Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Les anciens : René et Marie Lux de Schnersheim

De la polyculture à la spécialisation

Vie professionnelle

Publié le 31/12/2020

« On est un bon tandem. Il n’y en a pas un qui tire à droite et l’autre qui tire à gauche », confie d’emblée René Lux, à propos du couple qu’il forme depuis 1964 avec Marie, 79 ans. Cette bonne entente semble être le secret de la prospérité de leur ferme. Ils ont fait des émules, alors que René avoue qu’il n’aurait pas été agriculteur s’il n’avait pas été l’aîné. Marie et René sont fiers de compter parmi leurs petits-enfants, pas moins de trois agriculteurs : Frédéric Lux, 27 ans, de la SCEA du Lys, éleveur de poules pondeuses en plein air à Schnersheim ; Florian et Gauthier Christ, respectivement gérant de la SAS Méthachrist et éleveur de vaches laitières, à Woellenheim. Ces derniers sont âgés de 27 et 24 ans.

Les albums photos ouverts devant lui, René se souvient de sa jeunesse. « Chez nous, les vaches arrivaient en dernière lactation. Elles étaient poussées à fond et engraissées. Un marchand de bestiaux les amenait de Lorraine. Il y en avait une vingtaine. » René a arrêté l’école à 14 ans, comme Marie. À 16 ans, il a repris le travail du vacher de la ferme, avec sa maman. « Il n’était pas très stable », argue-t-il. En 1960, René est appelé pour deux ans. Il part en Algérie. Sa maman tombe malade. Trois ouvriers travaillent avec son père : « Des zigotos », lâche-t-il. Quand il revient de son service militaire, il décide d’arrêter les vaches. Il ne veut plus faire de lait. Petite anecdote : c’est Maria, la maman de Denis Ramspacher, qui apportait chaque mois les sous de la collecte de lait.

« On a repris l’exploitation en 1965, avec Marie », enchaîne René, sans transition. Les premières années, des betteraves, du blé, de l’orge, du maïs, du houblon s’épanouissent dans les champs sur 27 ha. Il y a quinze truies, une centaine de porcs et 45 bovins à l’engraissement, pour valoriser la betterave sucrière. Les bovins sont en pension. « On était rémunéré à la place, par des marchands de bestiaux », précise René. Ils restaient à la ferme tout l’hiver et repartaient quand le fourrage était terminé. « Tout était dans le corps de ferme », ajoute l’octogénaire. Les bâtisses à colombage datent des années 1800. Elles ont vu passer au moins dix générations de paysans, pense René Lux.

L’autonomie alimentaire

« On ne pouvait pas être céréaliers, on n’avait pas assez de surfaces. On a grandi à coup de 3 ha », intervient Marie. En fin de carrière, en 1999, c’est une exploitation de 35 ha que les époux Lux transmettent à Sylvia, leur belle-fille, l’épouse de Jacques, qui associe Frédéric, leur fils, en 2016. « On a diminué l’élevage de porcs et arrêté l’engraissement, quand on a commencé le tabac, en 1980 », explique René. Il a aussi terminé sa carrière avec des légumes : céleri, ail. En 2019, plus question de cultiver du tabac, par contre. Frédéric espère devenir autonome en alimentation pour ses pondeuses, pour lesquelles il a créé une EARL. Il livre à Bureland. René, son grand-père, a aussi toujours fabriqué de l’aliment lui-même. À part pour les minéraux et les tourteaux de soja, ils étaient autonomes en alimentation, détaille René.

« L’agriculture dans le Kochersberg doit être hyper spécialisée, parce qu’elle ne peut pas rivaliser sur les marchés mondiaux. Il n’y a ni les surfaces ni l’irrigation. On est obligé de viser une clientèle locale », commente Jacques Lux, 54 ans, technicien sur les lignes de fabrication chez Mars, qui suit de près le travail de son fils Frédéric. Le jeune homme a d’ailleurs réduit les surfaces de betteraves sucrières. Elles sont passées de 24 ha (sur 75 ha de SAU), au plus haut de la production, en 2000, à 11 ha, aujourd’hui.

Jusqu’en 1955, René raconte que les betteraves étaient prises et nettoyées une à une, à la main. Les premières livraisons au tramway à Wiwersheim datent de cette époque. « Les betteraves étaient négociées à la remorque. Elles étaient déchargées, ensuite, dans les wagons du tramway qui allait jusqu’à Erstein. » Dans les années 1960, Marie et René voient arriver une machine qui coupe les feuilles des betteraves, tractée par un cheval, puis les épandeurs à fumier et les premières arracheuses mécaniques. L’achat des betteraves se fera alors en bout de champ. « On négociait la tare terre au plus bas », s’amuse René. Ils louent, à l’instar des Goos, les mérites de l’inspecteur de culture feu Pierre Mehl.

Du tout manuel à la Ropa

« Il n’y avait pas le choix d’utiliser des herbicides et des pesticides car on semait moins », explique Marie Lux. Avant 1964, les betteraves étaient bio ! Mais, avec l’arrivée des semoirs monograine et l’espacement des graines, il fallait qu’elles réussissent toutes. « Si une foire, il y a un trou de 30 cm dans le rang », plaide René. La mécanisation et la chimie ont remplacé les « betteraviers », ces saisonniers qui démariaient les betteraves, semées serrées, dans les années 1950. « Ça a simplifié la vie, juge René Lux. Une Cuma s’est formée dans le village. Tout le monde participait. Il y avait des betteraves dans chaque ferme, de 20 ares à 7 ha, jusqu’à ce que certains lui préfèrent le maïs. Nous, on a tout connu du travail de la betterave : du tout manuel à la Ropa, l’avaleuse, qui met au bout du champ. J’ai travaillé avec un soc traîné sans relevage au début. Je tirais avec une ficelle. Les démarcheurs qui vendaient les graines et l’alimentation étaient à vélo ! » Marie conduisait l’effeuilleuse, dans les années 1970, tient encore à souligner René, jusqu’à ce que les chantiers soient confiés à une entreprise de travaux agricoles.

Les hommes sont passionnés. Ils narrent leur métier sans discontinuer. Marie insiste pour que l’on goûte à tous ses bredeles. Ils sont excellents. « C’est l’essentiel », glisse-t-elle. Pour confectionner de délicieux mets, il faut de bons ingrédients. « L’agriculture d’aujourd’hui s’inspire de ce qui se faisait dans le temps. Mon père a aussi vu qu’avec la surproduction, on allait droit dans le mur. On prend un virage. Le consommateur est sensible au bien-être animal. À Erstein, la sucrerie démarre une filière bio. Les anciennes techniques vont être remises au goût du jour », estime Jacques Lux.

Les anciens : Évelyne et Alfred Goos de Hurtigheim

« La ferme s’est agrandie progressivement »

Vie professionnelle

Publié le 30/12/2020

Dans la stub traditionnelle toute de bois parée, datant de 1800 et quelques, Évelyne, Alfred et Jean-Michel, leur fils, sortent les albums photos. Rares sont celles en noir et blanc mais ils ont trouvé quelques pépites. Alfred, qui vient de se prêter au jeu des photos avec son cheval, dans la cour de la ferme, où trône une vieille auge en grès fleurie, est heureux. « La succession est assurée », lance-t-il. Jean-Michel Goos travaille aujourd’hui en EARL (EARL de la Musau), associé à son gendre Thomas Litt, et épaulé de sa conjointe, salariée.

Issu d’une famille d’agriculteurs de Blaesheim, Alfred a épousé Évelyne, en 1961. Ils ont repris, la même année, la ferme des parents d’Évelyne à Hurtigheim, où ils vivent toujours aujourd’hui avec Jean-Michel et sa famille. Tous deux ont travaillé dès leurs 14 ans. Le père d’Évelyne est mort quand elle en avait 13. « Depuis le début du XIXe siècle, il y a toujours eu une exploitation dans cette cour. Les Wick (son nom de jeune fille, NDLR) sont ici depuis 1616 ! », s’exclame Évelyne, fière de cet héritage. Le grand-père d’Alfred, lui, était forgeron mais « chaque artisan était aussi agriculteur », pointe l’ancien exploitant. C’est un frère d’Alfred qui a pris la suite à Blaesheim. Évelyne et Alfred se sont installés à Hurtigheim.

« On a commencé par 9 ha », se souvient Alfred Goos. « Ma maman et moi, on travaillait avec un ouvrier. On ne pouvait pas faire plus. Tout était fait à la main », précise Évelyne. Quand Alfred devient chef d’exploitation, exit l’ouvrier. Il y a cinq vaches, deux chevaux et six truies. Dans les champs, ils cultivent du blé, de la luzerne, du houblon, bien rémunérateur à l’époque - « tout le monde en avait », glisse Évelyne - et des betteraves fourragères pour les animaux. En 1962, poussés par la sucrerie d’Erstein, ils récoltent 40 ares de betteraves. Seules 9 tonnes sont livrées. « La récolte était trop bonne, cette année-là », explique-t-il. Le reste des betteraves a très certainement été distribué aux bêtes.

