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Nicolas Bernard

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Chrysomèle du maïs

Plus d’obligation, mais beaucoup de recommandations

Cultures

Publié le 30/11/2018

S’il y a un insecte qui a marqué les quarante années d’existence de l’Apco, c’est bien la chrysomèle. Apparue pour la première fois en 2003 à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, cette petite bestiole venue des États-Unis, par l’intermédiaire de la guerre en ex-Yougoslavie, a, au cours des quinze dernières années, sensiblement compliqué la tâche des maïsiculteurs haut-rhinois, et plus globalement de toute l’Alsace. Ainsi les « zones focus » et « zones de sécurité » sont autant de termes qui sont rentrés progressivement dans le vocabulaire des professionnels de la filière. Malgré ces mesures qui imposaient une rotation du maïs une année sur trois et une année sur deux, l’insecte a continué sa progression. « En 2009, il était ainsi devenu très rare de trouver des communes indemnes de chrysomèle en Alsace », se souvient Jean-Baptiste Thibord, spécialiste national des ravageurs chez Arvalis. Une situation qui a entraîné en 2010 la signature d’un arrêté visant le confinement pour le Rhône-Alpes et l’Alsace, imposant une rotation une année sur six en plus d’un dispositif de surveillance très dense. En vain. « Même si cela a tout de même permis de stabiliser les niveaux de population, l’objectif du confinement n’a pas été atteint avec des fuites vers les régions Bourgogne et Franche-Comté », poursuit Jean-Baptiste Thibord.

Face à l’inefficacité de ces mesures, la Commission européenne admet, à la fin de l’année 2013, qu’il n’y a aucune mesure réalisable pour éradiquer ou empêcher la propagation de cet insecte et qu’il existe des moyens de contrôle « efficaces » et « durables » pour réduire au minimum son impact. Début 2014, la chrysomèle est retirée de la liste des insectes de quarantaine. La fin de la lutte obligatoire est actée par l’arrêté du 18 juillet de la même année. « À partir de cet instant, la chrysomèle devient un parasite courant avec lequel il faut apprendre à vivre », indique Jean-Baptiste Thibord.

Plus de chrysomèles mais toujours pas de dégâts

Inévitablement, les années qui ont suivi ont montré une augmentation significative des populations de chrysomèle en Alsace. Depuis 2015, on observe un taux d’accroissement de 1,5 à 4 par an. En 2014, 233 ont été capturées. En 2014, on en dénombrait 5 645 et… 21 605 en 2018. Si cela paraît beaucoup à première vue, cela pourrait néanmoins être pire. « Si on ne faisait vraiment rien, le taux d’accroissement de la population serait plutôt de sept », relativise le technicien d’Arvalis. Autre élément marquant : 94 % des pièges présents en Alsace ont capturé des chrysomèles en 2018, contre 32 % en 2015. « L’insecte est présent sur l’ensemble du territoire alsacien, mais de manière hétérogène. On remarque des populations abondantes dans certains secteurs comme le long du Rhin ou dans le sud du Haut-Rhin. » Ces chiffres en constante évolution traduisent-ils un échec de toutes les opérations menées depuis quinze ans contre la chrysomèle ? Les agriculteurs doivent-ils s’en inquiéter ?

Jean-Baptiste Thibord se veut plutôt rassurant. « C’est clair, les mesures de lutte n’ont pas permis l’éradication. Cependant, elles ont quand même servi à atteindre un résultat original et unique au monde : quinze ans après les premières détections, il n’y a toujours pas de dégâts observés sur les maïs. Certes, ces mesures ont été lourdes, mais pas complètement vaines. Dans les autres pays touchés comme l’Italie ou la Hongrie, les premiers dégâts économiques sont apparus entre six et neuf ans après les premières détections quand les agriculteurs n’ont mis aucune mesure de lutte en place. »

Maintenir une rotation de cultures

S’il faut désormais « faire avec » la chrysomèle, encore faut-il le faire de la bonne manière. En clair, il faut continuer à agir sur certains leviers même s’il n’y a plus d’obligation réglementaire. En premier lieu, Jean-Baptiste Thibord rappelle le facteur principal qui favorise le développement de la chrysomèle sur plusieurs années : la monoculture exclusive de maïs. La nécessité de maintenir une rotation de cultures au moins une année sur six est donc plus que recommandée par Arvalis. En effet, les larves déposées par les adultes l’année précédente ont besoin de consommer des jeunes racines de maïs pour pouvoir boucler leur cycle et passer à l’âge adulte. « Très clairement, il y aura une augmentation de la population dans les parcelles où l’on continuera à faire de la monoculture de maïs. Au vu de ce qui a été observé à l’étranger et des changements climatiques actuels, on peut penser que les premiers dégâts arriveraient au bout de trois ou quatre ans, sept dans les meilleurs des cas. Une monoculture exclusive veut dire faire plus de maïs à court terme, mais hypothèque les résultats à moyen terme. Sans compter que cela va créer des problèmes de voisinage puisque les agriculteurs qui feront ce choix prennent le risque de contaminer les parcelles voisines », prévient Jean-Baptiste Thibord.

Le développement de la chrysomèle est également corrélé au type de sol sur lequel la parcelle est plantée. Un sol abrasif, type sableux, est défavorable aux jeunes larves, tandis qu’un sol lourd avec une forte réserve hydrique ou un sol argileux sont favorables au développement de l’insecte. Quel que soit le sol, si la plante est soumise à un fort déficit hydrique, elle est plus exposée aux ravages potentiels de la chrysomèle. « Dans un scénario climatique bien arrosé, le maïs a suffisamment de racines pour consommer les ressources nutritives du sol. Et même si la chrysomèle a dévoré les trois quarts des racines, le maïs peut survivre. En revanche, s’il y a moins de racines et moins de disponibilité en ressources hydrique et alimentaire dans le sol, sa sensibilité va être largement augmentée. » Il y a tout un tas de facteurs et d’itinéraires techniques sur lesquels peuvent jouer les agriculteurs pour améliorer la biomasse racinaire : une date de semis précoce, l’indice de précocité de la variété, la fertilisation starter, et la protection insecticide au semis.

Pour un pilotage à l’échelle de la parcelle

Les recommandations au niveau national varient en fonction du nombre de captures observées, mais aussi des conditions pédoclimatiques. En Alsace, dans les parcelles les plus infestées, Arvalis recommande de continuer les mesures initiées dans le cadre du confinement : rompre la monoculture de maïs au moins une année sur six dans les parcelles à faible stress hydrique, et intensifier un peu plus dans les parcelles exposées à un fort risque de stress hydrique. Pour les foyers « nouveaux », au-dessous de 100 captures par piège et par an, Arvalis conseille de rompre immédiatement la monoculture dans la parcelle concernée et celles environnantes afin d’empêcher la création d’un foyer de chrysomèle. Lorsque les captures deviennent plus importantes, Arvalis préconise de passer au piège jaune en remplacement du piège à phéromone, plus limité en surface et uniquement pertinent si la présence de chrysomèles est faible. « Les pièges jaunes sont un meilleur indicateur du niveau de population. Grâce à eux, on peut piloter la lutte à l’échelle de la parcelle. Reste à déterminer les seuils qui pourront être admis en fonction des secteurs géographiques. Aux États-Unis, le seuil sécuritaire est de cinq adultes par jour. En Italie, il est compris entre dix et quinze par jour », souligne Jean-Baptiste Thibord. Et qu’en est-il de la protection insecticide ? Selon lui, son intérêt reste « nul » d’un point de vue économique et « limité » au vu de la dynamique de population actuellement rencontrée sur le territoire français. « C’est vraiment les conditions climatiques et la rupture ou non de la monoculture qui sont aujourd’hui en mesure d’influencer l’accroissement de la population de chrysomèles. »

