ce n’est pas un Grand cru mais l’orientation est bonne aussi », précise Albert Goetz.

Vignoble et terres agricoles sont tous occupés autour de Bergbieten, qu’ils appartiennent à la commune, à des privés ou à des viticulteurs. Des agriculteurs de Dahlenheim et Balbronn, mais aussi de Soultz-Sous-Forêts, cultivent sur son ban. « Il n’y a plus d’élevage, sur notre secteur, sait Albert Goetz. Juste une pension de chevaux, tenue par Philippe Schall, direction Dangolsheim. »

L’Association foncière de remembrement (AFR) de Bergbieten a œuvré, à la sortie de l’hiver 2022, à la déviation des eaux de pluie le long des chemins bordant les parcelles viticoles, jusque dans la Nierdermatt, l’une des deux petites rivières locales. Pour ce faire, des rigoles ont été creusées. L’objectif est d’éviter que l’eau ne dévale les coteaux vers le village. Le projet a été soutenu par le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA). « Tout s’est très bien passé, juge Albert Goetz. Certains jasent un peu, mais dans l’ensemble les viticulteurs jouent le jeu. » Et suivent, avec enthousiasme, la présidente de l’AFR de Bergbieten, l’adjointe au maire Laurence Meylheuc.

Des fleurs et des abeilles

« Je suis entouré de femmes, relève Albert Goetz. De mes deux adjointes à l’agente communale, en passant par la secrétaire de mairie et la technicienne de surface. » Au conseil municipal, ils sont treize au total : on frôle la parité. « Notre grande spécialité à Bergbieten est d’avoir beaucoup de bénévoles », enchaîne Albert Goetz, ravi. Début mai, ils ont aidé à balayer le village, par exemple. « Cinq samedis par an, on les met à contribution. De vingt à cinquante personnes participent chaque année aux chantiers communaux. Et si nous avons deux fleurs pour notre fleurissement, c’est grâce à eux », poursuit le maire. La société paysagiste Alsavert prête son matériel, pour les réalisations communales d’ampleur, souligne Albert Goetz, qui essaie de penser à tous. En 2018, France bleu Alsace avait élu Bergbieten « plus beau village d’Alsace » (une distinction que l’antenne locale a arrêté de décerner). Depuis 2020, un rucher pédagogique, dans le verger du presbytère, face à la mairie, participe encore à l’attractivité de la commune. L’apiculteur amateur et retraité de l’enseignement, Jean-Claude Bernhard, forme les élèves de Bergbieten à cet élevage avec l’aide de l’association apicole de Strasbourg, Asapistra. « On a investi dans les tenues pour les enfants, confie Albert Goetz. Tout le miel revient à l’école, aux élèves, qui sont une centaine. On a juste offert un pot à chaque personne âgée du village. Avec la cire d’abeilles, les plus jeunes confectionnent des bougies, etc. » Pour parfaire le tableau, le village compte parmi ses habitants deux nids de cigogne depuis 2005.

Dans l’aire d’attraction

Bergbieten est devenu de plus en plus attractif… à l’inverse des prix du foncier et de l’immobilier. « Les prix sont indexés sur ceux de Molsheim. Avec le Grand contournement Ouest (GCO), les gens s’éloignent encore plus des pôles d’activité pour aller dans les villages », pointe Albert Goetz. Ici, les maisons mises en vente trouvent un acquéreur dans la semaine, ajoute le maire. Une quinzaine de maisons devrait être construite à Bergbieten les prochaines années, pour répondre à la demande sans cesse grandissante, sur des terrains qui aujourd’hui sont agricoles. « Mais on s’arrêtera là », promet Albert Goetz, soucieux de préserver le village et de ce que les infrastructures soient, et restent, en adéquation avec la population, avec le nombre d’habitants. Artificialiser le moins possible est aussi la tendance générale, supportée par une loi bientôt en vigueur, remarque le maire. Mais l’argent devient rare. L’édile admet avoir besoin de ces quelques nouvelles constructions pour renflouer les caisses. Pour autant, la commune n’est pas avare, puisqu’Albert Goetz affirme soutenir toutes les associations locales (gym, football, tennis, entre autres), étant donné qu’elles contribuent à la douceur de vivre de Bergbieten. Autres sources de plaisirs, éphémères, quelques rendez-vous populaires, mettant à l’honneur la viticulture du coin émailleront l’été. Le Marathon du vignoble, le dimanche 25 juin, traversera l’Altenberg de Bergbieten. L’étape locale, organisée par les sapeurs-pompiers du village, est festive, puisqu’elle comporte la « discothèque » de l’épreuve. Le dimanche 30 juillet, au sommet de l’Altenberg, les viticulteurs fêteront les 70 ans de la Route des vins d’Alsace : musique et bar à vins enchanteront la journée, pour cette dernière date consacrée à l’anniversaire.

Cybersécurité

Sectoriser pour se préserver

Pratique

Publié le 09/06/2023


Quels types de problèmes pourraient rencontrer les agriculteurs alsaciens, dans leur vie professionnelle numérique ?

