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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Paysagistes

Les affaires reprennent

Vie professionnelle

Publié le 22/05/2020

Toutes les entreprises du paysage travaillant avec des sociétés privées et/ou des particuliers sont confrontées à « une énorme demande », depuis la fin du confinement, dixit Jacky Wolff, de la société Wolff René & Fils - Espaces verts à Hoerdt, vice-président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) du Grand Est et co-président du Bas-Rhin avec Gérard Jost. « C’est le côté plus que positif du confinement : les gens ont eu le temps de parler jardin », relève-t-il.

Ce sentiment est partagé par Franck Jehl, l’un des trois dirigeants de l’entreprise Thierry Muller depuis 2018, responsable de l’agence du Haut-Rhin, à Richwiller. La société mère est à Geispolsheim-gare. « On est confiants, le carnet de commandes est bon. Depuis le 11 mai, on a repris notre activité à plus que 100 % », dévoile-t-il. Cette hausse d’activité pallie au manque d’avril : moins 25 % de chiffre d’affaires sur les quatre premiers mois de l’année, par rapport à 2019… Mais aussi moins de dépenses, souligne Franck. Main-d’œuvre intérimaire et contrats saisonniers renforcent les équipes chez Thierry Muller, aujourd’hui.

« On peut rattraper mais encore faut-il de la main-d’œuvre qualifiée », tempère Jacky Wolff, qui en appelle à la Chambre d’agriculture d’Alsace et aux établissements publics pour qu’ils signent des conventions de stage au plus vite, et rappelle que l’apprentissage se prépare d’ores et déjà pour la prochaine rentrée des classes. Ses employés feront des heures supplémentaires, « pour le moment », et il l’assure : ils prendront leurs congés, essentiels pour les retrouvailles en famille et les vacances.

Olivier Schellenberger est gérant et salarié de la SARL Schellenberger à Strasbourg-Neudorf, créée par son aïeul en 1925. Lui a trouvé son stagiaire. Ce dernier vient d’un centre de formation privé qui l’a conventionné. Du 12 mai au 27 juillet, il travaille avec Olivier et le second salarié de l’entreprise, et il passera son examen pratique à la SARL. Olivier n’est, pour autant, pas encore aussi enthousiaste que ses confrères précités. « De mars à mi-mai, on a reçu deux fois moins d’appels qu’en temps normal à cette période. On travaille essentiellement avec des particuliers et des copropriétés, et ils appellent moins », constate-t-il. Les devis de création d’aménagements commencent à revenir tout doucement. « C’est un coup de frein au développement de la structure même si elle n’est que légèrement impactée », enchaîne Olivier, qui compte sur le chômage partiel (le site Internet du gouvernement était saturé deux semaines durant, précise-t-il, au début du confinement) et sa trésorerie, pour enrayer les pertes de mars-avril. L’embauche d’un salarié fin 2020 est maintenant soumise à l’évolution de la situation.

Chez Thierry Muller, pas question de renoncer aux investissements prévus en 2020, d’une hauteur de 500 000 €. « On a suspendu nos prêts bancaires et on espère bénéficier du prêt garanti par l’État », confie Franck Jehl. Les deux structures sont incomparables. Si la SARL Schellenberger fait vivre deux salariés, grâce surtout aux privés de Strasbourg et des environs, et affiche un chiffre d’affaires 2019 de 300 000 €, le groupe Thierry Muller atteint 15 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires annuel dont 80 % est fait sur du marché public. Près de 120 salariés travaillent pour la SAS, qui a fêté ses quarante ans cette année. Ils se déplacent dans toute l’Alsace, en Moselle et dans le territoire de Belfort.

 

 

Des volontaires dès la première heure

Pour les deux entreprises, le 16 mars, tout s’est arrêté. Principe de précaution oblige. La SARL Schellenberger est restée fermée trois semaines, jusqu’à ce qu’Olivier soit assuré de pouvoir poursuivre son activité, que lui et son collègue se soient confectionnés des masques, qu’ils aient du gel hydroalcoolique et des gants, et que leur reprise soit accueillie favorablement par les clients. « La deuxième quinzaine de mars a été une période de doute, vraiment. Je ne voulais pas prendre le risque qu’on puisse se retourner contre moi. Je ne savais pas si mon métier était essentiel ou non. On a obtenu des informations au compte-gouttes à partir de début avril », retrace-t-il.

Au sein du groupe Thierry Muller, dix jours après le début du confinement, l’activité reprenait déjà, avec près d’un tiers de l’effectif. Au 27 mars, environ la moitié du personnel était au chômage partiel ; un peu moins de 20 % des salariés en arrêt maladie. À partir de la troisième semaine d’avril, l’activité a augmenté au fur et à mesure des réceptions de masques de protection, et des autorisations des clients à reprendre le travail. Concernant les marchés publics, ceux-ci étaient réticents au départ, du fait notamment de la promiscuité inhérente à certains chantiers. Seulement 30 % de l’activité du groupe est basée sur l’entretien, 70 % sur l’aménagement créatif de l’espace, ce qui explique aussi la reprise progressive de l’activité. « Les chantiers sont décalés. En marchés publics, on travaille avec des constructeurs qui ont pris du retard », détaille Franck Jehl.

Jusqu’à la mi-avril, la SARL et la SAS ont été confrontées à des difficultés d’approvisionnement, leurs fournisseurs habituels étant fermés. Autre contrainte partagée : les déplacements sur les chantiers. « Ce n’est que depuis le 11 mai que nous sommes à nouveau deux dans la camionnette », remarque Olivier Schellenberger. Chez Thierry Muller, les salariés se partageaient parfois le véhicule à trois, avant le confinement. Le Covid-19 a changé la donne et cette règle d’une personne par automobile a été un souci organisationnel, admet Franck Jehl. Les deux chefs d’entreprise insistent sur le fait que leurs employés ont repris le travail volontairement. « À l’heure actuelle, on ne regrette pas d’avoir repris l’activité le plus tôt possible, dans les meilleures conditions pour protéger le personnel, qui a été associé aux décisions. Il n’y a pas eu de malade, pas de contagion, jusqu’à présent », s’exclame le codirigeant du groupe Thierry Muller. À la SARL Schellenberger, rien à signaler non plus.

Pas la même productivité qu’avant

Tout a fonctionné au ralenti en avril mais la nature, elle, n’était pas confinée, rappelle Franck Jehl. La saison de la tonte avait démarré. Les deux entreprises ont surtout fait de l’entretien d’espaces verts durant le confinement. Coup de chance pour les paysagistes : fin mars et début avril, la sécheresse a évité des hauteurs de tonte de plus de 30 cm. « On était dans les standards », lâche Olivier, dont la SARL entretient aussi 250 tombes sur différents secteurs de Strasbourg. Sa demande d’ouverture des cimetières à la municipalité est restée vaine, affirme-t-il. Il n’a pas eu l’autorisation d’entrer dans ces espaces publics avant le déconfinement, le 11 mai. Il a donc raté la première plantation de fleurs, pour Pâques. Jacky Wolff, lui, a pu officier dans les cimetières dès le début du mois d’avril, après avoir soumis aux collectivités du nord de l’Alsace où il opère, un protocole de reprise. « Je remercie ceux qui nous ont laissés travailler. Cela a permis de préserver les emplois et d’en créer à l’avenir », dit Jacky, reconnaissant. La SAS Wolff Renée & Fils, fondée en 1966, a fait 2,30 M€ de chiffre d’affaires en 2019. Elle compte une trentaine de salariés qui exercent à parts égales leurs talents pour des collectivités, des particuliers et des entreprises privées.

