Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Agriculteurs et sapeurs-pompiers volontaires

Le feu de la passion

Vie professionnelle

Publié le 12/04/2021

« Mon père, Jean, m’a transmis la passion. Il a passé 45 ans au sein de la section des SPV d’Ebersheim. Petit, je l’aidais à se préparer quand, la nuit, il partait en intervention », se souvient Gautier Kempf, les yeux pétillants. Le jeune homme confie avoir toujours été le premier à courir pour aider quelqu’un à se relever. Rendre service, être présent pour une personne dans le besoin sont ses moteurs. « Le gros changement, à la maison, a eu lieu quand on a été deux à partir en opération », enchaîne l’étudiant de BTS au lycée agricole d’Obernai, qui aide à l’élevage d’Ebersheim dès qu’il le peut. Son papa, sexagénaire, a raccroché le casque de pompier récemment mais il n’a pas encore lâché la fourche. Gautier, qui aura 20 ans dans quelques semaines, a signé son contrat d’engagement fin 2017. Jeune sapeur-pompier (JSP) depuis ses 12 ans, il est devenu SPV à 16 ans… comme son paternel.

Chez les Kretz, à Osthouse, l’engagement au sein des SPV est aussi une histoire de famille. Pierre-Paul, 26 ans, a suivi les traces de son père Dominique, la cinquantaine fringante ; tout comme sa sœur, Sophie. Et les conjoints des enfants Kretz sont aussi engagés. « On mange pompier, on dort pompier. Ils sont tous pompiers ici, sauf moi », plaisante Agnès, l’épouse de Dominique, qui travaille dans une maison de retraite. L’aide à la personne, ils l’ont chevillée au corps. Dominique fête sa 35e année de SPV en 2021. Pierre-Paul est SPV depuis ses 18 ans. Il n’était pas JSP. Bien qu’il assistât aux manœuvres à 10 ans et y jouait parfois les victimes, il n’a pas adhéré à l’association, peu développée à l’époque à Erstein. Mais quand sa bande de copains, avec qui il cueillait le tabac pour son papa chaque été, a commencé à se disperser, Pierre-Paul et trois de ses amis se sont engagés. Avoir l’esprit d’équipe - l’esprit de corps, dit-on, à raison - est primordial pour une bonne coordination.

Nourrir et secourir

Seul sur l’exploitation, à 23 ans, Dominique était heureux de rompre la solitude, de retrouver une ambiance de franche camaraderie, tout en étant utile à ses concitoyens. « Les pompiers, c’est comme une assurance ou l’irrigation. Faut les avoir mais ne pas en avoir besoin », lâche-t-il. S’il est toujours engagé, à 58 ans, c’est aussi pour l’adrénaline. « Chaque feu est autre, différent. On ne sait jamais ce qu’on va trouver », insiste-t-il. Aujourd’hui, le secours à la personne prévaut. Pierre-Paul, son fils, qui sait conduire le véhicule ambulance, est plus sollicité. Dominique Kretz et lui travaillent ensemble sur la ferme qui produit des céréales et des légumes. D’un signe, ils se comprennent, comme les Kempf. Le plus âgé sait quand il doit prendre le relais sur l’exploitation. « On s’engage par passion. On a la fibre ou pas », résume Dominique pour deux.

« Les SPV, c’est passionnant et prenant… comme le métier d’agriculteur ! », s’exclame Clément Mathis, éleveur laitier installé en individuel à Seebach, depuis trois ans. Il a repris la ferme de ses beaux-parents. Avant, il travaillait au contrôle laitier. Il a démarré son engagement de sapeur-pompier à la section de Stotzheim, à 17 ans. Il s’y était engagé avec un copain, « pour aider et secourir la population locale » et « participer à diverses opérations ». Lui aussi voulait intégrer une équipe « soudée ». Son grand-père était agriculteur et pompier mais il n’a pas le souvenir de l’avoir vu partir en intervention. Il se souvient de son oncle, SPV, mais ne pense pas qu’il l’ait motivé. Clément a demandé sa mutation aux SPV en 2018, pour continuer son engagement dans le nord de l’Alsace, et s’intégrer plus facilement à la vie du village. Il est le seul agriculteur du corps, à Seebach. À Osthouse, ils sont deux. À Ebersheim, aussi. Comme les Kempf et les Kretz, il est heureux de nouer des liens avec des personnes extérieures au monde agricole et de donner une bonne image de son métier.

Disponibles

Les agriculteurs sont précieux aux pompiers. Il y a encore quarante ans, ils constituaient l’essentiel des sections. Aujourd’hui, s’ils sont plus rares, c’est qu’ils sont, d’une part, moins nombreux dans la profession et, d’autre part, que l’engagement est « sérieux », souligne Gautier Kempf. Les trois semaines de formation préalable à la première sortie en opération et une formation annuelle de quarante heures minimum pour rester au niveau en dissuadent plus d’un. Sans compter les interventions. « Plus d’une fois, j’allais à un carnaval quand le sélectif a sonné. Le carnaval attend ! », conclut le jeune qui a un sens accru des responsabilités. Dominique Kretz le conçoit ainsi : « Le temps accordé aux SPV est du temps pris sur la famille. » Les jours de garde ou d’astreinte, il faut être sur le qui-vive, fête ou pas ! Aujourd’hui, une application de gestion sur smartphone permet de signaler ses désistements et de se faire remplacer, mais les Kretz ne l’utilisent qu’en cas d’urgence au boulot, disent-ils. « Si la récolte dure plus longtemps que 19 h, un vendredi soir, tu n’es pas obligé de t’arrêter », illustre Pierre-Paul. D’autant plus que le soir, plus de SPV peuvent suppléer.

Le principal avantage d’engager des agriculteurs au sein des SPV est leur disponibilité dans la ville ou le village, la semaine, en journée. « En quatre minutes, je peux être à la caserne, après le déclenchement du sélectif, assure Gautier Kempf. Quand on sait que les chances de survie diminuent sept minutes après un arrêt cardiaque… » Il est bien sûr d’astreinte uniquement lorsqu’il est à la ferme. L’étudiant liste rapidement les atouts les plus évidents des agriculteurs SPV. « On connaît le village, les points d’eau, les petits chemins, les lieux-dits et les personnes. C’est un réconfort pour elles, ça les apaise. On ne fait pas toute la différence mais c’est déjà ça », estime-t-il humblement. Même son de cloche chez les Kretz et Clément Mathis. Le jeune éleveur de Seebach ajoute : « On a le contact plus facile avec les animaux. On sait comment les approcher s’ils sont apeurés lors de captures. Jamais de face et il faut être prêt à ce qu’ils réagissent brusquement. » Si le feu gronde, par contre, Dominique Kretz le répète : « Les animaux paniquent. Tu leur ouvres et tu les laisses partir. Puisqu’ils représentent un danger, c’est bien de les contenir ensuite, mais seulement si c’est possible ! Ils peuvent casser des barrières. »

« On a la connaissance de ce qui se trouve sur une exploitation : les stocks de fioul, le local à produits phytos (les engrais à forte teneur en nitrate d’ammonium sont explosifs, par exemple, N.D.L.R.) », pointe Pierre-Paul. Gautier et lui témoignent volontiers en formation. Les deux passions sont « complémentaires, mentionne Gautier. Et on ne compte pas nos heures. » Les agriculteurs SPV sont donc aussi pourvoyeurs d’idées de situations accidentogènes et de lieux de manœuvres originaux. La ferme des Kretz, à Osthouse, a déjà été le théâtre d’opérations. Pierre-Paul y a appris à manier la tronçonneuse et à y garer les tracteurs : « J’ai la notion des gabarits », constate-t-il. Encore un plus, par rapport à d’autres. Il sait aussi « ne pas se griller ». « On sait maîtriser l’effort, argue-t-il. Ce métier d’agriculteur, physique, nous entretient et nous permet de switcher. Après une intervention difficile, si on travaille, on a l’esprit occupé. Et, le soir, on est tellement KO que ça passe peut-être plus vite. »

Attentifs

En tant qu’agriculteurs, que gagnent Gautier, Clément, Pierre-Paul et Dominique à avoir intégré les corps de SPV ? « C’est une grande famille, confie Dominique Kretz. Les autres pompiers sont toujours là pour vous, même en dehors du service. » Cette cohésion ravit les jeunes aussi, qui ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges sur le suivi du STIS 67, en cas de coup dur. Ils ont déjà tous été confrontés à la mort. « On peut parler à un psy », rassure Clément. « À la fin d’une intervention, on discute, on débriefe. On voit des choses lourdes. C’est important d’en parler, de s’en libérer. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. Nous sommes suivis », affirme Gautier. Et physiquement aussi ! « Si je suis apte pour les pompiers, c’est que je suis en bonne santé, dixit le médecin de la MSA », se réjouit Dominique.