Gwenaël Heim : « Comme tout un chacun, les agriculteurs sont de plus en plus dépendants des systèmes d’information. Le souci le plus répandu est la perte de données, et la paralysie qu’elle entraîne. Ce problème est le plus souvent accidentel, par exemple suite à une défaillance du matériel. La perte peut être complète ou partielle, selon le type de panne et la possibilité de reconstituer les dossiers. Autre risque, lié à de la malveillance, celui-ci : la fraude au service informatique ou au faux support technique. Au gré de la navigation sur Internet, une page apparaît sur l’écran de l’ordinateur, signalant que ce dernier a un problème et qu’il faut appeler un technicien, ou acheter un logiciel pour le régler. Le numéro est surtaxé. Le logiciel est payant… et inutile, puisqu’il n’y a aucun problème sur l’ordinateur. Cela peut arriver d’être piégé, parce qu’on agit trop rapidement, sans réfléchir, en mode « panique ». Toutes les menaces classiques peuvent aussi cibler les exploitants agricoles : l’ingénierie sociale, le phishing ou les arnaques (comme expliqué à l’instant), et bien sûr les « ransomware » (rançongiciel). Dans le cas de ce dernier, deux impacts : le blocage de l’informatique et l’aspiration des données, avec chantage à leur divulgation. Mais le risque auquel, à mon sens, les agriculteurs alsaciens pourraient être le plus exposés, est le vol d’outils numériques, notamment de GPS (lire l’encadré) ou d’ordinateur. L’intérêt ? La valeur à la revente. Un exemple d’attaque de type ingénierie sociale : un escroc se fait passer pour un de vos prestataires et vous fait changer le RIB associé au compte de sorte que les virements soient réalisés sur un compte en possession de l’escroc et non du prestataire légitime. Pour cela, il suffit d’avoir quelques informations bien ciblées, en général facilement accessibles, et d’être suffisamment persuasif. »

Comment s’en prémunir ?

« Contre la perte des données, rien de tel que… sauvegarder ! On ne le répétera jamais assez. Les sauvegardes doivent être effectuées sur un support que l’on déconnecte du réseau, après avoir réalisé l’opération. Cela évitera qu’elles soient compromises, en cas de dysfonctionnement ou d’attaque de l’ordinateur. On peut utiliser, soit un disque dur externe, soit le cloud (nuage = sauvegarde chez un hébergeur tiers), soit une solution adaptée proposée par des éditeurs de logiciels. En cas d’utilisation d’un disque dur externe, il convient de stocker cette sauvegarde, en dehors du bureau où se trouve l’ordinateur, pour se prémunir du vol ou d’un incendie. La deuxième prévention est la mise à jour régulière de l’ordinateur et de ses applications, ainsi que de l’antivirus : idem sur le smartphone qui est lui aussi un ordinateur. Autre bonne pratique : un mot de passe différent pour chaque site, plutôt long et compliqué. Si un site est compromis, au moins le mot de passe ne sera lié qu’à celui-ci et il n’y aura pas de risque de piratage sur les autres sites. Des outils « coffre-fort de mot de passe » permettent de gérer tous ces différents mots de passe. L’activation de l’authentification multifacteur (comme celle des banques en ligne) est encore un autre moyen de protection de ses données numériques, en particulier pour les boîtes e-mails et tous les services sur Internet. Aussi, il est important de bien différencier les usages professionnels et personnels : moins de personnes accèdent à l’ordinateur professionnel, mieux c’est. Par conséquent, l’ordinateur professionnel ne doit pas être l’ordinateur de la famille. Il faut être vigilant sur les applications téléchargées sur Internet et éviter les sites de faible réputation. Bien sûr, il est hors de question d’installer des outils piratés. Enfin, il faut être vigilant pour identifier les e-mails de phishing : les e-mails bizarres, avec une mise en forme ou une syntaxe aléatoires, ou encore faisant allusion à une commande, un colis, une facture… Le guide d’hygiène de l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Anssi) propose 42 mesures à suivre pour se protéger, notamment en direction des très petites, petites et moyennes entreprises, si elles souhaitent aller plus loin. »

Si l’on est tout de même victime de cyberattaque, que faire ?