« Le gros point négatif de cette pandémie, ce sont les mesures de protection et l’organisation du travail qui en découlent. La rentabilité sur un chantier n’est pas la même qu’avant. D’autant plus que certains matériaux arrivent toujours avec du retard aujourd’hui », juge Jacky Wolff. Olivier Schellenberger renchérit : « La productivité, avec ces protocoles, est moindre. Les gestes barrière nous ralentissent, même pour de l’entretien ou se fournir à la pépinière. Chez certaines personnes, c’était facile d’intervenir sans prévenir, avant l’épidémie. Aujourd’hui, il faut obligatoirement appeler avant de passer. Et porter un masque sera d’autant plus pénible quand il fera chaud ». Les affaires reprennent pour les paysagistes. Elles n’avaient pas longtemps cessé. Mais l’exercice de leur métier, bien qu’en plein air, est toujours impacté.

Point sur la campagne

L’herbe est plus verte ailleurs

Technique

Publié le 15/05/2020

« Les rendements sont en net recul par rapport à une année normale mais, pour avoir de la qualité, il fallait faucher, fin avril et début mai, puisque le stade épiaison était atteint, avec quinze jours d’avance environ », commente Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). Mis à part la première semaine de mars, la pousse de l’herbe a été faible. En cause, principalement : la sécheresse. Il manque 50 % à deux tiers du rendement en herbe, pour cette première coupe, par rapport à une année normale, table le conseiller. Et la première coupe de l’herbe, c’est la moitié, voire les deux tiers du rendement annuel. Elle ne présage donc pas d’une bonne année fourragère.

2020 cumule les facteurs défavorables à la pousse de l’herbe. « On conjugue l’effet d’avance de la reprise de la végétation, après un hiver doux durant lequel les prairies n’ont même pas grillé, avec six semaines sans pluie de mi-mars à fin avril, un vent de nord-est qui dessèche, des gelées matinales jusqu’à Pâques et des températures élevées en journée, donc de grandes amplitudes thermiques », énumère Laurent Fritzinger. Tous ces phénomènes additionnés expliquent que certaines semaines l’herbe n’a pas « bougé », dixit Laurent. « Les prairies ont reverdi très tôt. 2020 est une des années les plus précoces qui soient. Sur la majorité du territoire alsacien, le cumul de 200 °C jour a été atteint le 11 février, soit une avance de dix à plus de vingt jours, selon les secteurs. À cette date de reprise de la végétation, on préconise de sortir les engrais mais il pleuvait tellement en février que personne n’allait se risquer à faire des traces dans les prés. Mi-mars, dès que le sol a été assez portant, les engrais minéraux et le lisier ont été épandus mais il n’a pas plu. Il faut 15 mm de pluie après l’épandage pour que l’azote soit utile. Beaucoup de prairies n’ont pas eu ça depuis les apports d’engrais », ajoute le conseiller basé dans le Bas-Rhin. Les prairies naturelles sont les plus à la peine. Les prairies temporaires bénéficient, en effet, de réserves plus importantes dans le sol, d’un « historique », puisqu’elles ont été mieux fertilisées par le passé, et il y pousse plus de légumineuses qui amènent l’azote au sol.

La qualité, certes, mais pas la quantité

Au moins, cette année, pour ceux qui ont fauché à temps, au bon stade, la qualité sera au rendez-vous, même si l’herbe n’est ni haute, ni dense. « Les conditions de préfanage et de récoltes étaient très bonnes. L’herbe n’a pas été souillée avec la terre », précise Laurent Fritzinger. Il a l’espoir que la seconde coupe, début juin, pour ceux qui ont fauché tôt, soit bonne. Pour cela, il faudrait qu’il pleuve régulièrement et que les températures soient douces, ce qui n’a malheureusement pas été le cas la première quinzaine de mai, non plus. « En mai, on peut encore espérer de la pousse mais, en été ou à l’automne, il ne faut pas compter dessus : s’il y en a, c’est un cadeau », rappelle le conseiller de la CAA. Au 15 juin, on peut considérer que les stocks sont faits, en plaine.

« Ceux qui font du foin attendront le stade fin épiaison, qui arrive en avance aussi, en mai, cette année. C’est sûr que les rendements seront aussi impactés », dit Laurent Fritzinger. « Pour ceux qui font pâturer, il faut qu’ils tournent plus vite sur les parcelles pour ne pas user l’herbe, lui laisser un temps de repousse minimum. Ils peuvent aussi laisser pâturer des prairies qui étaient initialement prévues pour la fauche et le stock, ou affourrager à l’auge. Dans les systèmes très herbagers, comme en montagne, cela fait deux ans que l’herbe souffre beaucoup. Les stocks de sécurité sont déjà consommés. Mais, en plaine, il y a encore du maïs ensilage », nuance Laurent.

Jusqu’à moitié moins de rendements

Jean-François Strehler, conseiller en cultures fourragères à la CAA, basé dans le Haut-Rhin, est moins alarmiste sur les rendements. En ce qui concerne les prairies dérobées, de courtes durées, récoltées d’avril à début mai, pour l’ensilage, il estime de moins 10 à moins 30 % le rendement, par rapport à une année normale. Pour les prairies naturelles, fauchées en juin, il manquera entre 30 et 50 % de la production, pour le foin. Fin avril, à Saint-Bernard, dans le Sundgau, on mesurait entre 40 à 70 kg de matière sèche par hectare et par jour (MS/ha/j) au pâturage, selon les parcelles. L’herbe dans les pâturages, selon Jean-François Strehler, a bien poussé jusqu’à fin mars, puis elle a poussé de manière variable selon l’exposition et l’humidité. Le sec prolongé, ensuite, puis le retour du froid, l’ont freinée. La pluie de retour en mai, quelques jours, permet, certes, de réguler une partie de ces prairies mais les précipitations ont été très hétérogènes, la première semaine de mai : de 30 mm, sur une semaine, dans le Jura alsacien, à 15-20 mm dans le Sundgau et 5-10 mm seulement dans le Piémont. « Dans le Ried, on peut irriguer, heureusement, car il y a plu 5 mm seulement, début mai », détaille Jean-François Strehler.

