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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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À Geispolsheim

Une forêt de trognes

Technique

Publié le 08/12/2022


Du village de Hattisheim, il ne reste qu’une chapelle. Les récits sur sa destinée divergent. Mais il semble probable que ce village de bergers, entouré de prés et de forêts, a été décimé par la peste. « Les habitants de Geispolsheim ont enterré les morts, brûlé le village sauf la chapelle, et récupéré les terres », raconte Jean-Marc Edel, ancien agent chargé des espaces naturels au sein du service technique de la commune de Geispolsheim, qui connaît donc la forêt de Hattisheim comme sa poche. Particularité de cette forêt qui s’étend sur 210 ha : elle regorge de trognes, plus connues sous le nom d’arbres têtards.

Les plus connus, car les plus visibles, sont sans doute les saules têtards. Mais il existe toutes sortes de trognes : le têtard, la ragosse, le candélabre, la cépée… Toutes ces formes sont le résultat d’une technique d’exploitation des arbres qui consiste à tailler les troncs tous les 12-15 ans, plus ou moins à la même hauteur, pour provoquer le développement de rejets valorisés en bois de chauffage, en fourrage et autres poteaux, perches, piquets… En forêt de Hattisheim, toutes sortes d’essences ont été conduites de la sorte : saule, cormier, charme, frêne, aulne, peuplier, orme, et même chêne. Qu’est ce qui explique l’attrait des Geispolsheimois pour cette technique de taille ? La taille importante de la commune, justement, avance Jean-Marc Edel : « 400 maison, ça fait 400 foyers à alimenter, pour chauffer la pièce principale, mais aussi pour s’alimenter. Autrefois le bois était la ressource d’énergie principale pour cuisiner, cuire le pain, et chauffer la nourriture, été comme hiver. »

« Une filouterie de paysans »

Claude Hoh, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace, souligne que cette pratique est très ancienne. « La trace la plus ancienne de la conduite en têtard a été trouvée en Angleterre, sous la forme d’un arbre fossilisé, vieux de quelque 5 000 ans. » Cette pratique aurait été inspirée aux hommes par la nature. « Après un coup de foudre, une avalanche, les arbres reforment une couronne. C’est probablement partant de ce constat que les hommes ont élaboré cette technique de production de bois », poursuit Claude Hoh, qui évoque aussi « une filouterie de paysans ». En effet, au Moyen Âge, les arbres étaient propriétés des seigneurs, les paysans ne pouvaient en récolter que les fruits, le bois. En les taillant en têtard, ils pouvaient récolter du bois, sans toucher au tronc.

Sous l’ère de l’énergie pas chère, la pratique du trognage s’est perdue. Jean-Marc Edel fait partie de ceux qui ont continué à entretenir la forêt en allant y récolter du bois. Il se souvient ainsi d’avoir récolté 11 perches partant d’un seul tronc de peuplier. Résultat : 27 stères de bois. Soit un ratio énergie dépensée sur énergie récoltée assez intéressant ! En outre, lorsque les arbres têtards ne sont pas entretenus, le tronc fini par céder sous le poids de la couronne. « En Alsace Bossue, en Moselle, les trois quarts des arbres têtard sont éclatés », estime Claude Hoh.

Rénover des arbres patrimoniaux

Pour étêter les arbres têtard, différentes techniques sont envisageables. À l’ancienne, avec un harnais et une tronçonneuse, avec une abatteuse, avec un woodcracker, sorte de sécateur géant… Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients. Mais elles ont toutes un coût. Aussi, pour entretenir cette pratique et rénover ces arbres, et conserver ce patrimoine, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) propose une aide modulable selon si elle est souscrite par une collectivité ou un propriétaire privé, selon si la taille est mécanisée ou non. « L’objectif est d’avoir la couronne bord de route à 0 €», résume Claude Hoh. Reste que la récolte des arbres têtards constitue un chantier assez dangereux, qu’il est plus prudent de confier à des professionnels, comme des élagueurs.

 

Dans sa carrière Claude Hoh a organisé plusieurs chantiers d’étêtage de trogne qui lui permettent d’attester de la bonne reprise des arbres étêtés dans la majorité des cas. Toute personne intéressée pour la réalisation de chantiers ou de tests, est invitée à contacter Agathe Baechel au 06 18 49 98 74.

Autonomie énergétique des territoires

Des opportunités à saisir

Vie professionnelle

Publié le 01/12/2022


La crise énergétique actuelle met en lumière la fragilité d’une économie dépendante aux énergies, y compris le modèle agricole. Déjà, des productions sont menacées. Les endives par exemple. D’autres pourraient suivre, notamment quand il faut du froid, du séchage… Le maïs alsacien, fleuron de l’agriculture régionale, est donc concerné, a introduit Franck Sander, vice-président de la CAA.

Interrogé sur les leviers à actionner pour maîtriser les coûts d’approvisionnement en électricité, Jean-François Carpentier, directeur régional Grand Est d’Engie, a tenu à préciser que si « les prix de l’électricité et du gaz sont élevés, c’est que nous manquons d’outils de production » et que « c’est structurel ». De manière plus conjoncturelle, la très grande volatilité des prix doit amener à la plus grande prudence. Il préconise donc de ne conclure que des contrats courts, de faire appel à des experts qui adapteront la stratégie au profil, et de « se regrouper pour réduire les coûts de commercialisation quand c’est possible, car cela peut aussi donner accès à des offres ».

La situation actuelle va sans aucun doute provoquer un boom de la demande pour l’énergie produite localement. Mais tant que l’offre et la demande ne sont pas structurées, Franck Sander a incité à aller avec précautions vers des solutions de vente type gré à gré. « Mieux vaut attendre d’avoir un pool de consommateurs bien identifiés, et que la massification de l’achat et de la revente sécurise ces relations. » D’autant que l’essor de ce type de relation va demander une adaptation des réseaux, a indiqué Vincent Maurer, délégué territorial Alsace pour Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité. En outre, Jean-François Carpentier a rendu attentif au fait que, dans les ventes au gré à gré - qui pour l’heure ne concernent que l’électricité - « le producteur doit garantir la fourniture d’électricité au client ». Quelques panneaux photovoltaïques ne suffisent donc pas, d’où l’intérêt de regrouper les fournisseurs d’énergie, et les ressources exploitées, par exemple en mixant photovoltaïque et éolien, ou hydraulique.