Tout comme son père, Pierre-Paul Kretz est pragmatique. Ce que les SPV leur ont appris et qu’ils réutilisent volontiers sur la ferme, c’est à charger les batteries d’un véhicule en journée, parce qu’il y a un risque d’explosion et que la surveillance et l’intervention sont alors plus faciles. Ils ont aussi fait attention à bien placer les extincteurs et, bien sûr, ils savent s’en servir. Clément abonde. Il est d’autant plus sensible à cela que ses hangars sont pleins de paille et de foin. Dominique voit un autre bénéfice à être SPV et de garde, le week-end : « On sait qu’on doit couper avant le vendredi soir, à 20 h. On stoppe le boulot. Et ça nous change les idées ! On est en contact avec des personnes d’autres horizons. » Les gestes barrières contre le Covid-19, ils ont aussi été les premiers à y avoir été formés. « On se remet en question dans notre vie de tous les jours, grâce aux SPV », résume Pierre-Paul. « L’anticipation, synthétise Gautier Kempf. Anticiper le bon comme le mauvais car on n’est jamais à l’abri d’une tuile, j’ai aussi acquis cette faculté grâce aux pompiers. Je n’aurai jamais de doute : j’ai bien fait de m’engager. »

 

 

Sève de bouleau

Une production qui monte

Cultures

Publié le 24/03/2021

Une petite cure de sève fraîche de bouleau permettrait de nettoyer l’organisme. Forts de leurs connaissances, Myriam Raoux et Christian Mallo ont commencé, il y a dix ans, en Alsace, à récolter le précieux suc. « 100 % locale, 100 % naturelle, 100 % fraîche », affiche le site internet de leur entreprise Sève’up. La sève est labellisée bio, précise Myriam. Elle est pure. Les trois litres sont vendus entre 25 et 35 euros, environ, selon qu’ils sont destinés à des magasins ou à des particuliers… et sur réservation uniquement ! « Nous n’avons pas de stock. La sève fraîche a une DLC de six semaines. Elle se conserve au frais, entre 2 et 4 °C », explique Myriam. Le printemps est donc une grosse période pour Sève’up, qui travaille en flux tendu. C’est Christian qui est à la manœuvre, en forêt. Myriam, à la logistique commerciale, raconte leur histoire et la récolte, pas à pas.

« Quand j’étais petite, nous allions en vacances, en Ariège. Le paysan voisin récoltait de la sève de bouleau, au printemps, pour sa consommation personnelle. Nous avions goûté », se souvient, depuis son bureau à Wilshausen, Myriam. Christian, lui, a découvert cette production saisonnière en Ukraine, lors d’un voyage. Depuis 2012, ils récoltent et vendent de la sève fraîche de bouleau en Alsace. Aujourd’hui, une centaine de magasins spécialisés et bio de la région commercialisent leurs poches, aux alentours de 39 euros : une réelle success story.

C’est du boulot !

Avant tout, il faut demander aux autorités la permission d’exploiter les bouleaux en forêt. « On verse une redevance », relève Myriam. En 2019, la sève de 1 500 arbres était prélevée. Depuis 2020, 3 000 arbres sont « troués ». Myriam et Christian souhaitent garder l’emplacement de « leurs » sites secrets. « Ils sont au cœur des forêts d’Alsace », lâche juste Myriam. Au début de l’aventure, Sève’up avait organisé une visite. S’en était suivi le vol de leur matériel de récupération, beaucoup de seaux : « une grosse déception » et une perte pour les acolytes qui avaient à cœur de partager leur savoir-faire.

La récolte de la sève de bouleau est journalière. Elle démarre en février ou en mars, selon la météo. Mi-mars est la période normale, d’après Myriam. Cette année, la récolte a débuté le 10 mars. Elle dure entre quatre à six semaines, tant que la sève n’a pas atteint le sommet de l’arbre, qu’il ne bourgeonne pas. Après, la sève s’épaissit et arrête de couler. « C’est la nature qui décide, souligne Myriam Raoux. On ne force pas l’arbre. On ne le brusque pas. Il va donner ce qu’il n’utilise pas pour sa propre consommation, son développement. » Les récoltants percent un petit trou, d’un centimètre de diamètre, environ, dans l’écorce du bouleau. Y est inséré un tube alimentaire, qui permet à la sève de se déverser dans un seau hermétique. Tout est réalisé en circuit fermé : aussi pour le filtrage et le conditionnement. « On vide les seaux tous les jours. Parfois, on récolte un verre, un fond de seau ; d’autres matins, jusqu’à deux litres ! », confie Myriam.

Volume et surveillance

Le procédé est très simple, admet-elle. « Plein de personnes récoltent dans leur jardin, ajoute Myriam. Mais il faut tenir compte de la qualité des sols aussi, si on veut une sève vertueuse. » Celle de Sève’up est analysée en laboratoires, puisque c’est un produit alimentaire ; non pasteurisé, de plus. « On ne récolte qu’un an sur deux », insiste la quinquagénaire. Le repos de l’arbre est primordial pour Christian et elle. En 2020, stoppée par la crise sanitaire, la récolte n’a donné que 6 000 litres. En 2019, alors que moitié moins d’arbres étaient prélevés, 16 000 litres de sève avaient coulé.

Quand la source se tarit, « on enlève le tube et on ferme le trou. On le bouche avec une petite branche de l’arbre pour qu’il n’y ait pas de rejet. On réalise le pansement avec un mélange de sève, de terre et d’argile verte, pour qu’il n’y ait aucun interstice par lequel des parasites pourraient passer », développe Myriam. L’opercule va sécher puis se désintégrer. Christian reste vigilant pendant plusieurs semaines après. Ils ne sont pas reconnus agriculteurs. Et pour cause, si deux tiers de leurs revenus proviennent de Sève’up, un tiers résulte des formations en géobiologie (ou sourcellerie) qu’ils dispensent. Christian est aussi magnétiseur.

Sève’up finance d’ailleurs l’association géobiologie environnement habitat santé (AGEHS), fondée par Christian, qui vient en aide aux personnes électro-hypersensibles, puisque cette nouvelle pathologie, reconnue par l’OMS, n’est pas prise en charge en France par la Sécurité sociale. Un peu plus d’un dixième du chiffre d’affaires de l’entreprise (15 000 euros sur 120 000) a été reversé à l’association en 2019.

« Le risque zéro n'existe pas »

« La sève de bouleau s’acidule lorsqu’elle entre dans sa phase de fermentation, ce qui n’empêche pas sa consommation. Elle est drainante car diurétique, reminéralisante, et c’est un salicylé, c’est-à-dire qu’elle aurait les mêmes propriétés que l’aspirine, anti-inflammatoires et antalgiques. Elle pourrait donc être préconisée contre les rhumatismes. Mais on la déconseille aux personnes allergiques à l’aspirine et, bien sûr, au bouleau, même si ce sont les graminées de l’arbre qui provoquent les allergies. Le risque zéro n’existe pas. Il faut être vigilant. Et, dans tous les cas, consulter son médecin, si on a le moindre doute », conseille Myriam Raoux.

Une cure dure en général trois semaines. Six litres sont alors nécessaires. Certains adeptes appliquent aussi la sève de bouleau sur leur peau - L’Oréal en utiliserait pour composer une crème de jour - ou leurs cheveux - elle favoriserait la pousse. « Mieux vaut la boire quand même, préconise Myriam. C’est un produit à la mode, qui a tendance à se développer. Il est important de bien vérifier l’origine de la sève de bouleau. » Rares sont les producteurs qui la proposent en frais, d’autant plus si elle vient des pays de l’est de l’Europe.

 

 

 

Comme à chaque printemps la société sève’up commercialise la sève de bouleau fraiche bio d’Alsace . La saison s’étale...

Publiée par Christian Mallo sur Lundi 22 février 2021

 

 

 

 

Fermes ouvertes

Des étudiants élaborent un kit de com’ pour les agriculteurs

Pratique

Publié le 14/03/2021

Comment présenter sa ferme, ses productions, à un enfant de 6 à 11 ans ? Andrea Dambacher, Gautier et Valentin Kempf, élèves de BTS Acse, à Obernai, créent des fiches récapitulatives à l’attention de tous les agriculteurs qui participent et participeront à l’opération Fermes ouvertes. Parce qu’encore trop de potentiels volontaires se censurent, faute de connaissances pédagogiques, ils leur proposent même des idées d’activités à réaliser avec les classes en visite sur les exploitations.

« La vache boit 3 l d’eau pour produire 2 l de lait » ; « le maïs est récolté en septembre pour l’ensilage à donner aux vaches », « il sert aussi à fabriquer du papier » ; « au printemps, on nourrit les blés » ; « les bovins dont la viande est consommée peuvent manger jusqu’à 60 kg par jour » : autant de savoirs basiques, de phrases simples, qui parlent aux écoliers. Pour eux, les trois jeunes de 20 ans préparent des affiches illustrées.

