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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Vie des journaux

Stéphane Janus, nouveau directeur du Paysan du Haut-Rhin et de l’Est Agricole et Viticole

Vie professionnelle

Publié le 05/07/2023


Depuis de nombreuses années, vous gravitez autour du monde agricole alsacien. Quel a été votre parcours avant d’arriver à la direction de nos deux journaux agricoles alsaciens ?

Stéphane Janus : « Je suis âgé de 43 ans et domicilié à Herrlisheim dans le Bas-Rhin. Je suis marié et père de trois enfants. J’ai grandi dans la ruralité de notre belle Alsace, au plus près de la terre. S’il faut chercher trois générations avant moi pour trouver trace d’un agriculteur dans ma famille, je me suis imprégné de l’agriculture au lycée agricole d’Obernai. Après mon bac, j’ai effectué un DUT d’agronomie à Colmar au sein de la première promotion « valorisation et transformation des productions agricoles ».

Après la réussite de mon master, j’ai effectué un stage à la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin de l’époque. C’était au Groupement de développement des producteurs de légumes d’Alsace (aujourd’hui Planète Légumes NDLR). J’ai travaillé sur les cahiers des charges des productions légumières et sur les premiers événements agricoles comme Saveur et Soleil d’Automne aux Tanzmatten à Sélestat. J’ai ensuite postulé pour un remplacement de congé maternité à Bienvenue à la ferme 67 où j’ai créé avec Mireille Issler la première association Bienvenue à la ferme qui a regroupé toutes les sensibilités en une seule et même entité dans le Bas-Rhin. J’ai ensuite été au service agricole économique (Saera) jusqu’en 2007 avant de devenir le responsable de la communication de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin. J’ai également été responsable administratif pour les Terres à l’Envers en 2010-2011 avant de reprendre mes fonctions de responsable communication pour la Chambre cette fois au niveau Alsace. En 2016, j’ai eu la responsabilité de la confrontation holstein. Et depuis décembre 2016 et jusqu’au 30 mars 2023, j’étais responsable de la communication chez Groupama Grand Est ».

 

Après toutes ces expériences dans les coulisses de l’agriculture, pourquoi avoir accepté de prendre la direction de nos deux journaux agricoles ?

« C’est mon appétence pour les médias. Je reste convaincu que le traitement de l’information est exigeant dans la société d’aujourd’hui. Et je suis motivé à l’idée d’apporter une information de qualité et ancrée dans son bassin de vie. Avec l’Est agricole et viticole et le Paysan du Haut-Rhin, j’avais envie de retrouver cette proximité avec les professionnels et de travailler avec les équipes sur le terrain. J’ai eu le plaisir de rencontrer des gens passionnés qui se confrontent au quotidien aux réalités économiques et sociétales. Ils participent à la promotion de ces métiers qui offrent une belle diversité à l’agriculture et à la viticulture sur notre territoire dynamique. Oui, c’est un monde passionnant ».

 

Vous avez rejoint l’équipe il y a plusieurs semaines, et les projets ne manquent pas. Quelles sont vos priorités à court, moyen et long terme ?

« Je souhaite que nos journaux continuent d’offrir la possibilité de diffuser une information juste, précise, de qualité et locale à nos lecteurs actuels. Je souhaite diversifier les vecteurs de communication utilisés car nous faisons face à une vraie mutation de la communication de l’information. Le journal d’hier ne sera pas celui de demain. Cela ne signifie pas que le papier va disparaître. Mais nous devons continuer dans le même temps à renforcer certains services et savoir-faire qui existent comme la newsletter, les vidéos d’Hugo, le web first pour gagner en diffusion rapide de l’information. Nous devons continuer à gagner en visibilité et en notoriété. Nous sommes un hebdomadaire et nous pouvons encore gagner dans le traitement quotidien de l’information. Nous devons également promouvoir et développer nos autres services avec notre studio graphique, nos offres de création de sites internet ou de motion design. Le tout en répondant aussi aux attentes de nos annonceurs.

Nous voulons diffuser l’information au bout des doigts de nos lecteurs. Les actifs du monde agricole ne consomment plus l’information de la même façon. Les usages ont évolué et le numérique y prend toute sa place même si, je le répète, le papier ne va pas disparaître. Nous devons continuer à véhiculer des sujets techniques qui sont eux plus agréables à lire sur le papier que derrière un écran. Pour autant, nous devons proposer de nouvelles rubriques. Nos lecteurs ont par exemple découvert il y a plusieurs mois « Ma Ville, Mon Maire ». Il s’agit d’une belle passerelle avec nos partenaires institutionnels et les professionnels de l’agriculture et de la viticulture. »

 

Des offres variées et pas seulement celles de nos deux journaux donc…

« Oui, il faut savoir que derrière les journaux, il y a un studio graphique qui a des compétences en matière de web, de webdesign ou encore en communication. Nous sommes prêts à accompagner la conception graphique, la création de leurs logos, les divers besoins de nos clients. Notre service pub est à l’écoute de nos annonceurs. Notre service de publication des annonces légales est également très mobilisé. Nous sommes là pour répondre aux demandes des professionnels. C’est notre ADN.

Il y a, à Sainte-Croix-en-Plaine et à Schiltigheim, 25 collaborateurs en tout à leur service. Ce sont des emplois locaux. Notre actionnariat est 100 % local. Nous sommes ancrés dans le territoire alsacien. Comme hier et aujourd’hui, nous serons là demain pour apporter une actualité locale, rurale et de qualité. »

Grand concours des vins de Colmar

La médaille, un levier de communication

Vigne

Publié le 16/05/2023


Pour cette nouvelle édition, le riesling, le pinot noir, le crémant et le pinot gris représentent à eux quatre plus de 70 % des échantillons. Il n’y a pas davantage de vins soumis à l’appréciation des membres du jury que les années précédentes. « Et pour cause. Nous sommes moins de producteurs qui exploitons par contre sur toujours 15 000 hectares. Il y a moins d’entreprises et donc forcément moins d’échantillons. Toutefois, nous devons constater qu’un cinquième des professionnels alsaciens est présent pour tenter d’obtenir une médaille. Il y a donc un intérêt économique évident », explique le président du Civa, Serge Fleischer. Au total, ce sont 654 vins qui ont été présentés par 77 entreprises. Pour les AOC, les millésimes 2021 et 2022 étaient présentés. Pour le crémant, les millésimes 2019, 2020 et 2021. « Ce n’est pas la meilleure période économique mais pour autant le vignoble d’Alsace résiste mieux que les autres vignobles de l’Hexagone. Nous sommes même en croissance sur les effervescents avec le crémant et ses plus de 40 millions de bouteilles vendues. Cette appellation est un élément clé de l’équilibre du vignoble », insiste Serge Fleischer.

