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Nicolas Bernard

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Saint-Valentin

Agathe Bursin et Mickael Moltès : pour le meilleur et pour les vignes

Vigne

Publié le 14/02/2020

Chacun ses vignes, chacun son domaine, un seul amour. Vingt-six ans après leur première rencontre dans les couloirs du lycée viticole de Mâcon, dix ans après s’être passé la bague au doigt et sept ans après la naissance de leur fille Clotilde, Agathe Bursin et Mickael Moltès sont toujours aussi complémentaires… et amoureux. Elle, ce sont six hectares de vigne travaillés, récoltés et vinifiés avec passion au cœur de Westhalten depuis 2001. Lui, c’est le cohéritier du domaine Moltès à Pfaffenheim. Une entreprise familiale qu’il a développée aux côtés de son frère Stéphane, la faisant passer progressivement d’un parcellaire de 8 ha au milieu des années 1990 à 27 ha l’an passé. Mais les chiffres, ici, importent peu. Agathe et Mickael ont surtout réussi à faire de leur union une histoire d’amour où se mêlent passion du vin et de la vigne, écoute de l’autre, humour omniprésent et indépendance au travail.

Mots doux sur les rails

Au début, ce n’est pourtant pas gagné. En 1994, le BTS Viticulture Œnologie n’existait pas au lycée de Rouffach. Direction la Bourgogne pour les deux futurs vignerons qui ne se connaissent pas encore. Là-bas, ils sont les seuls représentants de leur Alsace natale. Loin de la famille, le prétexte est déjà tout trouvé pour se rapprocher de l’autre. Ou pas. « Ma première impression a été plutôt négative. Il est passé à côté de moi, sans me saluer. J’étais un peu perdue. Lui a tout de suite pris ses marques », se souvient Agathe.

Et puis le train a fait le reste. Entre Mâcon et le retour au bercail, il y avait alors cinq longues heures à patienter au fil des voies ferrées. Sans téléphone, sans ordinateur, il reste la parole à son voisin. Mais chaque chose en son temps. À l’ancienne, ils ont d’abord pris le temps de se connaître. Il faut dire qu’il y avait de la matière à échanger, surtout quand on aime l’Alsace, sa viticulture, ses cépages, ses terroirs.

De son côté, Agathe avait encore le souvenir joyeux de ses premières dégustations de jus de raisin. Elle avait quatre ans à peine. Avec son cousin, elle avait le droit de presser quelques grappes récoltées par ses grands-parents coopérateurs. Arrivée à l’école, elle se fait des copains, tous fils de vignerons, qui parlaient tracteurs. « Moi, je n’en avais pas, mes parents n’avaient pas repris l’activité. Je me suis promis qu’un jour, j’en aurai un. Aujourd’hui, j’en ai trois ! » Dans ce train qui faisait escale à Bourg-en-Bresse, Montbéliard ou Dijon, ce rêve d’enfant prend forme au fil des discussions avec Mickael. Ils parlent de projets futurs, vision du métier et, tout simplement, de tout ce qui leur plaît dans la vie. Jusqu’au jour où ils se rendent compte…

« On s’est mis ensemble trois mois avant les examens de deuxième année. J’étais très travailleuse, Mickael un peu moins. Du coup, je l’ai fait bosser pour qu’il réussisse son année. » À l’arrivée, mission accomplie pour les deux tourtereaux. Mickael peut officiellement reprendre le domaine familial aux côtés de son frère. Agathe fait le choix de continuer ses études, histoire d’être fin prête le jour où elle créera son propre domaine. Pas question pour elle de rejoindre son amoureux au sein de l’entreprise Moltès. Son rêve a toujours été de devenir viticultrice, mais à son propre compte. De toute manière, la question de travailler ensemble ne s’est jamais posée. Le couple d’un côté, l’entreprise viticole de l’autre. Une formule gagnante à leurs yeux. « On a chacun la fierté de dire : « c’est mon entreprise ». Et si jamais on rate quelque chose, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même », souligne Mickael.

De la compréhension au réconfort

Sur le terrain, cette complémentarité s’exprime parfois par des coups de main bienvenus. « Si on a le temps et que le matériel est déjà dehors, autant en faire profiter l’autre », justifient-ils d’une seule voix. Après, chacun conduit ses vignes comme il l’entend ou vinifie selon ses goûts. Le respect de l’indépendance d’autrui, encore lui. « Par exemple, Mickael aime bien les macérations dans le muscat. Moi, non. On a chacun nos petits trucs. On se complète vraiment. » Idem pour les essais. Si l’un expérimente quelque chose dans sa parcelle, l’autre peut bénéficier du retour d’expérience, et réciproquement. « Du coup, on peut tester davantage de techniques que si on était seuls. Ou alors, essayer chacun de notre côté la même technique et comparer les résultats. C’est un réel atout », considère Mickael.

Dans leur couple, c’est lui le spécialiste de la technique, toujours à l’affût des dernières innovations ou technologies en vogue. Quand on veut acquérir une nouvelle machine, ça aide. Agathe le confirme : « Le jour où j’ai voulu acheter une charrue, je ne savais pas trop quoi prendre. Au final, j’ai fait quelques acquisitions qui n’étaient pas très pertinentes. C’est là que Mickael m’a apporté ses conseils et m’a orientée vers du matériel plus adéquat. » Si elle n’est pas vraiment à l’aise avec la technique, elle l’est en revanche plus sur les questions marketing et commerciales. Une expertise qu’elle n’hésite pas à lui partager s’il lui en fait la demande.

Être marié à son alter ego viticole est aussi très utile quand il s’agit d’avoir un avis franc et objectif sur sa dernière cuvée. « Quand on tend un verre à l’autre pour savoir ce qu’il en pense, il n’y a pas de filtre. Si c’est bon, on le dit. S’il y a des défauts, on le dit aussi. Dans ce cas, on essaie de comprendre ce qui ne va pas pour faire mieux derrière. » Comprendre les difficultés et les contraintes peut être un vrai réconfort dans les moments les plus difficiles. « Face à un problème ou une épreuve, on peut vite être découragé. Avec une personne à nos côtés qui connaît le métier comme nous, c’est bien plus facile d’être conseillé et soutenu. Ça facilite grandement la vie de couple quand on doit s’absenter pour un salon, ou quand on doit, au dernier moment, aller régler un problème dans les vignes », témoigne Agathe.