L’idée de ces supports de communication pour l’opération nationale Fermes ouvertes revient à la FDSEA et aux JA du Bas-Rhin. Ils ont sollicité les étudiants, parce qu’ils sont souvent plus proches des enfants et de leurs préoccupations que les adultes qui sont déjà sortis du cursus scolaire, et parce que les syndicats veulent renforcer le lien entre les futurs jeunes agriculteurs et les actifs, les impliquer.

 

 

 

⚠️ Ferme ouverte - Nouvelle version ⚠️ Lancement des Fermes ouvertes aux scolaires au mois de MAI 2021 ❗️ Pour cause...

Publiée par FDSEA du Bas-Rhin sur Vendredi 5 mars 2021

 

 

Attirer des céréaliers

Les parents d’Andrea et de Gautier, respectivement à Pfalzweyer et Ebersheim, ont déjà accueilli des classes dans leurs élevages. Tiré de ces expériences, l’atelier interactif et ludique de création de beurre, à partir de crème dans un flacon qu’on agite, a été retenu par les étudiants pour être proposé aux enfants. La famille de Valentin, aussi à Ebersheim, n’a pas encore ouvert ses portes aux groupes scolaires. Comme beaucoup de céréaliers, elle avait peur de ne rien avoir à montrer. Pourtant, rappelle Johanna Trau, installée aussi à Ebersheim : « les enfants aiment les machines, les tracteurs ». L’éleveuse, aux JA du canton de Sélestat, aide les étudiants à orienter leur projet. Elle est sortie diplômée d’un BTS Acse, en 2014, du lycée d’Obernai.

« Sur 70 exploitants qui accueillent aux Fermes ouvertes, seuls trois sont céréaliers. Nous souhaitons renouveler les secteurs et les productions, chercher aussi des maraîchers. Autour des plantes, il y a une foule de savoirs et d’activités à proposer : comment se cultivent-elles ? à quoi elles ressemblent ? etc. », développe Johanna. Les agriculteurs peuvent placer des graines ou autres, dans des boîtes, et demander aux écoliers de les reconnaître, à l’aveugle, après leur avoir montré. « On a repris tout ce qui se cultive et s’élève en Alsace », assure Gautier.

En 2021, les Fermes ouvertes… en classe !

« Les enfants sont toujours ravis des deux heures et demie qu’ils ont passées chez nous, témoigne Tania, sa maman. On reçoit des dessins et des lettres, en retour. Les parents accompagnateurs aussi repartent avec le sourire : ça change les mentalités. C’est un beau moment de partage. » L’opération Fermes ouvertes est gratuite, non rémunérée. « C’est un premier pas dans les fermes », cadre Johanna. Sur la centaine de classes qui s’inscrit auprès de la FDSEA du Bas-Rhin, chaque année, plus du tiers vient de la ville.

Cette année, comme l’an passé, l’accueil sur sites est annulé, à cause du protocole sanitaire en vigueur, extrêmement contraignant, et du plan Vigipirate. Mais l’opération n’est pas supprimée ! Mi-mai 2021, les agriculteurs sont invités à investir les salles de classe. Vidéo sur l’agriculture alsacienne à l’appui, ils pourront parler de leur métier, de leur exploitation… avec leurs mots mais aussi des objets, des photos. Une trentaine d’échanges devraient avoir lieu, ce printemps. « Nos fiches sont intemporelles », précise Gautier, pour se motiver, malgré des Fermes ouvertes 2021 de moindre envergure. Les professeurs des écoles reçoivent depuis longtemps, eux, un livret pédagogique pour accompagner la découverte. Fabien Bauer d’Eckwersheim, à la FDSEA 67, est aussi engagé dans ce projet de communication positive qui vise aujourd’hui à faciliter la tâche aux exploitants.

Arboriculture fruitière

Le retour en grâce de l’irrigation ?

Technique

Publié le 06/03/2021

Les sols alsaciens retiennent bien l’eau, puisqu’ils sont, en règle générale, limoneux ou argileux. Mais les déficits hydriques de juillet, qui ont cours depuis quatre ans, sont tels qu’ils pénalisent quand même les arbres fruitiers, comme ils pénalisent le maïs ou d’autres grandes cultures. Alors que 80 % des vergers alsaciens ne sont pas irrigués aujourd’hui, d’après Philippe Jacques, conseiller spécialisé en arboriculture fruitière à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), le recours à l’irrigation est de plus en plus envisagé. Au Verexal à Obernai, Philippe Jacques et Hervé Bentz, responsable de la station, pensent la remettre en route. Ils y avaient recours, il y a une vingtaine d’années, jusqu’à ce que la pompe rende l’âme. La pluviométrie étant alors plus favorable et les producteurs n’irriguant pas dans leur majorité, ils se sont passés d’eau, pour être au plus près de la réalité alsacienne. Mais aujourd’hui, l’objectif est de réactiver le puits, confie Hervé Bentz, pour irriguer dès cette saison ou dès la prochaine. « On ne sait pas si on doit tailler plus sévère, moins sévère. L’an passé, on a taillé plus fort les quetschiers et moins les mirabelliers. À Innenheim, où la capacité hydrique des sols est plus grande, nous avons eu de beaux lots en quetsches », apprécie Philippe Jacques. À Obernai, le résultat a été bien moins satisfaisant (lire encadré).

Premier anthonome du pommier

En ce début mars, « on est dans la période mi-figue, mi-raisin ». Philippe Jacques file la métaphore fruitière. « On réalise un peu de taille, un peu de protection phytosanitaire, un peu de plantation et du travail administratif », détaille le conseiller. C’est l’observation qui prime, en cette fin d’hiver. Les abricotiers et les pêchers devraient être en fleurs dans les prochaines semaines. À Obernai, les quetschiers ne fleurissent pas ; il n’y aura donc pas de fruits cette année. Il faut surveiller l’arrivée des maladies et des ravageurs. Stéphanie Frey, conseillère agricole à Fredon Grand Est, a repéré le premier anthonome du pommier, lundi 1er mars, alors que les pommiers ne sont qu’au stade « pointe verte » ou stade B. « C’est le début du risque, prévient Stéphanie Frey, surtout dans les parcelles où sa présence est détectée historiquement. Il est un peu tôt pour voir ce ravageur secondaire, qui pond dans les bourgeons floraux et les mange ensuite de l’intérieur, empêchant la floraison. Cela peut être un éclaircissage naturel mais c’est un pari dangereux dans les parcelles peu chargées. »

Taille des pruniers avant floraison

Les psylles commencent à pondre. Au Verexal, pour éviter ces piqueurs et des pucerons, les poiriers sont recouverts d’argile. La femelle psylle est désorientée par cette couche minérale ; elle pondra moins. « Dès qu’ils le peuvent, les arboriculteurs en conventionnel utilisent des produits homologués en bio. Les vergers sont tout blancs, c’est impressionnant », remarque la conseillère. Puisqu’il gèle, les matins, les stades végétatifs n’évoluent pas très vite, ajoute-t-elle. Les arbres ne sont pas en avance cette année, contrairement à l’an passé. La taille des arbres donnant des fruits à pépins est terminée. Philippe Jacques taille les pruniers. « Il convient de garder le masque de végétation au centre des arbres pour que les branches principales aillent vers l’extérieur. Il s’agit d’ouvrir le plus possible », conseille-t-il, entre deux coups de sécateur. Pour qu’une branche « tombe », pousse vers le bas, qu’elle soit souple, on n’y touche pas. « Si tu veux qu’elle durcisse, tu l’épointes », enchaîne le conseiller.

Les abricotiers, les pêchers et les cerisiers se taillent, eux, pendant la floraison, quand la sève est déjà dans la branche car les bactéries, à ce moment-là, ne peuvent pas pénétrer les plaies de taille. La sève les éjecte. Les pruniers, que ce soient les mirabelliers ou les quetschiers, sont assez forts pour supporter la taille avant floraison : ces arbres peuvent se défendre, rappelle Philippe Jacques. Quelle est la particularité des prunes en Alsace ? La filière est organisée autour des vergers familiaux, relève le conseiller de la Chambre, au détour de la conversation. Sur 670 ha de pruniers, 150 seulement sont des vergers professionnels. 80 % des producteurs de prunes sont donc des amateurs. Tous confondus, ils sont 11 000 (8 000 dans le Haut-Rhin et 3 000 dans le Bas-Rhin) à être dans les prunes.

 

Ce n'est pas la neige qui revient au Verexal, ni le givre ! Nos poiriers ont revêtu un habit blanc composé d'argile dans...

Publiée par Verexal Obernai sur Lundi 22 février 2021

 

Lutte antigel

« Il va falloir préparer la lutte antigel, s’interrompt Philippe Jacques, réviser les moteurs, sortir les bougies, des machines à gaz. La lutte contre les maladies fongiques débute aussi. » Il confirme les dires de Stéphanie Frey : les mêmes produits sont utilisés dans les vergers écoresponsables et bio. Le cuivre et le soufre sont interdits durant la période florale, jusqu’à la chute des pétales. Les pommiers sont au début du stade de sensibilité à la tavelure. Il y a 500 ha de pommiers, en Alsace, dont 22 % environ sont conduits en bio. Pour que les feuilles de rosette soient sensibles à la tavelure, il faut entre huit et dix heures d’humectation. Jusqu’à 12 °C, le cuivre et le soufre sont efficaces pour éviter le champignon. Philippe Jacques cherche aussi les pucerons cendrés dans les pommiers : les fondatrices des colonies, particulièrement. « Ils piquent les jeunes fruits qui ne prennent plus de calibre ensuite », avertit le conseiller. Si les conditions climatiques le permettent, les traitements interviendront aux alentours du 10 mars. Sur les pruniers, Philippe surveille le puceron vert… qui sort, lui, en même que les épines noires : invariablement.