Il en profite pour expliquer que le Civa porte des projets et communique de façon dynamique pour transmettre cette énergie positive des vins d’Alsace. « Dans notre dernière campagne publicitaire, nous renvoyons l’idée d’une consommation responsable et d’une attitude responsable et sociétale. Nous insistons également sur le fait que notre vignoble est pleinement engagé au niveau environnemental. Il y a de la place pour tout le monde avec une diversité de produits et une diversité d’entreprises. C’est la richesse du vignoble alsacien », se félicite Serge Fleischer. Présent à ses côtés, le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace Gilles Ehrhart acquiesce. « Ce concours a effectivement tout son intérêt d’être et de perdurer. Il aide à dynamiser la vente de nos vins », constate-t-il.

Cultiver la fierté du métier

Parmi les grandes satisfactions de ce concours, le nombre de membres du jury. « Depuis cette année, les inscriptions peuvent se faire en ligne. Chaque entreprise doit présenter un juré par tranche de dix vins présentés pour la dégustation. Ils sont aujourd’hui 147. Cela contribue également au sérieux de ce concours. Nous leur demandons au préalable de déguster un vin « étalon » pour harmoniser les notes. Cela leur permet de voir s’ils sont trop stricts ou au contraire trop généreux par rapport à la moyenne de leurs collègues. Nous leur demandons également de faire un commentaire pour chaque vin médaillé en argent ou en or », précise Thierry Fritsch, œnologue et chargé de mission export au Civa. Une mission remplie par Madeleine Diebolt de Bernardswiller. « Mon mari est dans le monde viticole. C’est à ce titre que je participe régulièrement à des concours. J’aime bien déguster les nouveautés. Cette fois, je suis à une table consacrée au crémant d’Alsace. Je suis satisfaite. Le crémant est bien meilleur que le champagne », affirme la dégustatrice.

La dégustation des vins « Coups de cœur » aura lieu le 22 mai dans les locaux du Civa. Les dégustateurs seront membres de l’association des sommeliers d’Alsace. « Il s’agit de sélectionner dix médaillés d’or et de leur donner un coup de cœur. L’idée de départ est de redynamiser le concours, de monter en qualité, de mettre en avant les très bons vins. Ensuite, il s’agit de mettre à l’honneur les producteurs. On s’en sert comme un levier de présentation des femmes et des hommes, les vignerons. Il y a là une dimension marketing mais également humaine. Il faut que les vignerons s’affichent et s’affirment. Cette mise en avant le permet et cultive cette fierté de ce métier », note Thierry Fritsch. On en sera à la quatrième édition. « Nous avons donné 30 coups de cœur lors des trois éditions précédentes. Il y a des domaines qui reviennent et des nouveaux. Il y a des coopératives, des négociants et des vignerons indépendants de taille modeste. Tous ont droit à un même visuel dont ils peuvent se servir ensuite pour leur propre communication », conclut Thierry Fritsch.

 

 

Munster

« Notre patrimoine agricole est à préserver »

Pratique

Publié le 27/02/2023


Si Munster ne compte qu’un seul agriculteur, ils sont une dizaine à valoriser les chaumes des hauteurs de la commune et les prés de toute la vallée. Il y a également des forêts que la municipalité cherche à préserver pour en tirer le meilleur. « Malheureusement, il y a un problème : ce sont ces dégâts de gibier. Nous faisons tous les ans une réunion avec la commission communale consultative de la chasse (4C) qui permet d’échanger avec les agriculteurs et les chasseurs locaux. Nous avons des clauses particulières comme celle de ne plus pouvoir agrainer dans des lots particuliers. Mais cela donne peu de résultat positif. Chacun reste souvent sur ses positions. C’est un triste constat pour moi car les dégâts sont là et représentent des coûts importants », explique Pierre Dischinger. Sur les chaumes, la situation est parfois dramatique. « Il y a toujours davantage de gibier sur un territoire de plus en plus important. 30 % de la capacité fourragère est perdue à certains endroits car mangée par les cervidés. Il est temps de changer les règles de la chasse. Il faut pouvoir tirer beaucoup plus. La chasse est devenue un loisir, mais en face, ce loisir est coûteux pour celles et ceux qui subissent. Nous constatons toutes et tous que les parcelles agricoles comme les forêts sont un patrimoine en danger qui ne se régénère plus de façon satisfaisante », ajoute Pierre Dischinger. Concernant la gestion de la forêt (1 800 hectares concernés autour de Munster), il s’agace des scieurs qui profitent de la fermeture ces dernières années des différentes scieries.

Dans le même temps, la ville de Munster reste très impliquée dans sa volonté de mettre en avant le monde agricole. « Je suis moi-même issu d’une famille où mon père était boucher-charcutier alors que mon frère a repris la ferme familiale. Il écoule toute sa production laitière de façon autonome. Ses enfants ont repris la partie commerçante. De mon côté, je m’étais occupé de la boucherie. Le bon sens paysan, cela me parle. Désormais maire, je tente au mieux de valoriser cette tradition agricole. La période de la crise sanitaire a été le bon moment pour repenser notre marché, avec les agriculteurs et les commerçants présents. Nous sommes passés de 50 exposants à 75, dont 65 en abonnement à l’année. Il tourne très bien le mardi matin et le samedi matin. Il s’est embelli sur cette place principale de Munster », se félicite Pierre Dischinger. Une dynamique qui profite également à tous les artisans locaux et à la dizaine de restaurants, et qui attire un nombre croissant de touristes. « Le tourisme représente 30 % de l’activité économique de Munster. Et 70 % de cette activité est locale avec le développement des circuits courts. C’est toute l’économie de la vallée de Munster qui en profite », rappelle-t-il.

