FDSEA

Publié le 05/12/2018

Les agriculteurs des cantons de Seltz et Lauterbourg se sont joints au mouvement en ralentissant le trafic sur l’A35 et en se rendant à la trésorerie de Seltz.

9 h 45, Schaffhouse-près-Seltz, une trentaine de tracteurs conduits par des adhérents de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs des cantons de Seltz et Lauterbourg empruntent l’autoroute A35, en direction de Seltz. Une opération escargot destinée à faire entendre leurs revendications. « Des prix justes pour nos produits », « Stop à l’abattage de l’agriculture », « Gaspillage foncier, y’en a assez ! », « Macron, tiens tes promesses » : les pancartes fixées à l’avant des tracteurs donnent le ton. Derrière, les automobilistes prennent leur mal en patience. À Seltz, le cortège se rend au centre des finances publiques, escorté par les gendarmes. Reçue par le percepteur, la délégation l’interpelle sur les dégrèvements fonciers. Ces dégrèvements sont accordés aux propriétaires fonciers, qui sont redevables de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB), et si la loi les oblige à en retourner le bénéfice aux locataires, rares sont ceux qui le font. La somme en jeu n’est pas négligeable, souligne Christian Schneider, président de la FDSEA du canton, à la tête de la délégation. Il la chiffre à 4 millions d’euros pour le département. L’informatisation des registres serait également bienvenue, pour permettre une consultation plus aisée du montant des dégrèvements. L’entrevue terminée, les manifestants remontent sur les tracteurs, gyrophares allumés, et se dirigent vers Buhl. Il est près de midi quand la colonne de tracteurs arrive en vue de la ferme Lang. Sur une parcelle proche, malgré le vent et la pluie qui commence à tomber, ils entreprennent de planter deux mâts immenses, sur lesquels ils fixent les bâches portant de nouveaux slogans : « Tous les ans, dans le Bas-Rhin, huit jeunes agriculteurs ne peuvent pas s’installer, à cause de projets comme celui de Buhl ». La consommation irraisonnée de foncier préoccupe profondément les agriculteurs du secteur. « 400 hectares de terres agricoles sont bétonnés chaque année dans le département, rappelle Mathieu Moog, président des JA du secteur. À Buhl, petite commune de moins de 600 habitants, la zone d’activités en projet comporte six lots. Seulement deux ont trouvé preneur pour l’instant. Les manifestants ne comprennent pas l’utilité de cette zone d’activités, alors que d’autres aux alentours ont encore des emplacements libres. « Le maire de Buhl m’a appelé ce matin. Il propose une rencontre pour débattre du sujet », annonce Christian Schneider. « On calcule tous les jours » Devant le hangar de la famille Lang, les poulets achèvent de rôtir sur le tournebroche. Tout le monde se met à l’abri de la pluie alors que la sono diffuse une parodie d’un tube de Renaud. « Allez pleure pas, Manu… » La dérision, arme ultime contre le malaise agricole ? Celui-ci transparaît chez tous les manifestants. Véronique Moog, productrice de lait à Wintzenbach, ne peut pas se satisfaire du prix auquel est acheté le lait depuis deux ans : « 33 cents le litre en moyenne, alors que le coût de revient est à 39 cents. À ce prix-là, on n’arrive pas à joindre les deux bouts. » « Il y a 30 ans, mon mari produisait 90 000 l et ils étaient trois à en vivre. Aujourd’hui, on n’est plus qu’à deux, on produit 600 000 l et on calcule tous les jours », renchérit Kathia Lang, sa collègue de Buhl, qui s’inquiète pour l’avenir de son fils, actuellement scolarisé à Obernai. Chez les betteraviers, le compte n’y est pas non plus. Frédéric Schmitt, agriculteur à Niederrœdern, évoque « les prix historiquement bas » subis par les planteurs depuis la fin des quotas sucriers. « Nous devons produire au cours mondial avec les charges françaises, dénonce-t-il. Et en plus, on nous interdit l’utilisation des néonicotinoïdes pour enrober les graines. Il va falloir se remettre à traiter contre les pucerons alors qu’on ne le faisait plus depuis 30 ans, c’est un contresens écologique. » Sentiment d’injustice De contresens et d’incohérence, il est beaucoup question autour des tables. À propos des aides à l’installation par exemple. Celles-ci sont conditionnées à l’élaboration d’un plan de développement sur quatre ans, fixant des seuils de revenus à atteindre. « Il faut dégager un Smic minimum et trois Smic maximum au bout de cinq ans, sinon, on doit rembourser les aides. Pour ceux qui n’atteignent pas le seuil minimum, c’est tragique », dénonce Mathieu Moog, qui parle d’une quarantaine de dossiers concernés cette année.