« Joviale, aimante, attentive »

Grâce à ce fonctionnement mêlant indépendance, complémentarité et complicité, Agathe et Mickael ont su construire un couple harmonieux où les tensions et disputes sont très rares, voire inexistantes. « On a des caractères calmes tous les deux, ça aide aussi », reconnaissent-ils en chœur. Si l’un fait quelque chose sur son exploitation et que l’autre n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Chacun est toujours libre de faire ses propres choix, d’emmener son domaine là où il le souhaite. Au final, le choix de l’autre est toujours respecté.

Il n’y a guère que pour le choix des vacances que la situation se complique parfois. « Vu qu’elle ne prend pas l’avion, ça nous limite un peu dans nos choix. Mais bon, rien de bien grave au final », s’amuse Mickael. Quand on leur demande de lister les qualités et défauts de l’autre, il y a beaucoup à dire et rien à dire à la fois. « À part le fait qu’il roule parfois un peu trop vite, je dirais surtout de Mickael est la personne parfaite à mes yeux. C’est quelqu’un de dynamique, qui a de bonnes idées et sur qui on peut compter quand on est en difficulté. » Pour lui, son épouse n’a « aucun défaut ». « En trois mots, je dirais qu’elle est joviale, aimante et attentive. » Vingt-six ans après, l’amour n’est plus « aveugle » comme aux débuts, il est juste, lucide et empreint de beaucoup tendresse. Il a surtout eu le temps de vieillir comme aurait vieilli un millésime d’exception et qu’on dégusterait avec le même plaisir des décennies plus tard. Bursin-Moltès, une cuvée à part, un couple qui dure. Pour le meilleur et pour les vignes.

Initiative

Des steaks hachés surgelés « 100 % local »

Élevage

Publié le 19/01/2020

Du steak haché « bouchère », bio et 100 % local. Une formule gagnante que Frédéric Tristch, éleveur à Sausheim à la Ferme de l’Ill, a appliquée pendant plusieurs années avec succès. Mais, au printemps dernier, la fermeture de l’usine Elivia à Eloyes (Vosges), qui s’occupait jusqu’alors de la fabrication de ces produits, l’a laissé comme près de 400 éleveurs (principalement vosgiens) sans solution. Face à la pression de ces derniers, Elivia, tout de même numéro deux français de la viande bovine, a accepté de continuer la prestation steaks hachés sur un autre site du groupe. Trop loin pour Frédéric Tritsch qui se demande alors comment il pourra continuer à contenter les demandes de ses clients - en vente directe uniquement - pour des steaks hachés qui ne connaissent pas la crise. « C’est le seul produit qui progresse en viande. C’est facile à cuire. Et puis les enfants sont contents », explique-t-il. Le salut viendra de la Chambre d'agriculture des Vosges, qui le contacte pour un projet ambitieux : la construction d’une unité de fabrication de steaks hachés surgelés sur le site de la coopérative Adéquat, à Rambervillers. L’idée le séduit. Deux arguments en particulier : la proximité relative du site et la « taille humaine » de l’abattoir, comme à Cernay. « Du coup, il y a moins de transports pour les animaux, donc moins de stress. Sur place, les bêtes sont mieux prises en compte. Cela correspond mieux aux attentes des consommateurs et des éleveurs comme moi. Et puis c’est une coop appartenant à 100 % à des agriculteurs. On n’est pas dans la logique d’un gros industriel », justifie-t-il.

Une qualité « exemplaire » à fournir

Mais pourquoi ne pas aller à l’abattoir quasi voisin de Cernay dans ce cas ? « Pour faire du steak haché, il faut des lignes et des machines dédiées, et le tonnage pour que ça soit rentable. Nous voulions aussi la même qualité qu’on avait chez Elivia. Ce n’était pas possible à Cernay dans l’état actuel des choses. » Cela ne l’empêche pas d’amener de temps à autre à l’abattoir du Haut-Rhin pour obtenir des caissettes de viande. Une solution complémentaire qui lui permet de vendre l’intégralité de sa production en vente directe, à la ferme uniquement. Un mode de commercialisation garant à ses yeux d’une juste « valorisation » de son travail. Économiquement d’une part, mais aussi socialement. D’où sa volonté « très forte » de garantir une qualité exemplaire. « Pour moi, si on va chez un paysan, c’est pour avoir une qualité qu’on n’a pas en supermarché. Quand je vois ces steaks hachés vendus quatre euros le kilo, je me demande vraiment ce qu’ils mettent dedans… » Chez lui en tout cas, pas de mauvaise surprise. Les 2,4 tonnes de steaks hachés qu’il produit annuellement sont garantis « 100 % viande » issue de vaches Normandes réformées. Le tout vendu à douze euros le kilo au consommateur. « C’est vrai qu’en bio, je pourrais être plus cher. Mais j’ai l’esprit producteur avant l’esprit commerçant. Et puis, j’aime bien l’idée de faire du bio pour tout le monde. »

Distillation

Le gin alsacien, prêt au décollage

Pratique

Publié le 02/01/2020

Au pays des poires williams, framboises, kirschs, quetsches ou mirabelles, le gin a aussi sa place parmi les alcools forts. Une conviction qui a poussé Florian Gill à créer sa propre distillerie avec deux associés à Sainte-Croix en Plaine, dans un ancien garage de maintenance agricole. Son nom : La Grange. Il a une idée fixe en tête : produire des gins, whiskies et liqueurs bios les plus « locaux » possible. « J’utilise au maximum ce qui est produit en Alsace », explique-t-il. De la baie de genièvre évidemment - l’ingrédient principal du gin - mais aussi du marc du raisin, diverses plantes aromatiques qui évoluent en fonction des saisons ou, dernièrement, du safran produit par un agriculteur de Guémar.

N’étant pas chapeautée par une quelconque AOC, la recette du gin peut ainsi évoluer au gré de la créativité du distillateur. Les premières cuvées commercialisées par Florian Gill en témoignent. Il y a d’abord le Super Broussard - en référence à un avion de transport français des années 1960 - qui est un mélange « complexe » de vingt-cinq plantes différentes comme la lavande, le thym, le romarin ou la coriandre. Un cocktail aromatique « bien arrondi » en bouche qui bénéficie d’une saveur florale très appréciable en bouche. On trouve ensuite le Pin-Up Wings, un gin à base d’agrumes, très léger en bouche. Là encore, le nom est intrinsèquement lié à l’univers aéronautique et ses pin-up peintes sur les carlingues des avions de chasse pendant le Seconde Guerre mondiale. On trouve enfin le dernier né de la production : le gin au safran « La Rose des vents », un mélange de « subtilité » et de « noblesse » qui, là encore, est un clin d’œil assumé au monde de l’aviation. Au-delà de l’idée marketing, c’est surtout un bon moyen pour Florian Gill de mettre en avant sa passion lointaine pour cet univers. « Plus jeune, je voulais devenir pilote professionnel. Mais étant diagnostiqué daltonien, je n’ai pas pu concrétiser ce rêve… » Et puis, historiquement, il faut savoir qu’il y a une forte tradition du gin dans l’aviation. La boucle est bouclée, la gastronomie en plus.