« En cas d’attaque, il faut porter plainte auprès de la gendarmerie ou de la police. Le site cybermalveillance.gouv.fr donne toutes les informations utiles, ainsi que des fiches d’aide techniques et une liste de professionnels de confiance que vous pouvez contacter. »

Tour des cultures

Sous le soleil, exactement

Technique

Publié le 03/06/2023


Tout le maïs semence a été semé aujourd’hui en Alsace. « Le début de la campagne a été frais et humide. On a donc commencé à semer plus tard que l’an passé : vers le 27 avril au sud de Colmar, pour les premiers. Après, on a jonglé en fonction des pluies. 40 % du maïs semence alsacien était semé avant le 10 mai 2023, cette campagne. Mais on a terminé environ quinze jours plus tard que l’an passé, puisqu’en 2022, les semis étaient finis le 15 mai », résume Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole, fin mai. Puisqu’il faut semer le maïs mâle quand le maïs femelle est au stade deux feuilles, le semis est toujours un peu stressant. Et cette année, il a fallu anticiper les pluies ! Mais, « dans l’ensemble, les agriculteurs ont bien géré », sait Alain Weissenberger. Le responsable n’a constaté aucun dégât de corbeaux cette campagne, mais quelques-uns de sangliers. Tous restent vigilants et saluent la gestion des sangliers, qui permet de limiter la casse. Les orages ont épargné les semis, côté ciel. « On est parti sur des situations plutôt favorables », se satisfait Alain Weissenberger.

« Les blés sont en bon état »

Les blés et orges ont été exposés à un risque de maladies (septoriose du blé et helminthosporiose de l’orge) non négligeable, à cause du printemps humide, mais les traitements foliaires réalisés fin avril - début mai au stade dernière feuille étalée, ont permis de le contrôler. Semées après le maïs en octobre, dans de bonnes conditions, ces céréales à paille ont bien valorisé l’azote, ont été bien alimentées, ce printemps. « Les blés sont en bon état », relève François Lannuzel, conseiller en grandes cultures, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). Un risque de fusariose sur les épis de blé était présent jusqu’à fin mai, mais depuis, les précipitations sont moindres, sauf orages, et le vent asséchant du nord écarte ce danger. Les blés les plus tardifs ont d’ailleurs été très peu impactés par les maladies, quelles qu’elles soient. Des attaques de rouille jaune et brune ont été observées ici et là, de manière très ponctuelle, notamment dans le nord, mais elles ont été jugulées. Mi-mai, des pucerons sur feuilles ont été vus mais peu sont passés sur épis, et finalement, peu de parcelles ont été traitées. Au moment des semis aussi, les transmetteurs de la jaunisse nanisante de l’orge étaient présents, puisque l’automne dernier était chaud, mais les traitements ont fait leur œuvre. Aujourd’hui, on constate une belle densité d’épi, qui augure des rendements intéressants. De début mai et jusqu’au 10 juin, l’irrigation est de rigueur dans les secteurs à faible réserve utile d’eau, notamment dans la plaine de la Hardt : entre deux et quatre tours d’eau sont effectués.

Colzas costauds

Le colza, comme les blés et orges, a été semé relativement tôt : seconde quinzaine d’août et jusqu’à début septembre, dans le nord de l’Alsace. Les pluies de fin août ont permis une levée rapide des colzas, qui se sont bien implantés. « Bons pivots, bel enracinement, accumulation d’azote en automne et à l’hiver, belle production de biomasse : les colzas ont bien passé l’hiver, malgré deux épisodes à - 10 °C en décembre et en janvier, et ils arrivent vigoureux au printemps », expose François Lannuzel. L’information a son importance, puisque cette vigueur leur a permis de bien résister au charançon du bourgeon terminal, à l’automne - hiver, puis aux larves d’altises de l’automne au printemps, et enfin, au charançon de la tige en fin d’hiver et début de printemps. « Les ravageurs étaient bien présents mais les colzas étaient et sont costauds », résume le conseiller de la CAA. Des traitements insecticides ont tout de même été réalisés, mi-février et en mars contre le charançon de la tige. Malgré le froid de ce début de printemps, les colzas ont bien fleuri et longtemps. Aujourd’hui, les siliques sont formées. Le colza va finir son cycle assez rapidement. Les méligèthes cette année, ne sont pas un problème. Ces bioagresseurs se voient facilement, et on est sous les seuils de nuisibilité. Par contre, des traitements à floraison du colza ont été nécessaires pour contrer le risque sclérotinia, là où le colza revient souvent dans les rotations.

Levées de maïs et soja réussies

Les maïs ont été semés entre mi-avril (dans les secteurs les plus précoces comme la plaine de la Hardt) et fin avril, entre les pluies, sauf à l’extrême sud et au nord de l’Alsace, où les semis ont été décalés à mi-mai, comme dans le Sundgau. S’ils ont mis du temps à lever, en règle générale les levées ont été bonnes. Rares attaques de taupin. Aujourd’hui, le maïs est au stade 6 à 7 feuilles, sauf là où il a été planté tardivement, et il pousse bien. Avec les précipitations, les désherbages racinaires (juste après les semis) ont bien fonctionné. Les parcelles sont propres. Aujourd’hui, quelques rattrapages ont lieu en foliaire. Cette année, le désherbage mécanique a été rendu difficile à cause de la pluie. Mais « aujourd’hui, on peut biner dans de bonnes conditions, avec une efficacité intéressante », observe François Lannuzel. Dans la plaine, la récolte se fera certainement à date classique ; aux extrémités de la région, le cycle est décalé et on récoltera sûrement plus humide, prévoit le conseiller.

