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Fabien Nouvène

Fabien Nouvène est journaliste stagiaire à l'Est Agricole et Viticole

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Élections Chambre d'agriculture Alsace

Doublé gagnant pour les listes FDSEA-AVA-JA

Vie professionnelle

Publié le 06/02/2019

resultats interdepartementaux

• Les listes d'union en tête dans le collège des exploitants

Les résultats sont tombés dans la soirée de mercredi. Sans grande surprise, les listes FDSEA-AVA-JA conservent leur majorité auprès du collège des exploitants. Cet électorat est le plus scruté car il représente 18 des 33 sièges alloués à chaque département à la Chambre d'agriculture d'Alsace.

 Dans le Bas-Rhin, la liste d’union enregistre 63,54 % des voix et place quinze colistiers. La Coordination Rurale compte 23,92 % des voix et conserve deux sièges. La Confédération paysanne, avec 12,55 %, conserve un siège. Dans le Haut-Rhin, la liste d’union s’impose avec 67,39 % des voix et obtient quinze sièges. La Confédération paysanne, avec 17,44 % des voix, maintient ses deux sièges et la Coordination Rurale conserve un siège avec 15,17 %.

Avec 63,54% des votes (61,25% de participation), la liste @FDSEA67 /JA/AVA remporte 15 sièges sur 18 dans le collège 1 des #ECA2019. Merci pour votre confiance et votre participation, ensemble nous serons à la hauteur des défis! #FNSEA

— FDSEA du Bas Rhin (@FDSEA67) February 7, 2019

Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, a assisté à toute la journée de dépouillement. Il se dit satisfait du taux de participation alsacien « qui garantit la représentativité du monde agricole. Faire 60 % à une élection professionnelle, c’est une belle performance aujourd’hui. » Un point de vue partagé par Denis Ramspacher, tête de liste de la FDSEA-AVA-JA : « ce résultat traduit le travail réalisé sur le terrain avec des gens connus et reconnus. Cela permet d’envisager un travail serein pour l’agriculture alsacienne. » Denis Nass, tête de liste dans le Haut-Rhin remercie lui aussi tous les agriculteurs « qui ont considéré que le vote était important. Je souhaite que l’agriculture puisse désormais se mettre en mode projet et non plus en mode contraintes. »

 

resultats par college

• Un paysage syndical stable

Comme on pouvait s'y attendre, le rapport de force entre les syndicats reste inchangé par rapport à la précédente mandature. Chaque organisation remporte le même nombre de sièges que lors des élections de 2013. Mais la liste d'union accuse une légère baisse dans les pourcentages de vote. 

Dans le Bas-Rhin, la liste FDSEA-AVA-JA (63,54 %) perd 5 points comparé à 2013 (68,31%). La Coordination rurale gagne trois points dans la même intervalle. Le syndicat passe ainsi de 20,45 % en 2013 à 23,92 % cette année. La Confédération paysanne remporte un point supplémentaire, de 11,23 % à 12,55 %. 

Dans le Haut-Rhin, l'alliance FDSEA-AVA-JA recule de quatre points. Elle pointe à 67,39 % contre 71,66 % en 2013. La Confédération paysanne conserve sa deuxième place et gagne un peu moins d'un point. La Coordination rurale progresse de 3,5 %. 

 

• La participation tient le coup

Au niveau national, les chiffres de la participation s’annoncent partout en baisse. En Alsace, l’érosion est perceptible dans une moindre mesure.

Le collège des exploitants mobilise 56,8 % des électeurs alsaciens, soit un recul de participation de 3,9 points. Les agriculteurs bas-rhinois ont voté à 61,1 %. Les Haut-rhinois à 50,7 %. Juste au-dessus de la barre symbolique des 50 %. Mais au niveau national, c'est la dégringolade. Le chiffre de 45 % de participation des exploitants est avancé. Soit 10 points de moins que lors du scrutin de 2013 !

Le collège des salariés enregistre les plus fortes baisses. Dans le Bas-Rhin le collège 3A (salariés de la production) chute ainsi de 29,3 % en 2013 à 21,4 % cette année. Dans le Haut-Rhin, il passe de 23,3 % à 18,8 %. Pire. Les salariés des groupements professionnels du Bas-Rhin (collège 3B) décrochent de 9 points. Ils étaient 24,4 % à voter cette année contre 33,1 % en 2013. Leurs voisins haut-rhinois se sont mobilisés à 26,7 % contre 32,3 % lors du scrutin précédent. 

