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Nicolas Bernard

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Dessenheim

Le dialogue au cœur de la plaine

Vie professionnelle

Publié le 29/04/2022

Située au cœur de la plaine d’Alsace, Dessenheim s’inscrit dans la longue liste des communes devenues « dortoirs » pour de nombreuses familles, tout en conservant un enracinement profond à ses origines paysannes. Si la polyculture élevage a disparu, comme c’est le cas pour la plupart des villages environnants, l’activité agricole reste importante avec une culture céréalière prépondérante dans le paysage. Et pas qu’un peu : environ trois quarts des 1 916 ha du ban communal sont constitués de terres agricoles. En parallèle, il y a tous ces nouveaux arrivants, désireux de s’installer au « vert » pour aller travailler à Mulhouse, Colmar ou en Allemagne, mais pas toujours familiers des us et coutumes de la vie en monde rural. Pour eux, pas de tracteurs à rouler, de maïs à semer ou de météo à surveiller. La priorité se tourne plutôt vers la tranquillité, l’accessibilité, la présence de services, de commerces et d’écoles.

Des préoccupations quotidiennes que le maire de la commune, Sébastien Allion, essaie d’aborder avec le plus de pragmatisme et de concertation possible avec ses administrés. Originaire du nord de la France, il est arrivé en Alsace en 2012 pour son nouveau challenge professionnel : technicien responsable des espaces naturels sensibles au Conseil général du Haut-Rhin. C’est le fruit d’une reconversion professionnelle après plusieurs années d’engagement dans l’armée. « J’ai dû attendre deux ans, après ma formation, pour enfin trouver un emploi dans ce milieu. Le hasard m’a amené vers le Haut-Rhin », se remémore-t-il. Ce n’était pas non plus une terra incognita pour lui. « Ma tante vit à Strasbourg et ma compagne est allemande. J’étais déjà un peu familiarisé avec la culture locale. »

Une « synergie » représentative

En 2016, il devient papa et aspire à son tour à un cadre plus adéquat pour élever sa fille. L’opportunité de s’installer à Dessenheim se présente en 2017. Il y découvre un village plaisant à vivre, avec un accueil chaleureux de ses habitants, et un potentiel intéressant à développer. « Ici, j’ai retrouvé un attachement à ma terre. Je m’y sens bien. Notre fille suit le cursus bilingue de l’école, mon travail à Colmar n’est pas loin. Que demander de plus ? » Celle de devenir maire peut-être ? « À partir du moment où j’étais posé, je me suis demandé ce que je pouvais apporter à ma collectivité. Je voulais d’abord m’engager en tant que simple conseiller municipal. Finalement, le maire précédent ne s’est pas représenté. On m’a encouragé à conduire la liste aux élections de 2020, alors j’y suis allé. »

 

 

Sa liste est élue mais un recours administratif est déposé par la liste d’opposition fin 2020. Il est destitué de son poste quelques mois le temps d’organiser de nouvelles élections le 27 mars 2021. Cette fois, c’est la bonne pour Sébastien Allion est son équipe constituée de natifs du village et de personnes venues d’ailleurs. « J’ai la chance d’avoir un conseil municipal très représentatif de la population de Desessenheim. C’est une synergie qui parle à tout le monde, y compris la liste d’opposition. » On y trouve un directeur d’école, des agents de la fonction publique, des ouvriers spécialisés, des parents ou conjoints d’agriculteurs…

Pas d’écologie sans agriculteurs

Une dizaine d’agriculteurs exploite le ban communal, principalement en céréaliculture et un peu en maraîchage et élevage de volailles. Dessenheim a la chance d’être traversé par le canal déclassé du Rhône au Rhin, le canal Vauban et le canal de la Hardt. Des points d’alimentation en eau finalement peu utilisés ; la plupart des agriculteurs étant équipés en pompes qui puisent directement dans la nappe. « Le problème est que son niveau baisse depuis plusieurs années à cause des sécheresses et des déficits de précipitation ; les agriculteurs n’y sont pour rien. Cela risque de poser quelques soucis pour les extensions futures du village. On peut faire face à des problèmes de pression d’eau dans les habitations et les bornes incendie », craint Sébastien Allion.

 

 

Il se veut néanmoins rassurant pour l’instant : « La pénurie n’est pas à l’ordre du jour, mais il faut tout de même l’envisager pour adapter les pratiques et les recommandations le cas échéant. Je pense qu’à un moment donné, on n’aura plus le choix que de faire évoluer certaines pratiques agricoles. Mais ce que je redoute, c’est que cela soit imposé alors que cela doit être anticipé. Maintenant, on voit bien que les mentalités évoluent, que les agriculteurs sont bien plus sensibles aux problématiques environnementales. À Dessenheim, la plupart sont engagés dans une démarche d’agriculture raisonnée, d’autres plantent des haies. Après, on ne peut pas tout exiger des agriculteurs, ou tout leur reprocher. On ne peut pas faire d’écologie sans les agriculteurs. Il faut du dialogue, et non des contraintes, pour trouver et mettre en œuvre des solutions adaptées au terrain. »

Communication, considération et cohérence

La population agricole de Dessenheim est stable, les reprises compensant les départs en retraite. Pour Sébastien Allion, il est essentiel que cette dynamique perdure le plus longtemps possible, en préservant notamment le foncier agricole si convoité. D’où la volonté, dans le PLUI approuvé en mai 2021, de cadrer drastiquement l’urbanisation sur le territoire. « C’est contrôlé et maîtrisé. Il reste quelques zones à urbaniser. Après cela, les projets d’urbanisation seront limités. À un moment donné, le village ne pourra plus évoluer dans sa configuration. Car si on artificialise plus de terres, on fragilise la profession agricole qui est déjà en difficulté. Ce n’est pas envisageable », tranche le maire. D’autant plus que l’essentiel du ban communal se situe en zone Natura 2000, ce qui veut dire qu’un hectare exploité ou urbanisé doit être compensé par trois hectares piochés ailleurs, à savoir, dans le cas de Dessenheim, des terres agricoles dans la plupart des cas.

 

 

L’outil de travail des exploitants est aussi un lieu de loisirs pour les habitants de la commune. Les randonnées pédestres et balades à vélos sont monnaie courante sur les chemins qui bordent les champs de blé et de maïs. Une situation banale dans le monde rural alsacien, qui suscite parfois quelques conflits d’usagers entre les professionnels de la terre et leurs concitoyens. « On l’a vu pendant le premier confinement où certains promeneurs se sont plaints des chemins qui étaient arrosés. Dans d’autres cas, ce sont les traitements réalisés par les agriculteurs qui peuvent être mal perçus. C’est là que le rôle de la commune est essentiel : faire en sorte que tout le monde apprenne à cohabiter. Les cyclistes et promeneurs ont le droit de circuler, et les agriculteurs doivent aussi faire leur métier. Chaque problématique doit être discutée au cas par cas, en créant du dialogue, on trouve des solutions. Mais il est essentiel que les néoruraux, dont je fais partie, et l’ensemble de la population apprennent à vivre avec une profession qui a comme premier objectif de nourrir ses semblables », souligne Sébastien Allion.