Le soja a été semé, en décalé, début mai. Mais les sols étant chauds, il est parti vite. Aujourd’hui, au stade 2 à 4 feuilles, ou tout juste levé, il est à surveiller. Les désherbages racinaires sont assez efficaces ; les rattrapages ont lieu, actuellement.

Les « filles » de l’Est se portent bien

Même constat chez les betteraviers que pour les producteurs de maïs semence. Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine d’Erstein, souligne : « Les semis se sont étalés du 21 mars à début mai 2023 dans les secteurs les plus arrosés. La levée a été correcte. Le désherbage a été maîtrisé grâce à la bonne efficacité des désherbants racinaires. Pour pallier la suppression des traitements de semences (néonicotinoïdes), une protection contre les pucerons a été passée la seconde quinzaine d’avril ou début mai 2023, selon l’avancement de la culture. » Les années se suivent et ne se ressemblent pas. 2022 était très sec, relève le responsable betteravier de la sucrerie, mettant en avant l’adaptation permanente des agriculteurs à leur milieu et à la réglementation.

« Tout est sous contrôle », en chou à choucroute

« La totalité des surfaces a été plantée et ça se porte bien. C’est un temps à choux, dit d’emblée Robin Sesmat, de Planète Légumes, spécialiste de la culture. On a eu de l’eau jusqu’au 24 mai. Les conditions sont bonnes. » Comme tout n’est jamais tout rose, le conseiller relève des retards de plantation et de désherbage fin avril et début mai, à cause du froid et de la pluie. Mais, « globalement, ça s’est atténué et tout est correct actuellement », ajoute Robin Sesmat. Quelques attaques d’altises ont été observées mais les parcelles protégées tiennent le choc, car les conditions sont propices à l’efficacité des produits. Et, s’il y a des vols de lépidoptères, il n’y a aucune chenille et aucun dégât. Il n’y a pas eu de mildiou précoce. Même si certains ont protégé au cuivre en préventif, aucune maladie n’est à signaler. « Tout est sous contrôle. Avec le soleil, maintenant, ça se développe davantage », se réjouit le conseiller de Planète Légumes.

Floriculture

Des fleurs parmi les fruits et légumes

Cultures

Publié le 02/06/2023


« Je suis née dans les fleurs », constate Marie Mathis-Ballesta, fille de Brigitte Mathis, détentrice alsacienne d’un Jardin de France, labellisé. Pour un beau bouquet, il faut associer cinq types de fleurs et végétaux : « des fleurs stars (dahlia, tournesol, chrysanthème), des disques (type marguerites : soucis, nigelle, bleuet), des fleurs en ombelle (fenouil, panais, carotte ; pour réutiliser les produits de la ferme), des épis (muflier, campanule) et du feuillage (buplèvre, molucelle mais aussi feuilles d’asperge et de fraisiers, mélisse et menthe) », énumère Marie, qui a éclusé les tutoriels Youtube.

La trentenaire a réalisé son rêve, celui d’être floricultrice… Entre autres, grâce à Vincent Schotter, son ancien maître de stage (lors de la reconversion de Marie via un BPREA maraîchage, au CFPPA d’Obernai en 2020-2021) et son actuel employeur. Le chef d’exploitation de l’EARL Le panier du Jardin d’Agnès, à Ittlenheim dans le Kochersberg, laisse carte blanche à Marie Mathis-Ballesta, sur 0,5 ha. 10 ares sous serre et le reste en plein air, donnent l’opportunité à sa salariée de tester plus de cent espèces de fleurs, de vingt familles botaniques différentes. « Cela permet une rotation en plus et, donc, de couper le cycle des maladies, notamment des solanacées. Par exemple, les tomates ne reviennent qu’une fois tous les trois ans, sur la même parcelle. Aussi, les fleurs amènent plus de biodiversité, dont des auxiliaires des cultures, des pollinisateurs et… des lérots, une espèce classée quasi menacée ! » pointe Marie, une des sept UTH à l’année du Jardin d’Agnès.

Gagnant-gagnant

Récoltées, les fleurs fraîches sont vendues au marché (lire l’encadré), en même temps que les fruits et légumes du maraîcher bio : gagnant-gagnant. Les bouquets sont composés d’avance, pour plus d’efficacité. À l’occasion de la fête des mères, des kits à bouquets - des godets de huit espèces de fleurs destinées à être coupées, pour jardiniers en herbe qui souhaitent les faire pousser à domicile - seront aussi proposés. Marie approvisionne en plus, quatre fleuristes, avec sa production. Le surplus de fleurs est séché et la jeune femme réalise des couronnes, boucles d’oreilles et fioles avec les corolles déshydratées. Mais le but est d’écouler un maximum de fleurs en frais. L’atelier de diversification paie le salaire (minimum) de Marie et les investissements, qui s’élèvent à près de 5 000 euros par an (bulbes, semences, terreau).