Les anciens exploitants se situent au-dessus de la moyenne nationale avec un taux de participation de 39,4 % dans le Bas-Rhin et de 35,1 % dans le Haut-Rhin. En légère baisse par rapport à 2013 (respectivement 1 et 3 points).

 

resultats participation

• Le vote électronique fait un flop

Le vote en ligne a été mis en place pour la première fois. On pouvait imaginer que ce nouvel outil boosterait la participation générale. Perdu. Seulement 9,44 % des électeurs ont été séduits par le vote internet. Les autres restent attachés aux bon vieux bulletins papier.

Le collège des exploitants (collège 1) s’est davantage emparé de cet outil avec 21,46 % de vote électronique. En Alsace, le vote par internet est légèrement au-dessus de la moyenne : le Bas-Rhin se place à 11,5 % tous collèges confondus, et à 25,1 % pour le collège 1. Un électeur sur quatre a choisi cette voie pour s’exprimer. Le Haut-Rhin enregistre un taux de vote électronique de 10,4 % tous collèges confondus, et de 20,8 % pour le collège 1, soit un électeur sur cinq.

L’ensemble des départements métropolitains se situent dans une moyenne de participation électronique de 5,5 % à 15 %. Les seuls départements qui se distinguent sont ceux de l’île de beauté : la Corse du Sud performe avec 34,4 % de vote électronique et 77,5 % dans le collège 1. La Haute-Corse se place en 2e position avec 32,6 % et 60,2 %.

Les collèges des propriétaires et des anciens exploitants ont été peu convaincus par la proposition internet. Par contre, elle a été plébiscitée par les électeurs des collèges 5 (mutuelle agricole, organisations syndicales, sociétés coopératives...).

Relations internationales

Du sang neuf pour la coopération transfrontalière

Vie professionnelle

Publié le 16/11/2018

Un speed dating à la sauce agricole. Quatre petits groupes de jeunes sont assis autour de nappes à carreaux rouges et blancs. Les treize Français et Allemands disposent d’un quart d’heure pour faire connaissance. Nom, âge, type d’exploitation, loisirs… Une rencontre organisée en marge d’une réunion du conseil d’administration du réseau interrégional international pour la formation et le développement rural (Ri2), mardi 7 novembre.

« Nous voulons passer le flambeau aux jeunes », explique Katja Prinz, en charge des relations internationales à la Chambre d'agriculture de la Sarre et membre du Ri2. Le réseau en charge de la coopération transfrontalière dans le bassin du Rhin supérieur a besoin de renouveler ses effectifs. Dans la salle mitoyenne où se tient le conseil d’administration, de nombreuses têtes grisonnantes. « Au moins deux ou trois élus vont quitter leur poste dans les deux prochaines années », constate Katja. Il y a urgence à apporter du sang neuf.

Alors les membres de l’organisme redoublent d’efforts pour motiver les jeunes agriculteurs à s’investir. « On les avait déjà invités, sans grand succès, rappelle Marthe Jacky, conseillère d’entreprise à la Chambre d'agriculture d’Alsace et très active au sein du Ri2. Là, on a établi l’ordre du jour autour de cette rencontre et on a insisté auprès de nos contacts. » Bingo. Quatre élus JA ont répondu présent côté français. Neuf Allemands complètent la troupe.

Personne ne comprend comment le voisin fonctionne

Retour dans la salle de réception de la ferme Trau. Les jeunes bafouillent en allemand, en français, parfois même en anglais. Katja Prinz et deux animateurs du Ri2 jouent les interprètes. Au fur et à mesure de la discussion, des idées émergent. « On pourrait leur faire part de nos idées pour préparer la réforme de la Pac », lance Julien Koegler, président des JA 67. « Il faudrait aussi qu’on explique le fonctionnement de nos syndicats respectifs », rebondit Ange Loing, à la tête des JA 68.

Car personne ne comprend vraiment comment les voisins s’organisent. Les syndicats français et allemands ont peu de points communs. Les « JA » allemands ne représentent pas que les agriculteurs. Ils regroupent tous les jeunes ruraux. Artisans, étudiants, ouvriers… De ce fait, les priorités divergent. Ainsi, quand les JA d’Alsace parlent réforme de la Pac et installation des jeunes, les JA allemands s’intéressent à des rencontres techniques ou festives. Par ailleurs, les syndicats allemands jouent un rôle administratif plus important que leurs homologues tricolores. En effet, les Länder allemands ne disposent pas de Chambres d’agriculture à proprement parler. Une partie des compétences agricoles incombent donc aux organisations syndicales.

