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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Élevage

La véto’ rurale au poil

Élevage

Publié le 11/08/2020

Leurs secteurs sont extensibles certes, mais pas à l’infini, urgences obligent. Heureusement, les vétérinaires ruraux d’Alsace sont assez nombreux aujourd’hui et bien répartis sur le territoire pour le balayer, jusqu’aux collines vosgiennes. Ils se sont regroupés par cabinets pour assurer les gardes à tour de rôle, limiter la pénibilité de leur métier donc, et mutualiser les frais de matériel, tout en garantissant un suivi de chaque instant à leurs partenaires, les éleveurs.

C’est d’ailleurs toute la profession vétérinaire qui se réorganise. Les médecins qui soignent les animaux se spécialisent. Rares sont ceux qui ont encore un cabinet mixte, qui font de « la canine » et de « la rurale », comme disent les vétos. Ceux qui continuent sur cette voie-là admettent un moindre investissement dans la rurale. D’eux-mêmes, les éleveurs semblent les lâcher pour aller vers les vétérinaires dédiés aux vaches, cochons, lapins, poulets, etc. Mais, le plus souvent, ce sont les agriculteurs qui se retrouvent du jour au lendemain sans vétérinaire, celui-ci ayant décidé d’arrêter la rurale… à quelques années de la retraite ou après un heureux évènement.

Ne laisser aucun éleveur livré à lui-même

« En 2016, notre vétérinaire a arrêté la rurale », témoigne Alexis Losser, du Gaec du même nom à Mussig (67), qui élève 150 prim’holsteins. Il trouve une solution de repli. Le même scénario se répète en 2019. Arnaud Schmitt, du cabinet Fili@vet, à Sélestat, bien qu’à flux tendu encore l’an passé, accepte ce nouveau client. « On se débrouille seul pour une piqûre, une fièvre de lait, comme beaucoup d’éleveurs. Arnaud nous a formés aux premiers gestes. On est gagnants, on ne paie pas la visite. Mais pour une césarienne, une opération, le vétérinaire se déplace », détaille Alexis. Depuis 2020, et le recrutement d’Auriane Jost, une jeune vétérinaire, l’éleveur est encore plus satisfait du service. « Avec elle, on a cherché les raisons des mammites. Elle ne fait pas que vendre son produit. Ensemble, on a établi des protocoles à suivre pour prévenir les maladies », dit-il. En dix ans, le Gaec en est à son quatrième vétérinaire : « C’était pénible de démarcher à chaque fois et, pendant la période de recherche, c’était un stress. Aujourd’hui, on appelle et il y a toujours un vétérinaire disponible assez rapidement. »

À Fili@vet, ils sont quatre vétérinaires ruraux : Arnaud, plutôt versé en aviculture et cuniculture, Marc Peterschmitt, qui suit les porcs et les taurillons (avec le Comptoir agricole, aussi), Angeline Söll et Auriane Jost, dédiées aux bovins. « J’ai repris les clients des confrères qui arrêtaient la rurale ou partaient à la retraite, au fur et à mesure, confie Arnaud Schmitt, qui s’est installé mi-2015. Le dernier, c’était en janvier. Il y a eu une grosse accélération en bovine et, depuis, ça n’arrête pas ! On récupère de plus en plus de monde. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un éleveur nous demande de venir chez nous. On prend tout le monde, de la vallée de Munster à Molsheim et du Rhin à la crête des Vosges. » Le cabinet de Sélestat s’est étoffé progressivement : en 2017 avec Angeline et Marc, puis, en 2020, avec Auriane. Arnaud reconnaît qu’en 2016, voire après en allaitant, il refusait des clients mais il n’a jamais refusé de venir soigner un animal, précise-t-il. « Aujourd’hui, on est organisé pour ne laisser aucun éleveur livré à lui-même. Et c’est partout pareil en Alsace », insiste Arnaud, qui souligne qu’au regard des distances à parcourir, s’il intervient au col de la Schlucht, il ne pourra pas être à Molsheim dix minutes plus tard. « Mais les confrères qui font encore de la mixte, quand ils ont des salles d’attente pleines, prennent d’abord les chiens et les chats, avant de se déplacer : il faut attendre aussi… même s’ils sont plus proches, géographiquement », rappelle Arnaud Schmitt. La téléconsultation, il y pense et attend que le cadre réglementaire soit fixé. Près de 400 élevages sont suivis par le cabinet du Centre Alsace.

Petite tension au nord de Molsheim

L’avantage de faire appel à un vétérinaire rural est son expertise, autant médicale que « du milieu ». Yannick Fischer, de l’EARL du même nom à Gottesheim (67), a une centaine de prim’holsteins. Depuis un an, il est « en suivi repro’» à la clinique vétérinaire de la Moder à Pfaffenhoffen. En 2020, il l’a déclarée vétérinaire traitant. « Là où j’étais avant, il a clairement préféré la canine à la rurale. Les chiens et les chats passaient avant », commence Yannick. Il loue la disponibilité et les connaissances des vétérinaires de la Moder, ainsi que leur mode de fonctionnement, au forfait mensuel, basé sur la production laitière. « On ne peut pas répercuter les coûts des soins vétérinaires sur la vente du lait. Cathy (Catherine Lutz, l’une des deux associés et des cinq vétérinaires de la clinique de la Moder, N.D.L.R.) connaît les enjeux des éleveurs, notamment laitiers, puisque son époux en est. Elle est du milieu. Son père et son frère sont pareurs », apprécie-t-il. Yannick est d’autant plus reconnaissant envers Catherine et ses collègues qui se consacrent aux animaux de rente, que, sait-il, « la rurale, ce n’est pas très intéressant, financièrement parlant ».

Catherine a créé la clinique de la Moder en 2012, avec Vincent Macholt, spécialisé aujourd’hui dans la canine. « Le cabinet est mixte mais à dominante rurale. Moi, je ne fais quasiment que de la rurale sauf les week-ends de garde : chacun doit intervenir sur l’activité de l’autre », cadre Catherine Lutz. Elles sont trois à être occupées aux animaux d’élevage, quand les effectifs sont au complet. En 2021, ils le seront. « Il faut accepter de faire des heures et des kilomètres en rurale », avertit Catherine. Et être humble : « Parfois, les éleveurs sont meilleurs que nos débutants. On l’a vécu avec des remplaçants sur des fièvres de lait, par exemple », reconnaît la vétérinaire. Environ 200 éleveurs, à 40 km à la ronde, font confiance au cabinet de la Moder. Catherine admet qu’au nord de Molsheim, les agriculteurs se sentent un peu seuls : ils sont à la limite du rayon d’action de leur cabinet et de celui de Sélestat.

Passionnés de systèmes d’élevage

Cap au Nord : de l’Alsace bossue à l’est de la Moselle, 200 élevages sont suivis par la clinique vétérinaire mixte de Sarre-Union. Sur les huit vétérinaires du cabinet, cinq sont dévoués aux bovins, dont quatre à temps plein. « Il y a une tradition d’élevage, ici. Le maillage est dense », explique Alexis Stenger, qui fait partie de l’équipe « rurale ». 40 % de la clientèle professionnelle de la clinique de Sarre-Union est en agriculture biologique, pointe-t-il. La clinique adhère au réseau Happy Vet dont la philosophie est de faire le bonheur des animaux et des éleveurs, en optimisant le confort et la santé des bêtes, donc leur bien-être, et, par conséquent, leur production. « On intervient avant que les animaux ne soient malades. L’éleveur gagnera mieux sa vie. Tout le monde est gagnant. Avant, le vétérinaire était un spécialiste de la maladie. Aujourd’hui, c’est un spécialiste de la santé », résume Alexis Stenger. Si l’animal est malade, c’est un échec de la stratégie.

Pour Alexis, ce n’est pas tant que la rurale rapporte moins que la canine, c’est qu’elle est plus difficile à exercer, notamment car il faut s’investir toujours plus pour continuer à être un interlocuteur privilégié de l’éleveur : faire du suivi de troupeau, en plus de la médecine individuelle. Mais c’est ce que tous les vétérinaires interrogés aiment : « Nous sommes des passionnés d’élevage, de systèmes d’élevage », relève Alexis Stenger, 29 ans. Si chaque éleveur a trouvé un vétérinaire qui soit présent pour lui, dans le nord de l’Alsace, dixit le jeune homme, l’activité de la clinique de Sarre-Union croît constamment, a fortiori en canine. Le cabinet recrute un vétérinaire mixte, capable d’épauler en rurale et en canine.

 

 

Destins liés

Dans le Haut-Rhin, la société civile professionnelle (SCP) vétérinaire des Viaducs, à Dannemarie, fait quasi exclusivement de la rurale. Trois associés et un salarié à mi-temps prennent soin de 300 élevages de plus de dix animaux, à 40 kilomètres autour de la ville. « Pour l’instant, ça va, il y a suffisamment de vétérinaires dans le secteur mais deux collègues vont partir à la retraite, il faudra les remplacer et nous aurons sûrement du mal à recruter rapidement quelqu’un de compétent en gros animaux, pressent le docteur Boris Dirrenberger. La zone est tout juste couverte. Si demain, un vétérinaire mixte décide d’arrêter la rurale pour faire uniquement de la canine, ce sera tendu. Les choses peuvent vite changer. » Néanmoins, il sait qu’il existe encore des jeunes motivés.