 

 

Ils rendent aussi de fiers services au village comme le déneigement des routes communales lorsque cela s’avère nécessaire, ce qui reste peu fréquent tout de même dans ce secteur. « Cela peut tout de même arriver, on l’a vu au début de l’année 2021. Heureusement qu’ils étaient là pour donner un coup de main. Mais à l’avenir, je souhaiterais que cela s’inscrive dans une prestation de services qui soit reconnue et rémunérée. C’est tout de même un temps de travail qui est donné à la commune, et du carburant. Tout cela doit être pris en considération. Il faut être cohérent. »

Agroécologie dans le vignoble

Des pratiques très utiles pour la biodiversité

Vigne

Publié le 09/03/2022

L’agroécologie, meilleur allié de la biodiversité utile dans le vignoble alsacien ? C’est la conclusion de l’étude menée pendant deux ans par le groupe Armbruster, BASF France Division Agro et le laboratoire d’entomologie Flor’Insectes. Elle était menée sur seize parcelles allant du secteur de Ribeauvillé à Kientzheim, sur environ 1 200 ha. Chacune d’entre elles a été sélectionnée selon ses spécificités, son environnement favorable à la biodiversité et les pratiques agricoles employées.

L’objectif était d’étudier la diversité et l’abondance relative des insectes et leur intérêt pour la régulation naturelle des ravageurs en prenant en compte l’effet de différents paramètres : le recours à la confusion sexuelle, la présence d’éléments paysagers (haies, murets, mares, arbres, enherbement) pouvant apporter le gîte et le couvert à une biodiversité utile, et enfin l’impact des semis dans les interrangs. C’est la docteure en entomologie et écologie du paysage, Johanna Villenave Chasset, qui s’est chargée des suivis, observations et collectes d’anthropodes via différentes techniques comme les filets à insectes ou des pots barber enfouis dans le sol.

 

 

Afin de gommer l’hétérogénéité annuelle liée à la météo, mais aussi pour donner de la crédibilité à l’ensemble du processus, l’étude s’est étalée sur 2020 et 2021. Deux campagnes de relevés ont été réalisées à chaque fois, le 17 juin et le 2 juillet la première année, les 25 juin et 27 juillet l’année suivante. Malgré des conditions climatiques inégales, les résultats obtenus sont les mêmes entre ces deux campagnes de prélèvement. En 2020, 85 % des 1 600 insectes collectés et identifiés étaient des auxiliaires de la vigne. En 2021, malgré un printemps froid marqué par des épisodes de gel et un été pluvieux, cette proportion s’établit à 86 %. « Ce sont des bons résultats qui confirment la forte présence de la biodiversité utile dans le vignoble alsacien », indique Nadège Pillonel, ingénieure Conseil Environnement chez BASF France Division Agro.

Favoriser « le gîte et le couvert »

Ce vignoble alsacien est aujourd’hui considéré comme le plus « vert » de France. Le bio et la certification HVE (Haute valeur environnementale) y sont en forte progression depuis plusieurs années, et les pratiques dites « alternatives » suivent le même chemin. L’utilisation de solutions de biocontrôle, via la confusion sexuelle est ainsi fortement encouragée par le groupe Armbruster pour lutter contre eudémis et cochylis, ces insectes lépidoptères responsables de la pourriture des raisins.

 

 

C’est là que la présence d’une biodiversité utile devient intéressante. « Ces vers de la grappe ont plusieurs prédateurs naturels comme les opillons, les araignées, les mésanges, les hyménoptères parasitoïdes. Les diptères, carabes et punaises sont eux des ennemis naturels des cicadelles. Autant d’auxiliaires que nous avons retrouvés au cours de ces deux années d’études », poursuit Johanna Villenave Chasset. D’où cette nécessité de favoriser tout ce qui peut offrir « le gîte et le couvert » à ces précieux alliés : semis de fleurs ou d’apiacées dans l’inter-rang ou en bordure de parcelle, utilisation de plantes « relais » comme la luzerne pour attirer les auxiliaires, ou mise en place d’infrastructures « pérennes » comme des haies qui permettent de constituer des réservoirs d’araignées ou de punaises prédatrices. « Lorsque ces facteurs sont cumulés sur une parcelle, on observe 28 % d’auxiliaires en plus que sur les parcelles témoins », résume Nadège Pillonel.

Un objectif commun pour le syndicat viticole

Tout ceci va dans le sens de l’objectif fixé par le groupe Armbruster : sortir complètement, à moyen/long terme, les insecticides du vignoble alsacien. « Le plus difficile reste de convaincre tous les viticulteurs d’un secteur donné, qui n’ont pas tous les mêmes façons de travailler, de faire évoluer ensemble leurs pratiques pour atteindre cet objectif. Cela permet de rassembler un syndicat viticole autour d’un même projet », explique Aymé Dumas, responsable technique chez Armbruster.

 

 

Celui de Beblenheim s’est lancé dans l’aventure de la confusion sexuelle en 2019 aux côtés des syndicats de Zellenberg et Riquewihr. Son président, Michel Froehlich, reconnaît que le plus compliqué a été de « mettre tout le monde d’accord ». « Mais aujourd’hui, cela fonctionne bien. On prend une journée tous ensemble pour poser les capsules sur 180 ha. C’est un travail important qui porte ses fruits. Je suis persuadé que le jour où toute l’Alsace utilisera le biocontrôle, on y gagnera beaucoup en matière de communication et de commercialisation de nos vins », estime le vigneron. Son collègue Philippe Becker, installé à Zellenberg, fait lui aussi partie des convaincus de la confusion sexuelle. « On avait déjà essayé de la mettre en place dans les années 1990 au niveau du syndicat, mais cela avait capoté à quelques voix près », se souvient-il.

Un travail de l’ombre conséquent

Depuis, les mentalités ont évolué et les surfaces protégées par le biocontrôle sont en constante augmentation. Rien que dans le secteur de Ribeauvillé et alentour, ce sont 1 200 ha qui sont supervisés par le groupe Armbruster, et un nombre conséquent de petites parcelles qu’il a fallu recenser et regrouper. « C’est un travail qui prend énormément de temps. Dans notre cas, ce sont 9 800 parcelles qui sont concernées par le biocontrôle », développe Aymé Dumas.

 

 

Une tâche qu’il faut malheureusement rééditer chaque année, malgré les engagements des uns et des autres lors de la campagne précédente. « Tous les ans, il faut réexpliquer le pourquoi du comment du biocontrôle, le confort de travail que cela apporte pendant une campagne mais aussi l’intérêt des haies, des engrais verts ou de nichoirs, il faut mobiliser les gens, mettre le parcellaire à jour. Cela prend du temps, c’est un gros engagement de notre part, mais c’est indispensable si on veut faire évoluer durablement les pratiques de nos vignerons », pointe le technicien d’Armbruster.

BASF mise beaucoup sur cette évolution des pratiques et des consciences pour développer son activité. Déjà très présente sur le marché du biocontrôle avec ses solutions Rak et Roméo (125 000 ha couverts en France à l’heure actuelle), la multinationale souhaite que son chiffre d’affaires annuel soit, en 2030, issu à 15 % du biocontrôle contre 5 % à l’heure actuelle.

Horticulture

Un avenir « optimiste » pour la filière alsacienne

Cultures

Publié le 25/02/2022

Un vent d’optimisme souffle sur la filière horticole. Malgré un contexte économique et sanitaire toujours instable, alimenté par la pénurie de certaines matières premières, le risque d’inflation et la hausse du coût de l’énergie, les professionnels ont des raisons d’espérer pour leur avenir. « Il y a un intérêt grandissant autour du végétal, un engouement de nos compatriotes pour le jardinage, les plantes et les fleurs, et plus globalement le retour à la nature. C’est de bon augure pour nos activités », explique le président de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP) Alsace, Paul-André Keller, en préambule de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 17 février à Sélestat.

