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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Ovinpiades des jeunes bergers

Une version covidée allégée

Élevage

Publié le 01/02/2022

Après avoir été repoussée deux fois, puis annulée une fois, la sélection alsacienne pour les ovinpiades des jeunes bergers a finalement eu lieu, suite à l’annonce de la tenue du Salon de l’agriculture, du samedi 26 février au dimanche 6 mars. Mais dans une version allégée : « Une épreuve théorique a permis de réduire le nombre de candidats à 52. Il n’y a pas eu de journée d’entraînement. Nous avons limité le nombre d’épreuves à trois au lieu de six. Il n’y a pas de remise officielle des diplômes… », décrit Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture d’Alsace.

 

 

 

 

Mercredi 26 janvier, les candidats, des élèves issus des classes de bac pro des lycées agricoles d’Obernai et de Rouffach ainsi que des apprentis du CFA d’Obernai, se présentent établissement par établissement et classe par classe dans un bâtiment annexe de la bergerie flambant neuve de Virginie Ebner. Une autre conséquence des reports répétés de l’événement : « Il a fallu trouver un élevage avec des animaux disponibles pour être manipulés. C’est-à-dire pas en état de gestation avancée, pas en pleine période d’agnelage… », indique Jean-Pierre Saulet-Moes. Virginie Ebner a bien voulu mettre quelques animaux à disposition. Mais, pour préserver la tranquillité du plus grand nombre, elle a préféré cette option. Résultat : les épreuves se déroulent dans la pénombre. Et, en fin de journée, il faut sortir un projecteur pour que les candidats puissent procéder à l’épreuve du parage d’onglons dans de bonnes conditions.

 

 

 

Des éleveurs pour jurés

Le principe de cette épreuve est simple : Les candidats ont huit minutes maximum pour parer les quatre onglons d’une brebis, sous l’œil attentif de Simon Maier, éleveur au sein du Gaec de l’Eichmatt à Bassemberg. Il apprécie à la fois la qualité du rendu final (propreté, correction des aplombs…) et la technique des candidats. « Je veille à comment ils positionnent leurs mains, pour ne pas se blesser, ni la brebis », précise-t-il.

À quelques pas de là, Yvan Stoffel, en cours d’installation à Rosenwiller près de Dettwiler, surveille l’épreuve de notation de l’état corporel. Cette fois, les candidats doivent attraper trois brebis et donner pour chacune une note d’état corporel. L’éleveur note à la fois leur aptitude à attraper et bloquer l’animal sans lui faire mal, et leur technique d’analyse de son état corporel. En le palpant sur le dos, le long de la colonne vertébrale, ils doivent lui attribuer une note, comprise entre 0 et 5. « À 0 l’animal est squelettique, à 5, il est obèse ! Dans la pratique, ces deux notes extrêmes ne sont pas observées dans les élevages. Une brebis peut être à 1,5 après la mise bas. Elle doit être à 2,5 pour la mise à la lutte », indique Yvan Stoffel. « Les éleveurs évaluent régulièrement l’état des brebis, notamment afin d’adapter les rations. Mais c’est surtout pour déterminer quels agneaux sont prêts à partir à l’abattoir que la technique est utilisée. Car s’ils ne correspondent pas aux critères des acheteurs, ils sont déclassés, donc, moins bien rémunérés », précise le jeune éleveur, qui a lui même participé aux ovinpiades en 2018 :

 

 

 

 

Une paupière qui en dit long

Louis Frischinger, éleveur de quelque 380 brebis à Tagsdorf, dans le Sundgau, et entrepreneur de travaux agricoles questionne les candidats à l’épreuve de notation de l’état de santé. « Comment peut-on évaluer l’état de santé d’une brebis ? » La réponse est à la fois simple et compliquée. La couleur de la troisième paupière de l’animal est un bon indicateur. Blanche : la brebis est anémiée, c’est-à-dire qu’elle manque de fer, ce qui peut être dû à un problème parasitaire ou alimentaire. Rouge : l’animal souffre d’une infection, ou d’une acidose. Jaune : le mouton souffre d’un problème de foie, qui peut être lié à la douve du foie, à l’ingurgitation d’une plante toxique, à un excès de cuivre. Bleu : l’animal est en hypoxie. Vert : « ça n’existe pas ! », tente de piéger Louis Frischinger. Avant de préciser que la bonne couleur de cette fameuse paupière est rose. Pour être plus précis dans son diagnostic, l’éleveur doit recouper les informations. Notamment avec l’état de la dentition. « L’écartement et l’usure des dents renseignent sur l’âge de la brebis », indique Louis Frischinger. Les mamelles doivent être inspectées afin de détecter mammites, infections, ou abcès. Tout comme les pattes, afin de vérifier la qualité des aplombs, et si l’animal ne souffre pas d’affections type piétin, panaris, fourchet, granulome, dermatite… La présence de diarrhée doit être notée, de 0 à 2. Elle peut signer un problème alimentaire ou parasitaire. Enfin, la prise de température est impérative. « Elle doit être comprise entre 36 et 40 °C. En dessous c’est l’hypothermie. Au-dessus l’hyperthermie. La température idéale se situe entre 38,5 et 39 °C », indique Louis Frischinger. Celui qui est aujourd’hui juré s’est lui-même distingué aux ovinpiades des jeunes bergers à deux reprises. Une première fois en 2016, dans le Bas-Rhin, où il s’est classé deuxième. Et une seconde fois en 2018, en Franche-Comté , où il s’est classé premier. Lors de la finale nationale de la même année il avait atteint la seconde place sur le podium. « Depuis, je suis juge à Paris », sourit Louis Frischinger, qui apprécie autant l’exercice professionnel que l’ambiance !

Au final, cette édition, était « plus fade, moins conviviale que les précédentes », constate Jean-Pierre Saulet-Moes. Mais l’épreuve a eu lieu, malgré les restrictions, et ce n’était pas gagné. Alors, les élèves qui ont pu concourir ont fait bonne figure, et ont participé dans la bonne humeur. Les deux gagnants, Pierre Stoffel et Océane Monnier, tous deux élève au lycée agricole d’Obernai, iront représenter l’Alsace à la finale nationale des ovinpiades, au Salon international de l’agriculture à Paris.

Béton végétal projeté

La construction se met au bio

Pratique

Publié le 28/01/2022

Dans le chanvre, tout est bon. De ses inflorescences peuvent être tirées les graines, valorisables en alimentation humaines, qu’elles soient décortiquées ou pressées pour en extraire l’huile. Certaines variétés ont été sélectionnées pour leur richesse en CBD, dont les dérivés fleurissent un peu partout. De sa partie végétative, il est possible d’obtenir deux produits, la fibre et la chènevotte. La première, qui représente 40 % du volume, peut être utilisée dans l’industrie textile, l’impression 3D, la construction. La seconde, qui correspond aux 60 % restants, est valorisée sous forme de paillage, comme composant d’isolants, dans le secteur de la construction…

La chènevotte est notamment utilisée pour l’élaboration du béton de chanvre, dans lequel elle est mélangée à de la chaux et de l’eau pour obtenir un béton affichant d’excellentes propriétés isolantes doublées d’une très bonne perspirance (capacité d’un matériau à laisser l’eau transiter et à être évacuée), « ce qui écarte les problèmes d’infiltration et évite l’effet sarcophage », explique Frank Brua, président d’Akta Grand Est, société qui œuvre au développement de matériaux biosourcés. Autres atouts du béton de chanvre : il est résistant au feu, présente un effet répulsif contre les rongeurs, une bonne isolation acoustique et engendre peu de ponts thermiques. « Avec le chanvre, les calories sont évacuées de manière naturelle, donc pas besoin de VMC », poursuit Frank Brua. Le béton de chanvre procure donc un excellent confort d’hiver et d’été : « Au Koweït, par des températures extérieures de 39 °C, des températures intérieures de 23 °C ont été enregistrées à l’intérieur d’un bâtiment en béton de chanvre, sans VMC ni autres ventilateurs », avance Frank Brua.

