Auteur
Image

Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Salon international de l'agriculture
 

Les vaches vosgiennes au rendez-vous

Élevage

Publié le 03/03/2016

« Le salon, c’est une vitrine, pour montrer notre race, défendre notre terroir et nos produits », explique Florent Campello. Pour lui, impossible d'être absent, malgré la crise qui touche le monde agricole et l'élevage en particulier. « On a pris notre destin en main en multipliant les actions de promotion, en créant de nouveaux produits comme « Cœur de Massif ». Celui qui s’en sort, c’est celui qui n’a pas renié ses valeurs au profit d’une agriculture intensive. Ceux qui sont restés fidèles aux traditions et dont on se moquait il y a vingt ans sont encore là, on ne les entend pas se plaindre. Il ne faut jamais oublier que, nous paysans, nous devons faire notre propre révolution, mais que ce sont les consommateurs qui donneront raison ou non aux choix qui seront faits », ajoute Florent Campello. Dans ces conditions, il ne faut pas lui parler de boycott du salon international de l'agriculture (SIA). Avec d'autres éleveurs, il n'a pas hésité à rejoindre la porte de Versailles avec ses vosgiennes. Éclipse, Edelweiss, 7 ans, et Gratzala, 5 ans, ont eu droit à une belle tonte bien courte et à une douche généreuse. Le jeudi précédant l'ouverture du SIA, elles sont montées à bord d’un camion, en compagnie des veaux Laurine et Lola, deux mois et demi, et de quatre consœurs venues de La Bresse, du Val d’Ajol et de Haute-Saône. Elles sont arrivées le soir même à Paris. Le lendemain, les éleveurs se sont tous retrouvés pour débuter le montage du stand.

Promouvoir la race

Florent Campello est présent pour la septième fois au SIA. Mais, cette édition revêt une importance toute particulière, explique-t-il vendredi 26 février à la veille de l'ouverture de la manifestation. « Nous avons réussi la présentation de la promotion de la race lors de la dernière édition des Journées d’octobre à Mulhouse. Nous avions notamment pu traverser la ville avec nos vaches. Cette fois, pour nous, le salon est la seconde rampe de lancement national du fromage que nous avons créé. Environ 700 000 personnes visitent le salon chaque année, près de la moitié passe par le hall 1 où nous tenons notre stand : à la louche, j’estime que quelque 150 000 personnes auront l’occasion de goûter notre fromage », analyse Florent Campello. Une heure plus tard, le stand est monté. C'est l'heure de passer à la traite des vaches et de régler quelques détails. Mais dans ce hall 1, l'ambiance change. Des rumeurs annoncent l'arrivée du président de la République, François Hollande, le lendemain dès 6 h du matin. De nombreux éleveurs arborent un tee-shirt noir « Je suis éleveur, je meurs », pendant que d'autres commencent à produire des banderoles. Certaines sont assez virulentes envers le chef de l'État. Elles ne sont pas du goût de membres de la sécurité du Parc Expo. Des discussions s'engagent à l'écart des journalistes présents. Ces banderoles, ce n'est pas l'affaire de Florent Campello. Avec les autres éleveurs de vosgiennes, il rejoint la « cantine » pour un dîner bien mérité.

De nombreuses visites

Samedi 27 février. Alors que le SIA doit ouvrir ses portes au public à 9 h, l'agitation est grande dès 6 h du matin dans le hall 1. François Hollande est là. Alors que le chef de l'État devait s'arrêter au stand des vosgiennes pour déguster et échanger quelques mots, le programme est chamboulé. L'accueil du président se passe mal (lire ci-dessous). Des éleveurs manifestent bruyamment pendant que le service de sécurité se montre peu coopératif. Finalement, François Hollande ne passe que quelques secondes au stand des vosgiennes dans une agitation extrême. Bien plus calme sera la suite de cette première journée. Beaucoup de visiteurs se pressent sur le stand. Le public pose de nombreuses questions aux éleveurs, prend en photo les vaches, déguste le fromage. L'opération de communication est réussie. Florent Campello est ravi, mais déjà fatigué. Le SIA ne fait pourtant que débuter.