« La rurale, on la choisit par passion. Il y a beaucoup de temps improductifs, sur la route, et il faut avoir en stock un peu de tout pour une petite clientèle : gare à la péremption des médicaments », liste Boris Dirringer, côté inconvénients. Un dernier, de taille, est la pérennité des exploitations d’élevage. « Le dynamisme des uns entraîne le dynamisme des autres. Il faudrait revaloriser les productions pour que l’élevage soit rémunérateur et attire les jeunes. L’activité vétérinaire est liée à celle des éleveurs. Si un des deux maillons faiblit, il met en péril toute la chaîne », détaille Boris.

Denis Nass, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, abonde : « Tout ce qui est en relation avec l’élevage est difficile. » Il élève plus de 200 vaches, essentiellement des prim’holsteins et leur suite, au Gaec du Petit bois à Gommersdorf, où résiste un bastion de douze exploitations d’élevage qui engendre « la plus grosse production de lait du Grand Est », spécifie-t-il. Denis s’estime chanceux. « On a un service vétérinaire qui tient la route à Dannemarie. Boris s’est installé il y a deux ans. J’ai encore échangé récemment avec son salarié : c’est super, deux jeunes, polyvalents, qui en veulent. Ça sécurise le territoire », juge-t-il, d’autant plus qu’une proche clinique de Franche-Comté entre en concurrence avec la SCP vétérinaire des Viaducs. Nicolas Dietrich, secrétaire général des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin et co-responsable bovin viande, qui élève 90 limousines à l’EARL du Muhlwald à Schweighouse-Thann, est « plus que satisfait » des vétérinaires ruraux de Dannemarie. « Le 24 décembre, quelqu’un est venu pour une vache qui avait sorti la matrice. Le service est irréprochable. Pourvu que ça dure ! On prie pour qu’il y ait un renouvellement des départs à la retraite. Ils savent ce que je pense d’eux. Avoir fait tellement d’études pour se retrouver les mains dans la merde, au milieu de la nuit, c’est courageux », déballe d’une traite Nicolas, reconnaissant.

 

 

Arboriculture fruitière

La sécheresse retarde la maturité

Cultures

Publié le 07/08/2020

C’est la star de l’été, en Alsace : la mirabelle. Cette année, elle s’est fait désirer. Alors que, globalement, les arbres sont bien chargés et les calibres sont gros en cette fin juillet. Mais la coloration jaune de la petite prune ronde « a peiné à venir », dixit Philippe Jacques. En cause, des températures insuffisamment fraîches les nuits et la sécheresse le jour. Sur des sols non irrigués, par grosse chaleur et quels que soient les fruits, « tout s’arrête », rappelle le conseiller. Cette semaine, tout de même, les derniers arboriculteurs se sont mis à la cueillette de mirabelles.

Daniel Dettling, de l’EARL de la Fontaine à Westhoffen, président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace (PFI), qui exploite une vingtaine d’hectares de vergers, dont cinq de mirabelles, a débuté la cueillette la dernière semaine de juillet. « On récolte le matin pour préserver la marchandise », dit-il. La chaleur, ce n’est pas bon pour la marchandise, surtout en récolte mécanique : « Elles prennent un jeton sur la bâche chaude », commente l’agriculteur. Il a souhaité de l’eau autant qu’il la redoute. « Il y a beaucoup de sucre, cette année, dans les fruits. J’ai peur que, s’il pleut, ils éclatent. » Hervé Bentz, le responsable de la station Verexal, à Obernai et à Innenheim, partage son inquiétude : « Plus le temps est chaud et sec longtemps, plus la pluie est nécessaire mais plus elle peut faire de dégâts, sait-il. On espère une pluie douce et tranquille, et surtout pas un gros orage destructeur. » Les vergers, comme les prairies, sont plus bruns que verts, ajoute-t-il.

La mirabelle profitera-t-elle de la mévente des abricots ?

Si le 22 juillet, Philippe Jacques partait sur « du grand cru » pour la mirabelle 2020, une semaine après, son discours avait changé. Dans beaucoup de vergers alsaciens professionnels, le niveau d’acidité et l’astringence de la mirabelle étaient trop importants pour ressentir le goût subtil du fruit. Une nouvelle pas si mauvaise pour la commercialisation, car si ces fruits sont à bannir crus pour la dégustation ou en tartes, ils sont recherchés par les industriels, pour les sirops et purées ou compotes car ils tiennent mieux à la cuisson. Et Philippe Jacques table sur une grosse campagne de mirabelles, cette année : les abricots ont pâti de la fermeture de la RHD durant la pandémie de Covid-19 (et du gel dans le Nord-Est), les industriels ne se sont que très peu approvisionnés, donc. « Quand les abricots ne vont pas, la mirabelle, ça va », et vice et versa, résume-t-il. Il y aura de la place pour ces fruits dont la récolte est un peu plus importante que la normale dans le Grand Est et légèrement inférieure en Alsace, conséquence du gel au printemps.

Daniel Dettling est moins confiant. « Je ne ressens pas l’engouement de mon acheteur habituel, confie-t-il. Et pour cause : c’est encombré de mirabelles en Lorraine. Là-bas, ils disent que même les piquets de parc ont fleuri. C’est leur expression pour dire qu’il y en a partout. » Daniel estime que le marché sera d’autant plus surchargé fin août, au niveau des industries, qu’« on commencera la quetsche au cul des mirabelles ». Aux alentours du 25 août, misent les spécialistes. Les charges en quetsche sont grosses, même sur le secteur de Westhoffen touché par le gel au printemps ; les calibres a priori le seront moins. Daniel Dettling fait état d’énormes chutes physiologiques… ce qui pourrait encore aider à changer la donne. Philippe Jacques est optimiste pour la mise en marché de la quetsche fin août, notamment car la prune bleue a gelé en Allemagne.

 

 

Exit les cerises et les prunes bleues

Philippe Jacques, qui a milité pour un début de récoltes des mirabelles début août, à pleine maturité, pense autant à la qualité gustative des fruits (plus sucrés) qu’à la vente directe : « Plus on se rapproche du 15 août, plus il y aura de clients locaux, car ils seront rentrés de vacances. » Lui qui s’inquiétait des ventes de cerises alsaciennes a été agréablement surpris. « Quantitativement et qualitativement, la récolte de cerises a été bonne. Les cours ne se sont effondrés que sur la fin », relève-t-il. Pour Daniel Dettling, la fin des cerises, c’était fin juillet. Ni la mouche du fruit, ni la drosophile suzukii, « qui peut mettre jusqu’à seize asticots dans un fruit » n’ont dégradé les chairs rouges, témoigne Hervé Bentz. Les cerises au Verexal se sont bien conservées, elles, alors que le taux de sucre était aussi élevé.

Les récoltes de prunes bleues devraient aussi être finies. À part sur le secteur de Westhoffen, les prunes bleues ont bien donné : volumes importants, gros calibres, taux de sucre assez élevé. Mais l’hétérogénéité fait que ce n’est pas un grand cru. En cause : les conditions climatiques de mai, rapporte Philippe Jacques. La prune bleue Katinka a rapidement molli à cause de la chaleur, note Hervé Bentz. Il espère que cet « accident » est dû à la variété. Daniel Dettling a bien vendu ses prunes bleues, les distributeurs cherchant une diversité de couleurs sur les étals.

« Des abricots et des pêches, il y en a peu en Alsace, et encore moins cette année à cause du gel. Une bonne nouvelle pour la vente directe », s’exclame Philippe Jacques. « Nous sommes super contents, abonde Daniel Dettling. J’ai plein de variétés de pêches qui s’enchaînent, malgré le gel que les arbres ont subi. En vente directe, c’est important d’en avoir toujours en magasin. Les gens en sont friands. Ils en réservent, même. Le goût, l’odeur qu’elles dégagent quand j’ouvre la chambre froide : c’est un plaisir ! C’est autre chose que celles qui viennent d’Espagne. » La vente des pêches aux distributeurs marche bien aussi pour lui.

Pommes et poires, en forme

Les premières variétés de fruits à pépins, pommes et poires, étaient déjà cueillies au 20 juillet, pour le marché local en vente directe. « Il faut en acheter quelques kilos, pas plus, car elles perdent vite en qualité gustative, deviennent farineuses », partage Philippe Jacques. Les calibres sont beaux mais les arbres peu chargés. La gala et la red star seront en GMS fin août. En plein été, les pommes, c’est une affaire de connaisseurs. « Les poires, ça démarre aussi », disait déjà Hervé Bentz, le 30 juillet. Isolda et clapp’s favorite étaient déjà récoltées à cette date. Cette semaine, c’est la williams qui remplit les bacs. Hervé Bentz souligne qu’elles ont une semaine d’avance par rapport à la normale. Philippe Jacques qui faisait le tour des vergers la semaine dernière est formel : elles ont un taux de sucre deux fois supérieur à la normale. « C’est un bon cru pour la distillation. Même s’il y a un peu moins de rendements en fruits et des calibres plus petits là où il n’y a pas d’irrigation, notamment, les rendements en alcool seront identiques à la normale », détaille-t-il.