Gain de temps, de main-d’œuvre, d’eau

Depuis deux ans, l’entreprise Akta fait la promotion d’un procédé qui vise à projeter du béton végétal, généralement à base de chaux et de chanvre, sur les murs des bâtiments à isoler. Le concept a été développé par Laurent Goudet, actuel PDG d’Akta BVP, qui a auparavant œuvré durant 25 ans dans le domaine de la rénovation du bâti ancien. Il a assisté au retour du chanvre comme matériau pour réaliser des enduits, des isolants, à partir des années 1990. Avec un constat : « Sans mécanisation des chantiers, l’utilisation du béton de chanvre n’est pas rentable ». Il a donc créé l’association Construire en chanvre. Objectifs : mieux connaître le matériau, participer à l’élaboration de la réglementation qui encadre son utilisation, former les entreprises du bâtiment à son utilisation, en faire la promotion…

En outre, il a conçu et développé l’outil VG-Mix®, breveté, dont la technologie repose sur la projection par voie sèche du béton végétal. « Cinq unités fonctionnent dans le monde, dont trois en France, une en Allemagne, et une aux États-Unis », précise-t-il. Le principe de fonctionnement repose sur une centrale à béton, qui dose le granulat (chènevotte, miscanthus) et le liant (argile, chaux, terre). Une fois mélangés, ils sont transportés sans eau. Mais, au moment d’être projeté, le mélange passe au travers d’un brouillard d’eau au moyen de cinq injecteurs situés au bout d’une lance. Cela permet de l’hydrater et d’agglomérer le mélange. « La machine est équipée d’un automatisme, qui permet de suivre une recette précise, de contrôler en continu les dosages et les performances », précise Laurent Goudet. À la clé : gain de temps, de main-d’œuvre et d’eau. Un point important car cela permet d’optimiser la qualité mécanique du liant. « Il y a moins d’eau qui s’évapore lors du séchage, ce qui crée d’autant moins de vides et contribue donc à renforcer la résistance mécanique du matériau. Cela permet donc aussi d’utiliser moins de chaux. » Autre atout de l’outil VG-Mix : il est utilisable en toute saison. Deux jours après la projection du béton, les murs sont dégrossis. S’en suivent les travaux de finition, « de préférence à la chaux en extérieur et à la terre naturelle en intérieur pour conserver la perspirance des murs », indique Laurent Goudet.

 

 

Objectif chanvre local

Fabriquées en France par l’entreprise Hydraulique 2000, les unités VG-Mix coûtent quelque 100 000 €. Pour l’instant, le modèle économique est le suivant : les machines appartiennent à l’entreprise Akta, qui prospecte les chantiers et qui forme les entreprises partenaires à l’utilisation de VG-Mix, la machine. Actuellement, le principal frein au développement de l’activité reste économique. « Le béton de chanvre coûte encore 20 à 25 % plus cher que les bons isolants », indique Frank Brua, qui croit en un rapide rééquilibrage du coût des différents procédés. « La mise en œuvre de la réglementation environnementale RE 2020, qui impose le recours à 30 % de matériaux biosourcés dans les nouvelles constructions, va engendrer une hausse de la demande et une démocratisation du procédé. » Akta a déjà piloté des projets d’envergure, « comme la construction de 46 logements sociaux sur quatre étages, qui ont nécessité la projection de 700 m3 de béton végétal ».

Pour que le procédé soit le plus vertueux possible, il faudrait que chaque région soit capable de produire localement de la chènevotte. Ce n’est pas encore le cas. En France, cinq chanvrières sont équipées d’une défibreuse. En Alsace, une filière chanvre alimentaire existe. Côté valorisation textile, les lignes bougent aussi (nous y reviendrons dans une prochaine édition). Côté construction, le Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA), qui soutient la culture du chanvre dans le cadre de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le soutien aux cultures à bas niveau d’impact (BNI) est intéressé par la valorisation de la paille de chanvre. « Nous avons eu des échanges avec l’Eurométropole de Strasbourg, afin d’effectuer un diagnostic qui permette d’établir s’il y a un potentiel pour une filière chanvre construction sur le territoire », indique Coralie Welsch, chargée de mission protection des ressources en eau au SDEA. Il s’agit aussi de vérifier que les variétés actuellement utilisées pour la production de graines se prêtent également à la production de fibres. Si c’est le cas, il y aurait deux débouchés pour une culture, qui plus est, à bas intrants. Un doublé voire un triplé gagnant !

EARL Ernest et Didier Rott

Informaticien, électronicien, mécanicien et éleveur porcin

Élevage

Publié le 27/01/2022

Titulaire d’un BTA agricole obtenu au lycée agricole d’Obernai, Didier Rott s’est installé en 1997, sur l’exploitation familiale spécialisée dans l’élevage porcin. Son installation se traduit par l’agrandissement de l’élevage. Au bâtiment dédié au post-sevrage et à l’engraissement construit par son père, Ernest, en 1989, s’ajoute un bâtiment dédié aux truies gestantes et à la maternité, et un second bâtiment de post-sevrage - engraissement. En 2009 suit un hangar, qui abrite la fabrique d’aliment à la ferme (FAF) et supporte des panneaux photovoltaïques. Puis, en 2013, encore un bâtiment d’engraissement. Soit, au total, quatre bâtiments d’élevage pour 550 places de post-sevrage et 1 400 places d’engraissement, ou encore 3 400 m2 d’espaces couverts, hangar compris.

Programmateur autodidacte

Malgré tous ces chantiers, Didier Rott a trouvé le temps, à partir de 2006, d’assouvir son intérêt pour la programmation, l’informatique et les automatismes. « J’ai téléchargé un livre sur Internet et j’ai appris à programmer comme ça », résume-t-il sobrement. Il choisit un langage, Delphi, et commence à élaborer des programmes. « J’ai créé des outils que je ne trouvais pas sur Internet ou alors, qui ne me satisfaisaient pas complètement, par exemple pour pouvoir regarder la télé sur ordinateur. » Il s’amuse un peu, puis met sa passion de côté, rattrapé par les contingences professionnelles. Jusqu’à ce qu’en 2011, un incendie éclate dans un bâtiment et abîme le boîtier de commande du système de nettoyage des eaux usées, sans impacter le mécanisme en lui-même. « J’ai contacté le fabricant, Neptune, et d’autres fournisseurs, pour acheter les pièces à remplacer. J’ai eu partout la même réponse : ce n’est pas possible, il faut rénover toute l’installation ». Mais Didier Rott s’obstine. Il cherche et trouve une carte électronique qui lui permet de piloter la pompe du système de nettoyage, depuis son ordinateur, et compose le programme qui va bien avec. Depuis, tout le système fonctionne très bien, constate Didier Rott, qui a déboursé 100 € au lieu de 4 000 €.

Fort de cette expérience, il se lance en 2013 dans la fabrication d’une machine à soupe dédiée aux porcelets. En 2011, la mise aux normes des bâtiments pour le bien-être animal s’est traduite par l’extension d’un bâtiment pour abriter la nurserie. C’est là que sont élevés les porcelets durant les deux premières semaines après le sevrage. À ce stade, ils sont nourris avec un aliment premier âge, acheté auprès d’un fournisseur, qui est mélangé à de l’eau avant d’être distribué aux porcelets. Pour cela, les éleveurs utilisent des machines à soupe, qui permettent de distribuer l’aliment dans les auges, d’autant plus que les porcelets prennent du poids ; des installations qui ont un certain coût et que Didier Rott a donc décidé de construire lui-même, de A à Z.