« Dînez avec les Grandes maisons d’Alsace »

Huit grands vins et une étoile au menu

Vigne

Publié le 26/11/2018

Et de dix pour la soirée « Dînez avec les Grandes maisons d’Alsace ». Lancée en 2017 par les Grandes maisons d’Alsace, cette manifestation vise à « déployer la notoriété des vins d’Alsace » en accordant les plats aux vins - et non l’inverse comme cela se fait habituellement - dans des dîners servis dans des restaurants alsaciens. Après être passé par La Taverne Alsacienne, à Ingersheim, La Gare à Guewenheim, L’Arbre Vert à Berrwiller, La Source des Sens à Morsbronn les Bains, le H à Barr, À la Ville de Lyon à Rouffach, et Le Cheval Blanc à Westhalten, ce dîner commenté par Pascal Léonetti, meilleur sommelier de France 2006, a fait escale chez Julien Binz à Ammerschwihr, le jeudi 8 novembre, pour un dîner « spécial étoilé », le restaurant faisant partie de très sélective famille des étoilés Michelin depuis 2015.

La cinquantaine de convives présents (sur inscription préalable uniquement) a pu déguster en mise en bouche un crémant d’Alsace brut Boisé des dés de la maison Ruhlmann-Schutz accompagné de perles de hareng fumé, avec un bulle liquide granny smith et yaourt. En entrée, Pascal Léonetti a fait déguster deux rieslings - un Grès 2015 de la maison Pierre Sparr Successeurs, et un Clos Sainte Hune 2012 de la maison Trimbach - accompagnés d’un homard avec palets de riz, pickles de betteraves au gel de litchi et jus de homard corsé. Pour le plat, c’est toujours le riesling qui a été mis à l’honneur avec un grand cru Kirchberg de Barr 2008 de la maison Klipfel, et la cuvée Frédéric Émile 375e anniversaire 2001 de la maison Trimbach, accompagnés par un bar en écailles soufflées, avec texture fenouil et sa sauce façon bouillabaisse. Pour le fromage, on retrouvait un gewurztraminer grand cru Mambourg 2013 de la maison Pierre Sparr Successeurs, et un muscat d’Alsace grand cru Kirchberg de Barr clos Zisser 2016 de la maison André Lorentz, accompagnés par un siphon de chèvre frais avec ciboulette, mouchoir de pain grillé et Blu di Capra. Enfin, c’est le muscat d’Alsace vendanges tardives 2015 de la maison Ruhlmann-Schutz qui a eu le privilège de clôturer ce dîner, accompagné comme il se doit par des poires pochées avec un crémeux poire, un gel à la rose et de la glace à la citronnelle.

Depuis le 6 septembre 2017, date de lancement de ce concept qui se veut « unique », 500 convives ont participé à ces dîners. À chaque fois, quatre membres des Grandes maisons d’Alsace ont mis à disposition deux de leurs vins présentés par eux-mêmes ou par Pascal Léonetti lors de la soirée. Pour les accompagner, les restaurateurs ont tous spécialement concocté des menus pour l’occasion, sur la base de suggestions d’ingrédients faites par le Meilleur sommelier de France 2006. Un dîner est encore au programme pour 2018. Ce sera la 6 décembre, à la Perle des Vosges à Mulhbach. Les maisons Sipp (Ribeauvillé), Boeckel (Mittelbergheim), Wunsch & Mann (Wettolsheim) et Hauller (Dambach-la-Ville) feront, à leur tour, découvrir leurs vins aux personnes inscrites. Forts du succès des dix premières éditions de cette manifestation, les organisateurs ont d’ores et déjà prévu de renouveler l’expérience en 2019 à raison d’un dîner accord vins-mets tous les premiers jeudis du mois (sauf en janvier et août), des dîners à la table de chefs étoilés (en mars et octobre), et un dîner qui s’exportera pour la première fois hors des terres alsaciennes, au mois de mai dans les Vosges. Une première étape avant d’aller exporter le concept dans des grandes villes comme Paris, Lyon ou Lille.

Visite automnale de l’expérimentation SEFerSol

Des résultats encourageants qui restent à confirmer

Cultures

Publié le 14/11/2018

Élaboré en partenariat avec l’Atelier Paysan, Alsace Vitae, l’Association pour la relance agronomique en Alsace (Araa), la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA), l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Planète Légumes et Rittmo Agroenvironnement, le projet SEFerSol vise à tester des stratégies innovantes et rentables capables d’améliorer la fertilité des sols en maraîchage.

L’expérimentation est menée depuis 2015 aux Jardins du Pflixbourg, l’exploitation du lycée agricole et horticole de Wintzenheim. La dernière visite de bilan a eu lieu le 5 novembre, dans le cadre du Mois de la bio en Grand Est. Guillaume Delanay, chef de projet du pôle maraîchage au lycée, a expliqué les conditions de l’expérimentation pour celles et ceux qui ne la connaissaient pas encore ; le projet ayant déjà été présenté à plusieurs reprises au cours de ces dernières années.

Deux systèmes innovants, un système référent

Le dispositif expérimental comprend trois systèmes de culture. Le premier, qui fait office de référentiel, est fidèle à ce qui se fait couramment chez les maraîchers bios en Alsace, à savoir un travail du sol important, le recours à des engrais organiques et une gestion classique du désherbage. On trouve ensuite le premier système innovant « engrais verts max » dans lequel on cherche à exploiter au mieux tous les bénéfices des engrais verts. Dans ce système, il n’y a pas d’apport de fertilisants organiques. Les seuls apports viennent du compost et des résidus des cultures et des couverts qui sont plantés. Le travail du sol est toujours présent, mais est différent. « On a recours à la pratique des planches permanentes et on utilise des outils de travail du sol qui ne sont pas rotatifs. Du coup, il n’y a pas les effets négatifs de désagrégation et de perturbation trop forts de la structure que provoquent les outils animés », explique Guillaume Delaunay. Enfin, le deuxième système innovant s’appuie, lui, sur le principe de conservation du sol, à savoir une couverture la plus permanente possible, un travail limité, voire supprimé, et une diversité enrichie dans les successions de cultures grâce à l’apport de couverts.

