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Anne Frintz

Anne Frintz est journaliste à l'Est Agricole et Viticole

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« Hors circuit »

Comment être visible dans les vallées ?

Vigne

Publié le 27/07/2023

Hédonisme ! Le vin est un plaisir. Les domaines Schoenheitz à Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster, et Vogt à Wolxheim, dans la Couronne d’or, le savent d’autant plus que leurs vignerons sont eux-mêmes de joyeux épicuriens. Ils partagent encore d’autres spécificités, comme celle d’élaborer des vins « déroutants », dixit Jérôme Mendelin, du domaine Schoenheitz… dans tous les sens du terme ! « Nous sortons des sentiers battus. Nous sommes sur des terroirs particuliers, en dehors de la Route des vins », explique-t-il. Le jeune homme de 37 ans, qui vient de reprendre le domaine Schoenheitz, mise sur ses rouges singuliers pour développer l’activité et salue au passage ceux de la Couronne d’or, dont les grappes mûrissent sur des sols calcaires. Il reste fidèle aux actions mises en place par l’équipe de sa prédécesseure, Dominique Schoenheitz, pour assurer sa visibilité. Tout au long de l’année, deux salariés, dont un sommelier ayant officié à Boston, accueillent les touristes au caveau, parce que c’est plus confortable… et que l’expérience est totale !

« Le modèle économique de Dominique est bon, son offre œnotouristique aussi. Elle est pertinente. Autant capitaliser dessus ! Nous sommes sur la Route des fromages, dans la vallée de Munster. On joue local. Nous mettons en avant les producteurs et artisans, mais aussi les restaurateurs locaux, pour des accords mets-vins originaux, une expérience du terroir authentique », cadre Jérôme Mendelin, qui précise qu’il produit de 80 000 à 90 000 bouteilles par an. En plus des classiques dégustations et des cinq accords mets/vins au caveau, l’été, le domaine ouvre ses vignes aux touristes (beaucoup de sportifs, vers Munster) pour des balades en autonomie ou guidées, de quoi les mettre en soif et en appétit, pour des apéros vins et fromages de la vallée. Il organise aussi un Apéro gourmand, en lien avec le syndicat des Vignerons indépendants d’Alsace (Synvira). Cette année, il a eu lieu le 30 juin, en partenariat avec le restaurant coréen Jalmogoyo de Mulhouse : un régal de goûts pimentés, au piquant cassé par la sucrosité et les épices d’un gewurztraminer, notamment. « Le goût, c’est notre cœur de métier », atteste Jérôme Mendelin.

Depuis plus de quatorze ans en effet, la formule fait recette pour le domaine Schoenheitz, qui profite aussi d’avoir très peu de concurrents dans la vallée. Le vigneron admet que les clients viennent facilement sur place. D’autant plus que les restaurateurs alentour ont les vins Schoenheitz à la carte. S’il profite de ses belles terrasses, au cœur d’un somptueux paysage touristique, il n’empêche que le domaine sort aussi de son périmètre. « Tout le monde fait travailler tout le monde dans la vallée », rappelle Jérôme Mendelin. Il est donc présent aux pots d’accueil hebdomadaires de l’office du tourisme de la Vallée de Munster, aux dégustations des partenaires comme chez un fermier de la vallée ou un gîteur. Ainsi qu’aux dégustations organisées par les diViNes d’Alsace, dont Aude Olive, chargée de la communication du domaine, est membre, qui se conjuguent souvent en musique ou en conférences. Les 2 et 3 septembre, à la Maison du fromage à Gunsbach, le Festi’Val Saint-Grégoire sera encore une occasion de savourer les vins du domaine Schoenheitz. « L’objectif est de célébrer les 70 ans de la Route des Vins et les 55 ans de la Route du fromage, en reliant ces deux routes par un événement festif qui regroupe les principaux acteurs de la vallée, dont aussi la Cave de Turckheim », détaille Aude Olive, sans révéler le programme. Plus d’informations à venir, sur le site du domaine et les réseaux sociaux qu’elle anime. Mais pas de salon ni non plus de Foire aux vins pour ce domaine, qui participe à quelques marchés de Noël ici et… en Provence.

Tisser des liens

Le domaine Laurent Vogt est aussi absent des salons. « À l’ancienne », c’est ainsi qu’on pourrait qualifier la communication et la commercialisation du domaine situé à Wolxheim, dans la Couronne d’or, près de Strasbourg. Elles sont classiques… et efficaces. Bouche-à-oreille, visites de caves et des vignes à la demande, dégustations toute l’année au caveau, participation à des manifestations festives et commerciales, avec l’association du vignoble La Couronne d’or ou le Synvira, dont le marché de Noël à Strasbourg ou le fameux Pique-nique chez le vigneron à la Pentecôte. Un site internet, une page Facebook et un compte Instagram permettent de retrouver les informations pratiques rapidement sur la toile et d’y avoir une visibilité, mais ce ne sont pas les moyens de communication les plus plébiscités par Sylvie et Thomas Vogt, le fils de Laurent, qui a repris l’exploitation en 1998. « Les clients sont nos commerciaux. Ce sont les meilleurs influenceurs ! C’est comme en restauration : l’un goûte, aime, le dit à un autre ou lui fait goûter, et c’est l’effet boule de neige », résume Sylvie Vogt. Les époux, qui seront bientôt rejoints par leur fille Laura, 19 ans, ne comptent pas sur les touristes pour vendre leurs quilles : quasiment que sur les locaux.