De janvier à février, Marie commande les semences ; en août, elle achète les bulbes. De janvier à mars, elle sème. Puis, elle plante d’avril à juin, sauf les bulbes plantés en automne (qui fleurissent dès février). « On récolte de février à fin octobre. Et je fais sécher les surplus partout, au fur et à mesure », conclut la floricultrice, qui glane aussi pour ses créations en sec, des fleurs sur sa commune de Flexbourg, avec l’accord de la municipalité. La reconvertie sait quoi cueillir, puisqu’elle est… paléobotaniste de formation ! Docteure, diplômée de l’université de Lyon 1, cette passionnée de fleurs a séjourné quatre ans aux États-Unis, où elle était en parallèle de ses activités, bénévole dans des jardins botaniques. Vers la fin de l’été, l’autodidacte réalise la majeure partie de ses créations en fleurs séchées. Elles sont principalement vendues de novembre à janvier, notamment au marché de Noël Off, de Strasbourg. Pour une première, l’an passé, elles ont remporté un franc succès : Marie rebelote donc, avec son ami vigneron Yann Durrmann qui l’héberge sur son stand, en décembre 2023.

« Gérer seule toute la production et la vente de fleurs est un travail de titan. Mais ça vaut le coup dans notre cas. Nos étals aux marchés sont beaux, attirent encore plus les regards. Et je suis heureuse d’aider à faire vivre une entreprise de maraîchage, que les fleurs soutiennent l’agriculture vivrière. J’espère bientôt entrer dans une routine qui permettra de dégager du bénéfice », conclut Marie, sécateur à la main, dans la serre baignant à plus de 25 degrés, fin mai.

 

 

Foire européenne de Strasbourg

2023 confirme le renouveau de la manifestation

Vie professionnelle

Publié le 01/06/2023


Trois grandes nouveautés, cette année, à l’Espace agricole de la Foire européenne de Strasbourg : le stand Graines d’Alsace, avec les nouvelles productions végétales, type pois chiches et lentilles ; les circuits courts, promus sur un week-end par Bienvenue à la Ferme, et le partenariat renforcé avec le lycée agricole d’Obernai. Chaque heure, un ou plusieurs élèves, futurs agriculteurs, présenteront une race sur le ring, et/ou parleront fumier et compost (ce qui fera écho aux citadins chargés de trier leurs petits déchets ménagers verts depuis cette année), et/ou aborderont différents thèmes sur l’élevage, dont en partenariat avec Alsace Lait, celui du lait de pâturage. Les grands classiques seront de mise aussi. Comme à l’accoutumée, l’ensemble des filières seront présentes à l’Espace agricole (sur 2 500 m2) ; des planchettes de dégustation de produits locaux seront servies de 11 h à 14 h tous les jours, sauf les week-ends, durant lesquels les filières ovine et bovine seront à l’honneur, avec leurs repas à thème.

Consommer local

« Nos paysages, grâce à nos professionnels paysagistes, mettent en valeur nos stands. Et au-delà de l’alimentation, l’énergie, sa production par nos agriculteurs, sera expliquée », a pointé Denis Ramspacher, premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), lors de la conférence de presse du 30 mai. Il a rappelé que l’Alsace est le territoire français, où les consommateurs sont les plus enclins à acheter local. Ici, la confiance règne : un bon point pour les agriculteurs et la Foire européenne. Les médaillés du Concours général agricole de Paris seront donc mis en valeur aussi, durant cette édition 2023 ; de quoi renforcer le lien. Proche de la scène musicale locale, l’espace agricole, au sud du Parc des expositions, sera ouvert chaque jour comme la Foire, de 10 h à 20 h du 1er au 10 septembre 2023.

 

 

Arboriculture

Plus de mirabelles, hétérogénéité ailleurs

Cultures

Publié le 25/05/2023


Un vrai printemps d’il y a quarante ans ! Des alternances de chaud/froid, pluie/sec ; des températures basses mais sans gelée, suivies de pics à 26 °C, marquent ce retour « aux standards » en Alsace, après six campagnes caractérisées par le gel au printemps et enfin, un « vrai » hiver 2022-2023. Conséquence : les charges dans les vergers, sont hétérogènes, de parcelles en parcelles et même de branches en branches ! Volumes et qualités sont disparates, surtout en prunes (prunes bleues et quetsches d’Alsace), témoigne le conseiller Philippe Jacques.

Cerises et poires en berne

Les conditions humides à la floraison des cerisiers et des poiriers, ont eu une incidence sur la pollinisation car très peu d’abeilles étaient de sortie : les charges sont très, voire trop légères pour ces deux productions, enchaîne-t-il. Par contre, la mirabelle s’en est mieux sortie cette année qu’en 2022, et par rapport aux autres fruits, une belle récolte est attendue en 2023, même si les températures assez basses des dernières semaines ont une influence sur les calibres. Les fruits des mirabelliers seront petits… sauf s’il pleut beaucoup cet été.

