Auteur

Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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Lorenzo Altese, apiculteur et animateur

« Le plus important est de sensibiliser au vivant »

Pratique

Publié le 07/07/2021

À sa connaissance, il est le seul apiculteur animateur à sillonner l’Alsace, d’écoles en accueils périscolaires, en foyers et ruchers pédagogiques. Lorenzo Altese, 55 ans, a créé sa micro-entreprise Apila l’Abeille en 2015. Depuis, il s’emploie à transmettre, surtout aux jeunes, son amour pour les abeilles et les pollinisateurs en général, sans qui « nous n’aurions rien à manger » - à moins de recourir à des humains armés de pinceaux, pour féconder les fleurs, comme c’est déjà le cas dans certaines provinces chinoises, consent-il. Mais est-ce bien souhaitable ? C’est toute la vie de la ruche que Lorenzo Altese explique aux enfants et aux plus grands. Après chaque atelier, une dégustation de miel s’impose, de sa propre petite production. Mais le message principal qu’il souhaite délivrer n’est pas « abeille = miel ». C’est plutôt « abeille = vie ». « Le plus important, pour moi, est de sensibiliser au vivant, de créer ou recréer un lien entre les personnes et la nature, cadre l’apiculteur amateur. Les abeilles sont les pollinisateurs de huit plantes sur dix. Elles nous donnent à manger, en partenariat avec les plantes. »

Apiscope

Dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, Lorenzo anime des ateliers avec des supports pédagogiques classiques mais aussi, dans quatorze écoles élémentaires, avec des Apiscopes, « véritables fenêtres ouvertes sur la biodiversité », dit-il. Ce sont des ruches vitrées (qui correspondent à une demi-ruche), à travers lesquelles les écoliers suivent le développement de la microsociété des abeilles. Lorsqu’il installe la reine dans l’Apiscope, les abeilles, libérées à proximité, la retrouvent en quelques heures. Cette partie du travail se fait bien sûr quand l’école est fermée ou au rucher de Lorenzo. L’Apiscope est placé dans une salle de classe ou un CDI. La colonie démarre alors, à la vue des élèves et de leurs professeurs : construction des alvéoles, approvisionnement en pollen, nectar, ponte des œufs, nourrissage des larves, naissance des abeilles, ventilation de la ruche et, au printemps, c’est l’essaimage. « On voit tout, s’exclame Lorenzo. C’est très instructif. » Il fabrique et gère les ruches vitrées en Alsace, depuis 2016 et un partenariat avec leur inventeur, un enseignant apiculteur de Bourges. « Grâce à cela, je fais goûter des grains de pollen aux enfants, que les abeilles font tomber accidentellement. Un grain, c’est le pollen de 700 fleurs ! C’est une photo du territoire », lâche Lorenzo, heureux.

Le nectar du Tiéquar

L’animateur passe une fois par mois aux ruches vitrées, pour le suivi apicole. Il n’y multiplie pas forcément les animations. Libre aux professeurs de s’approprier ce matériel vivant pour y donner leurs cours : maths, philo, biologie bien sûr. C’est que Lorenzo est affairé… comme ses modèles ! Il rencontre 400 enfants par semaine, quelques milliers par an donc, à raison d’une heure en classe. La grosse saison, c’est mai-juin : il peut enchaîner jusqu’à quatre animations en une journée. Et entre midi et deux ou les soirs, il récupère les essaims sur les arbres. Outre ces ateliers en milieu scolaire, l’animateur accompagne depuis deux ans de jeunes jardiniers en formation dans leur découverte de l’apiculture, avec le collectif Horizome. Ils extraient ensemble de quatre ruches installées sur les toits des HLM, le Nectar du Tiéquar - miel de Hautepierre. Au château d’Angleterre à Bischheim, il intervient auprès des jeunes du foyer de protection. Il y a aussi quelques ruches, comme à Kolbsheim. La ville de Schiltigheim lui confie ses ruches, sur le toit de la mairie. Vendenheim, son rucher pédagogique ; les samedis, il y organise des visites pour des groupes. La commune du nord de Strasbourg offre ainsi des pots de son miel aux jeunes mariés.

 

 

Alliés

Un nouveau projet taraude son Altese. Et ce n’est pas la gelée royale ! Lorenzo invente une ruche électronique interactive, sans vraies abeilles dedans, avec des vidéos, des photos, des quiz. Il a aussi envie de parler des abeilles sauvages et solitaires. « Elles représentent 95 % des abeilles dans le monde. Ce sont les grandes championnes de la pollinisation », souligne l’animateur apicole. Il développe déjà des nichoirs pour elles. Il en a inauguré un lors de la dernière Journée de la nature au parc de la Résistance, à Schiltigheim. Lorenzo Altese sait bien les reproches proférés aux agriculteurs, quant au déclin des pollinisateurs. « Ils font avec ce qu’on leur donne », plaide-t-il en leur faveur, tout en soutenant la polyculture, pourvoyeuse de ressources mellifères, et la baisse des traitements phytosanitaires.

 

 

EARL Strohl à Brumath

Jeannot et les lapins

Élevage

Publié le 30/06/2021

« Déjà petit, Jean se cachait chez les lapins », lance Jean-Michel Strohl, 71 ans. Le père de Jean, à la retraite, est fier de son fils, même s’il ne le dit pas. Il précise que ce dernier a monté lui-même une partie du bâtiment (cinq salles) et a assemblé toutes les cages « mères » (1 300), à son installation, en 2016. « On a mis un mois pour les cages, avec mon parrain », acquiesce Jean. Le jeune homme se souvient des clapiers en béton, de son enfance, à la ferme familiale, au cœur de Brumath. Collégien, il s’occupait des lapins, leur fauchait de l’herbe au printemps, apportait des betteraves l’hiver. « Parfois, on avait jusqu’à 100, 150 lapins, à la maison. J’arrivais à tout vendre », assure-t-il. « Ça payait l’essence du scooter », remarque son père, complice. « Au lycée, ma mère a pris le relais », conclut Jean.

Les déboires de l’éleveur amateur (infertilité, avortement, diarrhées, maladies), qui sont peu ou prou les mêmes que ceux des professionnels, il les a connus ! Le côté technique de cet élevage, contrairement à d’autres, ne l’effraie pas. « J’aime les challenges et ces animaux », tranche le professionnel.

Un atelier pour s’installer

« En 2015, j’ai entendu que Siebert cherchait des éleveurs de lapins de chair. Je savais que pour m’installer et bien vivre de mon métier, il fallait que je monte un atelier. La première idée était d’élever des lapins pour les vendre à des magasins locaux mais le lapin, c’est saisonnier. Il faut congeler une partie de la production. L’investissement logistique était trop important. Les abattoirs sont équipés. Ils congèlent et remettent en vente à l’automne », raconte Jean Strohl. Comme cinq autres éleveurs, Jean signe donc avec les Ets Bruno Siebert d’Ergersheim.