C’est le début de la saison et la situation est déjà tendue. « On démarre l’année avec un handicap pour l’herbe. On va être gêné aux entournures », lâche-t-il. Au contexte général morose qui engendre moins de revenus pour les éleveurs, s’ajoute le manque d’herbe, et donc des dépenses à prévoir pour les plus mal lotis. « On demande aux éleveurs laitiers de produire moins de lait car il n’y a pas assez de personnel en laiterie pour le transformer, depuis mi-mars et le confinement lié à l’épidémie de Covid-19. Le prix du lait est à la baisse », recadre Jean-François Strehler. Malgré cela, il va falloir acheter. Et compléter la ration avec du maïs ensilé, des céréales immatures, « qui ne compenseront pas tout étant donné qu’elles sont assez courtes sur pattes aussi », prévient le conseiller, et des intercultures d’été (méteils, sorgho multicoupes) installées après des céréales à paille, avec lesquelles « il y a une carte à jouer », assure Jean-François. En méteil, d’ailleurs, « on a bien ramassé, on a bien rempli les silos. Tout n’est pas noir, non plus », souligne-t-il (lire pages 22 et 23). Jean-François Strehler sait que, depuis deux ans, la météo est favorable à une seconde coupe d’herbe sur dérobée, « avant le maïs ». Il faut juste espérer que le maïs trouve ensuite assez d’humidité pour se développer et s’implanter… Il faut espérer des pluies, donc, car le ray-grass laisse le sol très sec. En plaine, où les systèmes sont moins herbagers, où il y a du maïs et de la luzerne irrigués aussi, les éleveurs seront moins fragilisés, assure le conseiller de la CAA : « Le plus critique, c’est la montagne. »

Double, voire triple peine, en montagne

« La fauche est dramatique », pose d’emblée Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne à la CAA. Concernant les prairies mono-espèces et précoces, l’épiaison est déjà faite et les rendements seront faibles ; pour les prairies diversifiées et les fauches tardives, si les pluies sont soutenues au mois de mai, le rendement sera certes inférieur à une année « normale » mais pourra encore être assuré.

« Pour l’instant, il n’y a même pas de quoi assurer une pâture suffisante. Il faut taper dans les parcelles prévues pour la fauche pour faire pâturer les animaux », ajoute Marie-Joëlle. À Lapoutroie, qui est une station de montagne précoce et productive, Cécile Hary, de la CAA, a enregistré les valeurs suivantes : 22 kg MS/ha/j au 3 avril, 53 kg MS/ha/j au 17 avril, mais plus que 24 kg MS/ha/jour au 1er mai. Le manque de pluie a été fatal, conclut-elle. Pour preuve, au 7 mai, la dernière valeur de pousse de l’herbe à Lapoutroie était de 84 kg MS/ha/j. « Il y a eu une belle progression grâce aux précipitations passées par là », éclaire Cécile.

Au manque d’eau, qui a des conséquences, en montagne, sur le fourrage et l’abreuvage des animaux (sources taries), s’ajoutent les dégâts de sangliers et de cervidés. « Après les dégâts de sangliers, les prairies ont été remises en état mais il n’a pas plu, donc il n’y a pas eu de repousses. Les cervidés, il y en a de plus en plus. Ils sont passés avant les vaches et ont tout raflé », enchaîne Marie-Joëlle, prolixe. À cause du confinement, les dégâts de sangliers n’ont pas été évalués et les agriculteurs ne seront donc, a priori, pas indemnisés.

Pas d’herbe, pas d’indemnisations pour en acheter… Les éleveurs de montagne, qui dépendent tous d’un système herbager, sont bien les plus impactés par cette nouvelle année peu propice à l’herbe, en Alsace. Le confinement dû à la pandémie de Covid-19 ne les aide pas, non plus, pour la vente. « C’est la double peine : la pluie qui n’arrive pas et entraîne un manque de fourrages, et la difficulté à vendre les produits transformés. Les exploitants n’ont pas le moral. Ils sont inquiets », confie la conseillère de la CAA. Certains d’entre eux finissent les stocks de l’an passé quand d’autres achètent déjà du fourrage ! « C’est dur, ils cumulent tout », compatit Marie-Joëlle Bellicam. Des fermiers-aubergistes qui n’ont pas d’impératifs à monter leurs vaches, attendent pour la transhumance. Les animaux sortent en moyenne dix jours plus tard que d’habitude, cette année, en montagne, avec l’espoir qu’ils trouvent des prairies plus fournies.

« Des éleveurs feront un tri plus important au niveau des veaux, se sépareront de génisses. D’autres de vaches laitières, même. Ils vont décapitaliser à cause du manque de fourrages. Mais auront-ils encore assez de vaches pour prétendre à l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) ? », anticipe la conseillère.

 

Installation

Un peu de retard et beaucoup d’espoir

Vie professionnelle

Publié le 06/05/2020

Brice Gaeng dépose son dossier de dotation jeune agriculteur (DJA) à la Direction départementale des territoires (DDT) fin mars 2020. Un mois plus tard, il reçoit un accusé de réception de celui-ci. « Les délais n’ont pas été extraordinairement longs », se réjouit le trentenaire. Si la réponse de la DDT ne vaut pas promesse de subvention, il sait que son dossier passera en commission en juin, a priori. Il peut donc démarrer la phase suivante de son installation, celle qui devrait être aidée financièrement, celle des investissements conséquents : la commande et la livraison de ses bâtiment et serre, de son forage, de son motoculteur. « Je peux me lancer », dit-il, soulagé.

Jusque-là, Brice n’avait effectué que les travaux peu coûteux, pour lesquels il peut se passer de la DJA : la plantation de 300 arbres d’une vingtaine d’essences différentes toutes locales à l’hiver 2019, qui serviront d’abri aux prédateurs des ravageurs de ses futures cultures maraîchères. Puisqu’il visait initialement une première production à l’automne 2020, il ne pouvait pas attendre pour implanter ce qui sera une haie favorisant la biodiversité. Amis et voisins l’y ont aidé. Il a aussi posé, durant le confinement, 500 m de clôture.

 

 

Le jeune agriculteur va maintenant prendre contact avec ses fournisseurs, après avoir interrogé sa banque. Les devis sont prêts, il n’y a plus qu’à confirmer. Brice est incapable de dire quand il sera livré et quand il pourra commencer à cultiver. Il est optimiste et pense qu’il n’aura qu’un ou deux mois de retard sur le calendrier initial. « Tant qu’il n’y a pas de bâtiment, je ne peux pas travailler car je ne peux pas sécuriser mes outils », précise Brice. Sa première production sera peut-être pour le printemps 2021, finalement… Un manque à gagner puisqu’il avait prévu un chiffre d’affaires de 5 000 € pour l’année 2020. « Ce sera tendu car la quasi-totalité de mes économies sont déjà engagées dans le plan économique. Je ferai certes des économies de semences, si je ne plante pas cette année, mais ça ne fera pas tout. Il y aura un impact, si je ne produis rien en 2020, sur les comptes l’an prochain », détaille Brice. Et un avenant au contrat, aussi, bien sûr.