Vient le moment de présenter son binôme. Les participants se plantent à tour de rôle au milieu des tables disposées en « U ». Ils livrent une rapide biographie de leur nouveau collègue et situent sa ferme sur une carte à l’aide de gommettes. Malgré ses airs de colonie de vacances, l’activité est très sérieuse. « Ça nous permet de briser la glace et de dépasser la barrière de la langue, confie un trentenaire à lunette du Bade Wurtemberg. Sans ça, chacun resterait de son côté. »

« L’avenir est entre leurs mains »

Retour en petits groupes. Les agriculteurs disposent maintenant de 20 minutes pour proposer de futures actions communes. Une manière de les impliquer davantage dès à présent. Mais l’effort doit venir d’eux, selon Katja Prinz. La responsable est formelle : « On ne va pas leur courir après, l’avenir est entre leurs mains ». Message reçu cinq sur cinq. Les participants fourmillent d’idées. Visites de fermes, conférences communes sur des sujets techniques ou politiques, rencontres informelles…

Au final, les JA ont convenu de se retrouver le 3 décembre à Fribourg. L’objet de la journée ? Établir une méthode de travail pour préparer ensemble la réforme de la Pac. Ce front commun subira son baptême du feu quelques jours plus tard, lors de la conférence du Rhin supérieur. Les jeunes présenteront leur plan de bataille aux délégués de l’organisation et à un eurodéputé allemand. Le lobby est déjà sur les rails.

Pratiques commerciales déloyales

Les eurodéputés disent « stop à l’injustice »

Vie professionnelle

Publié le 02/11/2018

« 428 voix pour, 170 contre, 18 abstentions, le rapport est adopté. » Poings serrés en l’air, l’eurodéputé Paolo De Castro jubile. Le Parlement européen vient d’approuver son texte visant à mettre un terme aux pratiques commerciales déloyales. « Cela fait dix ans que le sujet est sur la table, c’était maintenant ou jamais », exulte l’élu socialiste à la sortie de l’hémicycle.

Le vice-président de la commission agriculture a planché sur le rapport tout le printemps (lire en encadré). Celui-ci servira de socle aux négociations avec le Conseil européen - composé des ministres des États membres - en vue d’obtenir un texte de loi final. Le groupe de travail du député s’est attaché à muscler une première proposition de la Commission européenne (le gouvernement de l’Union européenne). Celle-ci veut interdire le paiement des denrées périssables plus de 30 jours après la livraison ? Les eurodéputés approuvent et enfoncent le clou sur les aliments non périssables. Désormais les conserves et autres pâtes ne pourront plus être payées au-delà des 60 jours suivant la livraison.

Agriculteurs et députés main dans la main

Les élus ne s’arrêtent pas là. Ils excluent la possibilité d’annuler une commande de produits périssables moins de 60 jours avant la livraison. Leur texte étend aussi son rayon d’action à tous les produits agricoles. Cela inclut l’horticulture entre autres. Le texte vise en creux les centrales d’achats et grands groupes de la distribution. « Dans ce combat de David contre Goliath, nous armons le plus faible dans la chaîne d’approvisionnement pour garantir l’équité », a ainsi indiqué Paolo De Castro, quelques jours avant le vote.

Une volonté saluée par les syndicats agricoles. Le Copa-Cogeca, puissant conglomérat d’organisations professionnelles, a même organisé une manifestation de soutien la veille du vote. Syndicalistes et députés ont coupé une banderole « stop à l’injustice » devant le parlement de Strasbourg. L’échelle européenne serait la seule capable de protéger les paysans de manière efficace face aux groupes internationaux. « Les centrales d’achat peuvent déménager leurs sièges sociaux dans des pays où la réglementation est plus laxiste, explique Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est. D’où l’intérêt d’avoir des normes européennes. »

Pourtant, certains députés ne soutiennent pas la démarche de Paolo De Castro. C’est le cas de Daniel Caspary, député allemand du Parti populaire européen (PPE, droite). Il a voté contre le rapport, à rebours de la ligne officielle du parti. Il a même endossé l’habit de porte-parole des opposants. Derrière lui, 28 députés du PPE, surtout des Allemands, l’ont imité. Auraient-ils cédé à la pression des lobbys de la distribution, comme les accusent les syndicats agricoles ? « Sottises, répond l’élu. Il existe sans aucun doute un déséquilibre entre les grands groupes transnationaux et les petits producteurs. Nous nous tenons aux côtés des agriculteurs. »