En tenue marcaire

L’édile est également attaché aux traditions locales. Tous les deux ans, la municipalité s’implique dans l’organisation de la transhumance. Il s’agit de la fête la plus importante de Munster et la plus connue de la vallée avec celle de Muhlbach-sur-Munster. Les associations locales sont également impliquées. « Nous l’organisons tous les deux ans car elle demande beaucoup d’investissement des bénévoles. Tous les élus locaux ont l’obligation de s’habiller en tenue marcaire. À mes yeux, la meilleure image qu’on peut vendre, c’est notre identité. Nous sommes ainsi plus de 200 personnes dans cette tenue l’espace d’une journée. Cette identité est reconnue par les touristes. Nous sommes fiers de cette fête qui est une très belle vitrine du monde agricole », poursuit Pierre Dischinger. Il se dit très attaché au bien-être de ses habitants et à l’environnement. « Munster a appliqué sur ses espaces verts et l’entretien de sa voirie le zéro phyto quatre ans avant que ce ne soit rendu obligatoire. Sur certains espaces, nous favorisons l’écopâturage avec des moutons. Nous veillons à avoir des espaces de biodiversité. Je ne peux qu’inciter les agriculteurs à aller vers la production biologique et à eux-mêmes ne plus utiliser des produits phytosanitaires. Leurs collègues qui sont déjà dans cette démarche produisent peut-être un peu moins mais dans de bonnes conditions. Il faut aujourd’hui que nous allions tous ensemble vers une démarche la plus naturelle possible. »

Cet état d’esprit, il l’applique dans la gestion de la commune. Il affirme que l’endettement de la ville a fortement décru. « Les années Covid nous ont empêchés de faire des investissements mais cela nous a permis de passer cette période plus sereinement. Nous investissons à la hauteur de notre capacité. Pour l’eau, c’est la même chose. Nous avons un réseau de qualité qui permet d’alimenter quatre communes autour de nous. L’eau est à son juste prix à l’échelle communale. Nous sommes les seuls à avoir un service eau et assainissement avec trois personnes. Mais c’est un sujet intercommunal car pour les plus petites communes, cela devient compliqué à gérer. » Concernant les autres dossiers communaux, il affirme agir au quotidien pour que les habitants de Munster et de la vallée aient le plus de plaisir possible à y vivre. « Il est important d’être bien chez soi mais aussi de savoir accueillir. Je pense évidemment aux touristes. Je pense aussi aux personnes en difficulté qui cherchent à s’insérer. À Munster, il y a un centre d’accueil pour les réfugiés de tout bord. Nous devons continuer à être solidaires avec eux », conclut Pierre Dischinger.

Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral)

L’avenir s’écrit en lettres végétales

Vie professionnelle

Publié le 23/02/2023


Est Horticole est depuis le 1er janvier 2017 le nom de la station expérimentale qui regroupe des horticulteurs et des pépiniéristes. Elle assume une double mission : d’une part, la mise en place, le suivi et l’analyse des expérimentations menées sur la parcelle de Roville aux Chênes dans les Vosges. Le suivi et l’harmonisation des expérimentations en Alsace, en Bourgogne et en Franche-Comté, respectivement par les structures régionales Flhoreal, ADHP et Franche Comté Horticole chez les producteurs ou dans les lycées d’autre part. La station qui est une association loi 1901 a été créée en 1989 sous le nom d’Arexhor. Elle a évolué au fil des années pour devenir Arexhor Grand Est puis Astredhor Est. « Nous avons bien travaillé ensemble. Mais nous avons fait le constat que cette structure recentrait un grand nombre de ses activités à Paris. Dans le même temps, nous avons été contactés par Planète Légumes pour développer un travail en commun au niveau du Grand Est en horticulture et en pépinière. Le processus de scission avec Est Horticole est donc en cours. L’idée est d’accompagner le développement de la filière du végétal et de travailler à de nouvelles actions pour rendre encore plus visibles les produits d’excellence de notre filière alsacienne », explique Christian Romain, vice-président de l’Uphoral.

Présent à l’assemblée générale, le président de Planète Légumes, Pierre Lammert s’est félicité de cette orientation. Il a tout d’abord présenté sa structure qui rayonne sur tout le Grand Est avec des sites à Nancy, Châlons, Obernai et Sainte-Croix-en-Plaine. « Notre conseil d’administration a acté la volonté d’accueillir les horticulteurs et les pépiniéristes. Nous allons faire évoluer nos statuts. L’idée est d’avoir à l’avenir une section légumes et une section horticole et pépinière. Ces deux sections seront bien définies et chacune va se gérer sans position dominante. De prochaines rencontres entre professionnels vont nous permettre de mieux nous connaître. Nous avons tout à gagner à travailler ensemble », rappelle Pierre Lammert. Le directeur de Planète Légumes, Fabien Digel, aussi chef du service des filières végétales à la Chambre d’agriculture Alsace complète : « Planète Légumes, ce sont aujourd’hui pas loin de 500 adhérents dans tout le Grand Est et même ailleurs. Nous faisons de l’expérimentation et du suivi technique avec nos douze ingénieurs techniciens. Nous avons un programme de recherche et d’expérimentations sur différents enjeux. L’objectif étant d’améliorer les revenus de nos adhérents par les conseils techniques et économiques. Nous diffusons également des flashs et des guides. Et nous proposons des visites techniques sur le terrain. »

« Le végétal, c’est la vie »

Ce rapprochement semble apporter de l’enthousiasme chez les professionnels qui l’ont approuvé à l’unanimité. Il peut faciliter le développement économique des entreprises horticoles et pépinières dans un contexte de hausse du coût des énergies. « Travailler ensemble peut nous aider à l’avenir et répondre à nos interrogations. Que produire ou comment produire en 2023 et les années à venir ? Et en quelles quantités ? La gamme végétale a beau être très large et la technicité des producteurs au meilleur niveau, il faut reconnaître que l’équation n’est pas simple. La crise sanitaire nous avait déjà demandé de nous adapter. Pour nous, la remise en question n’est donc pas un vain mot. Nous devons continuer à jouer collectif entre les différents acteurs de la filière. L’idée étant de mener une campagne de communication grand public intergénérationnelle et optimiste autour de messages tels qu’aménager son jardin, semer, planter, s’entourer de végétal et offrir des fleurs et des plantes avec à chaque fois la même conclusion : le végétal, c’est la vie. L’objectif étant d’éviter que les consommateurs ne se détournent du végétal alors que celui-ci n’a jamais été aussi attractif voire essentiel, dans le regard de nos concitoyens que depuis la crise sanitaire », souligne Paul-André Keller, président de l’Uphoral.