Les trois systèmes de culture comparés s’appuient sur une succession de cultures qui doit durer cinq ans : des pommes de terre pendant la première année, des salades et des choux-fleurs la seconde, des courges la troisième, des poireaux la quatrième et des carottes pendant la cinquième année. « Aujourd’hui, on sait qu’on va pouvoir aller au moins jusqu’à neuf années de travail. Il est fort probable qu’on recommence la même rotation pour pouvoir comparer avec ce qui a déjà été étudié », annonce Guillaume Delaunay. Et surtout, cela permettrait de confirmer si, oui ou non, ces systèmes de culture innovants testés répondent aux objectifs fixés au départ : améliorer la fertilité du sol, faciliter la gestion de l’enherbement, assurer l’autonomie de ces systèmes - un principe fondamental de l’agriculture biologique - et s’assurer du faible impact de ces systèmes sur la qualité de l’eau. « C’est un sujet sur lequel on est particulièrement attentifs. On a tendance à dire que l’impact de l’agriculture biologique sur la qualité de l’eau est moindre que celui de l’agriculture conventionnelle. Sauf qu’on manque de références à ce sujet. C’est l’occasion d’en faire. Avec la nature du sol de ces parcelles [NDLR : sablo-limoneux], on peut facilement mesurer l’impact sur les nappes souterraines, et ainsi voir plus facilement si nos pratiques doivent encore être améliorées. »

Un bilan économique à calculer

Afin d’avoir des résultats plus précis, deux parcelles d’expérimentation ont été créées côte à côte : Sefersol 1 et Sefersol 2. La première a démarré sa rotation de cultures dès le début du projet en 2015, la deuxième en 2016. Un décalage qui permet d’effacer les effets potentiels d’une météo particulière une année. « On peut lisser les résultats avec deux années différentes », justifie Guillaume Delaunay. Sur Sefersol 1, les résultats obtenus cette année grâce aux systèmes de culture innovants sont plutôt encourageants. « Que ce soit « engrais vert max » ou « conservation du sol », on obtient des rendements de poireaux commercialisables plus importants que dans le système de référence. On s’était fixé 20 tonnes à l’hectare, on l’a dépassé sur les trois systèmes. On arrive même à 45 t/ha avec le système « conservation du sol », soit le meilleur rendement commercialisable. Après, il faut faire des calculs de marge pour voir s’il y a toujours une telle différenciation. Par exemple, on a eu 20 % de temps de travail en plus sur le système « engrais vert max » par rapport au système de référence à cause de la gestion des adventices. »

Sur la parcelle Sefersol 2, les résultats obtenus sont un peu différents. Tout d’abord, ce sont trois légumes qui ont été plantés à chaque fois : des courges sucrines du Berry, des potimarrons et des courges butternut. Dans ce cas, les mesures ont été effectuées sur la planche du milieu, celle où se situaient les potimarrons, et non sur les planches latérales soumises à des effets de bordure. « Et ce qu’on peut dire, c’est que la culture de potimarron a été la moins bonne avec une différence pas très marquée entre le système référent et les deux systèmes innovants. On note toutefois que le système « conservation du sol » a apporté un rendement un peu plus important. » Plus important, mais pas suffisant puisque l’objectif initial de 30 t/ha n’a été atteint avec aucun des trois systèmes. En revanche, sur les deux autres types de courges situées sur les planches latérales, le rendement a été atteint. Pour la courge butternut, le système « engrais vert max » a été le plus favorable, même si le système « conservation du sol » le talonne de peu. Enfin, sur la courge sucrine du Berry, on remarque une petite différence avec les deux systèmes innovants. « Mais globalement, les résultats pour ces deux courges sont relativement homogènes entre les trois systèmes », constate Guillaume Delaunay. Là encore, des calculs de marge devront être faits afin de mesurer plus précisément la pertinence économique de ces systèmes innovants. Là est tout l’enjeu en effet. Si la protection de l’environnement et des ressources aquifères est évidemment un enjeu essentiel, aucun système, aussi innovant soit-il, ne pourra être adopté à grande échelle s’il ne présente pas un résultat économique positif pour l’agriculteur.

E-commerce des vins

Des bouteilles « twilées » vendues par internet

Vigne

Publié le 14/11/2018

« Dis donc, tu l’as twilée cette bouteille ? » « Ouais, elle est vraiment pas mal. J’en avais commandé trois pour essayer et j’ai adoré. Je lui ai mis cinq étoiles. » La scène se passe dans un futur proche, dans un rayon de supermarché. Deux jeunes amateurs de vin parcourent les références présentes en rayon pour dénicher « la perle ». Vivant au cœur de Paris, ils n’ont que peu de temps à consacrer à la visite de caves dans les vignobles de leur pays. Alors, ils « twilent » avec leur smartphone à défaut de causer en direct avec le vigneron. Quelques jours plus tard, les bouteilles « twilées » et commandées directement chez leur producteur leur sont livrées dans un emballage garanti « anti-casse ». La dégustation va pouvoir commencer. Les deux comparses vont enfin savoir si ce nouveau riesling cuvée 2023 de la maison Albert Hertz, à Eguisheim, est à la hauteur des commentaires élogieux qui lui ont été dressés. Désormais dirigé par Frédéric Hertz, ce domaine fait partie des premiers Alsaciens à s’être inscrits sur la plateforme TWIL. C’était en 2016. Année qu’a choisie une jeune start-up parisienne pour lancer cet outil ambitieux : permettre aux vignerons de vendre directement leurs vins aux consommateurs grâce à un site internet et l’application TWIL, acronyme de The Wine I Love*.

Comment ? Avec un concept simple, inspiré de Shazam, une application de reconnaissance musicale. « Quand le consommateur aime un vin, il prend l’étiquette de la bouteille en photo avec son smartphone. Si le vin est référencé sur notre plate-forme, il entre en contact direct avec le producteur pour commander une bouteille », explique Erwann de Barry, créateur et président de TWIL. Ce jeune entrepreneur fait partie de la onzième génération d’une famille viticole provençale. Dans son entourage, ses amis ou ses connaissances avaient souvent tendance à le considérer comme « l’expert » en vin. « Oui, j’ai de bonnes connaissances sur les vins de Provence, et je reconnaîtrais les vins de ma famille entre mille. Mais il en faut bien plus pour devenir un vrai expert en vins. Je trouve d’ailleurs que c’est un terme un peu trop galvaudé… »

Globalement, il est vrai que le monde du vin peut paraître quelque peu opaque au profane. Alors quand celui-ci se retrouve seul devant des centaines de bouteilles sans personne pour le conseiller, comment faire le bon choix ? Beaucoup s’appuient sur les médailles reçues lors des concours, notamment ceux de Mâcon ou de Paris. C’est un bon début. Mais comme les films à voir au cinéma sont à la fois critiqués et évalués par des professionnels et le grand public, le jugement des « bons vins » n’est pas uniquement l’apanage des sachants. « De là m’est venue l’idée de créer un outil ludique qui permette aux gens d’identifier le vin qu’ils aiment, de le noter, de le partager et de les orienter vers des vignerons qui partagent leurs valeurs. En résumé, je dirais que c’est un moyen pour l’utilisateur de se rapprocher de ses émotions viticoles », souligne Erwann de Barry.

Un « nouveau support » de présentation

Une fois son projet en tête, il a contacté les interprofessions des différentes régions viticoles françaises pour le présenter. Avec des fortunes diverses. « Certaines se sont montrées plus ouvertes que d’autres à mon application. Cela a été le cas de l’Alsace. » Il y constate une « forme de modernité » et un « temps d’avance » par rapport à d’autres régions viticoles. Deux ans après ces premières prises de contact, la plateforme compte 710 vins sur les 18 000 références (françaises et mondiales) disponibles à la vente. Des chiffres qui évoluent au gré des périodes de l’année, plus ou moins favorables à l’achat de bouteilles, comme les fêtes de fin d’année par exemple.