La majorité des bouteilles Vogt sont vendues au caveau. Des restaurants, des cavistes, La Nouvelle Douane et le Comptoir des vignerons alsaciens à Strasbourg, permettent d’écouler ailleurs, plus loin et d’être vu. « Nous n’avons pas une stratégie de communication établie. Il faut être présent à un maximum de petits rendez-vous, parce que les hasards de la vie sont souvent heureux. Dès que je peux, je participe à des événements. Le premier week-end de juin, nous étions au Banquet de Bacchus à Marlenheim, par exemple. Ce n’était pas prévu mais on a encore passé un super week-end ! », s’exclame Sylvie Vogt. Seuls incontournables : la Fête des vendanges, à Strasbourg, avec les 19 vignerons de La Couronne d’Or, le marché de Noël où elle ne fait déguster que ses vins, même si l’association est aux manettes, et le Pique-nique… qui cartonne ! C’est devenu une institution chez les Vogt. Barbecues géants, bancs sous tonnelles, sept verres à la dégustation offerts : 500 personnes ont festoyé dans cette cour de Wolxheim en 2023, sur deux jours. « C’est détendu, on s’amuse, on rit, on découvre de véritables pros des grillades. On voit nos clients sous un jour nouveau et on attire des jeunes. Un groupe âgé de 22 ou 23 ans a été une belle surprise cette année », confie la patronne, prompte à tisser des liens. Chaque client est important et il ne faut pas chercher un retour sur investissement immédiat, selon elle.

En bio sur leurs 18 ha depuis 2013, et en biodynamie sur les vins à partir du millésime 2020, les vignerons ont aussi un vin naturel de la marque commune de l’association La Couronne d’or : Argentoratum. Initiative unique en Alsace. Sylvie ne calcule pas ce que chaque manifestation ou chaque action rapporte. « On aime être ensemble, avec les membres de l’association. On a le plaisir de créer. C’est la somme de toutes ces participations, de notre présence à plein de petits événements qui fait notre communication, pas un seul gros coup de com’. Mais c’est sur recommandation que les bouteilles se vendent le plus. Sur le terrain, on entretient les relations avec les clients qu’on recroise, on en rencontre d’autres qui ne nous connaissaient pas encore, qui avaient juste goûté notre vin certes, mais rien ne vaut le bouche-à-oreille », insiste Sylvie, rejointe par son époux Thomas. Ils sont dix metteurs en marché sur 900 habitants à Wolxheim, et plus qu’à Marlenheim et Molsheim. Trois d’entre eux organisent le Pique-nique chez le Vigneron. « Il faut faire selon ses affinités avec chaque moyen de communication », conseille Sylvie Vogt. Ils n’envient rien aux vignerons a priori mieux placés.

 

 

 

 

 

Jeunes Agriculteurs canton de Hochfelden

Une ferme ouverte sur l’avenir

Pratique

Publié le 19/07/2023


« Notre ferme est connectée, automatisée. Le bâtiment d’élevage, très ouvert, date de 2017 et est un des plus récents construit alentour. Nos 70 prim’holstein vont au pré attenant l’étable, et sont en traite robotisée (Lely). Nous valorisons leur production en lait de pâturage, vendu à Alsace Lait depuis 2022. Outre le bien-être animal et l’économie de fourrages, ce système en pâturage tournant dynamique d’ailleurs (un paddock par jour), nous garantit donc une plus-value sur le lait », résume Laura Winckel, 25 ans, qui travaille à la ferme familiale depuis trois ans, après des études en Angleterre notamment. L’EARL des Cigognes-Winckel à Hochfelden, allie tradition et modernité pour une agriculture rentable sur 118 ha de SAU, dont 50 de prairies. L’exploitation était donc toute trouvée pour accueillir les quelque 700 personnes attendues à l’opération Fermes ouvertes sur le canton de Hochfelden, dimanche 30 juillet. Laura Winckel vient en plus tout juste, d’être élue présidente des JA du canton de Hochfelden. Cette porte ouverte syndicale est donc son baptême du feu ; un défi qu’elle relève avec enthousiasme, épaulée par ses parents Carole et Luc, et Aubin, leur apprenti.

Effet bœuf

Dimanche prochain, Thomas Mauger, qui assure le conseil pâturage pour Alsace Lait et travaille pour PâtureSens, sera aussi sur place. Il présentera aux curieux la minéralisation liquide, c’est-à-dire l’apport de minéraux via l’eau de boisson des vaches. Les Winckel démarrent cette expérience. « Nous ne sommes que deux en Alsace à tester cette nouveauté dans les abreuvoirs à l’extérieur : Jonathan Karcher à Mietesheim et nous », précise Laura, pour les plus passionnés d’élevage. Et pour les amateurs de bonne chère, la présidente des JA du canton de Hochfelden se doit de citer le retour, comme à chaque ferme ouverte du secteur, du bœuf à la broche, préparé par un ancien JA qui n’est pas près de rendre son tablier s’il continue de répondre aux sollicitudes des gourmands. Pour l’édition 2022, plus de 650 repas avaient été servis. Cette année, tout autant de visiteurs sont attendus. « C’est toujours un succès », dit Laura Winckel, au sujet des Fermes ouvertes du canton.

Générosité

Les trente JA du canton de Hochfelden, « surtout des 15-25 ans », sont d’ailleurs forts de tous leurs récents succès : une collecte pour l’Ukraine le 10 mars 2022, dans les fermes, pour permettre le dépôt de vêtements, de nourriture, d’éléments de puériculture, de jeux pour enfants, et organiser le transport pour le pays en guerre. Le total récolté a rempli une semi-remorque et le surplus des affaires a été déposé directement dans des centres d’accueil en Alsace. Le 31 juillet 2022, le concours de labour à Wickersheim, avec la mise en avant de l’unité de méthanisation agricole du Gaec de la Source, a été une bonne répétition pour la porte ouverte de cette année. Et le 11 mars 2023, les JA ont innové : une Frühlingsfest a remplacé le traditionnel Bürebal. Toutes les places ont été vendues en prévente, pour se défouler aux sons des DJ Alex Pfiff d’Alsace et Bomba d’Autriche. « On a attiré un public d’adolescents. D’habitude, c’étaient leurs parents et grands-parents », précise Laura. Les JA du canton de Hochfelden pensent à tous. Dimanche prochain, les familles seront les plus nombreuses… et ils l’espèrent aussi, les laboureurs ! À l’heure où nous mettons sous presse, peu d’inscrits. Mais les listes sont ouvertes jusqu’à dimanche matin. L’an passé, ils étaient sept sur la ligne de départ.

