bovins lait

Didier Braun, président de la section lait de la FDSEA

« Les agriculteurs ne font pas la vie chère »

Publié le 03/07/2017

Face aux rumeurs d’augmentation du prix du croissant suivant le cours du beurre, Didier Braun, président de la section lait de la FDSEA, donne son point de vue.

Les professionnels de la boulangerie ont annoncé une probable hausse de leur produit suite à l’envolée du cours du beurre, qu’en dites-vous ? Didier Braun : Le cours du beurre atteint effectivement des niveaux records, au-delà des 5 400 €/t, ce qui peut causer un surcoût pour les boulangeries. Toutefois j’aurais deux remarques, le prix du croissant n’a pas baissé quand les cours du beurre étaient à 2 800 €/t, il y a moins de 18 mois, et nous aussi, agriculteurs, aimerions bien pouvoir augmenter nos prix en cas de hausse des charges. Comment expliquer cette hausse du prix du beurre ? DB : C’est une addition de facteurs, d’un côté une production en baisse et une consommation en hausse. La mauvaise conjoncture a incité les éleveurs à produire moins de lait et depuis des années certains agriculteurs ont fait le choix de sélectionner des animaux moins performants en TB. Parallèlement, le beurre retrouve ses lettres de noblesse après avoir été décrié pendant des années. Les scientifiques ont montré les bienfaits du beurre d’où une augmentation de la consommation aux États-Unis et en Asie notamment. Et le prix du lait au producteur ? DB : Ce n’est pas le producteur qui fait la vie chère, nous le disons souvent, mais cela se confirme une fois de plus, car pendant que les cours du beurre s’envolent, le prix au producteur stagne. En fonction des laiteries, le prix oscille entre 300 et 315 € les 1 000 litres sur les six premiers mois de l’année. Comment expliquer ce décalage ? DB : Il y a deux raisons principales. Les stocks de poudre écrémée, qui rendent la valorisation beurre-poudre moins profitable que le beurre uniquement. Mais surtout le dysfonctionnement de notre filière entre amont et aval. Face à cette envolée des cours et dans un contexte extrêmement difficile pour les éleveurs, on espérait une reprise rapide du prix du lait, mais il n’en a rien été. Il a fallu une fois de plus que les producteurs montent au créneau pour réclamer des hausses aux transformateurs et à la grande distribution. Comme par miracle suite aux mobilisations, les annonces se sont multipliées. Toutefois, il faudra rester attentif au respect de ces annonces. Il est insupportable que les éleveurs doivent systématiquement manifester pour réclamer leur dû. Nous ne pouvons pas faire les commerciaux de nos produits sans arrêt. Quelles solutions pour la filière ? DB : On peut toujours rêver à une prise de conscience de nos partenaires pour qu’ils stoppent la course aux prix bas, mais je n’y crois pas beaucoup. Il faut travailler à la transparence de la filière et donner plus de poids à l’observatoire des prix et des normes. Par ailleurs, il faut reconnaître nos coûts de production, à l’instar des boulangers, quand le prix de l’aliment augmente, nous devons pouvoir répercuter ces surcoûts, sans quoi nous sommes condamnés à produire en dessous du coût de revient et à perdre encore des producteurs de lait.

Jeunes Agriculteurs. Canton Molsheim

Belles vaches à vendre !

Publié le 28/06/2017

La traditionnelle journée portes ouvertes des Jeunes Agriculteurs du canton de Molsheim, organisée le dimanche 2 juillet à Dachstein à la ferme Wilt, sera exceptionnellement précédée, le 1er juillet, d’une vente aux enchères de 45 animaux dont une quinzaine issue de la ferme. Une belle opportunité pour les éleveurs locaux.