Correct en pommes

En pomme, on est en pleine période de régulation de la charge des arbres actuellement. Il faut s’adapter aux conditions de chaque parcelle, prévient Philippe Jacques, car la floraison s’est longuement étalée du 15 avril au 20 mai, voire encore plus tard, selon les variétés. « La campagne en pommes est toujours plus homogène, comparée aux autres cultures, grâce à la régulation. Cette année, les techniciens ont du travail car on annule carrément la régulation dans les vergers peu chargés, et on l’accentue ailleurs. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de disparités », s’exclame-t-il. La récolte sera moyenne à bonne. « Il y a peu de tavelure. C’est propre. Et le carpocapse est déboussolé… comme nous ! Il y a peu de pontes car on a rarement atteint les 15 °C (nécessaires pour l’espèce) à la tombée de la nuit. Je pense donc qu’on devrait être proche des objectifs en production de pommes, en 2023 », conclut le conseiller de la CAA.

RAS en petits fruits

En petits fruits, Lilian Boullard, conseiller en culture légumière, fraises et petits fruits, chez Planète Légumes, est confiant pour le moment : la campagne débute avec une semaine de retard mais aucune maladie n’est à déplorer. Dès qu’il commencera à faire chaud par contre, il faudra surveiller les framboisiers : un acarien s’est pointé l’an passé.

Grand hamster

Une décennie de protection fructueuse

Vie professionnelle

Publié le 20/05/2023


Afsal a fêté ses dix ans le mercredi 10 mai 2023, à Blaesheim, zone pionnière dans la préservation du grand hamster d’Alsace, là où cette aventure a commencé. En une décennie, trois fois plus d’agriculteurs se sont engagés à protéger l’espèce menacée, dont le nombre de terriers a lui aussi triplé, selon les derniers comptages de 2022, réalisés par l’Office français de la biodiversité (OFB). Aujourd’hui, ils sont 216 agriculteurs adhérents à Afsal à mailler des territoires de 100 à 500 ha de cultures favorables au rongeur. 4 300 ha sont ainsi engagés en mesures agricoles aujourd’hui, contre 1 438 ha en 2013, au tout début du volontariat. De Hurtigheim à Ernolsheim-sur-Bruche, en passant par Oberschaeffolsheim, au nord ; de Dorlisheim et Obernai à Geispolsheim, au centre ; et dans le Ried, à cheval sur les deux départements alsaciens, le taux moyen de cultures favorables au grand hamster, au sein des périmètres en mesures collectives, est passé de 27 à 43 % environ, en une décennie. Céréales à paille d’hiver (blé, orge, avoine, triticale, épeautre, seigle), luzerne et mélanges de légumineuses fourragères, protéagineux d’hiver (féverole, lupin, pois) et méteils d’hiver (mélanges céréales/légumineuses) constituent l’alimentation et le refuge du grand hamster. En complément d’un assolement propice au rongeur, les agriculteurs volontaires laissent de petites surfaces non récoltées tout l’été (le grand hamster hiberne) à proximité des terriers, et/ou implantent des Cipan. De 319 en 2013, le nombre de terriers est passé à 960 en 2022. 82 % de ces habitats ont été observés par l’OFB dans des périmètres gérés collectivement par les adhérents d’Afsal, alors qu’en 2013, seuls 23 % des terriers étaient répertoriés dans ces zones.

 

 

« Dynamique positive »

Laurent Fischer, le président d’Afsal, est persuadé que cette « dynamique positive » continuera à convaincre. Le dispositif de gestion collective des parcelles de volontaires, en faveur d’une espèce protégée, est non seulement efficace mais aussi « unique en France, voire en Europe », ont insisté tout au long de la fête, les agriculteurs coordonnant Afsal et les services de l’État, main dans la main. Et c’est à Blaesheim que tout a commencé… Si en 1995, beaucoup de hamsters communs y étaient encore dénombrés, il n’en restait presque plus en 2008, selon l’OFB. La commune a donc accueilli le premier relâché de hamsters d’élevage, avec le soutien du maire actuel Jacques Baur, un ancien agriculteur. « En 2012, ça n’a pas été simple de décider les exploitants », se souvient l’édile local, qui avait promis que les cultures à forte valeur ajoutée, telles que les choux, betteraves, pommes de terre et légumes, soient préservées dans le même temps. Jusqu’en 2012, des contrats individuels étaient proposés aux agriculteurs par l’Office de la chasse et de la faune sauvage, avec un soutien de la Chambre d’agriculture, pour favoriser le grand hamster. À partir de 2013, des mesures collectives, telles les mesures agro-environnementales Hamster (2015 – 2022 et 2023 – 2028) et les mesures compensatoires extensives, ont été mises en œuvre. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), en collaboration avec les services de l’État (OFB, DDT, Dreal), la Région Grand Est et Afsal, a animé leur déploiement. L’État a souhaité en déléguer la gestion à une structure tierce, et les agriculteurs ont accepté de se regrouper au sein d’Afsal, qui a été créée le 10 avril 2013 par douze agriculteurs réunis à la mairie de Blaesheim. 19 représentants, désignés par les agriculteurs de chaque territoire engagé, siègent aujourd’hui à son conseil d’administration (CA). Lors de la mise en place de mesures collectives sur un territoire, l’ensemble des agriculteurs adhèrent et signent un contrat avec Afsal, et si l’ensemble des engagements individuels permet de respecter le cahier des charges, c’est le président d’Afsal qui engage le territoire, au nom de l’association, vis-à-vis de l’État ou des financeurs privés.