Un gros tracteur pour l’époque

Jean-Michel naît en 1962, sa sœur Marylène, en 1964. « On pouvait vivre, souligne Évelyne. On ne dépensait pas plus que ce que l’on avait. » Alfred ajoute : « Il y avait peu de production mais les prix étaient là. » Pourtant, les années 1960 voient les débuts de la mécanisation. Alfred achète son premier tracteur en 1961, un Massey Ferguson de 60 chevaux. Une marque à laquelle les Goos sont restés fidèles. « On avait un gros tracteur, pour l’époque », dit Évelyne, en rigolant. « On a fait un prêt, confie Alfred. Puis, on a vendu un cheval sur les deux, pour acheter une herse et un cultivateur (un vibroculteur, NDLR). Quand on vendait des porcelets et des vaches, on achetait des machines », développe Évelyne.

Au fur et à mesure, les époux acquièrent plus de terres. En 1964, ils cultivent 16 ha, augmentent la production de betteraves. En 1968, ils prennent soin de 2 ha de betteraves et sont passés de 30 à 87 ares de houblon. Jean-Michel aidait à la ferme. Ses souvenirs sont vifs. Au début des années 1970, une soixantaine de bovins emplissent la nouvelle étable : vingt vaches et la suite. Les Goos livrent à Alsace Lait encore aujourd’hui. Jean-Michel a appris beaucoup de son papa. « Je savais déjà petit que je voulais faire ce métier », dit l’homme de 58 ans, qui s’est installé, après des études à Obernai, en 1984 en partie, puis a repris l’intégralité de l’exploitation en 1996.

« À la fin de la construction du nouveau bâtiment, le prix du ciment avait doublé », remarque Évelyne. La crise pétrolière a marqué les esprits. Autant que le service militaire d’Alfred, dix ans auparavant. L’agriculteur a toujours vécu avec son temps. Il a suivi les évolutions de l’agriculture. Mais les 28 mois d’armée, en grande partie en Afrique, dans les années 1960, l’avaient déphasé. « C’était dur de suivre quand je suis rentré. Ça évoluait vite à l’époque. Pendant plus d’un an, en Algérie, on n’avait été au courant de rien », souligne-t-il. Il rend hommage aux « bons techniciens » de la sucrerie, notamment feu Pierre Mehl. « On lui doit beaucoup », insiste Alfred Goos. À partir de 1963, les Goos misent sur la betterave, avec l’appui du technicien. Pendant 30 ans, ensuite, ils enchaînent les essais variétaux, de désherbage. « Il a fait évoluer la culture de la betterave », tranche Alfred.

Quand les animaux rapportaient plus

En 1968, sonne l’heure des premiers traitements sur la betterave. « Avant, on semait en ligne, puis il fallait démarier pour qu’il ne reste qu’une betterave tous les 20 cm, tout ça à la binette. En 1968, le premier semoir de précision monograine Tank est arrivé. Les premiers traitements dataient déjà de 1964. On a eu plus de rendement. Et, surtout, il fallait moins de main-d’œuvre. Ça évoluait vite », se rappelle Alfred. En 1980, le rythme des améliorations ralentit. Dès 1990, les prix baissent. Du moins, ils ont stagné jusqu’à aujourd’hui, alors que les frais augmentent, constate le retraité. « Pour gagner autant, il faut faire plus », conclut-il. « Ils ont connu l’intensification de l’agriculture, observe Jean-Michel. On leur demandait de produire toujours plus. Il fallait avancer dans ce sens-là ou arrêter. Ils n’avaient pas de grandes surfaces non plus. » Jusqu’au milieu des années 1990, les animaux et leurs produits rapportaient d’ailleurs plus que la terre.

En 1996, juste avant leur retraite, le couple Goos compte 45 ha de cultures et une soixantaine de bovins. « Les porcs, il n’y en avait plus depuis la fin des années 1970 », relève Jean-Michel. « Dès que les exploitations industrielles sont apparues, ça n’a plus fonctionné pour les petits », développe Évelyne. Alfred et elle terminent leur carrière avec 10 ha de maïs, 8 à 10 ha de blé, 7 ha de betteraves, un peu d’orge et une dizaine d’hectares de prés. « Notre devise, encore aujourd’hui, est d’acheter le moins d’aliments possible », pointe Jean-Michel Goos.

« Ce n’est pas 8 heures par jour de travail, ce métier. En été, c’est jusqu’à 12 heures ! », répond Alfred, quand on lui demande si son affaire était rentable. « C’est le travail qui fait tout », cadre-t-il. Le vieil homme a donc attendu la fin de sa vie active, puis sa retraite, pour s’adonner à son dada : les chevaux. Évelyne n’en a cure. Est-ce qu’à la maison, ce ne serait pas elle qui tient les rênes ? « Ma compagne m’a toujours secondé. Sinon, ça n’aurait pas marché. On travaillait toujours ensemble. Elle était dehors du matin au soir. Elle conduisait la remorque pendant les moissons, et heureusement », s’épanche Alfred. Évelyne acquiesce. Quand ils étaient jeunes, ils étaient à la ferme et c’est sa maman qui cuisinait. Évelyne a l’air d’en avoir tout à fait pris son parti.

Guillaume Moschler, jeune agriculteur chasseur

« Chacun doit y mettre du sien »

Vie professionnelle

Publié le 23/12/2020

Contre les corbeaux, il a pris l’arme ! Guillaume Moschler, 28 ans, a passé son permis de chasser, il y a cinq ans, à Geudertheim, où se trouve le siège de la Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin (FDC 67). Aujourd’hui, il est partenaire de chasse sur un lot qui englobe sa parcelle, à Innenheim. « J’ai un lot de chasse, depuis trois ans. Je suis plus libre ainsi », déclare-t-il. Ils sont neuf partenaires, au total, dont cinq à « sortir tous les dimanches aux corbeaux, au printemps ». « Pour avoir un résultat, il faut sortir, dit-il. En début de semaine, on repère où passent les corbeaux et le week-end, on se cache dans les haies, après avoir déposé des corbeaux fictifs en plastique pour les appeler. Quand ils viennent, on les tire, à 30 m maximum, avec un fusil de précision et du calibre 12. Il faut être en place au lever du jour. Et il faut changer d’endroit souvent. Les corbeaux sont malins. » Fin novembre, il a pu organiser une battue, dans la moutarde qu’il avait plantée, pour tuer quatre sangliers. « On les a vus et tirés le jour même. On peut réguler les sangliers dans la moutarde », s’exclame-t-il. Guillaume milite pour que les agriculteurs laissent l’engrais vert (sorgho, moutarde ou phacélie), jusqu’en janvier, sur leurs parcelles, afin que les sangliers s’y glissent avec plaisir et que les chasseurs puissent les tuer.

Intérêts communs

Pour « détruire » les volatiles sur une autre de ses parcelles, Guillaume Moschler demande l’autorisation au patron de la chasse qui comprend son champ. S’il pourrait légalement se passer de l’approbation du détenteur de droit de chasse, puisqu’il effectue une destruction, il préfère mettre les formes : « ça favorise la bonne entente », juge-t-il. « Le patron de chasse est toujours d’accord que je tire sur ma parcelle. Les chasseurs et les agriculteurs ont un intérêt commun à ce qu’il y ait moins de corbeaux. Chez nous, le lièvre et le faisan se redéveloppent, depuis qu’on tire les corbeaux. On en a tué 90 cette année et 140, l’an passé. Sur deux lots de chasse, c’est beaucoup ! Pour les agriculteurs, c’est bénéfique pour le maïs, les choux, les salades. Les oiseaux enlèvent les pousses des légumes juste pour voir s’il y a un ver en dessous. C’est d’autant plus emmerdant que l’année d’après, ils reviennent ! En 2020, c’est la première fois qu’il y a des dégâts dans le maïs, chez moi, témoigne Guillaume, qui est syndiqué JA. Si, sur chaque lot de chasse, une centaine de corbeaux étaient tués chaque année, ça irait. Chacun doit y mettre du sien, chasseurs et agriculteurs. C’est bien que les agriculteurs régulent. »

 

 

 

En #automne il y a les #courges mais aussi toutes sortes de #choux aux nombreuses vertues ?? Nous vous accueillons ce...

Publiée par EARL Ferme Moschler sur Samedi 24 octobre 2020

 

 

Un devoir et une passion

Si Guillaume a passé son permis de chasser pour cela, l’année de son installation sur la ferme familiale, il y a pris goût. Sur quatre battues en trois semaines, en 2020, il a tiré cinq chevreuils et cinq sangliers, à Valff, Krautergersheim et Meistratzheim. Sur ses deux lots de chasse, à Innenheim, il a tué 80 corbeaux, cette année, et un sanglier, depuis un mirador, seul, cet été. « J’aime la forêt. Quand j’étais petit, je me baladais tout le temps. J’aime la nature, le monde sauvage, confie-t-il. Et j’aime tirer. C’est intéressant de tuer le sanglier parce que ça permet de diminuer les dégâts dans le maïs. Quand je participe à une battue, ailleurs, c’est de l’entraide ; j’amène ma pierre à l’édifice. » Pour ce qui est du chevreuil, sa régulation évite la consanguinité.