Les horticulteurs et pépiniéristes sont convaincus qu’il y a une opportunité à traverser les défis de la crise énergétique actuelle en misant sur la diversité du végétal, vital et multifonctionnel. « Nous sommes les producteurs et les forces vives du végétal, et de surcroît en amont de tous les scénarios du cadre de vie. Il conviendra dans les semaines et les mois à venir de communiquer et de changer la perception du végétal comme étant l’élément actif dans nos vies. Mais également d’insister sur la place du végétal, élément essentiel pour l’avenir dans le contexte du réchauffement climatique et du maintien de la biodiversité dans nos communes. Faisons le pari de la résilience des territoires grâce au végétal et aux alliances entre acteurs de la filière, élus et concepteurs afin que le végétal devienne la pièce maîtresse de tout projet de planification urbaine et de renaturation avec une connexion entre urbanisme, paysage, cadre de vie et écologie », ajoute-t-il.

Des arrêtés problématiques

Cette politique portée par l’interprofession Valhor (l’Interprofession française de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage) et la fédération nationale « Verdir » (anciennement FNPHP), doit être portée sur le territoire régional par l’Uphoral. « Aménager durablement avec le végétal comme support, changer le regard sur l’aménagement des communes, doit devenir une réalité et une priorité. Nous devons être force de propositions mais également le moteur d’influence afin d’impulser les recommandations nécessaires auprès des pouvoirs publics, des élus et des décideurs. L’épisode des arrêtés préfectoraux sécheresse d’août 2022 et des restrictions d’arrosage pour bon nombre de communes, pris souvent en dépit de tout bon sens, démontre l’ignorance et l’incohérence de l’administration face aux réalités du terrain. On ne peut pas encourager la végétalisation des espaces afin de favoriser le retour de la nature en ville, vouloir préserver la biodiversité dans nos cités, et interdire l’arrosage nécessaire des plantes sous prétexte de sécheresse ! Le végétal n’est pas et ne doit pas être une variable d’ajustement. Il est au contraire au cœur des solutions », estime Paul-André Keller.

Les solutions existent, rappellent les horticulteurs et les pépiniéristes. Ils évoquent le fleurissement durable, la mise en place de nouvelles variétés et essences qui s’adaptent à l’évolution climatique actuelle. « Adapter les itinéraires de culture, décaler les calendriers de mise en production, isoler et compartimenter les serres, réduire les températures. À chacun sa méthode ou solution dans le court terme. Mais il conviendra de mener la réflexion afin d’engager la mutation vers des énergies renouvelables, trouver des alternatives avec le solaire thermique, le photovoltaïque, la géothermie, le bois ou encore les pompes à chaleur. Ces nouvelles technologies permettront d’accélérer cette nécessaire mutation. La recherche nous aidera mais elle devra être accompagnée dans le cadre d’aides à l’investissement à la hauteur des enjeux. Car oui, l’avenir s’écrit en lettres végétales », conclut Paul-André Keller.

Concours général agricole des vins

Colmar : l’heureuse exception

Vigne

Publié le 21/02/2023


L’ambiance est studieuse dans la Halle aux vins. Les 109 membres du jury sont répartis autour des 31 tables mises en place pour l’occasion. On y retrouve des viticulteurs, des sommeliers, des professionnels du vin, des représentants de l’administration, des étudiants du BTS technico-commercial vins et spiritueux à Rouffach ou encore des membres de la confrérie Saint-Étienne de Kientzheim. « Après ces années difficiles en raison de la crise sanitaire, on sent une certaine effervescence. Les gens sont de retour pour profiter de leur passion et découvrir de beaux produits », se félicite Mélanie Haby, commissaire régionale du concours pour la Direction départementale des territoires (DDT) du Haut-Rhin. Comme chaque année, elle est en charge de l’organisation de l’événement avec la Chambre d'agriculture Alsace et l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava). L’intérêt de la manifestation a fait venir à Colmar Olivier Allemann, commissaire général du Concours général agricole national depuis 2020. « Ce concours est une référence. Je suis heureux de constater que le jury se féminise et rajeunisse. Cette évolution est importante car, certes, il y a un cahier des charges à respecter mais il y a également une évolution des goûts des consommateurs. Nous devons en tenir compte. Nous avons tous besoin de continuer à tirer nos produits vers l’excellence », rappelle Olivier Allemann.

L’année viticole 2022 a été complexe au niveau météorologique. C’est ce qui explique vraisemblablement cette baisse de 5 % des échantillons présentés au niveau national. Mais Colmar fait l’heureuse exception. Une vraie performance aux yeux d’Olivier Allemann. Ce sont en effet 560 échantillons, essentiellement du millésime 2022 mais parfois de celui de 2021 ou même de 2020, qui ont été présentés par 23 maisons. Il y a là 106 rieslings, 82 pinots gris, 81 crémants, 76 gewurztraminers, 65 pinots noirs, 61 pinots blancs, 58 sylvaners, 25 muscats et 6 chasselas. Sachant que 4 klevener d’Heiligenstein seront directement dégustés à Paris. « Cette année, la notation se fait sur 20 comme pour la grille du CGA à Paris avec des demi-points. Nous vous rappelons que nous sommes ici sur une présélection et pas sur des vins à médailler. Ne soyez donc pas trop sévères. Les vins qui ont une note inférieure à 14 ne passeront pas cette présélection. Apportez un commentaire pour chacun des vins. Il faut au maximum 60 % des vins qui peuvent passer ce concours aujourd’hui. Vous devez avant tout éliminer les vins avec des défauts. Ne gâchez pas des potentialités », précise Marie Eber-Nussbaumer, œnologue-conseil à la Chambre d'agriculture Alsace et nouvelle responsable de l’organisation du CGA pour la partie vin. Frédéric Roy étant encore de son côté le coordinateur.