« Les fermes ont plus de clients qu’avant l’épidémie »

Malgré la situation, Brice est confiant en l’avenir. Cette pandémie de Covid-19 a amené une partie de la population à consommer local, à « faire bosser les gens du coin ». « La situation actuelle est porteuse d’espoir. Les fermes ont plus de clients qu’avant l’épidémie. Mon installation tombe au bon moment, dans une certaine mesure », relativise Brice. Il peut compter sur le soutien de sa banque, le Crédit Mutuel, qui est « enthousiaste ». Idem pour ses voisins, à Boofzheim : son projet de maraîchage bio intensif, sur petite surface (1 ha, cédé par la ferme Durr, dont seulement 50 ares seront cultivés) ravit. Il compte vendre en direct, à la ferme, et sur les marchés.

Brice peut aussi compter sur sa conseillère installation, Stéphanie Jehl. « C’est admirable la façon dont elle a géré le passage au confinement. Il n’y a eu aucun temps d’adaptation. Je n’ai pas vu de différence. Elle fait un super travail », garantit Brice, reconnaissant. L’accueil téléphonique et les rendez-vous téléphoniques sont assurés « presque comme d’habitude », nuancent les conseillères bas-rhinoises, modestes. « Cela fait deux ans que je monte ce projet, confie Brice. C’est la fin du parcours et l’épidémie retarde la réalisation des infrastructures de la ferme. C’est frustrant. D’autant plus que ce n’est pas le premier retardement qu’a rencontré le projet. Je veux le voir se construire maintenant ! » Il salue derechef l’écoute et la disponibilité constantes de sa conseillère.

À la MSA, fait-il remarquer, la continuité du service n’est, par contre, pas évidente. Depuis le début du confinement, il a appelé quatre fois la hotline. Après un long moment d’attente, il a toujours été mis en relation avec un conseiller qui lui a, à chaque fois, proposé d’envoyer un e-mail. Brice s’est exécuté quatre fois en six semaines. Il a enfin reçu un appel téléphonique le 30 avril.

Brice consacre une partie de ses journées à ses enfants de 3 et 8 ans, depuis la mi-mars. « Mon temps de travail est limité », remarque-t-il. L’école à la maison est aussi une conséquence de la pandémie de Covid-19, un défi que le maraîcher en cours d’installation n’est pas le seul à relever.

 

Tests de dépistage

Les laboratoires alsaciens sur le pont

Pratique

Publié le 17/04/2020

« Le LDA 67 a l’habitude de gérer les crises sanitaires et de produire des résultats rapidement. Ces dernières années, il a participé aux dépistages de la peste porcine classique, de l’influenza aviaire, de la bactérie Xylella fastidiosa, qui décime de nombreux végétaux, et il est aujourd’hui l’un des deux laboratoires publics français à être investi dans la gestion de la peste porcine africaine », rassure, d’entrée de jeu, Céline Contal, responsable de l’unité biologie moléculaire et virologie du LDA 67. Le laboratoire départemental d’analyses du Bas-Rhin est spécialisé dans les analyses vétérinaires, la protection des végétaux et l’hygiène alimentaire. « Nous serons capables d’effectuer 500 analyses de tests de dépistage du Covid-19 en 24 h, grâce aussi à l’appui d’agents du laboratoire vétérinaire départemental du Haut-Rhin (LVD 68). Ils nous donneront un coup de main puisque les autres analyses ne seront ni suspendues ni ralenties. Il n’y aura pas de changement pour les agriculteurs, nos clients. Nous aurons une surcharge d’activité durant cette période de crise mais nos clients principaux n’en pâtiront pas », poursuit Céline Contal.

Le LDA 67 est le premier laboratoire départemental vétérinaire de France à avoir reçu l’autorisation d’une Agence régionale de santé (ARS) d’effectuer les analyses de tests de dépistage du Covid-19, après celui de Marseille, qui a la double spécialité : biologie médicale humaine et animale. Le LDA 67 dispose d’un local de type 3, où sont manipulés des organismes pathogènes. Le matériel d’analyse et les principes analytiques sont les mêmes en santé humaine et animale. « Nous travaillerons avec les réactifs analytiques (nécessaires pour révéler le virus, NDLR) de Thermo Fisher, fournisseur également de nos réactifs vétérinaires », indique Céline Contal.

Le LDA 67 est en attente de sa commande (12 000 kits, d’après le Conseil départemental). Il attend aussi le matériel de prélèvement : des écouvillons nasaux. L’approvisionnement est compliqué, actuellement, de l’aveu de la responsable de l’unité virologie du LDA 67. Pourtant des fabricants français de tests et réactifs vétérinaires se sont portés volontaires pour produire massivement des kits PCR (de détection du coronavirus). BioSellal et IDvet attendent aujourd’hui la validation de leurs kits par le Centre national de référence (CNR) Institut Pasteur. La production de ces kits est déjà en cours sur le site de Dardilly, à Lyon, fait savoir Eric Sellal, vétérinaire et PDG de BioSellal. A Montpellier, Lise Grewis, dirigeante d’IDvet Genetics et d’IDSolutions, attend le feu vert de l’Institut Pasteur pour démarrer la production : 300 kits de 100 tests par jour, soit le matériel chimique pour effectuer 30 000 analyses par jour, précise-t-elle ! Le groupe américain Idexx qui s’est aussi porté volontaire pour la fabrication de ces kits en France n’a pas donné suite à nos sollicitations.

400 000 € pour l’opération de détection dans les Ehpad

Le LDA 67 a conventionné avec un laboratoire de biologie humaine pour les dépistages du Covid-19. Concrètement, ce dernier est chargé des prélèvements parmi les personnels et les résidents des Ehpad alsaciens, ainsi que des restitutions des résultats. Le LDA 67 réalise uniquement les analyses. Si une personne est testée positive au Covid-19, elle sera placée en quarantaine. « Ce sont des tests virologiques pour le moment. Nous aurons certainement l’autorisation de réaliser des analyses sérologiques, par la suite, lorsque ces dernières seront validées », conclut Céline Contal. Les analyses sanguines permettent, elles, de révéler la présence d’anticorps au Covid-19, de savoir si une personne asymptomatique a déjà contracté le virus.

Frédéric Bierry, le président du Conseil départemental du Bas-Rhin (CD 67), œuvre depuis le début du confinement, mi-mars, à ce que les analyses puissent être réalisées par le LDA 67. Le 5 avril, un décret a autorisé les laboratoires vétérinaires agréés à réaliser les analyses sur le Covid-19. Un arrêté préfectoral doit encore paraître afin que le LDA 67 puisse mener les tests virologiques mais Frédéric Bierry est confiant, il est assuré du soutien de la préfète. 400 000 € de commandes ont déjà été dépensés par le Département pour l’opération de détection dans les Ehpad, souligne le président. Il souhaite élargir dès que possible la détection aux personnels et aux résidents des établissements d’accueil d’handicapés, et de protection de l’enfance. « L’objectif est de réaliser progressivement plus de tests. En regard de nos capacités, les publics les plus fragiles, dont nous avons la responsabilité, sont visés en priorité », expose-t-il. Il espère déployer au maximum bientôt aussi les tests sérologiques, à raison d’un millier par jour, « pour déconfiner intelligemment, laisser sortir les gens qui ont été atteints mais n’ont pas développé la maladie ». Un décret devra, bien sûr, aussi être signé pour autoriser ces analyses sanguines. En attendant, une filière de détection la plus large possible est en cours de construction en Alsace, dévoile Frédéric Bierry.