 

 

Arboriculture et petits fruits

Les fruits rouges, abricots et pêches ont profité du climat

Cultures

Publié le 19/07/2023


« On finit la récolte des cerises en Alsace. Les dernières devraient être ramassées ce 14 juillet à Westhoffen, la capitale de la cerise. Le bilan est bon. Qualitativement, c’est très bon. Le marché en plus est ouvert pour l’Alsace, suite aux aléas climatiques qu’ont subi les productions du Sud et aux dégâts de mouches sur les cultures du Val-de-Loire. Si en volume, on n’est pas à l’optimum (mais à 60 % de l’optimum), les cerises ont un beau calibre et puisqu’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de pertes : ni à la récolte, ni au stockage, ni à la vente. C’est une très bonne année en cerises. La valorisation est bonne. Les prix sont supérieurs à la normale de 2,80 à 3,20 €/kg d’habitude, on passe cette année à de 4,20 à 4,60 €/kg. Les producteurs sont satisfaits », résume Philippe Jacques, conseiller en arboriculture, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA).

Du propre

Abricots et pêches aiment le soleil et le sec. Les conditions climatiques sont donc très bonnes cet été pour ces deux cultures. Mais si en pêches, les quantités de fruits vont au-delà de l’optimum, en abricots - dont la récolte est en cours depuis déjà trois semaines -, les rendements sont en dessous des espoirs. La récolte d’abricots sera belle tout de même, précise Philippe Jacques. « Les clients les attendent, après quatre ans sans abricots d’Alsace. Les prix sont là, ils sont bons », assure le conseiller. Que demandent les producteurs ? De la pluie maintenant, pardi ! Car en prunes, mirabelles, quetsches, pommes et poires, « cela pourrait devenir tendu », lâche Philippe Jacques. Chaque semaine qui passe sans pluie, « on peut perdre du calibre », rappelle le spécialiste. La prise de calibre généralement, stagne sans eau, d’autant plus avec des températures à 34 °C en journée et à 20 °C la nuit. « L’arbre ne respire plus dans ce cas », constate Philippe Jacques. « Jusqu’ici c’était parfait », a-t-il dit au début de la semaine. Pour l’instant, les fruits n’ont pas perdu de calibre. Ce sont 30 mm de pluie qu’il faut régulièrement, et non quelques gouttes, ajoute le conseiller. Les vergers irrigués se portent donc bien, mais il y en a peu en Alsace. Le conseiller espère donc que le ciel sera toujours clément dans les semaines à venir. Il observe encore dans les vergers : « On est chargé et propre. »

Jolis petits fruits

La récolte de myrtilles a commencé avec une semaine d’avance par rapport à la normale, mi-juin. Marie-Laure Schnell, productrice à Stotzheim, note un début timide, puis une accélération de la maturité avec les fortes chaleurs. Début juillet, c’était le cœur de la saison. Les variétés les plus tardives seront récoltées début août. Mais comme l’an passé aux mêmes dates, l’agricultrice attend la pluie. Sinon les fruits attraperont quelques « coups de soleil ». Aujourd’hui, « la qualité est là, les quantités sont stables, les prix se maintiennent », énumère Marie-Laure. Ils risquent de chuter dès que la myrtille allemande arrivera sur le marché, prévient-elle. La drosophile n’est pas présente. Et si la crainte des pucerons était réelle au printemps, aujourd’hui elle est écartée. Le printemps froid et pluvieux avait par ailleurs engendré un retard de floraison, bien vite rattrapé, pointe-t-elle. Mêmes constats en framboises du côté de Nathan Gsell à Ammerschwihr. La récolte démarrée début juin et qui s’achèvera début août, est « belle ». Les volumes sont beaux, les framboises plaisent aux clients (qui achètent en direct chez Nathan), elles arrivent à maturité dans les temps, partage-t-il. « Les auxiliaires ont joué leur rôle de régulateur des pucerons au printemps », détaille Nathan Gsell. Très peu de maladies en petits fruits cette année : c’est toujours bon de le répéter. Mais toujours un manque d’eau !

Verexal

Un bilan financier positif en 2022

Vie professionnelle

Publié le 09/07/2023


L’assemblée générale du Verexal a débuté, mercredi 29 juin, par le rapport moral du président Pierre Barth et quelques nouvelles fraîches des productions fruitières arboricoles. 2023 sera a priori, une bonne année en fruits. L’Alsace a été épargnée par le gel : il n’y a pas eu de dégâts significatifs. Les six dernières semaines sans pluie, ou les quelques gouttes, sont source d’une inquiétude naissante aujourd’hui tout de même, mais surtout de réflexions sur l’irrigation, qui n’avait alors cours que dans le Haut-Rhin. Malgré son coût élevé, l’irrigation sera sûrement envisagée de plus en plus pour sécuriser les rendements en fruits, comme dans d’autres productions. Le bilan positif de 2022 est en partie lié aux calamités agricoles, à cause des épisodes de gel en 2021 et 2022, admet le président. Mais l’engagement sans faille d’Hervé Bentz, chargé d’expérimentation et responsable de la station, et la fin de la construction du nouveau bâtiment du Verexal, grâce entre autres, aux financements de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et de la Région Grand Est, sont aussi une source de bien-être financier. Le Verexal manque de main-d’œuvre, a aussi souligné Pierre Barth, devançant le dévoilement des préconisations de l’audit du Verexal, et ajoutant qu’il est souhaitable que le Verexal se recentre sur son rôle d’expérimentateur. La visibilité de la station est aussi à travailler selon lui, et surtout du magasin de vente directe : « un gros souffle » pour la trésorerie, puisque le Verexal grâce à cela, s’autofinance à plus de 60 %.

Pierre Barth a résumé la situation de l’arboriculture française en général : si pour les fruits à noyau, c’est toujours aléatoire, dans l’ensemble, le marché fruitier arboricole est porteur depuis trois à quatre années, surtout en pommes, d’où notamment les investissements sur la Natti, la pomme d’Alsace. Le changement climatique entraîne des épisodes de gel de plus en plus fréquents, notamment en Alsace, qui est éloignée des gros bassins de production français. « Il faut maintenir les essais ici », a donc conclu Pierre Barth. Avant de passer la parole à Hervé Bentz, il a insisté sur la nécessité d’expérimenter encore les produits de biocontrôle.