Employeurs

Un compte pénibilité « usine à gaz »

Pratique

Publié le 25/02/2016

Dans le Bas-Rhin, comme dans le Haut-Rhin, les réunions « employeurs », qui se tenaient mercredi 10 février, se sont déroulées en présence de Jérôme Volle, président de la commission nationale emploi de la FNSEA. Un des gros sujets évoqués concernait la gestion du compte pénibilité. Pour de nombreux employeurs, « c’est le brouillard total », explique Joseph Lechner, président de la commission régionale Emploi. Ce compte, créé par la loi du 20 janvier 2014, est censé garantir l’avenir et la justice du système de retraites. Il doit constituer une mesure forte de justice sociale voulue par le gouvernement, qui doit permettre de prendre en compte une des inégalités les plus criantes entre salariés, celle qui tient à l’espérance de vie en fonction des travaux effectués au cours d’une carrière. Le dispositif vise à permettre à ces salariés de cumuler des points afin de partir plus tôt à la retraite, se former ou travailler à temps partiel. Il est entré partiellement en vigueur le 1er janvier 2015 pour quatre premiers critères : le travail de nuit, le travail répétitif, en horaires alternants ou milieu hyperbare.

Le gouvernement avait accepté de reporter à juillet 2016 la mise en œuvre des six autres critères : postures pénibles, manutentions manuelles de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes, bruit. Ce report fait l’objet d’un des deux décrets, décidé par le gouvernement pour donner aux entreprises le temps de s’adapter. L’autre confirme que la déclaration d’exposition des salariés aux facteurs de pénibilité sera de la responsabilité des entreprises via une déclaration aux caisses de Sécurité Sociale qui auront la responsabilité d’informer les salariés. Les décrets ont fait l’objet d’âpres discussions avec les organisations patronales dont la FNSEA. Le président du Medef, Pierre Gattaz, avait dit espérer qu’ils ne paraissent pas, et jugé le dispositif « inutile, inapplicable ».

Faute de finalisation du dispositif, la FNSEA, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) et Coop de France avaient demandé au gouvernement le 11 décembre dernier de repousser l’entrée en vigueur du compte pénibilité. « Depuis, effectivement, rien n’est clair. Et cela montre une fois encore la difficulté en France de réformer. Alors qu’en Allemagne, on allonge le temps de travail, en France, on fait le choix de mettre un compte pénibilité à la charge des employeurs. Et, en plus, l’État n’a pas été capable de le calibrer budgétairement. La FNSEA répète qu’elle veut bien d’un compte pénibilité, mais pas d’une nouvelle « usine à gaz ». Tel qu’il nous l’a été présenté, nous refusons donc ce compte pénibilité », précise Jérôme Volle qui suit les discussions au quotidien. « Et en plus il appartiendra aux employeurs de financer ce dispositif avec l’obligation d’assurer une traçabilité des expositions via la fiche de prévention des expositions. Ce nouveau dispositif fait peser de nouvelles contraintes réglementaires sur les employeurs. Trop c’est trop ! », prévient Joseph Lechner.

« Que fait-on de l’emploi en France ? »

Pour sa part, Patricia Lecerf, de la Mutualité sociale agricole (MSA) d’Alsace, est intervenue pour évoquer notamment le sujet de la Déclaration sociale nominative (DSN) et le Titre emploi simplifié agricole (TESA) étendu. « La DSN c’est pour l’employeur la possibilité d’effectuer en une seule transmission, via son logiciel de paie, plusieurs déclarations sociales. L’objectif est d’alléger les formalités des entreprises et d’améliorer les services rendus aux entreprises et aux salariés, mais également de simplifier les demandes pour les entreprises dans le domaine social, et de faciliter les démarches des salariés. » L’idée part d’un bon sentiment. Sauf que dans la réalité, ce n’est pas aussi simple. « C’est même plus compliqué qu’avant », s’agacent de nombreux employeurs présents à la réunion. « Il y a un ras-le-bol général des règles qui nous compliquent la vie au quotidien. C’est un problème de société : que fait-on de l’emploi en France ? », s’irrite Joseph Lechner.

