Gilles Ehrhart, vous êtes le nouveau président de l’Ava. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?
Gilles Ehrhart : « J’ai tout d’abord la particularité d’être coopérateur au sein de deux caves, chez Bestheim et chez Wolfberger. C’est mon histoire familiale. Mon grand-père était chez Bestheim. Mon père chez Wolfberger. Ils étaient chacun impliqués dans les deux structures. Il y a donc deux domaines. Les deux entités ont toujours vécu séparément. J’en ai repris une première en 2012 à la retraite de mon père. Puis la seconde. En tout, la surface de travail est de 13,80 hectares. Je travaille avec mon épouse, Muriel, des saisonniers, et des entreprises de prestations. Syndicalement, mon engagement date de l’époque où j’ai suivi chez les Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin de nombreux amis, à commencer par David Herrscher. J’ai alors intégré le canton viticole des JA. Un an plus tard, je suis devenu secrétaire général puis président après Hubert Fleischer. J’ai occupé cette responsabilité jusqu’à mes 37 ans. J’ai également été président des Jeunes agriculteurs d’Alsace. Toujours chez les JA, j’ai pu intégrer le conseil d’administration de l’Ava. J’ai également intégré d’autres structures comme la Safer et la Chambre d’agriculture. Ma motivation et ma volonté ont toujours été d’apporter ma pierre à l’édifice. Et bien évidemment de défendre la profession viticole sur l’ensemble des dossiers. J’ai toujours cherché à aller de l’avant, à apporter des idées. Le métier est difficile, mais intéressant. Il faut qu’il soit rentable et qu’il permette le renouvellement des générations. Il faut donc que nos entreprises soient attractives. Aujourd’hui, comme hier et comme demain. »
Vous avez un vécu à l’Ava. Vous ne découvrez donc pas l’association et son fonctionnement…
« Oui, même si l’Association des viticulteurs d’Alsace est en constante évolution, comme notre métier, j’ai 44 ans et une certaine expérience syndicale. J’étais pendant trois ans secrétaire général adjoint, puis, trois autres années, secrétaire général du président Jérôme Bauer. Alors, oui, je ne découvre pas le milieu. J’ai évidemment réfléchi avant de postuler à la présidence. Mais j’ai été et je demeure dans l’action. Quand je souhaite quelque chose, je m’en donne les moyens. Mon parcours chez les Jeunes agriculteurs a été instructif et formateur. Là, on est chez les aînés. On porte une parole. Notre responsabilité est encore plus importante. L’Ava défend les appellations alsaciennes qui sont multiples et différentes. Et dans un schéma sur des vins de cépage, de terroir. Un système qui doit se fondre dans l’organisation viticole du pays et composer avec l’Institut national des appellations d’origines (Inao). D’où cette nécessité de reconnaissance particulière propre à l’Alsace. L’Ava est et reste un syndicat de défense de l’ensemble de la production, l’ensemble des familles professionnelles et l’ensemble des producteurs. »
Comment comptez-vous travailler ? Et avec qui ?
« Mon objectif demeure dans la lignée de l’équipe de Jérôme Bauer. Mon secrétaire général et mon secrétaire général adjoint sont les deux présidents des familles de la coopération et du Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace, à savoir Pierre-Olivier Baffrey et Francis Backert qui, dans un premier temps, sera représenté par Hubert Fleischer. Nous avons la volonté de travailler ensemble. Mon objectif sera d’inciter au débat et au dialogue puis d’arriver au consensus sur tous les dossiers. Nous devons réussir pour avoir une production forte et unie. Surtout dans le temps présent avec cette crise sanitaire qui nous a mis un coup alors qu’on sentait les premiers frémissements d’une reprise des ventes grâce au travail important effectué sur la qualité des vins, le cahier des charges, la lisibilité. Dès que ça ira mieux, ce travail se poursuivra en lien avec les équipes de l’Ava et du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Avec Serge Fleischer, nous allons poursuivre cette collaboration car nous sommes dans la même équipe des vins d’Alsace. Nous devons tous aller dans le même sens. »
Des professionnels se sont exprimés ces derniers mois sur les réseaux sociaux notamment. Vous les suivez ?