Un million d’euros par an

« Soyez sympas avec les agriculteurs, ils vous le rendent mille fois », s’est exclamé Laurent Fischer, fort d’un bilan qui dépasse les espérances. Entre 2013 et 2022, plus de 5,2 millions d’euros ont été versés par la DDT du Bas-Rhin, à ces derniers, afin de prendre en charge les surcoûts de production liés aux assolements spécifiques (pour un montant total de 4,4 millions d’euros) et d’indemniser les cultures de céréales laissées sur pied (pour un montant de plus de 810 000 euros). À compter de 2023, le montant des aides a été revalorisé, avec le nouveau cahier des charges de la « mesure Hamster », qui exige 35 % de cultures favorables d’hiver, 3 % de cultures favorables de printemps et 5 % de cultures favorables de type prairies temporaires, contre 26 % de cultures favorables auparavant. Aussi, il est prévu la pratique obligatoire de la fauche alternée sur les parcelles de luzerne de plus de 0,5 ha. Et, pour les bandes de non-récolte, le maintien sur pied des céréales d’hiver à proximité immédiate des terriers est obligatoire et elles ne peuvent être détruites avant le 15 octobre. Ainsi, près d’un million d'euros par an sera consacré, par le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire, à la protection du grand hamster.

« Joyeux anniversaire et longue vie à Afsal ! », a souhaité, en conclusion Nicolas Ventre, directeur de la DDT du Bas-Rhin, heureux de cette collaboration exemplaire, qui permet de « concilier une agriculture moderne, innovante, performante, avec la protection de la biodiversité ».

Premier bilan de l’irrigation, en 2023

Des réserves suffisantes

Technique

Publié le 04/05/2023


Patrice Denis et Jonathan Dahmani, conseillers irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), sont à pied d’œuvre. La saison des Flash irrigation a commencé. Mais… tranquillement. Rien à voir avec la campagne d’irrigation de 2022, durant laquelle les agriculteurs ont irrigué le blé, du 28 avril au 9 juin, et le maïs, du 9 juin au 15 août. « Les périodes étaient courtes et denses, surtout pour le maïs, rappelle Patrice Denis. Heureusement ! Car ceux qui avaient des enrouleurs étaient épuisés… d’autant plus, s’ils avaient des pannes à gérer. » La hausse des prix de l’énergie a encore noirci le tableau. Seule consolation : l’évolution du matériel… « 2022 était une année dure, quand même », répète Patrice Denis, compatissant.

Doucement en blé

Au 24 avril 2023, la situation est tout autre : les conseillers préconisent d’irriguer uniquement dans les sols très superficiels, comme ceux de la Hardt, avec un apport de 30 mm. Les conditions météorologiques n’étant pas « poussantes », les blés étaient au stade deux nœuds, dans la majorité des cas ; stade certes repère pour l’irrigation, mais la mise en place de celle-ci a été contrecarrée, dans la grande majorité des cas, par la réserve utile des parcelles. « Le climat n’était pas évaporant », en prime, ajoute Patrice Denis. Au 2 mai, cette semaine, dans les cultures observées par les conseillers, les blés ont atteint le stade « dernière feuille pointante ». Pluviométrie (entre 5 et 20 mm de pluie, en cumul, sur la plaine d’Alsace, de fin avril à début mai) ou irrigation récente dans les sols superficiels ont suffi à assurer un confort hydrique. Jusqu’au 8 mai, seuls les sols superficiels sont donc concernés par l’irrigation. Et inutile de se presser, si un tour a déjà été opéré. Moins de 3 mm par jour, tel est le besoin en eau actuel du blé. Dans le cas d’un tour d’eau de 30 mm et de 10 mm de pluie, le retour n’est pas nécessaire avant treize jours, par exemple, indiquent les conseillers, dans leur Flash irrigation.

Idem en colza

Cette année, le colza, au système racinaire développé lui permettant de prélever plus facilement son besoin en eau, s’installe, en Alsace, dans les sols superficiels. En pleine floraison, depuis fin avril, il tient le coup, sans irrigation. Les températures fraîches permettent de patienter. D’autant plus que les précipitations, fin avril et début mai, compensent, en partie, les besoins en eau.