Lors de son intervention, Jérôme Volle a également évoqué le sujet du dialogue social et des saisonniers qui constituent une grosse partie de la main-d’œuvre dans l’agriculture puisqu’ils sont 1,2 million, dont 850 000 dans la seule production agricole. « Malheureusement, là également, le chèque santé est venu davantage perturber les choses plutôt que d’organiser. » Ce chèque Santé est une nouvelle cotisation patronale destinée à financer sous certaines conditions une mutuelle Santé pour les salariés précaires (CDD de - de 3 mois) ou à temps partiel (moins de 15 h par semaine). Cette mesure fera l’objet prochainement d’une information spécifique.

Jean-Michel Baumann, délégué régional emploi formation de la FRSEA Alsace, a lui informé les employeurs de la mise en place par l’État d’une aide à l’embauche d’un premier salarié pour rendre évident et simple ce choix du premier recrutement. Annoncée le 9 juin 2015 par le Premier ministre, cette mesure est destinée à aider les TPE non-employeuses à faire le choix du recrutement. Elle s’applique à toute entreprise qui n’a pas eu d’employé depuis au moins douze mois, et qui recrute un salarié en CDI ou en CDD de plus de six mois. Elle s’élève à 4 000 euros sur deux ans. Elle est versée pour les contrats de travail prenant effet entre le 9 juin 2015 et le 31 décembre 2016. Il présente également les modalités d’une nouvelle aide à l’embauche qui s’adresse aux PME de moins de 250 salariés. Cette aide concerne toute embauche en CDI ou en CDD d’au moins 6 mois réalisée entre le 18 janvier et le 31 décembre 2016. Le montant de l’aide, versée trimestriellement, est au maximum de 4 000 € sur 2 ans. Ces 2 aides se cumulent avec le CICE, la réduction Fillon et les exonérations Travailleur Occasionnel en cas de CDD de plus de 6 mois.

Enfin, Michel Corbin, conseiller à la délégation Est de Vivea (fonds d’assurance formation qui a été créé en 2001 entre les syndicats agricoles et des organisations agricoles, Chambre d'agriculture notamment), est intervenu sur le cahier de charge de la gestion optimale de la main-d’œuvre dans la politique de ressources humaines des entreprises. « Cela rentre dans le cadre de leur politique de développement de la formation. Nous sommes là pour accompagner les chefs d’entreprise. Nous abordons avec eux la gestion d’organisation du travail, que ce soit de façon individuelle ou collective. Je pense notamment aux Cuma et aux points de ventes collectifs. Nous intervenons également sur la préparation à l’embauche d’un salarié. Nous essayons d’apporter aux chefs d’entreprise des outils allant des compétences juridiques à l’entretien d’embauche. Enfin, nous informons les employeurs sur leurs responsabilités en matière de formation interne et d’organisation du travail. Ces formations et ces actions se multiplient dans les entreprises. Les chefs d’entreprise font souvent appel à nous sur ces questions », précise Michel Corbin.

Mutualité sociale agricole d’Alsace

Continuer d’accompagner les agriculteurs

Pratique

Publié le 12/01/2016

L’année 2015 a été très difficile pour le monde agricole touché par une crise sévère. L’embargo de la Russie, la pression exercée sur les prix, les conditions météorologiques désastreuses sont autant de facteurs négatifs qui fragilisent encore davantage les agriculteurs. Dans ce contexte, la Mutualité sociale agricole (MSA) entend rester proche de ses adhérents et mettre tout en œuvre pour les soutenir. Plusieurs dispositifs ont été mis en place ces derniers mois pour aider financièrement les professionnels les plus fragiles économiquement, tels que l’allégement des cotisations familiales, la réduction de l’assiette de cotisations pour le financement de l’assurance maladie des exploitants agricoles (Amexa) ou encore la possibilité d’opter pour l’assiette n - 1 pour réduire les cotisations.