Un argument « local » qui séduit

Avec son gin, Florian Gill se place aux antipodes du « gin de boîte de nuit ». Ce qui compte à ses yeux, c’est le travail artisanal, l’utilisation d’un savoir-faire ancestral transmis par son grand-père, et la capacité d’une petite distillerie comme la sienne à pouvoir innover. Une philosophie qui est un peu absente en France à ses yeux. « Le gin revient beaucoup à la mode chez nos voisins européens. En France, on est plus timide. On n’a pas la tradition autour de cet alcool. Pourtant, les possibilités sont vastes. » Cela fait deux ans qu’il s’est lancé dans cette aventure aux côtés de Vivien Remond et Enzo Georges, de la brasserie Ste-Cru, à Colmar. La commercialisation des premières bouteilles a démarré il y a un an. Fidèle à sa philosophie « locale », il a sollicité un à un ses clients - bars, restaurants, cavistes - pour leur faire découvrir sa production. Petit à petit, il a réussi à faire parler de lui. Pas suffisant encore pour dégager un bénéfice net, mais cela ne saurait tarder. « C’est un travail de longue haleine pour être reconnu. On n’a pas un gros réseau de communication comme ce qui peut exister dans la viticulture. Du coup, il faut réussir à se faire connaître des gens qui aiment le gin. Après, on sent que l’argument « local » fonctionne bien. C’est en tout cas ce qui a déclenché le premier acte d’achat chez de nombreux clients. La question était de savoir s’ils allaient adhérer sur le long terme. Aujourd’hui, les ventes augmentent. C’est encourageant pour l’avenir. »

Ça l’est d’autant plus dans la mesure où il a investi toutes ses économies dans ce projet, et quitté son métier de moniteur de ski qu’il exerçait depuis de nombreuses années. « C’est sûr, quand on se lance dans une telle aventure. Il faut y croire. Mais on sentait qu’il y avait quelque chose à faire avec le gin. Je suis convaincu qu’on peut faire découvrir cet alcool autrement. Pour y arriver, il faut avoir la meilleure réponse gastronomique possible. Et avec tous les produits cultivés en Alsace, on peut imaginer plein de choses. Il suffit d’être créatif. » Et aussi tomber sur des personnes motivées à l’idée de créer un produit qui sort un peu de l’ordinaire, à l’image d’Hervé Barbisan, qui produit le safran à Guémar. « J’aimerais bien travailler directement avec un viticulteur pour récupérer ses marcs de raisin. Pour le moment, je n’en ai pas encore trouvé un qui soit capable de m’apporter la quantité dont j’ai besoin. Peut-être l’année prochaine, qui sait ? »

Réception routière des véhicules agricoles

Les règles changent à partir du 1er janvier 2020

Pratique

Publié le 23/12/2019

Qu’est-ce que la réception ?

Pour pouvoir être utilisé, un véhicule doit d’abord être conforme à des normes de sécurité et de pollution. En principe, lorsqu’ils sortent de l’usine, les constructeurs doivent pour pouvoir commercialiser leurs véhicules, les faire homologuer auprès de l’administration selon la procédure de réception. Celle-ci donne lieu à l’émission d’un barré rouge. Ce n’est qu’après la délivrance de ce barré rouge que le véhicule pourra être immatriculé. Au niveau agricole, les tracteurs (véhicules agricoles ou forestiers) devaient suivre cette procédure de réception, mais ce n’était pas le cas des remorques (ou semi-remorques) et des MAGA. L’administration a mis fin à ce manque par un arrêté du 19 décembre 2016.

Qu’est-ce qui change ?

À compter du 1er janvier 2020, la procédure de réception « européenne » des matériels agricoles remplacera la procédure de réception française jusqu’alors en vigueur. À partir de cette date, une procédure de réception à titre isolé (procédure spécifique à réaliser auprès des DREAL) sera obligatoire pour certaines catégories de matériels agricoles, qu’ils soient neufs ou usagés. Les véhicules dits « usagés » sont les véhicules qui ont eu une procédure de réception, mais qui n’ont pas eu de certificat d’immatriculation au 31 décembre 2019. Ces derniers, devront donc faire l’objet à nouveau d’une procédure de réception s’ils veulent recevoir un certificat d’immatriculation. Dans le cas contraire, ils ne pourront pas circuler sur la route et seront invendables.

Les machines concernées ne pourront plus être immatriculées que sur la base :

  • D’une homologation européenne pour celles qui peuvent en bénéficier.
  • D’une homologation Dreal* « nouvelle génération » pour les autres. Normalement, les barrés rouges « nouvelle génération » portent la mention « Application de l’arrêté ministériel du 19 décembre 2016 », mais il peut y avoir des situations où ce n’est pas le cas. Les homologations Dreal « ancienne génération », réalisées sur la base des dispositions antérieures à celles de l’arrêté du 19 décembre 2016, et qui étaient encore admises pour immatriculer les machines ne seront plus valables à compter du 1er janvier 2020.

Quels matériels sont concernés ?

  • Tous les automoteurs de type Machine automotrice genre agricole (MAGA) mis en circulation depuis le 1er janvier 2010.
  • Tous les véhicules remorqués de plus de 1 500 kg qui ont une réception nationale (bennes, plateaux, bétaillères, rouleaux, presses, fenaison, semoirs, pulvérisateurs, déchaumeurs, etc.) mis en circulation depuis le 1er janvier 2013.

Si l’on vend un véhicule : il faut impérativement s’assurer d’une part qu’il a eu une procédure de réception, et d’autre part qu’il a eu un certificat d’immatriculation. Sinon, il faudra à nouveau lui faire passer un test de réception.

Précisons également que lorsqu’un véhicule est transformé ou modifié, il doit faire l’objet d’une procédure de réception à titre individuel (cette réglementation a toujours été obligatoire). La transformation ou modification n’est pas de la réparation, c’est lorsqu’on va changer conséquemment le véhicule. Qui est concerné ?

Important : Tous les véhicules ayant déjà été immatriculés ne sont pas visés par la nouvelle procédure de réception.

Quels matériels ne sont pas concernés ?