 

 

Contrairement à d’autres secteurs d’activité, celui de l’horticulture sort renforcé de la crise Covid. Les choses avaient pourtant mal démarré au printemps 2020, lors du premier confinement, lorsque les entreprises ont dû fermer boutique à une période où elles réalisent la plus grande part de leur chiffre d’affaires annuel. Inévitablement, la perspective d’un nouveau confinement au printemps 2021 a fait naître doutes et inquiétudes. « Heureusement, l’engagement collectif, via notre fédération, notre interprofession Valhor, la FNSEA et nos élus, a porté ses fruits avec le classement de nos produits en première nécessité le 21 mars 2021. À partir de là, nous avons pu préparer une sortie de crise et construire collectivement l’avenir de notre filière », poursuit Paul-André Keller.

Des salariés plus « exigeants »

Place désormais à l’horizon 2030 avec son lot d’actions, de réflexions, mais aussi de remises en question. Comment, par exemple, assurer le bon fonctionnement des entreprises avec une main-d’œuvre qui tend à se raréfier ? Comme l’ensemble des métiers de l’agriculture, et plus globalement les métiers manuels, l’horticulture connaît des difficultés de recrutement croissantes.

« Le phénomène n’est malheureusement pas nouveau dans la filière, mais s’est accentué depuis le début de la crise sanitaire et pourrait encore s’accélérer. Pour y remédier, nous devrons répondre à des attentes salariales plus élevées pour garder des compétences, mais aussi améliorer l’attractivité de nos emplois », pointe le président de la FNPHP Alsace.

 

 

Un problème accentué par les dernières tendances sur le marché du travail, avec un taux de chômage à la baisse depuis le mois de décembre. « Il n’est plus que de 5,8 % à Colmar. On se retrouve avec un public qui est plus difficile à bouger, et plus globalement en position de force par rapport aux employeurs. Ils sont de plus en plus exigeants, et pas que sur la rémunération », développe la directrice de la FDSEA du Haut-Rhin, Christelle Jamot.

Séduire et fidéliser

L’horticulteur alsacien de 2022, comme le maraîcher ou l’arboriculteur d’ailleurs, doit donc imaginer d’autres « avantages » ou « atouts » que la seule partie financière. « Il y a des entreprises où les saisonniers ne veulent jamais revenir, et d’autres où ils reviennent avec plaisir. Il faut créer des conditions de travail agréables, conviviales. Offrir le repas est par exemple très apprécié. On peut aussi réfléchir à un système de ramassage pour se rendre sur le lieu de travail. Pour certains, prendre sa voiture pour faire cinquante kilomètres aller-retour pour un Smic, ce n’est pas intéressant », poursuit-elle en toute transparence.

La profession agricole a d’autres idées en tête pour répondre aux besoins de main-d’œuvre : créer des groupements d’employeurs, établir des partenariats avec des producteurs du sud de la France pour faire venir des travailleurs maghrébins en Alsace, ou encore faire le tour des collèges et des lycées pour mettre en lumière les métiers de l’agriculture. « Notre profession souffre encore de nombreux préjugés, notamment chez les conseillers d’orientation. Nous devons changer cela, car l’horticulture alsacienne a de belles perspectives devant elle », souligne Paul-André Keller.

Cet optimisme est alimenté par le « plébiscite » des consommateurs pour l’achat et le produire local. « Ce sont eux les véritables décideurs, ce ne sont pas les grandes enseignes qui bradent les prix. Plus de 80 % de nos clients viennent chez nous pour la qualité de nos produits, 72 % pour le conseil et la proximité, et 17 % pour le prix. Notre filière n’a jamais eu autant de reconnaissance qu’aujourd’hui. Une fenêtre est donc ouverte pour une nécessaire augmentation des prix de nos végétaux. Mais attention de ne pas dissuader l’acte d’achat des consommateurs en mal de pouvoir d’achat et attentifs aux coûts », prévient Paul-André Keller.

 

 

Développer l’achat « local » par les communes

Pour se développer, et surtout rester incontournable dans le paysage alsacien, les horticulteurs comptent aussi sur le soutien des collectivités, qui ne jouent pas toujours le jeu du « local » pour le fleurissement et l’ornement de leurs espaces. « Il y a encore des communes qui font des appels d’offres et font venir des plantes de 800 ou 1 000 kilomètres. Cela paraît aberrant alors qu’il y a pourtant tout sur place. Nous devons vraiment développer l’achat local auprès des communes, car ce n’est pas encore ça », se désole Maura Rougieux, membre du bureau exécutif de la FNPHP Grand Est. Paul-André Keller complète : « Cela fait deux ans qu’on essaie d’avancer dans ce dossier, mais nous avons été ralentis par le Covid. Cette année, nous allons essayer d’avancer sur cette question de l’achat local. Nous devons rappeler à nos collectivités qu’elles ont des horticulteurs et pépiniéristes sur leurs propres territoires. »

 

 

Afin de sensibiliser davantage les communes haut-rhinoises et bas-rhinoises aux vertus des fleurs et plantes locales, la profession mise beaucoup sur la convention de coopération « fleurissement » signée le 23 avril 2021 avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Alsace Destination Tourisme (ADT) et l’Agence régionale du tourisme Grand Est, qui prévoit une mutualisation et une simplification de la gestion du label Villes et Villages Fleuris en Alsace. « Il s’agit d’apporter une nouvelle dynamique au fleurissement de nos communes au moment où l’on enregistre des défections. Nous devons comprendre pourquoi certaines d’entre elles quittent la démarche », indique Paul-André Keller.

Un fleurissement « multi-services »

La FNPHP Alsace peut compter sur le soutien sans faille d’ADT et de son président, Marc Lévy. Lors de cette assemblée générale, il a rappelé à quel point le fleurissement était indissociable de l’identité alsacienne. « Il fait partie de notre ADN, comme l’est notre gastronomie ou notre architecture. Une Alsace pas fleurie, ce n’est pas l’Alsace. Si on enlève les fleurs dans nos communes, on nuit à la promesse qu’on fait aux touristes. Mais comme d’autres activités, le fleurissement subit les évolutions sociétales. Les gens disent qu’ils n’ont plus le temps, qu’ils n’ont pas la main verte, ou que cela coûte trop cher. Nous devons donc encourager et mettre en valeur ceux qui le font et ainsi générer une émulation positive dans le reste de la population. »

 

 

Il y a aussi tout un travail à faire auprès des maires et des conseillers municipaux, qu’ils soient bas-rhinois ou haut-rhinois, sur la nécessité de fleurir chaque espace de leurs communes. « Suite aux dernières élections municipales, il y a tout un travail d’information et de sensibilisation à faire. Nous devons encore plus et mieux, parler du végétal sous toutes ses formes, des services qu’il peut apporter à la collectivité, que ce soit pour l’attractivité touristique, pour la qualité de vie des habitants, ou pour la préservation de la biodiversité. Il faut créer des passerelles avec des écoles, des maisons de retraite, des lieux de mémoire ou des parcs. Les fleurs et plantes d’Alsace ont leur place dans chacun de ces lieux », ajoute le président d’ADT.

Université de Haute-Alsace

Portes ouvertes le 26 février

Vie professionnelle

Publié le 25/02/2022

Annulées au dernier moment en 2020, en visio en 2021, les portes ouvertes de l’Université de Haute-Alsace, qui comprend l’IUT de Colmar et la Faculté de marketing et d’agrosciences, s’apprêtent à faire leur grand retour en présentiel le 26 février, de 9 h à 16 h, sur les sites du Grillenbreit et du Biopôle. Aucun pass vaccinal ne sera demandé. Seuls les gestes barrières habituels seront à respecter.