Diversité de produits

S’il ne déguste pas, le président de l’Ava Gilles Ehrhart a tenu à être présent lors de cette matinée. « Depuis mon élection, je n’avais pas encore pu y assister. Et puis, il y a eu la crise sanitaire. L’Ava reste dans ce partenariat avec la Chambre d'agriculture Alsace et l’État. C’est bien de voir cette bonne organisation. Ce concours est important car il est encore local. C’est valorisant. Les produits présentés représentent bien ce qui a été réalisé dans le vignoble », se félicite Gilles Ehrhart. La coordinatrice du BTS technico commercial en vins et spiritueux au lycée de Rouffach, Véronique Sirguey est tout aussi satisfaite. Elle est venue avec 17 étudiants de deuxième année et 10 autres de première année. « Dans un premier temps, Frédéric Roy est venu au sein de l’établissement nous expliquer le concours, son organisation, l’importance des médailles. Dans ce second temps, il y a ce que j’appelle la mise en pratique. La dégustation des vins d’Alsace, où nous pouvons nous rendre compte de la diversité des produits. Je suis également professeure de marketing. Pour nos élèves, il est important de pouvoir expliquer les qualités des vins pour ensuite les valoriser et les vendre. Pour ma part, je cherche de jolies couleurs et des vins bien aromatiques », précise-t-elle.

Président de l’association des étudiants de ce BTS technico-commercial en vins et spiritueux depuis mars 2022, Étienne Heitz est également ravi. « Cette dégustation nous permet de découvrir la diversité des vins d’Alsace. À cette table, nous avons des pinots gris. Ce n’est pas mon cépage de prédilection, mais il y a des choses intéressantes. C’est une belle expérience en tout cas. Nous pourrons témoigner auprès de l’ensemble de nos camarades », témoigne le jeune homme. Plus expérimenté, le directeur de la confrérie Saint-Étienne, Éric Fargeas est sur la même ligne : « À ma table, nous dégustons des pinots noirs. Il y a de belles couleurs, de belles intensités, de belles matières. Nous découvrons des produits qui représentent bien les vins rouges d’Alsace. Cette dégustation est d’autant plus pertinente qu’elle complète les vins que nous avons déjà à l’œnothèque de la confrérie. Le millésime 2022 va donc élargir encore davantage la gamme. C’est valorisant. »

Éleveurs bovins du Haut-Rhin

« Mobilisons-nous pour Habsheim »

Élevage

Publié le 21/07/2022

Le président de l’association des éleveurs bovins du Haut-Rhin, Maxime Springinsfeld en convient : organiser une manifestation d’ampleur à la sortie d’une période où les confinements et les couvre-feux se sont succédé pendant près de deux années n’est pas simple. « Habsheim 2021 était l’une des premières manifestations d’une telle grandeur à être mise en place dans le Haut-Rhin. Il était important de nous relancer. Il nous a fallu du courage et de la motivation. Moralement, cela a été difficile. Comme pour toutes les associations, il a été difficile de mobiliser des bénévoles », observe-t-il. Néanmoins, malgré ce contexte sanitaire et cette difficulté de mobiliser aux temps actuels, il lance un appel à tous les professionnels. « S’il n’y a pas davantage de monde pour nous aider dans le futur, cela va être difficile de continuer et de pérenniser cette manifestation. Nous sommes tous conscients que c’est compliqué partout, pour tout le monde. Habsheim, c’est un gros week-end qui nous demande une forte implication. Les semaines qui précèdent le concours et évidemment pendant ces deux journées. Or, nous sommes de moins en moins nombreux. Il faut donc nous remobiliser », insiste Maxime Springinsfeld.

Car, dans le même temps, Habsheim demeure une belle fête et un concours important. Il y a toujours plus d’animaux inscrits et ces derniers sont de grande qualité. Des animaux de concours présentés par des éleveurs passionnés et fidèles à la manifestation. Le concours se déroule d’ailleurs dans les meilleures conditions. L’organisation est maîtrisée en lien avec la mairie de la commune. Les partenaires financiers au premier rang desquels la Chambre d’agriculture Alsace, la Collectivité européenne d’Alsace, la Région Grand Est et m2A, répondent présents. Chacun sait ce qu’il doit faire. « On a changé notre organisation avec la Chambre. Son personnel a répondu présent avec efficacité. Tout comme Sébastien Stoessel qui a remplacé au pied levé Armand Mathieu pour la présentation des petits veaux avec les enfants. C’est le moment très attendu du week-end. Il va nous rester fidèle en s’impliquant encore davantage. Plus globalement, nous renforçons nos liens avec tous les bénévoles et tous nos partenaires agrico-économiques », se félicite encore le président de l’EBHR.

Les 30 et 31 octobre 2022

Une présence agricole à Habsheim qui a du sens puisque l’engouement populaire est une réalité avec 17 000 visiteurs sur l’ensemble de la foire Simon et Jude le dimanche et 10 000 le lundi. « C’est une manifestation très importante. Il faut maintenant espérer que nous n’aurons plus à gérer le Covid-19 car c’est une situation stressante quand il s’agit d’organiser une manifestation. Mais, je le répète, nous avons besoin de la mobilisation d’un maximum d’éleveurs. Nous vous donnons donc rendez-vous les 30 et 31 octobre 2022 », précise Maxime Springinsfeld. Concernant le résultat financier de l’édition 2021, il est déficitaire d’environ 2 000 €. « Nous demeurons sur un équilibre financier qui reste fragile malgré le soutien financier important de nos partenaires. Nous devons donc faire attention, optimiser nos relations partenaires et chercher de nouvelles pistes de recettes », constate le président de l’EBHR qui a été renouvelé dans ses fonctions pour trois années. Et avec lui, l’ensemble de son conseil d’administration.

Pour 2022, le concours se poursuivra dans la continuité des éditions précédentes avec quelques nouveautés comme, par exemple, un concours interdépartemental pour la génisse holstein entre le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Franche-Comté. Il est également question d’organiser une rencontre entre les maires du Haut-Rhin et les éleveurs. « Auparavant, nous comptons proposer en septembre 2022 une soirée pour les professionnels. Cela nous permettra de nous réunir dans un autre contexte et de favoriser la convivialité entre nous. C’est aussi une source de remobilisation générale », conclut Maxime Springinsfeld.

CER France Alsace

Accompagner en toute proximité

Vie professionnelle

Publié le 22/04/2022

Le président du CER France Alsace Paul Deguille a présidé le 8 avril sa onzième assemblée générale. Le contexte reste particulier avec une crise sanitaire qui s’éternise. Pour autant, le centre de comptabilité, fort de son réseau national, poursuit ses missions avec un résultat comptable de 34 792 €, une trésorerie de 472 185 € et un budget prévisionnel qui prévoit un excédent de plus de 20 000 €. « Malgré le contexte sanitaire, nous avons répondu présents. On a bien travaillé », se félicite Paul Deguille. Le CER France Alsace a en effet proposé de nombreux outils à ses adhérents comme un « kit » d’aide pour passer sereinement cette période, la production de documents de travail, l’ouverture d’un intranet, des mails d’informations, une lettre d’employeur mensuelle. « Nous avons tout fait pour être réactif par rapport à l’actualité. Nous avons voulu poursuivre nos missions, en proximité avec l’ensemble de nos adhérents », confirme la directrice du CER France Alsace, Blandine Coutelas.