Donnée importante : « Les pommes et les poires sont propres, au niveau sanitaire. Il n’y a pas de tavelure », précise Philippe Jacques. Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est, approuve : « Il n’y a pas de tavelure en Alsace. On est heureux. On a bien géré. » La sécheresse n’a pas que des mauvais côtés… mais gare au retour de bâton. « S’ils s’alimentent mal, les arbres pourraient subir des déséquilibres », remarque Hervé Bentz. « Les jeunes vergers souffrent, observe Daniel Dettling. Le retour à fleur, l’an prochain, pourrait être problématique. »

Les larves de carpocapses sont là

Des maladies de conservation sur pommes et poires pourraient apparaître s’il pleut en août et en septembre. Il faudra surveiller la météo pour traiter en préventif. Les pucerons sont passés mais le lanigère pourrait exploser encore cette fin d’été. Actuellement, le seul danger potentiel est le carpocapse des pommes. La stratégie consiste à protéger les parcelles à risque, c’est-à-dire celles dont les comptages de juillet (à la première génération) ont montré une pression supérieure à trois fruits piqués sur 1 000 fruits. Ces parcelles à risque sont principalement situées dans le Kochersberg, où la confusion sexuelle n’a pu être menée sur plusieurs hectares contigus, puisque les vergers sont éclatés. Les parcelles à risque représentent une minorité de parcelles, insiste Stéphanie Frey. Toutes les parcelles alsaciennes ne seront donc pas systématiquement traitées. Dans les parcelles à forte pression carpocapse, il est possible de traiter jusqu’à trois jours avant la récolte, avec des produits certifiés AB. Les larves de carpocapses de la seconde génération apparaissent depuis le 25 juillet, comme l’avait prédit le modèle. L’éclosion s’étalerait (ou reprendrait) sur un, voire deux mois, selon les températures nocturnes, puisque le papillon de nuit a besoin de 15 °C minimum le soir pour s’accoupler. Le risque carpocapse est donc possible jusqu’au 15 août, voire plus, selon les températures.

La stratégie est similaire pour le carpocapse des prunes. « On a dépassé le pic du vol, indique Stéphanie Frey. Mais il va durer jusqu’à la récolte des quetsches, fin août. » La conseillère prévient de la présence de la punaise diabolique, un ravageur émergent qui avait fait de gros dégâts l’an passé. Pour l’instant, une seule parcelle a été signalée en Alsace en 2020 : elle est « blindée de piqûres ». La seule solution pour se prémunir de la bête est d’enfermer les arbres dans des filets. Encore faut-il la voir à temps… « Avant, on la voyait mais elle ne faisait pas de dégâts. Depuis 2019, ponctuellement, elle pique. Seule certitude : on n’a pas de recul sur cet insecte. On ne sait pas quand ni pourquoi il arrive et part », reconnaît Stéphanie. La vigilance est de mise, comme à l’accoutumée, dans les vergers, mais les techniciens s’accordent : « 2020 est une année facile. » « Reste à savoir vendre les fruits », lance Philippe Jacques, comme un défi.

 

Lire aussi : Peu de maladies mais beaucoup d’insectes, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Jusqu’ici tout va bien, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Quatre bioagresseurs sous haute surveillance, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Pomme de terre d’Alsace primeur

« Une bonne année »

Cultures

Publié le 08/07/2020

Les premières pommes de terre primeur d’Alsace ont été récoltées fin mai. Elles le seront jusqu’à mi-août, date légale à partir de laquelle les pommes de terre ne pourront plus être qualifiées de primeur mais seront vendues sous l’appellation « nouvelles ». Les rendements 2020 en pomme de terre d’Alsace primeur sont satisfaisants dans l’ensemble. Ils se situent généralement entre 20 et 40 t/ha. Près de 130 ha sont récoltés en primeur sur les deux départements alsaciens, soit un dixième de la surface dédiée à la culture de la pomme de terre - surface qui est restée stable entre 2019 et 2020 alors qu’elle a légèrement augmenté dans la majorité des autres bassins de production. « Beaucoup de producteurs alsaciens de pommes de terre de conservation font de la primeur », remarque Denis Jung.

Cette année est « particulière » à plus d’un titre, dixit le conseiller technique. L’hiver doux, peu pluvieux - il y a eu peu de gel - n’a pas permis une préparation du sol optimale à la sortie du printemps. Qu’à cela ne tienne, les premières plantations ont eu lieu mi-mars, et parfois avant, dans des sols assez froids : 2 °C au 1er avril. Les conditions climatiques ont été bonnes, de mi-mars à début mai. Le mois d’avril chaud et sec a permis des levées assez rapides. Le froid de début mai, lui, a engendré moins de tubercules mais de plus gros calibres. « Il n’y a pas eu de dégâts de gel sur les pommes de terre », précise Denis. D’autres cultures ont souffert mi-mai. Les pommes de terre « double-bâchées » ont pu être récoltées dès fin mai pour les premières. Leur récolte se poursuit tout ce mois de juin. Les pommes de terre bâchées une fois sont ramassées actuellement et jusqu’à la fin du mois. Celles non bâchées seront récoltées en juillet ou après, selon la demande, et seront commercialisées en « primeur » ou déjà en « nouvelles », si elles sont arrivées à maturité. « La récolte démarre bien. Elle a été ralentie par les pluies dans le sud de l’Alsace, puisqu’il faut éviter que la terre colle à ce délicat tubercule, mais ça s’accélère », commente l’ingénieur.

Les bâches ont fait office de filets anti-insectes. Sur ces pommes de terre précoces, presque aucun problème lié aux pucerons, ni aux doryphores, alors même qu’ils pullulent. Mi-mai et début juin, des épisodes à risque de mildiou ont été redoutés, mais aujourd’hui l’animateur de l’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace est catégorique : « Il n’y a de mildiou nulle part. » « C’est une bonne année pour la primeur mais il a fallu irriguer très tôt », enchaîne-t-il. Six tours d’eau ont été nécessaires sur certaines parcelles… aussi pour protéger du gel, dans certains cas. L’arrosage a parfois obligé à protéger contre le mildiou et l’alternaria. Les limaces ne posent pas problème : « C’est assez calme », observe Denis Jung.

 

 

« Pas de pression sur les prix »

Les variétés cultivées pour être arrachées précocement sont souvent les suivantes, en Alsace : adora, primabelle, annabelle, charlotte, artemis et anaïs. La pomme de terre primeur, peleuse, est récoltée en vert, souvent à la main, car sa peau est fragile. Elle s’ôte au doigt. C’est un produit frais, à conserver comme un légume frais, apprécié pour sa saisonnalité, sa texture et son goût. Gros avantage : on peut la manger avec la peau. Elle ne subit aucun traitement. Riche en sels minéraux et en fibres, elle contient moins d’amidon qu’une pomme de terre de conservation : elle est donc moins calorique. Denis Jung énumère ses qualités pour qui vendrait en direct. Pour l’instant, la grande majorité des producteurs alsaciens à commercialiser la primeur sont en circuit court. La pomme de terre d’Alsace primeur arrivera sur les étals des supermarchés plutôt fin juin ou début juillet, en même temps que démarrera la campagne de publicité prévue sur France bleue. « 50 % des pommes de terre d’Alsace primeur sont commercialisées en grande et moyenne surface », intervient Yannick Wir, animateur de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (IFLA) pour la filière sud Alsace. L’association pour la promotion de la pomme de terre d’Alsace met en avant un emballage spécifique : un filet d’1,5 kg, assez aéré, adapté à sa fragilité. « C’est un achat plaisir, de petite quantité », souligne Denis Jung.

Les prix des pommes de terre d’Alsace primeur varient d’1,4 €/kg à 0,8 €/kg, des premières récoltes à la fin de la saison, alors qu’une pomme de terre de conservation d’Alsace se vend 0,6 €/kg. Cette année, en France, « on a autoconsommé nos pommes de terre », dit Denis Jung. Les pommes de terre primeur de l’ouest du pays sont arrivées sur le marché au printemps, « il n’y a pas de télescopage, donc pas de pression sur les prix », ajoute-t-il. La demande en produits locaux et de saison semble forte, en cette période post-épidémique. 2020 sera donc aussi, a priori, une bonne année pour la primeur alsacienne, au niveau des ventes. C’est d’autant plus appréciable que le coût de revient d’une primeur est deux à trois fois supérieur à celui d’une pomme de terre de conservation, puisqu’il faut des bâches et du personnel pour manipuler le matériel et le tubercule primeur, dont le rendement est forcément inférieur à celui des pommes de terre arrivées à maturité. « Il n’y a pas de frais de stockage sur la primeur, mais l’emballage est plus cher », rapporte encore Denis. La pomme de terre primeur doit permettre aux producteurs de pommes de terre, de rentrer de l’argent rapidement et, à ceux en vente directe, d’élargir leur gamme.