Ce spécialiste du commerce international avance une autre explication. « Nous n’avons pas voté contre le rapport, insiste-t-il. Mais contre le fait de passer tout de suite aux négociations sur un texte final, sans en débattre dans le détail en séance plénière. » Le député du Bade-Wurtemberg aurait voulu clarifier certains points avec ses 750 collègues. « Certains amendements prêtent à interprétation », plaide-t-il. Notamment les lignes interdisant certains groupements d’achat. Pour l’heure, cette interdiction vaudrait aussi pour les artisans et les agriculteurs. Une disposition à l’encontre de l’esprit du rapport, selon Caspary.

« Conclure les discussions avant Noël »

Autres détracteurs : les écologistes. Seuls quatre Français (sur les cinq présents) et un Écossais ont donné leur feu vert aux négociations. Là encore, les membres du groupe Verts/Ale assurent soutenir le texte. Mais à l’instar des dissidents du PPE, ils demandent un débat en séance plénière. Ils souhaiteraient supprimer certains amendements avant de se lancer dans les discussions finales. « Selon un article, les acheteurs ne pourront plus demander aux agriculteurs des standards de qualité ou de respect de l’environnement plus stricts que la législation nationale, expose l’Autrichien Thomas Waitz. Mais c’est souvent par là qu’arrivent les avancées. » Lui, défend la possibilité d’exiger des pratiques plus contraignantes. « À condition que les centrales d’achat payent les coûts engendrés. »

Loupé pour les dissidents du PPE et les écolos. Le texte a obtenu une large majorité des voix. Le vote à peine terminé, Paolo De Castro a enfilé son costume de négociateur. Les négociations ouvertes entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne doivent déboucher sur un compromis acceptable par tous. Le texte présenté jeudi va certainement subir d’importants changements.

Quoi qu’il en soit, une loi devrait voir le jour dans les prochains mois. Les députés veulent avancer vite. « Nous devons conclure les discussions d’ici Noël afin d’avoir un vote final avant les élections européennes (de juin 2019 NDLR) », insiste l’ancien ministre italien de l’Agriculture. Car le scrutin pourrait rebattre les cartes sur l’échiquier politique européen et retarderait à coup sûr la consultation du Parlement.

Après dix ans d’attente dans les tiroirs du Parlement, le dossier des pratiques commerciales déloyales pourrait être bientôt refermé.

Approvisionnement local

« Je veux 80 % de produits locaux dans nos cantines »

Pratique

Publié le 02/11/2018

« Manger un repas équilibré est plus important que Pythagore ou Thalès. » Ça a le mérite d’être clair : Frédéric Bierry donne la priorité à l’alimentation saine dans les collèges. Le président du Conseil départemental a réitéré son souhait d’augmenter la part de produits locaux dans les cantines scolaires et les Ehpad, lors d’une table ronde organisée mardi 23 octobre à Strasbourg. Un rêve qui ne se réalise pas en un claquement de doigt.

« Je veux arriver à 80 % de produits issus de fermes situées à moins de 80 km des cantines », a insisté l’élu. Plus facile à dire qu’à faire selon les responsables de restaurants collectifs présents à la réunion. Leurs budgets ne sont pas extensibles. Et le local coûte souvent plus cher. Un repas en collège coûte entre 1,50 € et 2,50 € en moyenne. À ce prix-là, difficile d’allier quantité et qualité.

Des spaghetti pour équilibrer le budget

« Quand on établit un repas avec beaucoup de produits locaux, on dépasse le budget, explique le gestionnaire du collège de Geispolsheim. Le jour suivant, c’est spaghetti bolognaise pour équilibrer les comptes. » Et encore, avec 2,18 € par repas, il s’avoue plutôt gâté. Pourquoi ne pas augmenter un peu le prix des repas ? Tous les parents n’ont pas les moyens de payer plus. « On constate une augmentation des impayés après chaque hausse des tarifs », remarque Nathalie Wilhelm, gestionnaire du collège de Drulingen. Logique.

Au lieu d’augmenter le prix, les établissements tentent alors de faire des économies. Sur l’eau, l’électricité… et les quantités servies. En clair, des portions plus petites pour éviter de jeter la moitié de l’assiette. « On limite le gaspillage et cela permet de dégager de l’argent pour acheter des produits de qualité », justifie Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère départementale.