  • Tous les matériels portés avant ou arrière
  • Les matériels remorqués réceptionnés selon le règlement européen 167/2013
  • Les matériels remorqués de moins de 1 500 kg
  • Les matériels neufs mis en service en France avant :

- 01/01/2010 pour les automoteurs (MAGA) ;

- 01/01/2013 pour les véhicules remorqués de plus de 1 500 kg de PTAC (REA, SREA, MIAR).

À ce jour, aucune dérogation n’est envisagée par l’État. Les concessionnaires agricoles recommandent vivement de s’assurer que l’immatriculation du matériel a bien été faite. À défaut, il pourrait tout simplement se voir en infraction.

Pourquoi cette évolution ?

À partir du 31 décembre 2020, la nouvelle réglementation relative à l’immatriculation des véhicules entrera en vigueur et le fichier d’immatriculation des préfectures laissera définitivement la place au système d’immatriculation des véhicules (SIV). Avant cette date, il faudra inscrire dans ce SIV tous les véhicules agricoles, qu’ils soient neufs ou mis en circulations avant le 15 avril 2009. Sauf que tout ceci a bien évidemment un coût. En attendant, des dérogations ont été mises en place pour un certain nombre de machines agricoles (hors MAGA depuis le 01/01/ 2010 et outils traînés de plus de 1,5 tonne depuis le 01/01/2013). Mais celles-ci devraient disparaître le 31 décembre 2020. C’est pour cette raison que la FNSEA reste active pour que ces dérogations soient maintenues au-delà de cette échéance.

Pourquoi ce rappel maintenant ?

Il faut savoir que depuis le 1er janvier 2013, tous les outils traînés nouvellement mis en circulation, de plus de 1,5 t de Poids total autorisé en charge (PTAC), du rouleau au semoir en passant par les pulvérisateurs ou les bennes, ont l’obligation d’être immatriculés. Or, il apparaît que beaucoup d’agriculteurs qui ont acheté ce type de matériel depuis 2013 n’ont ni certificat d’immatriculation (carte grise), ni plaque d’immatriculation. Il faut donc s’assurer d’avoir un certificat d’immatriculation valide au 31 décembre si on veut pouvoir utiliser son matériel le 1er janvier 2020. Sinon, il faudra repasser par la case « réception » avant de pouvoir immatriculer son matériel.

Que se passe-t-il si l’on ne respecte pas la réglementation ?

Le code de la route (article R321-4) prévoit qu’il est interdit de mettre en vente ou de vendre un véhicule ou un élément sans qu’il ait fait l’objet d’une procédure de réception. Il est également interdit de maintenir en circulation un véhicule à moteur ou une remorque sans réception. Les homologations nationales qui ne sont pas mises à jour suivant les prescriptions de l’arrêté du 19 décembre 2016 perdront leur validité après le 31 décembre 2019. Les véhicules concernés ne pourront plus être commercialisés, mis en service ou immatriculés après cette date.

Quelles sont les sanctions ?

Des amendes, des contraventions de 5e classe (amende maximale allant jusqu’à 1 500 € et 3 000 € en cas de récidive) sont prévues pour toute violation de l’interdiction de vente ou de mise en vente. Des amendes forfaitaires de 4e classe (135€) sont prévues pour le maintien en circulation d’un véhicule à moteur ou d’une remorque sans réception.

Comment obtenir une carte grise pour le matériel ?

Sur internet : une demande de ce certificat est à réaliser sur le site de l’agence nationale des titres sécurisés à cette adresse : https://ants.gouv.fr/monespace/s-inscrire.

Prévoir les pièces justificatives indiquées dans le tableau.

Important : Un problème a été identifié concernant la technique et le fonctionnement de ce site internet ; il n’y aurait apparemment pas la possibilité de mentionner l’usage agricole, ni même de le justifier pour inscrire un nouveau véhicule dans ce fichier. Pourquoi c’est important ? Car l’indication sur la carte grise de l’usage agricole permet, par exemple, de ne pas être verbalisé lorsqu’un mineur de moins de 16 ans travaillant sur l’exploitation est contrôlé par les forces de l’ordre en train de conduire le tracteur.

Les « Automnales » d’Elitest

Le bilan de l’année à la loupe

Élevage

Publié le 21/11/2019

Pour cette année 2019, la coopérative Elitest a décidé de faire évoluer le format de ses assemblées de section en organisant six rencontres départementales dans chacune des zones où elle est présente. En Alsace, ces rendez-vous ont eu lieu le 7 novembre à Carspach et le 15 novembre à Woellenheim. La première partie de ces réunions a permis de présenter le bilan de l’exercice 2018/2019 pour l’ensemble de la coopérative. La seconde partie, l’après-midi, a été articulée autour d’une visite d’exploitation.

La restructuration des élevages se poursuit

Au cours de l’exercice écoulé, le nombre d’adhérents actifs - les éleveurs qui sont au moins à une insémination artificielle première (IAP) - a poursuivi la chute observée depuis la création d’Elitest en 2010 avec 175 adhérents de moins (-4 %) pour s’établir à 4 077 adhérents. C’est 25 % de moins qu’en 2010. Parallèlement, et « heureusement », le nombre d’IAP par élevage a augmenté de 33 % depuis 2010, et est passé de 55 à 56 entre les exercices 2017-2018 et 2018-2019. « Cela confirme la tendance qu’on observe dans tout le pays : la restructuration des élevages se poursuit », indique le directeur d’Elitest, Philippe Sibille.

Progressivement, les « gros » élevages ont gagné du terrain face aux « petits ». Chez Elitest, il y a aujourd’hui 670 élevages qui font plus de 100 IAP, c’est 97 % de plus qu’en 2010 et 4,8 % qu’en 2017-2018. « Concrètement, cela représente 16 % des adhérents qui réalisent à eux seuls 43 % de l’activité totale d’Elitest. » Mécaniquement, le nombre d’adhérents qui font peu d’activité - moins de 10 IAP - baisse d’année en année. Une érosion « logique » de 1 328 adhérents en 2010 à 943 aujourd’hui. Ces derniers représentent 9 268 IAP au sein de la coopérative, soit un tiers des adhérents pour 4 % de l’activité totale. D’un point de vue géographique, ce sont les zones de Meuse et de Moselle qui enregistrent le plus fort déclin d’activité depuis la création d’Elitest avec, respectivement, -8,2 % et -4,9 %. Sur la même période, l’activité en Alsace et en Vosges/Haute-Marne a respectivement augmenté de 6 et 5,1 %. Mais comparé au dernier exercice 2017-2018, les quatre zones d’Elitest affichent une évolution en légère baisse : -0.9 % en Alsace, -1,8 % en Vosges Haute-Marne, -0,7 % en Moselle et -2,7 % en Meuse.