 

Le monde agricole ne doit pas devenir un simple apporteur

Si l’alimentation doit rester la mission première de l’agriculture, Franck Sander a appelé à la mobilisation sur les sujets énergétiques pour à la fois « ne pas se faire doubler », et « disposer de modèles économiques qui soient adaptés aux enjeux agricoles ». Car « quand le monde agricole investit, il doit rester majoritaire et partie prenante dans les décisions. Il ne doit pas devenir un simple apporteur ». « Du photovoltaïque au sol, il s’en fera, mieux vaut que ce soit avec nous que sans nous. À nous aussi de veiller à ce que les terres agricoles soient préservées. »

Sur l’agrivoltaïsme, qui doit permettre de coupler productions agricoles et d’énergie renouvelable, une charte a été portée localement afin de poser des limites tant sur la forme que sur la localisation de ces ouvrages. Le dossier est à l’étude en Commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), a informé Franck Sander. La ligne de conduite est la même sur la méthanisation : « Nous prônons des cultures dédiées, déclarées comme telles à la Pac, afin d’éviter que des cultures alimentaires n’alimentent les méthaniseurs plutôt que les hommes ou le bétail. »

Session de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA)

L’énergie, entre menace et opportunité

Vie professionnelle

Publié le 01/12/2022


« Le conflit qui oppose l’Ukraine et la Russie met en lumière les conséquences d’une mondialisation qui est certainement allée trop loin », a déclaré Denis Nass, président de la CAA, lors de la session qui s’est tenue le 28 novembre à Schiltigheim. « L’heure est au retour de la notion de souveraineté, de la relocalisation des activités essentielles », a-t-il poursuivi. En premier lieu viennent l’agriculture, l’alimentation, et l’énergie, qui avait été choisie comme thème principal pour cette session. En effet, l’agriculture se situe à la croisée des chemins. « L’agriculture a d’importants besoins énergétiques pour assurer son cycle de production. Elle est donc touchée de plein fouet par la flambée des prix du pétrole, du gaz, de l’électricité, des engrais », a indiqué Denis Nass. Si les prix de vente des productions étaient suffisamment bien orientés pour limiter l’incidence de ces hausses sur le revenu en 2022, l’année 2023 pourrait en revanche, s’avérer très problématique si les hausses ne sont pas répercutées sur les prix de vente. Les agriculteurs peuvent actionner des leviers pour réduire leur facture énergétique, déployer des solutions pour aller vers davantage de sobriété et d’autonomie. Mais dans certaines situations, notamment lorsque les agriculteurs se sont lancés dans la transformation, justement avec la volonté de relocaliser l’alimentation, il y a urgence. Gabrielle Rolli, agricultrice à Bergheim, a témoigné : « Certains agriculteurs ont vu leur facture d’électricité augmenter de 500, voire 800 %. Si rien n’est fait, dans les deux à quatre mois, ils devront arrêter leur activité. À ce tarif-là, ce n’est pas tenable. » René Zimpfer, éleveur de porcs à Soultz, a renchéri : « Il faut 6 à 7 kg d’aliment pour produire un kilo de viande de porc. Or de 2021 à 2022, le prix de l’aliment est passé de 210 à 480 €/t. Ajoutez à cela le coût de l’énergie pour chauffer les maternités. Ce n’est même pas la peine de calculer. À ces niveaux de prix, on peut arrêter. »

Passer à la vitesse supérieure en matière d’énergies renouvelables

Face à cette détresse palpable, il ne faut pas perdre de vue l’autre face de la problématique, qui est que, face au changement climatique et à la décarbonation qui s’enclenche pour enrayer le phénomène, l’agriculture a des cartes à jouer. « L’agriculture constitue une opportunité pour développer des solutions de stockage de carbone et de production d’énergies, renouvelables et locales », a souligné Denis Nass. Déjà, de nombreux agriculteurs se sont emparés de la production d’énergies vertes par la méthanisation, le photovoltaïque… Mais les objectifs visés par l’État sont ambitieux, et « les différents acteurs vont clairement devoir passer à la vitesse supérieure ».

Quant au risque de compétition entre production alimentaire et d’énergie, le président l’écarte pour la méthanisation : « Les complémentarités sont nombreuses. N’en faisons pas un sujet de polémique, mais travaillons collectivement pour optimiser nos systèmes de production. » Pour le photovoltaïque au sol par contre, la vigilance est de mise : « Il faut des règles claires et des instruments juridiques efficaces pour éviter que les terres à vocation agricole ne deviennent des champs d’énergie solaire. Nous avons encore de nombreuses toitures agricoles qui peuvent accueillir des centrales photovoltaïques. » Il s’agit donc d’investir en priorité ces champs d’action, en levant les obstacles d’accès au réseau, en en profitant pour désamianter des bâtiments anciens, ou encore pour installer des systèmes de récupération d’eau de pluie… Sur l’agrivoltaïsme, qui doit permettre de combiner production agricole et d’énergie sur une même surface, Denis Nass, a rappelé qu’une charte a été travaillée « afin d’avoir une grille de lecture objective sur le caractère agricole de ces projets ».

Enfin, Denis Nass a souligné que ces projets gagneront à s’inscrire dans leur territoire, à l’image des circuits courts de l’alimentation : « Autoconsommation individuelle collective, approvisionnement en GNR de flottes de véhicules d’entreprises ou de collectivité constituent de superbes défis à relever pour les agriculteurs de nos territoires. » Pour jeter les fondations de cette centrale à énergie verte et locale, une table ronde a réuni plusieurs experts de la question.