Autre problème, la logistique. « On a du mal à s’approvisionner en local car les producteurs préfèrent vendre aux centrales d’achat », se plaint Serge Bonneau, responsable de la restauration au collège de Châtenois. Mais les collèges commandent de trop petites quantités aux agriculteurs. Organiser une tournée pour quelques kilos de carottes n’est pas rentable. Là encore, Nathalie Marajo-Guthmuller a pensé à une parade. « Nous réfléchissons à mutualiser les commandes de plusieurs collèges dans certaines zones. » Plus de problème de quantité. Mais cela nécessitera une meilleure coordination entre les établissements.

« On va essayer d’atteindre les 50 % d'ici 2021 »

Le consommer local revêt aussi un aspect politique pour le Département. « Cela permet de soutenir l’agriculture bas-rhinoise », souligne Frédéric Bierry. Un des derniers leviers de la collectivité pour agir sur l’agriculture, après la perte de ses compétences agricoles lors de la réforme territoriale de 2015.

Pour l’instant, le Département n’avance aucun chiffre sur la part actuelle du local dans les cantines. Il ne disposerait pas des outils nécessaires pour tirer un constat précis. Toutefois, Éric Tyszkowski donne une première piste. « On va essayer d’atteindre les 50 % d'ici 2021 ou 2022 », confie ce responsable de la restauration scolaire au Département. C’est dire si le rêve des 80 % reste lointain.

Pas de quoi désespérer pour Paul Schiellein. Le vice-président de la commission circuits courts à la Chambre d'agriculture d’Alsace a participé à la table ronde. « Les projets menés ces cinq dernières années prouvent que le développement du local dans les cantines est possible. » Outre l’intérêt économique, il met aussi en avant le besoin de reconnaissance des paysans par les consommateurs locaux. Le responsable se montre même optimiste. « Ce type de rencontre doit nous permettre de dépasser les freins à un approvisionnement bio et local plus conséquent. » Cela portera-t-il ses fruits ? Réponse en 2021.

Moissonneuse.fr

Un tour de « moiss' bat » pour mieux comprendre les agriculteurs

Vie professionnelle

Publié le 08/10/2018

Les yeux écarquillés, Éliott admire la moissonneuse-batteuse stationnée devant lui. Le blondinet de 4 ans voue une passion sans limite aux gros engins agricoles. Il ne réalise toujours pas qu’il va grimper dans le mastodonte. « Là, son rêve devient réalité », sourit Claire Baqué, sa maman. Benoît Dutter, l’exploitant et hôte du jour, sort de la cabine. Il aide Éliott et Thibault, son père, à se hisser à ses côtés. C’est parti pour une heure de manège dans une parcelle à la sortie de Witternheim, près de Benfeld.

La famille de Mulhouse a contacté Nicolas Meyer, le beau-frère et associé de Benoît, sur le site Moissonneuse.fr. Un projet lancé en juillet par David Forge, un agriculteur d’Indre-et-Loire. Concrètement, il s’agit d’une carte interactive sur laquelle les paysans volontaires inscrivent leurs coordonnées. Les internautes les appellent et fixent un rendez-vous. À la clé, un tour gratuit dans une machine agricole. En Alsace, seules deux fermes se sont inscrites. Les Baqué sont les deuxièmes visiteurs à monter dans le véhicule de Benoît.

« Ça ne se passe pas comme dans M6 »

Les fermiers se changent en forains ? Pas vraiment. L’activité constitue surtout un outil de communication pour le monde agricole. Les producteurs montrent leur travail de tous les jours. Cela permet de casser des idées reçues sur l’agriculture moderne. « Là, les gens voient que ça ne se passe pas comme dans M6 », ironise Benoît. Pendant une heure dans le bocal de pilotage, les Baqué ont défriché leurs connaissances sur le métier. Fonctionnement de l’engin, utilisation du blé… « On a aussi parlé de thèmes d’actualité, comme les pesticides, raconte Thibault, le papa. Je ne savais pas que les agriculteurs n’utilisaient plus d’OGM dans le maïs. »

La plateforme web facilite aussi les rencontres entre différents milieux sociaux. Samedi après-midi, Benoît a ainsi passé une heure en compagnie d’une sage-femme et d’un médecin. « Des gens qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer dans notre quotidien », confie le jeune exploitant. Un constat réciproque avec ses visiteurs. « On regarde souvent du bord de la route, mais on n’ose pas déranger l’agriculteur dans son travail, confirme Thibault. Le site casse ces barrières. »

Loin de toutes ces considérations, Éliott est aux anges. « Ça m’a beaucoup plu », témoigne-t-il à sa sortie de la machine, un peu intimidé et très fatigué. Le moment est venu de dire au revoir à Benoît, le héros du jour. Mais ses parents lui ont promis qu’il reviendra. L’an prochain pour la récolte des blés.