 

Petits fruits

Jusqu’ici tout va bien

Cultures

Publié le 05/07/2020

Comme en arboriculture, le début de la saison pour les petits fruits a été délicat. Le gel, fin mars et début avril, a brûlé des fleurs. Les variétés précoces de framboises et de myrtilles n’ont rien donné ou presque, les grappes de groseilles précoces n’étaient pas complètes.

La suite a été de mieux en mieux : « Les volumes sont corrects, dans la norme, la qualité est top », souligne Marie-Laure Schnell. En myrtilles et en groseilles, on se situe autour de 6 à 8 t/ha en conventionnel et de 4 à 5 t/ha en bio. En framboises et en mûres, de 6 à 7 t/ha en conventionnel et de 3 à 5 t/ha en bio, pour des arbres arrivés à leur pleine capacité de production, toujours. À Seebach, Jean-Luc Rott estime, toutes variétés confondues, être à 10 t/ha en moyenne de framboises sous tunnel. « Globalement, le rendement est correct. On est dans la norme », juge-t-il. L’agriculteur, en Gaec avec son frère, cultive 170 ares de petits fruits, principalement des framboises, et autour de 25 ares de myrtilles et de 25 ares de mûres. « Alors qu’en variété précoce en framboises, 30 à 40 % des fleurs ont gelé. On s’est bien rattrapé, souligne-t-il. La saison tire en longueur, comme en cerises, d’ailleurs. Au lieu des six à sept semaines de récolte habituelles, on sera à dix semaines de récolte a priori cette année. La météo a favorisé la repousse », explique-t-il.

Le temps chaud et sec a aussi été propice aux petits fruits car il est défavorable à la drosophile suzukii. Le moucheron d’origine asiatique qui a causé des pertes conséquentes en fruits en 2014, est pour l’instant absent des cultures. Les pluies de ces derniers jours doivent tout de même alerter : l’insecte aime le chaud et l’humide. Si le vent ne sèche pas vite les arbustes, il pourrait venir pondre dans les fruits mûrs et les asticots feraient bombance. « Il n’y a pas de solutions miracle contre la drosophile suzukii. Les produits sont efficaces à 60 % seulement », rappelle Marie-Laure Schnell. Puisqu’il peut y avoir de sept à huit générations de drosophiles suzukii par an et qu’elles sont si difficiles à arrêter, mieux vaut les identifier tôt ! La chambre d’agriculture d’Alsace informe ses adhérents grâce à son réseau de piégeage de la présence ou non du ravageur. Elle travaille en collaboration avec la Fredon sur cette thématique.

Marie-Laure Schnell partage la recette du piège à drosophile suzukii : dans une bouteille d’eau entaillée dans sa partie basse, de trous d’1 à 2 mm maximum, il faut mélanger un tiers de vin rouge, un tiers de vinaigre de cidre et un tiers d’eau avec quelques gouttes de produit vaisselle pour remplir le fond du contenant de 3 à 4 cm. Le mélange attractif permet de capturer le petit moucheron, le liquide vaisselle d’éviter un agglomérat d’insectes qu’on ne pourrait plus distinguer.

 

Des prix comparables aux années passées

Jusqu’ici tout va bien ! Si la météo a avantagé les pucerons verts, rien d’inhabituel, ni de surprenant n’est à constater. La filière n’a pas été submergée. La floraison et la pollinisation des fleurs se sont bien passées. La moniliose n’a touché que quelques variétés de petits fruits, surprises par les pluies des deux derniers mois… quand le cultivateur n’avait pas protégé les plantes. La récolte - qui s’est achevée en mai pour les petits fruits sous serre et qui est en cours pour tous ceux en pleine terre - se déroule aisément. « Les fruits sont relativement sains, précise Marie-Laure Schnell. C’est une année assez facile, pour l’instant. » Elle espère que les oiseaux ne feront pas de dégâts : les producteurs de petits fruits ont été assez épargnés, pour le moment.

Les prix de vente en direct se situent généralement entre 8 et 10 €/kg en myrtille et entre 8 et 14 €/kg en framboises, selon la concurrence. Pour la libre cueillette, ils tournent autour de 4 ou 5 €/kg en myrtille et de 5 à 7 €/kg en framboises. Les groseilles se vendent en direct entre 6 et 8 €/kg. En gros, les prix varient selon le conditionnement. L’idéal serait de vendre ses myrtilles entre 6 et 8 €/kg et ses framboises entre 7 et 10 €/kg. Le prix moyen à Rungis au 25 juin d’une barquette de 125 g était de 16 € HT/kg ; à Strasbourg, il s’élevait à 16,53 € HT/kg. Jean-Luc Rott vend ses framboises et ses myrtilles au même prix en direct à la ferme : entre 10 et 12 €/kg. La coopérative allemande Oberkirch lui achète en gros au même tarif que les années précédentes, voire à un tarif un peu plus élevé, sauf quand il y a surproduction. Les clients de la coopérative sont livrés au marché-gare de Strasbourg. La grande inconnue reste le comportement des consommateurs : seront-ils toujours aussi friands de produits locaux maintenant que la vague de solidarité (et de peur) liée au Covid-19 est passée ?

 

Blé rouge d’Alsace

Sa place n’est pas dans un musée !

Cultures

Publié le 25/06/2020

« Le blé rouge d’Alsace est une variété ancienne de blé, ce qu’on appelle un blé de pays ou blé de population. Il était cultivé traditionnellement ici, et donc adapté aux conditions locales. Il est conservé à l’Inra de Clermont-Ferrand qui a donné, en 2010, des semences à l’association Kerna ùn Sohma**, dont je faisais partie. J’en sème depuis. Je cultive aussi du blé des Vosges et j’essaie du blé blanc de Lorraine, parce que ce sont des variétés de la région, et du blé Poulard d’Auvergne. Mais, aujourd’hui, plus de deux tiers de mes cultures de blé sont du blé rouge d’Alsace. C’est comme un éleveur avec une race : une affinité se crée pour une variété, une relation », explique Vincent Zerr, de l’EARL des Boarmies, à Dangolsheim. L’agriculteur est aussi viticulteur, collectionneur de raisins de table et de jardin, arboriculteur, connu pour ses abricots, et maraîcher. Il travaille en famille, avec son épouse Dominique, et son fils Jean-Baptiste, boulanger, qui transforme la farine de blé rouge d’Alsace, moulue à la ferme, en différents pains, vendus sur place tous les matins, sauf le dimanche.

Vincent a commencé la culture du blé en 2010, dans l’idée d’installer son fils, à l’époque en CAP, sur la ferme. C’est aussi l’année où l’exploitation est sortie du village. « On a échangé des vignes contre des terres agricoles. C’était assez facile », se souvient l’agriculteur. Par goût de la diversité (il entretient 600 variétés de raisins de table du monde entier, sur 1 ha), pour maintenir vivant le patrimoine végétal cultivé alsacien et par nécessité économique, Vincent Zerr a fini par choisir le blé rouge d’Alsace. « Il faut se démarquer et placer la barre haut pour qu’une activité soit rentable. Il faut faire ce que le voisin ne fait pas, être original et se distinguer par la qualité de ses produits. Aucun intérêt de faire concurrence au boulanger du coin ! On y perdrait tous », s’exclame Vincent, qui ne demande aucune aide Pac, ni subvention. Jean-Baptiste a dû tout réapprendre, ou presque : le blé rouge d’Alsace ne donne pas les mêmes glutens que les variétés récentes. « La structure du pain est différente. Il ressemble plus à une brioche ou à du biscuit », pointe Vincent Zerr. Ce pain serait plus compact, donc, qu’un pain à la farine blanche raffinée. Il est aussi plus digeste, assure l’agriculteur.

Labour et moisson à l’ancienne

Vincent cultive entre 3 et 4 ha de blé rouge d’Alsace, en rotation avec de la luzerne. Les épis de blé rouge d’Alsace culminent à 1,10, 1,20 m au-dessus du sol. Au bout des longues tiges se balancent des grains deux fois plus gros que ceux d’une variété de blé récente - ce qui peut poser problème au triage. Le diamètre de la paille aussi est plus important. Sous terre, les racines du blé rouge d’Alsace descendent jusqu’à 50 cm de la surface. « La structure de la terre s’améliore nettement, après un blé rouge d’Alsace. Elle est plus aérienne, moins pâteuse. Cela permet de récupérer des sols matraqués. Autour des radicelles du blé, la terre est fine ! J’utilise moins de force de traction pour labourer », soulève Vincent Zerr. Qui dit variété ancienne, dit labour à l’ancienne ! Vincent laboure de 10 à 20 cm de profondeur, comme dans les années 1980.