Fin 2015, il part en stage deux mois, un mois en Belgique chez Matthieu Dubuisson, un mois dans l’Aveyron. « Je suis allé me promener pour découvrir des élevages comme le mien (700 lapines en production, actuellement, N.D.L.R.) : j’ai dû aller loin », note-t-il. Impossible de faire l’impasse sur cette formation « en immersion », selon lui, tant cette production est technique et les lapins, fragiles (lire page suivante).

Une ambiance agréable

Début 2016, Jean Strohl inaugure son bâtiment étanche et automatisé, dans lequel peuvent tenir jusqu’à 10 000 rongeurs tous âges confondus. 600 000 euros sont investis. En plus de la dotation Jeunes agriculteurs, il profite de 100 000 euros de subvention du plan de modernisation des bâtiments d’élevage (PMBE). La ferme Strohl engraissait d’ailleurs des génisses jusqu’en 2019, pour valoriser ses prairies. Aujourd’hui, Jean vend le foin à des propriétaires de chevaux du secteur.

« Les lapins sont très sensibles. Ils ont horreur du changement. 365 jours par an, il doit y avoir la même ambiance dans le bâtiment », observe Jean. Début juin, il faisait entre 26 et 27 °C dans les salles, où l’air frais circule en permanence, même en été, grâce au « cooling », un mur en nid d’abeille épais de 20 cm, sur lequel ruisselle de l’eau fraîche, et par lequel l’air extérieur est aspiré, rafraîchi, tiré par des ventilateurs. Les lapins bénéficient de cages doubles de la marque Chabeauti, qui leur permettent de se dresser, et de musique, « pour leur confort… et celui de l’éleveur », plaisante Jean. Ainsi, ils ne s’effraient pas s’il y a du bruit. L’éleveur effectue quand même la surveillance, chaque jour, à la même heure, pour éviter au maximum tout stress. « Un lapin, il faut lui fiche la paix ! Il est stressé de nature. Il a peur de tout », rappelle Jean.

10 €/kg le lapin entier, en GMS

Les lapins sont chargés les soirs, par l’abattoir. « Siebert les valorise mieux qu’ailleurs en France », a constaté Jean Strohl. Il garde deux semaines de plus les animaux chez lui, « quand ils mangent le plus et prennent le moins de poids », remarque-t-il, mais l’abattoir les cherche à 2,7 voire 2,9 kg de poids vif, alors que, dans le reste de la France, un lapin standard fait en moyenne 2,5 kg de poids vif. C’est que Siebert vend des lapins entiers mais aussi découpés et même des paupiettes de lapin. La découpe est mieux amortie, si le lapin est plus lourd. En GMS, le lapin entier est vendu 10 €/kg. Jean Stohl ne souhaite pas révéler le prix auquel l’abattoir lui achète les animaux.

« Je suis une vraie calculatrice. Je n’aime pas travailler juste pour travailler », admet l’éleveur, sans honte. Aussi, il peut réussir à travailler 35 h/semaine, hors temps forts (inséminations, mises bas). « Je ne veux pas être esclave de mon métier », lâche-t-il. Pour l’épandage sur ses champs (de lisier de lapin, bien sûr), il fait appel à une ETA. Puisqu’il a le temps, Jean réalise des semis de blé et de l’arrachage de betteraves, à côté, pour « voir autre chose ». S’il veut bricoler pour son épouse ou sa fille une après-midi, ou recevoir la presse agricole, c’est aussi possible !

 

 

Ferme Vierling à Schnersheim

Un amour d’échalote… et pas que !

Cultures

Publié le 20/06/2021

« C’est beau l’échalote ! Je suis amoureux de cette culture. Je viens tous les jours voir comment elles poussent », dit Jean-François Vierling, alors qu’il embrasse, d’un regard, ses lignes d’innombrables fines pointes vertes dressées vers le ciel. L’agriculteur de 62 ans est un romantique. Il embraye d’ailleurs, sans transition, sur sa rencontre avec Régine, son épouse, 54 ans, « à Strasbourg, sur la place Kléber, lors d’une Opération sourire, avec les JA, un autre soleil m’a ébloui ». Fils et fille d’agriculteurs, elle d’Ichtratzheim, lui de Schnersheim, ils travaillent ensemble depuis 1990. La retraite n’empêche pas Jean-François d’être salarié et très actif. « C’est une grande force dans l’agriculture de travailler ensemble », constate l’homme qui a pris exemple sur ses parents.

Céréalier, il s’est diversifié, grâce à l’échalote et à l’ail dans les années 1980. En 2000, le magasin de vente à la ferme est créé, suite à la demande des consommateurs. Régine commence à vendre leurs productions, puis élargit l’offre en produits locaux. Les Vierling sont parmi les premiers Alsaciens à ouvrir leur magasin à la ferme. Tout y est soigné, décoré avec goût. La Sapam leur livre les fruits et légumes de France qu’ils ne cultivent pas eux-mêmes et qu’on ne trouve pas dans la région. Mais au fur et à mesure de l’agrandissement du potager des Vierling, l’offre locale devient plus abondante. En août, on pourra acheter leurs melons et pastèques, par exemple. « Un délice », certifie Régine. Le maraîchage, le commerce de proximité et les ressources humaines, c’est elle. À Jean-François, les cultures.

 

 

Liberté chérie

« Quand je suis dans mes champs, je suis libre. Je suis dans la nature. J’ai une vue imprenable. Je vois seize villages alentour, la cathédrale de Strasbourg, le lever du soleil. Je peux me coucher à n’importe quelle heure, la nuit, je me lève avec plaisir à 5 h 30, pour biner les allées des échalotes », confie Jean-François. Elles ne sont plus désherbées chimiquement depuis de nombreuses années, puisque Jean-François utilise le paillage plastique. Les avantages de ce paillage ? L’eau s’écoule le long des échalotes, les bulbes restent au sec mais la terre garde l’humidité. Jean-François se passe donc aussi d’irrigation. Et aucun besoin d’insecticide : « À 45 °C, sous le plastique, les mouches ne restent pas », s’exclame l’agriculteur. Sur les légumes, Jean-François a baissé l’IFT (indice de fréquence de traitement) de 85 %, assure-t-il, grâce au paillage plastique et à l’observation. Dans les blés, il n’utilise plus de désherbant non plus, grâce à une herse étrille achetée en commun avec plusieurs agriculteurs.

« Quand une plante pousse de manière homogène, elle donne le meilleur d’elle-même », pointe-t-il. Le retraité salarié parle, par exemple, de ses betteraves. En 2020, il les a semées mi-mars, elles ont levé avec l’humidité du sol. Elles étaient fortes et n’ont donc ni subi les pucerons, ni la jaunisse qu’ils engendrent. « Il faut toujours être précurseur : anticiper, c’est l’arme fatale », conclut Jean-François Vierling, qui n’attend pas que la réglementation impose quoi que ce soit pour réduire les intrants. Ses trois filles, Marie, Cécile et Julie, qui ont entre 24 et 30 ans, encouragent leurs parents dans cette voie. Pour l’heure, les époux Vierling réfléchissent à ensacher les échalotes, aulx, oignons, dans de nouveaux filets et emballages bio et photodégradables, comme la loi l’exigera d’ici peu. Quant aux choix de l’échalote et de l’ail, Jean-François déclare encore : « Il y avait un créneau à prendre. La grande distribution a accueilli les produits à bras ouverts. Nous étions seuls, six à sept ans durant ».

