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Nicolas Bernard

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Lancement de la fraise d'Alsace 2016

Moins de temps pour en profiter

Cultures

Publié le 10/06/2016

Au pied du Grand Ballon, l'orage gronde. Dans la parcelle de fraises de Jean-Paul Kessler, les cueilleurs de la journée s'affairent à remplir leur panier. Les trombes d'eau menacent, il faut faire vite. Du reste, il ne faudra pas tarder pour savourer les fraises de cette campagne 2016. « Avec la pluie qui tombe en ce moment, la saison sera raccourcie d'une semaine au moins par rapport aux autres années », explique le président de l'association des producteurs de fraises d'Alsace, Olivier Grinner, en introduction du lancement officiel de la saison qui s'est tenu le 7 juin à Soultz.

Si les premières fraises alsaciennes sont déjà commercialisées depuis quelques semaines, ce n'était pas encore le cas partout. « Désormais, les libres cueilleurs peuvent y aller. Les fraises sont arrivées à maturité », poursuit-il. Elles ne devraient pas avoir de mal à trouver preneur tant elles sont « demandées » par les consommateurs. Chaque année, les spots de libre cueillette en Alsace sont pris d'assaut par des consommateurs en quête de « qualité » et de « fraîcheur ». Un peu à l'image de la tendance actuelle vers les circuits courts. « À la différence près que la libre cueillette a démarré dans les années 1980 en Alsace, une époque où on ne parlait pas vraiment de filières courtes », souligne Olivier Grinner.

Que le client soit « content »

Jean-Paul Kessler fait partie de ces « précurseurs de la fraise ». Après avoir repris l'exploitation familiale en 1979, il abandonne l'élevage en 1982 pour se lancer dans les céréales et la fraise. « À l’époque, on n'était que deux dans toute l'Alsace à proposer cela. Aujourd'hui, on est plus d'une trentaine. » Si la culture de céréales (maïs, blé, colza, orge) occupe la majorité de sa sole (environ 100 hectares), la culture de fraises reste conséquente avec pas moins de 5 hectares. Le tout mené dans une démarche d'agriculture raisonnée, sans désherbant chimique et avec le minimum d'insecticide. « Nous faisons ceci pour le respect du fruit et du consommateur », justifie le producteur qui passe près de 1 500 heures par an pour effectuer le binage manuel de ses parcelles.

Un travail harassant qui est un peu compliqué cette année avec l'enchaînement quasi journalier des précipitations. « D'habitude, le Grand Ballon arrête les orages en hiver et au printemps. Là, ça fait trois mois que nous avons deux à trois orages par jour. Du coup, nous avons de l'eau tout le temps. Il y a deux semaines, la parcelle de fraises était immergée dans 30 centimètres d'eau », témoigne-t-il. Cela n'empêche pas la vingtaine de variétés de fraises qu'il cultive d'être suffisamment savoureuses pour ses clients. Et sa clientèle, Jean-Paul Kessler y tient. « On doit faire le maximum pour qu'ils soient contents. Après 34 ans dans le métier, ça serait dommage de les perdre. » Désireux de toujours améliorer la qualité de ses produits, il envisage d'aller encore plus loin à moyen terme en convertissant l'ensemble de son exploitation en mode de production biologique. « Ça sera l'occasion de prouver qu'on peut produire de la fraise bio sur des grandes surfaces. »

Production d'énergie à partir de biomasse

Un accord frontalier pour « aller plus loin »

Pratique

Publié le 13/05/2016

« En nous associant, nous pourrons nous appuyer sur notre culture commune d'innovation au service du développement industriel pour bénéficier chacun de compétences complémentaires, tant pour le développement en commun de nouvelles connaissances que pour mettre ce champ de compétences élargi au service de nos partenaires industriels respectifs », explique le président de Rittmo Agroenvironnement, Michel Mustin. À travers ce partenariat, Rittmo souhaite faire bénéficier Fraunhofer Umsicht de ses compétences en matière de valorisation en agriculture des résidus obtenus après traitement de la biomasse, explorer les différents intérêts agronomiques potentiels, que ce soit pour la nutrition des plantes, pour la stimulation des plantes à mieux résister aux stress environnants ou pour l'amélioration des propriétés physiques, chimiques ou biologiques des sols.