Actuellement, le domaine Albert Hertz y vend onze références, du sylvaner cultivé en biodynamie pour la bouteille la moins chère, au gewurztraminer grand cru Pfersigberg pour la bouteille la plus chère. Cette vitrine numérique est une manière de conquérir de nouveaux clients pour Frédéric Hertz. Ce jeune vigneron de 28 ans est salarié depuis cinq ans dans l’entreprise familiale qu’il est destiné à faire perdurer. Un avenir qui passera nécessairement par une visibilité accrue sur la Toile. « Près de 40 % des Français achètent régulièrement leurs vins sur internet. Il est donc essentiel d’y être. C’est un nouveau support pour présenter notre domaine, une gamme de vin choisie en fonction de la saison, en tout cas pour nous. »

La grande différence des plateformes e-commerce par rapport à un caviste ou un étal de supermarché, c’est la possibilité de laisser des commentaires sur le produit, visibles de tous, évidemment. Dans le cas de TWIL, cela confronte le vigneron à un haut degré de transparence. Si quelqu’un n’aime pas un vin, il a tout le loisir de le critiquer par exemple. « Ça va spontanément être quelque chose de dérangeant, c’est vrai. Mais on existe avec nos qualités et nos défauts. Il y aura d’autres clients pour qui le vin sera excellent. Et le fait de mettre des avis, de pouvoir y répondre, ça permet d’échanger, comme on le fait dans une cave. Et si l’avis est négatif, je réponds et j’essaie de savoir pourquoi », considère Frédéric Hertz. « Il ne faut pas oublier que le vin est un produit contextuel qui dépend des goûts et des couleurs de chacun, complète Erwann de Barry. C’est pour cela qu’on demande à l’internaute d’expliquer pourquoi il a mis une mauvaise note. Il n’a pas forcément le vocabulaire technique qu’utilisent les professionnels du vin. C’est donc important qu’il puisse s’exprimer avec ses propres mots afin de pouvoir générer un échange constructif avec le viticulteur. »

Une logistique mutualisée et bon marché

Outre une visibilité accrue avec une boutique ouverte 24 h sur 24, la plateforme TWIL apporte à ses adhérents un « vrai réseau de distribution ». « Grâce à un partenariat que nous avons établi avec une entreprise logistique, on peut mutualiser les coûts de transports. Cela génère des économies de temps et d’argent pour le viticulteur », souligne Erwann de Barry. Concrètement, un internaute peut sélectionner des vins de plusieurs régions ou producteurs sur une même commande, avec un minimum de trois bouteilles par commande. Le viticulteur enregistre la commande comme il le ferait sur son propre site e-commerce, prépare le ou les cartons de vins et n’a plus qu’à attendre que le transporteur vienne récupérer l’ensemble. Les cartons peuvent ensuite être livrés gratuitement (avec un minimum de 6 bouteilles) dans l’un des 6 000 points relais présents sur le sol français, ou livrés à domicile en 45 h moyennant un coût de 2,90 euros pour 6 bouteilles minimum. « À titre de comparaison, cela me coûte environ 12 € de frais de port pour envoyer un carton de six », témoigne Frédéric Hertz. Une fois les cartons récupérés chez les différents producteurs, tout est centralisé dans une plateforme logistique, afin d’assurer la livraison au même moment de toutes les bouteilles commandées. « Avec TWIL, nous avons voulu faire en sorte que la vente au particulier soit simple et fluide. C’est la condition indispensable pour que ça tourne », ajoute Erwann de Barry.

Pour se rémunérer, la plateforme prélève 18 % de commissions sur chaque vente. Il n’y a ainsi pas de forfait mensuel à payer par avance par le viticulteur. « Pas de vente, pas de charges », résume-t-il. L’objectif de TWIL est que le prix des vins affiché, livraison incluse, soit le même que le prix caveau. « Plus la politique tarifaire sera cohérente entre les différents canaux, plus cela sera facile à valoriser », justifie-t-il. Pour l’instant, ce n’est pas le cas de la Maison Albert Hertz qui vend ses vins 10 % plus chers sur TWIL que dans son caveau. « Nous avons une clientèle historique habituée à un certain prix, et nous en avons une nouvelle qui se profile, auprès de qui on souhaite valoriser un peu plus notre produit », indique Frédéric Hertz. Ce qui ne veut pas dire pour autant que cela ne pourrait pas évoluer dans un futur plus ou moins proche. « La vente au caveau prend pas mal de temps et mobilise quelqu’un. C’est presque plus rentable de faire de la vente par correspondance que de vendre au caveau », reconnaît le jeune vigneron d’Eguisheim.

Erwann de Barry est en tout cas persuadé d’une chose : la consommation de vins en France et dans le monde est en train d’opérer une mutation profonde avec la génération des Millenials, ces femmes et hommes nés entre 1980 et 2000. « Il faut savoir qu’à l’étranger, 42 % des consommateurs de vins font partie de cette tranche de la population qui a un mode de consommation bien différent de ses aînés. Auparavant, les consommateurs avaient quelques bonnes références et prenaient toujours les mêmes vins. Aujourd’hui, le Millenial veut vivre une expérience différente à chaque dégustation. Il n’a ainsi aucun problème à acheter un vin complètement inconnu. C’est l’une des forces de notre plateforme : on y trouve tous types de producteurs, de toutes les régions du monde. On peut les comparer facilement, comme chez le caviste. Sauf que là, on peut le faire avec un simple twil, en restant chez soi. »

Ets Schaechtelin

Une journée au champ réussie

Technique

Publié le 13/11/2018

« On n’était pas à la foire aux vins d’Alsace à Colmar cette année. On s’est dit que ce serait sympa de faire une manifestation conviviale, dans un endroit chouette, et de montrer les différentes choses que l’on sait faire », explique Marc Misbach, cogérant de la concession depuis 2014 au côté de son frère, Jean-Luc. Et les compétences ne manquent dans cette entreprise familiale créée en 1948 par Éric Schaechtelin, maréchal-ferrant de son état.

« Mon grand-père s’était focalisé sur deux activités : la métallerie et la vente et réparation de matériels. Les espaces verts sont venus par la suite. Aujourd’hui, ces trois branches distinctes constituent toujours le socle de l’entreprise et représentent même l’un de nos atouts », estime Marc Misbach. En effet, il n’est pas rare qu’un agriculteur, par exemple, en plus d’avoir besoin d’un tracteur, ait besoin d’une tronçonneuse ou d’autres outils d’entretien d’espaces verts. « Du coup, on est capable de répondre à des questions diverses et ce, dans un magasin commun à nos trois activités. »

Une notion d’unité que les habitués de la concession ont pu retrouver lors de cette journée au champ particulièrement radieuse du point de vue météo. D’un côté, les tracteurs Claas - fer de lance de l’entreprise - étaient tous présents, de l’Arion 500 à l’Axion 900 ; de l’autre, on pouvait découvrir ou redécouvrir les semoirs Monosem, la gamme Amazone de travail du sol, les charrues Grégoire Besson, le matériel d’irrigation, les marques « espaces verts » comme Stihl ou Viking, et de nombreux outils et équipements appartenant à cette catégorie de produits.