Plus qu’un devoir moral, la chasse est devenue une passion. « De novembre à janvier, j’y suis tous les dimanches, au sanglier, jusqu’en milieu d’après-midi. Et, au printemps, je tire les corbeaux tous les dimanches matin de 5 h 30 à 9 h », détaille le jeune agriculteur, qui apprécie la convivialité des repas de chasse et attend avec impatience la levée des mesures sanitaires pour pouvoir à nouveau festoyer. « On rencontre beaucoup de personnes de corps de métiers différents. Ça me change les idées et on développe une solidarité. Là où je vais, il n’y a pas de femmes mais elles sont de plus en plus nombreuses, notamment dans les battues à l’arc. Pour l’instant, on voit encore plus de femmes qui traquent, des rabatteuses », constate Guillaume. Ses copains agriculteurs l’appellent maintenant pour lui demander les coordonnées des chasseurs sur leurs communes. Il fait le lien.

Un investissement… en temps

« Je n’ai jamais calculé combien ça me coûte. C’est un petit investissement. Plus on est de partenaires, moins la location de la chasse est chère. L’arme, on l’achète une seule fois, a priori. Une carabine et une lunette, c’est 2 000 euros ; un fusil, 700 euros. J’en ai pour 200 euros de balles et de cartouches par an, environ ; 24 euros d’assurance. La validation du permis de chasser dans le Bas-Rhin et le timbre sanglier m’ont coûté 180 euros, cette année », estime Guillaume Moschler, qui n’a pas d’autres loisirs. « Entre le boulot et la chasse, il me reste peu de temps pour autre chose », reconnaît-il.

Loup

Un voyage dans les Abruzzes

Élevage

Publié le 19/12/2020

Thierry Sieffer, le maire de Ranrupt, est parti dans les Abruzzes, dans le centre-est de l’Italie, où les hommes n’ont jamais cessé de cohabiter avec le loup, pour trouver des solutions transposables à la vallée de la Bruche, en termes de protection du cheptel. Du 28 septembre au 2 octobre 2020, Jean-Sébastien Laumond, chargé de mission paysage-environnement de la communauté de communes de la Vallée de la Bruche, Frédéric Preisemann, technicien forestier de l’Office national des forêts (ONF), membre du Réseau Loup-Lynx (piloté par l’Office français de la biodiversité, l'OFB), et Olivier Vogel, journaliste à France Bleu Alsace, sont allés avec lui à la rencontre d’éleveurs, d’un élu et d’une biologiste, dans le parc naturel national italien.

L’initiative est à saluer. D’autant plus que Thierry Sieffer, ancien bûcheron, impulse une dynamique depuis mars 2020 autour de la question du retour du loup dans les Vosges bas-rhinoises. Mais la méthode en a choqué plus d’un dans le monde de l’élevage. En effet, lors d’une réunion qui a eu lieu avant le premier confinement, entre élus, éleveurs et techniciens, la potentialité d’un voyage d’études avait été soulevée. La crise sanitaire a mis en attente les retrouvailles des professionnels ; elle a retardé le projet. Sans concertation, dans l’urgence déclenchée par le spectre d’un second confinement, Thierry Sieffer décide d’organiser le voyage. Il appelle, début septembre, tous les éleveurs du coin pour les inviter à participer : en vain. L’un a prévu de faner, l’autre d’aller à l’abattoir. Ils n’ont pas voulu se libérer, ni être remplacés sur leurs fermes au pied levé. D’autant plus que la pertinence de la destination est contestée : pourquoi aller dans les Abruzzes alors que le contexte, la production et les règles d’indemnisation ne sont pas les mêmes qu’en France ?

« C’est un peu du tourisme »

Simon Maier, secrétaire général au syndicat ovin (SO) du Bas-Rhin, associé co-gérant au Gaec de l’Eichmatt, à Bassemberg, a décliné l’invitation au voyage de Thierry Sieffer. Pourtant, il a subi deux attaques, deux nuits de suite au Champ-du-Feu en juillet 2019, et il est avide d’informations nouvelles sur le loup. Il est déjà très bien renseigné. « C’est un peu du tourisme, ce qu’ils sont allés faire, pense-t-il. Il n’y a pas besoin d’aller en Italie, avec un traducteur qui ne restitue pas tout, chez un célibataire du fin fond de la vallée. Certaines communes ont même basé leur économie touristique sur le loup. [Il fait référence à Civitella Alfedena, un village de 260 habitants, à 1 123 mètres d’altitude ; et à son musée du loup et à son parc dans lequel on peut observer plusieurs grands prédateurs en semi-liberté, NDLR.] On n’aurait rien apporté au voyage, nous, les éleveurs. Et je doute que ce voyage nous apporte grand-chose. Ça part d’une bonne intention mais la comparaison est difficile entre les Abruzzes et la vallée de la Bruche. Et il y a assez d’expériences en France, de nombreuses communautés sur Facebook ! En cinq ans, je suis parti seulement trois jours, avec ma compagne, en voyage. Si je pars sans elle, elle m’en voudra ! » Simon termine sur cette pointe d’humour mais il est sérieux. « Je leur avais déjà dit, avant le confinement, qu’on n’était pas chaud, nous, les éleveurs », glisse-t-il.

Qu’à cela ne tienne, l’élu de Ranrupt ayant sollicité le soutien de l’Europe, via le programme Leader (Liaison entre action de développement de l’économie rurale), financé par le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), et redoutant, à raison, un reconfinement, maintient son départ dans les Abruzzes. Hormis la philosophie italienne, qui est de s’accommoder au mieux de la présence du grand prédateur - aussi peut-être parce que l’indemnisation de 190 euros pour un mouton reconnu tué par un loup vaut plus que la bête à viande (60 euros), d’après la scientifique qui travaille sur place -, rien de détonant n’est à retenir du voyage. Les trois éleveurs italiens professionnels des Abruzzes, en lait et/ou viande, ont subi chacun de trois à dix attaques en 2020, sur des troupeaux allant de 150 brebis à 300 moutons, ou de 100 chèvres, qui paissent jusqu’à 1 600 m d’altitude. Pour s’en défendre, ils insistent sur la nécessaire présence de chiens (de six à dix), leur éducation adéquate, sur l’importance d’un berger (dont le loup a systématiquement peur : « Il sait très bien que l’animal le plus méchant, c’est l’homme », répète la traductrice), sur l’utilisation de clôtures électrifiées.

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est si le loup entend de temps à autre siffler une balle, alors qu'il est strictement protégé des deux côtés des Alpes. Les Italiens ont la réputation d'être moins regardants sur le respect des lois, aussi sévères soient-elles. 400 prédations sont dénombrées en moyenne dans les Abruzzes chaque année. Mais le plus gros problème relève un éleveur italien, c’est le tourisme de masse : certains hôtels attiraient l’ours et des cerfs pour contenter les visiteurs. Le plantigrade a déjà abîmé ses clôtures. De son côté, Roberta Latini, la biologiste du parc naturel, ose dire que certains éleveurs participaient à ce « nourrissage » en posant des carcasses pour les loups.

« Adapter les solutions pour chaque troupeau »

Si le triptyque « chiens-brebis-berger » est le meilleur pour les Alpes, d’après Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue, qui travaille dans le Valais en Suisse, depuis 1997 suite au retour du loup ; il ne l’est pas forcément partout. Début octobre, juste après le retour des Alsaciens de leur expédition dans les Abruzzes, le scientifique a été interviewé par la journaliste Aurélie Kieffer pour France Culture. Le voyage des Bruchois a eu le mérite d’engendrer un battage médiatique au retentissement national, puisque Jean-Marc Landry réagit au reportage d’Olivier Vogel diffusé sur l’antenne. Quand les éleveurs divisent un troupeau en quinze lots, il est inenvisageable d’avoir quinze chiens, dit l’éthologue. « L’éleveur passerait la journée à les nourrir ! », s’exclame-t-il. Et, si les chiens de troupeau fournissent un travail fantastique, le chercheur constate qu’il n’y a pas encore assez de sélection et que les éleveurs français et suisses ont perdu les savoir-faire en matière d’éducation de ces chiens, contrairement aux Italiens. La collaboration qui se dessine entre la vallée de la Bruche et les Abruzzes s’orienteraient-elles sur des échanges autour des chiens de protection ? « Tous doivent s’adapter aux chiens. Les éleveurs ne doivent pas porter toute la responsabilité », souligne encore Jean-Marc Landry. Le scientifique fait référence aux peines de prison qui peuvent être encourues lorsqu’un chien mord un randonneur, se basant sur un cas français.