Des subventions stables

Hervé Bentz a pointé un déficit passé permettant encore au Verexal d’échapper à l’impôt sur les sociétés. Les comptes de résultat de 2022 affichent environ 638 000 euros de dépenses, et un peu plus de 652 000 euros de recettes. Le résultat se chiffre donc à 13 850 euros environ. La main-d’œuvre représente la dépense la plus élevée. La commission pour la carte bancaire est chère, mais le gain de temps et la praticité du paiement par CB valent le sacrifice. Les ventes de fruits et marchandises représentent deux tiers environ des rentrées d’argent du Verexal. Le tiers restant est composé de subventions, dont celle de la CAA s’élevant à 45 000 euros, un montant inchangé, et que Denis Ramspacher, le vice-président de la CAA, s’engage à défendre à l’avenir. Si l’aide de la Région Grand Est est quelque peu moindre en 2022 par rapport à 2021 (on est en dessous des 100 000 euros), Patrick Bastian, qui siège à nouveau à la collectivité, a promis de sensibiliser ses pairs. Les subventions de FranceAgriMer sont de plus en plus difficiles à obtenir, a pointé Hervé Bentz, puisque le ministère souhaite qu’une bibliographie internationale scientifique justifie les recherches de terrain des stations françaises. Or, sur la quetsche d’Alsace par exemple, aucune bibliographie n’existe. De facto, le financement FranceAgriMer est inenvisageable pour les expérimentations sur cette production. Le conseil d’administration a été renouvelé à l’unanimité ; tous ont été candidats à leur réélection.

Restructuration des expérimentations

Fabien Digel, représentant la CAA à l’AG et directeur de Planète Légumes (la station d’expérimentation en cultures légumières) a ensuite présenté les conclusions de l’audit du Verexal, réalisé par Pierre Gaillard, ex-directeur de la station d’expérimentation du Sud-Ouest. Les statuts de l’association seront à modifier puisqu’ils datent de la création de la station, en 1980. Aussi, si l’adhésion des arboriculteurs n’est pas directe et qu’elle passe par la CAA, une ligne mentionnant le coût de l’adhésion au Verexal sur la facture, serait bienvenue. En effet, le conseil de la CAA est lié au Verexal, « support de service technique ». L’accent devra être remis sur les expérimentations, avec la création de trois pôles : pommes-poires, fruits à noyau et cerises-abricots-pêches. Les groupes de travail afférant feront remonter les besoins du terrain pour choisir les stratégies d’expérimentations les plus pertinentes. Le Verexal recrute un (e) responsable technique et d’expérimentation, pour gérer et animer le groupe. Le renouvellement du verger est autre point d’amélioration à opérer, pour que la production remonte en puissance.

Le budget prévisionnel 2023 a été adopté : il diffère peu de celui de 2022. Hervé Bentz a enchaîné sur le nécessaire tri effectivement dans les expérimentations choisies, et le travail sur le verger en 2023. « Plus on s’éloigne de la nature, moins ça fonctionne », constate-t-il, peu amateur de la formation biaxe pour les arbres de fruits à noyau, qu’il souhaite densifier, limiter en hauteur. La mécanisation partielle de la taille sera renforcée par ailleurs. Quant aux protections climatiques et contre les ravageurs, le biocontrôle est validé en fongicide mais pas encore en insecticide. La recherche continue. Les protections contre le gel sont aujourd’hui obligatoires, au même titre que celles contre la grêle. L’irrigation au goutte-à-goutte va reprendre cette saison, après des décennies sans, grâce à un puits et des canalisations enterrées, a priori : 13 m3/heure. Tous les fruits à pépins seront irrigués. « C’est la solution la plus rapide et la moins onéreuse », a précisé Hervé Bentz. La régulation de la production, « phase la plus risquée » doit aussi permettre de faire face aux aléas climatiques, ainsi que le choix des variétés, sans oublier qu’en Alsace, des - 12 °C peuvent être subis au printemps. Une plateforme automotrice permettra bientôt de poser les filets paragrêles sur les arbres qui sont de plus en plus hauts. Quant au nouveau bâtiment, reste à terminer l’aire de lavage et remplissage des produits phytosanitaires, les box (dédiés à Planète Légumes, la CAA, le Verexal), les abords et les conduites d’eau ; soit quasiment 200 000 euros de dépenses, presque l’équivalent de celles déjà réalisées.

Concernant la communication, le Verexal et Planète Légumes seront à Foliflore, à Mulhouse, cet été ; une manifestation tournée vers le grand public. Les deux stations d’expérimentation organiseront surtout une rencontre pour tous les professionnels du secteur, le 6 février 2024, à Cigoland, à Kintzheim.

Service de remplacement du Bas-Rhin

On ne change pas une équipe qui gagne !

Vie professionnelle

Publié le 08/07/2023


En 2022, près de 7 900 jours de services tous motifs confondus, ont été rendus par le SR 67 : accident, hospitalisation, maternité, paternité, congés, complément de main-d’œuvre, formation syndicale. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a chuté de 1,5 % entre 2021 et 2022, mais il est toujours en légère hausse par rapport à une année d’avant Covid. 2022 enregistre ainsi une des plus fortes demandes de ces dix dernières années : en cause vraisemblablement toujours, la natalité (+20 % de remplacements pour maternité et +37 % pour paternité en 2022 par rapport à 2021). Les hospitalisations ont chuté un peu par rapport à l’année d’avant : une chance ! Les remplacements représentent plus de 63 500 heures en 2022, soit presque autant qu’en 2021. Le service compte 251 agents de remplacement, dont quatre sont en CDI, soit presque 40 ETP. Un salarié en CDI est parti mais un CDD (six mois) est arrivé. En moyenne, une soixantaine de bulletins de salaire sont édités par mois pour le SR 67, par le Centre de fiscalité et de gestion (CFG) du Bas-Rhin. Les salariées administratives représentent, elles, 1,5 ETP. Marylin Chardonnet, responsable administrative et financière, est revenue à son poste suite au départ d’Audrey Schmitt. Un peu plus de 430 agriculteurs adhèrent au SR 67, soit une centaine de plus que l’an passé. Ils sont 438 à utiliser le service, dont 26 femmes, soit quasiment moitié moins de femmes que l’an passé.

