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Nicolas Bernard

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Stevial

Le cirage semi-automatique pour monter en gamme

Vigne

Publié le 28/07/2023


Une touche de cire pour monter en gamme. C’est la promesse offerte par la cireuse de bouteilles semi-automatique présentée pendant toute la Foire aux vins de Colmar par Stevial. Toujours à l’affût des dernières innovations du marché capables de répondre aux besoins et attentes des vignerons alsaciens, l’entreprise de Bennwihr a cette fois eu le coup de foudre pour cette petite machine à cacheter les bouteilles CIR 22 imaginée par la société LV Cireuse et son fondateur Hervé Larmigny.

Avec elle, finie la corvée de cirage à la main et sa cadence de seulement 200 bouteilles par heure, le tout pour un budget abordable. « Une cireuse automatique, c’est plus de 100 000 euros. Cette version semi-automatique ne coûte que 16 000 euros. Certes, il faut toujours un opérateur. Mais le rendement est bien meilleur - entre 500 et 600 bouteilles par heure - et le travail est bien plus optimal et régulier », développe Olivier Zink, responsable commercial chez Stevial. Il existe même une version « premium » de la machine capable de débiter entre 900 et 1 100 bouteilles par heure avec ses dix bras (contre cinq dans la version de base) servie par deux opérateurs.

 

 

Moins d’effort pour l’opérateur, un rendement bien meilleur, et une facilité accrue pour valoriser ses grands crus ou cuvées spéciales. Une perspective qui a déjà séduit quelques acteurs du vignoble alsacien comme la maison Frey, à Dambach, la maison Josmeyer, à Wintzenheim, ou la maison Mann, à Eguisheim. « Par rapport à une capsule aluminium, celle en cire apporte une touche haut de gamme au produit final. Ce n’est pas pour rien que de grands noms du Bordelais ou de Bourgogne l’utilisent depuis longtemps », souligne Olivier Zink.

Un bon retour sur investissement

En Alsace, la pratique reste encore marginale mais a pourtant un gros potentiel pour se développer estime le représentant de Stevial. Grâce à la cinquantaine de couleurs existantes, le vigneron peut cacheter chacune de ses cuvées spéciales avec une teinte différente. C’est ce qu’a notamment fait la maison Mann en associant la couleur des capsules de cire avec la couleur des étiquettes et terroirs associés. « Le retour sur investissement est vraiment intéressant. On peut facilement ajouter entre cinq et dix euros sur le prix de vente d’une bouteille cirée », met en avant Olivier Zink.

Cette cireuse semi-automatique CIR 22 a aussi le mérite d’être relativement économique avec un coût de revient en cire de seulement 4 cts par bouteille, et la garantie zéro déchet. Une tôle d’égouttage récupère les projections de cire qui sont ensuite ramassées et remises dans le circuit avec une simple spatule. Pas de perte et aussi pas de souci d’approvisionnement en perspective comme cela a pu être le cas avec les capsules en aluminium encore très récemment. « La cire est une alternative sérieuse, certes plutôt orientée grands crus et cuvées spéciales, qui n’est pas sujette aux crises actuelles. » Enfin, Olivier Zink met en avant le gabarit de la machine, de la taille d’une europalette, facilement transportable grâce à ses roulettes. « Ça rentre facilement dans une camionnette. Pour un usage partagé en Cuma par exemple, c’est l’idéal. Chaque vigneron a son jeu de cloche et ses consommables, et peut finalement utiliser une machine performante à un coût encore plus abordable. »

Wolfberger

S’amuser, déguster, recruter

Vigne

Publié le 28/07/2023


La Foire aux vins (FAV) de Colmar est littéralement « The place to be »* pour Wolfberger. Pour cet exposant historique, la manifestation phare de l’été alsacien est tout aussi bien un lieu festif, un lieu de rencontres… et de recrutements tous azimuts. « C’est le moment idéal pour attirer des jeunes à nous, leur montrer les métiers du vin et tout ce que la Cave peut leur proposer comme emploi saisonnier ou plus durable », explique la chargée de communication de Wolfberger, Véronique Renck.

 

 

La 74e édition de la FAV qui démarre aujourd’hui pousse un peu plus loin cette philosophie. Après avoir instauré un nouveau stand extérieur en 2022, Wolf' devient cette année le fournisseur officiel du Théâtre de plein air, du Parc-Expo, et un partenaire privilégié de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin pendant ces dix jours de foire. Des cartes boisson, d’une valeur de vingt euros, seront offertes lors des différentes animations proposées sur le stand des journaux, au cœur du Parc agricole. Une fois en sa possession, l’heureux ou heureuse gagnant (e) pourra se rendre sur le stand de la cave pour y déguster ses vins les plus emblématiques, ses dernières nouveautés ou expérimentations. « La FAV est l’endroit idéal pour lancer de nouveaux produits et le faire tester par les visiteurs. On peut ainsi voir ce qui marche et ce qui marche moins bien », poursuit Véronique Renck.

 

 

Wolfberger n’est en effet pas qu’un producteur de vin. L’entreprise a également un joli catalogue de spiritueux et d’amers bière à proposer. Trois métiers, trois approches qui illustrent bien son envie de séduire tous les publics. « C’est ce qu’on retrouve à la Foire aux vins : un public familial la journée, plus festif le soir. C’est aussi l’intérêt de ce nouveau partenariat avec le PHR et l’EAV : faire venir à nous les visiteurs du Parc agricole, et notamment des jeunes vignerons qui pourraient être intéressés à l’idée de nous rejoindre », précise la chargée de communication.

