Commerce
« Garder la tradition, mais toujours innover »
Commerce
Vigne
Publié le 31/01/2023
Dans la conduite de son domaine de 7,20 ha, Clément Fend, 33 ans, est guidé par un principe : « garder la tradition, mais toujours innover ». Ses parcelles, situées sur le ban de Marlenheim, bénéficient d’un terroir argilo-calcaire bien exposé, qui réussit à la plupart des cépages. Plus de la moitié de ses surfaces sont situées sur le Steinklotz, le grand cru le plus au nord de la route des vins d’Alsace. « Il y a 40 ans, avoir des vignes au nord, c’était considéré comme un problème pour obtenir de la concentration. Aujourd’hui, ça devient intéressant pour garder de la fraîcheur », observe le jeune vigneron.
De retour sur le domaine familial en 2016, après un cursus court de viticulture-oenologie à Rouffach, Clément n’a eu de cesse d’expérimenter. Il a eu la chance de ne pas être freiné par ses parents, aujourd’hui disparus. « Dès l’âge de 17 ans, mon père m’a donné la possibilité de vinifier. Il m’a encouragé à faire des essais, quitte à prendre des risques. Ça a été très formateur. » Dans les vignes aussi, le jeune vigneron procède par tâtonnements avant d’entamer la conversion en bio, qui aboutit à la labellisation à compter du millésime 2022 : il commence par bannir les produits de contact utilisés pour lutter contre les maladies, puis supprime le désherbage chimique. Il introduit les engrais verts pour aérer les sols et leur apporter de la matière organique : depuis quatre ou cinq ans, il teste céréales et légumineuses à différentes doses, en veillant à ne pas concurrencer la vigne. Si les couverts végétaux ne suffisent pas, il apporte de l’engrais organique « en quantité très maîtrisée », l’objectif étant de ne pas dépasser « 8 à 10 grappes/pied sur le grand cru et 15 à 16 grappes/pied sur les autres parcelles. » Clément expérimente aussi les tisanes et décoctions à base de plantes, afin de réduire l’utilisation du cuivre et du soufre.
La récolte des raisins est manuelle sur 80 à 90 % des surfaces. En cave, Clément est équipé d’un pressoir pneumatique à cage fermée, qui lui permet de faire des macérations et d’avoir très peu d’oxydation sur jus. Sauf exception, ceux-ci ne sont pas sulfités avant fermentation. Le pressurage dure 3 à 4 h en moyenne, mais peut aller jusqu’à une dizaine d’heures. Les jus sont ensemencés avec un levain fait maison : le jeune vigneron attribue la bonne réussite des fermentations à l’utilisation des levures indigènes. Depuis deux ans, il s’essaie à la vinification sans soufre, à raison d’une cuvée par millésime. « Ma clientèle n’est pas trop portée sur les vins naturels, mais moi, j’aime en boire », dit-il, ayant à cœur de faire découvrir sa cuvée « Casual », composée à 90 % d’auxerrois, 5 % de pinot noir et 5 % de muscat et embouteillée dans un flacon transparent après un passage de quelques mois en barrique.
Faire venir les gens au domaine
Dans une structure réduite comme la sienne, les choix de production engendrent un coût de production plus élevé que Clément n’hésite pas à répercuter sur le prix de vente. En témoigne son rouge 100 % barrique vendu à 54 € la bouteille : un juste prix, pense-t-il, pour une cuvée produite une année sur trois ou quatre. Il en est convaincu : « Une bouteille bien valorisée donne la possibilité de bien travailler. » C’est le message qu’il s’efforce de faire passer à ses clients : privilégier « une bonne bouteille dans un moment rare », plutôt qu’un vin quelconque consommé plus souvent. Cette conviction l’amène à mettre en avant les grands crus et les rouges, tout en gardant une gamme de vins moins complexes, davantage axée sur le cépage que sur le terroir. Il élabore également trois assemblages, « faciles à expliquer, à comprendre et à boire », dont il a soigné l’habillage avec une étiquette annonçant d’emblée le style du vin, dry (sec), fruity (fruité) ou playful (espiègle). Ces trois vins s’adressent à une clientèle plus jeune, d’où le choix de l’anglais dans la dénomination et de la sobriété dans le design.
Hors vrac, Clément réalise 70 % de ses ventes au caveau, le reste auprès des restaurateurs et cavistes. Ses vins sont présents dans plusieurs restaurants gastronomiques, dont Le Cerf, voisin du domaine. « Je ne fais pas de salon. Je préfère faire venir les gens ici, leur faire déguster mes vins autour d’une planchette de charcuterie et de fromage, c’est plus convivial et ça met davantage les vins en valeur. » Clément ne propose pas de formule toute faite, mais il s’adapte à la demande et au budget de ses clients - particuliers, groupes ou entreprises. Le bouche à oreille fonctionne bien. Le vigneron a joliment rénové son magasin et peut accueillir des groupes de 30 à 35 personnes dans une cave en grès rose voûtée jouxtant sa cuverie. Il projette d’aménager un espace cuisine d’ici un à deux ans et d’y faire venir des professionnels pour proposer des prestations plus abouties.