Solaal Grand Est

Les pommes de la solidarité

Vie professionnelle

Publié le 30/11/2022


« Quand j’ai commencé à m’investir dans Solaal, je ne me rendais pas compte qu’il y avait tant de gens qui souffraient de la faim en France. Pour moi, c’était plutôt une problématique de pays en voie de développement », confie Paul Schiellein, membre et ambassadeur de Solaal Grand Est. Pourtant, la précarité alimentaire concerne bien la France. En effet, l’inflation actuelle pousse de plus en plus de personnes en situation précaire à se tourner vers les associations d’aide alimentaire pour se nourrir. Patrick Gruber, président des Restos du cœur du Bas-Rhin, témoigne de cette tendance : « Depuis le mois d’avril, la fréquentation de nos centres a augmenté de 15 %. » Forcément, la fourniture en denrées alimentaires peine à suivre, d’autant que la ramasse en supermarchés a diminué ces dernières années, du fait de la généralisation des rayons « dates courtes », et d’applications type Too Good To Go.

 

Dans ce contexte, le rôle de l’association Solaal Grand Est, créée il y a un an et demi, prend tout son sens. L’association se situe à l’interface entre le monde agricole et les associations d’aide alimentaire. « Nous sommes des logisticiens, des créateurs de lien », résume Luc Barbier président de Solaal Grand Est. D’un côté il y a des associations comme la Banque alimentaire, les Restos du cœur, le Secours populaire… De l’autre des producteurs de denrées agricoles, qu’elles soient brutes ou transformées. Fruits, légumes, produits laitiers, carnés… Solaal Grand Est est en capacité d’organiser le don de toutes sortes de denrées. Et grâce à un intense travail de communication mené auprès du monde agricole, associatif, sans oublier les industries agroalimentaires, son activité monte régulièrement en puissance : « Entre 2013 et 2020, Solaal a récolté 135 t de denrées dans le Grand Est. Sur la seule année 2021 nous sommes passés à 185 t, chiffre que nous avons d’ores et déjà dépassé en 2022, avec 200 t de dons collectés », pointe Luc Barbier. À ce jour, en Alsace, Solaal a surtout collecté des pommes de terre, courgettes, fraises… « Il s’agit de produits nobles, dont la production respecte les règles sanitaires en vigueur », souligne Luc Barbier.

Éviter le gaspillage alimentaire

En atteste le don que Rudy Hecky, arboriculteur et président d’Alsace Fruits, a fait au bénéfice des Restos du cœur du Bas-Rhin. Chaque année la société commercialise 5 000 t de fruits, dont 10 à 25 % d’écarts de tri. Ce sont des pommes parfaitement propres à la consommation, mais qui présentent des « défauts » que les GMS n’acceptent pas dans leurs rayons. Une petite tâche, et la pomme est écartée, mais pas jetée. « En général, ces pommes sont vendues à des industriels qui les transforment en jus ou en compote », explique Rudy Hecky. Cette année, la sécheresse a d’ailleurs eu pour effet d’augmenter la part des écarts de tri, qui frôle les 20 % de la production, à cause de la mâchure. Rudy Hecky a fait le choix de réserver 3 t de ces pommes issues des écarts de tri pour les donner à Solaal Grand Est. Il constate : « Lorsque le prix qu’on perçoit est faible, c’est plus facile de donner. » D’autant que ce geste lui permettra de bénéficier d’une réduction d’impôt, mais pas seulement. « Passer par Solaal pour valoriser des invendus participe aussi de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) des entreprises agricoles et agroalimentaires. Un indicateur qui va devenir de plus en plus important, par exemple pour accéder à des financements », indique Luc Barbier.

 

 

Alors que les pommes sont chargées dans le camion aux couleurs des Restos du cœur, Paul Schiellein, constate : « Devoir jeter des denrées, pour un producteur, c’est toujours une blessure ». Alors Solaal poursuit sa quête de donateurs pour assurer la valorisation de toutes les denrées agricoles et réduire le gaspillage alimentaire. Les volailles Siebert devraient bientôt rejoindre les rangs de l’association.

 

 

Avec la CAAA et Distel

Prendre de la hauteur oui, mais en sécurité

Vie professionnelle

Publié le 28/11/2022


Après trois années d’interruption de cette réunion, les organisateurs ont souhaité lui donner une dimension pratique en invitant les délégués et administrateurs de la CAAA à une formation sur les risques liés aux travaux en hauteur au sein du centre de formation Distel à Brumath.

Le président de la CAAA, Denis Ramspacher, a accueilli les participants en les remerciant pour leur engagement. « Après 133 ans d’existence, la Caisse se porte bien. » Les charges sont en hausse malgré une diminution du nombre de déclarations d’accidents et de maladies professionnelles, en lien avec la gravité des accidents. Le niveau du taux des cotisations foncières a été maintenu pour 2022 après deux années de baisse. Le résultat de l’exercice devrait donc être équilibré. « Nos actions de prévention doivent être maintenues et renforcées afin de limiter le nombre et la gravité des accidents et maladies professionnelles », a poursuivi le président. En effet, si les actions menées portent leurs fruits, les accidents et maladies professionnelles qui subsistent sont toujours trop nombreux. En 2022, cinq accidents mortels sont survenus dans le périmètre d’action de la Caisse. « Le nombre de décès accidentels, ainsi que la diversité des situations, nous obligent à rester humbles et exigeants en matière de prévention », a constaté Denis Ramspacher.

Autre point noir de l’année 2022 : les chutes de hauteur représentent en moyenne 10 % des accidents enregistrés. Elles concernent aussi bien les salariés que les chefs d’exploitation, et ont souvent des conséquences graves. Ce risque s’inscrivant dans les axes prioritaires du plan Santé sécurité au travail 2021-2025, « il nous a paru intéressant de mettre un coup de projecteur sur les aspects techniques et réglementaires de ce risque à l’origine de tant d’accidents dans nos entreprises agricoles », a déclaré Denis Ramspacher. Le centre de formation Distel a donc été privatisé le temps d’une matinée. Et les délégués ont pu y découvrir des moyens de prévention des chutes de hauteur par le biais d’ateliers pratiques animés par les formateurs de Distel et les conseillers en prévention de la CAAA.