 

La ferme Muhl, à Lampertheim

De la viande de génisse valorisée en direct

Élevage

Publié le 17/06/2021

Denis et Éric Muhl ont grandi avec les vaches à lait. Mais lorsqu’Éric, boucher-charcutier de métier, s’installe sur l’exploitation familiale à 34 ans, il est catégorique : « Je ne voulais pas traire ». En 1997, Éric se lance dans l’engraissement de taurillons. La ferme de Lampertheim s’agrandit, sort du village. Le plus âgé des deux frères, qui a toujours voulu reprendre l’exploitation, élève des bovins mâles jusqu’en 2019. « Puis on a basculé du taurillon à la génisse. La viande de génisse est plus tendre et les animaux sont plus tranquilles », explique Éric. « Il y a moins de dégâts donc moins de frais de vétérinaire », glisse Christiane, la mère des deux hommes, qui aide encore à la ferme. Toutes les bêtes des Muhl sont achetées dans le Grand Est. « On garde nos veaux aussi », précise Éric. Il choisit des charolaises et des limousines, pour former les trois quarts du troupeau, « pour leurs qualités bouchères, gustatives, leurs réputations et parce que les charolaises ont une forte croissance ». Mais il a une préférence pour les blondes d’Aquitaine, plus rares en Alsace. Des croisées et quelques angus complètement les rangs.

L’emploi d’un boucher

Jusqu’en 2012, les bovins étaient vendus à Copvial. Puis Denis s’est installé sur la ferme, après avoir été à la direction d’un centre automobile. À 40 ans, l’homme a profité d’un licenciement économique pour changer de voie. « Il n’y avait aucun point de vente dans le village. Et nous avions l’élevage de jeunes bovins à valoriser », se souvient-il. Les frères Muhl décident alors de vendre leur viande en direct. Denis lance d’emblée des partenariats avec les producteurs du coin. « Le but, quand on pousse notre porte, est de trouver de quoi faire un repas complet », cadre le cadet. La viande, la charcuterie, les fruits et les légumes sont estampillés Muhl. L’épicerie, les volailles, les laitages, le vin, les œufs, etc. viennent d’illustres confrères et sœurs : que du local. À partir de 2012, les animaux sont toujours tués à l’abattoir d’Haguenau mais les carcasses reviennent (livrées), coupées en quatre, dans l’une des deux chambres froides de la ferme Muhl, où elles maturent au minimum douze jours.

Chaque jeudi après-midi, un boucher vient découper la viande et préparer les saucisses. Scie à os, poussoir à saucisses : le labo est bien équipé. Denis l’aide. La température ne dépasse pas 12 °C. « Tout s’apprend, quand on est intéressé », tranche-t-il. Éric, fort de ses connaissances, n’est appelé à la rescousse que très exceptionnellement. « Je ne peux pas tout faire », observe-t-il. Les frères réalisent à deux les travaux des champs. Éric s’occupe à 100 % de l’élevage et Denis de la transformation et du commerce. « J’avais sous-estimé le temps que prend le nettoyage du laboratoire. Idem pour le rangement au magasin : quatre heures, à trois personnes, d’autant plus les samedis quand on passe sous vide la viande et la charcuterie qui n’ont pas été vendues », admet le plus jeune des deux frères. « C’est beaucoup de travail, constate leur mère. Les soirs, Denis ne rentre pas à la maison avant 20 h. »

Le succès du circuit court

Le magasin de producteurs le Sillon, qui vient d’ouvrir dans la nouvelle zone commerciale de Reichstett, s’approvisionne chez les Muhl. « Nous réalisons toute la préparation ici, et nous les livrons au fur et à mesure, deux à trois fois sur une semaine », partage Denis. Ils n’ont encore aucun recul sur ce nouveau débouché. Les Muhl vendent deux génisses et demie par mois en direct. Un boucher voisin, qui souhaite rester anonyme pour ne pas être démarché, leur achète encore des bêtes. Elles partent avant leurs 30 mois, entre 380 et 450 kg. « Éric sait combien elles pèsent rien qu’en les regardant. Il les connaît toutes, par leur numéro de boucle, sait d’où elles viennent », raconte Denis, admiratif.

Dans la boutique à la ferme, la viande est le produit phare. Depuis 2012, le prix de la viande en lots n’a pas été augmenté : entre 11 et 12 €/kg, pour les caissettes de 10 et 5 kg. Les trois quarts des achats effectués chez eux sont de leurs productions. Durant le premier confinement, en 2020, l’affluence avait doublé. « On ouvrait même notre magasin le mardi. Et c’est à ce moment-là qu’on a mis en place les commandes sur notre site internet », se souvient Denis Muhl. Aujourd’hui, les clients sont moins nombreux, mais toujours plus qu’en 2019. Ils viennent de toute l’Eurométropole de Strasbourg, du Kochersberg. Denis et Éric sont heureux de leur choix. « On perd plus de terrain aujourd’hui qu’on peut en acquérir, pointe Denis, non sans amertume. Ça a commencé en 2011 cette ruée sur le foncier. De 1997 à 2010, l’exploitation est passée de 26 ha à une centaine. Puis, on a commencé à perdre des hectares, à Mundolsheim et à Reischstett, au profit de la zone commerciale et d’habitations. On a perdu 11 ha à cause de l’urbanisation et 7 autres devraient encore disparaître. En 2012, il fallait trouver une plus-value. Nous ne pouvons plus nous étendre. Avec la vente de viande en direct, au détail et en lots, on s’en sort mieux qu’avec une coop, un négociant ou la grande distribution. »

Reconversion

Il passe du tabac au maraîchage

Cultures

Publié le 01/06/2021

Pascal Kern, 49 ans, n’a jamais fumé. Pourtant la culture de tabac Burley lui tenait à cœur. Quand la coopérative Tabac feuilles de France (CT2F) lui annonce qu’elle ne veut plus de son tabac Burley, en avril 2019, dix jours avant la plantation, il est « mal », confie-t-il. Psychologiquement, c’est un coup dur. Il « se retourne », en semant du maïs, « en catastrophe », et part travailler deux jours par semaine pour une grande exploitation maraîchère du coin.

Pascal, céréalier, cultivait déjà du tabac à son installation en 1994. À l’époque, c’était du tabac feuilles ; la récolte était manuelle. En 2001, il était passé au tabac tiges. « C’était la routine, c’était facile », dit-il. D’années en années, il réussissait à produire la même qualité de tabac Burley. Quant au rendement, il était stable. Cette culture contractualisée lui procurait une rentrée d’argent régulière : une marge nette d’environ 3 200 €/ha, a-t-il calculé. En 2018, il avait encore investi dans des cadres et une effeuilleuse d’occasion (près de 11 000 euros au total) : impossible à revendre aujourd’hui, puisque la filière tabac Burley « s’est cassé la gueule », à part dans le sud-ouest de la France, où « les grandes machines n’intéressent pas ». Heureusement, ses serres (sept), pour sécher le tabac, étaient payées, lorsqu’il a arrêté la culture de ses 4,70 ha de tabac.