 

 

Un évènement très attendu par les organisateurs après le bilan en demi-teinte de l’édition virtuelle de l’année passée. « Nous avons attiré peu de monde avec ce format. Je pense que les gens veulent se rendre compte sur place de ce qui existe, de pouvoir apprécier les locaux, le cadre de formation, mais aussi la ville, sa situation et ses commodités », explique le directeur de l’IUT, Bernard Fabre. Une fréquentation en deçà des espérances qui n’a cependant eu aucune incidence sur les effectifs de la rentrée 2021-2022. « Nous n’avons rencontré aucune difficulté de recrutement. Nous avons la chance d’avoir des formations qui ne manquent pas d’attractivité », poursuit-il.

Place à la nouveauté également. À l’IUT, finis les DUT classiques en deux ans. Depuis la rentrée de septembre, ils ont été remplacés par des Bachelors universitaires de technologie (BUT) en trois ans. Un nouveau format harmonisé avec les équivalents européens et finalement plus adaptés aux besoins des étudiants, considère le directeur de l’IUT : « Auparavant, 95 % des diplômés d’un DUT poursuivaient leurs cursus, a minima jusqu’en licence professionnelle. Désormais, ils seront plus aptes à intégrer le marché du travail dès la fin de leurs trois années, ou pourront toujours continuer dans un master ou une école d’ingénieurs. »

Des liens étroits avec le monde de l’entreprise

Pendant ces trois ans, les étudiants doivent effectuer 26 semaines de stage en entreprise. Une période qui est allongée pour ceux qui décideraient de faire leur deuxième et leur troisième année en alternance dans une entreprise. L’autre particularité de ces bachelors est leur grande accessibilité aux bacheliers. « En fonction du cursus, jusqu’à 50 % des places sont réservées à des bacheliers technologiques. C’est une volonté de l’Éducation nationale pour ouvrir ces formations à un public plus large. »

 

 

Que ce soient via les formations dispensées à l’IUT (Techniques de commercialisation, Carrières juridiques, Métiers de la transition et de l’efficacité énergétiques, Hygiène sécurité environnement, Réseaux et télécommunications, Génie biologique) ou celles dispensées à la FMA (marketing, sommellerie, agronomie, alimentaire, sciences de la vigne et du vin…), les liens avec le monde de l’entreprise et l’international sont très développés, tient à souligner Bernard Fabre. « Non seulement nos stagiaires trouvent des stages sans problème, mais le taux d’insertion à la sortie de l’école est lui aussi excellent. Et tout au long de la formation, l’entreprise est très présente dans nos diplômes. Environ un tiers du programme est créé en adaptation locale, avec les entreprises. Et environ 50 % des enseignants sont des intervenants professionnels. »

Colmar

La ruralité dans les gènes

Vie professionnelle

Publié le 04/02/2022

Terre maraîchère historique, capitale des vins d’Alsace, carrefour entre plaine et montagne, la ville de Colmar a l’agriculture et la viticulture inscrites dans son ADN. Son ban communal, le plus grand du Haut-Rhin, est composé en majorité de zones naturelles ou cultivées. Forêts, prairies, vignes, cours d’eau, vergers, jardins, cultures légumières et céréalières offrent aux 70 000 habitants un accès direct à la ruralité à quelques centaines de mètres du brouhaha urbain, quand ce n’est pas moins.

Des terres agricoles sanctuarisées

Au centre-ville, le marché couvert fait la part belle aux produits agricoles des environs. Un clin d’œil à un passé pas si lointain où le bâtiment était le cœur névralgique des maraîchers de la ville et des environs. « Les légumes étaient amenés sur des barques grâce à la Lauch. Tout au long de cette rivière, les cultures maraîchères se sont développées », retrace le maire de Colmar, Éric Straumann. Des terres fertiles qui, petit à petit, ont été grignotées par l’urbanisation, notamment au cours des trente dernières années.

 

 

Le phénomène tend à s’estomper depuis l’entrée en vigueur du dernier Plan local d’urbanisme (PLU) en 2017, réalisé en concertation avec les viticulteurs et agriculteurs présents dans la commune. « La quasi-totalité des maraîchers a été reçue individuellement afin d’établir un point précis de leur situation dans le but de préserver des terres agricoles et de maintenir les exploitations », détaille Marie Burgunder, du service Domaine rural et forestier de la Ville de Colmar.

 

 

Concrètement, cela s’est traduit par l’établissement d’un zonage spécifique (AMa et AMb) pour préserver les exploitations maraîchères dans l’enveloppe urbaine et valoriser les circuits courts avec la préservation d’exploitations déjà présentes. « L’urbanisation ne peut plus s’étendre vers les zones naturelles. Même s’il reste des dents creuses à exploiter, nous nous inscrivons désormais dans une densification de l’habitat. Les projets d’urbanisation qui existent n’entrent pas en confrontation avec le monde agricole », soutient Éric Straumann.

Encourager l’agriculture locale

Preuve de cet engagement, la Ville de Colmar va enfin souscrire un contrat Gerplan (plan de gestion de l’espace rural et périurbain) avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). Celui-ci sera mis en œuvre au niveau de l’intercommunalité. Un diagnostic précis du territoire de Colmar sera réalisé au cours de l’année 2022. « Nous étions la seule com’com dans le Haut-Rhin à ne pas s’être engagée dans cette démarche. En entrant dans cette procédure, nous pourrons travailler avec les agriculteurs, les pêcheurs et les associations environnementales dans l’objectif de préserver le patrimoine naturel, la biodiversité, la qualité du paysage, de maintenir les quelques prairies naturelles qui nous restent, et encourager l’agriculture locale », liste l’édile de la commune.

 

 

La Ville de Colmar accorde ainsi une attention toute particulière aux renouvellements de ses beaux ruraux lorsque la situation se présente. « Pour attribuer les terres que nous louons, nous procédons à un appel à candidature sur la base de critères d’attribution de notre Agenda 21 : préservation de l’environnement en privilégiant l’agriculture raisonnée, remise en prairie ou culture fourragère, installation des jeunes agriculteurs et les petites exploitations », développe Marie Burgunder. Dans cette optique, la Ville aimerait développer une filière de fourrage locale pour répondre aux besoins des éleveurs de montagne, mais aussi pour les centres équestres des environs.

Préserver la biodiversité des forêts…

La commune est bien lotie en forêts, avec environ 1 000 ha répartis en quatre principaux massifs : le Neuland/Fronholz, le Niederwald, le Rothleible et le Saint-Gilles. Ce patrimoine est géré par l’ONF. Les forêts sont certifiées PEFC, ce qui garantit la mise en œuvre de pratiques forestières durables (pas d’utilisation de produits phytos, favoriser la régénération naturelle quand c’est possible, limiter voire supprimer les coupes rases, favoriser la diversité des essences, des structures de peuplement et des traitements).

 

 

La forêt du Niederwald fait partie d’une réserve biologique dirigée depuis 2013, mais aussi du site Natura 2000 « Rhin, Ried, Bruch ». Plusieurs actions de préservation de la biodiversité y sont mises en œuvre : maintien des arbres vieillissants, morts et à cavités, création de 28 ha d’îlots de sénescence pour une durée minimale de trente ans (aucune intervention n’est réalisée et les arbres ne sont plus exploités), campagne de lutte contre la renouée du Japon, espèce végétale invasive menaçant la biodiversité.