Marie-Noëlle et Jean-Jacques

Éternels adolescents

Élevage

Publié le 11/02/2021

« On s’est rencontré à 17 ans, au lycée agricole d’Obernai, en 1ère bac techno sciences et techniques, spécialité productions animales », commence à raconter Jean-Jacques Muller. « C’est lui qui m’a draguée », balance Marie-Noëlle, dans un éclat de rire. Et ça a mis quelques mois à aboutir, cette drague, confient-ils. À l’époque, c’est sûr, les internats sont bien gardés. Pas de visite nocturne ! Alors, comment Jean-Jacques a séduit Marie-Noëlle Wendling, de son nom de jeune fille ? « Il prédisait l’avenir. Il se voyait aujourd’hui ! » « Moi, je cherchais une femme pour le futur. Mon objectif était de trouver une personne qui me suive, après les études, parce qu’il était prévu que je reprenne l’exploitation de l’oncle célibataire. Je savais qu’une fois à Hirschland mes chances de rencontrer une jeune fille seraient minces. Et je cherchais une compagne capable de me seconder, sans que ce soit mon associée… puisqu’il y avait encore mon oncle », explique Jean-Jacques. Marie-Noëlle ne s’en offusque pas, au contraire. « Les filles d’éleveurs, on était très recherchées dans ces classes ! Si ça n’avait pas été moi, ç’aurait été une autre. Moi, je voulais travailler dans le para-agricole, pas être agricultrice. Et c’est ce qu’il s’est passé : j’ai travaillé quinze ans au contrôle laitier de 2007 à 2015, en Alsace et en Moselle. Et je donnais des coups de main sur la ferme », enchaîne Marie-Noëlle, originaire de Dauendorf.

Comme du p’tit lait

La production laitière, c’est leur point commun, leur rêve professionnel. Ils passent quatre ans ensemble, dans la même classe, jusqu’à la fin du BTS Acse (analyse, conduite et stratégie de l’entreprise) ; quatre ans durant lesquels ils côtoient les mêmes amis, chaque jour aussi. « Au lycée agricole d’Obernai, on entre dans une grande famille », dit Jean-Jacques. « Quand il foutait le bordel, je me faisais engueuler parce que je n’arrivais pas à le raisonner », s’amuse Marie-Noëlle. « Elle était sage, au premier rang », enchérit son mari. Tout se sait. Les élèves sont même parfois invités aux mariages des enseignants. Aujourd’hui, les Muller voient toujours leurs amis communs. « Et on était tous solidaires, se souvient Jean-Jacques, avec délectation. Si on décidait qu’on irait en cours à 9 h 30, même si le prof était là à 9 h, que pouvait-il faire ? On savait délirer mais, quand on se mettait au boulot, on y allait. Ils vont se marrer les potes du lycée, quand ils liront ça ! »

Une vision autoréalisatrice

Marie-Noëlle est devenue amoureuse du projet de Jean-Jacques, de reprise de l’exploitation de l’oncle, avec la moitié des surfaces en herbe, tout en développant le sien. Après le BTS, elle s’est formée en alternance, jusqu’à devenir conseillère élevage. Elle n’a jamais exercé sur leur secteur mais « tous les soirs, elle rentrait, et m’informait de ce qui réussissait ailleurs. C’était très enrichissant », déroule Jean-Jacques. « Mon but, c’était tout de même de me rapprocher d’ici », confie Marie-Noëlle. Le couple s’est marié en 2006. Il fêtera ses quinze ans de mariage, cette année, mais aussi leurs 40 ans, et les 20 ans de la fin du lycée. Leur premier enfant, Emma, est né en 2008 ; Victor en 2011, et Mathilde en 2015. Les Muller ont construit à côté de l’exploitation. « Puisque j’habitais à côté, je donnais des coups de main le soir. Exactement ce qu’il avait prédit. » Mais les journées de Marie-Noëlle sont longues, puisqu’elles commencent à 4 h et finissent après la traite.

Savoir et savoir-faire font la paire

En 2012, à la faveur du développement de la production laitière, avec Unicoolait, Marie-Noëlle intègre la ferme sur laquelle est installé son époux depuis 2003. Elle y travaille à mi-temps. En 2015, l’oncle de Jean-Jacques part à la retraite. Marie-Noëlle devient l’associé de Jean-Jacques en 2016. « Ça devenait une évidence, au fil des années, de rester sur l’exploitation, d’autant plus qu’il y avait les enfants. Au final, le rêve est devenu réalité », s’exclame-t-elle. Avec son expérience, c’est elle qui s’occupe intégralement de la gestion du troupeau. « Pendant quinze ans, elle a enseigné aux éleveurs comment obtenir la meilleure bonification. En 2020, on l’a eue. On a réalisé moins de 200 cellules, moins de 50 000 germes et moins de 800 spores butyriques, sur douze mois consécutifs. On a reçu une prime de 6 € aux 1 000 l de lait », développe Jean-Jacques. Cette bonne performance est aussi due à son travail aux champs. « C’est un travail commun. Je dois rentrer des fourrages sans terre. Elle fait attention aux mamelles des bêtes », énumère l’agriculteur. « Je surveille aussi l’installation de traite. Je veille à ce qu’il n’y ait pas de fromage », ajoute Marie-Noëlle. Le couple a mis en application tout le savoir de Marie-Noëlle.

La qualité au rendez-vous

« On arrive aussi à notre rythme de croisière, enchaîne Jean-Jacques. Sans acheter de bêtes à l’extérieur, on a développé notre élevage. On était borné à augmenter la production. Maintenant, on peut mieux se concentrer sur la qualité. » En 2003, la ferme produisait 340 000 l de lait, avec cinquante prim’holsteins, pures. En 2015, 780 000 l de lait, avec 100 laitières. Et en 2020, 1 150 000 l avec 130 VL ! Et toujours la même surface : 131 ha, dont la moitié en herbe. Les vaches ne sortent pas. « On a intensifié au maximum », note Jean-Jacques. Sur l’exploitation, chacun a son travail mais les décisions sont communes. « C’est vite réglé, si c’est bénéfique pour la ferme. Et, quand il y a besoin, pour le boulot, on s’entraide », précise Marie-Noëlle, qui est quand même à la comptabilité ce que Jean-Jacques est à l’entretien des machines : la seule intervenante. Mais tout cela aurait moins de sens s’il n’y avait pas les enfants, estime Jean-Jacques.

De futurs associés ?

Les Muller sont gâtés. Mathilde, Victor et Emma sont surinvestis. À table, le samedi midi, toutes les discussions tournent autour de l’exploitation. « Ils parlent avec nous comme s’ils étaient nos associés », se réjouit Marie-Noëlle. Emma connaît les numéros et les noms de chacune des vaches, ainsi que la filiation. Elle suit la reproduction, lit les notes du vétérinaire si elle est en classe le jour où il passe. Victor, lui, a des suggestions pour l’amélioration générale de la ferme. Il donne le lait aux veaux les week-ends. « Ça fait chaud au cœur. Ils se donnent à fond », constate Jean-Jacques. « Ils sont passionnés et se responsabilisent », observe Marie-Noëlle. Ils savent que l’argent a une valeur, assure la maman. « On va construire une nouvelle nurserie, glissent les parents, plus accessibles pour eux. » Ils tiennent aussi leurs promesses en matière de loisirs ou de cadeaux. « Les enfants nous rendent service. On le leur rend bien. Je pense qu’on a réussi notre couple quand on voit comment ils évoluent dans le domaine. Ça leur donne des bases, une rigueur, la notion du travail, même s’ils ne s’installent pas », remarque Jean-Jacques. À couple réussi, famille unie !