Au 31 août 2021, le centre de comptabilité gérait 583 dossiers en Alsace. « Malgré des mouvements d’adhérents, le CER France Alsace observe une hausse du nombre des dossiers. Si le portefeuille agricole baisse de 1,7 %, il augmente pour les artisans et les commerçants de 7,5 %, tout comme pour les professions agricoles de 5,9 %. Des dossiers gérés par les 23 collaborateurs salariés du CER France Alsace qui travaillent en étroite collaboration avec leurs collègues situés en Moselle et dans les Vosges. Un partage des responsabilités entre les trois secteurs qui va s’intensifier. « Nous avons identifié cinq axes de travail majeurs : la convergence des schémas d’actions et d’investissements communs, le déploiement d’offres de services identiques dédiés aux différents marchés agricoles (BIC, BNC, SCI ou encore particuliers), la convergence des pôles « paie et conseil social », la valorisation des données à des fins d’analyses de groupes internes pour les adhérents et externes pour la diffusion à l’échelle du Grand Est ou national via le conseil national, ou encore la mutualisation d’expertises. Sachant que sur l’informatique, un nouvel opérateur réseau et téléphonie, Linkt, a été choisi. »

Une opportunité

Le CER France Alsace a également développé une application, « Ma Gestion By Cerfrance » qui permet de valoriser différentes données à des fins d’analyses de groupes internes pour ses adhérents et externes. Avec cette application, il est possible de bénéficier d’un pilotage de l’activité de l’adhérent qui lui permet ainsi de savoir où il va en termes de résultat financier et de trésorerie. Elle offre un accompagnement personnalisé en agence qui a pour but d’aider à faire les bons choix en termes d’optimisation fiscale. « L’adhérent n’est pas seul pour savoir comment il peut optimiser le fonctionnement de son entreprise libérale. En outre, il s’agit d’un outil collaboratif numérique qui lui permet de communiquer avec nous, que cela soit dans son cabinet ou en mobilité grâce à une appli dédiée », précise Blandine Coutelas. Une aide bienvenue dans un contexte où plusieurs dispositifs vont s’arrêter comme, par exemple, l’examen périodique de sincérité (EPS) remplacé depuis janvier 2021 par l’examen de conformité fiscale (ECF).

 

 

Après avoir renouvelé le conseil d’administration, Paul Deguille a ensuite rappelé la raison d’être du CER France Alsace dans un monde en mouvement : « Nous sommes également là pour inspirer les acteurs de nos territoires. Nous sommes là pour les accompagner, faciliter et développer leurs activités. Nous sommes là pour les aider à anticiper et à décider afin de contribuer à leur réussite. Nous devons anticiper les différentes évolutions comptables et financières. C’est par exemple le cas de la facture électronique. Elle est une opportunité si elle est maîtrisée. Ce changement doit être perçu comme une chance pour nous tous. J’ai confiance en nos structures. » L’obligation pour les entreprises d’émettre la totalité des factures électroniques débutera entre le 1er juillet 2024 et le 1er janvier 2026 selon la taille des entreprises. La signature électronique sera alors de vigueur puisqu’elle est fondée sur un certificat électronique qualifié. Elle permettra donc une lecture par ordinateur et pourra être traitée de manière univoque pour l’échange de données informatisées, répondant aux normes prévues par le code général des impôts. « D’ici là, l’État va mettre en place une plateforme pour émettre, collecter, traiter et conserver vos factures. Nous serons à vos côtés dans cette période transitoire », a conclu Blandine Coutelas.

Chambre d'agriculture

Denis Nass : « Les collectivités sont nos partenaires »

Vie professionnelle

Publié le 08/12/2021

Mieux valoriser les territoires alsaciens en partageant davantage les priorités, tel est l’objectif des partenariats que développe depuis des années la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) avec les collectivités au premier rang desquels on retrouve évidemment l’État, mais également la Collectivité européenne d’Alsace, le Conseil régional du Grand Est, les communautés de communes et les communes. En animant la seconde partie de la session, le vice-président de la CAA, Denis Nass, est revenu sur tous les dossiers d’actualité : la chasse et les dégâts de gibier, l’artificialisation du foncier, les zones de non-traitement (ZNT), l’abattoir de Cernay, les filières, les prix, l’urbanisme et l’aménagement des territoires. « Sur chaque dossier, il faut un dialogue. La Chambre d’agriculture Alsace doit être associée, en amont, aux projets et aux décisions. Je pense par exemple aux mises en place de pistes cyclables riveraines des parcelles. Sur les ZNT, la Chambre est disponible pour faciliter l’apaisement des relations entre les agriculteurs et les citadins. La Chambre est ainsi impliquée depuis des années sur l’évolution des pratiques agricoles », explique Denis Nass.

Concernant l’abattoir de Cernay, les relations étaient déjà excellentes avec le Conseil départemental du Haut-Rhin qui avait facilité son développement après un début d’activité difficile. « Nous confirmons ce soutien. D’autant plus que la CEA est propriétaire de l’abattoir. Elle va investir en 2022 un budget de 2,1 millions d’euros. Un soutien évident qui rentre dans une politique globale de soutien à l’agriculture. En 2021, la CEA a ainsi soutenu votre secteur d’activité à hauteur de 840 000 € », rappelle Étienne Burger, délégué à l’agriculture et à l’alimentation à la CEA. Ce plan de soutien et d’investissement important doit servir à un travail collaboratif. « La place de l’agriculture dans le développement du territoire doit lui permettre de pérenniser son modèle économique. Nous devons continuer, ensemble, à structurer les filières alimentaires à l’échelle du territoire. Pour y parvenir, nous devons maîtriser davantage la fluctuation des prix », ajoute Denis Nass.