« Malgré ces aménagements notoires, négociés avec les pouvoirs publics par les élus, les équipes dirigeantes de la MSA et par le syndicalisme agricole, la crise actuelle accentue les besoins des adhérents. 50 millions d’euros ont été débloqués pour l’ensemble du territoire par la MSA. Mais seuls 284 000 € ont été versés pour l’Alsace, ce qui est loin de couvrir tous les besoins. La MSA d’Alsace a donc décidé de compléter cette enveloppe, sur ses fonds propres, à hauteur de 180 000 € », explique le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher. Des propos complétés par Thomas Blum, vice-président de la MSA d’Alsace et président de la commission sanitaire et sociale. « Ces 180 000 €, ce n’est pas rien. C’est la première fois que nous mettons un budget de cette importance sur de telles actions. Nous convenons tous qu’il y a nécessité de sauver les exploitations les plus nécessiteuses. Oui, il faut sauver ce qui est encore sauvable. »

Le 8 janvier dernier, le nombre de prises en charge de cotisations par la MSA s’élevait à 138, pour un montant moyen de 4 700 € par exploitant. Outre les aides financières, plusieurs dispositifs sont en place pour alléger la trésorerie des exploitants, comme les échéanciers de cotisations. En 2015, la MSA d’Alsace a ainsi accordé 68 % d’échéanciers supplémentaires pour le paiement des cotisations patronales par rapport à 2014 et 22 % pour les cotisations personnelles des exploitants. Il y a également l’option n - 1 pour le calcul de l’assiette de cotisations. Cela concerne 646 professionnels qui ont ainsi pu bénéficier de cet aménagement exceptionnel et temporaire. À l’échelle nationale, 26 737 adhérents de la MSA ont économisé 39 M€ de cotisations. Concernant la réduction de l’assiette minimum pour le calcul de cotisation Amexa, les chefs d’exploitation ou d’entreprise agricoles avec des revenus faibles, nuls ou déficitaires, ont vu leur cotisation passer de 833 € à 454 € sur la base du taux de 10,84 %, un taux applicable aux chefs d’exploitation ou d’entreprise à titre exclusif ou principal domiciliés en France. En tout, ce sont 170 776 personnes qui en ont bénéficié pour un montant total de 48 M€.

Convention d’objectifs et de gestion

Pour l’année 2016, les perspectives ne sont pas meilleures. La filière de l’élevage en particulier ne présente aucun signe d’amélioration. Dans ces conditions, la MSA s’interroge sur l’attitude future des pouvoirs publics. D’autant plus qu’elle se trouve dans une négociation serrée concernant la convention d’objectifs et de gestion (COG). La précédente vient d’arriver à son terme, et, comme tous les cinq ans, la MSA négocie avec ses ministères de tutelle la nouvelle feuille de route.

« Les pouvoirs publics ont salué la gestion du régime agricole pendant le dernier quinquennat, et notamment son efficacité et sa forte réactivité dans la gestion des crises agricoles. Par ailleurs, le coût de gestion de la MSA est très faible et ne représente que 4 % des cotisations recouvrées. Descendre au-dessous de ce pourcentage risque de nuire à la bonne réalisation de nos missions de service public. Et ce n’est pas la solution à la résorption des déficits. La MSA a déjà réduit ses effectifs au plan national. Malgré cela, l’État considère qu’il va encore falloir économiser. Or, il faut un minimum de moyens pour assurer nos missions. Nous sommes sur des territoires ruraux et l’on se fait fort d’être présent sur tous les territoires », prévient David Herrscher. Forte de sa dynamique démocratique, la MSA, soutenue par ses partenaires professionnels agricoles et ses équipes administratives, entend poursuivre sa mission et préserver l’esprit solidaire et mutualiste du régime agricole.

Graines d'agriculteurs

Émilie Schmitt de Ranspach-le-Haut finaliste

Élevage

Publié le 27/07/2015

Des jeunes qui viennent de s’installer sur une exploitation agricole au cours de ces cinq dernières années, c'est la seule condition pour participer à ce concours. « Graines d'agriculteurs » fédère toutes les instances représentatives agricoles : au niveau national, les Jeunes Agriculteurs (JA), le ministère de l'Agriculture, les acteurs historiques de l’agriculture avec ses différentes filières. « Graines d’agriculteurs » rassemble tout le monde. L’objectif : écouter ces jeunes agriculteurs talentueux, entendre leur vision de l’agriculture de demain, et faire découvrir l'agriculture dans sa diversité. Et peut-être qu’en découvrant ces nouveaux talents, « Graines d’agriculteurs » suscitera des vocations et donnera à certains jeunes l’envie d’entreprendre sur une exploitation agricole ?
En 2014, les grandes cultures ont succédé aux jeunes éleveurs de viande bovine de 2013, qui eux-mêmes ont succédé aux jeunes vignerons et maraîchers de 2012, et aux jeunes arboriculteurs de 2011. Les éleveurs laitiers ont été choisis pour cette édition 2015.

