autres animaux

Publié le 24/01/2018

À Muhlbach-sur-Munster, le lait de chèvre est un bon complément du lait de vache pour les trois associés du Gaec des Trois fours qui livrent en laiterie et transforment de plus en plus à la ferme.

« Mon frère Martin, c’est plutôt les vaches. Moi, c’est plutôt les chèvres. Et mon père Jean-Luc, c’est un peu les deux ». Tom Schott plante rapidement le décor. Voilà tout juste deux ans qu’il s’est installé au sein du Gaec familial avec l’objectif de diversifier l’activité d’une exploitation que Jean-Luc a démarré en 1982 avec douze vaches traites à la main dans une étable entravée. Le troupeau avait un peu plus que doublé en 1990. Depuis 2007 et l’installation de Martin, il loge dans une stabulation à logettes paillées dont la moitié a été équipée à l’automne dernier avec des matelas à eau, histoire de réduire le nombre de jarrets enflés et d’augmenter le niveau de confort proposé. L’arrivée de Tom a été préparée par l’achat d’un robot de traite, opérationnel depuis septembre 2015. « Je devais me libérer du temps pour le nouvel atelier chèvres qui constituait la pierre angulaire de mon projet d’installation » explique Tom. L’aire paillée de l’ancien bâtiment a donc été scindée pour faire de la place aux caprins, les génisses ayant droit à la partie conservée de la surface. Le troupeau laitier a la particularité de réunir quatre races à parts presque égales. « La Vosgienne, c’est de l’histoire, de la tradition. La mixité de la Montbéliarde plaisait à mon père. Nous essayons de garder cette qualité en travaillant avec nos taureaux de vieille souche. La dernière réforme pesait une tonne en vif ! La Simmental est là pour fournir des taux et des veaux bien conformés. La Holstein doit ramener de la productivité » déclare Tom. Leur ration de base se compose de 20 kg de maïs ensilage, 11 kg de mélange suisse à base de trèfle, de dactyle et de luzerne, 6 kg de ray-grass et de 4 kg de foin enrubanné. Elle est complétée par un VL 22 distribué en stalle de traite à partir de 22 kg de lait et limité à 4,5 kg. « Depuis deux ans, l’objectif est de remonter le niveau d’étable. L’installation de Tom nous a valu 250 000 l. Nous ne remplissons pas nos droits à livrer en laiterie et nous souhaitons encore augmenter le volume transformé à la ferme. C’est pour ça que nous venons de passer au mélange suisse » indique Martin. Il se félicite également d’avoir investi dans un robot. « Les informations recueillies permettent de mieux repérer les chaleurs discrètes et d’améliorer le suivi de la reproduction. Le nombre d’IAP n’est plus que de 1,4 pour les deux tiers du troupeau qui est inséminé artificiellement ». Les éleveurs accordent également de l’importance à la longévité car « une génisse coûte de 1 200 à 1 300 € avant d’entrer en production ». Leurs vaches font sept veaux en moyenne, même parfois quatorze ! Un débouché en ferme-auberge Les chèvres reçoivent du foin en hiver, du regain au printemps, avant de pâturer sur les chaumes à partir de la mi-mai. Tom recommence à les complémenter avec un VL 18 une fois par jour avant mise-bas, deux fois par jour après. La dose maximale atteint 600 g/tête/jour. Tom transforme tout leur lait en fromage frais, en tome nature ou aromatisée, en pâte molle fleurie. Il est également à la manœuvre pour fabriquer munster, bargkas, tome, fromage blanc, beurre et crème à partir du lait de vache. En revanche, le Gaec confie à deux prestataires l’élaboration de charcuterie bovine (saucisson, bœuf séché, gendarmes…) et caprine (saucisse à croquer). La production de steak haché pourrait éventuellement s’ajouter. Le lait vendu à la laiterie demeure le premier poste de recettes. La vente directe suit. Depuis douze ans, le Gaec approvisionne la ferme-auberge des Trois fours tenue par Mireille, l’épouse de Jean-Luc et Florent, frère de Martin et de Tom. « Elle dispose d’une centaine de couverts à l’intérieur et de 140 places en terrasse. Elle absorbe environ 80 % des produits transformés à la ferme. Le reste est écoulé auprès de quelques restaurants et supérettes, sur nos deux points de vente à la ferme et à la ferme-auberge » détaille Jean-Luc. Avec l’augmentation prévue de la production et la volonté de transformer 100 000 l de lait de vache, il sera difficile pour les éleveurs de ne pas moderniser leur fromagerie principale aux Trois fours ainsi que leur site secondaire à Muhlbach. Il leur faudra sans doute encore patienter un peu. Car ils se sont endettés de manière conséquente pour notamment s’équiper en peu de temps du robot de traite, d’une nouvelle faucheuse et d’un tracteur de 180 CV bien utile pour remonter chez eux des plateaux lourdement chargés de fourrages.

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Publié le 28/11/2017

Dans le cadre du mois de la bio, l’Opaba, qui a vocation à structurer les filières bios sur le territoire, a organisé une rencontre dédiée à l’élevage caprin qui a rassemblé la fromagerie Monte Ziego de Teningen, en Allemagne, la laiterie du Climont de Saales, et la société Biodéal qui valorise deux sites de production en Franche-Comté. Leur point commun ? La quête de lait de chèvre bio !

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société. Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement. De l’Aveyron à la Haute-Saône À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries. Un produit santé qui plaît Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig. Un marché et un outil propres à générer une filière Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival. À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Publié le 18/11/2017

Le sixième concours de produits laitiers fermiers de l’Est a eu lieu le 3 octobre dernier à Ramonchamp, dans les Vosges. Près de 200 produits étaient soumis au jury. Une quinzaine de producteurs alsaciens figurent au palmarès.

Fromages de vache, de chèvre, de brebis, yaourts à la rhubarbe… 192 produits ont été soumis au jury du concours de produits laitiers fermiers de l’Est le 3 octobre dernier. Pour sa sixième édition, le concours a eu lieu à Ramonchamp, une petite commune du département des Vosges. Il était organisé par l’Association des producteurs de munster fermier (APMF), la Chambre d’agriculture des Vosges, l’Association pour l’appui aux producteurs de munster fermier et autres produits laitiers fermiers de la montagne vosgienne (AMF) et la Maison familiale rurale de Ramonchamp. 52 fermes des Vosges, de Haute-Saône, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, de la Meuse et du Territoire de Belfort ont participé à cette édition. Pour être admis à concourir, les produits devaient provenir d’ateliers transformant du lait cru et respectant la réglementation en vigueur. Cette année, le jury était présidé par Marie de Metz Noblat, gérante de l’Épicerie du goût à Nancy, et auteure d’un livre consacré à 20 fromages AOP, Fromages & Cie. Les jurés ont eu fort à faire pour départager les produits en lice. Des experts, des consommateurs, des crémiers, des restaurateurs et des élèves de la Maison familiale rurale ont participé à la sélection, l’objectif étant de confronter les jugements des professionnels et des amateurs.

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