Pilotage à distance

Il lui a tout d’abord fallu développer le programme. « Ça m’a pris pas mal de temps ». Puis trouver les composants informatiques, comme la tablette qui héberge le programme, les cinq cartes électroniques, équipées de sorties digitales et analogiques, le système de pesée, les sondes… En effet, Didier Rott a conçu une machine à soupe capable de détecter, grâce à des sondes, quand les auges sont vides, et de renvoyer la quantité d’aliment nécessaire à leur remplissage grâce à une pompe. « Cela permet de délivrer de petites quantités de nourriture, toutes les 5 à 10 minutes, donc les porcelets ont de la nourriture à volonté. Cela les motive à aller à l’auge », décrit l’éleveur. Donc à prendre du poids rapidement. En sortie de nurserie, les porcelets de Didier Rott affichent en moyenne 320 g de GMQ. Une performance atteinte grâce à leur bon appétit. « De 130 g d’aliment consommé le premier jour passé en nurserie, on passe à 210 g au bout d’une semaine, et jusqu’à 600 g au bout de quinze jours », montre Didier Rott sur l’écran de son téléphone portable, où il a installé l’application élaborée par ses soins. Elle lui permet à la fois de piloter l’alimentation des porcelets - « parfois le soir depuis le canapé », apprécie Manuela - et d’enregistrer les performances des futurs porcs charcutiers. « Je peux affiner différents paramètres, décrit Didier Rott en pianotant sur son écran, comme la quantité d’eau et d’aliment qui restent dans les conduits, pour les déduire de l’aliment qui suit. » Cerise sur le gâteau : l’éleveur a programmé l’envoi d’alertes par SMS sur son téléphone portable en cas de dysfonctionnement. « Je peux couper les vannes d’alimentation à distance depuis mon téléphone », sourit-il. Autre particularité de cette machine à soupe : elle a été installée au milieu de la salle, et non à l’extérieur du bâtiment, comme c’est généralement le cas. Du coup, « il y a peu de longueur de tuyaux et peu d’aliments qui restent dans les tuyaux, ce qui peut prémunir d’accidents sanitaires ».

Didier Rott, qui a aussi construit son propre système de pesée des porcs, consacrera l’année 2022 à l’achèvement de divers travaux de mises aux normes de l’élevage. Mais d’autres idées d’applications de ses compétences en informatique et en électronique trottent déjà dans sa tête. Comme une FAF à même d’intégrer les acides aminés séparément, plutôt qu’au moyen de mélanges prédéterminés. Ou encore un automatisme à coupler au broyeur à maïs, avec un système de sécurité qui permette de l’arrêter automatiquement en cas de bourrage… Une chose est sûre, l’ingéniosité, le savoir-faire et la persévérance de Didier Rott lui permettent de faire des économies significatives : « Je suis capable de tout réparer moi-même dans le bâtiment. Je n’ai pas vu un technicien de maintenance depuis cinq, six ans ».

Prairies

Gérer, fertiliser, réparer

Technique

Publié le 24/01/2022

Derrière l’image d’une vache qui broute paisiblement se cache une réflexion et une organisation dont la complexité échappe aux profanes. La gestion des prairies repose notamment sur la vitesse de la pousse de l’herbe, elle-même dépendante des conditions météorologiques. Pour aider les agriculteurs à anticiper son évolution, la Chambre d’agriculture d’Alsace édite un Flash pousse de l’herbe, qui paraît chaque jeudi durant les périodes de pousse active de l’herbe, donc avec une pause estivale. « Il contient une description de l’évolution de la croissance de l’herbe, en termes de quantité et de stade physiologique, réalisée à partir de l’observation de sept sites de mesures », décrit Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Mais ce n’est pas tout : le Flash contient aussi des indications sur le pourcentage des besoins que l’herbe permet de couvrir, en fonction du chargement et de la pousse de l’herbe. De quoi réviser la stratégie de chargement en fonction de l’évolution des potentialités des prairies au cours de la saison.

Happy Grass, une application pour gérer prairies et pâturage

Pour aller plus loin, les techniciens de la Chambre d’agriculture d’Alsace proposent aux éleveurs de s’équiper de l’application Happy Grass, un « assistant prairie » qui comprend trois modules : prairie, parcelle et pâturage. Le module prairie vise à la gestion agronomique des surfaces en herbe, du choix des espèces à semer jusqu’aux récoltes.

Le module parcelles est destiné à visualiser le parcellaire, les chemins, les points d’entrée. « Il sert à découper les paddocks, à calculer la durée de pâturage possible… Il est aussi possible d’effectuer des simulations, comme celui du coût d’investissement dans des clôtures », décrit Philippe Le Stanguennec. Enfin, le module pâturage est élaboré pour gérer la mise à l’herbe des vaches, et toute la saison de pâture. C’est notamment à cette fin que Sylvain Weber, agriculteur à Zollingen en Alsace Bossue, utilise Happy Grass. « C’est plus simple qu’un enregistrement papier, pour moi et pour les techniciens de la coopérative qui vérifient le calendrier de pâturage ». Quant à Jean Jacques Muller, à Hirschland, il apprécie le gain de fluidité dans les conseils des techniciens de la Chambre d’agriculture. « Nous sommes sûrs de parler des mêmes parcelles ». L’outil facilite aussi son pilotage du pâturage : « Le chargement est décidé au départ, en fonction de la biomasse disponible à un temps donné et de la pousse de l’herbe. Puis, il est possible de réaliser des simulations, et de modifier les pratiques au fur et à mesure de l’avancement de la saison de pâturage. Par exemple d’ouvrir des paddocks en plus, de faucher au lieu de pâturer »… À la fin de la saison, Happy Grass produit un bilan de fin de pâturage, avec le nombre de cycle de pâture par parcelle, la quantité de matière sèche produite… Des données à potasser durant l’hiver pour préparer le retour des bêtes dans leurs verts pâturages. La prise en main d’Happy Grass est accessible en solo aux agriculteurs les plus aguerris aux nouvelles technologies. Que ceux qui éprouvent des moments de solitude face aux nouvelles technologies se rassurent : des formations seront proposées par la Chambre d’agriculture de fin février à fin mars selon les secteurs.

Fertilisation azotée : aller chercher les premières tonnes malgré la hausse du prix de l’engrais

L’explosion du prix des engrais, aussi bien de l’azote que des engrais de fond, est une réalité à laquelle les éleveurs peuvent réagir de différentes façons selon leurs priorités, leurs contraintes et leurs motivations, qui sont toutes différentes. « La priorité peut être de sécuriser le bilan fourrage, voire de constituer un matelas de sécurité, afin de sécuriser l’autonomie alimentaire et ne pas avoir à acheter des fourrages, plus chers que ceux qui seraient produits sur la ferme », détaille Laurent Fritzinger. La capacité à lever le pied sur la fertilisation dépend alors notamment du niveau de stock fourrager, et des pratiques de fertilisation qui prévalaient : « Il est plus facile de réduire la fertilisation si elle était très sécuritaire que si elle était déjà calculée au plus juste ».

Plusieurs éléments sont acquis, en matière de fertilisation des pairies. Notamment que « l’azote est le principal élément influençant le rendement des graminées». Les apports organiques (lisier, compost), sont particulièrement soumis à un effet de plateau. « Dans notre essai de Drulingen, le rendement répond très bien à des doses de 15, 30 m3/ha, mais à 45 m3/ha, le rendement répond moins bien à la dose », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Avec l’azote minéral, la réponse est plus linéaire.

