autres animaux

Publié le 16/09/2019

La fin de l’été approche et c’est donc l’heure des bilans pour les apiculteurs alsaciens. Après une année 2018 plutôt satisfaisante, avec des récoltes de miel et des pertes au cours de l’hiver qui s’étaient inscrites dans la moyenne, 2019 est une année décevante. Si tout n’est pas partout catastrophique, force est de constater que les mois froids et pluvieux d’avril et mai suivis des épisodes caniculaires et orageux de cet été ont fortement amputé les récoltes.

« Pour certains, c’est l’une des pires saisons de leur carrière. Mais il y a des différences entre les apiculteurs et le bilan n’est pas catastrophique partout » constate Christophe Zimmermann, apiculteur professionnel et président de l’association pour le développement de l’apiculture (ADA) Grand Est. Un propos que partage Alexis Ballis, conseiller apiculture à la Chambre d’agriculture Alsace, qui porte un regard encore plus sombre sur la situation. Une combinaison d’évènements météorologiques exceptionnels a lourdement impacté les récoltes de miel de l’année. Le froid, la pluie et le vent des mois d’avril et mai ont fortement réduit les récoltes du printemps. Résultat, des colonies qui ne grandissent pas et des récoltes de miel pour certaines inexistantes. « Il y avait un manque évident de pollen et de nectar » rapporte Christophe Zimmermann. « Fait inédit : beaucoup de colonies étaient en sursis en plein mois de mai, par manque de provisions. Nous avons alors dû intervenir, de façon raisonnée, pour éviter de les voir mourir de faim ». Un été ravageur Par la suite, la météo est ensuite devenue très sèche, notamment vers le mois de juillet qui a été fatal pour de nombreux exploitants. « Le vent et la sécheresse on fait faner les floraisons suivantes. D’ailleurs les ruches n’étaient pas assez développées pour travailler correctement » précise l’apiculteur. Sur plusieurs secteurs, les floraisons attendues (acacia, tilleul, châtaignier) ont été fortement réduites suite aux périodes de gel nocturne du printemps. Les pertes de miel pourraient ainsi s’élever, selon une enquête réalisée par l’ADA Grand Est, à 83 % dans le Bas-Rhin et à 60 % dans le Haut-Rhin. Et ce phénomène n’est pas exclusif à la région alsacienne puisque tout le Grand-Est est affecté (cf. graphique sur l’estimation des pertes de récolte de miel). Des chiffres évocateurs qui incitent les professionnels à demander la reconnaissance d’une situation de calamité agricole dans plusieurs départements. Un peu plus d’une trentaine d’exploitants sont concernés en Alsace (dix-huit dans le Haut-Rhin et 12 dans le Bas-Rhin). Anticiper, prévenir et progresser Christophe Zimmermann tient à dédramatiser la situation : « L’année a été très dure mais nous regardons maintenant vers la prochaine saison, et celle-ci se prépare dès maintenant : il faut faire prendre conscience à tous les apiculteurs qu’une des solutions se trouve dans le travail de l’apiculteur. » Ainsi, durant le mois de septembre, les tâches de l’apiculteur seront diverses entre soins aux colonies, lutte contre le parasite Varroa, entretien des emplacements d’hivernage, nourrissements stimulants et vérifications diverses. Les ressources alimentaires en pollen et en nectar sont en effet indispensables au maintien de la défense immunitaire des abeilles. Bien alimentées, les abeilles sont en meilleure santé et elles peuvent mieux résister face au varroa, aux pathologies, aux virus et à toutes les formes de pollution. Le Grand Est compte près de 130 apiculteurs de métier, spécialisés à 100 % sur l’abeille mellifère. Plus de 200 apiculteurs pluriactifs et quelques milliers d’apiculteurs de loisir viennent compléter le tableau et tous seront concernés par ces travaux d’automne. Alors pour les accompagner de la meilleure des façons, l’association pour le développement de l’apiculture du Grand Est propose dès le mois d’octobre de nombreuses actions telles qu’une journée technique régionale, des formations spécialisées ou encore des réunions entre apiculteurs.

Publié le 03/01/2019

Après six années difficiles, les apiculteurs alsaciens peuvent enfin souffler : la récolte de miel a été très satisfaisante et les pertes au cours de l’hiver s’inscrivent dans la moyenne. Cependant, l’avenir est de plus en plus incertain. En cause, le dérèglement climatique, des maladies et des parasites. Les prochains défis à relever, notamment pour l’Association pour le développement de l’apiculture Grand Est qui forme les professionnels aux bonnes pratiques de l’apiculture.

