Débat avec les parlementaires
« On a besoin de vous ! »
Débat avec les parlementaires
Vie professionnelle
Publié le 05/12/2019
« La grande distribution se moque de nous », « #Sauve ton paysan », « Stop agribashing », « L’agriculture la plus saine, c’est nous ! » : une belle centaine de tracteurs* arborant drapeaux syndicaux et slogans a formé une haie d’honneur aux trois députés La République en marche (LREM) bas-rhinois venus, lundi 2 décembre, à la rencontre des agriculteurs, au lycée agricole d’Obernai, pour près de deux heures et demie de débat.
Les 350 éleveurs et cultivateurs mobilisés n’ont pas bloqué les axes routiers. Dans le respect, même si les interpellations ont parfois été vives, au même titre que l’émotion, ils sont venus dialoguer avec Thierry Michels, du canton de Strasbourg, Bruno Studer, de Bischheim-Schiltigheim, et Vincent Thiébaut, des cantons de Brumath et Haguenau. Les politiques étaient conviés par la FDSEA, les JA 67 et l’Ava, suite à la mobilisation du 27 novembre - essentiellement parisienne -, un jour avant l’entrevue de Christiane Lambert et Samuel Vandaele avec le Premier ministre Édouard Philippe dont les annonces, notamment sur les ZNT, devraient suivre très prochainement (lire ci-contre). Antoine Herth, agriculteur et député Agir des cantons d’Erstein à Sélestat en passant par Barr et Villé, engagé par ailleurs, est passé avant la réunion. Sylvain Wasserman et Martine Wonner (LREM) ont décliné, le jour même pour la femme politique. Les trois autres parlementaires bas-rhinois, de l’opposition, étaient excusés, voulant assister à l’hommage national aux soldats morts au Mali.
Des agriculteurs volontaires
Dans un lycée vide d’élèves puisque l’équipe pédagogique réfléchissait ce jour-là au projet d’établissement qui sera dévoilé au troisième trimestre 2020, représentants syndicaux, base et parlementaires ont occupé un amphithéâtre de 450 places bien rempli. Les premiers ont déroulé les thèmes à débattre, à savoir les prix et la loi Égalim, les surtranspositions françaises des réglementations liées à l’environnement, l’agribashing, et les distorsions de concurrence, entre autres liées aux accords de libre-échange.
« Nous attendons un sursaut », de la part de l’exécutif, a débuté Franck Sander. Néonicotinoïdes, glyphosate, ZNT : le président de la FDSEA 67, estime que les agriculteurs ont été floués. « Nous avons les contraintes, pas les prix**, a-t-il résumé. […] Pire : on ouvre grand les frontières ! Un poulet sur deux est étranger ». Et sa production n’est pas soumise aux mêmes contraintes sociales ni environnementales qu’en France.
La salle lui a emboîté le pas. « Vous représentez une majorité. Macron a dit : « on va sortir du tout phyto’ » et maintenant vous n’arrivez pas à éteindre le feu que vous avez allumé. Nous ne sommes pas addicts au glyphosate mais attention à ce que la France ne perde pas sa place de leader agricole par idéologie ! », a-t-on, par exemple, pu entendre lundi matin. Que ce soit Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace, Franck Sander, ou plusieurs exploitants au micro, ils l’ont affirmé : les agriculteurs sont prêts à changer de modèle, à condition que la technique suive… et les revenus. Et d’être soutenus par leur pays.
Frank Sander a évoqué les sujets sur lesquels la profession aimerait avancer plus vite : les énergies renouvelables, la vente de quotas carbone à l’industrie polluante, les distorsions de concurrence liées aux importations.
Mangez français
Peu de propositions concrètes, de la part des parlementaires. Ils ont demandé à tous d’être patients pour évaluer les bénéfices de la loi Égalim (sanctions pour ceux qui ne jouent pas le jeu, comme Leclerc déjà condamné) et du CETA pour lequel ils ont chacun signé, le Canada ayant une réglementation proche de la France (en porc, en 2019, des milliers de tonnes ont été exportées et très peu ont été importées, a défendu Bruno Studer). L’accord avec le Mercosur a, par contre, été décrié. Les députés ont enjoint les agriculteurs à contacter les collectivités afin qu’elles accélèrent, en RHD, le passage aux 50 % de produits locaux et labellisés, dont 20 % en bio.
S’il n’y a pas une seule séance de questions au gouvernement où l’agribashing n’est pas dénoncé, a assuré Bruno Studer, Vincent Thiébaut a, lui, émis l’idée de réunions publiques, en partie pédagogiques, sur l’agriculture et les modes de production, en présence de scientifiques et de techniciens. Une suggestion retenue par la salle, car elle répond aux attentes de la plupart, comme en témoigne ce cri du cœur, en fin de débat, d’un professionnel : « On a la meilleure agriculture au monde, c’est ça qu’il faut répéter. On a besoin de vous pour ça ! ». La FDSEA 67 note sur son compte Facebook : « Des rendez-vous sont pris, nous y serons ».
*Selon la gendarmerie, qui en a escorté trente depuis Quatzenheim.
**Sur 100 € d’achats en GMS, 6,50 € reviennent aux producteurs, a relevé Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67, et ce malgré la loi Égalim.