Face à la situation actuelle, deux stratégies sont envisageables. La première consiste à majorer l’investissement, pour atteindre la même quantité d’engrais par hectare que classiquement, afin de sécuriser le rendement et le stock fourrager. « Alors il faut s’attendre à voir le coût de revient augmenter d’au moins 25 €/t MS ». Graphique à l’appui, Laurent Fritzinger démontre qu’il y a tout intérêt à aller chercher les premières tonnes de matière sèche supplémentaires permises par la fertilisation. Par contre, celles obtenues au moyen des doses les plus élevées d’azote vont devenir très chères. Concrètement : les premières unités d’azote vont être rentables, mais plus la quantité d’azote apportée est élevée, plus les unités supplémentaires vont coûter cher, au regard de ce qu’elles vont rapporter. La seconde stratégie consiste à maintenir la somme investie dans la fertilisation, et donc à accepter de prendre le risque d’apporter moins d’engrais, et de voir le rendement en pâtir.

Le fractionnement de la fertilisation n’apporte que peu de gains de rendement sur les prairies. Par contre, la date d’apport est importante : « Il faut apporter l’azote 200 degrés jours après le 1er janvier, soit, en moyenne, autour du 7 mars. Si l’azote est apporté plus tard, cela risque d’amputer le rendement. Certes, un apport tardif d’azote permet de gagner un peu en MAT, un peu comme en blé, où les apports tardifs permettent d’assurer la teneur en protéines, mais pas suffisamment pour compenser la perte de rendement », pointe Laurent Fritzinger. Il poursuit : « Après le 15 juin, ce n’est plus l’azote qui est le facteur limitant de la pousse de l’herbe, c’est la météo ». En général, la forme d’azote apportée, urée ammo, n’a que peu d’impact sur le rendement. Mais, en printemps froid et humide, « l’ammonitrate apporte une sécurité par rapport à l’urée ».

Fumure de fond : gare aux fausses économies

Grâce à la réalisation d’analyses foliaires au printemps, les services techniques de la Chambre d’agriculture ont mis en évidence que 9 % des parcelles sont sous fertilisées en phosphore, 50 % sont fertilisées correctement, et 40 % le sont très bien, voire trop. La moitié des prairies sont bien fertilisées en potasse, mais 40 % sont sous fertilisées, contre 12 % qui sont sur fertilisées. « Attention, quand on dit que les parcelles sont correctement fertilisées, cela ne veut pas dire que l’impasse est possible, mais qu’il faut continuer à couvrir les besoins. Donc, sans analyse, il est risqué de vouloir économiser de la fumure de fond à l’aveugle », précise Laurent Fritzinger.

Pour la fertilisation du maïs fourrage, il conseille de bien tenir compte des apports organiques, de ramener au plus près des besoins des plantes les amendements type digestats qui contiennent de l’azote à effet rapide, d’éviter les pertes d’azote en enfouissant les engrais. En matière de fumure de fond, « 30 t/ha de fumier suffisent à compenser ce qui est exporté par le maïs ».

Sangliers : des dégâts qui coûtent cher

Suite aux dégâts causés par les sangliers aux prairies, la Chambre d’agriculture d’Alsace a élaboré un essai visant à tester différents itinéraires techniques de remise en état des prairies, afin de déterminer ceux qui sont les plus efficaces et d’identifier la période d’intervention la plus favorable. Ces essais avaient aussi pour objectif d’estimer les pertes de rendement réelles qu’engendrent les sangliers dans les prairies. En effet, « les indemnisations se fondent sur des données qui n’ont jamais été déterminées avec précision », pointe Laurent Fritzinger. Quatre modalités ont été retenues dans ces essais. Le même mélange d’espèces a été semé, deux fois à l’automne et deux fois au printemps, avec des outils identiques, le même jour, et sur des parcelles de fauche présentant des dégâts de sangliers significatifs, mais selon différentes techniques : un témoin broyeur puis rouleau ; une modalité broyeur, puis semis, puis rouleau ; une modalité semis, puis broyeur, puis rouleau ; une modalité herse rotative, puis semis, puis rouleau. Les modalités ont été protégées de nouvelles attaques avec du grillage. Puis la repousse de l’herbe a été mesurée, et comparée à celle enregistrée dans des zones non dégradées des mêmes prairies. Conclusion générale de l’essai : le semis apporte un plus à la remise en état des prairies, quelles que soient les modalités. Mais la technique de semis employée semble avoir peu d’impact, tout comme la saison du semis, bien qu’un léger avantage pour l’automne soit observé. Par contre, la nature du sol joue énormément : « La reprise a été meilleure dans une parcelle régulièrement fertilisée que dans une parcelle au sol sableux, moins bien entretenue. » Enfin, la comparaison avec les zones non dégradées des prairies met en évidence une perte de rendement de 60 - 70 % sans resemis. Lorsque les zones abîmées sont ressemées, la perte de rendement est moindre, mais reste significative.

 

Jaunisse de la betterave : obtenir et maintenir une avance des betteraves sur les pucerons

Technique

Publié le 18/01/2022

Alors que la dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des néonicotinoïdes pour protéger les betteraves contre la jaunisse arrive à mi-parcours, Michel Butscha, responsable technique du service betteravier de la sucrerie d’Erstein, a fait le point sur l’état des connaissances qui doivent permettre d’élaborer des méthodes de lutte alternatives. Contrairement aux autres régions françaises, les betteraviers alsaciens ont d’ores et déjà moins semé de betteraves traitées aux néonicotinoïdes en 2021 : elles représentaient 42 % de la surface pour Erstein. Bonne nouvelle pour les betteraviers alsaciens, l’Inrae de Colmar fait partie des organismes de recherche qui travaillent sur la question. « Cela nous permet d’échanger avec les chercheurs, de faire remonter des observations de terrain », se félicite Michel Butscha. Les chercheurs de l’Inrae de Colmar participent notamment au projet Modefy, initié par le groupe Deleplanque, avec un travail de criblage des betteraves et de sélection des variétés les plus tolérantes aux pucerons vecteurs de la jaunisse. « Un autre volet de recherche consiste à mieux connaître la biologie et la vie des pucerons afin de déterminer quand ils piquent, quand ils se nourrissent, et comment les virus se transmettent aux plantes ».

L’azote : un coup de pouce à utiliser avec parcimonie

Les connaissances sur la maladie ont déjà bien progressé. Par exemple, il est acquis que le puceron noir est peu vecteur mais qu’il constitue un bon indicateur de l’arrivée des pucerons verts qui, eux sont vecteurs. On sait aussi que le virus BYV est le plus agressif. Le BMYV l’est aussi, mais moins, et toutes les formes du virus ne sont pas transmises de la même manière. Les pucerons ont tendance à s’attaquer aux betteraves les plus jeunes et chétives. « Il y a donc tout intérêt à avoir des plantes les plus développées possible lors de l’arrivée du vol des pucerons », souligne Michel Butscha.

Comment ? En améliorant la vigueur au départ, donc en soignant le lit de semence, en semant à une profondeur adaptée, pour obtenir une levée homogène. Une protection complémentaire en positionnant du Force 1,5 G dans la ligne de semis présente également un intérêt indirect. « La téfluthrine va protéger les plantules des ravageurs du sol et a un effet phytotonique qui peut stimuler leur pousse, donc faire gagner quelques jours », indique Michel Butscha. Un effet qui peut être renforcé avec un traitement des semences au Rampart (penthiopyrade). « Cette protection fongicide remplace le traitement Vibrance pour lutter contre les attaques précoces de rhizoctone brun et de pythium, toujours dans le but de garder des plantules vigoureuses à l’arrivée des pucerons », précise Michel Buscha.

Autre précaution utile : un apport d’azote, de l’ordre de 30 à 40 u/ha au moment du semis, « surtout dans les parcelles non labourées où la dégradation des pailles en surface peut mobiliser de l’azote, ce qui risque de pénaliser les betteraves », pointe Michel Butscha. Cette année, étant donné le prix des engrais, les analyses de reliquat sont plus que jamais pertinentes, afin d’apporter la juste dose d’azote. Si la betterave semble peu sensible à la forme d’azote apportée, « des essais suggèrent une meilleure valorisation des apports d’engrais localisés », rapporte Michel Butscha, qui conseille aussi de réaliser des analyses de sol afin de connaître la fertilité réelle de la parcelle et d’ajuster les doses de fumure de fond aux exportations de la culture en place.