Circuits courts

Un « fast good » à Strasbourg

Vie professionnelle

Publié le 03/10/2018

Un fourgon aménagé en cuisine roulante stationne sur la place Kléber. Il est 11 h 30, grand ciel bleu, et Marianne Mathis commence à cuisiner. « On a des quiches, des saucisses et je vais préparer des légumes à la plancha », explique cette agricultrice de Hœrdt. Comme elle, une dizaine d’agriculteurs ont proposé des petits plats de dégustation aux Strasbourgeois, vendredi et samedi derniers. Une initiative du réseau Bienvenue à la ferme, porté par les Chambres d’agriculture pour promouvoir les circuits courts et les activités dans les fermes adhérentes.

« L’idée est de promouvoir la marque auprès du grand public », indique Jean-Luc Parthonneau, conseiller circuits courts à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Un virage dans la politique du réseau. Jusqu’à présent, la communication visait surtout les paysans, afin de recruter de nouveaux adeptes. Aujourd’hui, avec 8 000 membres en France et 200 en Alsace, la plateforme a atteint son niveau de croisière. Le focus se tourne donc vers les consommateurs.

Voilà l’objet de la tournée « Mangez fermier », lancée à l’occasion des 30 ans de la plateforme. Son food truck parcourt la France pendant un mois et s’arrête dans dix villes. « Les producteurs vont à la rencontre des citadins », résume Jean-Luc Parthonneau. Et ça marche. Un peu avant midi, employés de bureau et étudiants se massent autour des quatre tables hautes posées devant le fourgon. Des serveurs distribuent de petits plats. Les gens ne s’attardent pas mais ils emportent un ou deux prospectus de l’organisation. Le conseiller sourit : « Certains vont au « fast-food », nous nous proposons un « fast good » : c’est rapide et de bonne qualité. »

Interprofession nationale de la volaille de chair

« Nous ne négocions pas les prix, l’Autorité de la concurrence nous l’interdit »

Élevage

Publié le 27/09/2018

L’Est Agricole et Viticole - Paysan du Haut-Rhin (EAV-PHR) : L’Association interprofessionnelle nationale de la volaille de chair (Anvol) a été créée en avril et vous avez été élu président dans la foulée. Parlez-nous de son fonctionnement.

Jean-Michel Schaeffer : L’Anvol regroupe toutes les fédérations de la volaille (poulet de chair, dinde, pintade, canard). Elle doit coordonner les actions des différents membres. Je suis impliqué dans ce dossier depuis le début des travaux, en 2015. Ma candidature a fait consensus. Mais le poste de président a vocation à tourner entre chaque secteur de l’interprofession. L’organisme intègre aussi les acteurs qui gravitent autour de la filière : abatteurs, distributeurs, fabricants d’aliments, bouchers… C’est important que tout le monde soit associé à la démarche. Surtout lors des négociations commerciales.

EAV-PHR : Justement, quel rôle jouera l’Anvol lors des discussions avec les distributeurs ?

JMS : L’interprofession ne négocie pas de prix. Elle établit des indicateurs économiques qui permettent de déterminer les coûts de production. À partir de là, chacun négocie ses contrats. Aujourd’hui, nous publions des indices sur le coût de l’alimentation. Mais nous aimerions en constituer d’autres. Sur les frais liés à l’énergie, par exemple. L’avantage, c’est que maintenant tout le monde reconnaît nos indices. Cela devrait permettre des négociations plus justes et plus transparentes.

EAV-PHR : Après six mois d’existence, votre organisme est-il opérationnel ?

JMS : On est encore en train de se mettre en route. Les fédérations continuent de fonctionner comme avant. On ne part pas de zéro. Et nous avons déjà commencé à travailler sur certains sujets. Par exemple, la sécheresse de l’été a fait monter les cours du maïs et du blé. Dès août, l’Anvol a publié un communiqué de presse pour alerter sur la hausse des prix des aliments et a invité producteurs et distributeurs à se rencontrer pour corriger les prix. Aux dernières nouvelles, les négociations sont en cours.