Vies de célibataires

Draguer en temps de Covid-19

Pratique

Publié le 11/02/2021

Être heureux seul…

« Je suis célibataire par choix », commence Alexis, la vingtaine. Depuis un an qu’il n’est plus en couple officiellement, il a eu le temps de se retrouver, de lire, de philosopher. « Le secret pour être heureux, c’est de pouvoir rester seul. J’ai appris cela au premier confinement. Si nous ne sommes pas heureux seuls, qui voulons-nous attirer ? », questionne-t-il. Lui est très heureux, assure-t-il. Il a poussé son raisonnement encore plus loin : « Est-ce obligatoire d’être en couple officiellement, de se montrer ? Être célibataire ou en couple, cela change quoi ? Pour qui, pourquoi nous obligeons-nous à vivre en couple ? » Le jeune homme surprend. « Je ne me vois pas vivre en couple, à deux. Je ne veux pas de mariage, pas d’enfant… pour l’instant ! C’est un rôle qu’on joue, qu’on nous attribue dans la société, et les relations exclusives renvoient à la notion de possession. C’est plus intéressant, plus respectueux d’être avec quelqu’un juste pour le plaisir d’être avec cette personne… et pas pour être présenté à la famille, aux amis, ni pour travailler sur la ferme. L’idéal pour moi est qu’on ait chacun nos vies et qu’elles nous plaisent. Je suis indépendant. Je souhaite que mes amies le soient aussi », avance le beau célibataire, cette déclaration d’amour à la liberté et à l’égalité des sexes ajoutant encore à son charme.

Plus prosaïquement, Antony, qui a le même âge, lâche : « Moi, je suis bien sur ma ferme. Je ne fais pas grand-chose pour chercher une compagne. J’attends que les salles, bars, restaurants rouvrent. Je préfère draguer en vrai. C’est mieux. On voit la façon dont la personne est : son langage physique, corporel, ce qu’elle émane. » Antony est un danseur. Son truc, ce sont les fêtes populaires, les bals, les soirées dansantes, avec orchestres, notamment à Dabo, en Moselle. L’été, y viennent jusqu’à 300 personnes ! « Je ne suis pas pressé, cadre Antony. Je passe de bons moments, seul, avec ma famille. Je travaille. Je suis content de ma vie. » Il n’a donc testé aucun site ni aucune application de rencontre en ligne, jusqu’à présent.

… ou même à deux…

Sébastien, quadra dynamique, est aussi célibataire, depuis un an. Il a choisi Facebook et ses groupes privés qui affichent la couleur (Les célibataires d’Alsace 67, Rencontres entre célibataires 30/55 ans du Grand Est, par exemple), espérant trouver l’âme sœur. Il enchaîne les rencontres mais fait souvent chou blanc. « 99 % des inscrits ne savent pas écrire et/ou ont des problèmes psychologiques. Je discute avec moins d’1 % des femmes sur la vingtaine de groupes que je fréquente virtuellement. J’opère un gros tri mais je n’y passe pas ma vie ! Je cherche une relation sérieuse. Les femmes que je rencontre aussi. Nous avons 40 ans. Si nous n’avons pas assez de choses en commun ou si elle ne veut pas déménager, parce que je suis attaché à la ferme, on arrête de se voir. On n’a pas de temps à perdre. Les groupes Facebook, ce n’est pas Badoo ! [Un site de rencontre en ligne, connu pour mettre en contact des personnes cherchant à avoir des relations sexuelles, N.D.L.R.] Même pour le plaisir, on ne se revoit pas », confie Sébastien. Lui souffre de la solitude. Il est conscient que les femmes qu’il rencontre n’ont pas forcément envie d’être en couple avec un homme qui travaille autant : « Des histoires s’arrêtent à cause de ça. Il faut qu’elle supporte ma vie. Je passe plutôt 70 h sur l’exploitation que 35. Mais je vais abandonner certaines cultures pour me libérer du temps », consent-il.

Sébastien est déjà tombé sur « une renarde » : « Une exploitante qui cherchait un ouvrier agricole, en fait ! Moi, je suis trop pinailleur et difficile pour travailler avec quelqu’un d’autre que mon père ! Je veux juste être avec une femme avec qui je suis bien. » Sébastien requiert surtout l’anonymat car, à l’instar des autres célibataires interviewés, il brave le couvre-feu. Attestation en poche ou pas, ils n’ont pas d’autres choix, pour retrouver leurs belles, que de sortir le soir ! Mais il y a une autre raison pour laquelle Sébastien souhaite préserver son intimité : « Je ne veux pas que les agences matrimoniales me sautent dessus ! » Il ne conseille pas aux agris célibataires d’aller sur les groupes Facebook… « Sinon j’aurais des concurrents ! » Il plaisante et ajoute : « Bien plus jeune, je sortais seul pour vaincre ma timidité. Ça m’a soigné. J’ai pris confiance en moi ». Avis aux agris réservés !

… ou plus ?

Arnaud Jamm, 20 ans, est le seul à témoigner à visage découvert. Ouvrier agricole polyvalent chez Ernest Hoeffel, à Walbourg, le beau gosse de Ringendorf est célibataire depuis neuf mois. Lui aussi compte sur les réseaux sociaux pour draguer : les siens ! C’est dans le réel qu’il a lié ses amitiés et a multiplié les contacts heureux. Il a donc un vivier, un carnet d’adresses, qu’il peut à tout moment dégainer, parce qu’« en ce moment, les seules rencontres que je fais, ce sont les veaux qui sortent de leur mère ». Handballeur au SRIB (Sport réuni Ingwiller Bouxwiller), qui évolue en première division départementale, il jouera le quart de finale de la Coupe de France, début avril, à Lyon. Il est aussi apiculteur amateur, avec son père. À eux deux, ils gèrent 140 ruches. Arnaud rêve de s’installer dans trois ou quatre années. En attendant, il cumule les heures sup’ chez Ernest. Le célibataire est bien occupé 60 heures par semaine, travail et « loisirs » confondus. « Je vis au jour le jour. Je ne cherche pas vraiment de petite amie, pour le moment. J’ai déjà à peine le temps de voir les camarades. En plus, ce n’est pas la meilleure période, maintenant. Et à mon âge, il faut s’amuser, profiter ! », pose-t-il. Arnaud cherche d’autant moins qu’il a déjà plus ou moins trouvé… « J’ai beaucoup d’amis, de connaissances, depuis le collège. C’est par leur biais que je rencontre des jeunes femmes. Ça se fait au feeling. Je ne multiplie pas les aventures. Quand on est accompagné des bonnes personnes, pourquoi s’embêter à en chercher de nouvelles ? », se livre-t-il. Un beau compliment pour ses amies. « Les coups d’un soir, c’est rare depuis le Covid-19. Je retrouve la même amie depuis quatre mois. Mais je ne suis pas amoureux ! Il y a une autre fille que j’apprécie énormément. On s’écrit tous les jours mais on fait un pas en avant, deux en arrière », confie Arnaud. Incompatibilité d’agenda oblige, les écrivains ne se sont pas vus depuis longtemps.

Alexis aussi s’épanouit avec deux femmes, aujourd’hui. Sans obligation, sans contrainte, sans finalité, sans engagement autre que celui d’être honnête, transparent. En cela, il se différencie d’Arnaud, qui espère une relation amoureuse exclusive. « Je suis passé par les sites de rencontre Tinder et OKCupid. Je n’avais jamais fait ça avant, raconte Alexis. Je reste plus friand des rencontres dans les bars, les soirées, les discothèques, chez des amis mais c’est compliqué, actuellement. Je me suis inscrit à la fin de l’été. Ma dernière relation s’était mal finie, en mars dernier. J’avais pris sur moi au premier confinement, passé l’été avec les potes. Puis, j’ai sauté le pas. Ça marche bien, les sites et les app’. Je pourrais « matcher » chaque semaine, voire plus. Mais je ne suis pas un serial lover. Je viens d’ailleurs de supprimer mes comptes. J’ai rencontré deux femmes avec qui je m’entends bien et ça me suffit. Dans 90 % des cas, d’ailleurs, ça ne « matche » pas tant que ça, au final. Il faut trouver des personnes avec qui on s’entend. Ce n’est pas évident. Et les coups d’un soir, j’estime que c’est trop de temps investi pour rien. Je ne cherche pas qu’à coucher. »

Ce romantique avait déjà testé l’union libre avec une ex-compagne, à la fin de leur relation. Il en tire cet enseignement : « On n’est jamais attiré par une seule personne, tout au long de sa vie. » Alexis ne s’interdit rien. Et ses partenaires, comment le vivent-elles ? « Si une femme s’attache et moi non, et qu’elle en souffre, nous nous séparons. Celles avec qui je partage de bons moments, aujourd’hui, sont sur la même longueur d’onde que moi. L’une est mariée et a des enfants. L’autre est asexuelle [c’est-à-dire qu’elle n’est attirée sexuellement par personne, N.D.L.R.]. Ce n’est pas la débauche. On a d’autres occupations dans nos vies encore. Pour moi, ces relations multiples, c’est une manière de se simplifier la vie », explique Alexis. Il regrette d’avoir perdu autant de temps à se prendre la tête (le cœur) avant. « On s’offre des cadeaux si on veut, quand on veut. Il n’y a aucun impératif. Si j’oublie l’anniversaire de l’une d’elle, aucun problème. On ne s’impose rien », insiste Alexis. Le couple idéal, selon lui ? Sartre et de Beauvoir. Est-ce qu’il dit à ses amies qu’il est agriculteur ? « Faut pas le dire si tu veux draguer ! Entre les idées reçues et les sujets qui fâchent, t’es pas aidé. Et ce n’est pas plus mal de ne pas le dire : au moins, on montre qu’on sait parler d’autres choses que de tracteurs », sourit Alexis. Dès les premières fêtes, il ira draguer seul, en face-à-face.