« Je ne suis pas très présent sur les réseaux sociaux. J’estime que notre système de fonctionnement pyramidal à l’Ava est très démocratique. Je viens de la base. J’ai été élu chez les jeunes et ensuite dans mon syndicat viticole quand je me suis présenté. À chaque fois, j’ai pu exprimer mes idées. Quand on veut bosser et faire avancer le débat, on peut le faire à l’Ava. Il y a de la place pour tout le monde. C’est dans nos instances que nous devons nourrir les débats, s’écouter, avancer, s’entendre, avoir une synergie positive, aller dans le même sens, celui de l’intérêt général. Nous avons un vaste chantier devant nous. Il faut vendre davantage nos vins et crémants et surtout les vendre plus cher. Ce débat nécessite du travail en commun sur le cahier des charges, sur la lisibilité de notre offre. Un client doit savoir ce qu’est le vin d’Alsace. Les travaux d’Alsace 2030 se poursuivent également. On est désormais dans la finalisation du rendu. Ensuite, il faudra en débattre et prendre des décisions. Il y aura également d’autres dossiers comme, par exemple, celui de la hiérarchisation et celui de la réforme de nos cahiers des charges. Concernant les rendements, la discussion a été difficile l’an passé. Cette année également. Les discussions ont été nombreuses et nourries. Mais nous avons trouvé un consensus au sein du conseil d’administration de l’Ava. Par ailleurs, le Civa a travaillé sur un outil pour nous permettre à l’avenir de mieux analyser et expertiser ce que nous produisons et ce que nous vendons. À l’avenir, cet outil sera une aide à la prise de décision. Mais ce sont nous les professionnels qui déciderons. Les rendements doivent être générateurs de valeur. Nous sommes sur un marché global. Il y a de la place pour tout le monde. Nous sommes une appellation collective. Elle se gère donc collectivement. »
Vous répétez à l’envi le terme « collectif »…
« Oui car c’est le collectif qui nous fera tous avancer. Le débat est nécessaire. Mais il nous faut aussi arbitrer les dossiers en trouvant le meilleur accord satisfaisant toutes les parties. Nous devons relancer les ventes de vins d’Alsace. L’objectif est d’arriver rapidement à vendre à nouveau un million d’hectolitres. Avec ce niveau de production, tout le monde pourra vendre et dégager un revenu satisfaisant. Il y aura des nouveaux schémas de travail à créer pour la sécurisation des récoltes. Nous devons trouver un outil pour lisser la production pour qu’elle colle au plus proche de la commercialisation tout en se laissant une marge suffisante pour conquérir de nouveaux clients. L’objectif est clair : il faut développer la valorisation de nos vins. Il faut pouvoir réguler et vendre mieux et davantage. Il faut y parvenir tout en nous inscrivant dans la transition écologique et énergétique qui est face à nous. »
Au moment où nous échangeons, la situation sanitaire du vignoble est très compliquée.
« Cette situation suit une année déjà compliquée au niveau psychologique avec ce confinement et ce Covid-19 qui nous ont empêchés de vendre sereinement notre production. Nous nous sommes tous battus pour tenir les ventes. Puis il y a eu ce gel exceptionnel et tardif au printemps. L’Alsace a été relativement épargnée. Mais à titre individuel, je sais que certains terroirs, certains cépages ont été plus fortement touchés. Et, depuis plusieurs semaines, la pluie est présente. Il y a eu plus de 230 mm à Wettolsheim depuis un mois. Avec des pluviométries très importantes à partir du 15 juin, le mildiou s’est développé avec une pression incroyable sur toute l’Alsace. Et tout particulièrement dans le Haut-Rhin. Nous n’avons jamais connu une telle situation. Pour certains vignerons, c’est catastrophique. La famille des pinots est très touchée, mais aussi d’autres cépages. Les dégâts peuvent aller jusqu’à 100 % sur certaines parcelles. Par secteur, il y a également de l’oïdium qui vient de s’installer. Même si le soleil est revenu, les raisins malades auront disparu. Le rendement à la vigne va donc être impacté. C’est une évidence. La récolte sera beaucoup plus faible que ce qui a été annoncé à l’assemblée générale de l’Ava. Nous sommes un syndicat de défense et de gestion. Nous avons entamé les démarches administratives pour voir ce qu’il est possible de faire avec les services de l’État et tous les organismes gravitant autour de la viticulture. Nous allons donc échanger avec eux pour voir ce qui peut être fait ou aménagé. »