EAV-PHR : Ce travail de veille est-il la priorité de l’Anvol ?

JMS : Oui, on tire la sonnette d’alarme quand on sort des clous. Après, nous avons d’autres missions. On fait un gros travail de lobbying à Bruxelles. Nous sommes très vigilants sur des dossiers comme le Brexit ou les accords de libre-échange avec le Mercosur et l’Ukraine. Le fait de représenter toute la filière nous donne plus de poids, c’est sûr. On va aussi beaucoup communiquer auprès du grand public et des professionnels. Aujourd’hui, 40 % du poulet consommé en France est importé. En grande partie par la restauration hors domicile. C’est pourquoi on a insisté pour que les deux fédérations de la RHD rejoignent l’interprofession.

EAV-PHR : L’Anvol a été fondée à la suite du démêlé judiciaire avec l’Autorité de la concurrence. Elle a sanctionné des concertations illégales pendant des négociations commerciales de 2000 à 2007…

JMS : Selon moi, il s’agissait surtout d’entreprises qui voulaient se serrer les coudes face à la grande distribution. Quoi qu’il en soit, en 2015, l’Autorité de la concurrence a condamné 21 industriels et deux organisations professionnelles. Dans son jugement, elle consent à des rabais sur les amendes (elles s’élèveront au final à 15,20 M€, NDLR) si les acteurs mettent tout en œuvre pour s’organiser en interprofession. Cette décision a créé un électrochoc. Mais de toute façon, les sujets que nous venons d’évoquer nécessitent de travailler collectivement.

EAV-PHR : Avec ces amendes et la naissance de l’Anvol, le monde de la volaille s’est-il débarrassé de ses vieilles habitudes ?

JMS : L’interprofession incite tout le monde à se mettre autour de la table et donne des outils pour déterminer les coûts de production. Cela devrait permettre des négociations plus transparentes. Mais encore une fois, nous ne négocions pas de prix. L’Autorité de la concurrence nous l’interdit.

Fermes ouvertes

Des enfants chez les vaches

Élevage

Publié le 08/06/2018

« Les bottes sont faites en paille ou en foin ? Pourquoi le taureau a un anneau dans le nez ? » La ferme Boehmler, à Forstfeld, s’est transformée en cour d’école, mardi 29 mai. Trois classes de primaire de Haguenau ont visité l’élevage dans le cadre de l’opération nationale Fermes ouvertes, portée par la FNSEA.

Les groupes d’élèves ont pu toucher du doigt les réalités du travail d’agriculteur, accompagnés par des membres de la fratrie Boehmler. Balade dans les champs avec Cindy, cours d’anatomie de la vache par Philippe, démonstration d’enrubannage avec Guillaume tandis que sa compagne, Marie Hoffmann, a présenté un veau. Les gamins se sont aussi entraînés à distinguer blé et orge, à donner du foin aux bêtes et à monter dans le tracteur.

« Cette journée nous permet de casser certains clichés. » La phrase ne sort pas de la bouche d’un agriculteur, mais de celle de Mme. Fleitz, institutrice d’une classe de CM1-CM2. Selon elles, les enfants se moquent parfois du monde rural, jugé sale par exemple. « Là on rentre dans le concret, ça permet d’établir une réalité. » Mais pas que. « On cherche aussi à susciter le débat, explique la maîtresse. Sur l’abattage notamment. »

« Pas juste une sortie au zoo »

« Communiquer, ça fait partie de notre métier maintenant », estime Philippe Boehmler. « On veut montrer notre quotidien », renchérit Guillaume, son frère cadet. Mais recevoir des jeunes nécessite un peu de préparation. Les organisateurs ont nettoyé la cour, retiré tous les objets dangereux du périmètre, rassemblé différentes catégories de bêtes pour donner un bon aperçu du cheptel aux enfants.

Mais « ce n’est pas juste une sortie au zoo », souligne Philippe. La matinée doit servir avant tout à ouvrir l’esprit des jeunes au monde agricole. Pour cela, les écoles prévoient des travaux en amont et après la visite. Ainsi, les élèves de Saint Nicolas rempliront un livret, condensé de ce qu’ils ont appris à la ferme. Mais parler à des enfants n’est pas si simple. Alors la FDSEA donne des conseils pédagogiques de base aux nouveaux participants. Les Boehmler, avec dix ans d’expérience, n’ont plus besoin d’aide.