Construire pour l’avenir

Olivier, 25 ans, se consacre à la construction d’une nouvelle salle de traite. « Les sites de rencontre, ça prend du temps. Dans deux mois, on aura fini les travaux. On soufflera », prédit-il. En Gaec avec son oncle, célibataire endurci et content de sa situation, Olivier avoue qu’il ne cherche pas vraiment, aussi parce qu’il ne sort plus. « Avant, on était de toutes les fêtes. » Il avait des aventures même s’il cherche « une relation sérieuse ». L’éleveur souhaiterait fonder une famille mais pas dans l’immédiat. « Faut d’abord profiter de la vie à deux », pense-t-il. Il soulève les freins dus à la pandémie et à sa profession. « On voit beaucoup moins de monde quand même, depuis mars dernier. On fait moins de rencontres. Et quand j’en fais une, la jeune femme ne veut pas forcément bouger. Qu’elle doive venir sur la ferme et supporter les contraintes du métier, ça n’aide pas », sait-il. La Saint Valentin, il la fêtera donc avec ses maçons et ses bêtes. Pour les autres célibataires, ce sera, a priori, « pizza avec les parents », « retrouvailles avec la sœur et la nièce », puisque ce sera dimanche. Mais s’ils sortent, ils le répètent tous, ce sera couvert !

Livraison de produits locaux à domicile

Marmelade and the city

Pratique

Publié le 03/02/2021

Marmelade est un e-commerce en circuit court, une épicerie en ligne 100 % locale, qui propose aux citadins de se faire livrer leurs courses de produits locaux à domicile. Les agriculteurs référencés sur la plateforme vendent du frais brut ou transformé, des conserves et des bouteilles. La Ferme Vogelgesang à Dorlisheim, Le Jardin de Marthe à Strasbourg, la Ferme de la Plume d’or à Dachstein ou encore le domaine Beck-Hartweg à Dambach-la-Ville, pour ne citer qu’eux, ont franchi le pas. « Chaque matin, un salarié fait le tour des producteurs locaux, pour récupérer les commandes, dans toute l’Alsace. Quand les quantités sont trop importantes et qu’elles n’entrent plus dans l’une de nos deux camionnettes, les agriculteurs nous livrent à l’entrepôt, situé au port du Rhin à Strasbourg. Les clients sont livrés dans la journée, entre 14 h et 22 h », cadre Quentin Seyeux, le jeune créateur de Marmelade.

Un drive et deux points relais, en plus

127 abonnés commandent, en moyenne, deux à trois paniers chaque mois, de 30 euros environ, ce qui représente entre 250 et 300 livraisons. Mais Marmelade enregistre un millier de distributions par mois : « 700 commandes proviennent donc de non abonnés, qui dépensent environ 42,50 euros par panier », calcule Quentin Seyeux. La livraison est gratuite depuis le premier confinement. Auparavant, elle coûtait 2,50 euros et était offerte à partir de 60 euros d’achats aux non-abonnés et de 25 euros d’achats aux abonnés. Les souscripteurs gardent l’avantage d’une remise sur leur première commande (de 10 euros, en 2021) et de l’enregistrement de leurs préférences, en termes de produits et de modalités de livraison. Marmelade a aussi lancé, « à la faveur » du confinement, un drive à ses locaux et deux points relais, à Strasbourg et Schiltigheim.

 

 

 

Que la force soit avec vous ! ? Les livraisons Marmelade continuent bien sûr pendant tout le confinement ?‍♂️?? Comme...

Publiée par Marmelade sur Samedi 31 octobre 2020

 

 

Un million d’euros de chiffre d’affaires visé

« On s’adapte », tel est le leitmotiv de Quentin Seyeux, 28 ans, qui croit que la mort des commerces de proximité n’est pas pour demain, grâce à Internet. Si Amazon prend des parts de marché, pourquoi pas eux ? Cet ancien étudiant d’école de commerce (Neoma Reims - Rouen - Paris) qui a fait ses armes à Paris, Barcelone et Hong-Kong, avant de développer Marmelade sur la base de son dernier projet d’études, est persuadé de la réussite de l’e-commerce. Les chiffres lui donnent raison : de 46 000 euros, en 2019, le chiffre d’affaires de Marmelade a bondi à 320 000 euros, en 2020. Il a été multiplié par sept en un an, ce qui a permis, entre autres, cinq embauches (ils sont sept aujourd’hui) et l’achat d’un second vélo cargo, moyen de déplacement privilégié pour les livraisons strasbourgeoises. « L’idéal serait d’atteindre un million d’euros de chiffres d’affaires et d’embaucher plus de livreurs », pointe Quentin, qui travaille d’arrache-pied, de 8 h à 22 h, pour que le rêve devienne réalité. Marmelade a invité ses clients à signaler où ils souhaiteraient que la livraison et/ou les points relais soient développés.

 

 

 

Une annonce qui mérite bien un vin chaud ! ?? Pour fêter le lancement du marché de Noël, on passe la vitesse supérieure...

Publiée par Marmelade sur Dimanche 29 novembre 2020

 

 

1 600 références à la vente

« Nous cherchons toujours de nouveaux producteurs, de beurre et de lait, notamment, car il est difficile d’en acheter en direct. On aimerait distribuer plus de viande, plus de vrac aussi (des pâtes, par exemple), des graines. Et on aimerait vendre plus d’artisanat, qu’on pourrait envoyer par la Poste s’il s’y prête », énumère Quentin. 1 600 références sont répertoriées sur le site de vente en ligne marmelade.alsace. « Les habitudes des consommateurs changent au fil des saisons », a remarqué Quentin Seyeux. Si les conserves et les tisanes ont la cote l’hiver, au printemps, ce sont les asperges ; à tel point que Jean-Michel Obrecht, à Handschuheim, n’arrivait plus à assurer l’approvisionnement seul, la saison passée. « Les chouchous des clients, ce sont les fruits et légumes, avance Quentin. Toute l’année. Cela représente la moitié de ce que l’on vend. » Il en commande jusqu’à 3,5 tonnes par semaine, à sept fermes différentes. Les fromages, jus de fruits, bières et tous les produits éphémères plaisent beaucoup aussi. En termes de valeur, les asperges (à 10 euros la botte) sont ce qui a apporté le plus de valeur à Marmelade, en 2020.

Produits locaux et/ou bio

Le client paie autant à Marmelade qu’il paierait au producteur. « Pour lui, ça revient au même de passer par nous. C’est le même prix. On achète de gros volumes. Les producteurs nous font des remises (30 à 40 %, en général) sur les prix qu’ils fixent librement. Rien n’est imposé. Et c’est là-dessus que nous margeons », explique Quentin Seyeux. Les commerçants pratiquent des remises de 20 %, les artisans, de 24 à 30 %, à Marmelade. Le client type de Marmelade est une cliente, cadre ou très prise par son travail, qui a une conscience environnementale, voire s’engage publiquement. Elle peut être mère de famille et a entre 30 et 50 ans. Surtout, elle n’a pas le temps d’aller à la Biocoop ou au marché. Si les produits livrés par Marmelade sont, dans leur immense majorité, locaux, ils sont aussi souvent bios. L’e-commerce se fournit, par exemple, en agrumes (qu’on ne trouve pas en Alsace), à Reichstett, auprès de ProNatura, grossiste en fruits et légumes bios. « Quand on ne trouve pas de produits locaux, on achète bio », précise Quentin Seyeux. Produits cosmétiques et d’entretien alsaciens complètent l’offre, qui se veut quasi exhaustive pour concurrencer les grandes surfaces. Le vrai plus étant que, « les produits sont meilleurs qu’en supermarché », vante Quentin.

« Toucher la ville »

Créée il y a presque trois ans, Marmelade semble répondre à une demande des consommateurs. Et du côté des producteurs, qu’en est-il ? Jean-Michel Obrecht, avide de nouvelles expériences et de nouveaux débouchés, a contacté Quentin, en février dernier. Depuis, plusieurs fois par semaine, Tom qui assure la tournée des producteurs, vient chercher des paniers garnis à thème confectionnés par l’agriculteur : panier asiatique, « détox », arc-en-ciel, en plus du détail. Jean-Michel fonctionnait déjà avec plusieurs Ruches qui dit oui, avec satisfaction. Il perdrait trop de temps à livrer ses productions à Strasbourg, par contre. « Je passe par Marmelade pour toucher la ville. Cela permet aux Strasbourgeois d’accéder à mes produits », résume Jean-Michel, conquis par le fait que Marmelade se déplace jusque chez lui. La démarche écologique du service l’a aussi séduit : les livraisons en vélo cargo. « On a une bonne collaboration, ajoute-t-il. On se met en avant mutuellement. » Le producteur pense que ce qu’il vend via Marmelade représente 10 % de tout ce qu’il commercialise en drive.

