Vinification 2023
« Un millésime qui fait du bien »
Vinification 2023
Vigne
Publié le 26/10/2023
Jérôme Spannagel, domaine Paul Spannagel à Katzenthal. 350 à 400 hl vinifiés. « Je suis content de retrouver une année normale en volume. Tout est bien rempli sauf le riesling. Les raisins étaient beaux, mais beaucoup de tri a été nécessaire en raison de la piqûre acétique sur pinot gris et pinot noir. Quelques pieds ont été touchés par la grillure. Il a fallu attendre jusqu’au 9 octobre pour que les rieslings arrivent aux degrés, alors que les autres cépages étaient déjà à maturité. Les raisins sont pressés directement après vendanges dans un petit pressoir de 33 hl. Les moûts sont refroidis dans trois cuves de débourbage équipées de drapeau réfrigérant. J’ai soutiré deux fois les pinots gris et gewurztraminers. J’ai fait comme toujours une malo sur crémant et pinot noir. Deux pinots gris sont partis spontanément en malo, mais après mélange ce ne sera pas un problème. Ce millésime aura un peu plus de peps que les précédents avec une acidité qui fait du bien aux vins d’Alsace. J’attends un très beau riesling sur le grand cru Schlossberg ».
Émilie Lejour, œnologue chez Wolfberger. 85 000 hl vinifiés. « C’est le millésime de la patience. Huit semaines de vendanges, c’est un record à ma connaissance. Nous avons fini le 17 octobre. Il reste encore les vendanges tardives. Il a fallu savoir attendre et cela a été bénéfique, notamment pour les pinots gris et rieslings grand cru. Nous avons adapté nos horaires de vendanges à la chaleur (8 h-14 h) et insisté sur le tri auprès de nos coopérateurs qui ont joué le jeu. Toute la cave est thermorégulée à l’aide d’un groupe de froid car nous faisons un gros travail pour la réduction des sulfites. Les débourbages par flottaison se sont bien passés, tout comme les débourbages statiques pour les petits volumes (grands crus et sélections parcellaires). Aujourd’hui, 80 % des fermentations sont finies alors que certaines années, certaines traînent jusqu’à Noël. Très peu d’apports ont été nécessaires lors de la fermentation (peu de manque d’azote et très peu d’acidification). Pour la clarification, nous utilisons uniquement des produits à base de végétal. Le millésime sera très aromatique et ouvert, mais aussi aérien et léger. Les gewurztraminers sont beaucoup sur le fruit. Le muscat devrait également être très aromatique et exubérant, ce qui est une bonne chose. Les rieslings ont des notes d’agrumes et de fleurs blanches. J’ai décidé de les élever sur lies totales le plus longtemps possible. Le pinot gris aurait pu être problématique. Nous avons fait le choix d’attendre en fermant le vendangeoir. Le pari a été payant. »
Clémence Lohézic, domaine Backert à Dorlisheim. Environ 850 hl vinifiés, hors VT. « Ces vinifications 2023, c’est l’autoroute du plaisir », selon la jeune œnologue, qui a rentré « une très belle matière » grâce au tri opéré en amont. Il y a bien « de petits rendements sur pinot noir et riesling » et des « notes soufrées » sur les auxerrois » servant aux vins de base pour le crémant. Mais pour son premier vrai millésime en Alsace, elle s’estime gâtée. Elle a sulfité les jus à petite dose en sortie de pressoir (3 g/hl sur rouges et sur blancs, 5 g/hl pour les vins de base), a enzymé systématiquement et, par sécurité, a collé certains jus à la protéine de pois pour éviter les goûts herbacés. En dehors de quelques cuvées dont « les lies ne se tassaient pas hyper bien », rien à signaler au 13 octobre : « les fermentations se déroulent très bien. La majorité est réalisée en levures indigènes », à l’exception des vins de base, ensemencés avec des levures du commerce. Les fermentations achevées, elle soutire en vue d’un élevage sur lies fines, laissant la malo se dérouler si elle s’enclenche, sauf sur les pinots noirs rosés, où elle recherche la fraîcheur. Clémence s’attend à « de beaux rouges, avec beaucoup de fruit. Il faudra les travailler pour leur donner du corps » par des bâtonnages et un élevage en barrique, en veillant à ce que « le bois ne prenne pas le pas sur le vin ».
Yvan Zeyssolff, maison Zeyssolff à Gertwiller. 10 ha + 5 ha d’achat de raisins vinifiés. Après trois années difficiles, 2023 est « un millésime qui fait du bien », juge le vigneron. Même si globalement, il n’arrive pas au rendement, en raison de l’âge et de la conduite de ses vignes, l’état sanitaire de la vendange le satisfait. Ses rieslings provenant d’un terroir granitique à Scherwiller ont plafonné un temps à 11°, ce qui était « un peu limite ». Il a fallu attendre que la maturité reparte pour les récolter. Tout étant vendangé en petites caissettes de 25 kg, Yvan n’a pas eu de souci de débourbage. Les jus, refroidis à 14 °C dans des cuves thermorégulées, ont été sulfités à 1 ou 2 g/hl puis placés en foudre de chêne, où 90 % d’entre eux font leur fermentation. Le vigneron de Gertwiller pense commencer à embouteiller au premier trimestre 2024 : le pinot auxerrois car il va bientôt être à court et le muscat car il veut préserver son côté « frais et perlant ». En rouge, il a travaillé en vendange entière sur un quart de la cuve, estimant avoir la maturité phénolique adéquate pour faire une cuvée particulière. Quant au savagnin, cépage du klevener de Heiligenstein, « il donnera des vins bien fruités ».