« L’idée, c’est d’adapter les solutions pour chaque troupeau. […] Parfois, le tir est un outil de protection ; parfois, c’est la solution. On doit donner à l’éleveur des outils pour défendre ses bêtes », plaide-t-il. Mais attention à ne pas tuer n’importe quel loup : une meute désorganisée, déstructurée par la mort d’un des deux parents par exemple, peut entraîner plus d’attaques sur les troupeaux de la part des jeunes. « L’idéal, ce serait de pouvoir tirer le loup qui est en train de faire l’attaque », précise Jean-Marc Landry. La réglementation aujourd’hui ne le permet pas. 50 % des loups vivent dans le système pastoral et ils passent aussi à côté des troupeaux sans les attaquer. Dès lors, comment savoir a posteriori si on tire sur le bon individu ?

« Les chiens de protection, on verra plus tard »

« Nous aimerions faire des tirs non létaux : tirer sur le loup, lui faire du mal, parce qu’il faut que le loup ait un traumatisme et qu’il fasse le lien avec les brebis, pour qu’il apprenne à ne plus revenir sur les troupeaux. On est en train de développer plusieurs outils, parce que les éleveurs ont besoin d’outils qui fonctionnent », martèle le biologiste.

« En Alsace, on parque la nuit, parce qu’on a des voisins. On est obligé. Mais poser des filets d’1,40 mètres, c’est très lourd. Un an est passé sans attaque : on ne va pas s’embêter avec ça. Nos filets ont 90 cm de hauteur, aujourd’hui. Le retour du loup nous inquiète certes, mais pour le moment on ne va pas changer nos pratiques, parce qu’on n’a rien sous les yeux. Et les autorités non plus ! », avance Simon Maier, joint par téléphone, début décembre, après avoir rencontré Thierry Sieffer et son équipe. Le secrétaire général du SO du Bas-Rhin reconnaît que s’équiper avant même que le loup n’arrive, même à ses frais, pourrait le tenir à distance mais « ce n’est pas facile et c’est lourd, économiquement », dénonce-t-il. Il voit d’ailleurs plus loin : « Dans les années à venir, les protections fonctionneront mais dans vingt ans ? » Il cite l’exemple de la Drôme où certains éleveurs avec 25 chiens se font encore manger des brebis, parce que le loup s’est trop développé, estime-t-il.

« C’est un métier de plus d’avoir des chiens, ajoute-t-il. On a un berger : mon père. On transforme : on est boucher-charcutier. On a aussi envie d’être parents, d’avoir une vie de famille ! » Il affirme qu’il va souscrire au prochain Plan loup tout de même pour installer des clôtures fixes d’1,20 m autour de sa ferme. « Les chiens de protection, on verra plus tard. Ce sera dur à gérer parce que c’est nouveau et qu’on est sur un secteur touristique », confie-t-il. Son papa travaille avec des chiens de conduite, des bâtards actuellement. Le Gaec compte 850 brebis et 210 ha de prairie naturelle, principalement dans les vallées de Villé et de la Bruche. L’exploitation est sur un territoire classé en cercle 2 (les cercles vont de 0 à 3, le cercle 0 étant un foyer de prédation) : c’est-à-dire qu’« au moins un constat de dommages pour lequel la responsabilité du loup n’a pas été écartée au cours des deux dernières années, sans récurrence interannuelle » a été établi. Elle est donc éligible aux subventions. Mais le berceau de la production ovine en Alsace est dans le nord du Bas-Rhin qui a été déclassé en cercle 3. « Là-haut, ils n’ont plus de subventions pour les clôtures », pointe Simon Maier. Ils en ont pour des chiens de protection s’ils font pâturer plus de 90 jours cumulés.

« Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide »

Jean-Sébastien Laumond, ingénieur-agronome de formation, qui travaille de près avec les éleveurs, le sait : c’est le serpent qui se mord la queue. On demande aux éleveurs de se protéger du loup avant même qu’il n’attaque le troupeau, pour le dissuader, mais les subventions aux chiens, clôtures et bergers ne sont débloquées qu’une fois les attaques avérées et sur plusieurs années. « Tant qu’il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’aide. Ici, heureusement, il y a de bons échanges avec la DDT. Dès les premières attaques de loup en 2019, les éleveurs ont été remboursés : même ceux qui avaient des daims, alors que ces animaux ne sont pas mentionnés dans les textes », remarque-t-il.

Selon Frédéric Preisemann, il y aurait deux ou trois loups dans tout le massif vosgien. La DDT du Bas-Rhin détecte seulement un individu dans le Bas-Rhin, en l’état des éléments techniques que livre le terrain.

Thierry Sieffer qui se veut précurseur sur le sujet, tient à la présence du loup pour aider la forêt à se régénérer, grâce à ce prédateur naturel des sangliers, chevreuils et cerfs. En contact avec l’association nationale Férus de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France, le premier magistrat de Ranrupt souhaiterait que des bénévoles formés aident les éleveurs dans la surveillance de leurs troupeaux. L’idée sera soumise aux premiers concernés, les éleveurs.

Financements alternatifs

Comprendre les rouages

Pratique

Publié le 10/12/2020

Marie Balthazard, coordinatrice de TDL Alsace, a excellé dans l’art de la synthèse. En trois heures, accompagnée de Bénédicte Antoine d’Alsace Active, « au service d’entrepreneurs engagés », et d’Olivier Guillembet de la Nef, coopérative financière pour des projets d’utilité sociale, écologique et/ou culturelle, elle a relevé le défi d’expliquer ce que sont les financements alternatifs et le contexte dans lequel ils interviennent, en pointant aussi leurs imperfections.

Après une brève présentation de l’association TDL, Marie Balthazard est entrée dans le vif du sujet. Depuis trois ans, TDL Alsace anime des ateliers et des tables rondes pour les porteurs de projets qui veulent s’installer en agriculture. L’association bénéficie de fait d’une expertise en financements alternatifs car « parfois, les projets agricoles sortent du champ d’action de TDL ».

Les financements alternatifs sont des aides financières hors circuits bancaires traditionnels, explique Marie. Ils peuvent intervenir à différents moments de la vie d’une entreprise et servent surtout aux besoins de financements de projets atypiques. Les financements participatifs, qui ont pris de l’essor en 2008, au moment de la crise financière mondiale, sont en quelque sorte, les circuits courts financiers. L’individu est au centre du système et, pour le séduire, les plateformes de crowdfunding misent sur les projets novateurs.

Don, prêt et investissement

Quatre types d’investissement ont cours dans le monde du financement parallèle : le don avec contrepartie (sous forme de cadeau), utilisé pour des recherches de financements inférieurs à 20 000 euros, le plus souvent pour « émerger » ; l’investissement participatif, le crowdequity, dont l’aboutissement permet des prises d’actions et des bons de participation pour financer des besoins à partir de 100 000 euros ; et le prêt, le crowdlending, pour se développer, démarrer un nouvel atelier, investir dans du matériel, pour des valeurs intermédiaires de quelques dizaines de milliers d’euros. « Je schématise », prévient Marie Balthazard.

Il existe des plateformes de financements participatifs géographiques, thématiques, généralistes, parmi lesquelles les plus connues sont Ulule, KissKissBankBank, Miimosa pour l’agriculture. En 2019, 33 % des fonds nécessaires à des entreprises ont été collectés via les plateformes de crowdfunding. « C’est donc un levier économique conséquent », tranche Marie. En 2020, il n’y a d’ailleurs plus de souscripteur ou de financeur-type. « Les moins de 30 ans sont de très bons souscripteurs », pointe-t-elle, d’ailleurs.

Le statut des plateformes est davantage encadré depuis 2014. Elles sont contrôlées par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et enregistrées à l’Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS). Elles disposent d’un agrément en qualité d’établissement de paiement, pour le don ; pour le prêt, d’un agrément IFP pour les « intermédiaires en financement participatif » ; pour l’investissement en fonds propres, du statut de conseiller en investissement participatif. Le visa de l’AMF est requis pour certains seuils de collecte de fonds.

Une influence sur la comptabilité

Dans le même secteur de la transition agricole et climatique officient Miimosa et Blue Bees. Si leurs parcours sont parallèles, remarque Marie Balthazard, leur développement diverge. Blue Bees est centré sur l’agriculture biologique et locale, « du champ à l’assiette », tandis que Miimosa, via Miimosa transition, vise notamment la « food-tech », avec des collectes de 50 000 à 1 million d’euros., sur lesquelles les taux d’intérêt grimpent à 3,5 %.

« Il faut creuser pour savoir ce que font les plateformes, qui est derrière, quelles banques, si les placements sont intéressés ou non et, aussi, quel est le montant de la commission, insiste Marie. Certaines plateformes prennent 8 % alors même que les dons proviennent de la famille du porteur de projet. Et, parfois, c’est tout ou rien : si on obtient le montant espéré, les plateformes reversent l’argent, sinon elles remboursent les contributeurs. » Avec Blue Bees, même si l’objectif n’est pas atteint, le porteur de projet reçoit les fonds levés, dans le cadre du don.