« C’est phénoménal »

Mais qu’en faire ? Pascal réfléchissait, depuis quelques saisons déjà, à rentabiliser au mieux ses serres… mais cultiver des tomates avant de rentrer le tabac, fin août-début septembre, aurait ramené de l’humidité dans les séchoirs. Deux mois après l’arrêt du tabac, l’idée refait surface. Pascal décide de se lancer dans le maraîchage fin 2019. Il arrose la terre battue, sous les serres, travaille le sol, met de l’engrais vert. À sa grande surprise, « ça a vite repris ». La terre est bonne. En 2020, il cultive surtout des tomates. Le succès est immédiat : en deux heures, il vend en direct, jusqu’à 70 kg de fruits. Il choisit ce mode de commercialisation pour que la marge lui revienne, bien sûr.

Quelques posts sur son profil Facebook et le bouche-à-oreille, l’été dernier, suffisent à attirer la clientèle d’Ichtratzheim et des villages alentours ; des consommateurs déjà rodés aux circuits courts, après quatre mois de confinement. « J’ai démarré la production de légumes l’année du Covid-19. J’attendais avec impatience que mes tomates mûrissent (450 plants) », admet l’agriculteur. Il n’a pas été déçu de l’accueil que les acheteurs leur ont réservé. En 2020, Pascal Kern a aussi proposé des salades, concombres (90 plants), courgettes, poivrons (40 plants) et aubergines (40 plants). Les solanacées ont souvent été en rupture de stock. Il a enchaîné avec les légumes d’hiver : la demande était là. Cette année à la mi-mai, il déclare : « Je n’ai plus rien depuis un bout de temps. » Pascal vend à la ferme, deux heures durant, les mardis soir et les samedis matin. « C’est phénoménal », souffle-t-il, à propos de l’engouement des chalands.

 

 

Des revenus identiques au tabac en 2021

Le maraîcher sait que ses clients fidèles (la plupart) reviennent pour la fraîcheur et la qualité des produits. Pour les prix aussi, peut-être, moins élevés qu’en GMS, mais quasi-identiques à ceux pratiqués par ses confrères : « On se concerte », assure-t-il. L’an passé, il vendait ses tomates 2,20 €/kg par exemple. « Je cueille mes tomates à maturité, au top », glisse-t-il. Son objectif est d’arriver au même niveau de revenus, grâce au maraîchage, que lorsqu’il cultivait du tabac. En 2021, il pense y parvenir. Il produit, cette année, des tomates (780 plants), des aubergines (120 plants), des poivrons (120 plants), des concombres (90 plants), des courgettes, des haricots (qui grimpent le long des grilles qu’il utilisait pour sécher le tabac), de l’oseille, des épinards, des carottes, des poireaux. Au début du printemps, il avait des radis et du pissenlit.

S’il utilise quatre serres pour ses primeurs, les trois autres ne sont pas vides pour autant. Il en prête deux à des confrères pour leurs choux à choucroute. Lui aussi, depuis 2020, en produit. Il utilise une serre pour cela, dans laquelle 240 plants « flottent » actuellement. Tout ce qu’il lui reste à faire, côté cultures, c’est d’installer l’irrigation, dans les serres où les légumes sont en terre. Aujourd’hui, il arrose au tuyau, manuellement. Bientôt, l’eau arrivera au goutte-à-goutte ou par aspersion. Les canaux sont posés : « Il ne reste plus qu’à mettre le puits sous pression », montre-t-il.

« Une reconversion forcée heureuse »

L’agriculteur aimait aussi le tabac parce qu’il y avait « deux grosses périodes de pointe », par an… contrairement au maraîchage. « Avec les légumes, tu es tout le temps en train de courir », s’exclame Pascal. Il veut encore installer un panneau le long de la N83, où passent 35 000 véhicules par jour, sait-il, pour élargir la clientèle. Il pense aussi au click & collect. Et une fois que son système d’irrigation sera en place, sera-t-il tenté par des framboisiers ? Le quadra se délecte de son revirement. « Le maraîchage, c’est passionnant. Il ne faut pas avoir peur de travailler mais c’est stimulant. D’autant plus, parce que je vends en direct et qu’il y a le contact avec les clients. J’aime discuter ! C’est une reconversion forcée heureuse », résume-t-il.

Le long de ses magnifiques laitues et batavias, des herbes folles… « Il y a des mauvaises herbes car je traite peu, voire pas du tout, selon les plantes. La salade, il n’y a pas besoin : elle pousse si vite. J’ai juste mis un peu d’anti-limaces autour de la serre », précise-t-il. Pascal adhère à Planète Légumes. « C’est indispensable », estime-t-il, heureux des conseils prodigués, notamment pour ses choux attaqués par les altises et les pucerons, l’an passé. Humblement, il affirme être en plein apprentissage. « Par rapport aux produits, à leur culture, à la surface et au contexte, je pense que j’ai fait le bon choix. Je n’aime pas particulièrement rouler en tracteur, en plus : ça tombe bien ! », conclut-il.

Point sur la campagne

Tiges courtes et haute qualité

Technique

Publié le 22/05/2021

Les premiers ensilages ont eu lieu à Pâques, en plaine d’Alsace. Ils sont (opportunément) riches en sucres : les éléments nutritifs sont très concentrés, puisqu’il n’y a eu que peu de pluie, au début du printemps. Le corollaire de cette relative absence de précipitation est que les tiges sont courtes… d’autant plus que les gelées matinales ont été quasi quotidiennes jusqu’en mai. Les rendements sont donc, en général, moins bons qu’une année « normale ». Les derniers ensilages de cette première coupe ont été réalisés avant le 15 mai, par la plupart des agriculteurs. Cette date sonne le glas de la qualité : herbe ou méteils, tout va arriver rapidement au stade épiaison, dans le Bas-Rhin. « Il faut récolter au plus vite », souligne Laurent Fritzinger, conseiller fourrages à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). La valeur alimentaire des plantes encore sur pied ne fera que baisser, à partir de maintenant, dans le nord de l’Alsace. Dans le Haut-Rhin, les méteils ne sont pas encore tout à fait parvenus à maturité.

Un peu trop d’eau, trop tard

Ceux qui ont coupé l’herbe, le week-end dernier, récoltent un peu plus que les premiers, presque autant que la moyenne, selon des témoignages haut-rhinois. Ceux qui n’ont pas encore fauché, par contre, attendent une fenêtre de tir météorologique pour leurs chantiers… La pluie de ces dernières semaines a favorisé la pousse et favorise la repousse de l’herbe mais pas les travaux, surtout pas ceux à venir. Si les machines sont plus disponibles que les cléments week-ends des 8, 9, 15 et 16 mai, il va falloir trouver un créneau de trois à quatre jours pour intervenir, et encore plus pour les méteils. « Je n’ai pas pu accéder à certaines parcelles, ce matin, témoignait Jean-François Strehler, conseiller fourrages à la CAA, basé dans le Haut-Rhin, lundi 17 mai. Elles étaient inondées. » Il manque toujours un peu de chaleur pour la repousse mais la seconde coupe permettra peut-être de rattraper ce qui a manqué à la première : l’herbe a profité de toute cette eau tombée depuis début mai. Le souci, c’est la verse, en seconde coupe. Des orages épars couchent l’herbe depuis le 14 mai.