30 minutes d’espérance de vie dans un harnais

L’un de ces ateliers concernait plus particulièrement le port du harnais. Certes, cet équipement sécurise les opérateurs, mais encore faut-il savoir l’utiliser. « Ne gardez rien dans vos poches », explique par exemple le formateur. Car, en cas de chute, ce qui se trouve dans les poches peut blesser l’opérateur. « Travaillez toujours à deux », poursuit-il. En effet, une fois suspendu dans le vide, on ne fait plus grand-chose. Pour le prouver, les animateurs de Distel suspendent un à un les délégués de la CAAA à une potence. Même les plus grands gaillards se trouvent complètement démunis. Il est d’autant plus important d’être à deux que, si le port du harnais empêche de s’écraser au sol en cas de chute, il ne sauve pas forcément la vie. « L’espérance de vie dans un harnais, c’est trente minutes. En effet, les artères fémorales sont comprimées, et le sang se charge en toxines », prévient le formateur. Une fois équipés en casque - avec sangle jugulaire - et harnais, les délégués sont invités à effectuer un parcours en hauteur façon accrobranche. Les animateurs de Distel distillent des conseils : « Pour monter à une échelle, mieux vaut se tenir aux barreaux qu’aux montants, la prise est meilleure et permet de mieux se rattraper en cas de déséquilibre. »

Dans un autre atelier, les délégués sont invités à se munir d’un casque de réalité virtuelle. Leur mission : aller changer une ampoule défectueuse suspendue au plafond d’une étable. Pour ce faire, ils montent, virtuellement, sur une palette qu’un chariot élévateur érige au gré de leurs indications. Quasiment tout le monde fini les quatre fers en l’air ! Et l’ampoule continue de clignoter dans le vide…

Les agriculteurs montent et descendent de leur tracteur des dizaines de fois par jour. Une action qui semble anodine tant elle est répétitive, mais qui en fait ne l’est pas du tout pour les articulations, surtout lorsqu’on saute pour gagner du temps. La preuve avec cette plateforme équipée d’une balance, sur laquelle les délégués sont invités à descendre depuis un escabeau. Qu’ils marchent ou qu’ils sautent, le poids est facilement multiplié par trois ! « Ce qui joue aussi beaucoup, c’est de bien utiliser la dernière marche », glisse Denis Litt, conseiller en prévention à la CAAA. Les délégués réagissent. Si les tracteurs sont bien conçus, avec les télescopiques, impossible de se retourner pour descendre dos au vide, et la dernière marche est souvent très haute.

Savoir s’arrêter

Pour éviter les chutes de hauteur, une possibilité consiste à louer une nacelle. « Pourquoi ne pas réserver tous les travaux à faire en hauteur et les programmer un jour où on loue une nacelle ? » suggère Denis Litt, qui encourage les agriculteurs à au moins faire un devis en ligne, pour voir combien ça coûte, et envisager cette possibilité. En effet, une chute de hauteur peut avoir de lourdes conséquences. Denis Litt rapporte le cas d’un agriculteur dont toute l’exploitation a dû être réadaptée pour qu’il puisse reprendre le travail après un tel accident. Les nacelles peuvent sauver des vies, à condition d’être bien utilisées. Or, le Certificat d’aptitude à la conduite d’engins en sécurité (Caces) n’est pas une obligation mais une recommandation, soulignent les formateurs Distel, qui rapportent néanmoins recevoir de plus en plus d’employeurs en formation : « Ils souhaitent être formés au même titre que leurs salariés. »

« Avec l’augmentation de la taille des exploitations, il y a de plus en plus de travail, et certains agriculteurs ont du mal à s’arrêter », note Denis Litt. Mais, même si la profession d’agriculteur est « un métier passion », il faut se poser certaines questions : « Quand s’arrête ma journée de travail ? Est-il normal que mon travail ne soit plus rémunéré à partir d’un certain temps passé ? Est-il normal de perdre un bras à cause d’un accident qui a eu lieu à 19 h ? »

 

Twistaroma

Le sens des arômes décrypté

Technique

Publié le 24/11/2022


Telle une alvéole au sein d’une ruche, le laboratoire Twistaroma a ses locaux au sein de l’École supérieure de biotechnologie de Strasbourg (ESBS), elle-même située au cœur du parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden. Sur quelques mètres carrés, l’équipe de huit personnes est un concentré de matière grise, de savoir-faire et de technologies. Leur spécialité : décortiquer les composés volatils, responsables des arômes, de tous types de matières premières, avec des applications en agroalimentaire, cosmétique ou encore pharmacie et médecine.

Solène Dubs, ingénieure en phytochimie analytique, membre de l’équipe de Twistaroma depuis 2021, procède au tour du propriétaire. « Ici, vous avez un GC-ToF-MS ». Comprendre un chromatographe en phase gazeuse (GC), couplé à un spectromètre de masse (MS). Le premier permet de séparer les molécules en les faisant passer dans une colonne. Le second de les identifier en les fragmentant. Particularité de cet outil, il est couplé à un olfactomètre : « Nous pouvons donc d’une part, identifier une molécule grâce au spectromètre. Et de l’autre, lui attribuer une odeur. Cela nous permet de dire quelle molécule est responsable de quelle odeur dans un produit », explique Solène Dubs. Sentir une odeur, c’est une chose. Mettre un mot dessus en est une autre, et cela nécessite un certain entraînement, précise l’ingénieure. De l’autre côté de la paillasse trône un autre GC-MS, cette fois couplé à un appareil qui permet de détecter les thiols. « Ce sont des molécules très difficiles à détecter, car elles sont très vite oxydées et dégradées. Or, elles sont intéressantes car elles apportent des arômes particuliers, notamment dans le vin et la bière ».