Les apiculteurs alsaciens dressent le bilan de l’année 2018, entre soulagement après une hausse de la production qui fait suite à six années moroses, et incertitudes dues à de nombreuses menaces. La première d’entre elles est le dérèglement climatique qui empêche toute perspective certaine d’une année à l’autre. « La confiance, nous l’aurions si la situation climatique était stable mais ce n’est pas du tout le cas, explique Alexis Ballis, conseiller apicole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Impossible de savoir comment seront les végétations les prochaines années, ni ce qu’il se passera en termes de pollution ou de pluviométrie. » Saisons et floraisons en désordre Au cours de l’hiver, les pertes des ruches se sont inscrites dans la continuité des années précédentes, avec un taux de 11 %. À noter que de grandes disparités peuvent exister d’un rucher à l’autre. Après une sortie de l’hiver froide et pluvieuse, menaçant les abeilles, le printemps est arrivé brutalement vers le 10 avril. Les ruches ont vite rattrapé leur retard et assuré de belles récoltes : colza et pissenlit, mais aussi fruitiers ont ouvert le bal des floraisons. Leur chevauchement a ensuite empêché d’avoir des creux dans la production. Le comportement des abeilles a été déstabilisé par cette situation et le travail des exploitants désorganisé. Cette conjoncture inhabituelle a eu un effet bénéfique, mais rien ne permettait de le prévoir. « Nos parents avaient des calendriers de floraison précis, raconte Alexis Ballis. Les variations allaient de 10 à 15 jours. Aujourd’hui, la place de ce calendrier est au musée. Les floraisons varient de trois semaines à un mois. C’est devenu anarchique. Cette année nous avons eu de la chance. Les floraisons sont arrivées au bon moment et nous avons profité de la situation. » Conséquence directe de ce calendrier des floraisons bousculé pour le consommateur, les miels changent et leur goût évolue. Parallèlement, les apiculteurs voient pointer différents dangers pour leurs ruches. Le petit coléoptère des ruches poursuit ses ravages en Italie. Le frelon asiatique, déjà présent en Champagne depuis trois ans, se rapproche de plus en plus de l’Alsace. La maladie de la loque américaine, très grave et contagieuse, et le parasite Varroa destructor sont autant de risques encore difficiles à prévenir. « Si 2018 a été une très bonne année pour la production de miel, elle semble plutôt un effet d’aubaine dû au dérèglement climatique qu’une situation stable pour les apiculteurs », conclut le technicien. La vente directe pour contrôler les prix Grâce à un bilan économique positif, les apiculteurs remontent la pente et refont les stocks. Tandis que les années précédentes les récoltes ont chuté de 50 %, 2018 a vu les moyennes remonter, allant de 25 à 50 kg par ruche pour une production de référence de 20 à 35 kg. Les exploitations les plus faibles sont rassurées. Mais, le prix d’achat de son côté baisse fortement sur le marché du gros, hors label bio. « Il faut ajouter à cela les problématiques du commerce international, le miel étant principalement issu de l’importation, et la fraude (des miels importés et vendus au prix fort). Le marché du miel est complètement fou au niveau mondial », précise Alexis Ballis. Le miel de luzerne par exemple s’est vendu à 3 euros le kilo, en dessous du prix de revient situé entre 4,5 et 5 €. Pour faire face, les apiculteurs de la région peuvent privilégier le marché au détail et la vente directe où le prix au kg se maintient autour de 14 €. Une association régionale pour se former et échanger De son côté, l’Association pour le développement de l’apiculture Grand Est (Adage) fait aussi le bilan de son action. « Un des grands temps forts de cette année a été la première journée technique du Grand Est. Organisée en Lorraine, elle a rassemblé plus de 60 apiculteurs et des intervenants, professionnels, techniciens et scientifiques, venus de la France entière. » Selon Alexis Ballis, les retours après cette première édition sont très positifs. « Les jeunes porteurs de projets et les apiculteurs confirmés ont pu échanger sur des questions techniques comme la lutte contre les parasites et les interactions entre les abeilles sauvages et domestiques. Des démonstrations de matériels ont aussi eu lieu. » Au cœur de l’action de l’Adage se trouvent les formations. « La préparation à l’hiver est un des points techniques déterminants. C’est même le principal facteur qui explique la mortalité », détaille Alexis Ballis. C’est un des messages importants portés par l’organisation. Les formations et des enquêtes sont mises en place pour surveiller cela de près. Autre élément essentiel, la notion de « responsabilité de l’éleveur ». Tous les éleveurs ont un intérêt à prendre soin de leurs animaux, et cela est particulièrement vrai pour les apiculteurs à cause du rôle prédominant des abeilles dans l’écosystème. C’est pourquoi, de plus en plus, l’association cherche à se faire entendre au-delà du secteur apicole. « Nous délivrons des conseils pour tous les exploitants agricoles. » Ces actions de formation et de sensibilisation peuvent par exemple s’adresser aux céréaliers qui voudraient améliorer leurs pratiques. « Nous expliquons le fonctionnement de l’apiculture et présentons nos problématiques afin de développer les bonnes stratégies dans une synergie entre agriculteurs et apiculteurs. Ainsi, l’an dernier sur les treize formations proposées, deux s’adressaient spécifiquement au milieu agricole. » En 2019, l’Adage prévoit d’ailleurs le recrutement d’un nouveau stagiaire tout dédié à cette action.