L’argument « patrimoine » pour séduire les jeunes

Attirer de nouvelles têtes, c’est justement ce sur quoi travaille la génération « W » de Wolfberger depuis 2018, la communauté de jeunes vignerons coopérateurs présidée actuellement par Guillaume Gruneisen. Comme tant d’autres métiers manuels, la viticulture se voit de plus en plus confrontée à une crise de vocation, quel que soit le métier. « Avec la disparition des petites exploitations, celles qui restent grossissent de plus en plus et ont par conséquent un besoin de main-d’œuvre plus important, et pas que saisonnier. À côté de cela, les époux ou épouses ne travaillent plus nécessairement aux côtés du vigneron, ni les parents. C’est un phénomène nouveau auquel nous devons nous adapter tant bien que mal », développe le jeune vigneron coopérateur. C’est cette nouvelle donne qui l’a incité, entre autres, à venir grossir les rangs de Wolfberger lors de son installation. « Savoir qu’il y a toute une équipe derrière moi - commerciale, technique, marketing - est hyper rassurant et sécurisant. On ne se sent jamais délaissé. Dans le contexte actuel, cela permet de voir l’avenir un peu plus rose », argumente-t-il.

 

 

Pour convaincre la jeunesse de rejoindre l’aventure vigneronne au sein de Wolfberger, il met en lumière le rôle patrimonial de la vigne dans le paysage alsacien. « Quand je vois tous ces touristes qui font tant de kilomètres pour les voir, j’éprouve une certaine fierté à l’idée de faire mon métier. J’ai la chance de pouvoir perpétuer ce que nos aïeux ont construit et qu’on doit transmettre à nos enfants. En travaillant dans la viticulture alsacienne, c’est à tout cela qu’on contribue. C’est ce message qu’on veut partager auprès de tous ces jeunes qui parcourent les allées de la Foire aux vins », conclut avec enthousiasme Guillaume Gruneisen.

10e Nocturne du Pro d’Armbruster

Le rendez-vous de la « pédagogie ludique »

Vigne

Publié le 14/07/2023


De la musique, des boissons et un barbecue à volonté, un défilé de mode, un photobooth, des collaborateurs souriants, des jeux-concours et des fournisseurs spécialement venus pour l’occasion. Cette année encore, la société Armbruster a su combiner avec succès ces ingrédients pour sa dixième Nocturne du Pro organisée le 6 juillet à Saint-Hippolyte. Près de 650 personnes et 22 fournisseurs ont répondu à l’invitation de l’entreprise pour ce rendez-vous qui mise avant tout sur la convivialité pour faire passer des informations relatives à plusieurs thématiques : la fertilisation, la protection des végétaux, le palissage, le travail du sol ou encore les équipements de protection individuelle (EPI).  « On fait de la pédagogie ludique. Le client peut rencontrer le responsable technique du produit qu’il utilise au quotidien. Pour les entreprises, qui ont souvent un rayonnement national, voire international, c’est un bon moyen de prendre connaissance des problématiques locales et spécifiques à l’Alsace. C’est vraiment essentiel de maintenir un contact humain et direct avec nos clients, surtout dans le milieu agricole et viticole », explique Aymé Dumas, responsable d’AB2F Conseil, la société partenaire d’Armbruster.

 

 

Rester « à la pointe » des solutions

L’une d’elles est relative au stress hydrique, de plus en plus récurrent sous nos latitudes quel que soit le type de culture. Un sujet finalement assez récent en Alsace - en tout cas avec l’intensité et la fréquence constatées depuis plusieurs années - mais bien plus ancien ailleurs. C’est le cas par exemple de l’Espagne qui bénéficie depuis 2014 d’un produit bien particulier pour protéger les plantes contre le stress hydrique : l’Obstacle® créé par l’entreprise de biotechnologie mexicaine Cosmocel, et commercialisé en Europe par la société Nufarm. Armbruster Vignes le propose depuis deux ans à ses clients de façon « conséquente » tant l’efficacité est au rendez-vous, indique Aymé Dumas. « C’est un biostimulant qui combine du calcium, de la silice et du chitosan [NDLR : un champignon] qui augmente les défenses immunitaires de la plante, sa structure, et le maintien de l’eau dans les feuilles. Les résultats sont vraiment impressionnants. »

Guillaume Conus, responsable commercial Grand Est chez Nufarm complète : « Cela fait 20 ans que le produit est utilisé avec succès au Mexique. C’est un produit 100 % naturel efficace contre les coups de soleil, les stress hydrique et oxydatif. Il n’y a rien nouveau en soi. Par contre, avec l’évolution du climat, c’est devenu une solution de plus en plus pertinente pour le vignoble alsacien. » Cette nouvelle solution illustre la politique générale du groupe Armbruster à l’égard des agriculteurs et viticulteurs : garder son esprit ouvert pour être toujours « à la pointe » des solutions à proposer. « On essaie de toujours avoir une longueur d’avance, et de mettre la recherche, le développement et l’innovation au service de nos clients », conclut Aymé Dumas.

MSA d’Alsace

Objectif bien-être

Vie professionnelle

Publié le 14/07/2023


Le mal-être en agriculture n’est plus une fatalité comme l’a rappelé la MSA d’Alsace lors de son assemblée générale du 6 juillet à Colmar. « C’est malheureusement une réalité de notre société : la population agricole fait partie des catégories socioprofessionnelles particulièrement exposées à la souffrance psychique. Les rapports parlementaires réalisés sur le sujet montraient notamment que, malgré les nombreuses mesures mises en place, il n’existait ni diagnostic national partagé de ces actions déployées sur tout le territoire pour repérer et accompagner les agriculteurs sujets au mal-être et au risque suicidaire, ni coordination de ces mesures. Mais depuis l’année dernière, les choses bougent au niveau national et au niveau local », indique le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher.