A l’issue de cette journée, Marc Misbach a tenu à remercier l’ensemble des partenaires et des personnes qui ont répondu présents. « On a eu beaucoup de monde que ce soit le matin ou l’après-midi. Merci à tous d’avoir contribué à la réussite de cette manifestation. »

Ordre du Mérite agricole

Trois nouveaux chevaliers et un officier

Vie professionnelle

Publié le 09/11/2018

Quatre « poireaux » ont été remis lors d’une cérémonie organisée à la Maison de l’agriculture, à Sainte-Croix-en-Plaine. C’est tout d’abord Marie-Cécile Claudepierre qui a reçu sa médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole des mains du président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger. Élue à la CAA depuis 2013, Marie-Cécile Claudepierre est engagée depuis près de 40 ans dans l’agriculture. Après avoir travaillé sur l’exploitation familiale, elle reprend, en 1984, la ferme de ses beaux-parents au côté de Gérard, son époux. Une exploitation située à 900 mètres d’altitude, au lieu-dit Faurupt, près du Bonhomme. Partis avec 12 vaches, 8 génisses et 16 hectares, Marie-Cécile et Gérard Claudepierre agrandissent progressivement leur ferme et se spécialisent exclusivement dans la vente directe en 1998. Aujourd’hui, leur cheptel compte 28 vaches laitières et 25 génisses pour une surface exploitée de 74 ha et une production laitière de 170 000 litres, transformée intégralement à la ferme. Leurs produits (tommes et munsters au lait cru) sont vendus en France et à l’étranger, principalement chez des fromagers affineurs (fromagerie Saint-Nicolas à Colmar, fromagerie Tourrette à Strasbourg, ainsi qu’une vingtaine de références à Paris), mais aussi au marché Saint-Joseph de Colmar. Marie-Cécile et Gérard Claudepierre sont parents de trois enfants et grands-parents d’une petite fille née en 2017.

« Un des piliers »

Laurent Wendlinger a ensuite décoré Danielle Bras, agricultrice à Roggenhouse et vice-présidente de la CAA depuis les dernières élections, en 2013, et élue à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est (Crage), de la médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole. « Lorsque je t’ai sollicitée pour faire partie de mon équipe, tu t’es interrogée. Tu étais inquiète de ne pas être à la hauteur face aux enjeux, face aux responsabilités agricoles que tu découvrais. Aujourd’hui, je peux dire que tu nous l’as bien rendu. Tu es l’un des piliers de notre Chambre d'agriculture d’Alsace. Ton engagement sur les différents dossiers est salué par l’ensemble des acteurs et partenaires avec qui tu œuvres au quotidien », témoigne le président de la CAA. Cela fait dix ans que Danielle Bras pérennise l’exploitation familiale au côté de son époux, Reinhardt, lui-même fils d’agriculteurs basés en Basse-Saxe, à la frontière hollandaise. Ce parcours agricole, « qui ne fait que commencer », fait suite à une première expérience professionnelle en tant qu’aromaticienne dans un laboratoire de recherche et développement dans l’industrie alimentaire. Danielle Bras a par la suite été responsable du laboratoire de contrôle qualité dans le domaine des molécules aromatiques et de la parfumerie au sein de l’entreprise BASF. À la Chambre d'agriculture, Danielle Bras assure la présidence des filières végétales. Elle représente également la profession agricole à l’Institut transfrontalier d’application et de développement agronomique (Itada). Avant elle, son père, Antoine, et son oncle, Pierre, « reconnus en leur temps pour leur implication dans l’agriculture et la viticulture », avaient déjà été décorés du fameux « poireau ».

Créateur de logiciels

L’ancien directeur de la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin, Aimé Lichtenberger, a pris le relais de son ancien président pour remettre l’insigne de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole à Joël Janoty, actuel responsable du système d’information à la Crage et directeur des fonctions supports. Originaire de Gap, rien ne prédestinait Joël Janoty à servir le monde agricole. Diplômé en informatique, il démarre sa carrière professionnelle en tant que technico-commercial dans ce domaine de 1990 à 1996 dans sa région natale. Cette même année, il rejoint la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin pour occuper le poste de responsable du système d’information. Au fil des années, il se révèle être un « pédagogue exceptionnel, captivant parce que toujours enthousiaste ». Il n’a de cesse de créer de nouveaux logiciels, dont celui dédié à la gestion commerciale des viticulteurs Winviti. À partir de 2011, il œuvre au profit du réseau national des Chambres d’agriculture en tant que chef de projet technique SIRH. Il encadre, pour le compte de la CAA, une équipe pluridisciplinaire de 14 collaborateurs dans le cadre de l’agrégation des systèmes d’information des Chambres d’agriculture. Il intègre la Crage en 2016 et s’apprête à poursuivre son évolution professionnelle. Le 1er janvier 2019, il rejoindra l’APCA au sein de la Direction nationale des systèmes d’information. Outre sa passion pour l’informatique, Joël Janoty est également un sportif hors pair, excellent nageur, marcheur et cycliste mais aussi « brillant » volleyeur, et adepte des manifestations sportives à vocation caritative. Une activité qu’il partage avec son épouse, Soizick. Il est également père de deux garçons.

« Une marque de reconnaissance, voire d’appartenance »

Décoré chevalier en 2000, Jean Deffinis a été promu au grade d’officier dans l’ordre du Mérite agricole par le secrétaire général de la préfecture du Haut-Rhin, Christophe Marx. Bien connu dans le monde agricole, Jean Deffinis, est actuellement adjoint au chef du bureau Nature, Chasse et Forêt, à la direction départementale des Territoires (DDT) du Haut-Rhin. Il assure la mise en œuvre des mesures de protection et de développement de la forêt, en particulier l’analyse des conditions de retour à l’équilibre agro-sylvo-cynégétique, tout en assurant l’intérim des fonctions d’adjoint au chef du service agriculture et développement rural. Avant d’intégrer la DDT en 2010, Jean Deffinis a eu un riche parcours professionnel. Il démarre en 1979 au sein de l’antenne départementale de la protection des végétaux d’Annemasse, en Haute-Savoie. En 1983, il revient sur sa terre natale alsacienne en tant que chargé de diagnostics et détection phytopathologique à l’antenne départementale de la protection des végétaux à Colmar. En 1989, il intègre le service agricole de la direction départementale de l’Agriculture et de la Forêt du Haut-Rhin où il est chargé de la mise en œuvre de la politique des aides aux agriculteurs. En 1992, il est promu technicien supérieur de l’agriculture et prend en charge le déploiement dans le Haut-Rhin de la mise en place de l’importante réforme de la Pac. Il poursuit son évolution de carrière jusqu’en 2010 où il intègre la DDT du Haut-Rhin lors de sa création. En tant que chef du bureau des aides directes et des filières végétales, Jean Deffinis « fait preuve d’un sens marqué de l’analyse de situations complexes ». Il devient l’interlocuteur privilégié de la Draaf, des services de l’État et de la profession agricole. « Vous êtes clairement identifié par le préfet et le DDT comme un référent solide du domaine agricole », souligne Christophe Marx. En 2014, Jean Deffinis ajoute la fonction d’adjoint au chef du service agriculture et développement rural. Un poste « exigeant » avec de nombreux défis à relever, comme la mise en œuvre de TelePac et la gestion du traitement des 57 000 anomalies liées au Registre parcellaire graphique. Et c’est en juillet 2017 qu’il intègre la fonction qu’il occupe actuellement. Au côté de son épouse, Jean Deffinis a tenu à remercier la profession agricole pour avoir proposé d’associer sa remise de médaille à celle de ses homologues du monde agricole. « Pour moi, c’est une marque de reconnaissance, voire d’appartenance à la grande communauté des agriculteurs. »