Pour ce qui est des prêts, des plateformes ont une réelle rentabilité d’entreprise, elles prennent de 2 à 6 % d’intérêt. Qui palpe, au final ? « C’est important de le savoir », souligne Claude Sourice, ex-directeur de l’AGC Cegar (expertise comptable gestion agricole et rurale) à Rouffach. Il insiste aussi sur une réalité trop souvent omise : « Le don est un produit. Le contre-don est une perte. Il y a une incidence sur le régime fiscal. Un financement participatif a une influence sur la comptabilité ! »

Bien communiquer

Marie présente des projets soutenus par des campagnes de dons avec contrepartie. La Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen (67), une ferme TDL en biodynamie, a choisi la plateforme Zeste pour récolter un peu moins de 7 000 euros, afin de lancer son atelier de poules pondeuses. Son plus ? L’humour : « Pour 5 euros et plus. Hopla, merci mon poussin ! Vous venez de parrainer une poule. Vous aurez ainsi droit à des photos […]. Pour 10 euros et plus. Hopla, ça roule, ma poule ! […] Vous venez de parrainer un arbre ! » Pourtant, 80 % seulement du montant avait été collecté. Il faut marteler le projet, ajoute-t-elle : « Des paysans boulangers publiaient régulièrement des photos de leur four, en cours de construction, pour relancer la comm’. Sur chaque photo, quelques briques en plus. »

Justine et Marie, maraîchères du Carré du Ver luisant à Erstein (67), ont cherché 13 000 euros, sur Blue Bees… avec succès ! « Les contre-dons provenaient de leurs amis et clients. Elles ont négocié des cadeaux, comme pour une tombola : de la choucroute, des cuillères en bois, des dîners dans un restaurant gastronomique. Quand la contrepartie n’est pas issue de la ferme, il n’y a ni perte, ni travail supplémentaire », félicite la coordinatrice de TDL Alsace, qui regrette que les plateformes aient « rendu le don payant ». Seules les semences aromatiques provenaient de l’exploitation des jeunes femmes qui voulaient deux serres mobiles.

Des plateformes et des hommes

Il est aussi possible de se passer des plateformes de financements participatifs, a conclu Marie Balthazard. Les autres solutions sont notamment la cagnotte solidaire (initiée par les Amap pour préfinancer des maraîchers à taux 0), le parrainage (ciblé sur un support de production et rétribué, selon le contrat), le modèle GartenCoop (préfinancement de l’activité et contre-don sans valeur marchande, selon les rendements), les clubs d’investisseurs (type Les Cigales, avec prise de participation au capital sur cinq ans) et la prise de part dans une société collective d’investissement (pour un engagement jusqu’à trente ans).

Olivier Guillembet, « banquier itinérant » à la Nef, qui compte 50 000 épargnants dont les produits d’épargne sont versés à des associations partenaires à hauteur de 25, 50 et jusqu’à 70 %, a pris le relais de cette après-midi de formation. « Nous finançons à 95 % des entreprises », a-t-il cadré d’emblée, tout en insistant sur la transparence des fonds employés. La force de la Nef est d’être réactive, a-t-il encore remarqué, admettant une édition des offres de prêts peut être plus longue qu’ailleurs. « Nous collections plus d’argent qu’on en prêtait », a-t-il encore confié. La banque « sociale et solidaire », dont le total bilan s’élève à 500 millions d’euros, réaffecte aujourd’hui ses ressources à 55 % dans le financement.

« Le financement de projets agricoles qui valorisent l’humain est dans notre ADN. Le risque est plus important en agriculture qu’ailleurs mais France Active apporte une garantie », a révélé Olivier. Le taux de l’emprunt est plus élevé à la Nef que dans les autres banques : + 2 % sur 37 ans. Alsace Active est la branche alsacienne du réseau associatif France Active qui garantit (en excluant les cautions personnelles, comme la Nef), finance et investit pour l’emploi et les précaires, en plus de les accompagner gratuitement. Si Alsace Active est peu présente dans le monde agricole, elle finance des trésoreries de démarrage pour de la vente en circuits courts, notamment. « L’alimentation durable est un axe privilégié », précise Bénédicte Antoine, responsable de financements. Le taux d’intérêt d’un prêt participatif Alsace Active est aussi à 2 %. Pour en savoir plus, la Région Grand Est propose un module gratuit sur l’économie sociale et solidaire : Be EST Entreprendre, à retrouver sur son site Internet.

CGA agroforesterie 2021

Ernest Hoeffel de Walbourg représentera le Grand Est

Technique

Publié le 13/11/2020

Lors de cette deuxième édition du CGA des pratiques agroécologiques – catégorie agroforesterie, le Bas-Rhin a été choisi pour porter les couleurs du Grand Est à Paris et, plus précisément, Ernest Hoeffel, qui se consacre depuis trois ans, à mettre l’arbre au cœur de son exploitation et de ses pratiques agricoles. À Walbourg, en lisière de forêt de Haguenau, il profite de son implantation. S’il entretient les anciennes essences présentes sur ses 180 ha de SAU depuis des siècles pour certaines, il les bouture aussi pour reboiser ses haies et en plante de nouvelles… ou laisse faire les oiseaux ! La clé de sa victoire : l’arbre est indissociable de la vie de l’exploitation. Les bovins, 288 charolais inscrits au Herd Book, mangent les feuilles et branchettes des arbres coupés, au printemps et à l’été, puis s’étalent l’hiver dans la paille mélangée aux plaquettes de bois, obtenues à partir de ces mêmes arbres. La litière devient un compost qui peut ensuite être épandu sur les prairies et cultures, destinées à alimenter le troupeau. La boucle est bouclée. Point de bois d’œuvre à vendre ! Les arbres sont totalement intégrés au système d’exploitation et reviennent à la terre, qui stockera mieux le carbone. Le compost de litière paille/bois favorisera la mycorhization (l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes). Il en résulte une meilleure redistribution de l’eau aux cultures et un apport d’humus de qualité, explique Corinne Bloch, la compagne d’Ernest, formatrice en agroécologie.

« On espère faire des émules »

Ernest et Corinne racontent le cercle vertueux dans lequel s’épanouit l’élevage de charolais. « Planter un arbre, ce n’est pas pour soi, c’est pour la planète, l’humanité, le bien-être animal. On espère faire des émules », s’enthousiasme Corinne Bloch. Le couple est « super surpris » d’être lauréat Grand Est du CGA agroforesterie 2021, d’autant plus qu’il a été appelé à participer in extremis parce qu’il manquait un quatrième concurrent, et il en est heureux. « On ne demande pas mieux », se réjouit Ernest. « Il retourne à son travail plus courageusement qu’avant, confie Corinne. C’est une fête, une aventure, un partage. On nous appelle chaque jour, depuis que la nouvelle est tombée (le 4 novembre, dans les DNA, N.D.L.R.), pour nous féliciter. » Nombreux sont les bénévoles à avoir participé à la gestion des haies.

En janvier 2021, le jury national devrait visiter l’exploitation et rendre son verdict. Ernest Hoeffel sera-t-il plus chanceux que les Vosgiennes qui ont représenté le Grand Est l’an dernier ? Le Gaec des Orchidées à Suriauville, qui élève des blondes d’Aquitaine, est passé à deux doigts du podium en 2020.

Travailler pour la biodiversité et gagner de l’argent

Le jury « local » (lire encadré) de la première phase du concours est unanime. « Ernest Hoeffel est premier car son système est cohérent, de bout en bout ; de la conduite d’élevage à la valorisation économique du bois, qui a lieu sur l’exploitation même. Le projet est imprégné du territoire et intégré dans celui-ci. L’exploitant sait tirer parti d’une contrainte locale », apprécie Véronique Stangret, ingénieure agronome enseignante au lycée agricole d’Obernai, en charge des « missions carbone ». Ernest Hoeffel « jardine », comme dit Corinne, une dizaine de kilomètres de haies et de linéaires d’arbres. Chaque année, il fait broyer 500 m2 de bois. Pour ce faire, près de 120 heures de travail sont nécessaires, au total. Il dépense, avec les charges sociales, environ 3 000 euros de main-d’œuvre et 1 700 euros de broyage, effectué par l’entreprise Trautmann de Pfaffenbronn. Il économise ainsi l’achat de 600 bottes de paille, et donc entre 6 000 et 7 000 euros, par an, selon ses calculs. « Je gagne de l’argent, je travaille pour la biodiversité, j’ai de quoi refaire mes clôtures et je ne paille que tous les trois jours, moins qu’avant, pour des bovins qui vivent mieux », résume-t-il. L’exploitation est passée en bio en avril. C’est la seule à avoir concouru dans la catégorie « Gestion », réservée aux exploitations dont les parcelles d’agroforesteries concernées ont plus de dix ans.