« Le blé rouge d’Alsace n’aime pas être trop nourri », a constaté Vincent Zerr. Après deux ans de luzerne, le cultivateur sème un mélange de blé rouge d’Alsace et de blé des Vosges, son « frère », un blé quasi-identique qui ne verse pas sur terre fertile, contrairement au rouge d’Alsace, et qui va donc lui servir de tuteur. La seconde année, voire la troisième année, Vincent sème du blé rouge d’Alsace pur. Puis, il repart sur de la luzerne. « Si on débute après un maïs, le blé rouge d’Alsace va se coucher. Ce sera comme une moquette. Mais les pointes vont se relever », témoigne Vincent, qui sait comment le récolter. Sur le site Internet du Jardin de Marmotte, qui promeut les produits de la ferme et le point de vente, une photo de l’agriculteur au volant d’une moissonneuse-batteuse Massey Ferguson type MF31, de 2 m de large, est publiée. Il est stipulé qu’elle et son conducteur sont « tous deux Modèle 1965 ».

Avantages génétiques

Debout ou versé, sous un blé rouge d’Alsace, « tout est à l’ombre », dixit Vincent. Le pouvoir couvrant des feuilles fait que la terre reste humide. La variété ancienne résiste ainsi bien à la sécheresse. Et la paille, derrière, peut être utilisée comme un mulch. Autre avantage de cette couverture : « elle empêche les adventices de lever », assure Vincent Zerr. Le blé rouge d’Alsace supporte bien la concurrence. « Il accepte bien la présence de rejets de luzerne. Il pourrait donc supporter une culture associée : de la vesce ou du pois », pense le quinquagénaire. Pour lui, le blé rouge d’Alsace est idéal. « Il se cultive facilement, sans engrais, sans herbicide. Il a moins de besoins en eau. Les semences ne coûtent rien puisqu’on les reprélève ; ce sont des semences de ferme », conclut Vincent.

Pourtant ses voisins étaient dubitatifs et/ou moqueurs, au début. Les rendements sont bien plus faibles en blé rouge d’Alsace. Des 80 q/ha habituels, en année normale, à Dangolsheim, en blé de variété récente, on passe à 30 q/ha en blé rouge d’Alsace. « Ce sont les rendements de l’époque », rappelle Vincent. D’où la valorisation opérée par le paysan-boulanger : la transformation en farine (entre 5 et 10 kg/jour) puis en pain, vendu en direct. « Le seul débouché pour ce blé ancien, c’est la filière bio. Il se vend trié à 0,7 ou 0,8 €/kg quand le blé bio de variété récente se vend à 0,45 €/kg. Trois ou quatre boulangeries alsaciennes sont aussi intéressées par les farines anciennes et, de plus en plus de moulins ou fermes qui meulent, comme à Erstein, à Hoffen avec Rémi Jung, à Berrwiller avec la famille Krust, à Illhaeusern : à charge pour chaque producteur de trouver ses débouchés. Neuf fois sur dix, le blé rouge d’Alsace est transformé à la ferme, à ma connaissance », confie Vincent Zerr.

Patate douce

Un tubercule « exotique local » pour diversifier sa gamme

Cultures

Publié le 24/06/2020

Ce sont de petits producteurs de patate douce, vendant en circuit court, qui sont à l’initiative de sa présence en France et en Alsace. Cultivée pour diversifier leur gamme de légumes, elle a un potentiel commercial prometteur. « Nous sentons qu’il y a un marché possible sur la patate douce en origine France et locale. Il y a un engouement pour le produit et le consommateur plébiscite cette origine. Il y a donc une place à prendre. Ce serait nouveau. Je pense qu’il y a quelque chose à faire si nous arrivons à en produire de manière relativement compétitive, en quantité suffisante, même si le tubercule n’est pas régulier », confie Yannick Wir, animateur de l’Interprofession fruits et légumes d’Alsace (IFLA) pour la partie Sud Alsace. À sa connaissance, aucun agriculteur alsacien ne commercialise encore ses patates douces en grandes et moyennes surfaces (GMS). Mais certains se sont déjà renseignés auprès de lui, visant une mise en marché de plusieurs hectares de patates douces.

En attendant que les premiers maraîchers alsaciens partent à l’assaut des GMS, ce qui ne saurait tarder, deux « historiques », qui produisent de la patate douce depuis plus de cinq ans dans le Bas-Rhin, partagent leurs connaissances sur ce tubercule exotique, leurs techniques culturales et leur expérience de vente en direct. Le quadragénaire Jean-Michel Obrecht, de la Ferme Obrecht à Handschuheim, en exploitation individuelle, et le trentenaire Thibaut Diemer de la Ferme Diemer, en individuel aussi, sont en conventionnel. « Tendance réduction des traitements », dixit Jean-Michel. Le premier n’irrigue pas ses patates douces, le second, si. Mais ce qui les différencie le plus, c’est que le plus âgé plante sur butte et sous paillage plastique biodégradable pour limiter les adventices, alors que le plus jeune a choisi de les planter, cette année, à plat, sur planche, pour pouvoir désherber mécaniquement et manuellement, à la bineuse juste après la plantation, puis au broyeur à la récolte.

La patate douce est de la famille du liseron : poussent donc de longues lianes en surface. Les deux agriculteurs dédient chacun 10 ares de leurs terres à cette culture de diversification - sur 45 ha au total et environ 8 ha de fruits et légumes à la Ferme Obrecht et sur 67 ha au total et 7,5 ha de fruits et légumes à la Ferme Diemer.

Elle aime la chaleur

Les deux maraîchers mettent leurs plants en terre en juin, après les Saints de glace tout du moins, car la patate douce craint le gel. Elle est récoltée en octobre, avant que les températures baissent. Rien ne sert de la laisser en terre plus longtemps car elle ne poussera pas plus de toute façon. Thibaut Diemer cultive une seule variété, la variété publique Beauregard à la chair orange, pour laquelle la multiplication de plants à la ferme est autorisée. Lui, ne multiplie pas : il achète à la graineterie Prosem et chez Kuhn. Jean-Michel Obrecht a choisi pour 2020 les variétés Beauregard et Orleans à chair orange, la Bonita et la Murasaki à chair blanche, la Erato de différentes couleurs de chez Volmary, ainsi que la Sakura à chair violette. Jean-Michel avait acheté ses premiers plants chez Voltz en 2012. Il s’y fournit encore. Il plante dès qu’il a les plaques de 80 et quelques plants : « Si on attend, les patates douces vrillent au bas du pot », explique-t-il. Cette année, il a aussi acheté une plaque de 200 plants plus petits, une nouveauté, pour essayer.

Avant la plantation, Thibaut prépare son sol en l’amendant avec de l’engrais minéral et du fumier composté. Il passe ensuite la fraise, pour une structure du sol adéquate car la patate douce aime les sols « légers », et tire les sillons. Il plante à la main, au plantoir, en plein champ, non loin de ses serres pour avoir accès à l’eau de ses puits. L’espacement entre les plants chez Jean-Michel est de 40 cm sur le rang. Thibaut, lui, expérimente cette année un espacement de 33 cm sur le rang, après les avoir longtemps espacés de 50 cm. Entre les rangs, il est conseillé de prévoir 75 cm. Thibaut vient de planter 3 250 plants de patates douces sur ses 10 ares. Jean-Michel, entre 3 000 et 4 000. Un plant coûte relativement cher : plus d’un euro.

Thibaut arrose cette plante tropicale tout de suite après sa plantation. Jean-Michel la laisse se débrouiller. Elle ne craint pas le stress hydrique de nos régions, même si elle apprécie l’humidité. Ses besoins sont estimés entre 250 et 350 mm d’eau au total sur le cycle qui est court, grâce aux variétés adaptées à la zone euro-américaine. Thibaut Diemer binera deux ou trois fois, selon la météo, avant le mois de juillet. Jean-Michel Obrecht ne sera pas dérangé grâce à son paillage plastique biodégradable qui étouffe les mauvaises herbes. La patate douce bien que robuste est plutôt sensible à la compétition.

 

 

 

Gare aux mulots !

Aucune maladie connue ne perturbe la patate douce en France. « C’est une culture saine qui complète bien la gamme », pointe Johanna Bodendörfer, conseillère maraîchage à Planète Légumes. Aucun insecte, à part le taupin, ne l’attaque : les deux agriculteurs versés dans sa culture en Alsace ne se plaignent pas du coléoptère. Par contre, elle subit la gourmandise des rongeurs, mulots et souris en tête. C’est d’ailleurs pour cela, entre autres, que Thibaut a banni le paillage plastique dès la deuxième année de culture : les rats des champs sont protégés de leurs prédateurs naturels sous le manteau noir. L’exploitant avait subi de lourdes pertes. « Ils creusent le tubercule, le rongent », détaille Thibaut. « Ils en sont friands », renchérit Jean-Michel. Sa chair sucrée est appréciée… et, même dans un grand champ, ils finissent par les trouver, s’exclame Thibaut. Puisque Thibaut emploie de la main-d’œuvre, il préfère biner. Pour Jean-Michel, essuyer quelques pertes semble plus judicieux.