« Nous porterons une attention toute particulière aux opportunités d'utiliser certains procédés de production d'énergie à partir de biomasse pour stabiliser fortement la matière organique dans les résidus », souligne Michel Mustin. Cette matière organique hyperstabilisée pourrait avantageusement contribuer aux objectifs de stockage du carbone dans les sols, fixés à la signature de l'initiative 4 pour 1 000 lors de la COP21. « Néanmoins, les intérêts agronomiques intrinsèques de ces matières restent à vérifier au cas par cas, et les stratégies d'utilisation et d'intégration dans des formules et des itinéraires techniques à développer », poursuit-il. Des sujets qui seront sans nul doute abordés le 17 juin prochain, lors des rencontres « 4/1 000… et si les sols agricoles étaient la solution » qui auront lieu à Colmar.

Du 5 au 8 mai au Parc des expositions de Colmar

35e édition de la foire EcoBio d'Alsace

Pratique

Publié le 01/05/2016

La 35e foire EcoBio d'Alsace, qui aura lieu du 5 au 8 mai au Parc des expositions de Colmar, est articulée autour de la thématique « Osons rester humains ». Pour le président de l'association Eco Bio d'Alsace, Jean-François Pierdet, c'est un sujet « central » au regard des évolutions sociales et technologiques actuelles. « Laisserons-nous faire les individualistes forcenés, les transhumanistes fous, ou serons-nous capables d'inventer une nouvelle humanité, celle qui nous préservera des excès de la technique et celle qui nous permettra de reconstruire du lien entre tous les hommes ? » Une question complexe à laquelle la foire EcoBio tentera d'apporter des réponses à travers des conférences, des cinés/débats, des ateliers, des films et des animations qui seront proposés aux visiteurs durant ces quatre jours. Les thématiques agricoles et viticoles - qui font partie intégrante de l'ADN de la manifestation depuis ses débuts - seront bien entendu abordées. Parmi les conférences, on pourra assister le jeudi, à 15 h, à celle de Jean-Sébastien Laumond, de la communauté de communes de la Vallée de la Bruche, qui présentera le rôle et l'intérêt des associations pastorales ; le vendredi, à 15 h, à celle de Marc Dewalque, boulanger, qui expliquera l'évolution des variétés de blé et de la panification à travers l'histoire ; le samedi, à 11 h, à celle de Thierry Thévenin, producteur-cueilleur, qui fera un focus sur le métier de paysan-herboriste ; et à celle de Sylvia Perez Vitoria, le dimanche à 13 h, qui parlera de son « Manifeste pour un paysan du XXIe siècle ». Parmi les films à voir ou à revoir, on peut citer « La clé des terroirs », qui sera diffusé le vendredi à 11 heures. Un documentaire qui retrace la vie de vignerons ayant choisi de travailler au plus près de la nature. Le dimanche à 13 h, il sera possible de visionner le documentaire « Libre-échange ou libres citoyens ? » de Kersten Schüssler. Une enquête fouillée sur les tenants et aboutissants du traité transatlantique, dit Tafta, qui fait la une de l'actualité depuis quelque temps. Un sujet qu'il sera possible d'approfondir le même jour, à 15 h, en assistant à la conférence « Tafta : un projet d'enfer », animée par Mathilde Dupré de l'Institut Veblen/CCFD. Pour cette dixième édition à Colmar (la foire se déroulait auparavant à Rouffach), les organisateurs ont aussi mis en place un chapiteau dédié au théâtre. Parmi les pièces à l'honneur, on peut souligner celle qui aura lieu le samedi à 19 h 30 intitulée « Nourrir l'humanité, c'est un métier ! ». Dans l'ambiance d'une cuisine familiale, la compagnie ART & CA illustrera, tout en tentant d'apporter des réponses, le déclin de l'agriculture familiale en Occident. Enfin, on peut souligner la présence toujours très forte du monde agricole et viticole parmi les exposants. « Environ un sur deux », précise Jean-François Pierdet. « Et ce n'est pas prêt de changer ! »