…et lutter contre les corvidés

Ces forêts constituent de « beaux environnements de chasse » souligne Éric Straumann. « Nous avons des lots très attractifs avec de belles populations de gibier heureusement bien gérés par les chasseurs, dont beaucoup de locaux. » Les sangliers et les cervidés ne posent globalement pas de problèmes en terre colmarienne. Par contre, les corvidés qui nichent dans le quartier du Ladhof constituent plus que jamais un réel « fléau ». « Cela cause un préjudice à l’agriculture, mais aussi aux riverains, et aux entreprises qui subissent des milliers d’euros de dégâts », poursuit le maire de Colmar.

 

 

Face à cette forte prolifération de corbeaux freux et de corneilles noires, une lutte est menée par la Ville, en partenariat avec de nombreux organismes, dont la FDSEA du Haut-Rhin et la préfecture. Diverses actions ont été mises en œuvre au cours des deux dernières années : effarouchement passif avec des leurres, des carillons, des plaquettes peintes, effarouchement actif avec des torches laser, des crécelles, des revolvers à fusées, taille raisonnée des arbres avec enlèvement des anciens nids, piégeage à l’aide de corbetières, et opérations de tir à destruction sous la direction des louvetiers.

 

 

« Tout ceci a eu un impact à court terme, mais à long terme, c’est peu probant. Si vous enlevez une colonie, une nouvelle prend sa place l’année suivante », déplore Éric Straumann. Pas question de baisser les bras non plus. Pour cette année 2022, la Ville de Colmar va prélever les nids du Ladhof avec des nacelles. Une mesure qui conserve une efficacité « très marginale » à ses yeux, mais qui reste néanmoins nécessaire pour réduire la pression des corvidés, même temporairement.

Ramener la montagne en ville

Si les corvidés sont invités à nicher sous d’autres cieux, les bovins sont par contre très attendus dans la cité de Bartholdi. Après le succès de la mini-transhumance effectuée en septembre 2021 dans les rues de la ville dans le cadre de la Seram (Semaine européenne des races locales de massif), Éric Straumann souhaite faire revenir les Vosgiennes dans sa commune, et plus globalement toute l’agriculture de montagne.

 

 

« Lorsque ces vaches ont défilé dans nos rues, de nombreux Colmariens étaient présents malgré les conditions météo difficiles. On a senti un réel engouement de leur part. De là est née l’idée de créer un nouvel évènement autour de la Vosgienne », révèle-t-il. La manifestation est prévue le 10 avril prochain avec, au programme, vente de vaches vosgiennes et de produits de la vallée de Munster. « À travers cet évènement, on souhaite renforcer le lien avec les producteurs fermiers de montagne, mais aussi les fermes-auberges. Nous serons la capitale des marcaires le temps d’une journée ! »

Ferme Schwenger-Fuchs à Logelheim

Quand investissements riment avec confiance

Élevage

Publié le 02/12/2021

Avec la confiance, on peut voir loin. À Logelheim, la ferme avicole Schwenger-Fuchs applique ce credo au quotidien entre ses trois associés, Jonathan Fuchs, Marc Schwenger et Selim Gharbi, et avec son partenaire financier historique : la Banque Populaire. Au cours des sept dernières années, elle a soutenu sans hésiter les trois jeunes éleveurs de volailles dans leur volonté de développement et de croissance. La première fois, c’était en 2015. À cette époque, l’EARL était encore gérée conjointement par Colette Schwenger, la petite-fille du fondateur de cette ferme créée en 1968, et Jonathan qui l’avait rejoint un an plus tôt en hors cadre familial. À son arrivée, il avait déjà investi ses propres deniers pour mettre aux normes l’abattoir vieillissant. Mais en cette fin d’année 2015, il a cette fois besoin de financer un tout nouveau laboratoire de transformation. Une pratique qui existait déjà au sein de l’exploitation, mais pas au niveau de ce qu’il imaginait. « C’était la période où la demande pour les produits à base de volaille était en pleine expansion. C’était le moment d’y aller », estime-t-il avec du recul.

Des investissements « réfléchis » et créateurs d’emplois

Les années passent et la demande ne faiblit pas. En 2018, l’année où Colette prend sa retraite, il entreprend la construction d’un nouveau bâtiment d’élevage aux côtés de ses deux nouveaux associés : Marc, le fils de Colette, et Selim Gharbi qui travaillait jusque-là comme employé. Les trois jeunes hommes ont besoin cette fois d’une somme plus conséquente pour concrétiser ce nouveau projet de 250 m2. « Il fallait qu’on augmente la cadence de production. D’autre part, nous devions agrandir le parcours des poulets pour respecter le cahier des charges du réseau « Bienvenue à la Ferme » que nous venions de rejoindre », indique Jonathan. Là encore, la Banque Populaire répond présente.

Son chargé d’affaires Agriculture et Viticulture, Johnny Hanser, le justifie simplement : « Comme à chaque projet de nos clients, nous étudions l’investissement envisagé et proposons un plan de financement. Mais au-delà, l’aspect humain est primordial dans les échanges avec nos clients. Nous créons des relations au long cours où on apprend à se connaître et la confiance s’installe. Dans le cas présent, chaque investissement est mûrement réfléchi entre les trois associés. Ils font des efforts pour développer leur clientèle et la préserver. Ce sont des travailleurs méthodiques, engagés dans une démarche de filière courte qui, en plus, créent des emplois localement. Tout ceci correspond aux valeurs que défend la Banque Populaire. »

Grâce à ce nouveau bâtiment, la ferme Schwenger-Fuchs a doublé sa capacité annuelle de volailles abattues et, par extension, son chiffre d’affaires. Ces nouvelles rentrées d’argent ont permis de financer trois emplois à mi-temps, tout en assurant aux trois associés un revenu correspondant à environ 1,5 Smic. « C’est à la fois un salaire correct, mais si on ramène ça à toutes les heures travaillées sur l’année, avec trois semaines de congé non payé, ça pourrait être mieux. Mais nous aimons ce que nous faisons, et l’aspect entrepreneurial qui va avec. Donc, ça nous convient », témoigne Jonathan. Depuis 2018, ils ont atteint leur plafond de production avec un peu plus de 250 poulets abattus par semaine.

Améliorer la qualité, diminuer les charges

À moins de nouveaux investissements, ils ne peuvent pas produire davantage de poulets. Ils essaient néanmoins d’accroître la qualité. D’une part, au niveau de l’élevage en améliorant l’environnement des poulets. « Si le cadre est plus propice, la volaille a une meilleure croissance et devient plus lourde. À la fin, c’est du chiffre d’affaires en plus », développe Jonathan. D’autre part, ils font en sorte de répondre aussi bien que possible aux demandes de leurs clients qui réclament de nouvelles recettes pour les produits transformés. « Il y a de nombreux jeunes dans notre clientèle, qui veut de la nouveauté, des saveurs. On doit donc diversifier notre gamme et s’adapter au marché. »

C’est cette logique qui pousse Julien, Marc et Selim à solliciter une nouvelle fois la Banque Populaire pour un nouveau bâtiment de 60 m2, destiné à accueillir trois lots de dindes pendant la période estivale. « On est dévalisé constamment sur les marinades. Cela nous permettra d’avoir plus de produits à proposer. » En hiver, ce nouveau bâtiment permettra de consolider le chiffre d’affaires en améliorant la qualité des chapons élevés en vue des fêtes de fin d’année.

Une fois la production optimisée et rentable, il faut se tourner vers les charges si on souhaite améliorer son bénéfice net en fin d’exercice. C’est pour cette raison que la ferme Schwenger-Fuchs a décidé d’investir dans une installation photovoltaïque dans le but de faire de l’autoconsommation pour alimenter les équipements de froid. Un investissement, là encore soutenu par la Banque Populaire, qui a le mérite de s’autofinancer pendant toute la durée de l’emprunt, à savoir une dizaine d’années.