Miser sur les auxiliaires en relais de la chimie

Pour les semis de 2022, une option consiste à semer des betteraves F8 (protégées avec 8 g de téfluthrine), et à surveiller de près l’arrivée des pucerons afin de déclencher les traitements au plus tôt, pour être le plus performant possible. « Le suivi terrain sera renforcé en avril pour bien déterminer l’arrivée des pucerons dans les betteraves alsaciennes et lancer les avertissements. » Les spécialités les plus efficaces pour lutter contre les pucerons sont Teppeki et Movento. Et la stratégie la plus pertinente, surtout sur des betteraves chétives ou à croissance lente, consiste en un traitement très précoce, suivi d’un deuxième assez rapproché. Cela permet de laisser la place aux auxiliaires après la protection chimique, ces derniers arrivant en général 10-15 jours après les ravageurs dans les parcelles, à condition qu’ils n’aient pas été éradiqués par des traitements à large spectre.

Désherbage : la mécanisation pour réduire les IFT

Les programmes de désherbage élaborés par les services techniques de la sucrerie intègrent de plus en plus d’interventions mécaniques, que ce soit du binage, ou des passages de herse étrille, même si cette technique peut « perturber la ligne de semis et conduire à des levées échelonnées », pointe Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein. Cette stratégie doit notamment permettre à la sucrerie d’accompagner ses adhérents qui souhaitent atteindre la certification HVE. Pour ce faire, les agriculteurs peuvent aller chercher des points en matière de gestion de la fertilisation, de l’irrigation, de la biodiversité et de la protection des plantes, ce qui suggère de réduire l’IFT, notamment en actionnant le levier du désherbage mécanique. Les essais menés par Cristal Union mettent en évidence que les stratégies qui combinent un traitement en plein, deux binages et trois traitements localisés permettent d’atteindre une bonne efficacité, de préserver le rendement, et de diviser l’IFT par deux. À noter que la labellisation HVE sera valorisée financièrement par Cristal Union, ce qui contribuera à rentabiliser les investissements dans les outils de désherbage mécanique.

 

 

Betteraves sucrières : l’embellie se confirme

Vie professionnelle

Publié le 13/01/2022

Malgré une année 2021 encore assez mouvementée, notamment en raison du gel et de la jaunisse, l’embellie pour la filière betteravière se confirme. Lors des réunions de fin de campagne, Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, annonce une rémunération de la betterave pour 2022 avec un prix indicatif qui progresse à 28 €/t de betterave. « Au regard de l’augmentation des cours du sucre et de l’éthanol et de l’orientation de ces marchés, en annonçant ce prix-là, nous sommes très précautionneux. L’objectif global se situe à 30 €/t, voire plus ». Déjà cette année, la sucrerie s’était engagée sur un prix de 26 €/t, qui atteint au final 29 €/t. « Cela montre que nous tenons nos engagements », souligne Gérard Lorber, qui annonce la fin de la prime de compétitivité pour 2022, tandis que celle du maintien des surfaces est conservée. « Notre priorité est de ne pas décourager les nouveaux producteurs. Il s’agit au contraire de les encourager à nous rejoindre », justifie-t-il.

Objectif 7 000 ha

En effet, pour la sucrerie d’Erstein, le principal enjeu reste l’augmentation des surfaces. L’outil industriel est dimensionné pour traiter l’équivalent de 7 000 ha de betteraves, or, l’an passé la surface d’approvisionnement de l’usine s’était réduite à 5 300 ha. Il manque donc encore au moins 1 000 ha pour que l’outil industriel soit rentable. « Un important travail de démarchage a été fait », indique Gérard Lorber, qui rappelle qu’il y a deux ans, Cristal Union a fermé deux sucreries. « Si l’usine d’Erstein n’a pas subi ce sort c’est grâce à notre marché local porteur et à la régularité de notre production. Cristal Union croit en l’avenir du bassin de production alsacien, mais nous devons atteindre 7 000 ha de betteraves pour assurer la rentabilité de l’entreprise ». Si le niveau de rémunération reste le principal argument qui permettra de convaincre les agriculteurs qui hésitent encore, la filière betteravière alsacienne bénéficie de nombreux atouts.

Elle est rodée et organisée de longue date. Elle ne requiert pas d’investissements dans du matériel spécifique. Les entreprises de travaux agricoles locales sont équipées. Elle permet de dégager une marge qui n’a rien à envier à celle du maïs (1 276 €/ha contre 1 268 €/ha pour un maïs non irrigué, d’après les calculs de la sucrerie). Elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle donne également accès aux coproduits comme la pulpe, dont les qualités sont très prisées des éleveurs. Au niveau agronomique, elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle requiert peu de fumure azotée. Elle est peu impactée par les corbeaux. Les planteurs sont accompagnés tout au long de l’itinéraire cultural par la sucrerie qui assure un suivi technique de proximité, sur le terrain. Enfin, la betterave offre de nombreux débouchés commerciaux et le groupe Cristal Union a mis en œuvre une stratégie industrielle performante qui lui permet d’adapter sa production d’alcool et de sucre en fonction des opportunités de marchés, ce qui permet de mieux rémunérer les betteraves.

Jaunisse : l’après néonicotinoïdes se prépare

Le principal sujet de préoccupation de la filière actuellement est à la fois agronomique et politique. Il s’agit de la jaunisse, qui cristallise le sujet polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes (NNI). « La jaunisse a eu un impact fort en 2020, notamment dans le bassin parisien », rappelle Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de Betteraves (CGB). Les betteraviers ont obtenu une dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des NNI durant trois ans, le temps de trouver des méthodes de lutte alternatives. Cette dérogation s’accompagne néanmoins de mesures devant atténuer l’effet du recours aux NNI sur les insectes pollinisateurs. Ainsi, après avoir cultivé des betteraves protégées avec des NNI, les agriculteurs ne peuvent cultiver qu’une céréale à paille ou du soja. Un maigre choix qui peut ne pas convenir à toutes les situations : « N’hésitez pas à nous contacter pour trouver des solutions », encourage Franck Sander. Le maïs pourra revenir dans les assolements en N + 2, et les cultures mellifères en N + 3.

Mais dans deux ans, de quelles solutions disposeront les planteurs pour lutter efficacement contre la maladie sans NNI ? 20 M€ ont été investis dans le Plan national de recherche et innovation (PNRI) par l’État et les différents acteurs de la filière pour élaborer des solutions alternatives. « Elles seront à la fois génétiques, fondées sur le biocontrôle, les répulsifs, et les cultures hôtes », préfigure Franck Sander. De manière générale, « l’avenir de la lutte contre les ravageurs au moyen de produits phytosanitaires va devenir plus compliqué », poursuit-il. Donc autant se préparer à faire autrement. Déjà en 2021, près de 60 % des betteraves semées n’étaient pas protégées avec des NNI. Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, notamment lorsque des traitements à large spectre ont été effectués sur d’autres cultures, entraînant une réduction de la faune auxiliaire.

Pac : Et un bon point pour la betterave

La réforme de la Pac va aussi impacter la filière betteravière. « Le pire a été évité, estime Franck Sander. Nous sommes partis d’une rotation obligatoire à la parcelle au respect de critères environnementaux pour accéder aux écorégimes. » Niveau de rotation, présence de prairies, de légumineuses, labellisation HVE, bio, enregistrement des pratiques, utilisation d’outils d’aide à la décision, sont autant de manières d’obtenir les points nécessaires pour accéder aux écorégimes. Et, bonne nouvelle pour la filière, la culture de la betterave fait partie des cultures qui font gagner des points. « Il faut l’avoir en tête pour préparer les assolements de 2023 », souligne Franck Sander.