Une dynamique de réseau

Yannis Baltzer, nouveau président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, a passé sa première année de présidence du SR 67 avec brio. La communication a été au cœur des préoccupations de 2022. Presse agricole locale, réseaux sociaux, diffusion des offres d’emploi mais aussi pédagogie sur le SR 67 et mise en valeur des salariés, présence aux journées de l’installation à Obernai, aux stages à l’installation, à la finale départementale de labour et au festival de l’élevage à Brumath : tous les moyens sont bons pour faire connaître le service. Au vu des adhésions qui ont grimpé, ça fonctionne !

Christophe Haas, président du SR France et du SR Grand Est, et très investi au SR 67, rappelle aussi l’importance de l’échelon régional. La deuxième journée des Olympiades du SR a mis à l’honneur deux agents de remplacements bas-rhinois, Pierrick et Nicolas. Ils ont entre autres dégorgé du champagne dans la Marne, où avaient lieu les épreuves. Premiers sur les dix départements du Grand Est, ils vont concourir au championnat national qui se tiendra à Cambray, durant les Terres de Jim, rassemblement national des JA. « Le réseau impulse une dynamique », rappelle Christophe Haas.

Les gestionnaires du SR 67 ont insisté pour que la communication positive serve aussi à fluidifier l’utilisation du service. Quant aux congés maternité et paternité, « plus on le sait tôt, mieux c’est », répète Marylin Chardonnet. L’aide au répit a légèrement augmenté en 2022, mais la communication doit aussi se poursuivre pour faire connaître le dispositif.

Des partenaires impliqués

Le budget 2022 a bien sûr été approuvé, tout comme le prévisionnel de 2023. En 2023, l’augmentation de certains taux et l’inflation perdurent. Le prévisionnel table sur des activités et budget stables par rapport à 2022. Avec l’augmentation des salaires et charges, une journée de remplacement coûtera 176 euros en 2023, contre 169 en 2022. Heureusement, grâce à l’engagement des partenaires, la charge des exploitations sur l’année en 2023 ne se verra pas augmentée : le président Yannis Baltzer, de même que Christophe Haas, tiennent à les remercier pour leur implication.

Les produits locaux à Métro

De la fourche, au caddie, à la fourchette !

Vie professionnelle

Publié le 05/07/2023


L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, la distillerie Meyer’s, Alsace Lait, les volailles Bruno Siebert, la brasserie Licorne, Boehli, la fromagerie Haxaire, la choucrouterie Lepic, les eaux Wattwiller et Carola, les boissons Lisbeth, les cafés Reck, Pierre Schmidt, les produits de la Cigogne, Schneider pro et même des producteurs de safran local : lundi, les fournisseurs alsaciens de Métro Strasbourg, à Souffelweyersheim, étaient à l’honneur à l’entrée du magasin de professionnels des métiers de la bouche. Présentation de leurs entreprises et de leurs produits, dégustations : certains ont fait mouche auprès de chefs curieux non avertis, mais la majorité des fournisseurs alsaciens sont déjà bien connus.

« L’Alsace est au premier rang de la consommation locale, en France, a rappelé Sébastien Muller, le président de l’Association régionale des entreprises alimentaires du territoire Alsace (Aria Alsace). De l’apéritif au digestif, nos plus de cent membres régalent : la preuve en est, ici ! Les marques Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace - Produits du terroir, ce sont plus de 4 000 produits. Nous comptons sur Métro pour être bien identifiés dans le magasin. » Le 26 juin, impossible de passer à côté des marques alsaciennes, en tout cas. Métro endosse même une autre responsabilité. « Nous sommes le maillon qui permet de regrouper tous les acteurs de l’alimentaire pour qu’ils parlent au client final de l’origine France et locale, car les consommateurs sont sensibles à cela », a souligné Jean-Michel Braun, le directeur de Métro Strasbourg.

 

 

Un quart de l’offre alimentaire est local

Cette journée dédiée à l’origine France dans 29 « halles » de l’Hexagone, comme sont appelés aujourd’hui les magasins Métro, s’intitule le « Big bang origine France ». Elle permet de célébrer la Charte Origine France, une initiative du 28 janvier 2020, signée par douze fédérations majeures la filière restauration hors domicile (RHD), dont la FNSEA. « Le lait, les œufs, le lapin, les pommes de terre, les steaks hachés, les tartares, les produits de la mer sont 100 % français chez Métro pendant les périodes de production saisonnières, idem pour les fruits et légumes. Nous avons réussi à accroître la part d’origine France de 4 % dans la boucherie, depuis le lancement de cette charte », a partagé Jean-Michel Braun. Le directeur a appelé à rester mobilisé pour promouvoir l’excellence des produits français et répondre aux attentes des restaurateurs et concitoyens.

Sébastien Richard, du Gaec du Chênesire à Steige, administrateur d’Alsace Qualité, qui informe et sensibilise les Alsaciens à consommer des produits locaux au travers de la marque Savourez l’Alsace - Produit du terroir notamment, a d’autant plus apprécié cet appel qu’il s’inquiète du renouvellement des générations agricoles. Au micro le 26 juin, pour soutenir l’action de Métro, il a déclaré : « La souveraineté alimentaire est un sujet important pour nous. Les jeunes générations d’agriculteurs ont besoin d’un engagement pour se projeter ; d’une vision sur les volumes, les prix, de contractualisations, pour s’installer. » Les chiffres présentés par Métro prouvent encore sa politique volontariste en faveur de l’origine France : 70 % de ses produits sont français ; sur 45 000 références au total, 7 000 sont des produits du terroir, soit 25 % de l’offre alimentaire, et sur 4 000 fournisseurs, un quart sont des petits producteurs. En juin 2023, Métro France a créé une communauté de 1 000 clients « J’aime cuisiner français », pour augmenter la part des produits français dans leurs menus. À la rentrée 2023, Métro organisera des portes ouvertes chez ses fournisseurs agriculteurs, dont une en Alsace.