Des conventions de partenariat

Directeur général adjoint à la CAA, Emmanuel Molard a évoqué les résultats des dernières enquêtes sur les relations entre les élus, les citoyens et les agriculteurs. « Une première enquête avait été menée dès 2016 avec l’association des maires du Haut-Rhin. Il en ressortait que les maires échangeaient très bien avec leurs agriculteurs et que dans 30 % des cas, un agriculteur était élu au conseil municipal de son village. L’année passée, une autre enquête a été menée auprès du grand public. Les résultats étaient également encourageants. 85 % des Alsaciens enquêtés avaient une vision positive de l’agriculture et 60 % considéraient que les pratiques agricoles avaient évolué positivement. Avec la CEA, une convention existe. Elle encourage aux actions collectives sur le territoire. Par ailleurs, la CAA développe des conventions de partenariat avec les collectivités qui ont comme priorité de protéger les ressources naturelles, de développer des modèles d’agriculture durable et de proximité, et de nouer des bonnes relations avec les habitants », précise Emmanuel Molard. Un exemple concret : les actions menées avec le syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA) avec les compétences sur l’eau.

En outre, la Chambre a adhéré à la Maison du territoire créée par Mulhouse Alsace agglomération (M2A). Elle a également signé avec elle un projet alimentaire et une convention de partenariat est en cours de finalisation avec M2A, la Ville de Mulhouse et le Sivom pour pérenniser ces relations et développer de nouvelles actions. Fabian Jordan, président de M2A n’a pas caché sa satisfaction : « Nous avons beaucoup d’éléments en commun. À savoir : être acteurs et responsables. Mon projet politique est particulier. Il consiste à faire ensemble pour mieux avancer ensemble. La collectivité doit être le facilitateur. C’est dans ce cadre que j’avais créé il y a douze ans la journée citoyenne. Être engagé sur des valeurs communes que l’on porte sur notre territoire. La proximité est donc un facteur de réussite. Nos conventions ont donc du sens. Nous nous verrons régulièrement. Vous serez associés à tous nos projets politiques. »

L’eau est un enjeu

Le président de la FDSEA 68 Pascal Wittmann a toutefois interpellé le président de M2A. « Je suis attaché au développement économique de notre région, mais aussi à la préservation du foncier agricole. On constate que certaines collectivités contournent les textes, notamment sur les PLU et les PLUI pour gonfler leur emprise urbaine. Ces collectivités compromettent les possibilités de développement économique des exploitations agricoles. Nous souhaitons que vous soyez vigilant pour contrer ces dérives. Nous sommes pour le dialogue. Nous voulons être associés en amont sur ces dossiers. »

De son côté, Fabien Metz, président de la commission environnement à la Chambre d’agriculture s’est agacé d’un arrêté préfectoral sur l’usage de l’eau et l’irrigation. « 35 milliards de m3 d’eau sont prélevés dans la nappe phréatique en Alsace. 3 milliards concernent l’irrigation. Je ne comprends pas pourquoi cet arrêté vise spécifiquement l’agriculture pour qui l’accès à l’eau est important. C’est nier la valeur de notre métier. Dans le Bas-Rhin, il y a des projets qu’il va falloir accompagner plutôt que bloquer. Il faut que les efforts de la profession agricole soient reconnus. L’eau est un moyen de production. Elle est aussi un enjeu de la souveraineté alimentaire. »

Un point de vue que partage Danielle Bras, vice-présidente de la CAA. « L’eau est de plus en plus stratégique. La nappe est un atout, une sorte d’assurance récolte. Elle sécurise le rendement, valorise les intrants, permet de mieux produire. Dans le Haut-Rhin, il y a les canaux d’irrigation de la Hardt. Mais ces installations sont vieillissantes avec un entretien minimal. Or, ces installations sont économiquement intéressantes, moins énergivores, plus durables. Il faut donc investir dans la rénovation de ces canaux et les pérenniser. » Pour sa part, Gérard Lorber a une crainte, en tant que président du syndicat des irrigants dans le Bas-Rhin. « Nous faisons des tours d’eau. Il faut donc être associés aux discussions avant que ces arrêtés soient pris. Irriguer, ce n’est pas un plaisir. C’est un travail et cela a un coût. »

« Redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs »

Concernant le dossier de la chasse, Ange Loing a rappelé que les dernières battues concertées n’avaient pas donné les résultats souhaités. « La situation est critique. Il faut, sans délai, des battues administratives partout. Et quand les chasseurs n’ont pas la volonté ou la capacité de réguler, il faut agir. » Enfin, Claude Gretter pour les entrepreneurs agricoles a rappelé l’importance d’une réflexion sur l’aménagement des routes et des entrées de village pour permettre la circulation des engins agricoles.

La réunion s’est terminée avec l’intervention de Laurent Wendlinger, président de la commission agricole au Conseil régional du Grand Est. « Nous voulons continuer de construire avec vous une stratégie agricole pour notre région afin de redonner de la visibilité et de la confiance aux agriculteurs. Nous serons, comme vous, une force de propositions. Nous devons être des acteurs pour récupérer nos parts de marché afin de renouveler notamment les générations sur les exploitations et assurer ainsi leur pérennité ». Le préfet du Haut-Rhin Louis Laugier a conclu en rappelant tout le travail de proximité qu’il effectue avec le monde agricole.

Ferme Richart Schmidlin à Roppentzwiller

Des distributeurs automatiques et pratiques

Pratique

Publié le 19/11/2021

C’est dès 2016 que Denise Schmidlin, éleveuse à Grentzingen, a commencé à travailler avec la famille Richart. Une association qui est devenue officielle en 2018: la ferme Richart Schmidlin. Les deux fermes ont un cheptel d’une centaine de vaches laitières et des génisses, ce qui leur permet de produire du lait, mais également des steaks hachés pour les bêtes à viande. Il y a également un atelier de poules pondeuses et différentes cultures. « On fait pâturer les bêtes le plus possible. Nous essayons de les sortir toutes ensemble en été. Les veaux sont au pré à quatre-cinq semaines même si cela demande de la surveillance. Depuis quatre ans, nous avons également investi dans un séchoir en grange qui nous permet d’optimiser notre travail. Enfin, on est actuellement dans un chantier pour construire une fabrique d’aliments à la ferme. Notre objectif est de nourrir nos poules avec nos propres céréales », explique Denise Schmidlin.