Une campagne arrosée

Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein, est revenue sur la campagne 2021, qui a été marquée par des précipitations abondantes et un manque d’ensoleillement. Tout avait pourtant bien commencé, avec « des labours d’automne réalisés dans de bonnes conditions, une bonne reprise au printemps, des semis débutés dès le 25 mars, toujours dans de bonnes conditions ». Les premières levées ont été observées le 2 avril, suivies de près par un épisode de gel, qui a nécessité de resemer quelque 200 ha. Puis, en raison de conditions printanières fraîches, les betteraves ont végété. « Elles ont accumulé deux semaines de retard végétatif qui n’ont pas été rattrapées jusqu’à la fin de la campagne. »

En Alsace près de 60 % des betteraves n’étaient pas protégées avec des NNI. L’émergence des pucerons a donc été surveillée de près, afin d’être « le plus réactif possible » dans le déclenchement des traitements. Les altises sont apparues en avril, mais avec une faible pression. « Ça a été un bon point, parce qu’il n’y a pas eu besoin de déclencher des traitements qui auraient pu impacter les populations d’auxiliaires », rapporte Marion Humbrecht. Les premiers pucerons verts ont été détectés le 5 mai, signant le début de la protection insecticide, « réalisée si possible en même temps que les herbicides ». Les populations d’auxiliaires se sont vite développées donc, globalement, les betteraves F8 (à 8 g de téfluthrine) en zone jaunisse ont reçu un à deux traitements insecticides contre les pucerons. « Le stade couverture des rangs a été enfin et difficilement atteint autour du 9 juin ». Après un été pluvieux, caractérisé aussi par un développement très tardif de la cercosporiose, mais qui a été maîtrisée grâce au plan d‘action mis en oeuvre, les arrachages ont débuté en octobre dans des conditions de récolte correctes, quoique parfois humides. « Le dernier camion a été chargé le 21 décembre », indique Marion Humbrecht.

Belle richesse et rendement correct

Au final, le rendement moyen atteint 89 t/ha de betterave à 16°S, indique Laurent Rudloff, responsable du service betteravier de la sucrerie d’Erstein. Un résultat qui aurait pu être encore meilleur, avec un peu plus de chaleur et de rayonnement. La richesse, avec une moyenne à 18°S, est très satisfaisante. « C’est la meilleure du groupe Cristal Union. » Cette moyenne masque néanmoins de fortes variations, notamment du nord au sud.

Côté réception, Laurent Rudloff note une certaine tension entre le rythme d’arrivée des betteraves à l’usine et ses besoins. « C’est un point que nous devrons anticiper davantage à l’avenir pour le confort de tous. » Le niveau de tare a été plus élevé cette année, à mettre en relation avec les conditions d’arrachage humides. À l’avenir « nous allons peut-être commencer à bâcher les tas plus tôt car, en plus de protéger les betteraves contre le gel et d’améliorer leur conservation, cela améliore l’efficacité du déterrage ».

En moyenne, l’usine a traité 5 990 t de betteraves par jour, ce qui s’est traduit par une production de sucre de 900 t/j en moyenne. « C’est une cadence très satisfaisante », commente Laurent Rudloff. Avec un rendement de 14 t sucre/ha, Erstein se classe parmi les meilleures élèves des usines du groupe Cristal Union. La transformation des betteraves a permis de produire 68 000 t de pulpe, qui plus est de « très bonne qualité grâce à la régularité de l’usine ». Un volume qui a permis de respecter les tonnages annoncés aux éleveurs. Le décalage des dates d’ensilage des maïs n’a pas été sans poser quelques problèmes logistiques à la sucrerie.

La fin de la campagne d’arrachage a permis de tester l’ouverture de l’A355. Pour la filière, c’est plutôt un flop, avec « 12 km en plus, des frais de péage supplémentaires », et pas vraiment de gain de temps pour des camions dont la vitesse est de toute manière limitée. « Nous sommes en train d’étudier les alternatives et aménagements possibles, mais il n’y aura pas forcément d’issue favorable », prévient Gérard Lorber.

Dans quelques jours, toutes les usines du groupe Cristal Union auront achevé leur campagne betteravière. « Le bilan de la campagne 2021 pour le groupe est estimé à 13,8 t de sucre/ha pour 13 Mt de betteraves travaillées en 105 jours de campagne », a conclu Gérard Lorber, avant de passer la parole aux techniciens de la sucrerie qui ont détaillé les perspectives agronomiques pour la campagne à venir. Perspectives que nous détaillerons dans une prochaine édition.

Julien Paulus succède à Rémy Losser à la présidence de la Coopérative tabac feuilles de France

Vie professionnelle

Publié le 05/01/2022

Dans six mois, Rémy Losser sera à la retraite, après avoir passé quelque trente années à défendre la filière tabacole. « Le moment est venu de passer le flambeau », constate le président de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F), qui préside aussi la Fédération nationale des planteurs de tabac (FNPT) pour quelques mois encore. Il commence par laisser la présidence de la CT2F à Julien Paulus, jeune tabaculteur de Hochfelden. « Je veux m’assurer que la transmission se fasse dans de bonnes conditions », pointe Rémy Losser, même s’il sait qu’il laisse la coopérative entre les mains d’une équipe et d’un nouveau président jeunes et motivés. En 2022, il veillera encore au grain, notamment en ce qui concerne les relations avec les acheteurs de tabac.

« Durant ces trente années, j’ai géré une filière dans une phase de décroissance », résume Rémy Losser. Un comble pour cet homme qui se décrit volontiers comme « un battant », de nature « dynamique », et qui a la décroissance en horreur ! Pourtant, il ne tire aucune amertume de ce bilan : « Je me suis beaucoup dépensé, j’ai beaucoup donné, mais j’ai aussi beaucoup reçu ». Il se souvient, par exemple, avec plaisir de ses nombreux déplacements professionnels dans le Périgord, le Lot-et-Garonne, à Paris : « J’ai vu du pays, j’ai rencontré des gens ». Reste que Rémy Losser a assisté au déclin de la filière tabacole, qui plus est en tenant les manettes du navire en détresse pour empêcher son naufrage. « Il y a 30 ans, le tabac était une production noble, reconnue, valorisée, et soutenue par les pouvoirs publics. Il y avait des députés qui nous appuyaient dans nos négociations avec les industriels. L’Europe, aussi, soutenait le tabac, parce que c’était une production qui permettait à de petites exploitations de vivre. La filière tabacole avait du sens, tant socialement qu’économiquement », se souvient-il.

Rester maîtres de la décroissance

Les années 2000 marquent le premier choc pour la filière, cruellement marquée par la réforme de la Pac et le découplage des aides : « Nous avons dû affronter le prix du marché commercial tel qu’il était, alors qu’auparavant les aides européennes pouvaient représenter jusqu’à 80 % du chiffre d’affaires des exploitations tabacoles. Nous nous sommes retrouvés en concurrence directe avec les autres pays producteurs, comme le Brésil ou l’Afrique, avec des charges en main-d’œuvre qui pesaient autrement plus lourd sur nos résultats. Autant dire que nous avons changé de monde », se remémore Rémy Losser. En parallèle, le lien démontré entre tabagie et cancer jette l’opprobre sur la production. Dans ces conditions, sauver la filière apparaissait comme une mission impossible. En 2004, l’option la plus répandue dans les rangs des responsables de la filière était l’arrêt pur et simple de la production, « ce qui aurait occasionné d’importants dégâts sociaux », pointe Rémy Losser.