88e foire aux vins d'Ammerschwihr

Passion, discussions et dégustations

Vigne

Publié le 30/04/2016

« Incontournable », « vigoureuse », « dynamique ». Pour sa 88e année, la foire aux vins d'Ammerschwihr se porte comme une reine. Le week-end dernier, elle a une nouvelle fois ouvert le bal des nombreuses fêtes viniques qui font vibrer tous les ans les places et les rues des villages alsaciens. L'occasion, bien sûr, de déguster les perles du millésime 2015 - et elles étaient nombreuses. « Il faut dire que malgré des rendements moyens - de l'ordre de 50 hl/ha sur le village - nous avons obtenu des vins de qualité excellente, avec de beaux arômes et une belle fraîcheur », se félicite le président du syndicat viticole d'Ammerschwihr, Romuald Bohn. Si ce dernier espère une « reconstitution » des stocks en 2016, il reste lucide sur la manière d'y parvenir. « Les produits phytosanitaires sont nécessaires à la santé de nos cultures. Leur utilisation doit se faire en adéquation avec les attentes des riverains, c'est certain. Mais il faut tout de même rappeler que les personnes les plus exposées sont les producteurs eux-mêmes. C'est juste du bon sens paysan », rappelle-t-il.

Moderniser l'image du vignoble

À Ammerschwihr, on ne « rigole pas » avec le vin, tant il fait partie de l'ADN du village. Pour le maire, Patrick Reinstettel, c'est une « affaire sérieuse », encore plus dans le contexte économique actuel. « Cette manifestation montre la capacité de notre tissu local à résister malgré les sacrifices que l'on nous demande jour après jour. Une foire comme celle-ci n'est pas ringarde ou figée dans le temps, au contraire. Elle met en avant des viticulteurs qui font cause commune pour exister dans une économie moribonde. »

Des propos qui prennent tout leur sens quand on se penche un peu plus sur la situation du vignoble alsacien : trois petites récoltes d'affilée - dont une marquée par les ravages de la drosophila susukii - et la concurrence nouvelle et redoutée des Vins sans indication géographique (VSIG). Un dossier qui mobilise les responsables de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) depuis plusieurs mois et qui suscite l'inquiétude. Le secrétaire général du syndicat, Jacques Stentz, estime « qu'il ne faut pas céder à cette vague de libéralisme » où chacun pourrait faire « ce qu'il veut ». « Nous devons garder l'étanchéité de nos appellations. À nous de travailler l'image et la modernité de notre vignoble », souligne-t-il.

« Le terroir, c'est notre atout »

Car le potentiel des vins d'Alsace est bien réel, notamment à l'export, à en croire les propos du directeur du Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa), Jean-Louis Vézien. S'il reconnaît les épisodes « parfois difficiles » que traverse le vignoble régional et les problèmes de disponibilité, il reste confiant dans sa capacité à se démarquer sur les marchés. « Aujourd'hui, il n'y a plus de petits millésimes. Le temps des volumes importants sur le début de gamme est terminé. Nous disposons de vins plus typés qui plaisent de plus en plus, notamment à l'export. Nos parts de marchés ont ainsi augmenté dans les pays tiers en 2015. Petit à petit, on réussit à positionner nos vins blancs à travers le monde. »

De son côté, le président du Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, considère que le vignoble alsacien a une « belle carte à jouer » avec le pinot noir. En retrait par rapport aux cépages blancs, le rouge alsacien pourrait « ouvrir de nouvelles portes » selon lui. « Quand je vois des pinots noirs de Bourgogne à 35-40 € la bouteille, je me dis : pourquoi pas nous ? N'ayons pas honte de nos produits. Le terroir, c'est là notre atout, notre plus-value. » À Ammerschwihr, on l'appelle « Kaefferkopf », un grand cru à l'image de la foire aux vins du village : incontournable.

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

Des défis à relever, des débats à mener

Vigne

Publié le 29/04/2016

Si le millésime 2015 est bien parti pour devenir un millésime « exceptionnel » pour de nombreux observateurs, il est aussi la source de multiples interrogations. « Même si le réchauffement climatique profite pour l'instant à la vigne, je pense qu'il est temps d'ouvrir le débat sur l'irrigation », estime le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros. « Le manque d'eau s'est fait sentir dans certaines parcelles », rappelle-t-il.