Tout le lait produit part en laiterie, sauf celui qui est vendu dans le distributeur. Ce qui représente environ 500 litres par mois. Il est rempli tous les trois jours en moyenne. « Au départ, nous avions investi dans un distributeur automatique de lait d’occasion. Mais, nous avons constaté qu’il y avait une forte demande alors que nous ne faisions pas de publicité hormis le panneau installé juste devant la ferme. C’est le bouche-à-oreille qui a fait venir la clientèle. On a donc fait le choix d’investir dans ce nouveau distributeur automatique qui est accessible aux gens tous les jours, toute la journée. Nous avons installé un petit auvent, une sorte d’abris qui permet aux clients de venir se servir en toute tranquillité », ajoute Denise Schmidlin.

Moins de travail et autant de chiffre d’affaires

L’installation est simple. Il a fallu mettre en place une arrivée d’eau pour le nettoyage du distributeur, permettre l’arrivée de l’électricité, installer la dalle et donc la couverture. « Il faut relever les températures régulièrement, veiller également au nettoyage et à la désinfection de l’outil. Tout est ensuite automatisé. Les gens paient 8 € de caution pour avoir la clé d’utilisation. Ils l’utilisent et la porte s’ouvre. Ils mettent leur bocal dedans pour le remplir de lait. Une fois que c’est effectué, ils le retirent, ferment et repartent », insiste l’éleveuse. La réglementation précise que pour être en règle, le propriétaire (l’agriculteur donc) doit avoir effectué une formation sur les bonnes pratiques d’hygiène. Une formation de 7 heures qui est accessible aux salariés, aux non salariés et aux exploitants agricoles. « Un distributeur automatique propose des denrées alimentaires et animales. Il y a donc des règles d’hygiènes à respecter scrupuleusement. Des contrôles sont effectués. Il faut également savoir qu’un distributeur est considéré comme un point de vente. Il peut être installé sur un terrain privé ou terrain public, mais pas à plus de 80 kilomètres de son siège. En cas de problème, il faut au minimum un numéro de téléphone en évidence pour alerter », prévient Angélique Lambert en charge du dossier à la Chambre d’agriculture Alsace.

À Roppentzwiller, le distributeur automatique a la capacité de fournir 200 litres de lait. « Pour des raisons pratiques, nous le remplissons à hauteur de 100 à 120 litres. C’est pratique et cela demande bien moins de travail qu’auparavant. Comme pour les distributeurs d’œufs et de viande. On voulait remplacer la personne qui ouvrait auparavant le magasin et qui lui consacrait beaucoup de temps. Nous avons constaté que ce nouveau système de vente ne changeait rien à notre chiffre d’affaires, mais que c’était beaucoup plus pratique. Pendant le confinement, nous avons réalisé énormément de ventes. Là, c’est revenu à la moyenne habituelle », note Denise Schmidlin.

Simplicité d’utilisation

C’est précisément dans l’ancien magasin de vente qu’ont été installés les deux autres distributeurs automatiques consacrés aux œufs, à la viande, mais également à d’autres produits comme des yaourts, du miel, des asperges, des lentilles, des jus de pommes ou encore des jus de raisin. « Une partie est réfrigérée, une autre est à température ambiante et la dernière partie est congelée. L’installation a été conçue par la SARL Filbing Distribution qui s’est spécialisée dans la réalisation et la pose de distributeurs de casiers de produits fermiers. « L’installation est très pratique. Nous pouvons mettre nos produits en valeur. On choisit la taille des casiers. C’est simple d’utilisation. Le paiement est rapide. Celui à la carte bancaire est à privilégier. Ici, il n’y a pas de buée comme sur d’autres appareils. Cette difficulté provient parfois de l’aération et/ou du local », observe Angélique Lambert.

Elle invite les professionnels intéressés à s’informer au préalable. Il faut faire une étude de marché pour savoir ce dont on a besoin notamment. Il faut visiter d’autres sites, s’informer. « Il est également important de vérifier les étiquetages, d’afficher les allergènes et surtout de veiller à la climatisation des lieux. Ici, tout est parfaitement suivi. Dans chaque casier, il y a un numéro de suivi », poursuit Angélique Lambert. Dans ce local que les exploitants ont appelé « Le Ladalé », on trouve les œufs bio et la viande bovine de la ferme, mais également les yaourts, miel, farines bio, jus et pains de professionnels associés et/ou partenaires. Il est possible d’en acheter tous les jours en libre-service. Les exploitants sont eux présents le samedi matin.

 

 

 

 

Ferme Hierahof à Lenzkirch

Des bovins appréciés dans leur territoire

Élevage

Publié le 09/10/2021

Classée monument historique (elle date de plus de 200 années), la ferme a été reprise en 1996 par Karola et Mathias Brugger. Aujourd’hui, le couple a un cheptel de 40 vaches laitières de race Vorderwälder, a 90 hectares de forêts et une trentaine d’hectares de prairies. « Nous avons fait le choix de les faire exclusivement pâturer et de sécher notre foin que nous leur apportons ensuite comme nourriture. Tous les aliments produits ici sont pour nos vaches. On a choisi, il y a 25 ans, de coopérer avec une deuxième ferme qui commercialise le lait et une petite troisième exploitation. Nous partageons notre matériel pour réduire les coûts et nous commercialisons, dans le secteur, nos animaux », explique Mathias Brugger.

L’exploitation est en bio. Elle est située à environ 1 000 mètres d’altitude avec un climat qui a évolué ces dernières années. La sécheresse estivale se répète de plus en plus souvent. « Nous devons nous adapter. C’est aussi pour cela que nous avons choisi cette race qui est particulièrement pertinente pour ce climat ici », dit Mathias.

 

 

Évoluer dans son travail

Cette race, originaire de la Forêt-Noire est l’ancêtre des races Hinterwälder et Vorderwälder. Elle est reconnue depuis les années 1850. Elle a été massivement réintroduite dans les années 1960 pour augmenter le rendement laitier. Elle a une robe rouge avec sa tête légèrement blanche tout comme ses pattes. « Elle nous donne une moyenne de 5 000 à 6 000 kg de lait avec environ 4 % de matière grasse et 3,7 % de protéines. Nous en fabriquons du fromage. Et, surtout, nous l’utilisons pour nos prairies. Elle exploite très bien ce milieu », ajoute Mathias Brugger.

Pour autant, face à l’évolution climatique, l’éleveur compte s’adapter en faisant évoluer son travail. « Nous allons augmenter notre capacité de stockage de notre fourrage et ajuster la densité de peuplement de notre cheptel pour le pâturage. À l’étable, nous allons augmenter les zones d’ombre fournies par les plantes ligneuses dans le pâturage », conclut l’éleveur.

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