 

 

Poulets de chair standards et label

2019 est une bonne année

Élevage

Publié le 16/03/2020

Un contexte sanitaire correct, des vaccinations contre la bronchite infectieuse (BI) qui se poursuivent, pas de réovirus, une augmentation de l’âge d’abattage (+ 1,8 jour en poulet standard 957) car il n’y aurait pas eu de pics de consommation imprévus, une augmentation du poids vif (PV) a priori dû au bon contexte sanitaire et à l’âge d’abattage, une baisse de la mortalité (- 15 %) et de la saisie (- 40 %), et aussi une baisse de l’indice de consommation (IC), font globalement de 2019, une bonne année en poulets de chair standards et label. Le marché de 2019 est stable, les rotations un peu plus rapides qu’en 2018 (5 lots par an en 2019), les densités (21,7/m2) et les effectifs sont stables.

Aucun phénomène sanitaire marquant n’est à déplorer en 2019, contrairement aux années 2017 et 2018, qui ont compté des épisodes de réovirus, colibacille et BI. Le vétérinaire qui accompagne la filière, Arnaud Schmitt, n’avait donc « pas grand-chose à se mettre sous la dent », a-t-il plaisanté. Avant tout, il a alerté sur la présence d’un cas positif de grippe aviaire dans le Bade-Wurtemberg, début février 2020. Mais aucun autre cas n’a été signalé depuis, a-t-il ajouté.

« Faire la nuit »

Le docteur a fait son exposé sur l’hypoglycémie qui peut toucher des poulets non habitués au jeûne, non habitués à vivre sur leurs réserves, et qui y sont confrontés exceptionnellement. L’hypoglycémie peut entraîner une mortalité primaire liée à l’absence d’aliment ou une mortalité secondaire liée au début de la digestion consommatrice d’énergie sur des poulets qui viennent de consommer après un jeûne imprévu. Les cas de mortalité qu’il a constatés cet hiver concernaient des poulets jaunes face à une rupture accidentelle d’alimentation et soumis à une absence de programme lumineux. Il conseille donc vivement aux éleveurs de « faire la nuit ». C’est une obligation réglementaire qui participe à la prévention de l’hypoglycémie puisque la « nuit » habitue les poulets à jeûner. Si après une extinction de la lumière, les poulets consomment de plus belle, l’indice de consommation (IC) n’est pas forcément amélioré, en revanche, il n’est pas moins bon !

Du huitième jour à trois jours avant l’abattage, les poulets doivent avoir six heures de nuit au minimum sur 24 h, dont quatre heures d’affilée, a rappelé le vétérinaire. Une lumière transitoire pour passer du « jour » à la « nuit » et inversement est bien sûr préconisée. Une intensité lumineuse de 20 lux est recommandée pour le « jour ». À cette puissance, on ne peut pas lire le journal, précise Arnaud Schmitt. « À 35 jours, les poulets voient bien. Vous pouvez éteindre la lumière en journée. Les poulets seront moins nerveux », informe le docteur. Il est aussi revenu sur le phénomène des « aiguillettes vertes » ou « filets spaghettis » pour rassurer les éleveurs : le problème est mondial, il est dû à des poulets à croissance rapide et lourds, dont la croissance musculaire est importante. Si le filet n’est pas ragoûtant, selon ses propres termes, le reste du poulet est « OK ». Les poulets label sont aussi concernés.

Un IC en baisse

Ce sont les abattoirs qui déterminent l’âge d’abattage des poulets. En 2019, il semble que les abattoirs n’aient pas été en manque de poulets. Ceux-ci ont donc gagné plus d’un jour de vie, plus d’un jour de consommation. Les poulets standards 757 jaunes ont gagné 1,4 jour et les blancs 957 ont obtenu 1,8 jour. « C’est énorme », en ce qui concerne les blancs, s’exclame Mario Troestler, responsable de l’ensemble des productions volailles de chair de Lorial. En label, ils sont partis un peu plus tôt, tout en respectant l’âge minimum d’abattage (81 jours en jaune et 84 jours en blanc).

Si les standards jaunes ont quasiment maintenu leur PV, ils ont moins mangé. L’éleveur maintien donc son revenu ! D’1,938 kg en 2018, ils sont passés à 1,922 kg en 2019. Les standards blancs cependant « ont profité » : ils ont gagné 75 grammes par rapport à l’an passé. Ils pèsent en moyenne 2,215 kg, en 2019. « Le poids vif moyen le plus élevé de ces cinq dernières années ! », souligne Mario Troestler. En label, les mêmes tendances s’observent.

Les deux marqueurs pour la réussite des lots sont la mortalité et la saisie. Si la mortalité a baissé de 15 %, en général, en poulets standards, elle n’a pas baissé aussi franchement en label (elle a même remonté en jaunes label). Cela est dû à une mortalité au démarrage et au nervosisme. La saisie a diminué de 40 %, en standard, en général.

L’IC baisse, en standard, en 2019. « C’est la deuxième meilleure performance de la décennie ! », met en avant Mario Troestler. La différence entre le PV et l’IC augmente, remarque-t-il, en standard. Les poulets mangent moins que l’an passé et croissent bien. D’ailleurs, 2019 est la plus grosse production de poulets standards blancs de la décennie : 48,5 kg/m2 en cumul, environ. En jaune standard, on est à 40,45 kg/m2 en 2019, en léger recul par rapport à 2018. En label, l’IC est stable.

Les deux tiers de la centaine d’éleveurs de poulets de chair standards et label, clients de Lorial, ont participé aux réunions.

 

Lire aussi : « 2018, une bonne année pour le poulet label rouge », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

 

Assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin

Les élus tous ensemble avec la jeunesse agricole

Vie professionnelle

Publié le 06/02/2020

Anne Sander, députée européenne, membre du Parti populaire européen (PPE), à la commission de l’agriculture et du développement rural ; Vincent Thiébaut, député national La République en marche (LREM), à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire ; Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin (Les Républicains), et Patrick Bastian, président de la commission agriculture et forêt de la Région Grand Est (majorité, droite) ont répondu présent à l’appel des JA 67.

Pour son AG 2020, le syndicat a placé « les jeunes au cœur du débat ». Sur l’agribashing, le budget de la Pac, les distorsions de concurrence, le solde des jeunes installés, le troisième règlement de développement rural (RDR3) - élaborant un cadre qui recouvre les différents fonds européens Feader, Feder, FSE, etc, notamment -, Egalim, l’approvisionnement de proximité dans les cantines scolaires, l’aménagement routier, l’entretien des bords de route, les installations classées et le foncier - l’accès au foncier -, les jeunes actifs et étudiants ont interpellé leurs aînés élus. Près de deux heures durant, ces derniers ont essayé d’apporter les réponses les plus précises possible et ont assuré les jeunes de leur soutien indéfectible.