Publié le 05/12/2018

À Haguenau, les agriculteurs ont listé les sources de leur désarroi à la sous-préfète, aux députés et à la DDT. Une liste tristement longue, parsemée d’injustices et de tracasseries quotidiennes.

Les agriculteurs avaient annoncé leur venue dans les formes à la sous-préfecture de Haguenau. Ils ont donc très mal vécu d’être accueillis par un important dispositif de sécurité. Comme s’ils étaient des casseurs, des vandales… Interpellée sur ce traitement, Chantal Ambroise, sous-préfète de Haguenau-Wissembourg, rappelle que la sous-préfecture de Haguenau a été prise pour cible par des gilets jaunes quelques jours auparavant. De là à mettre agriculteurs et gilets jaunes dans le même panier, il y a un pas que Franck Sander, président de la FDSEA, ne franchit pas. Quoique. Il trouve tout de même une similitude à ces deux mouvements de contestation : la défense d’un revenu. « C’est ce que le président de la République nous avait promis, rappelle-t-il. Mais est-ce que vous avez enregistré une hausse du revenu sur vos exploitations ? » « Non ! », répondent en chœur les agriculteurs. « On nous demande plus de qualité, moins de produits phytosanitaires, plus d’environnement… Mais on ne peut pas nous en demander toujours plus, sans nous soutenir », poursuit Franck Sander. Et quand il parle soutien, il ne parle pas subventions, mais prix juste et baisse des charges. Avec pas moins de 250 tracteurs réunis pour l’arrondissement de Haguenau-Wissembourg, Franck Sander constate : « L’ampleur de la mobilisation traduit le désarroi des agriculteurs ». Les sources de ce désarroi ont été listées par une délégation d’agriculteurs à la sous-préfète de Haguenau-Wissembourg ainsi qu’aux députés Frédéric Reiss et Vincent Thiébaut et à Anne Gautier, cheffe du service agriculture à la Direction départementale des territoires du Bas-Rhin. Les agriculteurs veulent travailler sur un pied d’égalité avec leurs voisins. Ils ne supportent plus d’avoir plus de contraintes à respecter que leurs voisins, tandis que les frontières restent grandes ouvertes à des produits qui feraient bondir les écologistes les plus modérés. Être plus pragmatique vis-à-vis des réalités agronomiques Des règles il en faut. Mais les agriculteurs travaillent avec le vivant. Qui, par définition, est mouvant. Dans ces conditions, être obligé de semer des Cipan dans des terres brûlées par la sécheresse, c’est « de l’argent foutu par les fenêtres », s’agace Franck Sander. Certes une dérogation à l’obligation d’implanter des Cipan en zone vulnérable a été obtenue, mais… le 15 octobre : « C’est d’une lenteur inimaginable ! La messe était dite depuis longtemps ! » De plus, constate Jean-Marc Pfrimmer, de Weitbruch, « un sol sec ne minéralise plus. Il faudrait être plus pragmatique vis-à-vis des réalités agronomiques. » Franck Sander détaille les conséquences de cette sécheresse : les rendements des cultures non irriguées impactées, l’achat de fourrage généralisé, la décapitalisation du cheptel qui fait chuter le cours de la viande… Bref, le revenu des agriculteurs est durablement impacté. Et les agriculteurs se sentent lâchés par l’administration. Jean-Marc Pfrimmer évoque le cas d’agriculteurs qui, dans le cadre de MAE, se sont engagés à réduire la fumure de leur prairie, à retarder les dates de fauche… et qui ne verront jamais la couleur des compensations auxquelles ils avaient droit pour 2016 et 2017, car elles n’ont toujours pas été payées et qu’entre-temps le programme a pris fin. Les agriculteurs dénoncent aussi qu’en cas de contrôle Pac, les subventions soient gelées : « C’est comme si on partait du principe qu’on a triché. Pour nous, il n’y a pas de présomption d’innocence, mais de culpabilité », décrit Christian Schott, agriculteur à Schirrhein. Chantal Ambroise rappelle les mesures prises par l’État pour soutenir l’agriculture, comme le dégrèvement de 40 % de la taxe foncière sur les prairies. Un dispositif que les agriculteurs aimeraient voir étendu à l’ensemble des cultures. Anne Gautier évoque quant à elle l’état d’avancement des dossiers de demande de classement en calamité agricole. Un comité national doit se réunir en janvier et déboucher sur la publication d’un arrêté. Elle évoque 4 à 5 millions d’euros (M€) d’enveloppe d’indemnisation potentielle pour le fourrage. Sur le versement des aides, notamment bio, Chantal Ambroise reconnaît une « situation délicate » et « entend » la requête des agriculteurs pour plus de réactivité et moins de procédures… À suivre ! En attendant : « Que veut l’État ? s’interroge un agriculteur. Si c’est une vaste prairie, sans agriculteurs, avec une alimentation importée, qu’on nous le dise ! »

Publié le 04/12/2018

L’Alsace est une région économiquement bien portante. Des entreprises s’y installent, drainent des salariés, qui se logent, se déplacent, s’amusent… Bref, consomment du foncier. Dans ces conditions, exercer le métier d’agriculteur devient de plus en plus compliqué. C’est ce que les agriculteurs sont venus dénoncer à Brumath. Car la fonction première de la terre reste tout de même de nourrir la population.