Un bon support de communication

« On m'a appelé en janvier dernier pour savoir si j'étais intéressée pour participer à ce concours. Auparavant, les organisateurs avaient contacté le service « installation » de la Chambre d'agriculture de région Alsace. J'ai accepté de recevoir le dossier d'inscription et de participation. J'ai alors rempli un dossier très complet de plusieurs pages. Afin de répondre aux questions, j'ai effectué des recherches pour avoir toutes les données sur ma propre exploitation. Ma plus grande surprise concerne le coût des traitements phytosanitaires à l'hectare. Cela m'a permis de travailler les chiffres et de découvrir des données sur l'entreprise. J'ai par exemple départagé le chiffre d'affaires laiterie et celui du lait transformé. Cela a pris du temps, mais c'était intéressant et cela devrait me servir pour la pérennité de l'exploitation. La dernière partie du dossier concerne les motivations de l'installation et mon projet. J'ai rendu et renvoyé le dossier à la fin du mois de mars », raconte Émilie Schmitt. Pendant plusieurs semaines, la jeune agricultrice n'a pas eu de nouvelles. Le temps certainement pour les organisateurs d'exploiter toutes les réponses des participants. À la fin du mois de mai, elle est rappelée. On lui signifie qu'elle fait partie des neuf finalistes. C'est la seule en Alsace. « J'ai évidemment été agréablement surprise. Une équipe de production est venue à Ranspach-le-Haut la semaine suivante pour effectuer un tournage me présentant et pour expliquer le fonctionnement de la ferme. Depuis, cette vidéo a été mise en ligne sur le site internet de « Graines d'agriculteurs » comme celles des autres finalistes. Je suis contente d'en être arrivée là. Pas seulement pour moi, mais également pour l'entreprise. C'est un bon support de communication. Les clients sont nombreux à m'en parler. Ils ont vu la vidéo sur le site internet en question et sur Facebook », ajoute Émilie Schmitt.

« Je ne regrette rien »

Depuis que la vidéo a été mise en ligne, la jeune agricultrice ne sait rien. Elle n'a rien entendu, ne sait pas comment la vidéo est perçue et ne sait pas davantage si les internautes votent pour elle. Ce sera le cas jusqu'à la fin des votes, programmée le 28 août. Les résultats officiels seront communiqués lors de la finale nationale de labour à Metz en septembre. « Nous serons alors prévenus juste avant, mais cela devrait rester secret », précise Émilie Schmitt déjà satisfaite de pouvoir parler de son exploitation. Un concours qui, à ses yeux, permet en tout cas de promouvoir et de valoriser l'agriculture et les installations. Cela fait maintenant trois ans et demi que, pour sa part, elle est officiellement installée. Là également, elle ne regrette rien. « J'ai continué à vendre mes produits sur différents marchés à la ferme et j'ai greffé à mon programme hebdomadaire deux nouveaux marchés. J'exerce un métier passionnant. Il est stressant car on a des responsabilités, mais je ne reviendrais pas en arrière. J'exerce un métier qui me plaît. Il me demande beaucoup d'heures de travail, mais le retour des clients est très valorisant. Le relationnel est positif. Et, depuis quelques mois, je propose également des petits fromages frais en complément de la gamme de produits habituels », conclut Émilie Schmitt qui s'investit également au sein des Jeunes Agriculteurs du canton de Sierentz-Huningue.

Concours général agricole

83 échantillons en quête de reconnaissance

Cultures

Publié le 20/01/2015

Organisée en commun, comme chaque année, par la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) et la Direction départementale des territoires (DDT), cette présélection se déroule quelques semaines avant le concours général agricole des eaux-de-vie. «Cette gestion à trois fonctionne très bien. L'Ava s'occupe de l'organisation de la manifestation, la Cara de la gestion des jurys et des échantillons, et la DDT est la partie institutionnelle qui se charge de veiller au bon déroulement et au respect des règles. Cette présélection rassemble 83 échantillons d'eaux-de-vie. Il n'y a pas cette année les whiskies dont les neuf échantillons vont directement à Paris car, à l'heure actuelle, il y a une seule section nationale dans cette catégorie. Cela changera en 2016 suite à la publication de l'arrêté qui est arrivé un peu tardivement. Car effectivement, l'an prochain, les cinq indications géographiques (whisky, quetsche, kirsch, mirabelle et framboise) seront dégustées à part comme c'est déjà le cas pour le marc de gewurztraminer», explique Jean Deffinis, de la Direction départementale des territoires.