Orge ancienne bio

Materne Onimus suit son Étoile du berger

Cultures

Publié le 01/07/2023


« J’aimerais fabriquer ma bière, du champ à la chope, comme Lili et Christophe Moyses font leur pain, de l’épi à la miche. Mon cousin m’a mis le pied à l’étrier, quand je suis passé en bio, en 2019. Il m’a confié le bébé des orges, en plus de la production d’autres céréales anciennes – une douzaine - pour les farines à boulanger. Depuis, je produis de l’orge ancienne Étoile du berger qui est maltée chez Maltala, la malterie bio alsacienne de Bergheim », dévoile Materne Onimus, membre de l’association Blés d’avenir. Seul sur sa ferme de 95 ha, brasser de la bière est trop ambitieux, pour l’instant. Il a donc fait profiter plusieurs micro-brasseries alsaciennes de son orge ancienne maltée, dont G’sundgo, à Eschentzwiller. Les premiers tests, notamment pour la foire Ecobio de Colmar, ont été concluants. « Le but du jeu est de créer une bière simple, pour faire ressortir le goût des céréales… d’ici au mois de septembre, déjà ? », tease-t-il.

Un itinéraire simple

Historiquement, toutes les orges sont susceptibles d’être brassicoles. Il suffit qu’elles ne soient pas trop riches en protéines. Mais l’Étoile du berger a ceci de particulier que l’épi, vu du dessus, est en forme d’étoile. Serait-elle donc prédestinée à être brassée ? Le symbole de l’étoile protège les brasseurs. Et le paysan a l’air de démarrer sa production sous les meilleurs auspices. « L’itinéraire technique de cette orge ancienne est ultra simple. Après un déchaumage, je sème, la seconde quinzaine d’octobre, avec une densité de 140 à 160 kg/ha. J’effectue un roulage. À la sortie de l’hiver, après la mi-mars, je réalise un étrillage et, si nécessaire, un second, trois semaines plus tard. Et c’est tout. Il y a zéro intrant. Je stocke et trie à la ferme. 5 % des grains font moins de 2,5 mm et sont, donc, écartés », développe Materne Onimus. Le rendement s’élève à 20, voire 25 q/ha. Depuis trois ans, Materne assure que l’orge n’a subi aucune maladie, ni verse, ni échaudage. « L’Étoile du berger, qui peut atteindre 1,20 à 1,30 m, est résiliente, dans des sols pauvres », pointe-t-il, soucieux du rapport terroir et millésime, pour les céréales anciennes, comme on peut l’être dans le monde du vin. Si le marché de la bio a pris un coup, son envie de se développer est intacte. Les autres membres de Blés d’avenir ont, tout autant que lui, hâte.

 

 

Association Blés d’avenir

Le futur des céréales anciennes

Cultures

Publié le 30/06/2023


Et si on commençait par la fin ? À la porte ouverte consacrée aux professionnels, qui a réuni agriculteurs, boulangers, journalistes et techniciens de l’agence de l’eau Rhin-Meuse, le 19 juin, à la ferme Moyses de Feldkirch, on s’est régalé. Neuf pains à base de céréales anciennes pures étaient prêts à déguster. Il y en avait pour tous les goûts : au blé tendre, dur, au kamut, à l’épeautre, petit épeautre, au seigle… très peu salés, voire pas du tout, pour révéler les arômes des grains moulus. Les pains les plus goûteux, les stars du repas, à déguster avec une noisette de beurre sont, sans surprise, ceux au petit épeautre et au kamut d’Iran. Ceux au blé tendre seront choisis pour saucer les plats. Et il y en eut à saucer, puisque la visite de la ferme et la dégustation organoleptique du pain (comme pour le vin) ont fini par un buffet gourmand succulent : de quoi convaincre les plus sceptiques, des qualités des céréales anciennes. Gustativement, on est au top. La texture des pains et brioches est aussi formidable que les saveurs : bien alvéolée. Le magasin de la boulangerie à la ferme a été dévalisé. Tout le monde est reparti avec son pain, sous le bras : à 5 € pièce, en moyenne. Et oui ! L’avenir des céréales anciennes, c’est ça : la transformation et la vente directe. D’où la création de l’association Blés d’avenir, ce printemps 2023.

Pétris d’idées

Quatre fermes et deux boulangeries sont, aujourd’hui, membres de la structure associative nouvellement créée pour soutenir la filière, avec Bio en Grand Est, puisque les producteurs sont tous en agriculture biologique (AB). Outre le président Christophe Moyses, sont fondateurs de l’association, Lili Moyses, son épouse, boulangère ; Joris Polman, un de ses salariés ; Materne Onimus, son cousin, agriculteur à Bantzenheim ; Joël Pfauwadel, paysan à Berrwiller ; Jérémy Ditner, cultivateur à Bernwiller, et Mélanie Polman, auto-entrepreneuse, créatrice de La Fournil’Hier, une boulangerie et un fournil mobile destiné aux écoliers, puisque cette ancienne enseignante souhaite faire œuvre de pédagogie auprès des jeunes générations. Blés d’avenir lie donc quatre producteurs de 17 variétés de neuf céréales anciennes, en AB, mais aussi deux moulins à la ferme (meule en granit Astrié), actionnés par deux agriculteurs transformateurs et un salarié, et trois fournils, avec la ferme Moyses, Mélanie et un prestataire, pour la confection de pains et kougelhofs. On peut acheter les productions des membres de l’association dans 19 points de vente du Sud Alsace, dont quatre associations, un marché local et, en direct, au magasin de la ferme Moyses. Les ateliers de fabrication de pain à destination du grand public, Les Mains dans la pâte, animés par Mélanie, sont une des activités estampillées Blés d’avenir. Portes ouvertes, salons, marchés, fêtes de village, foires : les céréales anciennes sont règulièrement à l’honneur dans la vie locale. L’association formalise ces partenariats déjà en cours. Des pâtes, de la bière, des croissants et un livre de cuisine pour s’emparer des farines aux céréales anciennes sont en cours de développement. « Blés d’avenir permet de diffuser les savoirs, de continuer la recherche et de promouvoir ces cultures à bas niveau d’impact sur l’eau. Une reconnaissance en Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) est en cours », a résumé Émilie Poquet, animatrice pour le développement des filières céréales ancestrales, en Alsace, de Bio en Grand Est.