La visite se termine par un goûter offert par Alsace Lait. Un bon coup de pub auprès d’un public parfois très éloigné du « consommer local ». « Il vient du supermarché ce yaourt ? », demande un blondinet à casquette. Les agriculteurs n’ont pas fini de communiquer.

Emma, 14 ans et déjà présentatrice

Élevage

Publié le 11/05/2018

Dans quelques jours, elle défilera au centre du ring. La fin d’une attente de plusieurs années. Car en 2017 et 2016, Emma Morier a suivi les concours du festival de l’élevage de Brumath depuis les gradins. Samedi soir, elle participera à l’épreuve de présentation et dimanche à celle des génisses prim’holstein.

Elle sera la première de la famille à inscrire son nom sur la liste des compétiteurs. Ce qui lui a donné envie de se lancer ? « Sa jument qu’elle adore brosser, peigner », croit savoir Laurent, un papa très fier. Pourtant, ce week-end, pas de cheval, mais une génisse pour accompagner sa fille. Nina, une prim’holstein de 7 mois. « On l’a habituée à marcher dans un espace fermé, je la savonne, je la brosse », explique Emma.

École des jeunes présentateurs et conseils d’anciens

Pour s’entraîner, elle a participé à la journée de formation des jeunes présentateurs, mi-avril à Dachstein. Et puis, Laurent compte aussi sur les anciens pour délivrer leurs bons conseils en fin de semaine. Lui ne pourra pas vraiment aider sa fille car il n’a « jamais eu le temps de participer ». Quoi qu'il en soit, ce chef d’un élevage de cent vaches laitières, à Donnenheim, portera un regard connaisseur sur les performances d’Emma.

Mais quel que soit le résultat, l’émotion sera au rendez-vous. Une belle manière de conclure une année bien chargée pour Emma. Elle va passer son brevet des collèges en juin avant de partir en classe de seconde générale à Haguenau. Car si cela ne tenait qu’à elle, Emma commencerait des études agricoles. Pourtant, vu la conjoncture économique et son âge, ses parents préfèrent lui donner « une année supplémentaire pour réfléchir et décider de son avenir. » Très bien. Mais avant ça, il y aura les grandes vacances. Ouf !

 

Salon des vins de la région de Molsheim

« Cette année, ça va plutôt bien »

Vigne

Publié le 10/05/2018

Pas de grands réquisitoires et doléances à la tribune du Salon des vins de Molsheim. « Cette année, ça va plutôt bien », a même reconnu Henri Kaes, organisateur de l’événement, dans son discours inaugural. Pas de cataclysme climatique ou commercial pour assombrir l’humeur des vignerons. Les officiels ont tout de même trouvé quelques nuages à leur horizon.

En premier lieu, la stratégie de prévention du ministère de la Santé, jugée trop dure. Les autorités sanitaires veulent en effet obliger les producteurs à agrandir le logo déconseillant l’alcool aux femmes enceintes. « Elles sont enceintes, pas aveugles », s’est exclamé Henri Kaes. Le jeune responsable fustige plus généralement une politique « toujours dans la répression, pas dans la prévention ». Il déplore par exemple qu’on n’accompagne pas les jeunes dans leur consommation. « À 18 ans, ils sont balancés dans la jungle. »

De la cave à la carte, un prix multiplié par deux ou trois

Jérôme Bauer a dénoncé les accusations à l’encontre de la profession. « Je ne suis pas un pollueur », a insisté le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace. Selon lui, le vignoble alsacien serait le plus respectueux de l’environnement en France. « On n’a pas attendu que la société nous le demande pour prendre des mesures de préservation de l’environnement. » Et si la population exige davantage d’efforts ? « On le fera sans problème, mais il faut que tout le monde admette que cela a un coût », prévient le responsable.

Le député Laurent Furst en a profité pour rebondir sur le prix des bouteilles en restaurant. « Aujourd’hui, beaucoup de gens renoncent à prendre du vin car c’est trop cher. » Et l’élu de signaler la différence de prix entre la cave et la carte. « Il peut doubler ou tripler. » Son successeur à la mairie de Molsheim, Jean-Michel Weber, a pointé un autre problème. « Dans certains restaurants de Strasbourg, on ne trouve plus de vins alsaciens. » Un phénomène inquiétant, selon l’édile. Un comble pour un terroir qui produit « le plus grand vin blanc du monde, exporté dans plus de 130 pays », selon Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace.

 

 

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