Un concours connu et reconnu

Pour cette présélection, les membres du jury ont donc dégusté 83 échantillons répartis ainsi : 17 kirschs, 11 mirabelles, 11 quetsches, 15 poires williams, 14 framboises, 6 vieilles prunes et 9 marcs de gewurztraminer. «Pour le marc de gewurztraminer, nous sommes un peu déçus car il est en baisse alors qu'il est en AOC depuis trois ans déjà. On s'attendait à davantage d'engouement. Par ailleurs, cette année, il n'y a pas d'eau-de-vie atypique comme par exemple, l'abricot ou des sirops. Les conditions freinent peut-être les producteurs. Il faut en effet trois échantillons d'au moins de trois produits différents pour pouvoir se présenter à cette présélection», ajoute Jean Deffinis. Un concours général agricole désormais très ouvert puisqu'il accueille également à Paris les produits laitiers, mais également les confitures, les foies gras, les bières, la charcuterie comme par exemple, le knack d'Alsace. «Il est ouvert et très apprécié car c'est un concours du ministère de l'Agriculture, connu et reconnu. Il a des règles très précises, un taux de médailles imposé (30 %). Il se déroule dans l'anonymat des échantillons et avec une totale traçabilité. Avoir une médaille, c'est une reconnaissance pour le producteur et un gage de confiance pour le consommateur», conclut Jean Deffinis.

Une belle sélection

À la table de dégustation n°1, les trois membres du jury présents sont également des professionnels appréciés. Il s'agit de Régis Syda, président du syndicat des distillateurs et liquoristes d'Alsace et directeur de la distillerie Wolfberger, Willy Hagmeyer, secrétaire du syndicat et de la distillerie du même nom à Balbronn, et Yves Lehmann, trésorier du syndicat et de la distillerie du même nom à Obernai. Ce dernier a apprécié la dégustation de ces 17 kirschs. «C'est une belle sélection. On a trouvé des produits de meilleure qualité que l'année passée. Nous n'avons refusé que trois échantillons. Les quatorze autres peuvent aller concourir à Paris. Ils sont bien typés, en nez et en bouche. Le kirsch est, avec le marc de gewurztaminer, l'alcool type en Alsace que tous les distillateurs et autres bouilleurs de crus apprécient. C'est évidemment mon cas», explique Yves Lehmann.

Engager un animateur

Pour sa part, Régis Syda, qui est le président du syndicat des distillateurs et liquoristes d'Alsace depuis deux ans, se félicite lui également de cette dégustation qui s'est déroulée dans un contexte favorable. «L'obtention de ces indications géographiques, c'est la reconnaissance de la qualité et de l'origine de nos produits. Les Français sont demandeurs de ces appellations. Mais cela va surtout avoir une influence positive à l'export. Cela a été le cas pour le kirsch de Fougerolles, qui a ouvert la voie. Nous nous sommes rendu compte de l'impact et de l'aura qu'une telle distinction dégage. Les continents américains et asiatiques sont très demandeurs. Ce côté “made in France” va renforcer nôtre image», constate Régis Syda.

Il espère également que cela va motiver d'autres professionnels à rejoindre le syndicat des distillateurs et liquoreux. «Nous devons être encore plus nombreux à échanger sur nos produits et renforcer la dégustation de chaque eau-de-vie. Cette démarche qualitative doit nous permettre de nous remettre en cause et d'évoluer dans notre savoir-faire. D'autant que l'année 2015 sera un tournant. Nous avons deux objectifs. Le premier est de faire valider par l'Europe l'ensemble de nos indications géographiques. Le second sera ensuite d'engager un animateur, qui aura pour fonction de faire vivre cet organisme de défense, de suivre les opérateurs, de mettre en place cette traçabilité. L'enjeu est important», conclut Régis Syda.

Les vidéos