Travailler moins

« Mes récoltes sont qualitatives, quantitatives, et sans fumier, ni compost, avance Christophe Moyses, le président de Blés d’avenir. Les céréales anciennes sont adaptées à cela car elles datent de l’Antiquité, et même d’avant. Elles s’enracinent bien, supportent la sécheresse, concurrencent les adventices. Sur une aire d’alimentation de captage d’eau, elles protègent la ressource. Mes seules dépenses d’intrants, c’est la location de la terre et le gasoil. Mais je dépense trois fois moins de carburant, grâce aux céréales anciennes, puisqu’elles demandent moins de travail que celles issues de croisements récents. Elles m’apportent une qualité de vie, à moi, agriculteur, et plus de souplesse. Je peux produire dans des sols moins fertiles, peu ou pas irrigués. » Christophe Moyses cultive et conserve les céréales anciennes, depuis plus de quinze ans, sur sa ferme à Feldkirch, en bio et grâce aux techniques culturales simplifiées (TCS), limitant le travail du sol. Sur 50 ha, les céréales anciennes que Lili, son épouse, aidée d’un salarié, transforme en pains, s’épanouissent : elles sont à la base de 95 % des ressources de la ferme. Le sarrasin, le trèfle, la luzerne, le sorgho fourrager permettent des rotations. Entre quatre et six équivalents temps plein vivent de l’exploitation agricole.

Pour chercher plus

« Le conservatoire des céréales anciennes est en plein champ, pour diluer l’intérêt des oiseaux. Les essais sont en bande et espacés, ce qui aide encore à les épargner, puisque les passereaux granivores aiment être discrets, cachés », explique Christophe Moyses aux visiteurs. Des parcelles de « mélanges à bouquets » devancent les essais et permettent aux curieux de toucher, cueillir, partir avec un souvenir. Puisque le blé (qui est une plante à fleur) s’autoféconde, les bandes d’essai de blés interféconds, en ligne, sont séparées par une bande de blé non interfécond, pour que les variétés restent pures. « Il y a deux grandes étapes, dans la conservation. D’abord, on récupère des échantillons de voyages ou de banques de semences, puis, pendant cinq ans, on cultive juste un seul rang de la céréale ancienne, pour voir si elle pousse en Alsace, quelles que soient les conditions météorologiques. Concernant les graines des banques, on les défossilise car celles-ci ne sont replantées que tous les sept ans, donc on les sort de leur faiblesse végétative. Ensuite, on s’assure que la céréale est panifiable. En France, les consommateurs veulent des miches dodues. Pour 20 m2 plantés on récupère 7 à 8 kg de grains, aux premières récoltes, après plusieurs années. Il faut atteindre 10 à 12 kg de graines pour faire un pain. On finit par y arriver », explique Christophe. Un kilo de pain, c’est 25 000 graines, ajoute-t-il. Depuis 2012, l’agriculteur a testé 350 variétés de céréales anciennes sur sa ferme. En 2022, un peu moins d’une centaine a été conservée. « Ce travail – environ un quart de nos investissements, qui occupe un équivalent temps plein - est uniquement financé par nos clients qui achètent notre pain », précise Christophe. Un tiers de la clientèle est composé d’allergiques. Les pains de Lili sont au levain naturel, « glutés », en fermentation longue et donc, plus digestes.

Tour du monde

Par passion, Christophe a retrouvé des variétés anciennes, ancêtres des premiers blés cultivés, sauvages. « Aucun intérêt pour le pain ! », prévient-il. L’agriculteur enchaîne : les premiers blés cultivés sont un croisement entre un blé indien et un blé arabe. Une « cousine » de ceux-ci s’épanouit encore de nos jours, en Italie, sur les bords des routes. Un peu de culture générale est toujours bienvenue. Christophe Moyses se serait ennuyé avec une monoculture, il le sait. Aujourd’hui, fort de son conservatoire de céréales anciennes de printemps (car certains blés ne supportent pas l’hiver alsacien), situé à quelques centaines de mètres de celui d’hiver, il participe à des essais de variétés anciennes au Togo, dans un climat chaud et humide, le pire pour les céréales ! « Trois espèces s’en tirent à peu près », constate-t-il. Il devrait poursuivre les essais en Algérie, aussi. En Afrique, il échange. L’inventivité des paysans, qui cultivent surtout manuellement, l’inspire. Lui-même a commencé en manuel : rien de tel pour connaître les céréales. Comme les plantes anciennes ont arrêté d’être cultivées, avant la mécanisation, et qu’il a besoin de semer et récolter en pur, ses machines sont aujourd’hui modifiées, détournées, sur mesure. Il utilise un semoir maraîcher pour multiplier. L’Inrae a offert une batteuse d’essai : en tournant à vide, au bout d’une minute, elle est purgée. Un nettoyeur de semence assure la post-production. « On stocke les multiplications, pendant plus d’un an, grâce à une chambre froide de 160 m3, à moins de 12 °C et dans une atmosphère asséchée. Les silos pour les céréales à consommer sont refroidis, avant le stockage. Les grains étant battus à 35°C, il faut que la température redescende à 20°C », développe Christophe Moyses, avant de montrer une courte vidéo de semi de blé, en direct, sous un sorgho fourrager, pour favoriser l’autofertilité des sols. L’avenir s’écrit à chaque campagne.