Twister les arômes avant de les analyser

Mais avant de pouvoir analyser les échantillons, il faut les préparer. « Nous travaillons beaucoup avec des twister, qui ont donné le nom à l’entreprise », raconte Solène Dubs, en s’emparant d’un petit tube contenant un barreau métallique encore plus petit : c'est un twister. Celui-ci comporte une phase qui lui permet d’adsorber les molécules volatiles. Dès lors, il suffit de le plonger dans la matière à analyser pour qu’il se charge des molécules qu’elle contient. Celles-ci sont ensuite chauffées, pour qu’elles se désorbent du twister, puis à nouveau refroidies pour qu’elles se fixent à l’entrée de la colonne du GC, dans laquelle elles migrent en fonction de leur point d’ébullition, portées par de l’hélium.

Parmi les matières analysées par Twistaromara, le houblon figure en bonne place. En effet, le laboratoire travaille depuis sa création à la caractérisation des arômes des houblons alsaciens avec le Comptoir agricole. Une collaboration qui a donné lieu à des publications scientifiques, et qui a permis d’affiner les connaissances sur cette plante emblématique du terroir alsacien. Ainsi, Twistaroma a participé à l’établissement de la carte d’identité aromatique de différentes variétés de houblon, et à la création d’une base de données qui référence près de 400 molécules. À ce jour, les profils aromatiques de quelque 150 variétés de houblon ont été analysés, d’abord sur du houblon pur, puis dans des minibières.

 

Du matériel petit mais costaud

En effet, l’élaboration de la bière fait intervenir différentes étapes (brassage, fermentation…) susceptibles de faire évoluer les arômes des houblons. Pour mieux connaître comment les composés aromatiques du houblon évoluent dans les bières, Solène Dubs a imaginé et créé une plateforme de minibrassage et de minifermentation, baptisée Ambers (pour Automated Mini Beers Screener), qui repose sur un passeur d’échantillon modifié. Toutes les étapes du brassage sont respectées, mais à plus petite échelle : les tubes contiennent 3 g de malt, 5 ml d’eau, 20 mg de houblon, 0,5 g/l de levure… Durant l’étape de fermentation, les tubes sont régulièrement pesés et du CO2 est prélevé. Une opération qui vise non seulement à éviter que les tubes explosent sous la pression du gaz, mais aussi à vérifier que la fermentation a bien lieu, et à détecter le plateau d’émission de CO2, qui signe sa fin. Des twister sont ensuite déposés dans chaque minibière afin d’en capter les arômes et de les analyser par GC-ToF-MS. Enfin, les résultats obtenus subissent une analyse statistique pour s’assurer de leur robustesse.

Une étude pilote a été menée pour étudier l’effet de cinq variétés de houblon sur les bières obtenues, tous autres paramètres égaux par ailleurs. Les résultats obtenus permettent d’affirmer que 86 composés sont présents à des teneurs significativement différentes entre les bières, et que certains sont très liés à la variété de houblon utilisé. Ainsi, le Butyl 2-methylbutanoate est retrouvé significativement en plus grande quantité dans les bières brassées avec la variété de houblon Barbe Rouge. Les résultats ont aussi été soumis à une analyse en composantes principales (ACP), qui a permis de clustériser les minibières par groupe de similitudes de profils aromatiques. Des travaux qui ont permis de démontrer que les variétés peuvent être séparées en fonction de leur pays d’origine, qu’Aramis et Strisselspalt sont proches... Enfin, les liens entre des caractéristiques aromatiques et physiologiques ont pu être mis en évidence. Ainsi, les variétés riches en sélinènes présentent une bonne tolérance au mildiou et à l’oïdium.

Des applications en viticulture

« Ces travaux menés en partenariat avec le Comptoir agricole ont fait preuve de concept. Ils ont permis de démontrer que les outils et les méthodes de Twistaroma fonctionnent », souligne Damien Steyer, fondateur de l’entreprise. En effet, en manipulant quelques millilitres de bière et milligrammes de houblon, il a été possible d’établir que les variétés de houblon présentent des profils aromatiques différents, et qu’ils évoluent au cours des processus de brassage et de fermentation : des molécules sont similaires, d’autres sont modifiées, si bien que les signatures olfactives des variétés de houblon évoluent entre du houblon brut et dans la bière.

Une fois le concept validé, les travaux vont se poursuivre. Il s’agit de vérifier que les résultats obtenus en version miniature se vérifient à plus grande échelle, en répétant ces analyses sur de plus grands volumes de bière. De réaliser les mêmes analyses sur quelque 150 variétés de houblons avec pour objectif d’identifier les marqueurs génétiques des composés aromatiques afin d’accélérer la sélection de nouvelles variétés de houblon. En outre, les autres paramètres qui influencent les arômes de la bière (types de malt, souches de levure, températures et durées de brassage…) peuvent également faire l’objet d’investigations. Enfin, d’autres produits peuvent être passés au crible des appareils de pointe, notamment le vin, pointe Damien Steyer, également docteur en sciences de la vie, et dont la thèse portait sur les arômes du vin. Il est en effet possible d’investiguer l’effet des cépages, des millésimes, des levures, des terroirs et notamment des types de sols sur les profils aromatiques des vins.