Si la filière et les emplois qu’elle génère n’ont pas complètement disparu, c’est grâce au travail de Rémy Losser et de ses collaborateurs : « Nous sommes restés maîtres de cette décroissance, que nous avons accompagnée en restructurant les outils, afin de les adapter à la baisse du nombre de producteurs et du volume de tabac à traiter », rappelle Rémy Losser, qui a conduit trois plans sociaux dans sa carrière. Ainsi lorsque Imperial tobacco (devenu Imperial Brands) a quitté le Bergerac Seed & Breeding (BSB), le centre technique qui œuvre notamment à l’amélioration variétale du tabac, cette structure a été reprise par les autres acteurs de la filière, « avec des plans sociaux en conséquence ». Jusqu’il y a deux ans, le BSB appartenait à France Tabac. Puis il est passé dans le giron de la Caisse de réassurance mutuelle agricole des planteurs de tabac français (CRMAPT), qui porte financièrement cet outil. Son sauvetage est « une grande fierté » pour Rémy Losser. Malheureusement, il a aussi dû accompagner le déclin de l’usine de Sarlat, qui transformait le tabac brut produit en France, jusqu’à sa fermeture il y a trois ans.

Mécaniser ou disparaître

En parallèle, les coopératives tabacoles de France se sont, elles aussi, restructurées. Rémy Losser est « très fier » d’avoir accompagné la fusion des coopératives Alsatabac, Nord & Loire Tabac, et Poitou Tabac, qui a donné naissance à la CT2F, dont le siège se situe à Strasbourg. Grâce à cette restructuration, les producteurs ont gagné en influence : « Nous sommes assis à la table des négociations avec les acheteurs, nous sommes écoutés, et reconnus pour la qualité de notre tabac virginie », se félicite Rémy Losser. Si la qualité du tabac de la CT2F est reconnue et demandée, c’est encore, en partie, grâce à lui.

Le futur ex-président de la CT2F s’est également « beaucoup bagarré » pour que la mécanisation de la culture du tabac entre dans les mœurs. « Il y a une quinzaine d’années, ce n’était pas très bien vu par les producteurs, qui avaient peur de perdre en qualité, en savoir-faire. Elle nécessitait aussi des investissements importants de la part des planteurs, qui devaient être prêts à changer leur manière de faire du tout au tout. Mais il n’y avait pas d’autre choix que de gagner en compétitivité. Nous devions évoluer avec notre temps, ou disparaître », se souvient Rémy Losser. Pendant quelques années, à partir de 2004, il a essuyé les plâtres de l’adaptation de la mécanisation, venue d’Italie, au contexte alsacien. Il se souvient d’avoir jeté des fours de tabac, récoltés trop humides. Parmi ses fiertés figure donc aussi l’élaboration d’un programme d’investissement soutenu par FranceAgriMer et la Région, qui a permis de généraliser la mécanisation. « Ce sont les volumes et le chiffre d’affaires que la mécanisation a permis de dégager qui ont permis de maintenir les structures tabacoles. Sans la mécanisation, elles auraient toutes disparu », confirme Olivier Riedinger, ancien directeur de CT2F et actuel directeur général de la CRMAPT et de la FNPT, qui a, durant de nombreuses années, accompagné Rémy Losser, dans ces combats et ces réformes.

 

 

 

 

Maintenir, valoriser, servir

« Nous avons tout mis en œuvre pour que les coopératives puissent repartir sur des bases saines afin d’affronter l’avenir », résume Rémy Losser, qui se dit « fier » de s’être battu pour une filière qui « le méritait ». La filière tabac de 2022 n’a plus rien à voir avec celle des années 1990, mais le monde en général non plus ! Et il y a encore des planteurs de tabac, notamment des jeunes, qui investissent, et pour qui le tabac représente 30 à 50 % du chiffre d’affaires. C’est le cas du nouveau président de la CT2F, qui salue « le travail d’adaptation de la filière réalisé par Rémy Losser ». La mission de Julien Paulus et de son équipe consistera à « maintenir une filière cohérente avec les surfaces et le nombre de producteurs, à aller chercher de la valeur ajoutée, à rendre aux adhérents des services qui répondent à leurs besoins ».

Les exploitations tabacoles qui ont survécu au marasme des années 2000 se sont spécialisées dans cette production et ont fait du tabac leur culture principale. Ces agriculteurs ont donc besoin de soutien technique, logistique, administratif et d’une représentation efficace auprès de leurs partenaires. La coopérative répond à ces besoins en déployant trois techniciens sur le terrain, en organisant les achats, ainsi qu’en « adaptant la filière aux configurations du moment, qui peuvent évoluer très rapidement », constate Julien Paulus, qui a donc encore du pain sur la planche pour faire vivre la filière tabacole.

Akareva, producteur de boissons végétales et locales

Pratique

Publié le 03/01/2022

La société Akareva a été fondée en avril 2020, soit en pleine pandémie de Covid-19. Située à Strasbourg, dans le quartier de la Plaine des bouchers, elle a pour objet la fabrication de jus de fruits et de légumes ainsi que de laits végétaux. Ces boissons sont non pasteurisées, livrées en bouteilles consignées, dans la journée, en vélo, à domicile ou en points retraits dans l’Eurométropole. Pour les élaborer, les fruits et légumes sont parés, râpés, puis pressés dans une presse à froid capable d’exercer plusieurs tonnes de pression sur les ingrédients afin d’en extraire le maximum de jus et de nutriments. C’est la même presse qui est utilisée, avec des réglages différents, pour élaborer les laits végétaux, à base d’avoine, chanvre, amande, ou noisette. Elle est lavée entre chaque utilisation, tout comme les bouteilles consignées, qui sont réutilisées tant que leur état le permet, c’est-à-dire plusieurs dizaines de fois.

Akareva s’approvisionne localement en fruits et légumes que ce soit via des coopératives, ou en direct auprès de producteurs. C’est le cas aussi pour les graines de chanvre : « Nous nous approvisionnons auprès de Hartz’Riedland », indique Matthieu Gru, fondateur d’Akareva. Il précise : « Nous utilisons des graines décortiquées qui sont pressées à froid, l’extrait obtenu est dilué avec de l’eau, et légèrement sucré avec de la pâte de dattes ». Si pour certains ingrédients, tels que citron, curcuma, gingembre, amandes, noisettes, Akareva n’a pas - encore - d’autre choix que de s’approvisionner plus loin, pour la majorité des denrées brutes, il existe une alternative locale. En outre, pour limiter le gaspillage alimentaire, et comme les fruits et légumes hors calibres sont tout aussi riches en nutriment que les autres, Akareva ne rechigne pas à valoriser les légumes dits « moches ». Pour l’instant les coproduits de la fabrication de ces diverses boissons ne sont pas valorisés, mais des pistes sont étudiées, confie Matthieu Gru.

Un concept à essaimer

Actuellement, l’équipe de quatre personnes qui s’affaire dans l’atelier pressoir fournit les clients, essentiellement des particuliers, au gré de plusieurs livraisons journalières. Un rythme qui convient à Matthieu Gru : « Nous nous en sortons plutôt très bien, surtout depuis le mois de septembre, donc nous sommes très positifs pour le futur », analyse le jeune entrepreneur, fils d’agriculteur, qui sait de quoi il parle puisqu’il a déjà créé puis revendu une première entreprise avant de fonder Akareva. Son ambition est de dupliquer le concept strasbourgeois dans d’autres grandes villes de France, en veillant à continuer à privilégier un approvisionnement local : « C’est une question non seulement économique, mais aussi qualitative. Nous avons pour ambition d’élaborer des produits sains, nutritifs, donc la fraîcheur est primordiale. C’est ce qui fait la différence avec les boissons industrielles, pasteurisées, qui ont perdu de leur richesse en nutriments. »

De ses racines agricoles, le jeune entrepreneur garde une certaine empathie pour le milieu agricole : « Je sais que c’est un métier compliqué », assure-t-il. Mais cela ne l’empêche pas d’y poser un regard critique : « Je ne crois pas à l’avenir du lait de vache à boire, non transformé. Le lait végétal est plus écologique que le lait de vache, car sa production consomme moins d’eau et de surface agricole », argumente cet amateur de fromages, qui pense que « des alternatives vers des modèles plus durables et plus rémunérateurs pour les agriculteurs existent et méritent d’être explorées ».

