Les anciens : René et Marie Lux de Schnersheim
De la polyculture à la spécialisation
Les anciens : René et Marie Lux de Schnersheim
Vie professionnelle
Publié le 31/12/2020
« On est un bon tandem. Il n’y en a pas un qui tire à droite et l’autre qui tire à gauche », confie d’emblée René Lux, à propos du couple qu’il forme depuis 1964 avec Marie, 79 ans. Cette bonne entente semble être le secret de la prospérité de leur ferme. Ils ont fait des émules, alors que René avoue qu’il n’aurait pas été agriculteur s’il n’avait pas été l’aîné. Marie et René sont fiers de compter parmi leurs petits-enfants, pas moins de trois agriculteurs : Frédéric Lux, 27 ans, de la SCEA du Lys, éleveur de poules pondeuses en plein air à Schnersheim ; Florian et Gauthier Christ, respectivement gérant de la SAS Méthachrist et éleveur de vaches laitières, à Woellenheim. Ces derniers sont âgés de 27 et 24 ans.
Les albums photos ouverts devant lui, René se souvient de sa jeunesse. « Chez nous, les vaches arrivaient en dernière lactation. Elles étaient poussées à fond et engraissées. Un marchand de bestiaux les amenait de Lorraine. Il y en avait une vingtaine. » René a arrêté l’école à 14 ans, comme Marie. À 16 ans, il a repris le travail du vacher de la ferme, avec sa maman. « Il n’était pas très stable », argue-t-il. En 1960, René est appelé pour deux ans. Il part en Algérie. Sa maman tombe malade. Trois ouvriers travaillent avec son père : « Des zigotos », lâche-t-il. Quand il revient de son service militaire, il décide d’arrêter les vaches. Il ne veut plus faire de lait. Petite anecdote : c’est Maria, la maman de Denis Ramspacher, qui apportait chaque mois les sous de la collecte de lait.
« On a repris l’exploitation en 1965, avec Marie », enchaîne René, sans transition. Les premières années, des betteraves, du blé, de l’orge, du maïs, du houblon s’épanouissent dans les champs sur 27 ha. Il y a quinze truies, une centaine de porcs et 45 bovins à l’engraissement, pour valoriser la betterave sucrière. Les bovins sont en pension. « On était rémunéré à la place, par des marchands de bestiaux », précise René. Ils restaient à la ferme tout l’hiver et repartaient quand le fourrage était terminé. « Tout était dans le corps de ferme », ajoute l’octogénaire. Les bâtisses à colombage datent des années 1800. Elles ont vu passer au moins dix générations de paysans, pense René Lux.
L’autonomie alimentaire
« On ne pouvait pas être céréaliers, on n’avait pas assez de surfaces. On a grandi à coup de 3 ha », intervient Marie. En fin de carrière, en 1999, c’est une exploitation de 35 ha que les époux Lux transmettent à Sylvia, leur belle-fille, l’épouse de Jacques, qui associe Frédéric, leur fils, en 2016. « On a diminué l’élevage de porcs et arrêté l’engraissement, quand on a commencé le tabac, en 1980 », explique René. Il a aussi terminé sa carrière avec des légumes : céleri, ail. En 2019, plus question de cultiver du tabac, par contre. Frédéric espère devenir autonome en alimentation pour ses pondeuses, pour lesquelles il a créé une EARL. Il livre à Bureland. René, son grand-père, a aussi toujours fabriqué de l’aliment lui-même. À part pour les minéraux et les tourteaux de soja, ils étaient autonomes en alimentation, détaille René.
« L’agriculture dans le Kochersberg doit être hyper spécialisée, parce qu’elle ne peut pas rivaliser sur les marchés mondiaux. Il n’y a ni les surfaces ni l’irrigation. On est obligé de viser une clientèle locale », commente Jacques Lux, 54 ans, technicien sur les lignes de fabrication chez Mars, qui suit de près le travail de son fils Frédéric. Le jeune homme a d’ailleurs réduit les surfaces de betteraves sucrières. Elles sont passées de 24 ha (sur 75 ha de SAU), au plus haut de la production, en 2000, à 11 ha, aujourd’hui.
Jusqu’en 1955, René raconte que les betteraves étaient prises et nettoyées une à une, à la main. Les premières livraisons au tramway à Wiwersheim datent de cette époque. « Les betteraves étaient négociées à la remorque. Elles étaient déchargées, ensuite, dans les wagons du tramway qui allait jusqu’à Erstein. » Dans les années 1960, Marie et René voient arriver une machine qui coupe les feuilles des betteraves, tractée par un cheval, puis les épandeurs à fumier et les premières arracheuses mécaniques. L’achat des betteraves se fera alors en bout de champ. « On négociait la tare terre au plus bas », s’amuse René. Ils louent, à l’instar des Goos, les mérites de l’inspecteur de culture feu Pierre Mehl.
Du tout manuel à la Ropa
« Il n’y avait pas le choix d’utiliser des herbicides et des pesticides car on semait moins », explique Marie Lux. Avant 1964, les betteraves étaient bio ! Mais, avec l’arrivée des semoirs monograine et l’espacement des graines, il fallait qu’elles réussissent toutes. « Si une foire, il y a un trou de 30 cm dans le rang », plaide René. La mécanisation et la chimie ont remplacé les « betteraviers », ces saisonniers qui démariaient les betteraves, semées serrées, dans les années 1950. « Ça a simplifié la vie, juge René Lux. Une Cuma s’est formée dans le village. Tout le monde participait. Il y avait des betteraves dans chaque ferme, de 20 ares à 7 ha, jusqu’à ce que certains lui préfèrent le maïs. Nous, on a tout connu du travail de la betterave : du tout manuel à la Ropa, l’avaleuse, qui met au bout du champ. J’ai travaillé avec un soc traîné sans relevage au début. Je tirais avec une ficelle. Les démarcheurs qui vendaient les graines et l’alimentation étaient à vélo ! » Marie conduisait l’effeuilleuse, dans les années 1970, tient encore à souligner René, jusqu’à ce que les chantiers soient confiés à une entreprise de travaux agricoles.
Les hommes sont passionnés. Ils narrent leur métier sans discontinuer. Marie insiste pour que l’on goûte à tous ses bredeles. Ils sont excellents. « C’est l’essentiel », glisse-t-elle. Pour confectionner de délicieux mets, il faut de bons ingrédients. « L’agriculture d’aujourd’hui s’inspire de ce qui se faisait dans le temps. Mon père a aussi vu qu’avec la surproduction, on allait droit dans le mur. On prend un virage. Le consommateur est sensible au bien-être animal. À Erstein, la sucrerie démarre une filière bio. Les anciennes techniques vont être remises au goût du jour », estime Jacques Lux.