À l'heure actuelle, un nouveau projet a été validé par l'Inao, mais reste bloqué par les pouvoirs publics. Une situation qui pourrait néanmoins se débloquer, explique André Ducros : « Selon les représentants de l'Inao, il n'y a pas lieu de procéder à une expérimentation sur l'irrigation, mais de faire valider l'autorisation d'irrigation dans le cahier des charges tout en démontrant le phénomène de sécheresse et la nécessité d'irrigation. En contrepartie, l'encadrement du rendement serait bien évidemment obligatoire, tout comme les contrôles systématiques de la charge. »

Reste maintenant à chaque sous-région et chaque syndicat de débattre sur le sujet, le conseil d'administration de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) souhaitant que les avis des uns et des autres lui parviennent au cours de l'hiver prochain. « Ne laissons pas passer cette opportunité et faisons entendre notre voix », appelle de ses vœux André Ducros.

La communale « Colmar » toujours espérée

Autre point abordé lors de cette assemblée générale : la hiérarchisation du vignoble alsacien. Le responsable du dossier au sein du syndicat, Bernard Schoffit, a émis quelques réserves sur le faible écart de rendement qui sépare les grands crus (55 hl/ha) des hypothétiques premiers crus (57 hl/ha). « On est en train de faire deux appellations en haut de l'échelle. La démarche est louable, mais la différence est informe entre les deux. Faire des grands crus bis avec une centaine de premiers crus ou plus me pose problème. Ne pourrait-on pas passer à 50 hl/ha pour les grands crus ? Comment va-t-on faire pour communiquer dessus et expliquer la quintessence de l'Alsace ? » Pour le responsable technique de l'Ava, Raymond Lassablière, la réponse est sans équivoque : c'est aux producteurs de grands crus de se prendre en main. « C'est à chacun de se positionner sur ce qu'il veut. Aux grands crus de ne pas laisser s'endormir », résume-t-il.

Concernant l'obtention d'une appellation communale « Colmar », le processus suit son cours. « Nous avons encore des soucis dans le choix des cépages. Le gewurztraminer nous semble un peu plus compliqué d'un millésime à l'autre, tandis qu'on retrouve des airs de famille sur une dizaine de millésimes avec les pinots gris. Mais globalement, la qualité n'est pas plus mauvaise que dans d'autres terroirs », détaille Bernard Schoffit. Les dégustations d'experts qui auront lieu à l'aveugle, en théorie, à la fin de l'année permettront d'y voir un peu plus clair sur le sujet. « Après, ce qu'on cherche, ce n'est pas du volume, mais une valorisation au juste prix », tient-il encore à rappeler.

« Non » aux VSIG

L'autre défi - et certainement le plus important - qui se profile à l'horizon pour André Ducros est la possibilité de produire des Vins sans indication géographique (VSIG) en dehors des zones de l'appellation. Un sujet « très grave » qu'a développé le secrétaire général de l'Ava, Jacques Stentz. « Pour nous, c'est la crainte de voir un vignoble parallèle se mettre en place sur lequel on ne peut être concurrentiel. Bien sûr, la tentation est grande pour des entreprises en manque de matière première, pour des viticulteurs néophytes ou pour des agriculteurs en difficulté qui souhaiteraient se créer un complément de revenu. Mais à terme, ça serait la destruction de tout ce qu'on a construit jusqu'à maintenant car moins cher on vend, plus vite on crève. »

Du coup, l'Ava compte sur le soutien des différents syndicats, mais aussi des élus et des collectivités, en leur demandant de signer une motion s'opposant à cette libéralisation « forcée ». « Certes, cette motion n'est pas un outil juridique. Mais plus de monde la signera, plus notre président aura du poids pour nous défendre au niveau de la Cnaoc et de FranceAgriMer », poursuit Jacques Stentz qui peut désormais compter sur le soutien du syndicat viticole de Colmar-Houssen qui a voté cette motion à la quasi-unanimité (moins deux abstentions).