 

 

 

Publiée par FERME Obrecht Handschuheim sur Lundi 2 novembre 2020

 

 

Vidéos et marché de producteurs

Tom, qui gère les partenaires de Marmelade, réalise actuellement de courtes vidéos de présentation. Elles sont diffusées sur les réseaux sociaux et le seront, à terme, sur le site internet de Marmelade. « C’est la meilleure façon de vendre un produit fait avec passion : raconter qui est derrière, d’où il vient, souligner sa différence, raconter une histoire. Cette communication n’existe pas en supermarché », constate Quentin. Et plus il y a de contenus (texte, photos, vidéo), mieux le site d’e-commerce est référencé sur les moteurs de recherche, assure le jeune homme. En septembre 2020, Quentin avait organisé un marché de producteurs (ils étaient 25), place Saint-Thomas, à Strasbourg, pour que clients et vendeurs se rencontrent, autour d’une petite restauration. Si la météo a un peu gâché la fête, il souhaiterait recommencer quand le contexte sanitaire le permettra.

 

 

 

? Retour en images sur le Marché des Producteurs Marmelade ! ? Un grand merci à tous ceux qui ont affronté le froid...

Publiée par Marmelade sur Mardi 6 octobre 2020

 

 

Être utile

« Mon rêve, c’était de faire des affaires, monter ma boîte, confie Quentin, sans gêne. L’intérêt pour les producteurs, la volonté de les aider, c’est venu avec le projet, avec le temps. Plus je les connais, plus je suis passionné ». Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Le proverbe semble se vérifier. Mais pourquoi choisir de vendre des produits locaux, alors ? « J’avais envie de faire quelque chose d’utile, qui associe mon attachement au bien manger, mes valeurs, à ce que j’ai appris : l’e-commerce. J’ai grandi dans un petit village, en Franche-Comté. J’allais à la ferme, chercher mon lait. J’ai toujours mangé de bons produits avant d’acheter en supermarché. Étudiant, le décalage m’a frappé : en grandes surfaces, les aliments étaient plus chers et n’avaient pas le même goût. Je payais pour du packaging », s’insurge ce fin gourmet, qui prenait des cours de cuisine, en Espagne.

Une nouveauté

Restait à élaborer la recette de Marmelade. Quentin s’est engouffré dans une brèche. « Entre les GMS qui facturent cher les livraisons et les commerces de proximité, ou les producteurs, qui ne livrent pas et/ou proposent une gamme restreinte de produits, il manquait un service. Il y avait un espace », rapporte-t-il de son étude de marché. À Strasbourg, aucun service de livraison de produits locaux à domicile n’existait. « Il y avait des Ruches qui dit oui et des AMAP mais c’est contraignant », remarque Quentin. La perspective de se rapprocher de sa famille et de celle de sa compagne, l’ennui qui le gagnait à Paris l’ont définitivement décidé à choisir l’Alsace. Il y a deux ans, Geoffrey Brossard, ami d’enfance de Quentin et développeur web, s’est associé à Marmelade. Il a pris 10 % des parts. Il s’occupe du site internet de Marmelade, dont une nouvelle version, plus adaptée à la logistique du service, est en cours de codage. Le reste de l’équipe est composé d’Emma et Tiffany, les préparatrices de commandes ; de Cynthia et Henry, les livreurs, et de Tom.

 

 

Paroles de jeune

Y’a pas d’âge pour s’installer

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2021

« C’est ce que je voulais faire, alors pourquoi attendre ? », s’exclame Victor Brumpter. Ses premières siestes, il les a savourées sur le tracteur de son père, bébé. À 4 ans et demi, il reçoit un quad. Deux ans plus tard, il attelle des outils traînés à son tracteur à pédales : pour égaliser le gravier. Il a son propre carré de verger, qu’il nettoie. Il apporte l’herbe aux lapins de l’arrière-grand-père. Avec les pommes, les Brumpter pressent un délicieux jus et vont même jusqu’à créer une belle étiquette « Au verger de Victor ». « Il avait l’impression d’avoir une terre et une production à lui », remarque son père. Victor adapte ensuite des machines à son quad pour ramasser les pieds noirs, dans les vignes, et les cailloux, dans les champs. « C’était pour jouer mais je l’ai laissé faire, ça lui a permis d’apprendre, constate Jean-Philippe. Et c’était du boulot ! Le travail était fait, intégralement. Il est si méticuleux, perfectionniste, et impliqué ! Chaque soir, quand je le couchais, enfant, il me demandait ce qu’on allait faire le lendemain. Il se réveillait à 6 h 30, avec moi, pour chercher le pain. Et, quand je sortais, après le petit-déjeuner, le matériel était prêt. » Victor est reconnaissant de la liberté qu’il a eue. Il rosit sous son masque, ravi et un peu gêné de tant de compliments. « On a toujours été très complices, on a toujours travaillé ensemble et on va continuer. C’est une belle aventure humaine. On en est conscient », reconnaît Jean-Philippe, qui a seulement 44 ans. Jean-Philippe a perdu son père très jeune et a été autorisé à reprendre la ferme familiale à 17 ans. Victor a 19 ans. Il s’est installé juste après son bac, à sa majorité. Pour de meilleures raisons, bien heureusement, puisque son installation a eu lieu à la faveur d’une reprise de 4 ha de vignes.

« On a un meilleur rendement ensemble »

« On s’entend très bien, acquiesce Victor. Depuis que je suis petit, Papa m’explique tout, avec passion, le bon comme le mauvais. On savait depuis longtemps qu’on voulait travailler ensemble. Dès que j’avais fini les cours, j’étais dehors. Mais ce que j’ai appris, en un an, sur l’exploitation, à y être sept jours sur sept, c’est énorme. Aucun jour ne se ressemble. Mon métier, c’est un plaisir. Je ne sais même pas quoi faire d’autre, je n’ai même pas envie d’autre chose ! Quand on aime, on ne compte pas ! » Le radieux jeune homme avait les moyens de continuer ses études et d’enchaîner sur un BTS. De toute évidence, il ne regrette pas son choix. Il a saisi une opportunité. Sans forcer ! Il confie, d’ailleurs, une préférence pour la vigne, une culture « technique ». « Dans les vignes, on est chacun dans sa ligne et on se motive. On a un meilleur rendement ensemble. C’est le moment où on parle de tout, où on récapitule, où on fait des projets », raconte Victor. Le jeune homme a une idée originale. « Une nouvelle machine à vendanger va arriver. L’ancienne, je vais la démonter entièrement et en faire un porte-outil pour travailler le sol, sur un rang complet. Aller à l’atelier, c’est ma passion. J’aime fabriquer des machines », s’enthousiasme Victor. « Il soude mieux que moi », lâche son père, fier. Mais, c’est le plus âgé des deux qui a la meilleure oreille : Jean-Philippe reconnaît le bruit du moteur de tous les tracteurs du village. Il sait même qui conduit !

« Il faut être transparent »

Sur la conduite des vignes, le père lâche aussi la bride au fils. « Il est super ouvert », apprécie Victor. Alors, il ne se prive pas pour tester différents engrais verts : un à sa sauce sur 2 ha (mélange de seigle, de moutarde, de trèfle incarnat et de phacélie), un autre du Comptoir agricole (VitiVina). Le but est de prévenir le court noué qui touche 40 ares de leurs vignes. Les Brumpter ont aussi mis à disposition de leur coopérative une parcelle de 60 ares pour essayer sept modalités d’engrais verts. Ils ont semé 15 ares de fleurs (50 % de fleurs sauvages et 50 % de graminées) sur un grand cru, à Marlenheim, grâce à la coop. « C’est magnifique, avec les murs en pierre, la vieille cave. Si elles se développent, un amateur y posera une ruche. Le fleurissement améliore notre image aussi », relève Victor. Jean-Philippe a la réputation d’être avant-gardiste. Apparemment, c’est héréditaire. Le comptable des Brumpter l’a tout de suite saisi. Denis Fritsch a poussé pour que l’installation ait lieu, et en Gaec. Le Crédit agricole a suivi. Victor est engagé syndicalement, auprès des Jeunes agriculteurs et des jeunes de la Cave du Roi Dagobert. De sa maman, il a hérité l’éloquence, d’après Jean-Philippe. Victor aime le contact avec les clients. Durant le confinement, il a livré les asperges à domicile. « Il faut être transparent, répondre à leurs questions sur notre empreinte écologique », estime-t-il.