 

 

Une feuille de route de la prévention du mal-être et pour l’accompagnement des agriculteurs en difficulté a été présentée le 23 novembre 2021 par les ministres de l’Agriculture et de la Santé et le secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail. Elle vise à mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs autour de la détection et de l’accompagnement des situations de mal-être, de l’écoute des personnes en difficulté et de l’accès aux droits. Cette nouvelle ambition se traduit notamment par une stratégie articulée autour de trois axes : humaniser, allers vers et prévenir et accompagner. Le 31 janvier 2022, une circulaire interministérielle est venue préciser les modalités d’organisation et de gouvernance au niveau local.

 

 

Des sentinelles pour repérer le mal-être

En Alsace, un comité plénier a été installé, ainsi que deux comités techniques au niveau départemental (67 et 68). Toutes ces instances sont copilotées par les deux DDT et la MSA. L’une des priorités est la mise en place d’un réseau de sentinelles en Alsace. Celles-ci ont pour missions et rôles principaux de repérer et orienter les situations de mal-être. Il s’agit de détecter les situations de fragilité, prévenir les situations de détresse en aidant les personnes à se diriger vers un dispositif d’accompagnement adapté ou en lançant une alerte auprès des services compétents. « Ces sentinelles sont des personnes volontaires, majeures et en activité professionnelle ou non. Il s’agit d’un engagement personnel, ce sont des bénévoles », tient à préciser David Herrscher.

 



Une vingtaine de personnes se sont déjà inscrites aux sessions de formation prévues à l’automne suite aux deux réunions d’information qui ont eu lieu fin mai 2023 pour présenter le dispositif. Ces formations ont pour objectif de donner les clés et outils de travail afin de mieux repérer et orienter les situations de mal-être (comment aborder les notions de suicide et mal-être, quelle attitude adopter, quels mots utiliser, etc.). Au final, l’objectif serait de constituer un réseau d’une centaine de sentinelles en Alsace. Les personnes intéressées peuvent prendre attache avec Nathalie Vaudeville, responsable des travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace et référente du dispositif « Sentinelles ».

 

 

En complément, la MSA accompagne certains adhérents via le service social. Une ligne téléphonique est assurée par les travailleurs sociaux, appelée la ligne « détresse ». Elle est ouverte du lundi au vendredi de 8 h à 19 h. Elle est actuellement très sollicitée avec un signalement par jour effectué en moyenne. Depuis 2020, le nombre d’adhérents accompagnés a augmenté de 21 %. Ce sont des non-salariés agricoles à 67 % et des salariés à 33 %. En 2022, ils étaient 156 à être suivis pendant quatre mois en moyenne par les travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace.

Le dispositif MonParcoursPsy monte en puissance

Depuis le 12 mars 2022, la MSA d’Alsace propose aussi le dispositif MonParcoursPsy qui permet à toute personne, en fonction de ses besoins, de bénéficier de séances remboursées chez un psychologue inscrit et recensé auprès des autorités de santé publique. « Le recours aux soins psychologiques est encore un angle mort ou point faible de notre société pour des raisons à la fois sociétales et culturelles mais aussi, jusqu’à ce dispositif, organisationnelles et financières. Ce dernier frein, l’aspect financier, est en train d’être levé grâce à ce dispositif MonParcoursPsy. En effet, le bénéfice de la prise en charge par l’assurance maladie a été étendu l’an dernier aux consultations de psychologues, et non plus seulement réservé aux consultations de psychiatre », développe le directeur de la MSA d’Alsace, Arnaud Crochant.

 

 

Jusqu’à huit séances par année civile (40 euros la première séance, 30 euros les suivantes) sont remboursées. Pour bénéficier de ce dispositif, il faut d’abord consulter son médecin, puis prendre un rendez-vous chez un psychologue partenaire (coordonnées sur le site monparcourspsy.sante.gouv.fr), réaliser la ou les séances, régler le psychologue directement, et transmettre les documents (lettre d’adressage du médecin + feuille de soins du psychologue) à la MSA d’Alsace pour être remboursé. En 2022, 61 adhérents ont bénéficié de ce dispositif, soit un montant total de prise en charge de près de 14 000 euros.

Tourisme en Alsace

Une destination toujours plus prisée

Vie professionnelle

Publié le 07/07/2023


En 2022, le tourisme a repris des couleurs en Alsace. Cette économie du « sourire » et du « lâcher prise » est peu ou prou revenue à son niveau de 2019 après deux années compliquées comme en témoignent les chiffres présentés (lire en encadré) lors de l’assemblée générale d’Alsace Destination Tourisme (ADT) le 29 juin à Colmar. « Les six premiers mois de 2023 confirment cette tendance à la hausse, ce qui peut parfois donner le tournis. Nous devons en effet être vigilants pour éviter tout phénomène de surtourisme », explique la présidente d’ADT, Nathalie Kaltenbach. « Il faut garantir un équilibre homme/nature, prévient le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Frédéric Bierry. Il y a donc un enjeu d’aménagement intelligent de nos territoires que nous devons tous avoir à l’esprit. »

Pour rester une destination « phare » répondant aux enjeux de demain, l’Alsace doit engager et amplifier les démarches de transition énergétique et écologique, de solidarité, et de responsabilité au développement durable par la sensibilisation des prestataires aux enjeux environnementaux. « Cela passera entre autres par la planification de l’offre et la gestion des flux pour éviter les ressentis de surtourisme, un enjeu essentiel à nos yeux, comme le sont aussi la mobilité et la question de l’eau, notamment en montagne », souligne Nathalie Kaltenbach.