« Le marché crée la tendance »

Même s’il a connu une légère baisse (-1,5 %) par rapport à l’exercice précédent, le nombre d’animaux inséminé en 2018-2019 est en légère hausse depuis 2010 (+0,1 %). « On est à peu près stable », se félicite Philippe Sibille. Si on entre un peu plus dans le détail des chiffres, on s’aperçoit que l’activité laitière a baissé de 1 % depuis 2017-2018 mais a augmenté de 4,4 % depuis la création d’Elitest. En revanche, on note une érosion « significative » et « forte » en femelles allaitantes avec une baisse de 4,9 % par rapport à 2017-2019 et de 22 % depuis 2010. Une baisse qui s’explique par la progression « spectaculaire » du croisement terminal (femelles laitières avec taureau viande) de 302 % depuis 2010-2011 et de 28 % par rapport à 2017-2018. Une tendance qui, selon le directeur d’Elitest, devrait se poursuivre dans les années à venir. Notamment pour des « petites » ou « moyennes » races qui en bénéficient directement.

Globalement, l’activité des taureaux viande a augmenté de 3,8 % en 2018-2019. La Charolaise, pourtant tête de liste avec plus de 21 000 IAP a connu une diminution de son activité de 3,6 %. « Ce n’est pas un problème de coût dans la mesure où le prix de la dose est même moins cher que celui d’autres races. Non, c’est clairement le marché qui crée la tendance », observe Philippe Sibille. Ainsi, l’Angus, l’INRA 95, la Rouge des prés, l’Hereford, la Stabiliser et surtout la Blanc Bleu ont enregistré une hausse notable de leurs IAP en un an. « Sur le mois d’octobre, on a fait plus de 2 700 doses de Blanc Bleu. C’est énorme, on n’a jamais fait de mois comme ça », s’étonne encore le directeur d’Elitest. Chez les taureaux laitiers par contre, le nombre d’IAP a baissé de 2,7 % en un an. Conséquence majeure : l’impact que cela peut avoir à terme sur le financement des schémas laitiers. « Il faut savoir que si l’on perd au moins 3,3 % d’activité, il faut diminuer la taille des schémas ou trouver autre chose pour continuer la dose à un tarif convenable. Du coup, nous recherchons d’autres solutions pour mieux valoriser la génétique dans les schémas. » Un peu comme en viande, on constate que ce sont les races à plus petits effectifs (Brune, Normande, Jersiaise) qui se sont développées en une année au sein d’Elitest. Les « historiques » comme la Prim’Holstein, la Montbéliarde, la Simmental et la Vosgienne ont de leur côté vu leur nombre d’IAP baisser.

Le génotypage, investissement prioritaire

Concernant le sexage, 29 042 doses ont été posées lors de la dernière campagne d’Elitest, avec essentiellement des doses femelles. C’est un peu moins (-2 %) que lors de l’exercice 2017-2018. Les taux de réussite de ces doses sexées sont aussi en légère baisse, pénalisés par les mauvais fourrages de l’année. Ils passent ainsi de 58,35 % en 2017-2018 à 56,83 % pour l’exercice qui vient de s’écouler. C’est dix points de moins que le taux de réussite en semence conventionnelle qui s’établit cette année à 66,42 % (contre 67,21 % en 2017-2018). Enfin, les génotypages se sont développés de manière significative en un an, notamment pour la Prim’Holstein (+ 32 %) et la Montbéliarde (+ 6,9 %). C’est en revanche en retrait pour les races à viande comme le Charolais et La Brune (-40,7 % et -6,3 %).

Le génotypage représente un gros poste d’investissement pour Elitest. « On veut que la démarche se démocratise, que les inséminateurs puissent faire les génotypages sans passer par les techniciens », explique Philippe Sibille. Grâce aux efforts financiers consentis par la coopérative, le tarif des génotypages femelles diminue année après année. Aujourd’hui, au-delà de vingt génotypages effectués, la prestation revient à 40 euros HT hors bon de réduction à faire valoir sur les génotypages effectués lors de l’exercice suivant. Le tarif descend même sous la barre des 30 euros (avec bon de réduction) si tout le troupeau est génotypé. Si certains agriculteurs estiment que ces tarifs sont encore un peu « chers », le président d’Elitest, Damien Tiha, rappelle que la coopérative cherche avant tout à rendre la prestation accessible au plus grand nombre. « On fait un effort pour les éleveurs. On pourrait être bien plus cher. Mais on considère que c’est un vrai service où tout le monde sera gagnant au final, la coopérative comme les éleveurs. Plus on aura d’index, mieux ça sera pour nos élevages. »

Étienne Fourmont, Agri Youtubeurre

La réalité agricole en vidéo

Vie professionnelle

Publié le 06/10/2019

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Étienne Fourmont : « Je suis éleveur laitier dans la Sarthe. Je représente la cinquième génération d’agriculteur dans ma famille. Avant de m’installer, j’ai suivi un parcours classique en lycée agricole avant d’enchaîner par un stage de six mois en Nouvelle-Zélande. »

Comment êtes-vous arrivé sur les réseaux sociaux et sur Youtube ?

« Je suis très présent sur Twitter depuis 2015. En tant qu’élu JA national, je parlais beaucoup de syndicalisme. Puis sont apparus des messages anti élevage de personnes ne connaissant pas l’agriculture. C’est là que j’ai commencé à expliquer mon métier. Mais avec le format de Twitter, les messages étaient trop courts. Cela devenait compliqué de bien communiquer. De là m’est venue l’idée d’utiliser un autre canal dans lequel je pouvais plus facilement faire passer mon message. C’est comme ça que je suis passé tout naturellement à la vidéo en créant ma chaîne Youtube sur laquelle je partage le quotidien de la ferme laitière française. »

À quel public s’adressent vos vidéos ?

« Environ 80 % de mes abonnés sont issus du monde agricole, majoritairement des jeunes de 15-25 ans. Le reste, c’est le grand public. Dans tous les cas, j’essaie d’expliquer le plus simplement les choses, sans trop rentrer dans la technique. Il faut que ça reste accessible. »

Même les sujets plus sensibles ?

« Oui, l’essentiel est de rester simple dans sa communication. Mais c’est vrai que lorsque je parle de l’écornage des veaux, ou de la pollution imputée aux élevages, je travaille plus mon sujet. Dans ce genre de situations, il faut faire attention à ce qu’on dit afin d’être inattaquable derrière. »

Depuis la création de votre chaîne Youtube en 2017, le nombre de vos abonnés ne cesse d’augmenter et vient de passer le cap des 17 000. Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce succès fulgurant ?