Parcours d’insertion

Pour Léotrint H et Nicolas Bauer, c’est gagnant-gagnant

Pratique

Publié le 05/01/2021

« Léotrint est là depuis le 31 août 2020, depuis le début de la collecte de maïs. Il a trié, jusqu’à fin octobre, et a attaqué le calibrage, quelques jours après, sur une mission de cariste entrée, comme on dit, puisqu’il est à l’entrée de la chaîne », explique Nicolas Bauer, le responsable de l’usine de semences de maïs du Comptoir agricole, à Marlenheim. Léotrint H est salarié de Germa Emploi Alsace. Il est mis à disposition par l’association (lire l'article : « Révélatrice de talents »). Chaque année, depuis le lancement de la filière de semences de maïs, en 2014, le Comptoir agricole fait appel à Germa Emploi pour le tri. « C’est un travail difficile, répétitif. Les poignets sont très sollicités, à force de craquer les spathes et les pédoncules du maïs. Il faut rester huit heures debout, dans une atmosphère humide, détaille Nicolas Bauer. Germa Emploi Alsace comprend notre besoin en personnel saisonnier spécialisé. Elle est compétente pour les profils agricoles. »

« Je le recommanderai »

Mais Nicolas Bauer ne charge pas la mule. Dès 2016, il travaille aussi avec Experteam intérim, à Saverne, car il a besoin de soixante personnes au tri. « C’est trop à gérer, pour Germa. Je coupe la poire en deux », confie-t-il. À l’époque, la barrière de la langue posait parfois problème. Aujourd’hui, personne ne se plaint. Cette année, Nicolas a gardé dix intérimaires sur les soixante, après la récolte, pour nettoyer l’installation pendant une semaine. « Léotrint en a fait partie », précise-t-il. Il a encore donné satisfaction, ce qui l’a amené à la mission de cariste. « On repère les plus compétents. Ils travaillent avec nous jusqu’à Noël », ajoute le responsable de l’usine. Ce sont ses chefs d’équipe qui choisissent, à chaque campagne, les deux saisonniers les plus performants de leur groupe, à l’étape du tri. Pourquoi Léotrint a-t-il été sélectionné ? « Il est travailleur, rigoureux et autonome, lâche Nicolas Bauer, d’un trait. Je le recommanderai. Et s’il est disponible pour la prochaine campagne, qu’il revienne. »

« Le chef nous laisse travailler »

Le responsable remarque : « Les équipes fonctionnent bien, l’ambiance est bonne, puisque les chefs choisissent. » Il n’est pas le seul à le dire ! Léotrint H est enchanté. Non seulement, il travaille, mais en plus, il aime son travail et s’épanouit avec ses collègues. « Nicolas et mon équipe sont gentils et corrects. J’ai tout découvert de ce travail en arrivant ici. Les collègues me montrent comment faire. Le chef nous laisse travailler. Il n’est pas tout le temps derrière nous. Je suis autonome », assure-t-il. Arrivé en France en 2015, il a passé son permis Caces en 2019, avec Pôle emploi, et a trouvé l’offre de Germa Emploi Alsace sur Indeed, à l’été 2020. Léotrint n’avait pas beaucoup d’expériences professionnelles, en France. Mécanicien de formation, il avait livré des canapés, trié des colis à la Poste, travaillé chez Dr. Oetker, dans une imprimerie à déplacer des rouleaux de papier. « J’aime être cariste, maintenant. Je reste cariste », souligne-t-il.

« Parler, c’est plus difficile »

Le jeune homme est ambitieux. S’il a les permis Caces 1, 3 et 5, il espère passer les 2, 4 et 6. Il a aussi son permis B. Il est très demandé par les agences d’intérim, depuis qu’il a obtenu les précieux sésames. Il comprend bien la langue, les consignes, mais il ne s’exprime pas encore avec fluidité, en français. « Parler, c’est plus difficile », concède-t-il. Mais il s'améliore. « J’écoute les collègues, je parle avec eux ». Germa Emploi Alsace le ravit aussi. « Ils sont très précis, très corrects », estime Léotrint. Son père a entamé un parcours d’insertion avec l’association.

Germa Emploi Alsace

« Révélatrice de talents »

Pratique

Publié le 04/01/2021

Spécialisée dans les travaux simples liés à la production agricole, viticole, aux espaces verts, à l’industrie, notamment agroalimentaire, au secteur bois, mais aussi dans le BTP et les services, Germa Emploi Alsace a été créée en 1994, par la MSA et les organisations professionnelles agricoles (OPA). Elle est constituée de deux agences, une à Strasbourg et une à Colmar, qui emploient onze permanents. C’est une structure d’insertion par l’activité économique (SIAE).

« On recrute nos salariés au plus proche de nos clients employeurs. Et on place, bien sûr, le bon salarié au bon poste. C’est une mise en adéquation. On opère une grosse sélection », souligne Sylvie Maâ, responsable de l’association, consciente que le terme « insertion » peut en rebuter plus d’eux. Cécile Monteiro, cadre de proximité à Germa Emploi, ajoute : « On connaît très bien tout le monde. On accompagne les salariés et les clients. On est présent aussi sur le terrain avant, pendant et après la mise à disposition. Plus qu’un fournisseur de main-d’œuvre, on est un partenaire. » « Notre objectif est double : offrir un service de qualité aux entreprises, comme le ferait une agence d’intérim, sur des missions temporaires, et que l’emploi soit un tremplin pour nos salariés », explique Sylvie Maâ.

FLE agricole et transformation de choucroute

Germa Emploi Alsace ne lésine donc pas sur les formations et les ateliers, pour ses salariés, en majorité des hommes. Quand ils postulent à une offre publiée par l’association, ils ont déjà atteint le premier niveau de qualification ou un niveau intermédiaire : de brevet des collèges à bac + 2. Ils sont français ou étrangers, jeunes, demandeurs d’emploi de plus d’un an, en reconversion professionnelle ou réfugiés. Ils ont juste besoin « d’un coup de pouce », s’accordent Cécile et Sylvie. « Les personnes qui viennent à nous ont envie et besoin de travailler », cadre la responsable de l’association.

Germa sensibilise au savoir-être, aux codes de l’entreprise. Mais elle entre aussi dans le dur, en assurant le renforcement des compétences techniques (par exemple, sur la végétalisation de la vigne, le maraîchage, en partenariat avec le lycée agricole d’Obernai, notamment), et des compétences « transversales » ; par exemple, la maîtrise de la langue française, grâce à des cours de français langue étrangère à visée professionnelle agricole (FLE agricole), avec la contribution de la Chambre d'agriculture Alsace. En 2019, certains apprenants du FLE agricole ont enchaîné sur un contrat d’insertion professionnelle intérimaire (cipi) d’agent de transformation de choucroute. En 2020, les actions de Germa ont été bousculées par le Covid-19 mais elle ne lâche rien. Pour la première fois, elle propose à ses salariés Atouts permis, avec l’association Mobilex, pour les accompagner dans l’obtention du permis de conduire. Le salarié participe financièrement.

« On a intérêt à être bons »

« Germa Emploi est une révélatrice de talents », résume Cécile Monteiro. « On repère, on décèle les compétences, la motivation, la marge de progression possible. Nos salariés n’entrent pas forcément dans les cases mais ils savent faire. Ils ont du bon sens, sont à l’aise à l’extérieur, dehors, et ils sont déterminés », énumère Sylvie Maâ. En 2019, 55 équivalents temps plein, soit 300 salariés, sont passés par Germa Emploi Alsace. Ils ont effectué 8 771 heures de travail auprès de plus de 200 clients. 50 % de l’activité de Germa Emploi est saisonnière car liée à l’agriculture. « On a diversifié les secteurs dans lesquels on intervient pour la viabilité économique de l’association, pour lisser les activités sur l’année », précise la responsable de Germa.

En 2019, le chiffre d’affaires de Germa Emploi Alsace s’élève à 1,8 million d’euros. L’association bénéficie de subventions de l’État mais elle n’est financée qu’à hauteur de 10 à 15 %. « Tout le reste, c’est l’aspect commercial. On a intérêt à être bons. On autofinance nos postes », confie Sylvie Maâ. L’État fixe à Germa des objectifs. « Près de 70 % des salariés de Germa sortent de l’association par le haut. Ils décrochent soit des CDD de plus de six mois, soit des CDI, soit entrent en formation. Un contrat signé donne du sens à nos actions », détaille la responsable.

Des coups de foudre à la clé

La satisfaction des clients employeurs est au rendez-vous. « Les Jardins du Ried, à Hoerdt, vont embaucher un de nos salariés. Germa a financé son permis Caces. Il ne manquait que ça. À 45 ans, il sera préparateur de commandes et agent de production », cite Cécile Monteiro, à titre d’exemple. Autre victoire de 2020 : un jeune Irakien a décroché un CDD de plusieurs mois chez un viticulteur, après une première mission et une formation de tractoriste.

Germa Emploi Alsace est, par ailleurs, un des huit membres fondateurs de Terra job, un groupement d’employeurs alsacien pour l’insertion et la qualification des salariés agricoles.

 

Germa recherche d'ailleurs pour son agence de Colmar, un(e) collaborateur (trice) pour renforcer la démarche de prospection auprès des entreprises du secteur viticole, vinicole et agricole :

Germa Emploi, Association Intermédiaire et Entreprise de Travail Temporaire d'Insertion, plusieurs structures qui...

Publiée par Germa Alsace sur Mardi 22 décembre 2020

 

 

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