« Oui » à la réserve qualitative individuelle

Le syndicat viticole de Colmar-Houssen entend également « peser » sur l'Ava pour faire évoluer la date de fixation des vendanges, aujourd'hui décidée en assemblée générale, pour qu'elle soit basée sur les demandes des secteurs les plus précoces - comme l'est la Hardt colmarienne - et non plus sur une moyenne des avis des diverses sous-régions. « L'ouverture du ban doit être décidée par le conseil d'administration de l'Ava, hors assemblée générale. Et pourquoi pas, comme le font de nombreuses régions viticoles, fixer une ouverture officielle du ban un 1er août par exemple. Cela simplifierait bien des choses ! », estime André Ducros. Ce dernier met aussi à l'index les « relations de décisions » entre l'Ava et le Crinao concernant ces dates. Il juge ainsi « inacceptable qu'un seul individu puisse imposer son avis face aux décisions prises en assemblée générale ou au conseil d'administration de l'Ava ».

Enfin, Raymond Lassablière a présenté le projet de réserve qualitative individuelle actuellement à l'étude qui aurait pour objectif, s'il voyait le jour, d'amortir les effets des récoltes déficitaires comme en 2006 ou 2010. « Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en réserve quand le millésime est bon et lisser les volumes d'une année à l'autre dans la limite des 80 hl/ha ? Cela permettrait d'apporter plus de sérénité par rapport aux aléas climatiques et d'éviter toute spéculation sur les prix. » Cette réserve ne pourrait s'appliquer que pour les AOC alsace blanc et rosé, ainsi que pour le crémant, avec un maximum de 5 hl/ha/an dans la limite de 15 ha par exploitation. Un système qu'André Ducros juge « indispensable » désormais. « Le problème de l'Alsace aujourd'hui, c'est de réussir à atteindre les 80 hl/ha, non plus de les dépasser. Et si c'est le cas, il faut qu'on puisse en profiter. »

Inondations dans le Centre-Alsace

La grosse crue dans les prairies

Vigne

Publié le 21/04/2016

Cela ressemble un peu à un mauvais disque rayé. Il y a un peu moins d'un an - le 7 mai pour être précis -, plusieurs agriculteurs se réunissaient en masse entre Muttersholtz et Ebersheim pour alerter les pouvoirs publics sur les conséquences « désastreuses » des inondations en Centre-Alsace. Pour les exploitants touchés, le message était clair : « Plus jamais ça ! ». Cela aura duré jusqu'au week-end dernier. Deux journées de pluie ont suffi à faire ressortir l'Ill de son lit. Et le ressuyage des parcelles devrait prendre un peu de temps malgré l'optimisme du responsable du service régional de la gestion de l'Ill, Benoît Grandmougin, qui souligne que le « pic » est passé à Muttersholtz. « Le problème, c'est que la nappe est pleine à ras bord. Cela ne va pas être aussi facile », lui répond un exploitant du secteur. Pour les responsables de la FDSEA et des JA du Bas-Rhin, ce sont les gouttes d'eau qui font déborder une coupe déjà trop pleine. « L'an passé, il y a eu des promesses et des annonces. Mais au final, les mêmes maux conduisent au même désastre », se désole le syndicat majoritaire qui a souhaité du coup donner une petite piqûre de rappel aux autorités compétentes. Mercredi matin, seuls les représentants de la Région ont répondu présents à la réunion organisée à la mairie d'Ebersheim. « Nous allons rencontrer les services du préfet prochainement », assure le secrétaire général de la FDSEA 67, Gérard Lorber.

Un fourrage sans « valeur alimentaire »

En se rendant aux abords des parcelles inondées qui jouxtent la D321, le conseiller régional en charge du comité de gestion de l'Ill, Bernard Gerber, a pu mesurer le « désastre » que représentaient ces énièmes crues sur les terres agricoles. Comme l'an passé, ce sont près de 2 800 ha de prairies et de cultures qui sont touchées. « Et autant un maïs semé le 15 mai peut être acceptable, autant une prairie inondée de la sorte n'est plus exploitable pour la saison à venir. On l'oublie souvent, mais c'est la prairie qui souffre le plus des crues », explique Gérard Lorber. Un désarroi d'autant plus compréhensible quand on sait que la première coupe d'herbe représente en Alsace 70 % de la production annuelle. Et ce n'est pas deuxième coupe qui est vraiment en mesure de sauver les meubles tant les conditions météo sont variables d'une année à l'autre. L'été 2015 en est un très bon exemple. « Du coup, on se retrouve avec un fourrage qui n'a pas de valeur alimentaire et donc, pas de valeur financière. C'est encore plus désastreux étant donné la situation économique difficile que vivent les agriculteurs depuis plusieurs mois maintenant », se désole le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Autre souci : les prairies ne sont pas assurables - contrairement à d'autres cultures - mais sont en revanche éligibles aux indemnisations des calamités agricoles. Si cette alternative peut paraître séduisante de prime abord, sa mise en œuvre reste « complexe » reconnaît Gérard Lorber. « Pour en bénéficier, il faut qu'au moins 30 % de sa surface ait été impactée. » Derrière, il faut savoir faire preuve de patience. « Les dossiers déposés en 2015 n'ont toujours pas été instruits à l'heure actuelle… », témoigne-t-il.