Publié le 18/10/2018

Le projet d’élevage de chèvres laitières d’Alban Wehrlé était en gestation depuis plus de deux ans. Récemment, le troupeau de 120 chevrettes s'est installé, confortablement.

Alban Wehrlé, 25 ans, originaire de Scherwiller, a grandi dans la ferme familiale et a voulu, lui aussi, s’installer en agriculture depuis son plus jeune âge. « Quand j’étais gamin, je côtoyais moutons et chèvres et je préférais aller à l’étable plutôt qu’à l’école », se souvient Alban Wehrlé. Après le collège, il entre au lycée agricole de Bar-le-Duc où il prépare un CAP agricole. Il travaille comme bûcheron dans un premier temps. Lorsqu’il s’installe en ménage à Marckolsheim avec Morgane Jehl, qui possède quelques terres agricoles de ses parents, l’idée d’avoir son propre troupeau de chèvres le taraude toujours. Il suit alors une formation théorique en élevage caprin organisée par la Chambre d’agriculture à Obernai. Il la complète par un stage dans une ferme produisant du lait de chèvre dans le Cantal, puis par un autre dans un élevage caprin laitier dans le Puy-de-Dôme, spécialisé dans la transformation en fromages de chèvre. Un parcours semé d’embûches et opportunités Alban Wehrlé a l’opportunité d’acquérir 8 hectares de terre à Mackenheim, au lieu-dit « Chemin de l’ancienne tuilerie ». Kathleen Dick, la propriétaire, les cédant avec plaisir pour permettre à un jeune de s’installer, qui plus est en bio. Mais le parcours pour acquérir ces parcelles est semé d’embûches. Alban persévère. Par ailleurs, pour s’installer en tant que jeune agriculteur et bénéficier des subventions JA, il faut un bac pro, mais celui-ci lui fait défaut. Il s’installe tout de même en tant qu’exploitant agricole à temps complet, sans être subventionné. Il prépare un dossier de financement auprès des banques, avec un budget prévisionnel établi par la Chambre d’agriculture et l’aide précieuse de Pierre Ott, ancien ingénieur agricole retraité. Ce dernier a, durant toute sa carrière, développé l’agriculture bio. Il est actuellement membre du club « Service action professionnelle » qui a pour objectif d’aider bénévolement les jeunes à s’installer et à entrer dans le métier. Les démarches administratives et le dossier de financement lui permettent de se lancer dans la construction du bâtiment de 600 m2, qui est monté en plein champ. 120 chevrettes de race alpine chamoisée Le projet d’Alban Wehrlé a trouvé un écho favorable auprès des maires de Mackenheim et Marckolsheim, respectivement Jean-Claude Spielmann et Frédéric Pfliegersdoerffer. « Le maire de Mackenheim a jugé mon idée intéressante et cru en mon projet qui sort de l’ordinaire sur le ban de la commune », explique le jeune homme. Les deux communes lui louent quelque 13 ha de terres communales. Il les ensemence en plantes fourragères - trèfle blanc et violet, ray-grass, luzerne, fléole et pâturin -, très appréciées des chèvres. Après de long mois de travail, les 120 chevrettes de race alpine chamoisée, âgée de 8 à 10 mois, nées dans une pépinière de chevrettes à la Roche-sur-Yon en Vendée, sont arrivées à Mackenheim. Cette race de taille moyenne à la robe chamoisée, originaire des Alpes - première race caprine française - est une excellente laitière. Le bâtiment de 600 m2 qui les abrite est composé de deux salles de repos. Chaque chèvre doit disposer d’un minimum de 1,5 m2 de surface. Les chèvres d’Alban Wehrlé en ont bien plus. La salle de traite de 50 places et le local réfrigéré ne sont pas encore achevés. Les chèvres produiront du lait bio à partir du printemps. Dans un premier temps, elles seront en contact avec les boucs. « D’ici huit semaines, les chèvres, toutes identifiées et pucées pour le suivi vétérinaire et laitier, vont être échographiées. Celles qui portent seront mises dans un enclos à part. Elles mettront bas après cinq mois de gestation, explique Alban Wehrlé en bon connaisseur. Six heures après leur naissance, les chevreaux seront séparés de leur mère et mis en nurserie où ils seront nourris avec le lait de chèvre, riche en colostrum. » À dix jours, les mâles iront à l’engraissement. Une partie des chevreaux seront gardés pour le renouvellement du cheptel, le reste ira rejoindre une autre chèvrerie. Huit jours après la mise bas, les chèvres nourries avec le fourrage produit sur la ferme et un complément énergétique, produiront selon les saisons, de 3 à 5 litres de lait bio par jour. Un lait qui sera collecté par la laiterie du Climont qui les transformera en yaourts probiotiques. « Une petite fabrication de fromage de chèvre pourra être envisagée, mais ce sera pour bien plus tard », conclut Alban Wehrlé.

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