À Geispolsheim
Une forêt de trognes
À Geispolsheim
Technique
Publié le 08/12/2022
Du village de Hattisheim, il ne reste qu’une chapelle. Les récits sur sa destinée divergent. Mais il semble probable que ce village de bergers, entouré de prés et de forêts, a été décimé par la peste. « Les habitants de Geispolsheim ont enterré les morts, brûlé le village sauf la chapelle, et récupéré les terres », raconte Jean-Marc Edel, ancien agent chargé des espaces naturels au sein du service technique de la commune de Geispolsheim, qui connaît donc la forêt de Hattisheim comme sa poche. Particularité de cette forêt qui s’étend sur 210 ha : elle regorge de trognes, plus connues sous le nom d’arbres têtards.
Les plus connus, car les plus visibles, sont sans doute les saules têtards. Mais il existe toutes sortes de trognes : le têtard, la ragosse, le candélabre, la cépée… Toutes ces formes sont le résultat d’une technique d’exploitation des arbres qui consiste à tailler les troncs tous les 12-15 ans, plus ou moins à la même hauteur, pour provoquer le développement de rejets valorisés en bois de chauffage, en fourrage et autres poteaux, perches, piquets… En forêt de Hattisheim, toutes sortes d’essences ont été conduites de la sorte : saule, cormier, charme, frêne, aulne, peuplier, orme, et même chêne. Qu’est ce qui explique l’attrait des Geispolsheimois pour cette technique de taille ? La taille importante de la commune, justement, avance Jean-Marc Edel : « 400 maison, ça fait 400 foyers à alimenter, pour chauffer la pièce principale, mais aussi pour s’alimenter. Autrefois le bois était la ressource d’énergie principale pour cuisiner, cuire le pain, et chauffer la nourriture, été comme hiver. »
« Une filouterie de paysans »
Claude Hoh, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace, souligne que cette pratique est très ancienne. « La trace la plus ancienne de la conduite en têtard a été trouvée en Angleterre, sous la forme d’un arbre fossilisé, vieux de quelque 5 000 ans. » Cette pratique aurait été inspirée aux hommes par la nature. « Après un coup de foudre, une avalanche, les arbres reforment une couronne. C’est probablement partant de ce constat que les hommes ont élaboré cette technique de production de bois », poursuit Claude Hoh, qui évoque aussi « une filouterie de paysans ». En effet, au Moyen Âge, les arbres étaient propriétés des seigneurs, les paysans ne pouvaient en récolter que les fruits, le bois. En les taillant en têtard, ils pouvaient récolter du bois, sans toucher au tronc.
Sous l’ère de l’énergie pas chère, la pratique du trognage s’est perdue. Jean-Marc Edel fait partie de ceux qui ont continué à entretenir la forêt en allant y récolter du bois. Il se souvient ainsi d’avoir récolté 11 perches partant d’un seul tronc de peuplier. Résultat : 27 stères de bois. Soit un ratio énergie dépensée sur énergie récoltée assez intéressant ! En outre, lorsque les arbres têtards ne sont pas entretenus, le tronc fini par céder sous le poids de la couronne. « En Alsace Bossue, en Moselle, les trois quarts des arbres têtard sont éclatés », estime Claude Hoh.
Rénover des arbres patrimoniaux
Pour étêter les arbres têtard, différentes techniques sont envisageables. À l’ancienne, avec un harnais et une tronçonneuse, avec une abatteuse, avec un woodcracker, sorte de sécateur géant… Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients. Mais elles ont toutes un coût. Aussi, pour entretenir cette pratique et rénover ces arbres, et conserver ce patrimoine, la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) propose une aide modulable selon si elle est souscrite par une collectivité ou un propriétaire privé, selon si la taille est mécanisée ou non. « L’objectif est d’avoir la couronne bord de route à 0 €», résume Claude Hoh. Reste que la récolte des arbres têtards constitue un chantier assez dangereux, qu’il est plus prudent de confier à des professionnels, comme des élagueurs.
Dans sa carrière Claude Hoh a organisé plusieurs chantiers d’étêtage de trogne qui lui permettent d’attester de la bonne reprise des arbres étêtés dans la majorité des cas. Toute personne intéressée pour la réalisation de chantiers ou de tests, est invitée à contacter Agathe Baechel au 06 18 49 98 74.