« Ça pousse tout l’été sans entretien spécifique », souligne-t-il, ravi. Thibaut est du même avis. Après le désherbage de printemps, il est tranquille. « Il n’y a rien à faire », lâche-t-il, sauf irriguer chez lui, selon la saison. Les lianes rampent sur le sol qui, une fois couvert, ne sera plus colonisé par d’autres plantes. La tubérisation débute quand la longueur du jour est inférieure à quatorze heures. Cette année, en octobre, Thibaut broiera les lianes puis ramassera les patates douces à la main, avec ses employés. Jean-Michel, lui, utilise une arracheuse à pommes de terre, déportée, munie de deux disques, qui sectionnent les tiges des patates douces, puis secouent les tubercules, pour faire tomber la terre. Il roule doucement car les patates douces sont fragiles. Leur peau s’arrache facilement.

Pour renforcer l’épiderme de la patate douce et pour que leur production puisse être stockée longtemps, les maraîchers la placent quinze jours à trois semaines à 25-30 °C environ, sous tunnel plastique ou ailleurs, à l’ombre voire dans l’obscurité. Ce traitement s’appelle le curing. Les patates douces peuvent alors ensuite être conservées quasiment un an à une température de 18 °C, d’après Thibaut. Ce dernier ventile l’espace de stockage et chauffe au gaz en hiver. Jean-Michel conserve ses patates douces « telles quelles », sans curing, jusqu’à la fin de l’année. Avec traitement, il pense aussi les tenir presque un an à 15 °C. La température dans l’espace de stockage ne doit pas descendre en dessous des 12 °C.

 

 

Vente directe

Aucun des deux agriculteurs n’est intéressé par la vente aux GMS. « Je n’ai ni le temps, ni l’envie d’en faire plus », tranche Jean-Michel Obrecht qui a diversifié sa gamme de légumes avec des patates douces pour la découverte et pour éviter à ses clients d’acheter des tubercules qui ont voyagé ; pour avoir un impact écologique positif. Il vend sur l’exploitation et via la Ruche qui dit oui. Thibaut Diemer a développé son entreprise grâce à la vente sur les marchés. Vendre à des GMS ne correspond pas du tout à sa démarche non plus. « Faire du volume avec des prix tirés vers le bas, sans droit à l’erreur » ne l’intéresse pas. Et il ne tire aucun plaisir « à faire la même chose du matin au soir ». C’est pour cela qu’il cultive 35 fruits et légumes différents sur l’année. Il a d’ailleurs choisi la patate douce « pour avoir une large gamme », dit-il. Le succès est au rendez-vous pour les patates douces des deux maraîchers. « Les clients qui connaissaient ont sauté dessus, se souvient Thibaut. Puis, ça s’est propagé par le bouche-à-oreille. » Chose surprenante : la patate douce peut se consommer crue car elle ne contient pas d’amidon, contrairement à la pomme de terre. Jean-Michel et Thibaut comptent des restaurateurs dans leur clientèle.

Un plant de patate douce donne un tubercule principal et quelques autres plus petits. Les maraîchers récoltent entre 1 et 3 kg par plant de patate douce. Ceux irrigués auraient tendance à donner plus. Les rendements à la louche tourneraient autour de 4 t/ha chez Jean-Michel et de 2,5 à 3 t/ha chez Thibaut, qui achète aussi sensiblement moins de plants. Le plus jeune vend ses tubercules entre 3,5 et 4 €/kg ; la cherté des plants et le désherbage manuel expliquent le prix. Jean-Michel vend ses patates douces entre 3 et 4 €/kg… mais, pour un très beau tubercule, il peut monter à 5 €/kg. « On s’en sort quand même financièrement, commente-t-il. L’avantage, c’est que c’est un produit exotique local. »

 

Chatterie de la Plaine du Maine

Une diversification à pas de velours

Élevage

Publié le 23/06/2020

« Nous sommes chez eux et non l’inverse », annonce Pierre Meyer, lorsque l’on franchit le seuil de la chatterie extérieure, une spacieuse « cage à chats » entourée de verdure, prolongeant le bâtiment d’élevage. Les six femelles, jeunes et adultes qui n’ont pas de portée, sont là, perchées ou cachées, à l’affût, curieuses, en train de renifler, telles de petits lynx. Rien à craindre. Les maine coon aiment la présence humaine et le contact. Ils sont incroyablement confiants par nature. À la Chatterie de la Plaine du Maine, à Dessenheim, près de Neuf-Brisach, les huit femelles et le mâle qu’élève Pierre le sont d’autant plus qu’il vit parmi eux, les nourrit, les abreuve, les soigne, les choie, les brosse, joue, leur parle, les rassure, notamment lorsque les mères mettent bas. Lors des naissances, il les aide, coupe le cordon. Il pèse ensuite chaque jour les chatons. Pour les félins, Pierre est un repère.

Céréalier depuis 2013, producteur de maïs et de tournesol semences, sur 72 ha, le gérant de l’EARL Centre Hardt s’est lancé dans l’élevage de maine coon. Il y a deux ans, il a eu un coup de cœur pour la race lors d’une exposition féline. « J’avais déjà le statut d’agriculteur, indispensable, alors je me suis dit, pourquoi pas moi ? Je n’ai pas demandé d’aides à la Chambre. J’étais pressé », se souvient-il. Sa formation de trois jours au lycée agricole de Rouffach passée (soit 300 €), Pierre acquiert deux félins dans la région. Pour qu’un éleveur accepte de lui vendre des chats « entiers », non stérilisés (entre 1 500 et 4 000 €, selon le félin et, surtout, sa couleur qui fait grimper le prix, si elle est à la mode), il a dû montrer patte blanche. Gagner la confiance des autres éleveurs de la race est plus difficile que capter celle des maine coon ! « Une lignée, c’est plusieurs générations. Aucun éleveur n’a envie qu’un autre fasse n’importe quoi. Ce serait dommageable pour tous. Tout est inscrit dans le pedigree », adhère Pierre. Les concours de beauté l’ont aidé à intégrer un réseau. L’Alsace ne compte guère plus d’une dizaine d’élevages, suppute le jeune homme. Il ne les connaît pas tous. Pour « chercher du sang neuf », il est rapidement allé à Athènes en Grèce, à Milan en Italie, et a fait venir une chatte de Russie. Deux reproducteurs sont en pension chez sa belle-mère. L’an passé, il a gardé trois chats, deux femelles et un mâle, des deux premières portées de son élevage, pour assurer sa rotation. Il a vendu les dix autres, 1 200 € TTC le chaton, un prix indicatif qui peut varier selon l’animal.

Luxe, calme et volupté

« Qu’on ne pense pas que je me fasse des couilles en or, comme on dit, s’exclame Pierre, en riant. Il y a déjà 20 % de TVA sur la vente, donc je ne rentre que 1 000 € par chaton. Ensuite, entre l’achat des parents (1 700 € en moyenne/chat), le déplacement, leur transport, les tests génétiques et les échographies - pour vérifier qu’ils sont indemnes de maladies du cœur ou des reins -, leur entretien, l’alimentation (25 €/mois/chat), les vaccinations (plus de 100 €/chaton), les stérilisations ou les castrations des petits (100 €/chaton) et leur nourriture à partir d’un mois, je rentre juste dans mes frais. »

Quand un chaton quitte la Chatterie de la Plaine du Maine, ses acquéreurs sont tranquilles pendant un an. « Sur un chaton, je gagne 300 € mais c’est sans compter ce que coûtent les infrastructures », a calculé Pierre. Et puis, il faut faire face aux imprévus. Une chatte a eu une césarienne, récemment : 400 €. Une autre, une entorse, un dimanche, il y a quelque temps : 400 €. « Ça monte vite, remarque Pierre. Sur les premières portées, l’année dernière, je n’ai rien gagné. » Il dit avoir dépensé plus que prévu, à tous les niveaux. Rien que la litière à nettoyage automatique a coûté environ 500 € ; un investissement qu’il ne regrette pas ! Il faudra un certain nombre d’années pour amortir l’équipement, dont, entre autres aussi, des plateformes, arbres, passerelles, et une fontaine - sinon ces chats, qui aiment l’eau, pataugent dans les écuelles. Les conditions d’élevage à la Chatterie de la Plaine du Maine attirent les clients, qui s’informent via Facebook ou le bouche-à-oreille.