Sécheresse et manque de fourrages

Les céréaliers alsaciens au chevet des éleveurs du Doubs

Vie professionnelle

Publié le 26/10/2018

« Quand il le faut, l’agriculture sait répondre présente. Elle le démontre aujourd’hui. » Face à la presse, le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, résume en quelques mots l’action de solidarité réalisée aux côtés de la FDSEA du Bas-Rhin pour venir en aide à des éleveurs du Doubs victimes d’une sécheresse qui n’en finit plus. Tout part d’une discussion il y a quinze jours, à Paris, entre le vice-président de la FDSEA du Doubs, Christophe Chambon, et le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, Gérard Lorber. « Il m’a fait part des difficultés extrêmes que rencontraient leurs éleveurs, liées au manque de fourrage. De là est née l’idée de monter une action pour leur venir en aide », explique le responsable syndical bas-rhinois. En à peine dix jours, tout se met en place, le temps d’identifier les fermes les plus en détresse et de prendre contact avec des céréaliers alsaciens prêts à mettre à disposition gracieusement leurs cannes de maïs. « Ce n’est pas facile de demander aux gens de donner gratuitement leur matière organique. Pourtant, ils l’ont fait », se félicite Denis Nass. Au total, près de 1 200 tonnes de paille de maïs ont été pressées, mises en meule et chargées par 150 céréaliers alsaciens à destination d’une soixantaine d’éleveurs doubistes. Ces ballotins de paille de maïs serviront au confort des animaux et remplaceront la paille de blé qui sera recyclée dans l'alimentation après avoir été mélangée avec de la mélasse.

L’inquiétante décapitalisation des éleveurs

La situation est d’autant plus critique dans le Doubs que 97 % des agriculteurs de ce département sont des éleveurs, dont 70 % en AOP Comté où les pâturages sont obligatoires et le maïs ensilage proscrit pour l’alimentation des animaux. « Ce qui dingue, c’est que, habituellement, il y a des secteurs de notre département où l’on doit gérer les problèmes liés aux excès d’eau. Cette année, on n’a pas eu une goutte de pluie depuis début juillet. Et ça continue. C’est du jamais vu », souligne le vice-président de la FDSEA du Doubs, Éric Morel. En effet, même en 1976 et 2013, deux années de grande sécheresse, les précipitations avaient fini par arriver à l’automne. Cette année, toujours rien, alors que le mois de novembre approche à grands pas. Une situation qui inquiète grandement les responsables des FDSEA bas-rhinoises et haut-rhinoises, l’Alsace étant elle aussi touchée de plein fouet par ces problèmes de sécheresse. « Il y a des éleveurs qui décapitalisent. Mais pour vendre les animaux à qui ? Les autres éleveurs rencontrent les mêmes difficultés. Les vendre à l’abattoir ? Le marché de la viande commence à être saturé, sans compter qu’on vend là des animaux qui ne sont pas finis », déplore Denis Nass. Il fait également remarquer « qu’on parle tout le temps de bien-être animal. Encore faut-il pouvoir l’assurer. Aujourd’hui, ce sont les éleveurs en système herbager qui souffrent le plus. Il n’est pas normal que notre ministère de l’Agriculture n’apporte aucune réponse face à cette situation. On ne demande pas l’aumône, on souhaite juste que l’État soit là dans les moments difficiles. » Gérard Lorber enfonce le clou. « Le commissaire européen a mis en place un certain nombre de mesures pour permettre aux États membres de venir en aide aux agriculteurs les plus touchés par la sécheresse. En Allemagne, cela a été fait au début du mois d’août. En France, ça traîne. C’est inadmissible. »

400 tonnes pour les éleveurs d’Alsace Bossue

Mais le monde agricole alsacien n’a pas attendu le réveil des autorités pour faire face à cette situation inédite. Même si elles n’ont pas été médiatisées comme l’opération de solidarité avec le Doubs, des actions ont déjà été réalisées à destination d’éleveurs du Sundgau et de la montagne dans le Haut-Rhin. Dans le Bas-Rhin, les éleveurs d’Alsace Bossue, dont un tiers est en mode de production biologique, ont déjà pu récupérer des pailles de maïs venant de céréaliers du secteur de Brumath. « Ceux qui n’en ont pas eu assez vont pouvoir bénéficier de cette nouvelle action de solidarité », indique Véronique Klein, agricultrice bio à Ottwiller et vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ainsi, 400 tonnes supplémentaires de cannes de maïs vont être données gracieusement à plusieurs éleveurs de ce secteur. Aussi efficaces soient-elles, ces actions de solidarité paysannes ne règlent pas la situation à long terme. Les dérèglements climatiques étant de plus en plus fréquents, il est probable qu’une telle situation de déficit hydrique se reproduise dans les années à venir. « Avec un prix de paille qu’on nous annonce à plus de 100 euros la tonne, cela ne va pas être possible. Il va falloir réfléchir à des solutions plus pérennes », estime Véronique Klein. L’une d’elles passera par une politique d’investissement « plus adaptée à la situation actuelle », considère Denis Nass. « Il faut permettre un stockage plus long de fourrage sans fiscalité. Ce serait déjà un bon début. »

Journée de sensibilisation de MSA Services Alsace

« Tout le monde devrait connaître le massage cardiaque »

Vie professionnelle

Publié le 15/10/2018

Un geste simple, qui sauve des vies, mais qui reste encore trop méconnu. Si 90 % de la population des pays scandinaves est formée au massage cardiaque et à l’utilisation d’un défibrillateur, la donne est loin d’être aussi satisfaisante en France. Si aucun chiffre officiel n’existe à l’heure actuelle pour quantifier le niveau de connaissances des habitants de notre pays concernant ces gestes de premiers secours, il est « clairement insuffisant », comme l’explique Guy Fuchs, médecin généraliste et sapeur-pompier au Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du Haut-Rhin. « Actuellement, en France, une personne sur vingt victimes d’un arrêt cardiaque subi est sauvée, souvent avec des séquelles. Dans les pays où au moins 20 % de la population est formée au massage cardiaque, c’est une personne sur trois qui est sauvée et sans séquelles. En nous formant massivement, nous pouvons atteindre cet objectif. » C’est dans cet esprit que le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68) et le Sdis 68 ont entrepris depuis quelques années de former le plus grand nombre à ce geste accessible à tous. Ainsi, depuis cinq ans, tous les élèves de 6e du Haut-Rhin sont formés dans les collèges. « C’est un peu comme Tintin, c’est accessible de 7 à 77 ans, et même au-delà », s’amuse le docteur Fuchs.

C’est dans cet esprit que l’association MSA Services Alsace, en partenariat avec l’association Asform Alsace, a organisé vendredi 5 octobre sa première journée de sensibilisation sur le sujet dans ses locaux colmariens. « On a choisi cette thématique parce qu’il y a encore beaucoup de personnes qui meurent, alors qu’il suffirait souvent de la bonne réaction et des bons gestes pour éviter le pire », développe Séverine Haller, chargée de communication et de commercialisation chez MSA Services Alsace. Une soixantaine de salariés de la MSA d’Alsace ont pris part à cette première journée de sensibilisation qui faisait office de « test » pour les organisateurs. « Nous voulions déjà voir si la formule plaisait et fonctionnait bien. L’idée est ensuite de pouvoir former les adhérents de la MSA un peu partout en Alsace », poursuit Séverine Haller. Cette mini-formation se déroule en 30 minutes environ avec diffusion d’un petit film à la clé.

