Rendements
GPNVA : « On ne peut pas produire plus que ce qu’on sait vendre »
Rendements
Vigne
Publié le 23/01/2020
Les discussions entre familles professionnelles du vignoble se poursuivent en ce début d’année afin de dégager un consensus sur les conditions de production 2020. Elles devraient être présentées en mars prochain devant le Comité vins de l’Inao. Dans le processus décisionnel, les conditions de production doivent d’abord être définies en Conseil d’administration de l’Ava ; puis être ratifiées en assemblée générale de l’Ava. Ensuite, le Crinao (Comité régional de l’Inao) doit entériner ce vote. C’est à ce stade que la famille des négociants peut exprimer ses souhaits. Mieux vaut donc que les parties prenantes du vignoble se soient mises d’accord en amont, plutôt que d’arriver devant le comité national de l’Inao en ordre dispersé. Rappelons aussi que ce sont les Ministères de l’économie et des finances, de l’agriculture, de l’action et des comptes publics, qui apposent finalement leurs signatures pour une parution au Journal officiel.
300 000 hl de trop en 2019 et 2018
Avec ses 15 500 ha, le vignoble alsacien dispose d’une capacité maximale de production de près de 1,2 million d’hl s’il applique les plafonds de rendement autorisés jusqu’alors. Depuis 20 ans, sa capacité de mise en marché a diminué linéairement de 1 % par an pour atteindre 907 000 hl en janvier 2019, puis a légèrement remonté à 928 000 hl en novembre 2019. Cette situation entraîne mécaniquement un excédent structurel de 100 000 hl en 2019, après encore 200 000 hl en 2018.
Le 7 janvier en Conseil d’administration de l’Ava, les discussions ont été particulièrement âpres. Au terme des échanges (lire encadré), le Conseil d’administration de l’Ava, qui représente la production, a dégagé un consensus sur un « rendement moyen d’exploitation à 75 hl/ha, une réduction des butoirs des pinots gris et des gewurztraminers à 70 hl/ha, assorti d’un Volume complémentaire individuel (VCI) de 5 hl sur chacun de ces cépages ».
« On est déjà dans le mur »
Pour le négoce alsacien, « Les grandes maisons d’Alsace », le compte n’y est pas. La proposition de la production ne permet en aucun cas de régler les problèmes d’excédents structurels. « Des mesures drastiques sont impératives, on est déjà dans le mur », souligne Pierre Heydt-Trimbach, président du GPNVA, qui admet cependant que « la situation est compliquée ». « Nous avions alerté en juin 2018 avec le potentiel de récolte 2018 qui s’annonçait » à près de 1,2 Mhl. À l’époque, rappelle-t-il, la solution retenue et préconisée par l’Ava était le blocage interprofessionnel. « Mais ça ne résout en rien la question des excédents de stocks. » Et, « le débat avait été un peu rapidement évacué au motif qu’il y avait besoin de vin, qu’il y avait des investissements dans la distribution et la commercialisation. Et puis, on entendait : il n’y a qu’à vendre, déplore-t-il. Beaucoup d’entre-nous se décarcassent pourtant pour vendre. Le marché est compliqué. » Il cite en exemple les taxes Trump aux États-Unis ou les appels d’offres qui oscillent entre 2 et 5 €/col au Canada.
Hybrides, sucrage-mouillage et rendements à 100 hl
Dans son histoire récente, le vignoble alsacien se confronte par deux fois à des décisions drastiques sur ses conditions de production. À la fin des années 1920, il s’agit d’abandonner les cépages hybrides qu’un certain Gustave Burger tient à conserver. Se pose dans les mêmes idéaux productifs, la question du sucrage-mouillage, abandonnée seulement en 1964. Tardivement donc au regard des autres appellations françaises. Aujourd’hui, se pose également au vignoble la question de l’abandon « d’un réflexe productif » sur ses choix de rendements pour « adresser un message qualitatif aux marchés ». Pour le négoce alsacien, il en va de la « crédibilité face aux marchés. Il faut leur apporter des garanties ». En clair, les rendements à 80 hl par exploitation et des butoirs permettant sur certaines parcelles d’atteindre les 100 hl, avec des systèmes de « vases communicants », « ne sont plus tenables ».
Notre voie, poursuit Pierre Heydt-Trimbach, « c’est d’inverser la tendance, d’augmenter nos prix de vente pour pouvoir payer mieux les raisins. » Sauf, admet-il, que « c’est facile à dire et pas facile à faire ». Les outils de pilotage pour adapter les volumes produits aux capacités de mise en marché, comme les Déclarations récapitulatives mensuelles (DRM) dématérialisées, devraient rapidement donner plus de visibilité et renseigner sur les stocks exacts de chaque entreprise, estime Pierre Heydt-Trimbach.
Plus de vases communicants
Le négoce alsacien demande donc de se diriger vers un rendement par cépage et d’abandonner les mécanismes compensatoires qui autorisent des parcelles à forts rendements. « Notre solution, souligne Pierre Heydt-Trimbach, c’est de produire moins, surtout en pinot gris et en gewurztraminer, de supprimer les rendements butoirs et les édel replis. En clair, d’éviter qu’avec 50 hl/ha en gewurztraminer, on puisse faire 100 hl/ha en pinot blanc. »
Face aux difficultés du marché, le négoce demande d’ouvrir les débats qui, pour l’heure, se heurtent à des fins de non-recevoir : le BIB sur certains cépages, officialiser les assemblages 85-15 intercépages, autoriser les cuvées bicépage et tricépage. La question du pinot noir est aussi sur la table. « Le vignoble a un avenir », estime-t-il, s’il adresse un « signal qualitatif » et s’engage résolument sur 60 hl/ha, en réservant les 75 hl/ha à la seule production de rosés.
Les exigences sont fortes, mais Pierre Heydt-Trimbach estime que les réponses doivent être à la hauteur du problème. « Cela fait plus de 40 ans que je suis dans le métier, je ne m’imaginais pas que le vignoble vivrait une crise d'une telle ampleur à l’aube de ma retraite. »
Lire aussi : « 1 028 000 hl produits en 2019, vers les 75 hl/ha en 2020 », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;
« Vers une prise en compte des volumes commercialisés », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;
« Ce sera « 80 hl/ha pour calmer le jeu » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