 

 

L’élevage de Pierre est loin d’être intensif. Les femelles ne font qu’une portée par an, contre deux dans la nature. Il ne veut pas les surexploiter car elles mettent du temps à se remettre. Aussi, au bout de deux à trois portées, pour leur assurer une belle et longue retraite, il cherchera des familles d’adoption à qui il les vendra à prix d’ami. La première retraitée s’en ira bientôt. Les chatons, eux, partent au bout de trois à quatre mois, quand ils sont « sociabilisés ». Légalement, Pierre pourrait les vendre à deux mois, dès qu’ils sont sevrés, mais il préfère qu’ils soient « confrontés à des adultes, pour qu’ils les canalisent, quand ils jouent ; pour qu’ils les éduquent. Les chatons sont élevés à la dure par leur mère : s’ils sont trop excités, ils s’en prennent une. Les autres chats aussi les calment. À tous les coups, un chat destructeur, qui griffe, a été enlevé trop tôt à sa mère. »

Objectif : vingt chatons par an

Tous les chats de l’élevage de Pierre sont vendus stérilisés ou castrés pour éviter « les reproductions involontaires ». « On travaille des lignées intéressantes. On investit beaucoup, aussi en temps. Donc, on protège la race », argue-t-il. Un marché parallèle existe. A priori, rares sont les rencontres fortuites dans l’univers des chats racés. Les éleveurs ne les laissent pas sortir, leurs acquéreurs rarement, que ce soit à cause des maladies, des accidents de la route ou du vol. Les maine coon n’en oublient pas leurs instincts pour autant. Ce sont d’excellents chasseurs. Une souris n’a pas le temps de traverser la chatterie extérieure. Un oiseau qui s’y aventure ne vole pas trente secondes. Idem pour une balle de ping-pong, un jouet conseillé. Pierre nourrit ses chats avec des produits Royal Canin : croquettes, pâtés, viande crue dont abats qu’il introduit doucement dans le bol alimentaire. Ce sont des chats rustiques, résistants. Castrés ou stérilisés, ils seront encore plus grands. « Les chaleurs et les portées coupent la croissance. Après la première portée, vers un an et demi, la femelle s’élargit encore mais ne s’allonge plus. Celles qui sont stérilisées atteindront leur taille maximum, qui avoisinera celle des mâles », explique Pierre Meyer. Généralement, une femelle pèse entre 5 et 8 kg, un mâle, entre 6 et 12 kg. Les chattes sont aussi stérilisées car leurs chaleurs peuvent être très « désagréables ». Outre les hurlements, elles « marquent », c’est-à-dire urinent.

À la base, le maine coon, apparu au XIXe siècle, est brun tigré. Aujourd’hui, il y en a des blancs, roux, noirs, gris. Tête haute, cassure au niveau du nez, gueule large, queue en panache et poils mi-longs jusqu’au bout de ses hautes oreilles et des pattes : il a un aspect sauvage. La sélection consistera à trouver les complémentarités entre deux animaux pour se rapprocher le plus possible des standards de la race.

Deux portées de chatons d’un mois grandissent actuellement à la Chatterie de la Plaine du Maine. C’est l’heure de l’apprentissage délicat de la propreté, qui se fait par mimétisme. Il peut y avoir des ratés, un peu plus de travail pour Pierre donc, mais ça ne dure pas. L’éleveur de maine coon espère que deux, voire trois, autres chattes mettront bas à l’automne. Jusqu’à présent, il a eu de la chance : les portées ont toujours compté de trois à sept petits. « L’objectif serait de vendre vingt chatons par an. Cela couvrirait les charges. Cet élevage sera une diversification, avec le temps. »

 

 

Baisse des traitements phytosanitaires

Produire moins cher

Cultures

Publié le 19/06/2020

« La réflexion qui permet d’aboutir à une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires dans les blés commence bien avant les semis », pose d’emblée Gregory Lemercier, conseiller en grandes cultures à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). La première chose à faire est de choisir des variétés de blé tolérantes aux maladies et à la verse. « Le levier génétique est le plus important des leviers qui seront activés ensemble pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires », insiste Gregory. La CAA diffuse chaque année, en août, au moment de l’achat des semences, une brochure permettant de choisir les meilleures variétés (productivité et résistance aux maladies), selon les essais qu’elle a conduits. Denis Fix, installé à Pfettisheim depuis 2001, en polyculture-élevage porcin, s’en remet à elle pour guider ses commandes. Il sème environ 20 ha de blé sur ses 96 ha de SAU. Le reste se compose de 55 ha de maïs, 16 ha de colza, 2 ha d’orge, 2 ha de prairies et de quelques hectares laissés au Grand contournement ouest (GCO).

En complément de choix de semences judicieux, l’agriculteur, sur les conseils de l’ingénieur de la Chambre, utilise un mélange variétal de quatre variétés de blé. Ce mélange va limiter la propagation de certaines maladies, comme la rouille brune ou jaune, « explosive » sur une seule variété car se propageant très vite, à la surface des feuilles, avec le vent. « Il faut anticiper, martèle Gregory Lemercier. On gère les problèmes avant même leur apparition, pour qu’ils n’apparaissent pas, ou dans une moindre mesure, grâce à la génétique et à l’agronomie. Avec la chimie, on gère les urgences ». Quand une variété est dite tolérante, elle l’est vraiment, rappelle encore l’animateur du réseau des fermes Dephy dans le Bas-Rhin, qui compte 13 exploitations*. « C’est une stratégie de conduite des cultures réfléchie et cohérente qui doit se mettre en place », ajoute le conseiller. Denis Fix, quatre ans sur cinq, sème 10 % de colza dans ses blés. « Les altises attaquent cette culture plus précoce que le blé. Cela limite aussi l’arrivée de méligèthes. En blé, l’utilisation d’insecticide est rare, de toute façon », nuance l’agriculteur.

La rotation est tout aussi primordiale que le choix des variétés pour limiter l’utilisation d’herbicides sur les blés. Denis Fix alterne les cultures de printemps et d’hiver dans sa rotation. Un maïs nettoie la parcelle pour le blé et le colza à venir, et inversement. Le maïs peut être remplacé par du soja : « avec un précédent soja, il y a moins de risque de fusariose », précise Gregory Lemercier. Denis Fix, pour optimiser l’efficacité des herbicides qu’il utilise encore, a recours à des adjuvants : huile, mouillant et sulfate d’ammonium.

Semis tardif

Autre levier pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires sur les blés : la date de semis. « Nous conseillons de semer après le 20 octobre pour limiter le nombre d’adventices, le risque de jaunisse nanisante de l’orge (JNO) ainsi que son vecteur, le puceron, et d’autres maladies. C’est une stratégie d’évitement. On change toute la conduite du blé. Mais, attention : plus on sème tard, plus il faut augmenter la densité de semis, qu’on augmente aussi en fonction de la qualité du lit de semence », détaille Gregory Lemercier. Denis Fix laboure : « ça permet de nettoyer le sol ».

Pour un meilleur rendement, l’apport d’azote est aussi scruté. Chaque année, en janvier, à la sortie de l’hiver, la Chambre propose une analyse de sol et un conseil adapté, selon la nature de l’engrais épandu : fumier ou lisier. L’objectif est d’éviter le risque de verse. Denis Fix épand du lisier, forcément. « En blé, j’étais déjà bien performant avant d’intégrer le réseau des fermes Dephy, constate Denis Fix. Là, on essaie d’aller plus loin : d’améliorer la structure du sol, de favoriser les auxiliaires, par exemple. Moi, je n’ai plus grand-chose à gratter pour réduire les coûts ou améliorer la rentabilité de la culture ».

Gregory Lemercier propose un désherbage mécanique au printemps, en Alsace. L’équipement en houe rotative, herse étrille ou bineuse est essentiel. Les animateurs du réseau des fermes Dephy connaissent les aides à l’investissement existantes et de plus en plus de Cuma réfléchissent à s’équiper. « Notre but est de faire gagner de l’argent aux agriculteurs, en assurant une bonne performance technico-économique. Moins d’interventions, moins d’intrants, égale plus d’économies. On fait de la technique et c’est rentable », conclut Gregory Lemercier.

Cave de Pfaffenheim

Solidaires contre le vandalisme dans les vignes

Vigne

Publié le 15/06/2020

Dans la soirée du 6 juin, une parcelle de dix ans, située entre Rouffach et Pfaffenheim, a été l’objet d’un acte de vandalisme. Au matin du 7 juin, un vigneron du village avertit le propriétaire de la parcelle : 19 rangées de vignes sont couchées. Tous les fils porteurs, les fils palisseurs, les fils d amarres sont sectionnés. Les 19 piquets métalliques de tête, porteurs du rang, ont disparu.

Avec une végétation déjà haute de presque 2 mètres, une densité et un poids du feuillage importants, le travail de remise en état s’annonçait difficile. Ainsi, une équipe de quinze volontaires s’est organisée au sein de la cave des vignerons de Pfaffenheim. Samedi 13 juin, elle a aidé l’exploitant à redresser la vigne. Le palissage peut être terminé.

Les viticulteurs coopérateurs émus dénoncent « une action de vandalisme révoltante, inadmissible et à l’image du peu de considération de certaines personnes vis-à-vis du milieu agricole et viticole ». « Dans un contexte économique, social, environnemental déjà tendu, les frais supplémentaires de travail et fournitures ne font qu’aggraver la situation, sans parler de la désolation du spectacle et l’impact moral, déplorent-ils. Les actions de soutien au milieu agricole durant la crise sanitaire, par l’acte d’achat de proximité, en circuit court, sont, une nouvelle fois, gâchées par des actes de vandalisme, par le manque de solidarité et d’humanisme d’une partie de la population. Nous appelons à tirer les leçons de ces situations complexes de crise pour recréer de nouvelles façons de vivre, de se côtoyer et de consommer. »

Arboriculture fruitière

Peu de maladies mais beaucoup d’insectes

Cultures

Publié le 28/05/2020

Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), fait le tour des cultures. La récolte de cerises burlat a débuté fin de semaine passée, avec près de deux semaines d’avance par rapport à une année normale. La « chute de juin » naturelle des pommes a lieu maintenant, avec quinze jours d’avance aussi. L’éclaircissage manuel des poires est, lui, déjà en cours, en cette fin mai, pour faire tomber les fruits encore excédentaires et ainsi ajuster la charge au juste potentiel du verger. Les prunes (prunes bleues, mirabelles, quetsches) et les pêches sont en phase de différenciation : les fruits grossissent mais les plus petits ne tombent pas encore. Les abricotiers sont vides, ou presque, car ils ont gelé. D’ici deux à trois semaines, on connaîtra la charge de tous les fruitiers.