« Masser, masser, masser » sans s’arrêter

Après avoir répondu à un mini-questionnaire sur le cœur et son fonctionnement, les participants ont été pris en charge par le Dr Fuchs pour s’exercer à la pratique du massage cardiaque et l’utilisation d’un défibrillateur. Tout d’abord sur des mannequins classiques dédiés à ce type d’exercices, puis sur des… bouteilles en plastique. Nettoyées et vidées de tout leur contenu, ces dernières ont en effet la particularité d’apporter les mêmes sensations qu’un massage cardiaque réel, le bruit du plastique en plus. « À la maison, les gens n’ont pas de mannequin à disposition. Avec une bouteille, on peut s’entraîner et former des personnes autour de soi. Et plus de gens apprendront le massage cardiaque, plus on sauvera des vies », justifie Guy Fuchs. Avant de poursuivre : « On pourrait sauver cinq à sept fois plus de vies qu’aujourd’hui. Et derrière, les gens reprennent une vie normale, sans séquelles. »

Mais si le massage cardiaque est un geste finalement assez simple à pratiquer, il n’en demeure pas moins fatigant. En effet, en cas d’intervention sur une personne en situation d’arrêt cardiaque, il faut « masser, masser, masser » sans jamais s’arrêter afin d’assurer la circulation de l’oxygène jusqu’au cerveau. « C’est pour cela que si on est plusieurs à savoir le faire, on peut passer le relais au bout de trente massages. Et ce, jusqu’à l’arrivée des secours qu’il faut avoir prévenus au préalable », précise Guy Fuchs. Tout le monde peut être sujet à un massage cardiaque, du nourrisson à la personne âgée. La technique est toujours la même, sauf pour le nourrisson où les doigts doivent être utilisés au lieu des paumes des mains. Et pour ceux qui craindraient de casser des os avec la pression du massage, le Dr Fuchs est catégorique : « C’est vraiment très très rare que ce genre de choses arrive. Mais de toute façon, il ne faut jamais se poser de question. S’il y a un doute, il faut masser. Ne rien faire tue à coup sûr. Et je peux vous assurer que quelqu’un qui revient à lui après un arrêt cardiaque et qui continue sa vie, c’est un bonheur énorme. »

Installations photovoltaïques en agriculture

Un investissement qu’ils ont fait et qu’ils referont

Pratique

Publié le 07/10/2018

Au départ, Gérard Babe et son frère, Maurice, voulaient construire un nouveau hangar pour leur Gaec situé à Courtavon. C’était en 2009. Tous deux éleveurs laitiers, ils obtiennent alors une fin de non-recevoir de la part de la banque qu’ils contactent. « On a parlé de photovoltaïque, et cela a changé la donne », se souvient Gérard. Alors en pleine « bulle », le marché du photovoltaïque français proposait à cette époque de racheter le kilowatt d’électricité plus de 60 cts. « Ça, plus le projet monté par Electro Concept Énergie (ECE), c’était une aubaine. » Les frères Babe découvrent l’installateur de Rixheim par le biais de leur banquier. « Il nous a recommandé des installateurs allemands et un seul français. On a préféré jouer la carte locale ». L’investissement est conséquent : 600 000 euros pour le hangar et l’installation photovoltaïque de 150 kWc. Une belle somme, notamment pour des éleveurs laitiers déjà confrontés à des difficultés dans leur filière. Mais c’était ça ou rien.

Les années suivantes donnent raison au « flair » de Gérard Babe et son frère. En production depuis le mois de septembre 2011, leur centrale photovoltaïque a dépassé les objectifs de rendements initiaux. « C’est bien simple, on n’a pas sorti un seul euro de notre poche pour financer tout ça. Mieux, on gagne de l’argent chaque année avec un solde de plus de 25 000 €. » Cet excédent dégagé est devenu « vital » pour leur exploitation. L’emprunt de douze ans réalisé pour financer ce projet sera largement honoré. En moyenne, ils revendent pour 68 000 € d’électricité chaque année. Et encore, cette somme aurait pu être largement plus importante s’ils avaient pu aller au bout de leur projet initial. « On aurait bien fait une deuxième centrale à côté, mais on n’a pas eu les financements. » Qu’à cela ne tienne, puisque Gérard, Maurice Babe et leurs fils sont sur le point de concrétiser deux nouveaux projets de centrale photovoltaïque, toujours avec ECE : deux « petites » centrales de 17 kWc et 24 kWc. Celles-ci vont être montées sur un bâtiment de stockage et sur un bâtiment abritant des animaux, tous deux exposés plein sud. Une opération qui reste intéressante d’un point de vue économique. « Avec la baisse des prix du matériel, l’opération est toujours aussi rentable qu’avant. Et concrètement, l’électricité ne va pas rester longtemps à ce prix en France. On nous dit depuis longtemps qu’on est le pays qui a le kilowattheure le moins cher. »

Autre élément essentiel aux yeux de Gérard Babe : l’aspect environnemental. « Il faut garder l’énergie propre. Le paysan a encore trop l’image de celui qui pollue. Avec la première installation, tout le monde nous a dit qu’on a fait une bonne chose. » Même ressenti pour Pascal Claude. Ce producteur de choux basé à Chavannes-sur-l’Étang a fait appel à ECE en 2010 pour installer sa centrale de 81 kWc, également au tarif de rachat de 60 cts le kWh. « On travaille beaucoup avec la grande distribution. Elle est très réceptive au fait qu’on produise de l’énergie verte. C’est un argument pour elle. » Reste la question du recyclage des panneaux régulièrement pointée du doigt par les sceptiques de l’électricité solaire. « Je sais que cet aspect a freiné pas mal de gens à se lancer dans cette aventure. Il y a une grande interrogation autour de ce point », révèle Gérard Babe. Or, dans les faits, l’association PV Cycle collecte gratuitement les panneaux photovoltaïques devant être menés au rebut. « Ils envoient un camion gratuitement. L’exploitant doit juste démonter les modules et les palettiser proprement », explique le gérant d’ECE, Philippe Soret. De plus, depuis le 5 juillet dernier, une réponse a été apportée par Veolia France, avec l’inauguration de la première usine de recyclage de panneaux photovoltaïques basée à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône. La technique déployée promet une réutilisation de plus de 95 % de la matière.