Les quatre politiques ont fermement condamné les intrusions en élevage. Vincent Thiébaut veut que ça se sache : « J’insiste pour que les journalistes le répètent ». « La propriété privée doit être respectée », a martelé Frédéric Bierry. Les élus s’en remettent à la justice et enjoignent les agriculteurs à faire de la pédagogie à destination du grand public. Les JA et la FDSEA ont porté plusieurs plaintes au civil et au pénal, contre les militants de Red Pill et les journalistes de France 3 Alsace, qui ont filmé un élevage de porcs, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 janvier 2020. Le conseil de l’audiovisuel a aussi été saisi par les syndicats, qui n’ont dévoilé aucune action de communication lors de l’AG.

Pour illustrer l’appui des administrations au monde agricole, Patrick Bastian a rappelé l’engagement de la Région en faveur de l’installation : financement à hauteur de 80 % du point info transmission, dotation de 500 € aux jeunes stagiaires, entre autres. La politique agricole du Grand Est s’appuie sur 32,4 millions d’euros (M€) en 2020. Ce budget a plus que doublé depuis 2016, a relevé celui qui est aussi maire de Zehnacker. Contrats de filières, dont fruits et légumes, aides pour les bâtiments de stockage (dans le cadre du Plan bâtiment) : les Alsaciens ont gagné, selon lui, à intégrer le Grand Est.

Peu de réponses concrètes

Le président du Conseil départemental du Bas-Rhin a rebondi sur ces propos pour souligner le dynamisme « dans nos territoires » : « Il y a quelques semaines, j’ai reçu de hauts dignitaires chinois. Ils sont venus voir comment, en Alsace, on gère l’agriculture. À l’heure où les villages chinois se désertifient, où leur monde agricole est en difficulté, ils sont venus s’inspirer de la vitalité du monde rural chez nous, du lien fort des élus locaux à notre agriculture ».

Sur la Pac, Anne Sander n’a guère laissé d’espoir : « Je mentirais si je vous disais que le même budget sera alloué pour la Pac après 2020. Les États membres veulent moins participer »… mais veulent tout de même la Pac, rassure la députée.

Hormis ces messages plus ou moins réconfortants, peu de réponses concrètes ont été données aux jeunes actifs et étudiants présents, lundi 3 février, dans la salle du centre sportif et culturel d’Oberhausbergen. Frédéric Bierry est revenu sur la création du RSA vendanges comme solution pour trouver de la main-d’œuvre locale saisonnière et sur l’influence du Département du Bas-Rhin en faveur de l’approvisionnement en produits locaux dans la restauration hors domicile (RHD). Il a surtout exhorté les jeunes agriculteurs à faire appel aux élus lorsqu’ils sont face à des difficultés administratives « kafkaïennes ».

Dans une vidéo, le représentant national des JA, Samuel Vandaele, a évoqué la demande de moratoire faite par le syndicat sur les ZNT, l’organisation d’Assises de l’installation en juin 2020 avec le ministère et les Régions de France, et un spot publicitaire pour donner envie de rejoindre les métiers de l’agriculture. De quoi galvaniser les adhérents ! Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s’est dit ravi d’être devant les jeunes, à Oberhausbergen, qui avait accueilli les Terres à l’envers en 2011. « L’avenir de l’agriculture passera par l’économique », a-t-il souligné. Il faut chercher la valeur ajoutée sur les exploitations, conseille-t-il. Christophe Fotré, directeur départemental des territoires (DDT), a ré-invité, en fin d’assemblée, les jeunes à occuper l’espace médiatique pour passer leur propre message : « Les activistes sont minoritaires, relève-t-il. Les Français sont attachés à leur gastronomie et donc aux produits de qualité ». Il a promis, dans un tout autre registre mais toujours en soutien aux jeunes agriculteurs, que tout serait fait pour diminuer la population de sangliers.

Intrusions en élevages

Agribashing ou droit d’informer ?

Élevage

Publié le 31/01/2020

Leurs motivations ne sont pas les mêmes. D’un côté, l’association Red Pill, fondée par un jeune Alsacien, William Burkhardt, vise « à dévoiler ce qui se cache derrière notre façon de consommer » et, pour cela, produit et diffuse des vidéos d’élevages et d’abattoirs. De l’autre, France 3 Alsace, sous la responsabilité de sa rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Lafuente, s’intéresse aux faits de société, aux interrogations sociétales. En l’occurrence, le but du reportage « en immersion » avec Red Pill « est de savoir comment fonctionnent les militants de la cause animale », de montrer leur mode opératoire. Exercice réussi à en juger la vidéo de la chaîne publique. Le reportage, diffusé dans les journaux télévisés de France 3 Alsace, le samedi 25 janvier, est toujours visible, en replay, sur le site Internet du canal.

Mais le lanceur d’alerte végane William Burkhardt, qui a collaboré avec L214, et la journaliste Stéphanie Lafuente se retrouvent sur le droit d’informer. « On veut que les gens soient informés, plaide le trentenaire. On veut montrer comment les animaux sont élevés. Les consommateurs sont libres. Ils prennent ensuite leurs décisions en leur âme et conscience ». Les vidéos de Red Pill ont fait 43 millions de vues en 2019, selon William Burkhardt. Les journaux télévisés du soir de France 3 Alsace ont une audience d’environ 100 000 téléspectateurs. « En suivant Red Pill, nous ne cautionnons pas, il n’y a pas de parti pris. L’illégalité de l’intrusion est d’ailleurs soulignée dans le reportage, tout comme la légalité de l’élevage. Nous n’avons pas à être la caution des uns ni des autres. Suivre les militants de Red Pill qui s’introduisent dans un élevage, des salariés ou des agriculteurs en colère qui dégradent du mobilier urbain ou des édifices publics, ça fait partie du droit d’informer », rappelle Stéphanie Lafuente.

En cas d’absence, fermez vos portes !

Ce qu’on apprend, notamment, dans le reportage de France 3 Alsace, c’est que les militants de Red Pill ne forcent pas les portes. Ils font demi-tour devant portes closes. Ce qui leur vaut de gagner les procès : « la moitié du temps, les gendarmes ne nous retiennent pas et les affaires sont classées sans suite parce qu’il n’y a pas de casse, pas de dégradation. L’infraction est alors difficile à caractériser », explique William Burkhardt. Il a déjà gagné quatre procès contre la FNSEA, dit-il. Son « travail » de lanceur d’alertes le protège aussi, ainsi que le respect de l’anonymat des éleveurs dont il dévoile « la réalité » de l’élevage. Que ce soit dans sa vidéo ou dans le reportage de France 3 Alsace, impossible de savoir de quel élevage de porcs, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, il s’agit… à moins d’être déjà entré dedans. « Nous, nous ciblons les marques de l’industrie agroalimentaire, à travers leurs éleveurs, comme Fleury Michon, par exemple, ou les élevages industriels, les élevages ICPE (élevages soumis à la réglementation Installations classées pour la protection de l’environnement. En porcs, jusqu'à 2 000 places d’engraissement autorisées pour les ICPE, NDLR). C’est un mode d’élevage que nous dénonçons, nous ne voulons pas porter préjudice à un agriculteur en particulier », cadre William Burkhardt.