Cultures d'hiver

En avance toutes

Technique

Publié le 23/11/2022


Après un été sans eau et très chaud, le retour des pluies en automne, accompagnées de températures qui sont restées douces, s’est traduit par une pousse vigoureuse des cultures d’hiver. « Les colzas ont bien poussé. Mais la douceur est aussi favorable aux insectes, principalement des altises et des charançons du bourgeon terminal », pose Jean-Louis Galais, responsable de l’équipe grandes cultures à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). Les conditions météorologiques ont un double effet, favorable au développement des plantes et à la persistance des insectes ravageurs. « La question est de savoir qui va gagner », poursuit le conseiller, qui est plutôt confiant sur l’issue du combat qui oppose le colza à ses ravageurs. En effet, les colzas ont l’avantage de leur développement, qui réduit d’autant la nuisibilité des insectes. Ils bénéficient aussi des soins des agriculteurs : « La plupart des colzas ont fait l’objet d’une protection. » L’arrivée de conditions plus hivernales sur des colzas aussi développés peut-elle être préjudiciable ? Pas vraiment, estime Jean-Louis Galais. « Il y a un peu d’élongations, donc un risque de perdre ces tiges qui deviennent sensibles au gel en cas de froid. Mais comme les colzas sont bien implantés, ils pourront compenser sans soucis en mettant en place des ramifications. » Ces conditions automnales poussantes devraient aussi avoir un impact positif sur la fertilisation : « Plus les colzas sont développés, plus ils ont absorbé d’azote et donc moins il y en aura à apporter au printemps. » Et, même s’il gèle et qu’il y a des pertes de feuilles, « la moitié de l’azote contenu dans les feuilles gelées serait remise à disposition de la culture ».

Des blés très tallés

Alors que les semis de céréales d’hiver s’achèvent, les plantes issues des semis les plus précoces sont déjà bien développées. Comme pour les colzas, les ravageurs ont également profité des conditions climatiques. Des pucerons, potentiellement vecteurs de jaunisses, ont été observés. « Il y a de plus en plus de variétés d’orges tolérantes et, vu les conditions, la plupart des parcelles ont été protégées. » Le risque d’assister à une flambée de jaunisse est donc limité. Idem pour la septoriose. Les conditions sont peut-être favorables à la constitution d’un inoculum significatif. Mais son expression, ou pas, dépendra des conditions météorologiques en sortie d’hiver.

 

Les levées des céréales d’hiver ont été rapides et régulières. Celles des adventices aussi. Mais « les agriculteurs ont géré, avec des traitements adaptés », rapporte Jean-Louis Galais. « En Alsace, contrairement à d’autres régions, nous sommes quand même rarement en difficulté, il y a toujours une solution à mettre en œuvre », poursuit-il.

Autre caractéristique de ce début de cycle : les blés tallent pas mal. Avec le risque, si l’hiver est clément, d’avoir « de véritables prairies » en sortie d’hiver. À ce moment-là, il faudra freiner les blés, sinon, « ils risquent de ne pas tenir debout, et il n’y a aucun intérêt à favoriser la pousse de tiges qui ne donneront pas grand-chose », pointe Jean-Louis Galais. La stratégie généralement employée pour modérer une végétation exubérante consiste à faire l’impasse sur le premier apport d’azote. Soit à couper l’herbe sous le pied du blé !

Comptoir élevage

Activité et charges en hausse

Élevage

Publié le 10/11/2022


« Une fois de plus, nous allons dresser le bilan d’une année atypique, tant au niveau de l’activité porcine que bovine », introduit Dominique Daul, responsable de la section bovine du groupe élevage du Comptoir agricole. Effectivement, l’exercice 2021-2022 a été marqué par des évolutions sur les marchés « inattendues », ainsi qu’une envolée des charges et des coûts de production, tant pour les éleveurs que pour la coopérative Cloé, qui s’attelle à « gérer au mieux ses coûts de fonctionnement afin de préserver le revenu des éleveurs ».

Du côté des porcins, l’exercice écoulé s’est caractérisé par des prix bien orientés à l’été 2021, jusqu’à 1,70 €/kg, qui sont repartis à la baisse en hiver, comme classiquement sur le marché du porc, pour atteindre 1,45 €/kg. Au mois de mars, ils sont repartis à la hausse, jusqu’à 1,90 €/kg. Une conjoncture favorable donc, mais gâchée par la hausse du prix de l’aliment à partir d’octobre. Après avoir atteint 2,20 €/kg en octobre, les prix sont en train de dégringoler, et les acteurs espèrent une stabilisation. Quelle sera la tendance pour cet hiver ? Les spécialistes des marchés misent sur des cours à 1,70 voire 1,80 €/kg pour les plus optimistes, rapporte Romain Gerussi. Autre caractéristique de cet exercice : une très forte tension sur le marché des porcelets de 8 kg, dont les prix ont presque doublé. Une tension qui pourrait devenir structurelle. Et, surtout, un prix de l’aliment, qui, au mois d’août, avait déjà pris + 40 %, passant d’environ 240 à 400 €/t, soit un impact de + 60 cts/kg de porc charcutier produit. Autrement dit, avant l’inflation, l’aliment représentait environ 50 % des charges des éleveurs, aujourd’hui c’est presque 80 %. D’où l’intérêt de maîtriser ce poste. À noter d’ailleurs que les systèmes avec Fabrique d’aliment à le ferme (Faf) s’avèrent plus résilients que ceux où l’aliment est acheté. L’Alsace, où de nombreux éleveurs sont équipés de telles installations qui leur permettent de valoriser maïs et coproduits, a donc une carte à jouer vis-à-vis d’autres bassins de production moins autonomes.

 

Le cheptel porcin aussi concerné par la décapitalisation

La décapitalisation, phénomène désormais bien identifié en ce qui concerne le cheptel bovin, est aussi en cours pour les porcins. Dans tous les pays producteurs de porcs, le cheptel s’érode, et notamment en Allemagne, car la Peste porcine africaine limite leurs exportations vers les pays tiers. La France est également concernée : en 20 ans, le cheptel de truies a diminué de 30 % en nombre de têtes.

Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 107 000 porcs charcutiers, un résultat en baisse par rapport à l’exercice précédent, mais qui reste le deuxième meilleur résultat depuis la création de Comptoir élevage : « On atteint un plateau, un certain rythme de croisière », commente Romain Gerussi. La collecte des porcelets à destination des ateliers d’engraissement a, elle, significativement progressé, pour atteindre 15 500 porcelets de 8 kg et 6 100 porcelets de 25 kg. Soit au total quelque 128 000 porcins collectés chez 47 apporteurs.