« Je dirais que c’est peut-être parce que je parle seul, dans ma ferme, en tant qu’un simple agriculteur qui veut vivre de son métier, et non pas en tant que syndicaliste dont l’image est souvent associée à des lobbys ou des entreprises. Du coup, il paraît malhonnête aux yeux de beaucoup de personnes. Pourtant, je suis aussi syndicaliste. Mais quand je m’exprime sur ma chaîne, c’est juste en tant qu’Étienne Fourmont, éleveur laitier et citoyen. »

Vous commencez tout doucement à avoir une petite notoriété. Est-ce que cela modifie les objectifs que vous vous êtes fixés au départ avec cette chaîne ?

« En effet, je sens bien qu’il se passe quelque chose autour de moi. Des médias m’interviewent, etc. Mais la célébrité ne m’intéresse pas du tout. Évidemment, plus mes vidéos génèrent des vues, plus je suis content. Cela veut dire que les messages que je veux faire passer se diffusent davantage. Tant mieux. Ma priorité reste de toute façon mon travail d’éleveur. La chaîne Youtube, c’est une passion. Tant que ça me plaît, je continue. »

Êtes-vous malgré tout victime de commentaires négatifs ou insultants ?

« J’ai quelques commentaires très agressifs, voire violents. Mais cela ne représente qu’un ou deux pourcents des commentaires que je reçois. Honnêtement, cela ne me touche pas du tout. Je pars du principe qu’ils sont ignorants. Et puis c’est largement compensé par les très nombreux commentaires positifs et encourageants que je reçois. Je reçois notamment pas mal de demandes de jeunes qui me demandent comment on fait pour devenir agriculteur. Ce genre de messages est une belle source de motivation pour continuer ce que je fais. »

Est-ce que vous vous êtes formé pour devenir vidéaste sur Youtube ?

« Déjà, j’ai toujours aimé les montages vidéos. J’en ai fait pas mal pour des anniversaires et des mariages. Après, j’ai regardé beaucoup de vidéos de Youtubeurs célèbres pour voir comment ils filmaient, ils montaient et le rythme. À partir de là, j’ai essayé de m’en inspirer pour les miennes. »

Mais la plupart de ces vidéos sont scénarisées. Les vôtres aussi du coup ?

« Quand je filme le travail du jour, je n’écris pas de scénario. Tout est spontané. J’explique ce que je fais comme ça vient. Pour des sujets plus approfondis, je prends le temps de réfléchir à mes angles de vue, à ce que je vais dire et comment. Si je veux être crédible sur des sujets sensibles, c’est essentiel que mon argumentaire soit béton et le plus sourcé possible. Du coup, c’est vrai, cela demande du travail en plus. »

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas encore abordés que vous souhaiteriez mettre en avant ?

« Je pars du principe qu’on peut tout montrer. J’aimerais bien par exemple parler des traitements phytosanitaires, du glyphosate, etc. Faire un vrai reportage en somme. Mais cela demande beaucoup de travail de recherche. Il faut être capable de citer ses sources et des études sérieuses pour être crédible. »

Comment faites-vous pour gérer cette charge en plus en plus de votre métier d’éleveur déjà très prenant ?

« Disons que les nuits sont courtes ! (rire) Surtout avec le rythme que j’ai pris [N.D.L.R. : il diffuse au minimum une vidéo par semaine]. J’envisage d’embaucher quelqu’un pour travailler sur l’exploitation. Ça va me soulager un peu. »

Quel (s) conseil (s) donneriez-vous à un agriculteur ou à un viticulteur qui souhaiterait lui aussi communiquer efficacement sur les réseaux sociaux ?

« Tu as un téléphone qui peut faire des photos et des vidéos, alors utilise-le. Par exemple, fais une photo par jour que tu publies sur Facebook. Explique ce que tu fais, comment tu le fais. Parle de ton métier, et sois factuel. Tout le monde peut faire ça. »

Même parler face caméra comme vous le faites ?

« C’est vrai, ce n’est pas facile de se mettre en avant comme je le fais. Il y a des personnes plus timides que d’autres. Tout le monde ne pourra pas faire ce que je fais, ou ne voudra pas. Mais on a la chance d’avoir plusieurs réseaux sociaux complémentaires, avec plusieurs manières de communiquer. Il suffit de choisir celle qui nous convient le plus. L’essentiel est d’être présent d’une manière ou d’une autre. »

Pourquoi ?

« Si on ne parle de pas de nous et de ce qu’on fait, qui le fera ? Je pense que le monde agricole en a de plus en plus conscience. Nous sommes dans une période où notre image est mise à mal par les grands médias. En parallèle, il y a un éloignement progressif qui s’est créé entre le monde agricole et les citoyens. Il y a quarante ans, tout le monde avait un membre de sa famille, proche ou moins proche, qui était dans l’agriculture. Cette période est révolue. Il faut que l’on recrée ce lien avec les consommateurs. Et les consommateurs sont sur les réseaux sociaux. Nous n’avons donc pas le choix : il faut y être. Et je suis persuadé que si l’on communique bien, nous avons la capacité d’insuffler un changement d’état d’esprit chez eux comme chez les politiques. Nous devons croire en nous. »

Ferme Dephy à Galfingue

Moins de phytos, plus de marge

Technique

Publié le 27/09/2019

Au départ, il y avait la volonté forte de diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, tant pour des raisons environnementales qu’économiques. Alors Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue, s’est lancé dans l’aventure et s’est demandé comment réduire ses doses avec son système de cultures : maïs, blé, luzerne, prairie. Comment adapter les outils présents sur la ferme pour atteindre cet objectif ambitieux ? Il décide très logiquement de rejoindre le réseau des fermes Dephy, un dispositif phare du plan Écophyto qui a comme ambition de tester, évaluer et promouvoir les techniques et systèmes agricoles économes en produits phytosanitaires.