 

 

En face, l’envie de « consommer » de l’Alsace est en effet de plus en plus forte chez les touristes et voyageurs. Il faut dire qu’entre le vignoble, la montagne, les châteaux forts, le vélo, les sites historiques ou encore la gastronomie, la destination ne manque pas d’arguments d’attractivité. À cela s’ajoutent les Alsaciens eux-mêmes comme le fait remarquer Frédéric Bierry : « Nous avons été reconnus comme l’un des endroits les plus accueillants de France. Sur le site Booking, ce sont trois communes alsaciennes qui sont sur le podium, et nous en avons six au total dans le top vingt. »

Le sport, nouveau porte-étendard touristique

Cet accueil premium a pu se vérifier en mars dernier lors de la cérémonie du Guide Michelin à Strasbourg. L’évènement phare de ce début d’année 2023 qui a offert à l’Alsace une visibilité inédite à travers le monde. « Tous les passionnés de gastronomie du monde entier ont suivi cet évènement. Nous avons eu plus de spectateurs qu’à Cognac qui a accueilli la manifestation l’an passé, et nous avons même fait mieux que Paris selon Michelin. Nous voulions donner envie aux gens de venir chez nous et nous avons réussi au vu des retours que nous avons eus après coup », se satisfait le président de la CEA.

 

 

L’essai a également été transformé auprès des sportifs à travers le trail Alsace Grand Est by UTMB® qui s’est déroulé au mois de mai. « Nous avons pu montrer en un seul coup le potentiel sportif de l’Alsace, le potentiel historique avec ses châteaux forts, et le potentiel environnemental avec les montagnes. Cela a été un très gros succès qui, je l’espère, sera réédité à l’avenir », espère Frédéric Bierry qui se projette déjà sur le passage de la flamme olympique en Alsace en juin 2024. Un mini-évènement en soi quand on sait que le dernier passage de la flamme en terre alsacienne date de 1924. « Elle va traverser plusieurs de nos communes du sud au nord. Cela peut répondre à des attentes de curieux, mais aussi montrer une nouvelle fois tout notre potentiel sportif. »

 

 

Tournée des terroirs - Schlossberg

Une invitation à « s’élever »

Vigne

Publié le 06/07/2023


Du haut du Schlossberg, près de vingt siècles vous contemplent. Le 25 juin, à Kaysersberg, le premier des 51 grands crus alsaciens a été comme un livre ouvert à l’occasion de la Tournée des terroirs organisée par le Civa. De l’époque romaine à aujourd’hui, la guide conférencière, Caroline Claude-Bronner, a retracé la genèse et l’histoire d’un terroir réputé pour la qualité de ses vins depuis plus de mille ans. « Les premières vignes sont apparues ici entre le deuxième et le troisième siècle de notre ère. À l’époque, les Romains avaient déjà perçu le fort potentiel viticole de ce terroir idéalement exposé et riche en granite. »

 

 

Au IXe siècle, les premiers murets en pierres sèches sont érigés par des ouvriers spécialisés venus du Val d’Aoste. Sans eux, le potentiel vinique du Schlossberg n’aurait jamais pu voir le jour, souligne Caroline Claude-Bronner : « C’est grâce à eux que les sols restent en place. Par endroits, il n’y a que trente centimètres de terre. Au moindre orage, cela serait lessivé. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il faut privilégier l’enherbement et minimiser le travail du sol ici. Cela reste un terroir fragile. » La cité de Kaysersberg n’existait pas encore (elle commence à être mentionnée à partir du XIIIe siècle seulement), mais une voie romaine y avait bien été aménagée sous ce qui est aujourd’hui l’avenue du Général de Gaulle. C’était un point central pour contrôler ce qui venait de la plaine d’Alsace d’une part, et du col du Bonhomme de l’autre. « On appelait le lieu Mont Cesaris, en référence à l’empereur. »

Un terroir « aérien » et « subtil »

Mille ans plus tard, la cité de Kaysersberg voit progressivement le jour au pied du château bâti avant tout comme une forteresse de surveillance. Ce sont d’abord des commerçants qui ont commencé à s’installer ici, attirés par le potentiel économique des vignes du Schlossberg. Le vin produit sur ses coteaux transitait ensuite par Colmar avant d’être acheminé à l’étranger via l’Ill et le Rhin, notamment dans le nord du Saint Empire germanique et en Suisse. « On exportait plus de vins d’Alsace à l’époque qu’aujourd’hui. Notre région était alors considérée comme la Provence du Saint Empire. On pouvait vendre du rêve et du bon vin à des clients fortunés. En intégrant le Royaume de France, la donne a changé. L’Alsace était considérée comme la Sibérie du pays, il y avait toute une réputation à refaire. Et ceci prend du temps. »

 

 

Aujourd’hui, le Schlossberg n’a rien perdu de son aura auprès des amateurs de vins d’Alsace, notamment chez les adeptes de rieslings secs et particulièrement minéraux. Les 80 hectares qui le composent tirent leur quintessence des vestiges de la chaîne hercynienne formée il y a 300 millions d’années, et constituée de granites et de roches volcaniques. À cela s’ajoutent tous ces « microdétails » qui permettent à ce terroir de faire émerger des vins exceptionnels : des haies et arbustes plantés ici et là, l’ombre portée de la montagne, l’orientation plein sud, les circulations d’eau, et ce fameux vent de fin de journée qui rafraîchit délicatement les raisins. Et puis il y a le facteur humain, entre les vignerons qui font de leur mieux pour valoriser ce terroir escarpé, et les consommateurs prêts à mettre le prix dans des vins qui sortent de l’ordinaire. « Pour le Schlossberg, c’est un mélange habile de puissance et de subtilité qui nous invite à nous élever un peu plus haut, » conclut la guide-conférencière.

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Vigne

Publié le 01/04/2023


De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach.

Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.