Des projets d’autoconsommation sous le coude

La première motivation de Pascal Claude en se lançant dans la production d’énergie solaire était de « diversifier et garantir les revenus. Avec ce tarif de 60 cts, c’était plus qu’intéressant. » Au fil des années, les chiffres lui ont aussi donné raison avec des revenus supplémentaires, compris entre 15 000 et 18 000 € chaque année, alors que le but était simplement « d’amortir » l’investissement au départ. Mais réussir à installer cette première centrale n’a pas été de tout repos. « C’était un parcours du combattant avec toutes les démarches qu’il fallait faire et des interlocuteurs situés à différents endroits. Et les banques veulent des garanties. Heureusement qu’ECE était là. Leurs équipes se sont occupées de tout. » Comme Gérard Babe, Pascal Claude regrette aujourd’hui de ne pas avoir eu une deuxième installation en même temps que la première. Une décision qu’il a finalement prise il y a un an. Pour cette deuxième centrale de 100 kWc, c’est autant l’aspect environnemental qu’économique qui le motive. L’opération reste toutefois très intéressante d’un point de vue financier. En investissant 105 000 €, il va pouvoir remplacer la toiture vieillissante de son bâtiment tout y posant sa centrale électrique qui doit générer au minimum 12 000 € par an, selon les calculs réalisés par ECE. « Frais d’exploitation déduits, cela revient à neuf à dix ans d’amortissement avec un contrat d’achat de vingt ans à environ 12 cts le kWh », précise Philippe Soret. À titre de comparaison, la même installation valait plus de 600 000 € en 2008. « Aujourd’hui, c’est moins de 100 000 € avec des panneaux de 300 watts, contre 200 watts auparavant. Il faut une fois et demie moins de place pour la même puissance », détaille le responsable d’ECE.

Une fois cette nouvelle centrale installée et en production, Pascal Claude entend bien poursuivre dans cette philosophie d’énergie « verte ». Il a sous le coude un projet de méthaniseur et réfléchit à une nouvelle installation photovoltaïque dédiée cette fois à l’autoconsommation. « On a une facture d’électricité annuelle comprise entre 15 000 et 18 000 €. On a beaucoup de chambres froides qui tournent en été. Pour bien faire, il faudrait faire une installation de 50 kWc sur une surface de 400 m2 », explique le producteur de choux. Cette idée d’autoconsommation est également dans l’esprit de Gérard et Maurice Babe. « On a un projet de 15 kWc. Cela doit nous permettre de faire baisser les factures annuelles, aujourd’hui comprises entre 1 200 et 1 400 €, de 15 à 20 %. » Autre aspect notable des centrales dédiées à l’autoconsommation, en plus du plan d’aide Climaxion réservé aux projets situés en Région Grand Est et de la prime à l’investissement prévue dans le cadre de l’arrêté du 10 mai 2017, il est désormais possible de les rentabiliser à 100 % grâce au mécanisme de revente du surplus à 6 ou 10 cts le kWh en fonction de la puissance PV installée. « Auparavant, le surplus n’était pas valorisé. Alors, même à ce tarif, c’est toujours bon à prendre », estime Philippe Soret.

Initiative

Le Tour de Gaule agricole d’Alexis

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2018

« Ouais, faut supprimer tous les produits phytosanitaires de l’agriculture. Et je ne te parle même pas des élevages qu’il faudrait carrément interdire… » Depuis qu’il a démarré ses études d’ingénieur dans l’eau, l’énergie et l’environnement, Alexis Peulson entend beaucoup d’idées toutes faites sur le monde agricole de la part de ses collègues de classe. En tant que fils, petits-fils et frère d’agriculteur, cet étudiant de 22 ans à l’INP - Ense3 de Grenoble essaie tant bien que mal de leur apporter une vision un peu plus réaliste du métier, loin des clichés, parfois extrêmes, véhiculés par les médias mainstream. « Dans mon école, il y a pas mal d’étudiants avec un profil écolo qui tapent facilement sur l’agriculture. Quand je débats avec eux, cela ne va jamais très loin. Il leur manque pas mal d’informations techniques pour avoir un regard un peu plus objectif sur la situation. Certains me disent que la chimie n’a rien à faire dans l’agriculture sans prendre en compte le bilan carbone qui serait généré par une augmentation de la mécanisation. Il y a pourtant des ingénieurs agronomes qui font cinq ans d’étude et travaillent dans l’agriculture. Ce n’est pas rien. On ne peut pas juste critiquer comme ça. Je pense qu’il faut se renseigner pour pousser le débat un peu plus loin. »

Et quoi de mieux que d’aller à la rencontre de celles et ceux qui vivent l’agriculture au quotidien pour apporter des « preuves » de ce que l’on avance ? Quoi de mieux que d’aller recueillir les témoignages de ces paysans qui construisent chaque jour l’agriculture de demain, avec le respect de l’environnement en toile de fond, tout en assurant la viabilité économique de leurs exploitations ? C’est en partant de ces postulats qu’Alexis a décidé de se lancer un défi ambitieux : faire le tour de France à vélo pour aller rencontrer différents types de producteurs, de tous profils, afin de leur donner la parole. Connaître leurs solutions aux enjeux économiques et environnementaux, mais aussi les difficultés auxquelles ils doivent faire face chaque jour. « J’ai donc décidé de prendre une année sabbatique dans mes études pour réaliser ce projet. Je veux montrer au grand public ce qui se fait déjà. Et cela doit permettre aux gens comme moi qui souhaitent faire évoluer les choses de le faire correctement, avec toutes les informations, sans s’appuyer uniquement sur des idéologies », explique-t-il.

Un « porte-voix pour les gens qui vivent les problèmes »

Parti le 16 septembre de Bourgogne d’où il est originaire, Alexis a démarré son tour de France agricole à la ferme de Benjamin Lammert, à Ensisheim. « Il a un profil intéressant. Il a suivi des études agronomiques assez poussées, c’est quelqu’un qui communique beaucoup sur son métier, et il a un aspect énergétique très développé dans son exploitation », justifie l’étudiant de 22 ans. Lorsqu’il a été contacté par Alexis, Benjamin Lammert a tout de suite accepté de l’accueillir pendant trois jours. « C’est une super initiative qui utilise la bonne approche : donner un porte-voix aux gens qui vivent concrètement les problèmes. Dans mon cas, je vais lui parler des problématiques liées aux changements climatiques d’une part, mais aussi tout ce qu’on fait déjà pour réduire notre consommation d’énergie tout en augmentant la production. »

Comme Alexis, Benjamin Lammert ressent aussi au quotidien cette problématique de jugement vis-à-vis des agriculteurs. « C’est un métier qui pose question. Mais dès que je réussis à expliquer tout ce qu’on fait, les avis deviennent bien plus nuancés et favorables. Le problème se situe davantage au niveau politique où les décisions se prennent en ne tenant compte que de l’opinion générale et du vent médiatique. Il n’y a pas assez de profondeur ni de cohérence dans ce qui est véhiculé, alors que nous, agriculteurs, sommes au cœur de la cohérence du système », souligne l’agriculteur d’Ensisheim.

C’est bien ce que compte découvrir Alexis dans son périple qui doit durer quatre mois. À chaque étape, il a prévu de publier photos, textes et vidéos sur son blog et les divers réseaux sociaux (voir les liens en encadré). Un documentaire structuré regroupant toutes ses vidéos est également à l’étude à la fin de cette aventure qui doit l’emmener en Normandie, en Bretagne, dans les Landes, la région de Montpellier et la Drôme. Et après ? « Une carrière dans l’agriculture, c’est sûr ! Dans quel domaine exactement, je ne sais pas trop pour le moment. Avec ce tour de France, j’aurai l’occasion de voir plein de choses. Je me laisse des portes ouvertes. Ce qui est certain, c’est que je ferai un métier qui fera bouger les choses : soit les mentalités, soit le modèle agricole pour l’emmener vers quelque chose de plus écologique. »

Les vidéos