Enfin une solution de valorisation des pneus d'ensilage

Pratique

Publié le 16/12/2021

Longtemps les agriculteurs ont utilisé des pneus usagés pour lester les silos d’ensilage. En 2002, lorsque la filière de recyclage des pneus usagés a été créée, ces pneus ont été exclus du dispositif car ils étaient considérés comme une voie de valorisation à part entière. Sauf qu’entre-temps d’autres solutions de lestage des silos, plus heureuses, ont pris le relais, et les éleveurs se sont retrouvés avec des pneus usagés sur les bras, sans qu’aucune solution de recyclage, ni même d’enlèvement ne leur soit proposée. En 2010, la FDSEA du Bas-Rhin avait pris contact avec une entreprise du recyclage, une initiative qui n’avait pas abouti. Mais une solution émerge enfin. La fin de l’année 2019 a en effet vu la naissance de l’association Ensivalor, qui regroupe les principaux acteurs de la filière pneumatique (constructeurs automobiles, manufacturiers de pneus, importateurs et distributeurs, recycleurs), les pouvoirs publics et les organismes para-agricoles, dont la FNSEA, qui est membre du comité de pilotage national. Cette association a pour objectif de soutenir les éleveurs pour que ces pneus soient collectés et recyclés. Un cadre a été fixé : l’association subventionne les frais de collecte, dans la limite de 15 000 t/an sur 4 ans, et accompagne les campagnes de collecte.

4 500 t de pneus à collecter dans le Bas-Rhin

Dans le Bas-Rhin, la FDSEA s’est attelée très tôt à la tâche. Dès 2019, le stock de pneus d’ensilage départemental a été évalué : « 394 agriculteurs se sont manifestés, et ont fait remonter leur volume de pneus, qui s’élève à 4 500 t », indique Mathilde Moser, conseillère à la FDSEA du Bas-Rhin. Puis le syndicat est parti à la pêche aux financements pour abonder le subventionnement. L’Ademe, notamment, s’est engagée à verser 15 €/t de pneus recyclés. Certaines Communautés de communes jouent également le jeu, ainsi que des entreprises para-agricoles. « Au final, il reste à charge de l’agriculteur 82 €/t de pneu, soit bien moins que les 350 €/t qu’il aurait à débourser s’il se tournait vers une filière de recyclage classique », pointe Guillaume Pfrimmer, conseiller à la FDSEA du Bas-Rhin. Enfin, la FDSEA gère la logistique de la collecte. Le tonnage estimé étant trop important pour organiser une collecte unique. Il a été décidé de procéder en plusieurs fois. La première campagne de collecte de 2 000 t de pneus en 2020-2021 sera suivie d’une deuxième, de 1 000 t en 2022, puis d’une troisième, de 1 000 t encore, en 2023. Mais attention : inutile de vous manifester auprès de la FDSEA du Bas-Rhin, tous les créneaux, pour toutes les campagnes de collecte, sont déjà pris ! À raison de 8 à 11 t par camion et de cinq camions par jour en moyenne, chaque campagne de collecte devrait durer de 2 à 3 mois. Deux emplacements de collecte ont été retenus pour cette année, il s’agit des sites du Comptoir agricole de Huttendorf, sur lequel la collecte se termine ce vendredi 17 décembre, et d’Ebersheim, pour lequel la collecte débutera début janvier 2022. À noter que la coopérative met aussi à disposition une personne pour gérer le dépôt des pneus usagés en relation avec les conseillers de la FDSEA qui se trouvent également sur place. Dans le Bas-Rhin, c’est l’entreprise Gilles Henry, en lien avec le groupe Aliapur, qui effectue la collecte.

« Tous les types de pneus sont acceptés, par contre ils doivent être déjantés et le plus propre possible. Il faut aussi trier les pneus par type (véhicule léger (VL), poids lourd (PL), agraire) et remplir les bennes par type de pneu, ou a minima effectuer un pré-tri au remplissage, car les process de recyclage sont différents en fonction des pneus, qui ne présentent par exemple pas la même teneur en caoutchouc. Enfin, la quantité annoncée doit correspondre à la quantité livrée », indique Guillaume Pfrimmer. Il rappelle que l’opération est nationale : « Il y a 100 départements qui participent, pour un tonnage total maximum de 15 000 t/an. Avec un quota de 4 000 t, et qui a été parmi les premiers à être remonté du terrain, le Bas-Rhin représente le deuxième plus gros tonnage de pneus d’ensilage recyclés à ce jour ».

 

Label rouge et contractualisation pour sortir l’élevage de l’ornière

Élevage

Publié le 15/12/2021

Éleveur de charolais dans la Nièvre, également vice-président de la FNB, Emmanuel Bernard était l’invité de cette réunion. Il a livré sa vision de l’avenir de l’élevage, confronté à des attaques de la part de certaines ONG, à des difficultés à rémunérer équitablement tous les acteurs de la filière, qui se traduit par une décapitalisation du cheptel. Pour enrayer cette tendance, recréer de la valeur et assurer la rémunération des producteurs, les différents collèges d’Interbev ont fait le choix de miser sur le Label rouge, notamment parce qu’il est déclinable dans tous les territoires. Le cahier des charges a été rénové, des campagnes de communication ont été menées, et la contractualisation a été développée, « afin que ce ne soient plus les éleveurs qui portent tout le risque, de le transférer vers le milieu de filière ». Pour y parvenir, Interbev a mis en place un panel d’outils qui comprennent notamment des méthodes de calcul des indicateurs de coût de production. En effet, les parties prenantes des contrats n’ont pas le droit de se mettre d’accord sur des prix, mais sur des méthodes de calcul. Ainsi, les contrats pour de la viande Label rouge, établis sur trois ans, ne fixent pas un prix pour trois ans, mais la méthode de calcul des indicateurs pour que la construction du prix et les tarifs évoluent équitablement de l’amont à l’aval.

Doucement mais sûrement, les lignes bougent

Au 1er janvier 2022 la loi Egalim 2 entrera en vigueur. « Elle reprend beaucoup d’éléments de la première version, mais en y mettant des obligations, a résumé Emmanuel Bernard, qui a souligné un point important : le prix du produit agricole est sanctuarisé. La négociation ne peut porter que sur les coûts de l’aval de la filière. » En 2023, tous les bovins allaitants mis sur le marché devront l’être dans le cadre d’une contractualisation, stipule aussi Egalim 2. « La boucherie traditionnelle travaille sur un pacte entre les bouchers et les éleveurs, afin de moraliser les relations, y compris avec les grossistes et les abatteurs », a indiqué Emmanuel Bernard. De son côté, le secteur de la Restauration hors domicile (RHD) s’engage aussi à privilégier l’origine France dans ses approvisionnements : « Elle est passée de 1,5 % à 3,2 % ». C’est encore peu, mais c’est un chantier difficile à mener à bien, a commenté le représentant d’Interbev, qui a constaté : « L’enjeu désormais c’est que les distributeurs entrent dans la dynamique. »
« Nous sommes dans un contexte où la demande pour la viande est tirée par la transformation, notamment pour le haché. Et les cours de la viande étrangère ont plus augmenté que ceux de la viande française, a-t-il indiqué, encourageant à profiter de cette période plus positive pour mettre en place des contrats qui permettent d’amortir les risques, de border les relations. » C’est non seulement le bon moment, mais ne pas le faire inclut un risque financier pour les industriels, qui s’exposent à des sanctions, sans compter que « l’érosion du cheptel inquiète les industriels ». Le salut de l’élevage français viendra-t-il d’abatteurs et de transformateurs soucieux de rentabiliser leurs outils de production ?

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