Jonathan conclut : « Avec la hausse globale du coût de l’énergie et une facture électrique mensuelle de 450 €, nous avons estimé que c’était un investissement judicieux sur le long terme. Cela va nous permettre de réduire notre facture de 50 % à terme. Nous parvenons à concilier économie d’énergie avec développement durable en réduisant nos charges tout en réduisant notre empreinte carbone. C’est une grande satisfaction ! »

 

 

Maraîchers réunis de Sélestat

La coop des copains fête ses 50 ans

Vie professionnelle

Publié le 03/09/2021

En ce 21 octobre 1970, Henri, Paul, Robert, Pierre, les deux Alexandre et Eugène, tous maraîchers à Sélestat, réfléchissent à une nouvelle manière de vendre leurs légumes. Certains grossistes historiques avec qui ils avaient l’habitude de travailler viennent d’arrêter leur activité. Les regards se tournent désormais vers Strasbourg et son marché gare, là où « tout se passait » à l’époque. Mais en ce début des seventies, pas d’autoroute pour se rendre dans la capitale alsacienne, juste l’historique RN 83 et ses communes à traverser. Un périple quotidien, devenu nécessaire pour assurer la survie et la pérennité d’une activité maraîchère vieille de plusieurs siècles. L’enjeu est historique, la réponse est collective. La bande de copains imagine une nouvelle façon de fonctionner ensemble pour livrer et vendre ses légumes. La coopérative des Maraîchers réunis de Sélestat naît dans les esprits, et voit officiellement le jour un an plus tard.

Chacun s’engage à mettre la majorité de sa production dans le panier commun. Pour la livraison, ils font l’acquisition d’un camion, chose rare pour l’époque. Tous passent le permis poids lourds. Chacun leur tour, ils assurent les tournées nocturnes jusqu’au marché gare. Là, ils réussissent à acquérir un carreau pour écouler leurs légumes. « C’était encore plus rare », se remémore Denis Digel, l’actuel président de la coop, fils et petit-fils de Robert et Eugène. Enfant (il est né en 1972), il a vécu l’ébullition du marché gare. « Il y avait une vie incroyable, comme dans une fourmilière. On achetait, on vendait… une vraie image d’Épinal ! » Une époque bénie qui a permis aux maraîchers de Sélestat d’acquérir une renommée commerciale bien au-delà de leurs terres d’origine. Une sorte d’âge d’or de la profession maraîchère qu’on retrouve aussi dans le syndicalisme de l’époque. Cette bonne dynamique incite d’autres producteurs à rejoindre la coop et permet, progressivement, de s’installer durablement dans le paysage agricole alsacien.

Un pilier solide face à la concurrence

Cinquante ans plus tard, l’idée des copains est devenue une entreprise florissante, forte de ses seize producteurs (dont douze coopérateurs), six salariés (une directrice, une responsable des ventes, deux chauffeurs, deux préparatrices de commande), deux camions, deux millions de salades (le produit phare) produites, des transporteurs tiers, et ses 2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. La commercialisation a bien évolué avec l’essor des supermarchés et des centrales d’achat. « On a toujours su aiguiller nos courants commerciaux là où il y avait la demande », souligne Denis Digel. Certains clients historiques du marché gare, comme Pomona, sont même encore présents. Le tour de force est d’avoir réussi à s’implanter durablement au-delà de la crête des Vosges, dans les autres supermarchés de la région Grand Est, mais aussi vers le sud, en Franche-Comté. « Et quand la demande est forte et qu’on est en mesure d’y répondre, ça nous arrive d’aller jusqu’en région parisienne. »

Cette success story à l’alsacienne revient de loin. Du début des années 1990 jusqu’au début des années 2000, la coopérative se retrouve confrontée à une nouvelle et importante difficulté : la concurrence venue des voisins européens. Avec leur main-d’œuvre à moindre coût, l’Espagne et l’Allemagne, fraîchement réunifiée, commencent à envahir le marché de produits à bas prix. Une aubaine pour la grande distribution de l’époque, mais un sérieux coup d’arrêt pour les maraîchers alsaciens, et plus globalement français. « Ces années étaient très difficiles. Sur les marchés, les clients se fichaient bien que les produits soient locaux ou pas, tout le monde voulait du pas cher. Heureusement qu’on avait la coop pour tenir le coup. Si on était tous restés dans notre coin, le maraîchage aurait disparu à Sélestat », reconnaît objectivement Denis Digel.

Une « grande famille » à rejoindre

Le « renouveau » de la coopérative survient en 2001 avec l’arrivée de la main-d’œuvre polonaise payée aux conditions françaises. « Des gens motivés qui nous ont permis d’être plus compétitifs sur les marchés et de faire évoluer nos exploitations. » C’est dans cette période que naissent deux institutions aujourd’hui indissociables du maraîchage alsacien : la station d’expérimentation Planète Légumes et l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). « La coop a joué un rôle moteur dans leur création, toujours avec cette idée première d’améliorer nos produits et notre image. »

Face aux distorsions de concurrence, les Maraîchers réunis de Sélestat avaient bien compris que la qualité serait leur meilleure carte à jouer pour les années qui allaient suivre. Un choix judicieux conforté dans les années 2010, lorsque le « manger local » a pris de l’ampleur chez les consommateurs. Aujourd’hui, cette tendance ne faiblit pas. La coopérative aimerait ainsi « recruter » de nouveaux maraîchers, à défaut de pouvoir cultiver de nouvelles terres à Sélestat, pour répondre à la demande grandissante. « Mais nous sommes bloqués entre le Ried inondable d’un côté et les zones résidentielles qui ne cessent de grossir », déplore Denis Digel.

Les regards se tournent donc vers les autres communes du Centre Alsace et bien au-delà. « Concrètement, notre coopérative est ouverte à tous les maraîchers d’Alsace, de Ferrette à Wissembourg. Il faut par contre des structures capables de fournir du volume. » En lançant cette bouteille à la mer, Denis Digel prépare le jour d’après, quand la génération actuelle de coopérateurs partira en retraite. Pour certains, l’échéance est très proche et la succession n’est pas assurée. « Il y a une tradition à faire perdurer », rappelle le maraîcher. Il y a aussi et surtout une « grande famille » à rejoindre, où chacun a voix au chapitre de la même façon. Un état d’esprit corporatif issu du Moyen-Âge qui a vocation à perdurer dans le temps aux yeux de Denis Digel. « C’est une philosophie qui a fait ses preuves pendant cinquante ans, et qui aura toute sa place dans le demi-siècle à venir. »

Didier Christen, troubadour

« Créer du lien le long de la Route des vins »

Pratique

Publié le 10/07/2021

Au rythme des pas, au son des instruments, au hasard des rencontres, la Route des vins d’Alsace se montre sous un nouveau jour avec la compagnie Bal’us’trad. Ce collectif de trente musiciens est né en 2001, dans l’esprit de Didier Christen, un « vieux troubadour » comme il se définit lui-même, digne héritier des ménestrels et saltimbanques qui animaient autrefois les bourgs alsaciens. « On nous a donné beaucoup de noms pour finalement nous étiqueter en tant qu’artistes. C’est un terme un peu fourre-tout qui définit très mal ce que nous sommes et ce que nous cherchons à créer : du lien humain, le long de la Route des vins. » Au-delà de son inévitable attrait touristique, il voit dans cet itinéraire emblématique un espace de rencontres, de partages, de sourires et de solidarités diverses. « On arrive dans les villages en jouant notre musique, sans savoir où l’on va atterrir. On se laisse guider par le hasard et les rencontres se font. »