« Il faut étudier toutes les options »

Si se faire indemniser est un moindre mal pour les agriculteurs, ces derniers souhaitent avant tout que ces crues disparaissent purement et simplement du paysage du centre-alsacien. Cela aurait pu être fait il y a une trentaine d'années mais, pour des raisons « idéologiques », le projet d'endiguement de l'Ill est resté dans les cartons : « Certains pensaient qu'en endiguant le cours d'eau, les surfaces concernées passeraient toutes en maïs. Sauf qu'aujourd'hui, la prairie est devenue le pire des problèmes. C'est une culture qu'on a voulu conserver à tout prix et on en paie le prix aujourd'hui », constate, amèrement, Gérard Lorber. Si ce projet n'a, selon lui, aucune chance d'être remis aux goûts du jour, des alternatives existent et impliquent - entre autres - la Région, responsable du cours d'eau de Colmar à Strasbourg. Bien consciente de la problématique, la collectivité a engagé en 2014 un plan de gestion de l'Ill de 19 millions d'euros s'étalant sur une dizaine d'années. Objectif : restaurer les berges de l'Ill pour éviter les chenaux dans les parcelles, entretenir la ripisylve, et restaurer certains barrages. L'entretien des fossés - dont certaines ont disparu - est aussi au programme. Le service de gestion de l'Ill s'efforce aussi de supprimer les embâcles, de boucher les brèches dans les berges et de piéger les flottants pour faciliter la décrue. Des actions concrètes qui, pour l'instant en tout cas, ne produisent pas les effets escomptés. « Il faut aller plus loin et étudier toutes les options qui permettraient d'atteindre notre objectif », estime Gérard Lorber. La principale piste évoquée est la création de nouveaux bassins de rétention en amont des zones les plus touchées par ces crues. « Des projets existent, mais leur mise en œuvre dépend aussi des services de la navigation et des graviéristes », explique Bernard Gerber. Parmi les pistes évoquées, il y a l'agrandissement de la retenue de Didenheim. « On a une possibilité de doubler sa capacité », précise l'élu régional. Des travaux bienvenus qui devraient permettre à l'ouvrage de mieux échelonner la pluviométrie issue du Sundgau. « Autant on arrive à bien réguler les flux ouest-est qui tombent sur le massif vosgien, autant les flux sud-ouest qui tombent sur le sud de l'Alsace sont plus problématiques », reconnaît Benoît Grandmongin.

Vers un gestionnaire unique de l'Ill ?

Dans ces conditions, il est aussi essentiel de bien « anticiper » la pluviométrie à venir, et ses conséquences éventuelles pour les cours d'eau de la région. « La prévention et une analyse fine de la situation en amont sont autant de solutions pour diminuer les risques », considère Bernard Gerber. Mais plus que tout, ce dernier réclame la création d'un établissement public regroupant tous les structures responsables de l'Ill, de l'amont à l'aval, pour n'avoir au final plus qu'un interlocuteur. « Aujourd'hui, il y a le syndicat mixte de l'Ill dans le Haut-Rhin qui fait du très bon travail depuis des années, il y a la Région, le SDEA, etc. Pour être plus efficace dans la gestion de ce cours d'eau, il ne faudrait plus qu'un seul interlocuteur qui serait ainsi plus efficace pour mener les actions nécessaires. » Une idée qui fait son chemin mais qui reste à concrétiser. Pour l'instant, une réunion entre les différents organismes et prévue le 12 mai prochain pour faire un point sur les actions menées en 2015.