Depuis sa création, Comptoir élevage s’est attelé à la création de filières rémunératrices, pour valoriser au mieux le travail des éleveurs. Sur l’exercice précédent quelque 4 400 porcs ont ainsi bénéficié d’une plus-value et d’un prix minimum. Dernière réussite en date, la création de la filière Porc d’Alsace avec la Maison Adam, filiale du groupe Pierre Schmidt, avec un cahier des charges spécifique. Bientôt, 100 porcs par semaine seront valorisés grâce à cette filière. L’objectif est d’atteindre 200 porcs par semaine mi 2023. « Nous travaillons aussi à ce que davantage d’éleveurs intègrent la filière Label rouge », précise Romain Gerussi.

Le taux de pénétration de Comptoir élevage progresse

Le marché des bovins s’est lui aussi caractérisé par d’importantes fluctuations des cours durant l’exercice précédent. La cotation des vaches laitières (VL) est passée de 2,80 à 4,90 €/kg de carcasse, celle des vaches allaitantes de 3,70 à 5,30 €/kg de carcasse. Mêmes tendances pour les jeunes bovins (JB), avec des cotations JB viande qui sont passées de 3,90 à 5,20 €/kg de carcasse, des JB mixte de 3,55 à 4,90 €/kg de carcasse et de JB lait de 3,30 à 4,90 €/kg de carcasse. Actuellement, ces cours se dégonflent, notamment pour les vaches, rapporte Romain Gerussi. En effet, « il y a des vêlages, des animaux qui sortent et les abatteurs en profitent ». De manière générale, les volumes d’abattage diminuent, et la décapitalisation du troupeau se poursuit.

Dans ce contexte, Comptoir élevage a collecté quelque 15 300 animaux, soit + 17 % depuis la création de la structure. Une activité qui se ventile en presque 10 000 animaux de boucherie - au sein desquels les volumes de génisses augmentent et ceux de JB diminuent - et un peu plus de 5 000 bovins maigres. Une performance à souligner dans un contexte de baisse de la collecte au niveau national, et qui se traduit par une progression du taux de pénétration de Comptoir élevage.

« Face à des cours de plus en plus fluctuants, les années atypiques risquent de devenir la norme. Dans ce contexte, c’est une chance de pouvoir s’appuyer sur une structure stable », a conclu Matthieu Schneider, responsable de la section porcine du groupe élevage du Comptoir agricole.

Voyage d’étude « Eau et agriculture de montagne » à la ferme du Krameterhof en Autriche

Épisode 4 : À la source

Technique

Publié le 10/11/2022


« Les veines d’eau n’existent pas », pose Josef Holzer, en guise d’introduction à ce dernier volet de la formation. « La montagne est pleine d’eau partout, et en trois dimensions. Cette eau souterraine provient des précipitations qui se sont infiltrées et qui se déplacent sous l’effet de la gravité, en suivant des chemins préférentiels, qui dépendent de la constitution du sous-sol, composé de strates plus ou moins étanches, de fissures qui les connectent… » Une source n’est donc pas un point, mais la partie émergée d’un volume d’eau dans la roche, sa résurgence.

« Alors qu’en plaine il suffit de creuser à la bonne profondeur pour trouver de l’eau dans une nappe, en montagne, c’est plus compliqué : l’eau est plus ou moins facile à atteindre en fonction des couches de matériaux », poursuit Josef Holzer. Mais lorsqu’elle affleure à la surface pour former une source, elle est alors relativement facile à trouver, car elle laisse des indices derrière elle : « Sur des millénaires, l’eau qui affleure laisse des traces. » La matière humide étant globalement plus instable que la matière sèche, les sources créent des zones de rupture qui sont particulièrement intéressantes à explorer. Pour les détecter, rien de tel qu’une bonne vieille carte topographique, ou encore les cartes géologiques, qui renseignent sur la nature du sous-sol, l’idéal étant de superposer et croiser ces informations. « C’est souvent à la jonction de couches perméables et imperméables que se nichent les sources », souligne Josef Holzer.

Certaines sources ne sont visibles ni sur une carte, ni même à l’œil nu, comme des cuvettes sur une pente, car elles sont masquées par de la végétation. Mais elles ont un impact sur leur environnement. Il faut éduquer notre œil à les voir. Ainsi, la présence d’eau peut se détecter à une signature végétale, à la présence de fourmilières, dont les habitantes apprécient la stabilité de la température induite par la présence d’eau. En effet, l’eau affiche toujours une température positive, une propriété qui peut aussi être utilisée pour les détecter : c’est à proximité des sources que la neige fond en premier. Aussi, Josef Holzer estime qu’il n’est de loin pas toujours nécessaire de faire appel à un sourcier, « même s’il y en a de très bons », mais « avec un peu de bon sens et d’observation, il est souvent possible de trouver une source soi-même ».

Trouver, caractériser et capter l’eau

Une fois l’eau trouvée, Josef Holzer incite à l’analyser, ce qui passe par la prise de mesures : température, conductivité, dureté, pH… « C’est simple, pas cher, et cela permet de déterminer à quelle sorte d’eau on a affaire, notamment s’il s’agit d’eau superficielle ou souterraine. » La température de l’eau, par exemple, est riche d’enseignements, notamment sur l’origine de l’eau : « Sa température correspond à la température moyenne de l’aire du bassin-versant dont elle est issue. Et plus l’eau rejaillit des profondeurs, plus sa température est proche de cette température moyenne. En outre, plus sa température est constante, plus elle vient des profondeurs. Alors qu’une température fluctuante signe de l’eau de surface, rapidement influençable par la température de l’air extérieur. » Josef Holzer va plus loin : « Si la température de l’eau est inférieure à la moyenne de celle du bassin-versant où elle est captée, c’est qu’elle vient d’un bassin-versant situé en amont, où il fait plus froid ».