 

 

Le plaisir d’être ensemble

Aujourd’hui, ils sont chez Bruno, un retraité de Nothalten, passionné d’histoires et de deux roues. Cela fait trois jours que Didier Christen et sa petite bande ont posé leurs instruments et leurs charrettes à l’abri de son hangar. « J’allais faire mon jardin et je suis tombé sur Didier alors qu’il cherchait des toilettes pour sa fille. Je lui ai proposé d’utiliser les miennes et nous avons commencé à échanger. » Séduit par ces nomades capables de faire plaisir aux autres, « sans arrière-pensée », Bruno les présente au maire qui les autorise à camper gratuitement dans sa commune. La suite ? Une fête de la musique improvisée dans le hangar de Bruno, avec Michel, le voisin forgeron retraité, et, Jean René et son petit accordéon. « On a chanté et dansé toute la nuit. Je me suis couché à 5 h du matin », glisse Bruno, le sourire aux lèvres, heureux de retrouver tant de chaleur humaine, après une année minée par la crise sanitaire.

Partis d’Andlau le 11 juin, Didier et ses comparses n’ont pas prévu de point d’arrivée précis, si ce n’est « dans un village de la Route des vins » fin juillet. L’an passé, ils avaient relié Rouffach à Kaysersberg en quinze jours lors d’une aventure similaire. « La grosse différence, c’est qu’on n’a pas pu faire de spectacle en soirée à cause du Covid-19. Alors on s’est contenté de jouer dans les rues des villages. Les gens étaient à leurs fenêtres pour nous écouter. Ils nous ont donné des sourires, des applaudissements, des pièces de monnaie, à boire, à manger et juste le plaisir d’être ensemble », se remémore le musicien de 39 ans, passé par le conservatoire et diplômé du centre de formation de musicien intervenant de Sélestat.

La compagnie Bal’us’trad avait initié ce concept de musique itinérante en charrettes, à l’occasion de la Foire aux vins de Colmar, en 2006. « On devait y être tous les jours pour animer les allées de la manifestation. Plutôt que de faire l’aller-retour chaque jour depuis Sélestat, on a décidé d’y aller à pied. » Un an plus tard, rebelote, mais cette fois avec la ville de Barr comme point d’arrivée. La troupe réitère l’expérience en 2008, avant de tenter l’aventure en 2009 avec des calèches tirées par des chevaux. Cette somme d’expériences permet à la compagnie de construire quelque chose de plus « conséquent », en 2011 : un cabaret concert en itinérance à charrette le long de la Route des vins, de Barr à Eguisheim, pendant une vingtaine de jours. Le tout soutenu, entre autres, par les agences de développement touristiques et le Civa. « L’idée était d’allier tourisme, culture et dégustations œnologiques ». « Bal’us’strad en ballade » était né autour d’un « incroyable périple » qui a mobilisé une quarantaine de musiciens et une vingtaine de charrettes à tirer ou pousser, à bras d’hommes.

Un hommage musical aux vignerons

Dix ans plus tard, le nombre de charrettes a un peu diminué, le nombre de musiciens varie au gré des disponibilités de chacun, mais l’esprit reste le même avec cette « Résidence itinérante 2021 ». « Sauf que cette fois, il n’y a pas d’affiche, pas de pub, pas d’annonce, et pas de subvention. On apprend à vivre de manière itinérante, avec les contraintes qui vont avec, tout en prenant le temps de composer des nouveaux morceaux. » Le dernier en date est intitulé « L’ode aux vignerons » qui rend hommage à celles et ceux qui « triment » toute l’année, qui donnent leur temps, leurs larmes et leur sang sur les pentes du vignoble « pour faire grandir les grains nobles ». Tout ça « pour nous rendre ronds, pauvres âmes assoiffées ! ». « Nous voulions raconter le labeur du vigneron qui nous permet, au final, de partager le sens de la vie autour d’une table et d’un bon verre de vin. »

Un métier que le troubadour a plaisir à côtoyer dès qu’il le peut. « Mon palais n’est pas encore très aiguisé mais je prends plaisir à l’améliorer ! » Il a rencontré beaucoup de vignerons depuis qu’il arpente la Route des vins avec ses charrettes et les musiciens qui l’accompagnent. Ce qui le frappe, c’est la diversité et la richesse qui constituent cette profession en terre alsacienne. « J’ai vu beaucoup de profils. Il y a les vignerons qui sont très amis mais qui ne parlent pas de vin entre eux car ils n’ont pas la même conception du métier. Et il y en a qui tentent de s’adapter en essayant de créer autre chose, qui correspond plus à ce qu’ils sont plutôt que faire ce que tout le monde fait. Le vin est un sujet très personnel », observe-t-il avec un peu de recul.

Une logistique épuisante, une musique revitalisante

À travers ces concerts itinérants sur la Route des vins, la compagnie Bal’us’trad entend « défricher » un chemin qui n’a pas été parcouru depuis un demi-millénaire par les troubadours, bardes et autres jongleurs. « Il faut tout recréer, il y a beaucoup de choses à faire, même s’il y a des coups de mou parfois. » L’improvisation permanente a aussi ses limites. « Parfois, on peut se sentir inquiets. Et logistiquement, ça peut être usant. » Il y a ces charrettes de plusieurs dizaines de kilos à véhiculer d’un village à l’autre. « Sur du plat ou en descente, une personne suffit. Mais dans les montées, il faut au moins être quatre ou cinq. » La fatigue et le découragement ne durent heureusement pas très longtemps. « Il suffit qu’on se mette à jouer de la musique pour que tous nos soucis s’en aillent. »

Et puis il y a toujours cette motivation de montrer ce qu’on peut faire quand on dispose d’un savoir-faire musical. « Beaucoup des jeunes vont dans des conservatoires ou des écoles de musique mais abandonnent progressivement, parce qu’il faut se former à des « vrais métiers ». C’est sûr, il faut bien vivre. C’est pour cela que nous honorons plusieurs contrats tout au long de l’année, dans toute l’Alsace. Mais, avec ce parcours itinérant qui se construit au fur et à mesure, nous sommes aussi dans notre rôle de musiciens et de troubadours : faire un lien entre toutes les personnes, les talents et les savoir-faire qui vivent le long de la Route des vins d’Alsace. »

 

 

Brasserie du Pays Welche

Du pain à faire mousser

Pratique

Publié le 05/07/2021

Un reste de pain, un peu de malt, du houblon alsacien et un savoir-faire maîtrisé. C’est en combinant ces ingrédients que la Brasserie du Pays Welche, à Lapoutroie, vient de donner naissance à sa toute nouvelle bière au pain. L’idée est née dans l’esprit de Vincent Kieffer, le boulanger du village, en voyant le pain qui lui restait en fin de journée dans ses rayons. « J’avais entendu parler de la bière au pain. Je me suis dit : pourquoi pas faire la même chose ici avec la Brasserie du Pays Welche, située 200 m plus haut ? » Habituellement, ses pains invendus terminent surtout en alimentation pour les animaux. Grâce à cette nouvelle bière, il trouvait là l’opportunité de valoriser au maximum la ressource locale avec un produit « 100 % alsacien ». « Le houblon du Bas-Rhin s’associe au pain du Haut-Rhin. C’est une idée qui me plaît. » Le boulanger soumet sa proposition à la Brasserie du Pays Welche qui est emballée par l’idée. « La bière au pain est un mouvement lancé par certaines personnes qui veulent recycler les invendus de pain. On en trouve dans le Nord, en Rhône-Alpes, à Paris et aussi à Colmar, à la Brasserie du Grillen, et maintenant à Lapoutroie », se félicite la directrice de la brasserie, Marie-Béatrice Bickel.