Pire que la météo : les sangliers

Ce n’est malheureusement pas un temps à mettre une vache dehors. Pourtant tous les troupeaux sont sortis aujourd’hui. « Les sols sont très peu portants. Il a plu 10 mm, samedi 15 mai, et 25, dimanche 16 », précise Jean-François Strehler. En montagne, les éleveurs ont recours à de rapides rotations. Entre les dégâts de sangliers, « quotidiens et décourageants, pour ne pas dire rageants », insiste Marie-Joëlle Bellicam, conseillère à la CAA, les prés détrempés et l’herbe qui a bien quinze jours de retard par rapport à l’an passé (pousse et stade), les « Vosgiens » ne sont pas aidés. Fin avril, encore, il neigeait, rappelle-t-elle. « La première récolte de fourrages n’aura lieu que dans un bon mois, là-haut », pense Marie-Joëlle, qui suit tous les éleveurs de montagne. La somme des températures est atteinte plus vite, dans le Sundgau, par exemple, que dans le massif, quelles que soient les années. Rien de très étonnant à ce décalage avec la plaine. Plus que la météo, ce sont les dégâts de gibiers qui inquiètent Madame Bellicam. « Il n’y en a jamais eu autant de mémoire d’éleveurs et de conseillère », assure-t-elle, alors qu’elle bouclait les déclarations Pac, mi-mai.

Démonstrations

Chaud derrière avec le défaneur thermique, le scalpeur avec rotor, les herses étrilles de précision

Technique

Publié le 19/05/2021

La Cuma Terre et Prés souhaite investir dans une herse étrille de précision très polyvalente, puisqu’elle compte 24 membres, aux productions variées. La semaine avant la plantation des choux et céleris, les deux herses étrille, Treffler et Agrifarm, qui ont déjà été essayés fin avril et début mai, sur pommes de terre, en présence de nombreux agriculteurs, dans des champs proches de la ferme Saint-Blaise, à Valff, seront éprouvées. « La Treffler est plus légère et plus spécialisée », observe déjà Maurice Meyer, président de la Cuma Terre et Prés. L’avantage de la herse étrille Agrifarm est qu’ « elle ne bouge pas, une fois posée » et semble plus universelle. La Cuma se donne un mois pour choisir entre l’une et l’autre. Les deux concessionnaires, la SARL Stecomat pour Treffler et la SAS Agrosoil pour Agrifarm, lui prêtent le matériel. Les deux herses ont un point commun, qui intéresse particulièrement Maurice Meyer : la dureté des dents est réglée depuis le tracteur, en cabine. « Les dents bougent moins latéralement, relève le président de la Cuma. Les buttes de pommes de terre, par exemple, vont être moins défaites, après le passage de la herse de précision. » Sus aux adventices ! Et vive les tubercules qui commencent déjà à sortir. La Treffler peut s’utiliser en 3, 6 et 9 mètres. La herse Agrifarm peut travailler deux, cinq ou huit rangs de pommes de terre, par passage.

 

 

 

??? En direct de la démonstration de matériel de la Cuma Terre et Prés à la Ferme Saint Blaise à Valff (67) En images :...

Publiée par Frcuma Grand Est sur Mardi 27 avril 2021

 

 

Du tout cuit

Le défaneur thermique de Felden Industrie s’attaque aussi aux végétaux… Ce n’est plus du désherbage mécanique qu’il est ici question mais de la destruction des fanes de pommes de terre par le feu ! « C’est plus efficace qu’un broyage », assure Maurice Meyer. Mardi 27 avril, l’engin acquis il y a peu par la Cuma Terre et Prés, a été le premier matériel présenté. Le but était de rappeler quelques consignes de sécurité, puisque « le gaz d’une citerne de 300 kg, avec huit brûleurs en fonction, permet de traiter pendant deux heures une surface d’environ 2 ha », en roulant à 3 km/h, et avec une pression de 3 barres. C’est bien du gaz liquide, du propane liquide, plus exactement, que les adhérents de la Cuma manipulent. « Le gaz liquide, s’il vous touche, il vous brûle, prévient Jean-Marie Felden, ancien gérant de la société Felden Industrie. Pour le manipuler, il faut mettre des gants, des lunettes, une visière. Si vous avez une combinaison que le gaz ne peut pas transpercer, c’est mieux ».

L’homme sait d’autant plus de quoi il parle que Felden Industrie crée et produit, depuis la fin des années 1990, des outils de défoliation thermique du houblon. Elle a élargi sa gamme à la viticulture, à l’arboriculture et au maraîchage. « Avant d’ouvrir la citerne de gaz, tous les robinets doivent être fermés. On les déverrouille ensuite, toujours avec deux clés », pointe-t-il. Jean-Marie arrose généreusement les raccordements avec une bombe anti-fuites. « S’il y a une fuite, il faut fermer les vannes et surtout ne pas démarrer le tracteur, insiste-t-il. Le gaz vous englobe. » D’ailleurs, il faut stocker le gaz à l’extérieur : dans un bâtiment, si fuite il y a, il se dépose au sol. La Cuma ne fournit pas les citernes. Chaque adhérent doit commander la sienne. Elle est placée à l’avant du tracteur, mais pourrait être attelée entre le tracteur et la rampe… Il est interdit de circuler sur les routes avec une bonbonne de gaz à l’avant d’un véhicule, relève Jean-Marie Felden. Chez Primagaz, il y a trois mois d’attente avant la livraison d’une bouteille car ils n’en ont plus en stock, sait Maurice Meyer. Il y a donc le temps de réfléchir à une solution de transport entre la ferme et le champ.

Le 27 avril, le défaneur thermique de Felden Industrie a été utilisé dans un champ d’oignon. L’air s’est troublé et instantanément réchauffé sous le feu de la rampe. Les dards des flammes atteignent 140 °C. Les adventices ont « cuit ou bouilli », dixit les participants à la démonstration. « Comme la matière est très fine, la chaleur rentre instantanément dans la feuille », note Jean-Marie Felden. Les mauvaises herbes s’enflamment brièvement et se couchent. Toute l’eau remonte à la surface des végétaux ramollis. Le plant cultivé, lui, est plus épais et encore protégé par la terre : il est indemne. Les brûleurs, qui crachent le feu, sont orientables à 360 degrés. Deux réglages en hauteur sont possibles, sur la machine dédiée au maraîchage. Une pluie fine n’altérera pas l’efficacité du défanage thermique mais le vent doit souffler à moins de 20 km/h pour un résultat satisfaisant. Au moins six adhérents de la Cuma expérimentent l’équipement, actuellement, qui coûte entre 9 000 et 10 000 euros. Denis Jung, conseiller pommes de terre à Planète Légumes, est ravi.