À Dachstein, le sujet de conversation favori à la ferme Wilt, c’est la génétique, « tout tourne autour dans l’élevage », reconnaît Olivier Wilt. « Cela remonte à nos deux grands-pères ». Un intérêt qui s’est visiblement transformé en passion, partagée par son frère Nicolas, associé depuis 2013 sur le Gaec familial avec leur père, Jean-Claude. Au fil des années et du travail génétique réalisé sur le troupeau, le Gaec s’est régulièrement illustré dans les concours. Deux animaux ont été plusieurs fois primés à Eurogénétique à Épinal cette année. Animaux de bonne famille à prix abordables Dans l’élevage, la façon de faire, de nourrir entre autres, est « en fonction de la génétique pour améliorer la qualité des vaches », souligne Nicolas Wilt. L’objectif est d’avoir « de bonnes vaches, qui donnent du lait et ne posent pas de problèmes ». L’un des intérêts est d’obtenir au fur et à mesure des vaches « qui valorisent bien le fourrage et l’herbe, en donnant de bons volumes de lait ». Sur les 150 hectares de SAU, 60 ha sont en herbe, dont 25 ha en prairies naturelles et 35 ha en mélange suisse. Le Gaec produit actuellement 9 800 litres de lait par vache en moyenne avec un troupeau de 120 prim’holstein. Ce que recherchent également les éleveurs ce sont des animaux aptes à « vieillir sans problème de santé, tant au niveau des pattes que des mamelles », ajoute Olivier Wilt. La participation régulière aux concours, « c’est aussi l’opportunité de se comparer aux autres et de progresser ». Le Gaec se défend plutôt bien, grâce notamment à sa vache star Élégance. Elle a une logette à part avec la vingtaine de bêtes destinées à concourir et compte pas moins d’une soixantaine de descendances dans le troupeau. Des vaches que le public et les éventuels acheteurs vont pouvoir admirer samedi 1er juillet, jour de la vente aux enchères organisée par le Gaec Wilt et ses cinq partenaires. Des acheteurs régionaux, français, mais également belges, allemands, suisses et espagnols sont attendus pour cette vente Wilt and Partners où 45 animaux de toutes catégories seront présentés. Pour le Gaec, ce sera 15 animaux, des vaches en lactation, des génisses pleines et des veaux. 15 autres seront issus d’élevages régionaux et 15 de France, précise Olivier Wilt. Le Gaec a établi un catalogue qui permet de mesurer la belle qualité génétique de ces vaches, « toutes issues de bonne famille en remontant sur dix générations » ! « Ce n’est pas juste une vente d’élite, c’est une vente pour tous », indique encore l’éleveur. Et c’est une opportunité pour les éleveurs locaux, d’autant que « les prix resteront largement abordables ». Cette vente, comme la précédente en 2008, est « un moyen de valoriser les investissements réalisés, une collecte d’embryons coûtant 1 000 €. Le but de la génétique n’est pas de nous enrichir, mais d’équilibrer les dépenses. » Château gonflable, salle de traite La vente aux enchères démarrera à 19 h, la ferme accueillera les acheteurs potentiels dès le début de l’après-midi. Les JA du canton de Molsheim, présidé par Joffrey Jost, vont assurer la restauration de cette soirée, tartes flambées et pizzas notamment. Certains acheteurs, venant de loin, seront encore là le lendemain pour la journée portes ouvertes des JA. « C’était le bon moment pour donner du temps et de l’énergie au service du collectif », souligne Joffrey Jost, membre depuis quelques années, président depuis le mois de mai. « C’est la suite logique de mon engagement au sein des JA », cela permet une nouvelle dynamique, d’autres affinités, ajoute Nicolas Wilt, trésorier des JA. Joffrey Jost, installé sur l’EARL Piémont des Vosges avec son père, Thierry, et sa mère, Anne-Marie, précise qu’il n’y a plus de concours de labour dans le canton depuis longtemps. Pour cette journée, les JA de Molsheim ont prévu des animations pour les enfants, un château gonflable entre autres. Le menu dominical sera composé de steak mariné ou de grillades, au choix, accompagnés d’un buffet de crudités. Le public aura tout loisir de découvrir le troupeau, la salle de traite de 2 x 16, qui date de 2014, ainsi qu’une exposition de matériels agricoles. Les visiteurs pourront bien sûr admirer les super-vaches et les intéressés découvrir les dessous et les enjeux de la génétique avec ces passionnés. Cette journée s’achèvera sur une touche gourmande avec les délicieuses tartes flambées des JA.