 

Gare aux chutes, même de plain-pied

Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. »

La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »

 

 

Des jeunes demandeurs

Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

Cyril Desaga, à Lapoutroie

La robotique, c’est bien pratique

Élevage

Publié le 27/01/2023


Voilà presque un an que Cyril Desaga, éleveur laitier à Lapoutroie, connaît des journées un peu plus tranquilles qu’avant. En mars 2022, il met en route son premier robot de traite VMS 310 de DeLaval, équipé d’un système automatique de détection des chaleurs et d’un distributeur de concentrés : une mini-révolution pour cette exploitation familiale qui était, jusque-là, équipée d’une salle de traite classique. Fini, désormais, les corvées, matin et soir, pour l’agriculteur de 36 ans. Place à l’autonomie pour le troupeau de 45 montbéliardes, à raison de deux, trois passages, par vache et par jour. Un nouveau mode de fonctionnement qu’elles ont rapidement adopté.

« On ne pensait pas que la transition serait aussi facile. On nous disait qu’il fallait moins de vaches, au début, pour commencer. Avec le recul, on voit bien qu’il fallait avoir le maximum de vaches, d’un coup. Il vaut mieux s’embêter une fois avec le troupeau, plutôt que d’y aller progressivement. » Pour lui, le robot de traite est un argument de poids en faveur du bien-être animal. Les vaches vont et viennent, en fonction de leur besoin et de leur rythme, et se font traire uniquement si elles ont le droit, le robot se chargeant de scanner leur statut via la boucle électronique accrochée à l’oreille. « Elles sont plus calmes qu’avant », remarque-t-il.

Anticiper les problèmes à venir

Pour l’instant, sa production n’a pas augmenté mais cela pourrait être le cas, très prochainement. « Il faut attendre au moins un an pour observer une hausse de production. Après, mon objectif est surtout de réussir à produire autant de lait qu’avant, avec le moins de vaches possible. » Avec cette stratégie, Cyril Desaga veut anticiper les années à venir et les potentielles difficultés qui pourraient survenir : manque de fourrage, manque de main-d’œuvre, hausse des charges. « Étant en zone AOP Munster, je suis limité pour mes approvisionnements en fourrage. Avec les sécheresses que nous connaissons, cela devient de plus en plus compliqué. Je dois donc réussir à diminuer mes besoins, autant que possible. Je dois essayer de réduire mon nombre de vaches et de génisses, tout en assurant la rentabilité de mon exploitation. »

 

Celle-ci produit chaque année 280 000 litres de lait, intégralement transformés en fromage (munster ou tomme) à la ferme, ou par l’intermédiaire de la fromagerie Siffert, à Rosheim. Un modèle économique qui fonctionne bien mais qui demande beaucoup d’investissements et de temps de présence. « Il faut toujours quelqu’un, du lundi au dimanche, pour la transformation et pour surveiller les vaches. D’où la volonté d’essayer de gagner du temps, là où c’est possible. » Pour l’instant, Cyril peut compter sur l’aide précieuse de ses parents retraités et d’un salarié. Malheureusement, celui-ci s’en va, à la fin du mois de février, et aucun remplaçant n’est en vue pour le moment. « Notre profession, comme tant d’autres, a énormément de mal à recruter. C’est une réalité à laquelle il faut s’adapter. »

Des journées plus « souples »

Avec l’acquisition de ce robot de traite, Cyril ne fait que suivre une tendance forte dans le canton de Lapoutroie, aussi appelé « canton vert ». Cinq autres producteurs laitiers sont déjà équipés, depuis plus ou moins longtemps. Une évolution logique à ses yeux : « Cela se démocratise, de plus en plus. Par la force des choses, on y arrive tous. Il est vrai que ces robots sont particulièrement adaptés à des exploitations comme les nôtres, avec de petits troupeaux. C’est vraiment un équipement qui a de l’avenir. »

Mais il prévient : la traite automatisée ne veut pas dire ne plus être avec ses vaches, au contraire même. « Je passe beaucoup de temps à les surveiller, soit directement dans l’étable, soit via mon ordinateur ou mon smartphone. Je suis très souvent avec elles mais le rapport n’est plus le même. » Ses journées sont différentes et plus souples. En se libérant de la traite, Cyril peut se focaliser sur d’autres tâches et, surtout, il retrouve un semblant de vie normale en s’arrêtant à 18 h ou 19 h, et ainsi avoir davantage de temps pour lui, le soir.

L’investissement au bon moment

Le choix de ce robot DeLaval a été mûrement réfléchi. Au début, il n’en était même pas question. « On avait entamé une réflexion pour remplacer notre distributeur de concentrés automatique, devenu obsolète avec le temps. Ce sont les techniciens de la Chambre qui m’ont orienté vers la robotique. » La mise en route initiale était prévue, à l’automne 2022. L’éleveur voulait se laisser suffisamment de temps pour prendre la bonne décision et choisir le bon modèle, tant les enjeux sanitaires sont primordiaux pour son exploitation. « Dans la transformation, il faut être très pointu sur la qualité du lait. On n’a pas le droit à l’erreur. Il faut que cela soit le plus propre possible. Si le lait n’est pas bon, ce sont des pertes financières pour l’entreprise. »

Mais le projet va s’accélérer, en juillet 2021, entre l’arrêt maladie du salarié et la perspective grandissante de la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et des taux d’intérêt. « On a senti venir toutes ces augmentations. Si on voulait investir, c’était à ce moment. Et puis, j’ai préféré le faire tant que mes parents étaient encore là pour m’aider, pour assurer une transition en douceur. » Une intuition qui lui permet d’envisager un amortissement sur douze ans, seulement.