Protéger les sols et les plantes

Les trois autres fermes participantes étaient inscrites dans la catégorie « Implantation » avec des parcelles en concours âgées d’au minimum quatre ans. Lundi 2 novembre, les jurés ont sillonné l’ouest et le nord du Bas-Rhin, pour toutes les évaluer. L’EARL Schweitzer, représentée par Clément Schweitzer, est deuxième du classement régional du CGA agroforesterie 2021. Le jury lui décerne le prix de « l’exploitation pionnière », ainsi qu’il l’a baptisé : rien d’officiel mais de quoi expliquer sa deuxième place. Clément est, en effet, le seul des environs, à Schleithal, à planter des arbres. Éleveur de porcs bio (naissance de 5 000 porcelets par an ; il en engraisse 1 200), sur 96 ha en non-labour, il plante chaque année des arbres sur sa ferme, depuis six ans. Il en compte environ dix à l’hectare, aujourd’hui : 800 m de linéaire. Pour le plaisir des yeux, des oreilles et du goût (il y a des fruitiers), et la biodiversité - les auxiliaires - utile à ses cultures de maïs, de colza, de blé, d’orge, de triticale, de pois, de féverole, qui nourrissent les animaux de la ferme, il plante. La haie retient aussi la terre sur ces sols qui « lessivent ». « Ça coule moins », certifie Clément Schweitzer. L’entretien lui prend une semaine par an. « Je ne verrai pas le bois d’œuvre mais ce n’est pas grave », ajoute-t-il.

D’intérêt général

L’EARL Terre et vie de Julien Scharsch - à la tête de Bio en Grand Est, par ailleurs - est troisième régionale. Les jurés lui attribuent le prix, non officiel, de « l’exploitation dans son territoire » pour l’inclusion de la commune de Saessolsheim et de ses habitants dans son projet. « C’est presque d’intérêt général, collectif, s’exclame François Scharsch, le père de Julien. Lors des chantiers de plantation, nous sommes une vingtaine, de tous horizons. On déjeune tous ensemble. L’été, dans la haie, il y a des prunes, des groseilles. Nous contribuons au bien-vivre dans nos campagnes. Même les agriculteurs les plus réticents se posent la question de planter des arbres, maintenant. » 2,5 km de haies, 3 000 plants, ont été alignés ces quatre dernières années, sur les 45 ha de l’exploitation en grandes cultures et maraîchage. François loue les mêmes bienfaits des haies et des arbres que ses concurrents et aussi l’effet coupe-vent. Il estime le temps de travail à dix jours par an sur ces bois, dont l’EARL n’attend pas de « retour sur investissement » financier.

Si Roland Wendling de Knœrsheim, cuniculteur à la retraite, est un des premiers à avoir pratiqué l’agroforesterie en Alsace, il n’a engagé qu’1,10 ha bordé d’arbres dans le concours : « un échantillon », a estimé le jury, pas assez significatif. C’est qu’il faut rivaliser avec des actifs en pleine expansion, de toute la France.

 

 

Témoignage

Ils ont tiré les leçons du premier confinement

Pratique

Publié le 05/11/2020

Les magasins de vente directe à la ferme se prennent aussi une deuxième vague. L’engouement des consommateurs pour les produits locaux et les commerces de proximité s’était estompé avec le déconfinement, cet été. Il repart de plus belle. À la Ferme fruitière du Kehlbach, à Dangolsheim, Colette Zerr, qui tient la caisse durant les vacances scolaires, raconte : « Nous avons été dévalisés, hier (jeudi 29 octobre, N.D.L.R.). Certains clients étaient déraisonnés dans leurs achats. Aujourd’hui, nous n’avons plus de farine. On n’a pas pu anticiper ! » Les marquages au sol, les protections « provisoires qui durent » autour de l’espace de paiement, les désinfections et le gel hydroalcoolique ont été vite remis en place ; le protocole d’accueil aussi. « On a limité la présence dans le magasin à deux ou trois clients maximums, comme au premier confinement. On sert le client. Il ne touche pas les produits en vrac ».

Produits fermiers locaux et produits vaisselle

Vendredi, les affaires reprenaient déjà plus calmement, mais toujours à la hausse. « On commande plus mais c’est compliqué de savoir à l’avance quelle affluence on aura », admet Colette. Le scénario semble être exactement le même qu’au premier confinement. La gamme de produits s’est élargie depuis mars dernier : piles, allumettes, produits vaisselle côtoient désormais systématiquement les fruits du verger de Damien Zerr, les yaourts de la Ferme Adam et les pâtes artisanales Kientz. « On a étoffé l’épicerie aussi, avec des biscottes et des conserves, notamment. Les petits commerces sont un vrai service pour les gens. On essaie de répondre au plus et au mieux à leurs demandes », assure Colette. L’idée est qu’ils trouvent tout, ou presque, à la Ferme fruitière du Kehlbach, pour être « autonomes ». Le magasin est d’ailleurs dépôt de pain depuis qu’il n’y a plus de boulangerie dans le village. « Nous allons rester ouverts aux horaires habituels. Cela avait déjà été le cas de mars à juin », ajoute la compagne de Damien.

 

En cette période difficile de confinement, nous souhaitons tout mettre en œuvre afin de vous proposer des produits issus...

Publiée par Ferme Fruitière du Kehlbach Zerr D sur Mercredi 4 novembre 2020

 

TPE, « point retrait » et page Facebook

La grande nouveauté, par rapport au premier confinement, est l’acquisition par le magasin, cet été, d’un terminal de paiement électronique (TPE). « C’était une demande des clients. Il y a eu un vrai boum des règlements par carte bancaire », justifie Colette Zerr. Autre évolution majeure : à la demande du Cora de Dorlisheim, la Ferme fruitière du Kehlbach est depuis peu « point retrait ». « L’idée est que les consommateurs qui retirent leurs courses du Cora chez nous deviennent aussi nos clients », confie Colette. Damien et elle espèrent - enfin ! - fidéliser les clients qu’ils attirent durant la période de confinement. C’est pour cela aussi qu’ils viennent de créer une page Facebook. « Nous allons communiquer sur les réseaux pour être connus - car beaucoup de voisins nous ont seulement découverts lors de la première vague de Covid-19 - et garder le lien », explique Colette. Damien, qui est coopérateur à la Cave du Roi Dagobert, enchérit : « En deux jours, le GPS nous a retrouvés ! C’est dommage qu’en août et septembre, nous avions été délaissés ». Dangolsheim a beau être sur la route des vins, il n’est pas sur l’axe principal : on ne vient pas chez eux par hasard ! Sur le réseau social, le couple de quadra’ met en valeur les produits du moment. « Notre atout, par rapport à la grande distribution, c’est le conseil. On sait quelle pomme utiliser pour quoi », souligne Colette.

 

Publiée par Ferme Fruitière du Kehlbach Zerr D sur Jeudi 29 octobre 2020

 

Courges
 

L’année 2020 fout les boules !

Cultures

Publié le 01/11/2020

Potimarrons, butternuts, musquées de Provence : telles sont les variétés stars des champs alsaciens. Les coloquintes et les potirons décoratifs pour Halloween sont produits à la marge. « Les gens préfèrent acheter du comestible qu’ils peuvent aussi tailler ensuite », pointe Anthony Carbiener, de l’EARL du même nom, à Printzheim (67), dont la production de courges représente deux tiers du chiffre d’affaires.

Anthony a planté 23 ha de cucurbitacées, cette année : 13 de butternuts, 7 de potimarrons et 3 de musquées de Provence. Il a tout irrigué, pour pallier la sécheresse, mais rien n’y a fait. « On accuse entre 30 et 40 % de rendement en moins par rapport à une année normale », s’exclame-t-il. Les plants étaient beaux, pourtant. « Les techniciens de Prosem et Planète Légumes disent que 2020 est une année végétative, et pas productrice », rapporte-t-il. Anthony connaît des agriculteurs ailleurs en France : tous font le même constat que lui. Les calibres sont petits : « un tiers plus petits que les années passées », précise Anthony. Il a récolté, depuis mi-août et jusqu’à présent, entre 15 et 18 t de butternuts (contre 25 à 35 t pour une année normale), 12 t de potimarrons (contre 20 t espérées), 25 à 30 t de musquées de Provence (au lieu des 50 t attendues) mais « les musquées ont subi la grêle fin juin », nuance-t-il. À la fin de la semaine prochaine, il aura tout ramassé. Une vingtaine de palettes de coloquintes complète le tableau.

Des petits calibres

Denis Schaeffer, de Duntzenheim (67), a écoulé 18 tonnes de cucurbitacées du 13 août au 26 octobre. Il en a planté sur 6 ha : 4,5 ha de potimarrons, 0,8 ha de butternuts, quelques musquées de Provence, des potirons d’Halloween et des coloquintes se partagent les 0,7 ha restants. « Le nombre de pièces par hectare est là mais pas le calibre », constate-t-il, au global. En potimarrons, il assure récolter moitié moins que la normale. Pourtant, il a irrigué 25 % de sa surface de courges. « Ce n’est pas une bonne année », résume-t-il, alors que la Ferme Schaeffer, une EARL, compte sur les cucurbitacées pour garantir près de 30 % de son chiffre d’affaires.