FDSEA-JA. Section lait

Besoin de transparence

Publié le 18/06/2017

Dans le cadre d’une journée de mobilisation de la Fédération nationale des producteurs de lait, des opérations de contrôle ont été organisées par des éleveurs laitiers de la FDSEA et des JA dans plusieurs supermarchés du département. Objectif : vérifier que transformateurs et distributeurs appliquent la loi Sapin 2.

Pour espérer un prix du lait convenable les éleveurs sont sur tous les fronts. Souvent ils ont dû jouer les commerciaux des laiteries pour passer des hausses de prix auprès des distributeurs, ce mardi ils revêtaient le costume de contrôleur des fraudes. Une opération surprise pour s’assurer que les dés n’étaient pas pipés. Suite à l’action de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) auprès des pouvoirs publics, le précédent gouvernement a introduit dans le cadre de la loi Sapin 2 plusieurs dispositifs visant à favoriser la transparence dans la filière laitière et ainsi bénéficier aux exploitants : l’origine du lait doit être inscrite dans les produits composés à plus de 50 % de lait. les avantages promotionnels consentis par le fournisseur ne peuvent dépasser 30 % de la valeur du barème des prix unitaires, frais de gestion compris. les contrats de vente de lait et de produits laitiers sous MDD conclus après le 10 décembre 2016, doivent mentionner les modalités de détermination du prix du lait payé aux producteurs. Des petits groupes d’éleveurs sont donc allés vérifier le respect de ces engagements directement dans les magasins du département. L’origine France progresse… Les constats sont différents selon les points contrôlés. L’inscription de l’origine du lait sur les emballages progresse très largement par rapport au constat réalisé il y a quelques semaines par les Jeunes Agriculteurs. Toutefois, bon nombre de produits transformés (desserts à base de lait) ne sont pas encore aux normes. Pire, certains produits emblématiques des rayons (Babybel, Vache qui rit) sont encore les mauvaises élèves ! On peut regretter qu’il faille se référer à la composition du produit (écrite en tout petit) pour retrouver l’origine du lait. Gageons qu’un étiquetage plus clair puisse se développer à terme, cela sera facilité par les attentes du consommateur qui sont de plus en plus importantes en la matière. Ce serait d’autant plus facile que l’immense majorité du lait est effectivement français dans les étals. … sur les prix, il y a encore du travail Des promotions systématiques et trop importantes conduisent à la dévalorisation des produits laitiers, d’où la demande de la FNPL de limiter les actes promotionnels. Dans les magasins, des promotions du type « 1 produit acheté = 1 produit offert » ont encore été retrouvées, preuve qu’il y a encore du travail à faire. « On peut admettre qu’en période de surproduction il y ait des actions promotionnelles, mais actuellement avec les cours de la matière grasse, retrouver des offres sur du fromage et du beurre c’est insensé », a déclaré Didier Braun. Le constat est le même sur l’obligation de mentionner les modalités de détermination du prix payé au producteur. Une rencontre avec la DGCCRF « Cette action avait pour but de sensibiliser les acteurs de la filière, mais ce n’est pas à nous, agriculteurs, de faire ce travail, nous n’en avons ni le temps, ni l’envie et encore moins le pouvoir », a résumé Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA. Notamment sur la partie contractualisation, c’est au service des fraudes d’agir avec son autorité et son pouvoir de police pour s’assurer que les différents maillons jouent le jeu. La FDSEA et les JA ont sollicité une rencontre avec la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. « Nous pourrons alors présenter les infractions que nous avons constatées sur le terrain et sensibiliser au besoin de réaliser des contrôles dans les enseignes pour s’assurer du respect de la loi. » « Toute mesure allant vers le rééquilibrage des relations commerciales avec les autres membres de la filière nous profite. La situation devient ubuesque, pas une journée ne se passe sans qu’on nous parle de l’augmentation du prix du croissant vu le prix du beurre, et pour les éleveurs rien sur la fiche de paie ! On peut comprendre que quand les cours sont bas le prix diminue, mais les hausses doivent alors profiter à tout le monde », a conclu Didier Braun.

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