L’eau trouvée et analysée, il faut encore savoir la capter. « Les sources sont souvent captées au mauvais endroit, c’est-à-dire là où c’est humide. Il faut la capter dans le sec, car c’est là qu’elle coule : là où c’est humide elle stagne et se mélange au sol. Or pour bénéficier d’une eau pure et propre, il s’agit de capter la source en profondeur, dans un matériau stable. »

Pour illustrer ses propos, Josef Holzer guide le groupe vers une source qui coule à la surface d’une couche imperméable constituée d’argile. « On ne veut pas de cette eau, car c’est de l’eau de ruissellement. Par contre, l’eau située sous cette couche imperméable nous intéresse. C’est donc cette couche qu’il faudrait atteindre en perçant un trou jusqu’à la roche stable. » Pour inciter l’eau à s’écouler du réservoir, il faut ensuite insérer dans la cavité un tuyau de captage, percé à l’image d’un drain, long de parfois plusieurs mètres, et auquel il faut imprimer une légère pente.

Quelques dizaines de mètres plus haut, Josef Holzer s’arrête devant un réservoir de captage, et l’ouvre sur une eau claire qui clapote. Il explique la cheminée d’aération, les deux couvercles, intérieur et extérieur, le tuyau d’évacuation muni d’une crépine, le trop-plein… Il s’agit d’un ouvrage fraîchement réalisé : à proximité, l’herbe repousse à peine. La prochaine étape, purement esthétique, consistera à l’habiller d’un coffrage en bois. Josef Holzer envisage de créer deux captages similaires, et de les faire converger dans un réservoir qui servira à alimenter sa famille. « Le débit obtenu devrait être largement suffisant », estime-t-il. Le trop-plein ira donc alimenter des bassins. Mais il préfère prévenir, et collecter plus d’eau « car ici aussi, il fait de plus en plus sec ».

Symposium du houblon

Une plante pleine d’avenir

Technique

Publié le 04/11/2022


Face à son essor, la filière houblon se structure. Et travaille. Après le plan France houblon, elle s’est emparée des appels à projet Hopstart et Hoplaunch, et œuvre à l’intégration de l’Institut technique du houblon au sein de l’Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles (Iteipmai), afin de doter la filière d’une structure à même de coordonner les différents programmes de recherche. Un rapprochement qui devrait « être opérationnel en 2023 », a annoncé Matthieu Luthier, d’Interhoublon. Le plan France houblon 2035 sert de feuille de route à la filière. Il comporte notamment un important volet génétique, qui vise à poursuivre le travail de sélection variétale amorcé par le Comptoir agricole. L’objectif est d’accélérer ce travail, en profitant du savoir-faire et de la technologie de nouveaux acteurs, comme l’entreprise Secobra, spécialisée dans la sélection d’orges. Autres axes de travail pour la filière : la publication annuelle d’indicateurs, le défrichage de nouveaux modes de production, comme l’agroforesterie, l’agrivoltaïsme, le pastoralisme…

Vers des bières de terroir

Le symposium du houblon a été l’occasion de faire « brainstormer » les participants sur leur vision de la filière à l’horizon 2035 au moyen d’ateliers. Des restitutions de ces ateliers et du débat qui a clôturé le symposium ressortent plusieurs grandes préoccupations :

  • Le changement climatique et ses conséquences dans les houblonnières, avec notamment une volonté de créer des partenariats avec les assureurs, ou des outils de gestion du risque climatique au sein de la filière…
  • Le coût de l’énergie et notamment du séchage, qui peut mettre en péril les exploitations, et donc la filière. D’autant que les brasseurs sont également concernés au plus haut point : « Nous sommes face à un mur énergétique », décrit Magali Filhue, déléguée générale de Brasseur de France, qui a exprimé sa « grande inquiétude, pour les entreprises, mais aussi pour les ménages ».
  • La protection du houblon contre ses agresseurs. Avec, déjà, des débuts de réponse, tant en matière de biocontrôle que de pulvérisation ou encore de sélection variétale.
  • Les débouchés traditionnels. Avec la volonté d’inciter les brasseurs français à acheter davantage de houblon français. Des pistes de travail ont d’ailleurs été identifiées en ce sens. En vrac : développer des variétés qui procurent des goûts nouveaux, des outils d’aide à l’achat, passer d’un marketing de marque à un marketing de terroir, intégrer les formations brassicoles, augmenter le volume de production et la compétitivité du houblon français pour peser face à l’offre extérieure, répondre à la demande des différents types et tailles de brasseries, élaborer des partenariats entre brasseurs et houblonniers pour accompagner des installations, faire valider les nouvelles variétés par les brasseurs, labelliser l’origine du houblon français jusqu’à la région de production, voire jusqu’au producteur. À noter que le secteur de la brasserie française reste dynamique, avec une fermeture de brasserie pour cinq créations, la France reste le premier pays européen en termes de nombre de brasseries qui élaborent une très grande diversité de bières appréciées des consommateurs français.

Diversifier et coordonner

Le déploiement de nouveaux débouchés pour le houblon que ce soit pour les cônes ou les coproduits, serait une source d’agilité bienvenue pour les producteurs car cela contribuerait à pérenniser et stabiliser la filière. Les pistes sont nombreuses et variées, en pharmacopée, cosmétique, biocontrôle, agro-industrie, aromathérapie, industrie textile, fabrication de matériaux… Enfin, ce symposium a été l’occasion de mettre en lumière les travaux de différentes équipes de recherche, dont certains se recoupent. Un constat qui conduit les participants à plaider pour davantage d’échanges entre scientifiques, et entre scientifiques et producteurs, afin de casser un cloisonnement, de mieux valoriser ce que les producteurs peuvent amener à la recherche, notamment en matière d’expérimentations, pour aboutir à une meilleure coordination de la recherche à l’échelle nationale, voire européenne.

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