 

 

 

Notre boxe est en place ! Les courges d'halloween, ainsi que les décoratives, sont dès à présent en vente dans le distributeur. À bientôt !

Publiée par Ferme Schaeffer sur Jeudi 15 octobre 2020

 

 

Alexis Hassendorfer produit des courges sur 2 ha irrigués, à Réguisheim (68), depuis près de trois ans. La culture a été lancée peu avant son installation sur la ferme, une EARL. « C’est un atelier complémentaire pour nous. Les courges représentent 10 % de notre chiffre d’affaires », pointe Alexis. Il plante un tiers de potimarrons, un tiers de butternuts et un tiers de musquées de Provence. Pour diversifier, il a aussi quelques potimarrons verts, des pâtissons, des courges spaghettis, des courges bleues, des coloquintes et des citrouilles pour Halloween. « C’est une année moyenne, estime-t-il. Les potimarrons font entre 700 g et 1,2 kg contre 1,5 kg, en temps normal. Ils ont souffert du sec. Les butternuts aussi. Mais 2020 est meilleure pour moi que 2019 car j’étais dans le couloir de grêle, l’an passé. » En moyenne, Alexis table sur un rendement de 18 t/ha, tout de même, cette année : « les autres variétés compensent ».

De meilleurs prix en local

La Ferme Hassendorfer mise sur le tout local : sa main-d’œuvre est du coin, elle vend en direct et à des GMS du secteur, avec qui elle a contractualisé. « Je vends les courges au cours du jour, ça change tout le temps. Le prix moyen s’établirait à 1 €/kg », confie Alexis, qui n’a pas le stress de la concurrence nationale.

 

 

 

???Jeu concours ??? Tentez de gagner un panier d’assortiment de nos différentes courges d’une valeur de 20€. Pour cela...

Publiée par Ferme Hassenforder - producteur de courges sur Mardi 20 octobre 2020

 

 

Même logique à la Ferme Schaeffer, qui a installé un distributeur de fruits et légumes. « Les courges, c’est 2 €/kg, en vente directe. Et, entre 0,8 et 1,2 €/kg, aux Jardins du Ried. Celles qui ont un calibre assez gros vont partir vite car il y en a peu sur le marché. D’ici mi-novembre, tout sera vendu ! », relève Denis. Sa remarque fait écho à celle d’une technicienne de Planète Légumes. D’habitude, les cucurbitacées trônent sur les rayons jusqu’en février. Mais la culture est de plus en plus précoce. « Quand les consommateurs voudront en manger, cet hiver, il n’y en aura plus », lâche Johanna Bodendörfer. Denis Schaeffer est le principal coopérateur à commercialiser ses courges via Les Jardins du Ried, à Hoerdt, qui revend ensuite à des centrales d’achat et des grossistes. « C’est un peu mieux valorisé cette année », croit-il.

Anthony Carbiener vend principalement ses courges au marché gare, à Strasbourg, et à des centrales d’achat. Il ne souhaite pas s’étendre sur les prix mais il certifie qu’ils sont plus bas de 5 à 10 %, cette année. « Il y en a moins dans les champs mais il y a plus de surfaces en production, en France. La Bretagne s’y est mise », dit-il. Au bâtiment et au Petit marché à la ferme d’Ohlungen, partent aussi quelques-uns de ses spécimens.

Vincent Zerr, collectionneur de raisins de table

Un amour qui ne lui lâche pas la grappe !

Vigne

Publié le 02/09/2020

« Ici, il y a la perle de Csaba, une variété austro-hongroise, à la saveur muscatée. Elle est présente dans les jardins alsaciens depuis la Première Guerre mondiale. Là, un Maréchal Foch, un croisement de l’institut viticole Oberlin, à Colmar, obtenu au début du XXe siècle à partir d’une variété américaine. Il a de gros grains, c’est un teinturier : il colore comme du mercurochrome », détaille Vincent Zerr, à mesure qu’il s’enfonce dans ses vignes. Il marche rapidement grappillant des baies au passage, coupant une grappe. « Le raisin cornichon, qui en a la forme, est un tardif. Il est mûr à la seconde semaine des vendanges. Un cépage muscat reine des vignes, de ce côté : les grappes peuvent peser jusqu’à 1 kg. Il faut le cueillir juste avant la maturité parce qu’il a un goût de muscat et de pétales de roses dont on se lasse très vite. Ce Mitchourinski, là, du nom de l’agronome russe qui l’a sélectionné, résiste aux - 35 °C du climat sibérien. Il est mûr à la mi-août déjà en Alsace », enchaîne Vincent. Il goûte au Einset seedless, un raisin de table sans pépins, de couleur rose, résistant… avec un arôme de fraise. « Quand les classes viennent en visite, il ne reste plus que les rafles sur les vignes. C’est comme la fraise Tagada », sourit-il. D’autres raisins révèlent des notes de bergamotes, framboises, litchi…

« Comme tout ici, il faut que ça serve », s’exclame Vincent Zerr, poussé par Dominique qui partage sa vie et sa passion, depuis 1989. Elle est en charge de la boutique et de la communication sur l’exploitation. Grâce à elle, le pépiniériste, arboriculteur, viticulteur, maraîcher et céréalier de l’EARL des Boarmies à Dangolsheim vend les fruits de sa collection de raisins de table, chaque année, en direct à la ferme, au Jardin de marmotte, et à cinq ou six revendeurs - de petits producteurs locaux, de préférence. « C’est un produit d’exception, rare et de qualité, il faut le valoriser comme tel », ajoute-t-il d’emblée. Les cagettes « multicépages » de grappes roses, rouges, blanches et « blushées » ; aux grains de toutes tailles, ronds, ovales, allongés ; se vendent entre 3 et 3,50 euros le kilo, à la source. C’est un peu plus cher ailleurs. L’intérêt, souligne Vincent, est d’en avoir avant et après les vendanges, jusqu’aux premières gelées. Et que ce soit autre chose que du chasselas, aussi. Les raisins abîmés finissent en jus : 200 à 300 bouteilles vendues exclusivement sur place. Cette activité a débuté en 2009, à l’occasion de la sortie d’exploitation de l’EARL, pour prendre la suite « logique » de leur autre production emblématique : l’abricot.

Revente de plants

Les plusieurs centaines de variétés de raisins de table que produisent Dominique et Vincent servent aussi à l’étude. « Je ne vois plus la vigne de la même façon », dit Vincent, qui est coopérateur à la Cave du Roi Dagobert, par ailleurs, avec 4 ha en AOC. « Je la comprends mieux. J’ai découvert que certaines variétés sont insensibles à la drosophile suzukii. Quelques vitis labrusca, originaires d’Amérique du Nord, dont la vinification est interdite en France, diffusent une odeur de solvant qui la fait fuir », précise-t-il. Ces raisins ont un goût foxé : ils sentent le renard. « Vous connaissez les dragées surprises de Bertie Crochue dans Harry Potter ? Quand vous goûtez ces raisins, j’ai l’habitude de dire : pas de chance, crotte de nez ! », plaisante Vincent Zerr. On en trouve souvent dans les vieux jardins, sur les façades des maisons. Le dessous des feuilles de cette vigne est blanc. Le pépiniériste est intarissable sur le sujet.

Avant tout, Vincent vend ses plants de vigne en pots, à l’unité et uniquement à des particuliers. Dominique gère un site internet qui permet aux curieux, de plus en plus nombreux, de les contacter pour acheter LA vigne qui s’acclimatera parfaitement à leur chez eux. « C’est la revente de plants qui finance ma collection », déclare Vincent. Mais ce marché est limité. Il s’achète de 1 000 à 2 000 plants de vigne par an à la pépinière des Boarmies. « On est positifs parce qu’on récolte et commercialise le raisin », dévoile l’agriculteur : en moyenne 3 à 5 kg par souche.

Vincent vend des plants d’une trentaine de variétés de sa collection. « J’ai mon propre champ de porte-greffes. Toutes les vignes sont greffées sur un même clone de porte-greffe », précise-t-il. Le pépiniériste et son associée trouvent les vignes, réceptionnent les plants, greffent, plantent et cultivent sans traitement. « C’est un travail phénoménal », confie Vincent. Il soigne cinq plants d’une même variété à chaque fois, sur sa parcelle d’1 ha. « Je ne rogne pas, je n’effeuille pas. Je laisse les vignes hirsutes pour éviter aux raisins de griller », revendique-t-il. La seconde année de culture, ses vignes donnent déjà leurs premiers fruits. « Depuis 2002, je n’ai pas besoin de droit de plantation puisque ce sont des raisins de table. Mais je n’ai pas le droit de fermenter et ce raisin de table ne doit pas être le même que mon raisin de cuve », rappelle le viticulteur.