À l’issue de cette période, il envisage déjà de remplacer son robot de traite par la nouvelle version qui existera à ce moment-là, afin d’aller jusqu’à sa retraite le plus « sereinement » possible. Ce futur remplaçant devra a minima faire aussi bien que le VMS 310 de DeLaval avec son lactoduc en inox et en pente, son système de nettoyage des trayons avec gobelets préparateurs et eau tiède savonneuse, et la possibilité de traite manuelle par l’éleveur, en cas de besoin. « Tout ceci fait que j’ai une machine facile à nettoyer, dans laquelle le lait ne stagne pas dans les canalisations. C’est un vrai gain de performance. »

Fini, les coups de fourche

L’achat de ce robot a entraîné avec lui tout un tas d’autres acquisitions par l’éleveur. Il a d’abord dû revoir l’aménagement de son bâtiment sur 50 m2 environ. Le robot de traite a remplacé les anciens box de vêlages, qui ont, eux, remplacé l’ancienne salle de traite. Il a également remplacé le vieux pont roulant installé en 1976, ainsi que la mélangeuse. Mais le petit « plus » dont il est le plus fier est son deuxième robot destiné à repousser le fourrage, également de la marque DeLaval. Il est programmé pour circuler, toutes les deux heures, et permet d’avoir toujours quelque chose à manger sur la table d’alimentation.

 

 

Il a été installé en une journée seulement, avec uniquement une saignée dans le sol, dans lequel ont été enterrés les câbles qui permettent au robot de suivre l’une des quatre voies mises en place. Pour Cyril, fini le travail à la fourche mais toujours un peu de surveillance, tout de même. « Il peut y avoir un bourrage de la vis sans fin qu’il faut dégager à la main. C’est un petit inconvénient qui n’enlève absolument rien au bénéfice de cette machine. Je suis moins fatigué à la fin de mes journées. »

Coopérative agricole de céréales

Des valeurs « fortes » en guise de boussole

Vie professionnelle

Publié le 25/12/2022


Pour ses 75 ans, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a démontré sa faculté d’adaptation. Au fil d’une année 2022 « qui aura marqué les esprits » aux yeux de son président, Jean-Michel Habig, l’entreprise haut-rhinoise s’est appuyée sur ses valeurs « historiques » - équité, efficience, transparence, respect, confiance, appartenance, audace - pour garder le cap et protéger ses adhérents dans un contexte économique et géopolitique très tendu. Au cours de l’exercice écoulé, la coopérative a atteint un résultat record (lire en encadré), le tout sans dégrader les prix payés aux associés coopérateurs. « Ceci nous permet de redistribuer cette année encore du résultat », se félicite-t-il à l’occasion de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 9 décembre au Parc des expositions de Colmar.

 

 

Un chiffre historique lié à plusieurs facteurs : une récolte abondante malgré les conditions climatiques, et une explosion du prix du maïs sur le marché mondial, ce qui a fait bondir de 75 euros les prix acomptes moissons maïs payés aux coopérateurs, passant de 206 euros la tonne en 2021 à 281 euros en tonne en 2022. « Aucun d’entre nous n’a jamais connu des prix aussi élevés. Nous pouvons évidemment nous féliciter de cette bonne performance, mais cela ne doit pas occulter le fait que cela pose question. Dans cet environnement mondialisé, tout évènement à des conséquences fortes. Ainsi, la hausse des prix de nos céréales, combinée avec l’explosion des coûts de l’énergie, impacte les industries de transformation. Certaines baissent leur production quand d’autres arrêtent complètement leurs activités. »

Pour la CAC, tout l’enjeu était justement de permettre à ses adhérents de continuer à produire tout au long de 2022 alors que le prix des intrants s’envolait lui aussi. Pour y arriver, elle a dû anticiper et arbitrer au quotidien entre le risque prix et le risque disponibilité afin de répondre aux besoins de chaque exploitation. « Nous avons réussi grâce à la mobilisation de toute notre organisation. Mais cela a été difficile, et cela n’est malheureusement pas fini. La campagne prochaine s’annonce encore plus compliquée pour les engrais, mais aussi pour les semences et les produits phytosanitaires. Sans oublier les risques de disponibilité et de prix pour le gaz et l’électricité. Les défis à venir sont de taille. Mais nous réussirons à nous adapter comme nous le faisons depuis 75 ans », poursuit le président.

Plus d’achat sans anticipation

Pour y arriver, la Coopérative agricole de céréales entend plus que jamais s’appuyer sur sa philosophie première : « Pour voir loin, il faut voir collectif. » Après la création, il y a trois ans, de l’union de commercialisation franco-allemande ECU, le groupe CAC s’est uni avec la Coopérative de Sundhouse pour former l’union d’achats Rhénalliance au cours de l’exercice 2021-2022. Cette nouvelle structure effectue ses achats auprès de l’union des coopératives Aréa, créée en 2011, qui regroupe 18 membres sur la grosse moitié est de la France, et représente 15 % du marché national des agrofournitures pour les agriculteurs et les viticulteurs.

Son directeur, Stéphane Wilhelm, porte un regard lucide sur la situation actuelle. « Cette année, l’achat des engrais a coûté 527 millions d’euros, soit la quasi-intégralité de notre chiffre d’affaires d’il y a deux ans. Et malheureusement, on commence seulement à rentrer dans le dur. » Il pointe les principales firmes phytosanitaires qui ont progressivement délocalisé leur production en Chine pour des questions budgétaires et qui sont confrontées, aujourd’hui, à de gros retards de fabrication liés à la crise sanitaire. « À cela s’ajoutent les tensions sur le transport maritime ainsi que le conflit russo-ukrainien qui nous impacte sur plusieurs niveaux comme l’approvisionnement en ammonitrate, dont une bonne partie venait de Russie. »