« Ce qui caractérise cette année, c’est l’hétérogénéité », dit Hervé Bentz, le responsable de la station Verexal, à Obernai et à Innenheim. Une succession de nuits froides en avril et en mai, aux Saints de glace (du 11 au 13 mai, notamment), a brûlé une partie des fleurs des fruitiers et « a bloqué » les arbres (voir la vidéo d’Ilo) : ils ont arrêté de nourrir fleurs et petits fruits. Le gel a en effet une double conséquence sur l’arboriculture. Hervé Bentz relève aussi deux cas de figure au Verexal : des arbres correctement chargés de fruits de calibres moyens et des arbres chargés de très beaux fruits mais rares.

Hormis ces épisodes de gel nocturne, qui ont amputé les récoltes à venir, et une sécheresse au début du printemps, la météo est « idéale » cette année, souligne Philippe Jacques. « On a eu très peur, fin mars et début avril. Il y a eu des dégâts de gel importants dans le Sundgau et dans les alentours de Molsheim, Westhoffen, Balbronn, Traenheim, selon la situation de la parcelle. Mais, depuis, on a le climat parfait : ni trop, ni trop peu. Il ne fait pas trop chaud. L’amplitude thermique est raisonnable. Il n’y a pas de grêle. La pluie est régulière : environ 20 mm tous les dix jours. Il y a du vent, mais pas de coups de vent », énumère le conseiller.

Deux semaines d’avance

Cette météo est favorable à une pression sanitaire moindre. Il y a peu de maladies, les arbres sont plutôt jolis. On traite donc peu. Et « quand il pleut, il pleut vraiment. On intervient quand il faut. Climatiquement, c’est facile », juge Philippe. Pour l’instant, peu de fongicides ont été utilisés. La vigilance est tout de même de mise, rappelle Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est. « En tavelures, nous ne sommes pas encore à la fin de la contamination primaire. Suite aux pluies du 11 mai, on a observé les premières taches de tavelures, la semaine passée. Si l’on en voit, il faut traiter maintenant, sinon on traitera ensuite jusqu’à la récolte. Passé le 1er juin, si on est propre, il n’y aura pas de contamination secondaire. Notre actualité, c’est donc : chercher les taches de tavelure, après chaque pluie, chaque rosée. On essaie d’être sérieux sur les contaminations primaires », mobilise Stéphanie.

Si la météo est peu propice aux maladies, elle l’est en revanche aux insectes. Les cultures ont deux semaines d’avance, cette année : les ravageurs aussi ! L’hiver doux n’a pas décimé les colonies. Les chaleurs printanières prématurées et les rares pluies ont bénéficié aux pucerons. « Les insectes se sont réunis plus tôt », dixit Hervé Bentz, et, depuis, prolifèrent. « On a divisé par quatre la couverture fongicide mais on récupère en insecticides », constate Philippe Jacques, qui compare cette année sans hiver à 2014. Les insectes « attaquent », les agriculteurs « couvrent », les ravageurs « partent puis reviennent », enchaîne le conseiller : « Il y a repiquages d’attaques. » Les ravages d’hoplocampes auront une incidence économique, cette année, présage Philippe. Des attaques féroces d’hoplocampes, après un coup de gel à la floraison, ont fait perdre du potentiel de production, selon lui. Les premières piqûres de carpocapses ont été vues le 25 mai. Le modèle les prévoyait le 23 : « On est content que la théorie colle à la pratique, s’exclame Stéphanie. Les traitements ont pu être bien placés. » Le carpocapse est le ravageur le plus important. Elle insiste : « Les premières larves de carpocapses sont là. C’est le moment, pour les amateurs, de traiter avec des larvicides. » La mouche de la cerise a un mois d’avance, en 2020. « C’est une incidence du réchauffement climatique, pointe Philippe Jacques. On a les mêmes problèmes que dans le Sud. La mouche sort du sol plus rapidement. Son vol correspond, cette année, pile poil à la récolte de cerises précoces. » L’avance et l’intensité de cette mouche impressionnent Philippe. Il pense qu’il y aura aussi beaucoup de drosophiles cette année, comme ce fut le cas en 2014. La pluie, comme sur les pucerons, serait le meilleur insecticide contre les « droso’». Le conseiller rappelle que les traitements insecticides sont épandus avant la floraison, puis, après le 15 mai, selon la pression, pour épargner les pollinisateurs.

Pression sociale pesante

« Nous faisons des efforts pour améliorer les pratiques en arboriculture, tient à répéter Philippe Jacques. L’Europe et l’État ont légiféré pour ajuster les limites maximales de résidu de pesticides dans les fruits, par exemple. Il y a une pression positive de la société qui a, entre autres, amené les cultivateurs à utiliser les produits de biocontrôle qui sont plus chers. Mais, aujourd’hui, quand ils utilisent ces produits ou épandent de l’engrais foliaire, ils se font courir après, filmer, photographier. Ça s’enflamme, parfois. On en arrive à des situations débiles. Nos adhérents nous ont fait remonter trois incidents de ce type durant le confinement. Avant que de réelles avancées aient lieu, les arboriculteurs se sentaient coupables. Aujourd’hui, ils se sentent agressés. Ils en ont gros sur le cœur. Ras-le-bol. La tension sociale augmente autour des applications phytosanitaires alors que la plupart des gens n’y connaissent rien et qu’en arboriculture, qui est une culture pérenne, les enjeux sont grands : s’il y a un raté, l’arbre s’en souvient pendant quatre ou cinq ans. Les arboriculteurs, quand ils soignent leurs plantes, essaient juste de faire leur travail. Les gens qui croient mieux savoir, c’est pesant. » Stéphanie Frey abonde : « En arboriculture, c’est très pointu. D’un jour à l’autre, on doit traiter. D’où la difficulté de cohabiter avec certains riverains. Quand il y a conflit, c’est souvent que personne ne se parle. Les gens se font des idées. On intervient aussi en bio. » Elle prône l’intercompréhension et répète : « Les vergers sont des cultures, pas un lieu de promenade », même si les plans d’urbanisme peuvent le laisser penser.

Nécessaires clients locaux

Ce qui inquiète plus qu’une poignée de « croyants », c’est l’état du marché. « C’est l’inconnue la plus totale et la plus complète, admet Philippe Jacques. Il y a eu des craintes pour les fraises mais la demande a été si forte qu’il y a presque pénurie : on ne cueille pas assez vite. » Les cueillettes en plein champ fonctionnent bien aussi, d’ailleurs. « Certains producteurs s’en sortent correctement sur des marchés extérieurs mais, dans les halls, la limitation des clients n’a pas permis d’écouler plus que de petites quantités », nuance tout de même le conseiller de la Chambre. « Pour l’instant, les consommateurs ont joué le jeu. Ils ont repris des produits locaux », observe Daniel Dettling, de l’EARL de la Fontaine à Westhoffen, qui exploite une vingtaine d’hectares de vergers et de vigne (6 ha), et de la SARL La ferme Dettling, qui commercialise la production conditionnée et transformée, notamment à des magasins de producteurs. L’exploitant est aussi président de l’association Production fruitière intégrée d’Alsace (PFI) dont les trente producteurs ont quasiment tous rejoint la démarche qualité Vergers écoresponsables. « Ces clients sont un atout », ajoute-t-il. Les cerises, c’est de l’ultra-frais. « On ne peut pas les stocker », précise Daniel Dettling, qui a ouvert la semaine passée un distributeur de fruits et légumes, à côté de sa ferme, où il vend aussi en direct. Les acheteurs sont au rendez-vous, ces jours-ci, mais il s’interroge aussi sur la suite. « La cerise est un vecteur de trésorerie, en début de saison, explique Philippe Jacques. Ce n’est pas une filière en Alsace, sauf pour trois producteurs qui livrent des centrales d’achat. Pour les autres, elle permet de payer les salariés qui récoltent les quetsches et les pommes. Pour l’instant, avec la cerise burlat, ça se passe bien : il n’y a pas encore de grosses quantités de cerises sur le marché mais, mi-juin, que va-t-il se passer ? Cette année, on est en phase avec les autres bassins de production français. Nous avons rattrapé notre retard naturel, par rapport à une année moyenne. Toutes les cerises françaises arriveront sur les étals en même temps. Les ventes de produits alsaciens seront-elles bonnes ? »

 

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