Le jeune homme veut alimenter le débat public sur l’élevage « industriel », sur ses conditions : le bio, le plein air sont des modes d’élevage auxquels il ne s’est pas attaqué. « On veut montrer quand les animaux sont enfermés en continu dans des bâtiments, dans des box de 0,8 m2, au-dessus de leurs excréments, dans la poussière qui les font tousser », détaille l’activiste de Red Pill. Dans la nuit du 24 au 25 janvier, lui et la jeune militante végane Charline, pour qui l’intrusion était une première, n’ont pas vu de « cadavres » mais « la moitié des petites fenêtres étaient couvertes de bâches en plastique noir qui ont l’air d’être fixées là depuis un bout de temps », a relevé William. Pour Charline, les porcs étaient « entassés », « mutilés ». Outre la vidéo qu’ils ont tournée, les « Red Pillers » ont pris des photos, qui seront diffusées sur le site Internet de l’association et sur sa page Facebook. L’équipe de France 3 Alsace a tiqué sur l’« univers concentrationnaire » et l’« odeur insoutenable » de cette porcherie de 200 cochons, sur une exploitation qui compterait un millier de porcs au total. Les termes employés prouvent qu'une totale objectivité sur les sujets agricoles est difficile à atteindre, quoi qu'en disent les journalistes. Elle a aussi souligné la courtoisie de l’échange avec les gendarmes, « vraisemblablement alertés par l’éleveur », vers 3 h du matin, soit moins de deux heures après l’intrusion ; des gendarmes « qui ne nous ont pas gardés », insiste William Burkhardt.

L'éleveur dont l'élevage a été visité n'a pas souhaité témoigner.

Ovinpiades des jeunes bergers Alsace

Les deux gagnants, élèves à Obernai, partent à Paris

Élevage

Publié le 08/01/2020

Louis Wendling et Antoine Dudezac ont remporté les deux premiers prix, et l’honneur de représenter l’Alsace et leur lycée d’Obernai, à la finale nationale des Ovinpiades, au salon de l’agriculture, à Paris, le 22 février 2020. Mathieu Sommer, du lycée d’Obernai toujours, est arrivé troisième.

Les deux meilleurs jeunes bergers d’Alsace, Louis et Antoine, ne sont pas fils d’agriculteurs, contrairement à Mathieu, le troisième. Cela ne les a pas empêchés de se démarquer par leur technicité et leurs connaissances théoriques. Comme tous les participants à la finale Alsace des 15e Ovinpiades des jeunes bergers, ils se sont présentés, avant tout, pour découvrir une production, une filière, « apprendre », « connaître encore plus de technique », dixit Louis.

« C’est intéressant d’approcher les moutons, cet élevage, car ce sont des animaux à taille humaine, leur manipulation est plus simple », déclare Anaïs Grand, 17 ans, en terminale bac pro CGEA polyculture-élevage à Obernai, comme Louis et Mathieu. La participation aux Ovinpiades, pour les élèves de cette classe d’Obernai et ceux de la même terminale à Rouffach, ainsi que pour les 2e année de CAP élevage, métiers de l’agriculture, option ruminants, d’Obernai, dont Antoine, est obligatoire. Et cela plaît plus ou moins. Élise Felix est enchantée : elle est en stage chez un berger et compte bien, plus tard, après avoir voyagé, s’installer avec ses « attachants » moutons, confie-t-elle. Thibaut Limmacher, 19 ans, est LE volontaire de cette année. Arrivé cinquième l’an passé, il a voulu retenter sa chance. En 2e année de BTS technico-commercial, par apprentissage, à Obernai, il pense que les bons gestes, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Malheureusement pour lui, sa motivation n’a pas payé mais elle a été appréciée. D’autres jeunes sont là en touristes, constatent des éleveurs venus jugés les cinq épreuves des Ovinpiades Alsace. Les bergers ont aussi entraîné les élèves, au préalable. Une dizaine s’est mobilisée ; une participation saluée, notamment, par Jean-Pierre Saulet, conseiller spécialisé élevage ovin/caprin au sein de la Chambre d’agriculture d’Alsace.

Coupe des onglons et « brouette »

Pour cette dixième édition des Ovinpiades en Alsace, après une épreuve théorique sur la filière et les races, notamment, les compétiteurs ont enchaîné, le 18 décembre, à la bergerie Huchot, à Preuschdorf, cinq épreuves qui résument les gestes quotidiens des éleveurs. Étaient demandés aux élèves : la note d’état d’engraissement des agneaux, l’évaluation de l’état de santé des brebis, la note d’état corporel des brebis, le parage et « la brouette », qui consiste à déplacer un animal et à l’asseoir dans un carré.

« La production ovine suscite de plus en plus d’intérêts, années après années, remarque Jean-Pierre Saulet qui chapeaute les Ovinpiades Alsace. Aujourd’hui nous intervenons deux à trois fois dans les lycées, contre une seule fois il y a dix ans. Il y a de plus en plus de demandes de stages et d’apprentissage, et quelques projets d’installation. Les Ovinpiades participent à cet élan. Elles permettent la promotion de la filière de manière ludique. - En résumé, faites-vous plaisir et allez à Paris ! - Mais aussi la connaissance de cet élevage, pour une meilleure synergie entre voisins sur le territoire, sur les Cipan, les échanges paille-fumier ».

Le Crédit Mutuel, partenaire unique de la finale territoriale, a récompensé les participants. La compétition se déroulait pour la sixième fois consécutive à la ferme Huchot : une « exploitation-école », selon Jean-Luc Beil, responsable du marché de l’agriculture à la banque.

Médiation animale

Aider les plus fragiles avec ses poules, poneys, lapins, moutons…

Vie professionnelle

Publié le 02/01/2020

« Ramenez une balle bleue », commande Stéphanie De Sousa. Laurena, Marie, Alexandre, Félicien, Mathis et Sacha, s’activent. Les six adolescents de 15 à 20 ans fréquentent le service d’accueil des jeunes autistes (Saja) de l’IMPro du Ried (Institut médico-professionnel), à Huttenheim. Depuis deux ans et demi, ils viennent une fois par semaine, pour une séance d’une heure à La Ferme du pays d’eaux, à Ehnwihr (Muttersholtz). Là, Stéphanie De Sousa les accueille en tant que médiatrice animale pour l’association À portée de crins.

Les jeunes ne cherchent pas les balles bleues seuls… Mais avec des poneys et des ânes, qu’ils tiennent au licol. Chaque binôme marche vers l’un des seaux disposés aux quatre coins du paddock, dans lesquels sont mélangées des balles de couleurs vives. Les ados piochent chacun une balle bleue et l’amènent à Stéphanie, qui enchaîne les consignes… de plus en plus vite, pour stimuler la troupe, doper le jeu, quitte à ce que l’un ou l’autre soit momentanément largué. « Promenez-vous », annonce la médiatrice animale.