Tout envoyer en l’air

Avant la herse étrille Treffler, une « vraie mise en route » du scalpeur avec rotor KvickFinn (marque finlandaise) a été réalisée. Le matériel, acheté à Agrosoil, est dans la Cuma depuis février 2021, et les agriculteurs doivent encore se l’approprier. Pas simple de trouver les bons réglages pour se débarrasser efficacement et durablement du chardon, du rumex, du chiendent. « Le rotor reprend tout ce qui a été scalpé, explique Jean-Frédéric Martin, agriculteur en non-labour et couvert permanent, qui commercialise le scalpeur. La matière est envoyée en l’air et l’élément le plus lourd, la terre, retombe en premier au sol, gravité oblige. La matière organique reste au-dessus. Elle sèche. » Lorsque la terre se tasse au passage de l’engin, il faut « descendre » un peu l’outil, insiste Jean-Frédéric. Un adhérent de la Cuma, sceptique au départ, se dit optimiste, aujourd’hui. Il avait testé la machine, il y a deux ans. « Je pensais que le rotor qui tourne, c’était juste pour faire de la poussière. Mais je n’ai pas eu de rumex pendant deux années », se souvient-il. « Ce n’est pas une fraise », souligne Jean-Frédéric Martin. Le rotor effleure la surface. Il ne pénètre surtout pas la terre profondément. « Au printemps, comme le sol est dur, le tracteur commencerait vite à chauffer. Et ce n’est pas l’objectif », détaille-t-il. Les dents du scalpeur doivent travailler plus bas que le rotor derrière. S’il y a des stries dans le sol, c’est l’inverse : facile à détecter !

 

 

Manifestation du 30 avril

Pour une Pac de la croissance !

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

« Produire n’est pas un gros mot ! Produire pour tous les marchés », rappelait Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est, la veille de la mobilisation. Vendredi 30 avril, un concert de klaxons a réveillé le Parlement européen, à Strasbourg, déserté des eurodéputés au profit de Bruxelles, depuis la pandémie de Covid-19. Sous un ciel blanc de nuages et dans le froid, plus de 1 500 tracteurs ont encerclé les institutions européennes de midi à 16 h. Les agriculteurs et les viticulteurs d’Alsace (un millier d’engins du Bas-Rhin, 350 du Haut-Rhin), de Lorraine, environ 200 tracteurs, surtout de la Meurthe-et-Moselle, de la Moselle et des Vosges (et quelques véhicules meusiens), et même plusieurs Marnais ont répondu à l’appel de la FRSEA et des JA Grand Est, provoquant plus de dix kilomètres de bouchons, sur l’autoroute A4 notamment, dans le sens Paris-Strasbourg, au matin, sous une pluie battante. À l’instar de Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ils refusent que les aides Pac, qui ne sont « pas de l’argent de poche » mais représentent une partie du revenu des exploitants, dixit le betteravier alsacien, soient encore plus conditionnées.

Sur les pancartes, les slogans suivants s’affichaient : « Ras-le-bol des contraintes imposées par les technocrates. Le bon sens paysan appartient aux agriculteurs », « L’agriculture la plus durable, mise à terre par la Pac 2023 », « Je vous nourris et je veux vivre de mon métier. Demain, nous voulons encore exister », « Mangez français », « Fauchés comme les blés », « Pac 2023, droit dans le mur : les concessionnaires soutiennent les agriculteurs », « Sans fourrage (maïs), plus d’animaux ». Le jour où le trilogue (la négociation) entre la Commission, le Parlement et le Conseil de l’Europe débutait sur les questions environnementales, les exploitants ont demandé à ce que tous les efforts déjà consentis et même souhaités par le monde agricole, pour la préservation de l’environnement (protection de la qualité de l’eau, limitation des coulées de boue, entre autres) soient reconnus et que leur expertise, et les spécificités locales, soient prises en compte.

 

? A VOS PANCARTES ? Le message est-il passé avec cette journée d'action ? #MANIF #PAC #PAC2023 #1000TRACTEURS #GRANDEST #sauvetonpaysan #ambitionpacjuste

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

Rencontres avec le monde politique pour la souveraineté alimentaire

La ferme Grand Est FRSEA/JA dénonce l’obligation de rotation à la parcelle, qui va à l’encontre des connaissances agronomiques, d’après les premiers concernés, et entraînerait une perte d’autonomie alimentaire dans les élevages comptant principalement sur le maïs local pour nourrir le troupeau. Elle veut que les aides pour les éco-régimes – mesures vertes du 1er pilier de la Pac, qui représenteront jusqu’à 30 % de ce pilier demain, soient accessibles aussi à ceux qui ne sont ni en bio ni en HVE. Elle est contre la fusion des enveloppes des aides couplées destinées aux vaches laitières et allaitantes, qui nuirait encore un peu plus aux éleveurs de bovins viande. Le modèle dominant n’est pas prêt à faire la bascule. Ce qui privilégierait les plus petites fermes, aux pratiques les plus alternatives, est condamné. Les manifestants du 30 avril veulent une « Pac économique », protégeant les paysans et la souveraineté alimentaire, sur tous les territoires, ont-ils fait savoir par leurs applaudissements, lors des discours à la tribune, qui ont débuté vers 14 h. Les discussions européennes doivent aboutir fin mai. Avant le 1er janvier 2022, la France se prononcera, auprès de la Commission, sur son Plan stratégique national (PSN), ses adaptations de la Pac.

Le monde agricole du Grand Est, totalement uni sur cette question, répète aussi que les prairies permanentes seront maintenues grâce à l’élevage. La revalorisation de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), le maintien de la surdotation des premiers hectares et la poursuite voire la revalorisation des mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) font aussi partie des revendications de tous. Alors que les tracteurs se dirigeaient vers la capitale européenne, le 30 avril au matin, Hervé Lapie, Franck Sander, Germain Bach, vice-président des JA Grand Est, Fabrice Couturier, président de la FDSEA de la Moselle, et Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, demandaient son soutien à la préfète de la Région Grand Est. La FRSEA Grand Est a d’ailleurs rencontré le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, mardi 4 mai. Dans la soirée de vendredi dernier, c’est Jean Rottner, président du Grand Est, qui avait reçu la délégation, se montrant favorable à une contractualisation en restauration hors domicile (RHD), pour soutenir les agriculteurs.

 

Germain BACH, Président des Jeunes Agriculteurs de Moselle s'est exprimé devant le parlement pour demander une #pac2023 favorable aux jeunes et à l'installation en agriculture ! ?

Publiée par Jeunes Agriculteurs Moselle sur Vendredi 30 avril 2021

 

L’agriculture déjà solution au réchauffement climatique

Les élus alsaciens qui comptent ont bravé le mauvais temps pour se tenir aux côtés des douze représentants locaux et nationaux de l’agriculture, qui se succédaient au micro, à l’abri d’un camion prêté par le Comptoir agricole. En début d’après-midi, vendredi dernier, alors que les discours étaient retransmis en direct sur Youtube, pour que les manifestants puissent rester à bord de leurs tracteurs, Covid-19 oblige, l’eurodéputée Les Républicains Anne Sander a aussi donné de la voix, laissant entrevoir un espoir pour des plans de filière. Aux premières loges, Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), et Patrick Bastian, à la Commission agriculture et forêt du Grand Est, ont salué les prises de paroles.

Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, a scandé : « Seuls 6,5 % des agriculteurs ont moins de 35 ans. Notre constat est sans appel. Il y a un manque de cohérence entre les politiques agricoles, commerciales et le développement à l’international. […] La pérennité des exploitations agricoles dans le territoire doit s’appuyer sur des filières organisées et structurées. […] L’agriculture que nous défendons, de ferme, pas de firme, […] est parfaitement dans son temps. […] La France a le modèle agricole le plus durable, au monde ». Philippe Clément, président de la FDSEA des Vosges, a enchaîné : « Le grand défaut de cette Pac 2023, c’est que nous ne produirons plus sur le territoire, nous irons chercher ailleurs, dans des pays qui ne respectent pas nos standards de production ».

Éric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), céréalier en Eure-et-Loir, avait aussi fait le déplacement. « C’est un soutien très fort, du national, que je veux vous apporter. […] Toute la France est en mouvement. […] Tous les agriculteurs se soulèvent pour dire stop à ce qui est en train d’arriver. Est-ce que l’Europe, est-ce que la France, veut une dynamique de croissance ou une dynamique de décroissance ? C’est bien le sujet qui est posé, là. Est-ce qu’on prône la jachère, est-ce qu’on prône la non-production, ou est-ce qu’on prône la biodiversité ? Nous, agriculteurs, on sait que la biodiversité, on peut la cultiver, on peut l’entretenir. Moi, je prône une agriculture économique », a-t-il martelé. Éric Thirouin a conclu en soulignant l’importance de l’agriculture face au changement climatique : « Un hectare de blé capte sept fois plus de gaz à effet de serre qu’il n’en émet. L’agriculture est là, en solution. On a besoin d’une agriculture croissante ».

 

 

Le digestat de méthanisation

Plus concentré en azote que le lisier frais

Technique

Publié le 05/05/2021

En 2017, Jean-Frédéric Fritsch, éleveur de 400 truies à Friesenheim, un pionnier de la méthanisation en Alsace, est autorisé à injecter 1 100 kW d’électricité dans le réseau. Sa production équivaut à la consommation annuelle d’une ville de 8 000 habitants. L’eau chaude générée chauffe l’unité et la porcherie. « La ferme ne consomme plus d’énergie fossile, sauf le fioul des tracteurs », pointe Jean-Frédéric. Ses deux digesteurs et son post-digesteur absorbent tout le lisier frais de la ferme, soit 60 % de l’alimentation de l’unité de méthanisation. Les 40 % restants proviennent aussi de l’agriculture : ensilage de plantes entières, de cultures dérobées, déchets de silo et d’amidonnerie, paille et ensilage de maïs, marc de raisins. Avec les méthaniseurs historiques du coin, ils se sont structurés pour s’approvisionner dans un rayon de 25 km autour de leurs exploitations du Ried alsacien. Grâce à ces intrants 100 % agricoles, Jean-Frédéric échappe à l’hygiénisation des boues. « C’est une usine à gaz un peu compliquée à gérer », relève-t-il. Jean-Frédéric, qui emploie cinq salariés à temps plein, compte transmettre l’exploitation à son fils Mathis, déjà très investi malgré son jeune âge (14 ans).

Rien à ajouter

L’agriculteur peut épandre son digestat sur toutes ses cultures bio, aujourd’hui ; les autres ne sont pas accessibles aux engins. Le digestat est certifié utilisable en bio (UAB), pour l’instant. La réglementation l’obligera, en 2022, à avoir une ligne de fermentation dédiée à la bio. Jean-Frédéric Fritsch investit donc pour augmenter les capacités de stockage de l’unité qui s’élèvent, actuellement, à 8 000 m3. Le temps de séjour dans les cuves, pour valoriser au mieux l’intrant, est de 90 à 100 jours. Jean-Frédéric espère le rallonger encore. Il épand le digestat de méthanisation tous les ans, après la récolte, sous couverts en période hivernale, et au printemps. Il est passé d’une rampe de 12 m de large à une rampe de 18 m, en 2013, lorsqu’il a pu pour la première fois tester le digestat. « Le produit est plus concentré en azote et en minéraux que le lisier frais, donc il faut une plus grande largeur, observe-t-il, simplement. Il est plus riche en matière sèche et en éléments fertilisants ». Jean-Frédéric épand 30 m3/ha de digestat de méthanisation. Il épandait 40 m3/ha de lisier de porcs classique. Tous les ans, le Comptoir agricole procède à une campagne d’analyses sur quatre parcelles de Jean-Frédéric. « Il y a plus d’humus. Le digestat de méthanisation est une fumure complète qui remplace l’engrais minéral de synthèse. On trouve six à sept unités d’azote au m3 de digestat et, entre deux et quatre, en phosphore et en potasse », livre l’agriculteur.

Qualité et quantité au rendez-vous

« Mon blé est à 14 % de protéine, alors que la moyenne est à 11,5 %. Le grain est plus riche. Si on l’utilise dans l’alimentation animale, on peut baisser la part de soja dans la ration », développe Jean-Frédéric. Il affiche aussi de bons rendements pour de l’agriculture biologique : l’an passé, en blé d’hiver, il a fait 70 q/ha, par exemple. Toutes ses cultures bio sont irriguées, faut-il ajouter. 2021 devrait être encore une bonne année, selon lui. Maïs, blé d’hiver, orge se partagent l’assolement : chacun un tiers. La seule difficulté de l’agriculteur, ce sont ses terres lourdes, qui ont du mal à « se reprendre », dit-il, si elles sont compactées : matériel le plus léger possible, large, pour éviter les passages de roues, et pneumatiques basse pression sont de mise. Un sol sec et bien ressuyé est une condition sine qua non à l’épandage. « C’est important d’enfouir vite le digestat, précise encore Jean-Frédéric Fritsch. On essaie de le faire dans la journée pour que les éléments nutritifs ne se volatilisent pas. » Puisqu'il traite le double de digestat par rapport au lisier, aujourd’hui, il estime que cela lui coûte plus cher : « il y a deux fois plus de matière à sortir ». L’éleveur ne vend pas le digestat. Le but est d’en épandre au maximum chez soi donc. Aux preneurs voisins, il demande une participation au m3 épandu pour le matériel d’épandage mis à disposition et les contraintes liées au process pour les preneurs bio.

 

À revoir :

 

 

EARL Mehn à Pfulgriesheim

Plaisir partagé

Cultures

Publié le 02/05/2021

Dans le Kochersberg, l’EARL Mehn est connue pour ses asperges et ses cultiv’acteurs. Michèle et ses parents, Évelyne et Jean-Pierre, ont particulièrement développé la culture spéciale depuis 2014 et l’arrêt du tabac. Tous trois brûlent aussi les planches. Les septuagénaires ont commencé à jouer en 1983, au théâtre alsacien, à Pfulgriesheim. Michèle a suivi dès l’enfance, elle joue encore aussi au Théâtre alsacien de Strasbourg (TAS) mais a quitté le cabaret satyrique de la Choucrouterie en 2008, après cinq saisons, à la naissance du premier de ses deux garçons.