Favoriser le retour des auxiliaires

Trois ans après le début de cette aventure, il le confirme : oui, il est possible de réduire fortement ses IFT sans rogner sur sa marge. Au contraire même. Durant cette période, il a diminué de 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires tout en améliorant sa marge brute d’environ 15 %. Des chiffres intéressants certes, mais qui ont demandé pas mal d’efforts et de remise en question dans la manière de conduire les cultures. Fini le désherbage chimique en blé avec un seul passage. Maintenant, c’est deux passages de désherbage mécanique avec la herse étrille ou la houe rotative en fonction de la densité du sol. « Si le sol est plus tassé, j’utilise la houe rotative, moins large que la herse étrille, mais plus agressive. De cette manière, on recrée cette couche de surface qui empêche les mauvaises herbes de repartir. »

Ces outils, il les utilise également dans ses parcelles de maïs, mais de manière légèrement différente. « Je fais un premier passage en aveugle, au début de la culture. Cela nettoie la parcelle. Ensuite, j’utilise l’un ou l’autre outil en fonction du sol jusqu’au stade 5 ou 6 feuilles. À partir du stade 8 feuilles, j’utilise la bineuse. Les autres outils sont trop dangereux pour la culture. On peut alors en profiter pour incorporer de l’engrais ou pour semer des cultures intermédiaires. » En luzerne, il n’a rien à faire de plus dans la mesure où la plante étouffe suffisamment le sol pour empêcher les mauvaises herbes de se développer. Enfin, le triticale se traite comme le blé. Pour les interventions insecticides, les doses sont réduites à leur strict minium. Surtout, elles sont mieux localisées, appliquées à des moments clés de la journée, mais nécessitent aussi plusieurs passages. Et l’utilisation des auxiliaires naturels a été favorisée avec la plantation de haies, nécessaires au développement de ces insectes utiles aux cultures.

L’importance du collectif

C’est grâce à cette alternance entre réduction de doses et utilisation accrue d’outils mécaniques qu’Olivier Bischoff réussit à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. La contrepartie est que cela lui demande plus de travail qu’auparavant, sans oublier les conditions climatiques qui l’obligent à se remettre en question tous les ans. « C’est vrai, cela demande des efforts, et c’est plus simple de prendre le pulvérisateur. Mais personnellement, je n’en tire que de la satisfaction. J’obtiens de meilleurs résultats, la biodiversité se développe, je vois de nouveau des vers de terre. Et les quelques mauvaises herbes qui se développent ne me dérangent pas. Certes, elles pompent un peu de nutriments, mais en parallèle, elles ameublissent les sols. »

Pour l’agriculteur, cette (r) évolution des pratiques a été conditionnée par son appartenance à une Cuma. Grâce à cette structure, il a accès à une grande diversité de matériels qu’il n’aurait pas pu acquérir en restant seul dans son coin. Pour lui, une évolution des mentalités est en cours. « On va être obligé de mutualiser de plus en plus de choses. On ne pourra plus gagner de l’argent autrement. La France ne représente plus que 2 % du marché mondial agricole, ce n’est rien. Si on veut pérenniser nos exploitations, il faudra nécessairement réduire nos charges. » Cet aspect collectif est d’ailleurs l’un des gros points forts du réseau Dephy qui permet aux uns et aux autres de partager leurs expériences. « Certaines choses fonctionnent, d’autres non. C’est donc indispensable de le faire savoir car ce n’est pas la peine que tout le monde se plante. De toute façon, on ne peut plus se tromper aujourd’hui. »

Protection des plantes

Un nouveau fongicide « naturel » made in Cernay

Cultures

Publié le 26/09/2019

Plus de « naturel » pour protéger les cultures agricoles. C’est avec cette promesse que l’entreprise mondiale Corteva Agriscience a développé son nouveau fongicide contre la septoriose : InatreqTM. Une molécule dont la substance active provient de produits naturels obtenus par fermentation. « Grâce à son mode d’action unique, InatreqTM offre aux agriculteurs un nouveau moyen de lutte durable contre des maladies de céréales. Il s’agit de la première nouvelle famille de molécule lancée pour la protection des céréales depuis plus d’une décennie », explique le directeur Europe du Nord de Corteva Agriscience, Éric Dereudre.

 

Ce nouveau produit sera exclusivement fabriqué et conditionné à partir du mois d’octobre dans l’usine de Cernay, au sein d’un atelier flambant neuf de 4 000 m2 spécialement construit. Un investissement de 20 millions d’euros qui doit déboucher sur la création de cinquante emplois dans les quatre années à venir. La commercialisation du produit auprès des agriculteurs est prévue à l’horizon 2020-2021, le temps d’obtenir toutes les autorisations de mise sur le marché (AMM) dans les différents pays européens.

Soutenir une agriculture « durable »

La concrétisation de ce projet suscite énormément d’enthousiasme parmi les dirigeants de Corteva Agriscience comme le souligne la vice-présidente des opérations, Susan Lewis : « Nous avons l’ambition d’aller vers une agriculture plus durable qui permette aux agriculteurs de répondre aux enjeux alimentaires et aux attentes des consommateurs qui veulent des produits de plus en plus naturels. InatreqTM est à nos yeux un produit exceptionnel dans la mesure où il utilise un tout nouveau mode d’action. Une première depuis 50 ans. »

Les équipes techniques de Corteva Agriscience ont en effet réussi à stabiliser une bactérie pour extraire cette molécule qui reste néanmoins associée à des produits issus de la chimie dans sa formulation finale. « C’est un peu comme un produit cosmétique naturel dans lequel il y a toujours quelques excipients », relativise Éric Dereudre. Il poursuit : « Progressivement, on réussira à développer d’autres produits à base de matières actives naturelles et sortir de la chimie. Mais tout cela demande du temps et de la recherche. Et surtout, il faut que cela reste efficace et économiquement viable, pour notre entreprise comme pour les agriculteurs amenés à les utiliser. »

Domaine Mann à Eguisheim

Une identité gravée dans les terroirs

Vigne

Publié le 24/09/2019

De la pierre, du bois - beaucoup de bois - un peu de métal et une - nouvelle - identité très forte. Après deux ans de travaux, Jean-Louis, Fabienne et Sébastien Mann, à Eguisheim, peuvent enfin savourer leur nouveau caveau écologique réalisé dans l’ancienne grange de la maison familiale. Un lieu « chargé d’histoire » que la famille de vignerons a souhaité valoriser en concrétisant un projet qui soit « durable » pour les générations à venir.

Du mélèze habille les murs extérieurs, du pin ceux de l’intérieur et du chêne massif recouvre les sols. Le tout garanti 100 % local et 100 % non traité. La philosophie « biodynamie » appliquée dans les vignes se retrouve très logiquement dans cet endroit conçu avant tout pour que les gens « se sentent bien ». « Tout ce qu’on a fait ici, c’est avec le cœur », résume Sébastien Mann avec enthousiasme.