Ce contexte inédit a obligé Robert Grosshans, responsable des achats pour le groupe CAC et Rhénalliance, à revoir sa façon de travailler au quotidien. Fini le temps où il pouvait prendre son temps avant d’acheter au meilleur prix et comparer les offres sur le marché. Place désormais à l’anticipation permanente et à la réactivité instantanée. « On fait en sorte de savoir ce qu’on veut précisément avant de recevoir les offres. Et quand elles arrivent, on sait jusqu’où on veut aller ou pas. On sait rapidement si on prend ou on ne prend pas. » Il observe avec un certain soulagement la force commerciale offerte par l’union des coopératives Aréa. « Si on s’en est bien sortis durant la campagne précédente, c’est parce qu’on a travaillé avec d’autres qui nous ont apporté des moyens logistiques supplémentaires, par la mer en l’occurrence. Sans cela, on aurait été incapable d’avoir la marchandise qu’il nous fallait. »

Stéphane Wilhelm complète : « C’est la richesse de notre groupe : nous avons des portes d’entrée sur tout le territoire, ce qui nous permet d’avoir de l’agilité sur l’achat de toutes les formes d’azote. » Cette souplesse va être primordiale en 2023 aux yeux des deux spécialistes. Pour Robert Grosshans, il faut oublier le « monde d’avant ». « On n’y retournera pas. Il faut plutôt se projeter dans un contexte où la question énergétique va être déterminante, en plus des aspects logistiques de plus en plus difficiles à gérer. Nous avons un nouvel équilibre à créer. À nous de projeter notre intelligence collective, c’est notre grande force. Cela m’incite à rester confiant pour les achats de nos approvisionnements futurs. »

Un marché aval plus incertain

Sur les marchés avals, la situation est tout aussi imprévisible et incertaine. Depuis la pandémie Covid-19, puis le conflit ukrainien, les « fondamentaux » ont là aussi disparu pour laisser la place à une ère de questions permanentes : Quelle sera la suite de la guerre ? Quels prix pour le gaz, le pétrole, l’électricité ? Quel sera le visage de la récession qui se profile ? « Et qui dit récession, dit baisse de production, désindustrialisation. Je n’ai pas de réponse à ces questions, que des avis. Nous avons perdu tous nos repères. Clairement, les challenges sont devant nous », annonce Mariana Svolinkova, courtière « céréales » chez Bloch et Rehs. Elle se veut néanmoins très confiante pour la production céréalière alsacienne, située au cœur de l’industrie de quatre pays : « Vous avez un avantage logistique avec le Rhin et la proximité avec vos acheteurs. Cela sera toujours un atout sur les marchés. »

La directrice d’ECU, Michèle Waegele, observe avec un certain désarroi les dégâts collatéraux du conflit ukrainien sur la filière céréalière rhénane. Depuis l’ouverture du corridor humanitaire en mer Noire, ce sont 11 millions de tonnes de céréales supplémentaires qui sont arrivées sur le marché, en plus des 10 déjà exportées. « Auparavant, l’Ukraine avait des quotas à l’export. Aujourd’hui, ils sont supprimés. Le pays bénéficie d’un appui politique quasi mondial et d’une aide au niveau logistique et transport. Ce qui fait que nous sommes désormais noyés sous les céréales ukrainiennes », souligne Michèle Waegele. Il faut ajouter à cela 6 millions de tonnes de maïs en provenance du Brésil, et 6 millions de plus déjà prévus pour la prochaine campagne.

 

 

On observe en parallèle une baisse de la consommation de céréales, estimée entre 15 et 20 % pour l’alimentation humaine, et à plus de 20 % pour l’alimentation animale. « On est en train de tuer la demande. Quoi qu’on fasse, elle ne reviendra pas du jour au lendemain », avertit la directrice d’ECU, qui alerte aussi sur la santé financière de certains clients contraints d’acheter du maïs plus cher que ce qu’ils avaient prévu suite au déclenchement du conflit russo-ukrainien. « Et puis il y a un dernier impact, et non des moindres : c’est la rentabilité de nos clients. Des usines d’éthanol ont même fermé à cause de la hausse du prix de l’énergie et des céréales. » Comme Mariana Svolinkova, Michèle Waegele ne peut que constater la disparition des repères historiques du marché céréalier. « Les fondamentaux - chiffres de production et de consommation - restent les mêmes. À part cela, on ne peut plus se fier à ce qu’il s’est passé hier. Chaque jour est un nouveau jour, avec de nouvelles informations. »

Marché de Noël de Colmar

Une opportunité commerciale teintée de frustrations

Vigne

Publié le 23/12/2022


Plus efficace qu’internet, moins confortable qu’au caveau. Pour les vignerons participants, le marché de Noël de Colmar représente une formidable ouverture sur le monde avec ses très nombreux visiteurs (1,5 million en 2019) qui déambulent dans les rues de la ville pendant plus d’un mois. Aux côtés des habitués de la Route des Vins que sont les Allemands, Suisses, Belges et Hollandais, ce moment fort de l’hiver alsacien voit défiler une multitude d’autres nationalités, et autant d’opportunités commerciales pour les exposants.

Ce 8 décembre, cela fait quelques jours que des vagues d’Italiens, d’Espagnols, de Portugais et d’Américains passent d’une maisonnette à l’autre pour découvrir les spécialités gastronomiques du cru, les créations artisanales, et les dernières cuvées de vins alsaciens. Sur la place des Dominicains, Marc Mann, du domaine Wunsch & Mann à Wettolsheim, ne manque aucun marché de Noël depuis 2015, année où il s’est décidé à déposer sa candidature pour redonner un second souffle à l’entreprise familiale vieille de quatre générations. « Cela faisait quelque temps qu’on constatait une baisse significative des visites dans notre caveau. Notre clientèle historique était vieillissante, les modes de consommation étaient en train d’évoluer. On ne pouvait plus se reposer sur nos acquis », témoigne le vigneron.