60 kg de pain, 800 litres de bière

Avant de livrer les 120 sacs de pain, il a d’abord fallu les préparer pour qu’ils correspondent aux besoins du brasseur de l’entreprise, Arthur Lemoine. « Il m’a dit ce qui était le mieux pour lui, et j’ai fait le nécessaire de mon côté », souligne le boulanger. Pendant huit heures, il a fait torréfier ses pains dans ses fours chauffés à 120 °C. « Je les ai sortis au petit matin et je les ai livrés. Ce n’était pas vraiment un travail supplémentaire pour moi », reconnaît-il humblement. Tout son pain a été donné gracieusement à la brasserie. Avant d’en suggérer l’idée à ses collègues boulangers, Vincent Kieffer voulait déjà voir, dans un premier temps, si un tel débouché pouvait être possible pour ses invendus. Vérification faite, il en a donc fait écho au sein de la corporation des boulangers. « Je pense qu’il y aurait quelque chose à développer. En tout cas, il y a de l’intérêt chez de nombreux confrères », révèle l’artisan.

Un sentiment partagé par Arthur Lemoine, qui apprécie le fait de recycler un « déchet » en y mettant le savoir-faire nécessaire. « D’autant plus que c’est une matière première qui ne coûte pas cher, voire rien du tout pour nous. » Ce premier brassin de 800 litres et 2 000 bouteilles a été conçu avec 60 kg de pain, principalement de la baguette et un peu de pain de seigle. La commercialisation a démarré il y a un mois dans les points de vente habituels de la brasserie. Les premiers retours des consommateurs sont bons. Ils sont nombreux à être surpris par la composition de cette bière. « Ils ne savaient pas qu’on pouvait utiliser du pain pour faire de la bière, qui plus quand il est issu de la boulangerie située à quelques centaines de mètres. Cette dimension microlocale est très appréciée. »

Une conception un peu plus « technique »

Tout comme la saveur de cette bière au pain, onctueuse et quasiment dépourvue d’amertume. « C’est un aspect qui plaît beaucoup chez les personnes qui ont habituellement un peu de mal avec la bière. » Le goût n’est pas tout à fait le même en fonction du pain utilisé : pour une bière plus « classique », le pain blanc fait l’affaire, pour une bière plus « céréalière », il faut augmenter la quantité de pain au seigle dans la recette. « Une bière 100 % pain au seigle pourrait être intéressante, reconnaît Arthur Lemoine. Mais étant donné que nous utilisons les invendus, nous composons avec ce qu’on nous donne. Le pain n’est pas fait exprès pour nous. »

D’un point de vue technique, la conception de ce premier brassin au pain lui a demandé pas mal de recherches, dans les livres, sur Internet, et auprès d’autres brasseurs. « Par rapport à une bière classique, il fallait être attentif à la quantité de sucre qu’on peut extraire du pain, tout comme le sel qu’il fallait gérer. » Il y avait aussi le volume du pain à prendre en compte dans la cuve. « Ça prend beaucoup de place. Il a fallu mélanger longtemps pour l’incorporer. C’est une nouvelle recette, une nouvelle levure. Nous avons observé au fur et à mesure comment le brassin évoluait. Nous avons eu quelques surprises, mais toujours dans le bon sens. Au final, nous sommes contents du résultat et parés pour produire de nouveaux brassins si la demande est là », explique Arthur Lemoine.

Ferme Lammert à Ensisheim

Découvrir la céréaliculture à vélo

Pratique

Publié le 26/06/2021

Un peu de sport, un peu de détente et beaucoup de pédagogie. Dimanche dernier, la ferme Lammert, à Ensisheim, a emmené une vingtaine de personnes à vélo à travers ses champs de céréales dans le cadre de la première édition des Journées nationales de l’agriculture (lire en encadré). Une balade gratuite de trois kilomètres, accessible à tous, qui a permis d’expliquer le cycle végétal de la plante, le travail de l’agriculteur, et les débouchés alimentaires pour le maïs, le soja et le blé.

Rendez-vous était pris à 10 h sur une digue située le long de la RD 20 qui relie Ensisheim à Ruelisheim et Wittenheim. La grande majorité des participants venait de la commune, certains étant des connaissances de Benjamin Lammert et sa compagne Marie Casenave-Péré, d’autres non. « On avait à cœur de développer le lien avec le village », explique-t-elle. Il faut dire aussi que le choix du vélo comme moyen de locomotion pouvait aussi apparaître comme un frein pour des personnes venant de plus loin. Aucun regret pour Marie qui considère que le deux-roues, en plus du côté « ludique » de la balade, était plus adapté à la surface de l’exploitation. « À pied, cela aurait été plus long et monotone. Là, c’était plus dynamique. Et puis le vélo, c’est dans l’air du temps ! »

La ferme Lammert est la seule exploitation représentative de l’agriculture alsacienne à avoir participé à cette première édition des Journées nationales de l’agriculture (lire en encadré). Pour Marie et Benjamin, déjà très actifs en matière de communication grand public, leur présence à ce nouvel évènement était une évidence. « Si une dynamique se met en place au niveau national, il faut en être. J’espère que notre présence cette année donnera envie à d’autres de faire de même l’an prochain si la manifestation est reconduite », souligne Marie qui reste enthousiasmée par ce premier essai. Des ajustements seront tout de même nécessaires dans le cas d’une future balade. « On avait des enfants, des ados, des adultes, des retraités. C’est compliqué de parler d’agriculture de la même manière avec un public aussi divers. Il faudra peut-être calibrer quelque chose de mieux adapté pour les plus jeunes. Là, c’est vrai que c’était très orienté pour les adultes. »

Des « angoisses » à rassurer

Mais il n’y a pas d’âge pour apprendre et poser des questions. Sur le maïs par exemple, une culture qui ne jouit pas nécessairement d’une très bonne image auprès du public, les interrogations étaient nombreuses sans la moindre véhémence. « Tout a été abordé : les produits phytos, l’irrigation, les OGM. Aucun sujet n’a été éludé », développe Marie. Sur la question de l’eau, le couple d’agriculteurs a pu rappeler que l’Alsace n’en manquera jamais grâce à la présence de la plus grande nappe phréatique d’Europe sous ses pieds. « Il y a une angoisse sourde au sein de la population avec toutes les sécheresses et canicules qui se succèdent. Il faut en être conscient si on veut rassurer les esprits. »

Benjamin et elle sont en tout cas convaincus d’une chose : faire évoluer le regard des gens sur l’agriculture d’aujourd’hui, c’est possible, à condition d’en avoir un minimum envie. « C’est vrai qu’une balade comme celle-là demande un peu de travail en amont. En plus, on ne gagne pas d’argent avec une telle opération. Mais je pense qu’on n’est pas obligé de faire ça aussi bien à chaque fois. Juste ouvrir les portes de sa ferme une fois par an, et laisser les gens venir et poser des questions peut suffire pour faire évoluer certaines croyances. » Pour les cyclistes du jour, cela a permis de faire évoluer l’image d’Épinal du paysan d’antan. La fourche a laissé la place à la technologie, mais le cœur du métier reste le même. « Il faut juste prendre le temps de le rappeler quelquefois », conclut Marie.

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