Association des producteurs d’asperges d’Alsace

Rajeunir la clientèle

Cultures

Publié le 25/02/2016

L’asperge, un légume de « vieux » ? À en croire des études approfondies sur le sujet menées en Allemagne, les moins de quarante ans ne consommeraient que très peu - voire pas du tout - ce légume printanier. En Alsace, le constat n’est guère meilleur. « Il y a tout un travail d’éducation et de communication à faire auprès des jeunes générations », observe l’animateur de l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace, Philippe Sigrist. Reste à moderniser l’image d’un produit qui souffrirait d’une image « trop traditionnelle » auprès des jeunes. Il y a d’abord eu la mise en ligne d’un nouveau site internet au début de la saison 2015. Au 1er janvier 2016, plus de 6 100 personnes s’y étaient connectées. Un trafic modéré mais néanmoins encourageant observe Dominique Krafft, le responsable de l’agence de communication qui a conçu le portail. « Ce sont autant de personnes qui sont entrées en contact avec la marque « asperge d’Alsace ». C’est un bon début. Il faut maintenant aller plus loin en sortant l’asperge de son image traditionnelle pour la présenter comme un produit d’excellence ». L’idée étant de conquérir de nouveaux clients à travers une communication de marque. Pour y arriver, l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace dispose de trois outils : son site internet bien sûr, la newsletter envoyée à près de 6 000 personnes (avec un taux d’ouverture de 60 % contre 4 à 5 % habituellement), et enfin un livre de recettes autour de l’asperge blanche d’Alsace et ses bénéfices pour la santé. « Toutes les recettes devront tourner autour de ce concept de plus en plus en vogue. Des études ont en effet démontré que l’asperge aidait à réduire les accumulations de graisse au niveau de la taille. Elle est considérée comme l’un des meilleurs aliments minceurs. Ce genre d’arguments peut faire mouche auprès des consommateurs », analyse Dominique Krafft. Afin de toucher un plus large - et jeune - public, ce livre devra présenter des recettes « faciles » illustrées par des pictogrammes. « On a souvent moins de temps aujourd’hui pour faire à manger, alors on va à l’essentiel. Avec ce livre, on pourrait distiller des conseils simples de préparation et de cuisson », poursuit-il. Un peu à l’image de ce que l’on peut trouver sur la multitude de blogs culinaires que l’on trouve sur la Toile qui ont comme caractéristique d’avoir une « grosse influence » sur les jeunes générations de cuisiniers. « C’est pour cela que nous devons avoir le maximum de choses à dire afin que l’on parle le maximum de nos produits », indique le communiquant. Et quoi de mieux que la vidéo, en 2016, pour diffuser un message ? « Il faut savoir que le premier moteur de recherche aujourd’hui, c’est Youtube et non pas Google. L’asperge d’Alsace doit aussi y figurer. C’est pour cette raison qu’une vidéo va être créée pour être mise en ligne au début de la saison. Nous devons être séduisants tout en étant un peu plus fun ».

 

 

Coop de France Alsace

Des évolutions à venir

Vigne

Publié le 25/11/2014

«Il y a un certain nombre de choses qui vont évoluer dans les prochains temps». Lors de l'assemblée générale de Coop de France Alsace, le 21 novembre à Beblenheim, son président Hervé Schwendenmann a donné la tonalité des mois à venir pour l'organisme coopérateur alsacien. Après une année 2014 marquée par un plan de communication d'envergure nationale - des spots sont d'ailleurs diffusés en ce moment à la télévision et à la radio - c'est le fonctionnement même des coopératives qui va subir quelques changements au cours des prochains mois avec l'application de deux lois votées cette année : la loi Économie sociale et solidaire, adoptée le 21 juillet, et la loi d'avenir pour l'agriculture, promulguée le 13 octobre. «Deux lois qui se résument en cinq axes», résume le directeur de Coop de France Alsace, Patrick Stehlin.