Accompagner la nature

C’est une étape de plus dans la « révolution » que le jeune vigneron a enclenchée en 2009 lors de son arrivée sur le domaine. « Quand je me suis installé, mes parents m’ont tout de suite dit qu’ils voulaient que j’apporte ma patte. Pour eux, il était hors de question que je fasse la même chose qu’eux. » Fort de ses expériences en Champagne, dans les Côtes Rôties et à l’étranger, il se lance alors dans le défi ambitieux de faire évoluer le domaine familial en biodynamie. D’abord avec les grands crus, puis avec l’ensemble du domaine en 2010. Heureusement pour lui, il ne partait pas de zéro. En 2004, ses parents avaient converti l’exploitation familiale au bio. L’aboutissement pour eux d’un chemin démarré à la fin des années 1980 avec l’enherbement des vignes, puis avec l’arrêt des désherbages chimiques dans les années 1990.

Pour Jean-Louis Mann, ce déclic « environnemental » vient de Jean Schaetzel qui dispensait des formations au lycée agricole de Rouffach. « C’est une personne référente à mes yeux. À cette époque, l’Alsace avait besoin de changer. On avait l’inspiration allemande et suisse. Il fallait qu’on aille vers autre chose, vers plus de naturel », explique-t-il. Le passage au bio représentait donc une évolution logique à ses yeux. Celui vers la biodynamie est en quelque sorte une forme d’aboutissement de cette philosophie « verte ». « Au début, on ne sait pas trop où on va. On apprend ou réapprend le cycle de la nature, celui du soleil et de la lune. Progressivement, on s’aperçoit que la nature sait faire beaucoup de choses toute seule, pour peu qu’on l’accompagne correctement. Personnellement, je ne suis pas pour amener des plantes extérieures qui risqueraient d’être trop invasives. J’estime que la nature sait faire toute seule. Elle a une expérience de plusieurs millions d’années. On veut toujours faire mieux que la nature alors qu’elle sait mieux faire que nous », poursuit Jean-Louis Mann.

« Des vins qui nous ressemblent »

Laisser faire ne veut pas non plus dire « ne rien faire », comme le rappelle son fils. En biodynamie, il y a des moments « phares » dans la semaine et dans la journée. Tôt le matin, c’est la préparation des vignes avec l’application de la silice de corne. Tard le soir, au calme, retour dans les vignes pour la bouse de corne. Entre les deux, de la tisane pour aider les vignes. « Ça marche vraiment bien. Chez nous, elles sont épanouies malgré la sécheresse », indique Sébastien Mann. Tout cela demande évidemment du temps pour observer et comprendre le fonctionnement des plantes. « Et plus on comprend, plus on veut en faire davantage. C’est tellement passionnant ! »

Au final, l’objectif est d’obtenir des raisins de très grande qualité. « Si on a ça, on aura des grands vins. Derrière, charge à nous de peaufiner la récolte en cave. » Pour tirer toute la quintessence de ses raisins soigneusement triés par les vendangeurs, Sébastien Mann effectue un pressurage pneumatique très long, de minimum neuf heures. De cette manière, le jus est soigneusement filtré par les rafles qui font office de drain. « On récupère un jus très clair. À la fin, il ne reste que la peau et les pépins qu’on évite soigneusement d’écraser », détaille Jean-Louis Mann. Chaque vin produit est choyé comme un enfant. « Il n’y en a pas un que je préfère plus qu’un autre. Ils ont tous leurs qualités et leurs caractères. C’est à chaque fois des vins uniques, qui nous ressemblent. C’est ça le plus important. »

Journées de prospection de la flavescence dorée

1 000 hectares prospectés au peigne fin

Vigne

Publié le 14/09/2019

C’est une enquête que n’aurait pas reniée le mythique Sherlock Holmes. Armés de leurs regards aiguisés et d’un prospectus détaillé, des dizaines de viticulteurs accompagnés d’étudiants en agronomie à l’université de Haute Alsace sont réunis ce matin pour débusquer l’éventuelle présence de la flavescence dorée à Turckheim et dans le vignoble alentour. C’est ici qu’ont été découvertes en 2016 les premières cicadelles alsaciennes, qui peuvent être vectrices d’une maladie ayant les mêmes symptômes que celle du bois noir. Seule l’analyse ADN en laboratoire peut déterminer s’il s’agit de flavescence dorée ou non. Avant d’en arriver là, il faut consciencieusement prospecter chaque cep de vigne pour effectuer un premier diagnostic. Un travail conséquent qui a mobilisé pas moins de 450 personnes du 26 août au 11 septembre sur environ 1 000 hectares répartis entre douze communes « volontaires ».

Cette année, Bergholtz-Zell, Colmar, Ergersheim, Ostheim, Beblenheim, Turckheim, Molsheim, Steinbach, Soultzmatt, Hunawihr, Cleebourg et Rott ont voulu savoir si ce fléau potentiel était présent sur leur ban viticole. « L’Alsace a un statut de zone protégée vis-à-vis de la flavescence dorée. Il faut tout faire pour le maintenir car les risques peuvent être conséquents », explique Estelle Pouvreau, conseillère viticole à la Fredon Grand Est. En effet, si 20 % d’une parcelle est contaminée par la maladie, il faut l’arracher entièrement. Des mesures drastiques que connaissent d’autres vignobles français comme ceux de Bourgogne ou du sud du pays.

Gare à l’importation de végétaux contaminés

Pour le moment, la cicadelle reste cantonnée dans un rayon d’un kilomètre autour de Turckheim. Depuis sa première observation en 2016, elle ne s’est pas étendue. Ce qui veut dire que les risques pour l’Alsace restent faibles dans la mesure où cet insecte est très peu présent. Mais même en cas de présence plus conséquente, il faudrait qu’il entre en contact avec un cep contaminé par la flavescence dorée pour se contaminer lui-même et ainsi représenter un danger épidémique. Trente jours plus tard, il pourrait alors contaminer d’autres ceps.

Sans cicadelle, la maladie pourrait néanmoins faire son apparition en Alsace à cause de l’introduction d’un matériel végétal contaminé. À partir de là, tout serait possible. D’où la nécessité d’utiliser les traitements insecticides adéquats contre la cicadelle. Une lutte reposant sur le volontariat tant que la zone n’est pas contaminée par la flavescence dorée. Et aussi de prendre le temps d’effectuer une prospection minutieuse sur le terrain pour détecter les symptômes de la maladie en tous points similaires à celle du bois noir : décoloration et enroulement des feuilles, mauvais ou non aoûtement et grappes flétries. Des symptômes que l’on distingue d’ailleurs plus facilement sur des cépages comme l’auxerrois, le chardonnay ou le pinot noir. « Sur des gewurztraminers, c’est un peu plus compliqué, mais on y arrive quand même si on fait attention. Il faut juste bien ouvrir les yeux », ponctue Estelle Pouvreau. Élémentaire mon cher Watson, n’est-ce pas ?

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