Sur 53 ha, les Mehn (Michèle est exploitante depuis 2010, Évelyne, salariée, et Jean-Pierre, associé non-exploitant) produisent du maïs sur 16 ha, du blé sur une dizaine d’hectares, de la betterave sucrière sur 7 ha, des asperges sur 5,5 ha (seule culture irriguée, au rendement de 4 t/ha), des pommes de terre sur 80 ares (20 t/an environ) et entretiennent un verger de 10 ares (2 000 bouteilles de jus de pommes).

Mais Michèle, titulaire d’un bac technologique productions végétales obtenu au lycée agricole d’Obernai, cultive encore bien plus que cela. « J’ai semé des radis, parce que nos clients en veulent et ils veulent qu’ils soient de chez nous. On a développé le magasin à la ferme et la vente en direct dans une cabane pour leur faire plaisir et nous faire plaisir. C’est un bonheur de leur proposer ce que nous, nous aimons, et ce qu’ils aiment aussi. En été, je vends des tomates de serre (1,6 t/an), parce que celles qu’on trouve en supermarchés sont rarement aussi bonnes. Je propose aussi des courgettes quand on en a trop pour notre consommation personnelle. Je ne gagne pas grand-chose avec ces fruits et légumes mais je ne vois pas ces productions comme un travail. Les clients sont exigeants et apprécient qu’on prenne soin d’eux », livre Michèle Mehn. En hiver, la mâche côtoie le jus de pommes et les pommes de terre (qui sont disponibles toute l’année) : toujours le souci de bien manger et de partager les bonnes choses. « Quand on est là, on sort le panneau. Les gens savent qu’ils peuvent s’arrêter », précise Michèle.

Succès fou

La vente directe s’est amplifiée avec la multiplication par trois du nombre d’hectares dédiés aux asperges, au fur et à mesure des sept dernières années. La culture à valeur ajoutée de la ferme était en partie vendue, avant 2018, à la coopérative d’Hoerdt. Aujourd’hui, presque tout part sur les étals des Mehn. Seul le quart de la production est vendu à un grossiste, la Sapam. La cabane de Michèle est installée entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen actuellement, puisque plus aucun agriculteur de ces villages ne produit d’asperges. À l’été, elle regagnera le cœur de Pful’.

 

 

 

En place ! Asperges blanches et vertes , ? et rhubarbe. De 14h30 à 18h En face du cimetière de Mittelhausbergen

Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Lundi 26 avril 2021

 

 

Cette année, les températures fraîches n’aident pas les tiges blanches à pointer. Il est encore trop tôt pour voir exposées les neuf sortes d’asperges que Michèle adore présenter. Il y a les très grosses, les grosses, les fines, les très fines, les moyennes, les vertes, les fleuries… Elles peuvent être épluchées. « Ça demande beaucoup plus de travail mais c’est beau à voir et les gens peuvent choisir, panacher », ajoute Michèle, soucieuse de les chouchouter. À partir de 17 h, la cour de la ferme Mehn ne désemplit pas. On vient de loin pour leurs asperges qui sont vendues, pour le moment, à perte ! « Vu le nombre de kilomètres qu’on marche pour ramasser un kilo, cette mi-avril, on devrait le vendre 15 euros. Mais je me mets à la place des clients et on n’ira pas au-delà de 10 €/kg pour les grosses », déclare Michèle.

Elle n’amortira jamais la calibreuse achetée en Allemagne, au début des années 2010 : une machine dont s’équipent généralement les exploitations qui ont 30 ha d’asperges. « Je voulais ça, tonne-t-elle en montrant l’engin hyper perfectionné. En pleine saison, on peut vendre jusqu’à 400 kg d’asperges par jour. Je passais mes journées à calibrer à l’œil et à la main ! Maintenant, je suis libérée de cette tâche. Je n’ai pas calculé : c’est ce qu’il me fallait. » « C’est un confort. La personne qui s’offre une belle voiture ne l’amortit pas non plus », compare son père.

L’an passé, il a été agréablement surpris par la clientèle et la main-d’œuvre. Les produits frais et locaux ont eu un succès fou avec le Covid-19, et les jeunes au chômage partiel étaient motivés à travailler dans les champs. En 2021, les Polonais sont revenus et il est un peu tôt pour comparer les deux saisons. Mais tout ce que Michèle met en vente part. Hormis les fraises (d’Agathe à Vendenheim) et la rhubarbe (de Denis Schaeffer à Duntzenheim), Michèle Mehn ne vend que ses produits maraîchers. « Je ne pratique pas l’achat-revente. C’est un autre métier. Je ne suis pas un magasin », juge-t-elle.

Par contre, elle propose du jambon (de Riedinger Balzer) et du vin blanc (de la Cave du Roi Dagobert) pour accompagner leurs asperges, ainsi que la mayonnaise élaborée par Alélor pour célébrer les 30 ans de l’association des producteurs d’asperge d’Alsace. « C’est notre période préférée, à tous, assure Michèle. C’est la plus dure, la plus éprouvante. On peut travailler sept jours sur sept, pendant deux mois. Mais avoir un bon produit et en être fier, c’est une satisfaction. »

 

 

 

A la ferme en ce moment *: * et aussi ?**, radis**jus de ? , ?, confitures ** encore en quantité limitée.... à cause du froid.

Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Vendredi 16 avril 2021

 

 

Suivre ses envies

L’EARL Mehn ne compte que 53 ha mais Michèle travaille aussi les terres de deux doubles actifs : André Jacob, directeur de la Chambre d’agriculture Alsace et maire de Pfulgriesheim, et Gérard Duringer. Ce sont 120 ha au total que Michèle laboure chaque année. « On a regroupé toutes nos parcelles. On est organisé comme si c’était une seule exploitation. Je ne préviens plus forcément, quand j’entreprends un chantier », observe Michèle Mehn. Échanges de bons procédés et prestations de service : chacun y trouve son compte. André sème la betterave et plante le maïs pour tous. Michèle, le blé.

Opérée du dos l’an passé, elle a été privée de tracteur douze mois consécutifs. « J’ai eu un choc quand j’ai repris le volant ! Positif. Comme j’étais bien ! J’adore la scène mais rouler en tracteur me rend plus heureuse encore », s’exclame l’exploitante. Une passion transmise par ses parents et grands-parents qui ne touche pas (encore ?) Samuel ni Antoine, 13 et 10 ans. « Pourquoi vous faites quelque chose d’aussi difficile, m’avait demandé le plus grand de mes fils, lorsqu’il avait 2 ou 3 ans. Ça ne les intéresse pas et ils voient les machines plus comme un danger qu’autre chose », constate Michèle Mehn. Elle encourage leur liberté. « Ils feront ce qu’ils ont envie. Je prends toujours tout comme ça vient. Je vis au jour le jour. Je m’adapte aux évolutions. Ce n’est pas très sage mais ça m’a toujours réussi. J’aime me laisser surprendre », dévoile Michèle, confiante.

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