Renforcer les spécificités des coopératives

Elles ont tout d'abord comme mission de «renforcer les spécificités des coopératives». L'idée est de réaffirmer la spécificité coopérative en clarifiant juridiquement la relation entre le coopérateur et sa coopérative. «Il s'agit d'affirmer le caractère spécifique de cette relation qui se distingue de la vente et du fonctionnement des sociétés commerciales», précise Patrick Stehlin. Afin de mieux enseigner et faire connaître le modèle coopératif, ces nouveaux dispositifs législatifs intègrent un module de formation obligatoire sur la coopération agricole, et l'économie sociale et solidaire dans l'enseignement agricole. Le dernier point consiste à «mieux faire comprendre la particularité coopérative» en définissant la rémunération de l'associé coopérateur composée d'acomptes, de compléments de prix et de ristournes.

Renforcer les contrôles

Le deuxième axe de ces deux nouvelles lois est articulé autour du «renforcement» du contrôle des coopératives. Pour ce faire, un poste de médiateur de la coopération agricole a été créé. Ses missions sont multiples : litige portant sur la relation entre un associé coopérateur et sa coop, entre coop agricoles et entre une coop/union et union de coop agricoles ; saisine du médiateur par un associé coopérateur, une coop ou une union et le Haut Conseil lui-même ; prises d'initiative de nature à favoriser la résolution amiable des litiges entres les parties. Des conditions de recours sont possibles, mais il faut d'abord que toutes les voies de recours amiable et statutaires soient épuisées.

La procédure de médiation suspend, elle, le recours judicaire. Toujours dans cette optique de «renforcement du contrôle», les coopératives devront se soumettre à un contrôle coopératif (ou révision) tous les cinq ans si elles dépassent deux des trois critères suivants : deux millions d'euros (M€) de chiffre d'affaires, 1 M€ total bilan ou cinquante associés coopérateurs. «Il existe aussi de nouvelles possibilités de saisir la révision coopérative lorsqu'elle est demandée : par un dixième des associés coopérateurs ; par un tiers des administrateurs ; par le Haut Conseil de la coopération agricole ; par le ministre en charge de l'Économie sociale et solidaire ou tout ministre compétent à l'égard de la coopérative», détaille le directeur de Coop de France Alsace.

Être «plus transparent»

Le troisième axe impose aux coopératives d'être «plus transparentes» et de donner «plus d'informations». Il est par exemple obligatoire pour la coopérative de proposer une formation aux administrateurs lors de la première année de chaque mandat. Le président ou le directeur de la société sont aussi tenus de communiquer à chaque membre de l'organe chargé de l'administration de la société tous les documents et information nécessaires à l'exercice de sa mission. Une évolution assez notable quand on sait qu'auparavant, «les statuts prévoyaient une liste définie de documents à la disposition des administrateurs» indique Patrick Stehlin. Vis-à-vis des associés coopérateurs, la coopérative est désormais obligée de leur mettre à disposition un document relatif de l'engagement pris par ces derniers, conformément aux statuts : durée d'engagement, fraction du capital social souscrit, caractéristiques des produits à livrer, modalités de paiement et de détermination du prix. «Il s'agit d'un document non signé des parties, qui a vocation à être actualisé et transmis à l'associé coopérateur régulièrement. L'objectif est la bonne information».

Simplifier le fonctionnement

Le quatrième but de ces lois et d'apporter de la simplification au fonctionnement même de la coopérative (avec notamment la suppression de l'obligation de délibérer sur les résolutions sans objet), et d'adapter les statuts pour ceux qui «hésitent à tenter l'aventure coopérative». À ce titre, une période probatoire, qui ne peut excéder un an, est instaurée. Pendant cette période, les nouveaux associés coopérateurs ont les mêmes droits et obligations que les autres. «Le conseil d'administration ou l'associé coopérateur peut décider de ne pas continuer à la fin de période», complète Patrick Stehlin.

Les coopératives ont également la possibilité de radier des associés coopérateurs, en les supprimant de la base de données, si ceux-ci n'ont plus d'activité avec la coopérative depuis un certain temps. Enfin, un fonds d'investissement dans les coopératives est en cours de montage afin de financer les entreprises de l'économie sociale et solidaire. «Ce fonds sera spécialisé dans le financement en fonds propres pour favoriser la croissance et la transmission des coopératives», ajoute le directeur de Coop de France Alsace.

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