Les agriculteurs du secteur de Brumath en ont gros sur la patate. Il y a quelques années, ils étaient prélevés de près de 200 hectares de terres agricoles, destinées à aménager la plateforme départementale d’activités de la région de Brumath, un projet censé réduire la consommation de foncier par ailleurs, en évitant de créer de multiples zones d’activités. Plusieurs dizaines de lotissements plus tard, on ne peut que constater que l’artificialisation de ce secteur est tout sauf freinée. Mais ce qui cristallise la colère des agriculteurs, ce sont les difficultés qu’ils rencontrent pour se déplacer. Jean Strohl, agriculteur à Brumath, explique : « L’offre scolaire a été étoffée dans la commune, ce qui est normal, mais cela s’est accompagné d’un aménagement routier qui nous pénalise. L’avenue de l’Europe, que nous empruntions pour traverser Brumath sans passer par le centre-ville, a été mise en sens unique, et la bande de roulement réduite à 3,5 m. » Or, pour que les engins agricoles puissent circuler en sécurité, il faudrait une bande de roulement d’au moins 4 m. Car, à 3,5 m, « il suffit qu’une voiture soit un peu mal garée pour qu’on ne passe plus ». Un itinéraire bis a certes été proposé aux agriculteurs. Mais il passe par le lotissement. Et, oh surprise, « des riverains se sont plaints du trafic engendré », rapporte Jean Strohl. Résultat : les agriculteurs errent dans le secteur, à la recherche de passages adaptés : « Je me suis promené une demi-heure dans les champs avec mon arracheuse à betteraves », rapporte l’un d’eux. Chicanes, dos-d’âne… le super slalom des agriculteurs Les agriculteurs ont donc le sentiment d’être devenus persona non grata dans leur propre commune : « On a l’impression que la municipalité ne veut plus voir d’agriculteurs dans Brumath », regrette Jean Strohl. Face au maire Étienne Wolf, Joseph Schneider, agriculteur à Bilwisheim, lance : « On n’est pas des pestiférés ! On a l’impression que vous nous mettez dans un coin. » L’édile lui oppose la sécurité des piétons, qu’il se doit d’assurer, et qui a justifié certains aménagements pour faire ralentir les voitures. Mais Joseph Schneider rétorque : « Nous aussi nous engageons notre responsabilité vis-à-vis de ceux qui viennent en face. Et nous en sommes arrivés à devoir slalomer entre les voitures. Vous trouvez ça normal ? ! » Les agriculteurs évoquent aussi les chicanes, les dos-d’âne surdimensionnés qui leur massacrent les vertèbres : « Nous aussi nous avons droit au respect de nos conditions de travail ! » Fabien Metz, président FDSEA du canton de Brumath, calme les esprits : « Nous comprenons que vous avez des demandes de citoyens à satisfaire, mais il faut aussi pouvoir cohabiter avec le monde agricole. Et cela passe par davantage de concertation en amont. »   #manifagri67 #Brumath. Les tracteurs quittent la ville : « On est pas des pestiférés », lance un agri. C’est dit ! RDV à #Eckwersheim pic.twitter.com/Sxp1rDx9bP — EAVPHR (@EAVPHR) 3 décembre 2018     Ce que les agriculteurs revendiquent, c’est un chemin agricole, suffisamment rectiligne pour ne pas avoir à effectuer 36 manœuvres avec des remorques, et qui ne devienne pas un contournement de Brumath emprunté par toute la population. Une délégation d’agriculteurs a été reçue par le maire et le président de l’association foncière. Une solution doit pouvoir être trouvée moyennant quelques échanges de parcelles. Reste à savoir comment financer ce chemin. Fabien Metz suggère de mutualiser des moyens à différentes échelles puisque ce chemin ne sera pas utilisé que par des agriculteurs de Brumath. Les deux parties se sont quittées après avoir fixé une date pour une visite de terrain devant permettre d’affiner les contours du projet. Qui pourrait aboutir ce printemps. Puis, les tracteurs se sont élancés vers Eckwersheim, où un autre projet d’aménagement gênerait les agriculteurs dans l’exercice de leur activité : un pont qui enjambe le canal doit être refait, et pourrait devenir interdit aux engins de plus de 3,5 tonnes, soit à un certain nombre de convois agricoles. Le pont en question a donc été bloqué par les tracteurs, tandis qu’une délégation rencontrait le maire d’Eckwersheim.

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