Depuis 2007

Vincent a commencé sa collection à la fin de ses études, à l’occasion d’un stage de BTS viticole en Ardèche. « J’y ai découvert des choses curieuses, des baies pointues, du couderc, du villard », raconte-t-il. Puis, en 1983, au sud de Perpignan, il passe six semaines dans un institut de recherche où 10 % des essais se font sur du raisin de table. Il ramène trois plants à Dangolsheim. L’un s’adapte. Vincent s’installe en 1987, en parallèle du vignoble de son père. Il produit des greffons certifiés pour le Civa et devient contrôleur, fonction qu’il exercera 18 ans. 8 % des greffons des vins d’Alsace sont produits chez lui à l’époque. Des pépiniéristes de toute l’Europe cherchent alors des fagots, par camions entiers.

Chaque année, on lui amène une nouvelle variété de raisin de table, à sa demande, pour assouvir sa curiosité : de France, Allemagne, Suisse, Italie, Hongrie, Roumanie, République tchèque, Pologne, Ukraine, Grèce, Serbie, Slovénie, Turquie, Arménie, Géorgie, Moldavie, Russie, Ouzbékistan, Kazakhstan, Iran, Japon, Vietnam. Les premières sont cultivées à titre personnel et consommées uniquement par la famille Zerr. Dominique apprécie les raisins au goût de raisin, peu acides, à la peau fine. Vincent lui préfère talisman, qui, pour ne rien gâcher, a de petits pépins. La collection s’étoffe exponentiellement de 2002 à 2005, avec l’assouplissement de la législation. Commence alors le commerce de plants, qui se développe à partir de 2007, avec le web. « Le monde de la vigne, du vin, ne s’y intéresse pas », constate Vincent… du moins en France. En Afrique de l’Ouest, on l’a par contre sollicité. Il sait quoi planter et où.

Kitty Lienhard, « chuchoteuse »

Parler cheval et galoper sans entrave

Technique

Publié le 20/08/2020

Qui n’a jamais rêvé de partir au galop sur un cheval en totale liberté ? Kitty Lienhard, cavalière depuis ses 6 ans, a découvert l’équitation naturelle en 2005. Celle qui a créé son centre de tourisme équestre en 2014, monte à cru, en cordelette, sans mors ni rêne, saute ainsi des obstacles. Comment guide-t-elle son cheval ? « C’est l’intention qui compte, à 80 %. Si je suis claire dans ma demande, si je veux aller à droite, le cheval est assez fin et sensible pour le sentir », dit-elle. Kitty intime la direction à prendre à sa monture d’un mouvement souple du bassin. Si le cheval ne répond pas d’emblée, elle utilise alors un langage corporel plus marqué. « Je me tourne vers la droite », illustre-t-elle. À l’espace Kit’équit, à Munster, on utilise les rênes en dernier recours. « C’est une action mécanique qui oriente la tête du cheval. On essaie de s’en passer au maximum. Les rênes sont là, quand on part en balade pour la sécurité. On monte sans mors, avec rien dans la bouche », insiste Kitty Lienhard.

« Donner du confort »

« L’équitation naturelle ou éthologique découle du travail des éthologues qui ont observé les comportements des chevaux à l’état sauvage, leurs interactions. On en tire des méthodes pour dialoguer avec le cheval dans son langage à lui. On devient son partenaire », explique Kitty Lienhard… voire un congénère, mais pas n’importe lequel : le leader, celui qui apporte la sécurité au troupeau, et le confort. Ici, le confort, ce sont des caresses et des carottes.

Le travail en équitation naturelle, chez Kitty, commence donc par plusieurs séances à pied, pour établir une confiance et un respect mutuels. Il s’adresse aux cavaliers et à tous ceux qui veulent tisser un lien avec un cheval. Les séances, qui coûtent 30 € de l’heure pour un adulte et 27 € pour un enfant, se font en solo ou à deux, maximum. Les plus jeunes se placent d’instinct comme il faut face aux chevaux, s’émerveille Kitty Lienhard.

« Avant tout, il faut se détendre, détendre son diaphragme. Les chevaux perçoivent la moindre contraction. Ce sont des proies et nous sommes des prédateurs, livre Kitty. Nous avons tendance à nous contracter au moindre stress. Les chevaux le sentent et restent alors en alerte, à l’affût de tout », sauf des humains qui cherchent à « se connecter » à eux, à entrer en relation. Le tout premier exercice est de capter l’attention du cheval. Pour cela, Kitty exerce une légère pression sur son poitrail. Comme le ferait un autre cheval qui l’enjoindrait à reculer. Si le cheval ne s’exécute pas, Kitty monte alors en intensité, avec une petite tape. Aucune réponse de la part de l’animal ? Kitty crée une gêne, elle tape plus fort : « Si c’était un cheval qui lui demanderait de se pousser, il se serait pris un coup de sabot. » Quand Kitty obtient ce qu’elle veut de l’animal, « son pas de reculé », en l’occurrence, elle lui « donne du confort ». C’est l’instant câlin.

La cavalière est bienveillante, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, dans tous les sens du terme. Si l’objectif de l’équitation éthologique est « faire faire les choses au cheval en liberté », avec le moins d’équipement équestre possible, elle sert aussi à pratiquer son activité de loisir en toute sécurité, à instaurer des distances spatiales garantissant la sûreté de chacun. Les hommes et les chevaux n’ont jamais été aussi proches spirituellement, pour ainsi dire.

De l’assurance

« J’éduque des chevaux sans les contraindre par la force », résume Kitty Lienhard. Et ce n’est pas une mince affaire puisque les chevaux sont plutôt naturellement paresseux, révèle-t-elle. Alors pourquoi se prêtent-ils si volontiers à ses demandes, pourquoi interagissent-ils avec l’homme ? « Les chevaux sont aussi naturellement joueurs. Une fois que leurs besoins physiologiques sont comblés et s’ils sont en sécurité, ils jouent. À l’état sauvage, ce type d’interactions sociales peut être de deux heures par jour », dévoile Kitty. Ses dix chevaux et les douze qu’elle a en pension vivent d’ailleurs ensemble, en troupeau, et en plein air autant qu’ils le souhaitent. « Ils règlent leurs comptes entre eux et se défoulent au paddock. Ça évite que ça explose quand un cavalier est dessus », pointe Kitty.

La cavalière qui a tous ses galops, un BEP élevage du cheval et son diplôme d’accompagnateur de tourisme équestre, insiste : « Les chevaux font les choses parce que ça les amuse, parce qu’ils y prennent du plaisir. » Son Folio, « un cheval de Barbie » à la longue crinière blanche, a beau être un cheval de dressage, ce qu’il aime, c’est la randonnée. Elle l’emploie donc essentiellement à cela. D’autres chevaux adorent les « bêtises », comme elle dit. Kitty les fait se coucher, s’asseoir, tourner sur eux-mêmes, faire la révérence, munie d’un simple stick pour prolonger son bras, pour que le cheval le voit mieux, et d’une carotte. Seule, à pied, sans corde, au milieu du paddock, elle embarque un « partenaire » dans une chevauchée circulaire dont elle donne le rythme, au trot, au galop. Lorsqu’elle expire, le cheval, à plusieurs mètres d’elle, ralentit jusqu’à s’arrêter. Elle s’approche alors pour faire la course avec lui. Elle détale, il embraye. Elle le berne en changeant de direction. « Sinon, impossible de gagner ! » Les deux s’amusent. Quand ils ont fini, le cheval la suit comme un chien suit son maître.

De cette complicité entre l’homme et l’animal est née l’equifeel, « une nouvelle discipline de la fédération française d’équitation (FFE) » à pied. Kitty participe à des championnats où elle fait, par exemple, slalomer son cheval, en totale liberté. Elle engrange ainsi un maximum de points, par rapport à ceux qui utilisent une longe. Être dans le moment présent, juste dans ses actions sont ses maîtres mots.

À 22 chevaux

« L’équitation naturelle permet au cheval d’évoluer, comme à l’homme. Ça soigne les deux. Souvent, quand un cheval manque de respect à un cavalier, c’est que le cavalier ne le respecte pas non plus. Ce n’est pas forcément volontaire », a observé Kitty. Parfois quelques heures suffisent à recadrer tout le monde. D’autres fois, la magie n’opère pas. « Certains cavaliers préfèrent changer de cheval plutôt que leurs habitudes car ils ne sont pas prêts à se remettre en question ni à faire l’effort de se mettre au diapason », constate Kitty.

Sur sa structure de 1,14 ha, située à la sortie de Munster, direction Stosswihr, 22 chevaux s'épanouissent. Les animaux profitent de 3 ha de prés en location dans les villages environnants : ils y partent « en vacances », chacun leur tour, pour quinze jours. Elle a une trentaine de clients qui la sollicitent autant pour les balades à cheval (elle exige que les cavaliers maîtrisent les trois allures pour le plaisir et la sécurité de tous) que pour apprendre les bases de l’équitation éthologique. Son excédent brut d’exploitation (EBE) ne dépasse pas 4 200 €. « C’est une passion. Si on compte les heures, on laisse tomber », assure-t-elle.

 

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