Exercices et pure détente

Justine et Mathieu, les éducateurs qui accompagnent le groupe, veillent, avec Stéphanie, à ce que les jeunes s’approprient tout l’espace. L’objectif pour ce groupe d’ados, parmi les plus indépendants des autistes que reçoit Stéphanie, est d’acquérir un maximum d’autonomie tout en prenant les autres en considération. Justine et Mathieu constatent les progrès réalisés par les jeunes : « Ils se sont ouverts. Ils sont de plus en plus à l’aise avec les animaux, plus enclins à collaborer, à communiquer, à se déplacer en faisant attention aux autres… et aux consignes ! » Stéphanie interrompt : « On suit Mathis sur le parcours ». Chef de file, Mathis avance fièrement sur le pont de bois, à une extrémité de la carrière, suivi de ses camarades… sauf un. On répète la directive pour lui. Puis les jeunes rentrent les animaux à l’étable. Ils troquent les poneys pour des moutons. Là, les jeunes doivent les nourrir. Félicien qui a les granulés se tient à l’écart pour éviter l’émeute.

La météo est bonne, en ce début de mois de décembre. Moment de pure détente, au soleil, dans cette carrière bordée de prairies. Non loin coule une rivière. Le couple d’oies de la ferme s’approche du paddock, confiantes. « Comme on dit, les oies sont de retour », s’amuse Marie. « Un jour, on a même pu les caresser », se souvient Mathieu. Mathis, d’ailleurs, a « un truc » avec elles. C’est aussi que tous les animaux de Stéphanie sont élevés pour trouver le contact humain « sympa », précise la médiatrice. Mettre en confiance et garantir la liberté de tous, telles sont les missions de Stéphanie. Dépasser ses phobies, un blocage, s’intégrer dans un groupe. La médiatrice animale évalue à chaque fin de séance les progrès ou du moins le maintien des acquis des jeunes autistes pour qui elle a construit un programme, en lien avec les thérapeutes.

Communication non verbale

Stéphanie fonctionne avec différents ateliers : préparation du nourrissage, brossage et pansage, parcours ludique, jeu de mémoires, moment tactile, observation des comportements des animaux, connaissance des lieux et conditions de vies des différentes espèces. La séance avec le groupe de l’IMPro du Ried se termine par du portage de petits animaux et de l’observation. Laurena, Marie, Alexandre, Félicien, Mathis et Sacha prennent chacun à leur tour l’un des lapins ou l’une des poules à qui ils ont apporté des carottes et des feuilles de chou à leur arrivée à la ferme.

Mathis pose sa main sous un lapin et sent battre son cœur. Alexandre porte son rongeur enroulé dans une couverture. Le contact pour lui n’est pas chose aisée. « Il faut faire preuve d’humilité et de patience, souligne Stéphanie. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui le sera peut-être demain. » Laurena est la seule à caresser une poule. « J’ai un pouvoir avec les poules », lâche-t-elle. En effet, l’oiseau est tranquille. Laurena glousse : « les poules sont drôles. J’aime leurs plumes et le bec. Et le bruit qu’elles font ! » Sacha confie qu’il a une préférence pour les chiens et les poneys en liberté. Quand il faut faire claquer le fouet dans les airs pour qu’ils courent. Un vrai cowboy. Stéphanie se réjouit de sa loquacité.

« Certains autistes ne parlent pas du tout, rappelle-t-elle. Travailler avec eux a de suite été une évidence. Je sais décrypter le langage corporel et entrer en communication non verbale, une communication accessible, a priori, au plus grand nombre : humains et animaux », explique Stéphanie, hyper attentive à tous. Les jeunes du Saja de l’IMPro du Ried sont parmi les plus bavards qu’accueille Stéphanie. Il n’empêche que détecter les signes de nervosité ou de surstimulation permet de circonscrire disputes et stress. La bande d’ados quitte les lieux dans la bonne humeur.

AOP Munster

Un cinquantenaire bien fêté

Vie professionnelle

Publié le 15/12/2019

Voilà dix ans que le Syndicat interprofessionnel du fromage munster (SIFM) travaille sur l’évolution de son cahier des charges (voir encadré). « Maintenant il est temps de communiquer. Il nous faut moderniser l’image du munster et augmenter sa notoriété, que le consommateur du Grand Est se réattribue le munster comme un produit du terroir », affirme Florent Haxaire, affineur en Alsace et président du SIFM. Et quoi de mieux pour relancer la communication que de fêter les 50 ans de l’appellation en plein cœur de Nancy ?

Le munster a été à l’honneur tout le week-end, les 9 et 10 novembre, sous le chapiteau de la place Charles III. Les visiteurs ont été nombreux à venir découvrir ou redécouvrir ce fromage régional. « L’AOP munster a besoin qu’on la redécouvre. C’est un fromage qui a été un peu oublié ces derniers temps, surtout par les jeunes générations. Mais c’est un fromage qui a énormément de saveurs et d’histoire », estime Philippe Marchand, fromager affineur à Nancy et président de la fédération Grand Est des fromagers.

Le plus grand plateau de munsters du monde

Pour marquer le coup, le SIFM a réuni plus de 300 munsters pour créer le plus grand plateau de munsters du monde. Les fromages étaient mis en scène sur un plateau de 40 m en sapin des Vosges. « Sous l’appellation munster se cache une importante diversité de fromages, liée à des technologies différentes de fabrication et d’affinage, et des environnements de caves différents. Nous avons voulu mettre en avant cette diversité », explique Florent Haxaire. La réalisation est l’œuvre de Philippe Marchand. Les Frères Marchand ne sont pas à leur premier coup d’essai en matière de record : en 2016, sur cette même place Charles III, ils ont réalisé le plus grand plateau de fromages du monde. « Ce qui est important de souligner, c’est que, pour la première fois, l’ensemble des acteurs de la filière - fermiers, fromageries et affineurs - sont réunis pour promouvoir le munster. Qu’ils produisent du munster au lait cru ou pasteurisé, ils sont complémentaires, il ne faut pas les opposer », estime Philippe Marchand.

Les fromages du plateau sont restés visibles tout le week-end et les visiteurs ont pu satisfaire leur gourmandise. Munster au lait cru ou pasteurisé, nature ou au cumin, étaient proposés à la dégustation, et à la vente pour les plus gourmands. Des chefs locaux ont préparé leur recette à base de munster devant le public. Vins régionaux, bière, pain, miel, mirabelles : les visiteurs ont pu tester différentes associations de saveurs avec le munster. Petits et grands ont également pu admirer toutes les étapes de la fabrication du munster à travers une exposition photographique.

Le week-end a également été marqué par l’intronisation de Florent Haxaire ; Mathieu Klein, président du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ; Laurent Hénart, maire de Nancy ; Jean-Luc Pelletier, vice-président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est et Philippe Marchand par la Confrérie Saint Grégoire du Taste Fromage de la vallée de Munster.

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