Dégâts de gibier sur prairie

2022 : une année historiquement calme

Vie professionnelle

Publié le 19/04/2023


Dans le Bas-Rhin, en 2022, sur 654 ha de cultures détruites par le gibier, 84 ha étaient des prairies. En 2021, 535 ha de prairies sur 982 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 215 ha de prairies sur 1 208 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Bas-Rhin, en 2022, par rapport à 2021 : exceptionnel ! Les principales communes touchées, en 2022, étaient Ingwiller avec 9,5 ha de prairies détruites, Wingen avec 6,5 ha, Wissembourg avec 5 ha, Lichtenberg avec 4 ha et le secteur de Reipertswiller avec 3,5 ha, partage Pascal Perrotey, directeur du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers du Bas-Rhin (FIDS 67). Les cinq bans totalisent plus de 20 % des dégâts de sangliers, dans le département nord de l’Alsace, l’an dernier.

« Si 18 000 sangliers ont été tirés, dont le quart de nuit (une première), il faut aussi noter que, par chance, il y avait peu de larves de hannetons, dans les prés, en 2022 », constate Pascal Perrotey, expliquant, ainsi, la baisse significative des dégâts de sangliers sur les prairies, l’an passé. Le directeur du FIDS 67 prévient : il n’y a pas de science infuse. L’avenir est donc difficile à prévoir. « 2023 sera sûrement identique à 2022 », estime, tout de même, Pascal Perrotey. « On commence à entendre, ici ou là, que les dégâts reprennent mais dans des proportions limitées. Reste quelques zones récurrentes compliquées », abonde Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. « Il suffit que deux ou trois locataires de chasse laissent filer… Nous sommes tous égaux, face aux sangliers », lâche Pascal Perrotey.

Le directeur du FIDS 67 donne une astuce pour contenir les sangliers. « Dans quatre zones, qui sont le secteur Lembach, Grendelbruch, Obernai - Muhlbach et Gresswiller, Albé - Breitenbach, celui d’Harskirchen - Sarre-Union, celui du Val de Villé et celui de la Vallée de la Bruche, les chasseurs agrainent avec des pois protéagineux, que les sangliers assimilent comme des protéines animales. C’est comme s’ils mangeaient des larves donc ils ne se cassent plus le groin à creuser le sol, et les prairies sont préservées », détaille Pascal Perrotey. Des études de l’Office français de la biodiversité (OFB) montrent que l’agrainage n’aide pas la fécondité, ni donc la prolifération des sangliers, car les quantités d’agrainage restent toujours moindres par rapport aux profusions qu’offre la nature, les bonnes années, d’après le directeur de la FIDS 67. « Dans le Haut-Rhin, au col du Bonhomme, un essai a déjà été réalisé, à savoir que l’agrainage avait été arrêté et cela avait été une catastrophe », sait Pascal Perrotey. S’appuyant sur les chiffres de 2022, il remarque que les dégâts en montagne sont insignifiants, cette année.

Au sud

Dans le Haut-Rhin, en 2022, sur 957 ha de cultures détruites par le gibier, 206 ha étaient des prairies. « Des chiffres qui restent néanmoins à affiner, précise Marie-Joëlle Bellicam, conseillère Montagne à la Chambre d'agriculture Alsace. Des déclarations d’agriculteurs de montagne n’ont pas encore été effectuées. » En 2021, 1 018 ha de prairies sur 1 640 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 484 ha de prairies sur 1 614 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Haut-Rhin, en 2022, par rapport à 2021, tout comme dans le Bas-Rhin : une « baisse spectaculaire », admet Alexandre Bosserelle, le directeur du FIDS 68. Les principales communes touchées, en 2022, étaient Sainte-Croix-aux-Mines avec 20 ha de prairies détruites, Le Bonhomme avec 15 ha, Soppe-le-Bas avec 13,8 ha, Orbey avec 9,7 ha et Fellering avec 7,5 ha, partage le directeur du FIDS 68. Ces cinq bans avec ceux d’Oderen, de Kruth, de Soppe-le-Haut, de Pfetterhouse, de Breitenbach (dans le Haut-Rhin), de Kirchberg et d’Heimersdorf totalisent près de 50 % des dégâts de sangliers, dans le département sud de l’Alsace, soit 102,5 ha, l’an passé.

« Il semblerait qu’il y a eu, en 2022, moins de sangliers que les années précédentes et la sécheresse, dès le printemps, a probablement joué. Mais les causes principales de la baisse des dégâts de sangliers sur prairies sont difficilement identifiables, d’autant plus que les dégâts en plaine n’ont, eux, que peu diminué. Météo, taux de reproduction, mortalité hivernale des jeunes, prélèvements par la chasse, etc., l’augmentation ou la diminution des dégâts est multifactorielle », énumère Alexandre Bosserelle. D’après lui, dans le Haut-Rhin, les dégâts démarrent calmement, en 2023. « Pour le moment, il n’y a pas d’alerte majeure mais tout peut aller très vite », poursuit-il. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, confirme : « Les dégâts ont recommencé il y a trois semaines, en l’espace de deux nuits seulement. J’ai sollicité immédiatement les lieutenants de louveterie qui sont intervenus rapidement. Pour nous, l’embellie constatée en 2022 ne se confirmera probablement pas cette année. »

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