Lorenzo Altese, apiculteur et animateur
« Le plus important est de sensibiliser au vivant »
Lorenzo Altese, apiculteur et animateur
Pratique
Publié le 07/07/2021
À sa connaissance, il est le seul apiculteur animateur à sillonner l’Alsace, d’écoles en accueils périscolaires, en foyers et ruchers pédagogiques. Lorenzo Altese, 55 ans, a créé sa micro-entreprise Apila l’Abeille en 2015. Depuis, il s’emploie à transmettre, surtout aux jeunes, son amour pour les abeilles et les pollinisateurs en général, sans qui « nous n’aurions rien à manger » - à moins de recourir à des humains armés de pinceaux, pour féconder les fleurs, comme c’est déjà le cas dans certaines provinces chinoises, consent-il. Mais est-ce bien souhaitable ? C’est toute la vie de la ruche que Lorenzo Altese explique aux enfants et aux plus grands. Après chaque atelier, une dégustation de miel s’impose, de sa propre petite production. Mais le message principal qu’il souhaite délivrer n’est pas « abeille = miel ». C’est plutôt « abeille = vie ». « Le plus important, pour moi, est de sensibiliser au vivant, de créer ou recréer un lien entre les personnes et la nature, cadre l’apiculteur amateur. Les abeilles sont les pollinisateurs de huit plantes sur dix. Elles nous donnent à manger, en partenariat avec les plantes. »
Apiscope
Dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, Lorenzo anime des ateliers avec des supports pédagogiques classiques mais aussi, dans quatorze écoles élémentaires, avec des Apiscopes, « véritables fenêtres ouvertes sur la biodiversité », dit-il. Ce sont des ruches vitrées (qui correspondent à une demi-ruche), à travers lesquelles les écoliers suivent le développement de la microsociété des abeilles. Lorsqu’il installe la reine dans l’Apiscope, les abeilles, libérées à proximité, la retrouvent en quelques heures. Cette partie du travail se fait bien sûr quand l’école est fermée ou au rucher de Lorenzo. L’Apiscope est placé dans une salle de classe ou un CDI. La colonie démarre alors, à la vue des élèves et de leurs professeurs : construction des alvéoles, approvisionnement en pollen, nectar, ponte des œufs, nourrissage des larves, naissance des abeilles, ventilation de la ruche et, au printemps, c’est l’essaimage. « On voit tout, s’exclame Lorenzo. C’est très instructif. » Il fabrique et gère les ruches vitrées en Alsace, depuis 2016 et un partenariat avec leur inventeur, un enseignant apiculteur de Bourges. « Grâce à cela, je fais goûter des grains de pollen aux enfants, que les abeilles font tomber accidentellement. Un grain, c’est le pollen de 700 fleurs ! C’est une photo du territoire », lâche Lorenzo, heureux.
Le nectar du Tiéquar
L’animateur passe une fois par mois aux ruches vitrées, pour le suivi apicole. Il n’y multiplie pas forcément les animations. Libre aux professeurs de s’approprier ce matériel vivant pour y donner leurs cours : maths, philo, biologie bien sûr. C’est que Lorenzo est affairé… comme ses modèles ! Il rencontre 400 enfants par semaine, quelques milliers par an donc, à raison d’une heure en classe. La grosse saison, c’est mai-juin : il peut enchaîner jusqu’à quatre animations en une journée. Et entre midi et deux ou les soirs, il récupère les essaims sur les arbres. Outre ces ateliers en milieu scolaire, l’animateur accompagne depuis deux ans de jeunes jardiniers en formation dans leur découverte de l’apiculture, avec le collectif Horizome. Ils extraient ensemble de quatre ruches installées sur les toits des HLM, le Nectar du Tiéquar - miel de Hautepierre. Au château d’Angleterre à Bischheim, il intervient auprès des jeunes du foyer de protection. Il y a aussi quelques ruches, comme à Kolbsheim. La ville de Schiltigheim lui confie ses ruches, sur le toit de la mairie. Vendenheim, son rucher pédagogique ; les samedis, il y organise des visites pour des groupes. La commune du nord de Strasbourg offre ainsi des pots de son miel aux jeunes mariés.
Alliés
Un nouveau projet taraude son Altese. Et ce n’est pas la gelée royale ! Lorenzo invente une ruche électronique interactive, sans vraies abeilles dedans, avec des vidéos, des photos, des quiz. Il a aussi envie de parler des abeilles sauvages et solitaires. « Elles représentent 95 % des abeilles dans le monde. Ce sont les grandes championnes de la pollinisation », souligne l’animateur apicole. Il développe déjà des nichoirs pour elles. Il en a inauguré un lors de la dernière Journée de la nature au parc de la Résistance, à Schiltigheim. Lorenzo Altese sait bien les reproches proférés aux agriculteurs, quant au déclin des pollinisateurs. « Ils font avec ce qu’on leur donne », plaide-t-il en leur faveur, tout en soutenant la polyculture, pourvoyeuse de ressources mellifères, et la baisse des traitements phytosanitaires.