 

 

Festival de l’élevage à Lorentzen

Un concours incontournable mais « sans prétention »

Élevage

Publié le 29/06/2023


Les représentants politiques, consulaires et syndicaux ne s’y sont pas trompés : le Festival de l’élevage, à Lorentzen, est le rendez-vous d’Alsace Bossue à ne pas manquer. Plus de 500 repas y ont été distribués le dimanche 25 juin, à midi. Les éleveurs du coin, dont des Mosellans, et leurs familles, voisins, amis y étaient nombreux ; aussi les salariés agricoles, mécaniciens et autres ingénieurs en formation, du côté de la jeunesse. « On est venu pour voir les amis et les bêtes », disent en chœur Dorian et Hugo, âgés d’une vingtaine d’années et employés d’éleveurs laitier et allaitant, en Alsace et en Moselle. Une dizaine de concurrents et trois fois plus d’animaux ont participé à ce concours inter-races alsacien (lire le palmarès, ci-contre), avec de magnifiques vaches et génisses, aux mamelles gorgées de lait et à la tonsure aléatoire. « C’est un concours sans prétention, a rappelé Thomas Strohm de Domfessel, président de l’association des éleveurs d’Alsace Bossue, qui organise le festival. La tonte n’est pas obligatoire. Et il est ouvert aux Mosellans : trois éleveurs de ce département concourent cette année. »

« Agriculture verte »

Anne Sander, députée européenne et conseillère régionale du Grand Est, Patrick Hetzel, député de la septième circonscription du Bas-Rhin, Marc Séné, le président de la communauté de communes de l’Alsace Bossue, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ont fait le déplacement à plus d’une heure de Strasbourg pour communier avec les éleveurs du nord Alsace, leur rappeler leur engagement en faveur de leur métier trop souvent décrié. Pour Anne Sander, l’élevage assure « la sécurité alimentaire et le captage du carbone ». « Vous cochez toutes les cases de l’agriculture verte », a-t-elle dit. « Pour un beau territoire, il faut de l’élevage », a souligné Denis Ramspacher, allant dans le même sens qu’elle. Franck Sander a invité les éleveurs à « cultiver cette belle dynamique », dont ils font preuve ici, et qui permet le renouvellement des générations. « Vos députés ici présents, sont conscients de ce que l’agriculture apporte à la société », a-t-il souligné, rassurant encore plus les auditeurs.

Méthanisation

Source de résilience pour les exploitations agricoles

Technique

Publié le 16/06/2023


Création d’emploi, intérêt économique et agronomique du digestat, diversification exponentielle (même si la rentabilité est variable selon le business plan et le coût de l’énergie) : les unités de méthanisation amènent bien plus de résilience dans les exploitations agricoles que le gain de la seule et unique production d’énergie. La résilience est « la capacité à résister et à s’adapter aux aléas et aux chocs, pour assurer la pérennité de l’exploitation agricole, grâce à des facteurs économiques, environnementaux, agronomiques et sociaux », a cadré Cécile Fredericq, déléguée générale de France Gaz Renouvelables (FGR), le mercredi 7 juin à Expobiogaz, au Parc des expositions de Strasbourg.

Philippe Collin, agriculteur méthaniseur en Haute-Marne, de la société Eurek’Alias, représentant de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), a témoigné de sa propre expérience, dans la foulée. « En polyculture-élevage, je produis du lait, des céréales et de la viande. Mais les cours sont aléatoires. J’ai commencé à réfléchir à mon projet de méthanisation en 2006. Elle a débuté en 2010. En 2014, après quatre ans d’utilisation du digestat (6 000 m3/an), on est passé en bio car on a arrêté les engrais de synthèse. Grâce aux effluents de l’élevage et aux déchets du territoire (7 000 à 8 000 t d’intrants par an) qui nourrissent l’unité de méthanisation et procurent du digestat, on est autonome en fertilisants depuis, sur 280 ha épandables », dit Philippe Collin. Il épand tôt, au printemps. À l’automne, tout dépend de la météo et si une culture intermédiaire à valorisation énergétique (Cive) est implantée. Guy Meinrad, responsable développement marché organique pour Agrivalor, à Ribeauvillé, qui propose des solutions de valorisation des déchets organiques pour les collectivités locales et les professionnels, a assuré, études internes à l’appui : « Le digestat participe à la fertilisation de la culture ». Leur digestat dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), puisqu’il est établi à partir de déchets alimentaires.

Se diversifier, encore et toujours

« 90 % des répondants à notre enquête ont diversifié leurs sources de revenus et leur assolement, suite au démarrage d’un atelier de méthanisation sur leurs fermes », a évoqué par ailleurs, Cécile Fredericq. Même si la filière bio accuse le coup aujourd’hui en France, Philippe Collin a certifié être en meilleure santé financière grâce à la méthanisation. « C’est une charge de travail en plus et des revenus supplémentaires, mais c’est surtout une création d’emplois : entre un et deux, pour Eurek’Alias. Aujourd’hui, nous sommes cinq équivalents temps plein à travailler sur l’exploitation. Un projet en entraînant un autre, nous avons ouvert une station de bioGNV (gaz naturel véhicule). Elle a continué de fonctionner, même lorsqu’il y avait pénurie d’essence, il y a quelques mois. Comment s’approvisionner localement et durablement en carburant ? Nous avons répondu à la question. Notre flotte captive (quinze véhicules de particuliers, un bus scolaire et un des quatre camions de la laiterie Caprice des dieux) dépense trois fois moins que les dépendants aux énergies fossiles », a estimé l’agriculteur méthaniseur, heureux de son implication sociétale.

D’après l’étude Méthaniseurs et digestats en Grand Est : suivis techniques, agronomiques et économiques, des Chambres d’agriculture Grand Est, de 2019 à 2021, les 26 unités de méthanisation suivies ont montré, selon les résultats technico-économiques (et non les bilans comptables), des taux de rentabilité de 7 à plus de 9 %, en moyenne, respectivement en cogénération et en injection, pour des business plans tablant souvent sur 10 %. Puisque l’énergie seule n’est pas l’unique gain, la méthanisation semble rentable… Mais, attention, aujourd’hui, avec la hausse des coûts de l’énergie, prévient Solène Demange, des Vosges, certains taux seraient revus à 4 %. « En injection, c’est plus sensible qu’en cogénération, puisqu’on consomme plus d’électricité pour le fonctionnement de l’unité de méthanisation », conclut-elle. Si le contexte peut rebuter ceux qui ne se sont pas encore lancés à investir dans ce nouvel atelier, elle rappelle que la profession agricole bénéficie d’aides pour ses projets de méthanisation.

 

 

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