 

 

Lorsque le domaine dépose sa candidature, d’autres maisons viticoles sont déjà présentes parmi les exposants du marché de Noël, mais aucune certifiée bio. « On s’est convertis en 2008. Clairement, cela nous a beaucoup aidés à faire accepter notre candidature », retrace Marc Mann. Il faut dire que les emplacements sont très convoités, malgré un prix en constante augmentation. « Heureusement, cela reste une opération rentable, se félicite le vigneron de Wettolsheim, même si, cette année, je constate qu’il y a davantage de promeneurs que d’acheteurs par rapport à 2021. La crise est passée par là, les gens dépensent moins facilement. »

Malgré tout, l’AOC Alsace continue de faire recette, surtout son cépage le plus emblématique qu’est le gewurztraminer. « Tout le monde le connaît, même si beaucoup n’arrivent pas à le prononcer », s’amuse Marc Mann. Les vendanges tardives ont encore et toujours la cote, mais tout de même un peu moins cette année à cause de la baisse du pouvoir d’achat. Rien d’alarmant pour Marc Mann qui reste convaincu de la pertinence du marché de Noël colmarien pour la vitalité économique de son entreprise. « C’est l’équivalent de 50 % de fréquentation en plus pour nous. Nous avons la chance de bénéficier d’une visibilité inédite ici, et cela incite même beaucoup de personnes à nous rendre visite au caveau. »

« Il faut se bouger si on veut faire la différence »

Le constat est partagé par le domaine Karcher, présent sur la place Jeanne d’Arc depuis cinq ans. C’est, avec le domaine Martin Jund, la dernière exploitation viticole à être située dans l’enceinte colmarienne. « Étant de la ville, cela nous semblait logique d’être présent au marché de Noël », résume Pierre Karcher, cogérant de l’entreprise familiale avec son frère Gilles. Pour eux, l’intérêt commercial de ce rendez-vous annuel est plus que manifeste. « Décembre, c’est LE mois de l’année pour nous. On y réalise un peu moins de 10 % de notre chiffre d’affaires de l’année. » Pour la constitution d’une clientèle à l’export, le marché de Noël est une réelle aubaine. « On vend un peu aux Pays-Bas et aux États-Unis. Grâce au marché de Noël, on attire de nouveaux clients de ces pays qui reviennent ensuite les années suivantes. »

 

 

Comme Marc Mann, Pierre Karcher a bien compris que la seule vente au caveau était désormais insuffisante pour maintenir une bonne dynamique économique. « Il faut se bouger si on veut faire la différence », constate le jeune vigneron qui remarque au passage que sa certification bio représente « un avantage de plus » auprès de la clientèle étrangère. « Après, c’est toujours la dégustation qui fait la différence, bio ou pas. »

Si l’opération séduction réussit, Pierre Karcher peut alors rediriger ses nouveaux clients vers le caveau situé à seulement 200 mètres de la place Jeanne d’Arc. « Si les gens veulent repartir avec plusieurs cartons, ils peuvent toujours. Ils vont au domaine avec leur voiture et font le plein. Sur le stand, c’est plus la découverte de nos vins et les coffrets cadeaux. » Leur contenu reste classique, à base des inévitables crémants, gewurztraminers et rieslings, mais aussi des muscats qui sont de plus en plus plébiscités. « C’est un cépage qui marche bien chez nous alors qu’on en trouve de moins en moins en Alsace », ajoute Pierre Karcher.

Des gewurz et des crémants très prisés

L’opportunité commerciale du marché de Noël est également vraie pour les grosses caves coopératives. À la place de l’Ancienne Douane, Wolfberger profite de l’évènement pour asseoir davantage sa marque auprès du public étranger. La cave est une habituée du marché de Noël depuis de nombreuses années, et pas seulement celui de Colmar. « On a des stands dans plusieurs villes d’Alsace », explique Paul Richter, recruté en intérim uniquement pour animer le stand durant un mois.

 

 

Pour sa première avec Wolfberger, il constate comme Marc Mann, que les gens ont plus de difficultés « à sortir le porte-monnaie » en cet hiver 2022. « En tout cas, pendant les dix premiers jours. Maintenant, cela se passe mieux quand même. » Comme chez les confrères, les gewurztraminers sont très prisés, quelle que soit la nationalité de l’acheteur, encore et toujours les vendanges tardives, et de plus en plus le crémant. « C’est un produit qui marche vraiment bien à l’approche des fêtes. Il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui le confondent encore avec le champagne. Alors je leur explique la différence. »

Pas de chauffage et quelques frustrations

Paul Richter assure la permanence du stand toute la semaine. Le week-end, il est secondé par un ou deux collègues pour gérer la forte affluence et le travail plus conséquent. Le tout, sans chauffage, comme sur tous les marchés de France afin de réaliser de précieuses économies d’énergie. « Il est clair que le matin, ça réveille ! Mais en soi, je pense qu’il faut juste s’adapter, on met des bonnets et des gants et ça passe. »

À quelques dizaines de mètres de là, Denise Meyer, qui représente le domaine Alphonse Meyer & Fils, de Turckheim, est bien plus réservée sur cette mesure inédite. « Ce ne sont pas des conditions humaines qu’on nous impose. On ne laisserait pas un chien dix heures par jour dans le froid. Déjà qu’il n’y a pas de toilettes pour les exposants… » Pour la première fois depuis qu’elle participe au marché de Noël de Colmar, Denise Meyer se dit « frustrée » par la manifestation, à tel point qu’elle n’envisage pas de poursuivre l’année prochaine si les « conditions durent comme cela ».

Heureusement pour elle, le sourire revient quand les touristes prennent le temps de s’arrêter sur son stand. Cette année encore, ils sont nombreux. « C’est indéniable que d’un point de vue économique, le marché de Noël est vraiment très intéressant pour nous. Nous bénéficions d’une visibilité qu’on ne peut pas espérer au domaine. On arrive à se faire connaître et à donner envie à certains de venir à la propriété pour acheter des cartons supplémentaires », conclut la vigneronne de Turckheim.

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